‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 112 · ER EE · texte numérisé non relu

ER EE

ville tous les nobles qui y demeurent, s'assurent de la personne de plusieurs officiers de l'empereur, et appliquent à la question un de ces of: ficiers, accusé d’avoir soustrait ou déchiré le registre qui contenait le titre de l'exemption qu'ils réclamaient ; ils nomment en même temps un. Conseil à qui ils remettent la conduite de leurs affaires, donnent des ordres pour réparer les fortifications et en faire de nouvelles, et lévent ouvertement l’étendard de la révolte contre leur souverain. Cependant , comme ils sentaient bien qu'ils étaient trop faibles pour soutenir seuls la démarche où leur zèle venait de les porter, ils songèrent à s'assurer un protecteur contre les forces redoutables qu'ils s'attendaient à voir bientôt rassemblées contre eux. Ils prirent donc le parti de députer quelques-uns d'entre eux à François, pour lui offrir non-seulement de le reconnaître pour leur souverain, mais nême de l'aider de toutes leurs forces à reconquérir dans les Pays-Bas les provinces qui avaient anciennement appartenu à la couronne de France, et qui venaient c::0re d'y être réunies de nouveau par un arrêt du parlement de Paris. Une proposition si inattendue, faite par un peuple qui pouvait en exécuter sur-le-champ une partie, et influer si puissamment sur le succès du reste, devait flatter l'ambition de François, et présenter à son imagination une perspective aussi vaste que séduisante. Les comtés de Flandre et d'Artois étaient d'une beaucoup plus grande valeur que le duché de Milan , dont l'acquisition, si passionnément désirée, lui coûtait depuis si long-temps des travaux et des efforts inutiles : la proximité où ces deux comtés étaient de la France en rendait la conquête et la conservation beaucoup plus aisées; et l'on pouvait en former pour le duc d'Orléans une principauté séparée, aussi convenable à la dignité d’un prince du sang que celle que son père voulait lui procurer. I était vraisemblable que les Flamands, qui connais.

saient Ics mœurs et le gouvernement des Fran- Çais, ne feraient aucune difficulté de s'y soumettre, et que les Français eux-mêmes, lassés des guerres sanglantes et ruineuses de l'Italie,

! Mémoires sur la révolte des Gantois, en 1539, par Jean d'Hollander, écrits en 1547. À la Haye, 1747, P. Heuter., Rer. austr., \iv. 1, p, 262. Sandov., Æist., tom, Il, p. 282,

porteraient plus volontiers leurs armes du côté des Pays-Bas, et y feraient la guerre avec plus de vigueur et de succès. Quoique cette occasion d'étendre ses états et d’humilier l'empereur fût en apparence la plus favorable qui se fût jamais offerte à François, plusieurs considérations l’empéchèrent cependant d'en profiter. Depuis l’entrevue des deux monarques à Aigues-Mortes, Charles avait continué de ménager le roi de France avec une attention particulière; et il lui faisait souvent espérer qu'ilsatisferait à la fin ses vœux sur le Milanais, en lui en accordant l'investiture, soit pour lui, soit pour l’un de ses fils. Toutes ces flatteuses promesses n'étaient rien moins que sincères, et l'empereur n'avait d'autre objet que de détacher François de l'alliance du grand-seigneur, ou de faire naître des soupçons dans l'esprit de Soliman par l'apparence d'un commerce très intime et très suivi entre les cours de Madrid et de Paris : mais François avait toujours la faiblesse de courir après le fantôme qui l'avait déçu, et son ardeur à s’y attacher lui fit négliger une acquisition bien plus avantageuse que celle à laquelle il aspirait. D'un autre côté le dauphin, jaloux à l'excès de son frère, dont il connaissait le caractère audacieux et entreprenant, voyait avec peine qu'on lui préparât un établissement qui, ,par sa position, pouvait être regardé comme placé dans l’intérieur du royaume. Il se servit de Montmorency qui, par un bonheur assez rare , était à la fois le favori du père et celui du fils, pour détourner le roi d'accepter l'offre des Flamands et d'épouser leurs intérèts.

Dans cette vue, Montmorency vanta à François la réputation et la puissance qu'il allait acquérir en recouvrant les états qu'il avait autrefois possédés en Italie, et lui repr ‘senta qu'une observation scrupuleuse de la trève, et le refus qu'il allait faire de prêter la main à des sujets révoltés, étaient des moyens infaillibles de vaincre la répugnanee qu'avait l'empereur pour le remettre en possession du Milanais. François, porté naturellement à s’exagérer l'importance de ce duché, dont il mesurait la valeur sur ce qu'il lui en avait coûté de temps et d'efforts pour le reconquérir, amoureux d’ailleurs de toute action qui avait une apparence de générosité, entra sans peine dans des sentimens si conformes à ses vues et à son caractère; il rejeta

mo mo

aussitôt les propositions des Gantois, et renvoya

leurs députés avec une réponse mortifiante !, François ne s’en tint pas là : par un raffine-

ment de générosité, il fit part à l'empereur de

: tout ce qui s'était passé entre lui et les rebelles,

et l’instruisit de tout ce qu'il savait de leurs projets et de leurs mesures ?. Une preuve si convaincante du désintéressement de François, dans cette révolte, délivra Charles de ses craintes les plus vives, et lui ouvrit une route pour sortir de tous ses embarras. Il avait déjà été informé de tout ce qui se passait dans les Pays-Bas, et de la fureur avec laquelle les habitans de Gand avaient pris les armes contre lui. Il connaissait à fond le génie et les mœurs de cette portion de ses sujets, leur amour pour la liberté , leur atta: chement à leurs anciens priviléges et à leurs coutumes, l'obstination invincible de leur caractère, d’abord lent à se déterminer, mais ferme et constant dans les résolutions qu’il avait une fois prises. Il sentit bien quel avantage et quel appui ils auraient trouvé dans la protection de la France ; et quoiqu'il n’eût plus rien à craindre de ce côté, il voyait bien qu'il fallait nécessairement agir sans délai et avec vigueur, pour empêcher l'esprit de mécontentement et de révolte de se répandre dans un pays que la multitude des villes, la grande population et les richesses que le commerce y avait accumulées, rendaient puissant et formidable, et mettaient en état de trouver des ressources inépuisables. Après y avoir long-temps réfléchi, il crut que le parti le plus sûr était de se transporter en personne dans les Pays-Bas ; ce fut aussi l'avis de la princesse sa sœur, qui le pressa vivement d’entreprendre ce voyage. Il n'y avait que deux routes à choisir : l’une par terre, en traversant l'Italie et l'Allemagne ; l’autre par mer, en partant d'un port d'Espagne pour arriver à un port des Pays-Bas. La première était trop longue pour les circonstances présentes qui demandaient de la célérité : en passant par l'Allemagne, sa dignité d’empereur, la sûreté même de sa personne, exigeaient qu'il menât avec lui un train et des troupes nombreuses qui auraient encore prolongé le voyage et consumé un temps précieux. La saison ne permettait pas de s’embar-

1 Mémoire de du Bellay, p. 263. P. Heuter.. Re’, austr., liv. n, p. 263.

* Sandov., Æist., tom. Il p. 284,

ntois, et renvoya mortifiante t, : par un raffine- : à l'empereur de ui et les rebelles, vait de leurs pro- Jreuve si convain- » François, dans de ses craintes route pour sortir déjà été informé les Pays-Bas, et nabitans de Gand i. Il connaissait à > cette portion de liberté , leur atta:

iléges et à leurs ible de leur caracainer, mais ferme ns qu’il avait une avantage et .quel s la protection de lus rien à craindre fallait nécessaireigueur, pour emnent et de révolte que la multitude on et les richesses mulées, rendaient ettaient en état de uisables. Après y rut que le parti le rter en personne si l'avis de la prinvivement d’entreit que deux routes traversant l'Italie r, en partant d’un r à un port des trop longue pour ai demandaient de Allemagne, sa dimême de sa peravec lui un train et li auraient encore mé un temps préit pas de s’embar-

263, P. Heuter.. Rer',

quer, surtout dans un temps où il était brouillé avec le roi d'Angleterre; il y aurait eu de l’imprudence à se mettre en mer sans être escorté d'une flotte puissante. Dans cette alternative embarrassante, obligé de faire un choix, sans savoir quelle route préférer, il conçut l’idée singulière et en apparence insensée de passer par la France comme par le chemin le plus court pour gagner les Pays-Bas. Il proposa à son conseil d'en demander la permission à François.

Tous ses conseillers désapprouvèrent d’une voix unanime cette idée, comme inouïe et téméraire ; ils lui représentèrent que cette demande l’exposerait infailliblement ou à un affront, si la proposition était refusée, comme il y avait lieu de s’y attendre, ou à un danger imminent si elle était accordée, parce qu’il se mettrait par-là entre les mains d’un ennemi qu'il avait souvent offensé, qui avait d'anciens outrages à venger et des sujets actuels de contestation et de querelle à terminer. Charles n'écouta rien; il avait étudié le caractère de son rival avec plus de soin qu’aucun de ses ministres, et l'avait bien mieux pénétré. Il persista dans son projet, et se flatta que non-seulement il ne courrait aucun risque en passant par la France, mais qu’il obtiendrait même ce qu’il demandait, sans qu’! lui en coutât aucun sacrifice préjudiciable à sa couronne. Il communiqua ce dessein à l'ambassadeur de France qui résidait à sa cour, et envoya à Paris son principal ministre pour demander à François la permission de passer par ses états, et lui promettre que l'affaire du Milanais se terminerait bientôt à sa satisfaction. Charles priait en même temps François de ne pas exiger d'autre promesse, et même de ne pas insister sur leurs anciens engagemens , afin que les concessions qu'il était disposé à faire ne parussent pas arrachées par la nécessité plutôt que dictées par l'amitié et par l'amour de la justice. François, au lieu d'apercevoir l'appât mai déguisé que l’empereur lui présentait sous un artificesi grossier, se laissa éblouir par l’idée séduisante d’accabler son ennemi d'actes de générosité, et fut si flatté de l'air de supériorité que sa droiture et le désintéressement de ses procédés lui donnaient dans cette occasion qu'il consentit à tout ce qu'on lui demandait. Jugeant du cœur de l’empereur par le sien, il s'imagina que les sentimens de reconnaissance qui naîtraient du souvenir des bons

offices et des traitemens généreux que Charles aurait reçus de lui le Gétermineraient à tenir enfin des promesses tant de fois réitérées, beaucoup -plus que les stipulations les plus précises d’un traité.

Charles, pour qui les momens étaient précieux, partit aussitôt malgré les soupçons et les alarmes de ses sujets espagnols, n'ayant qu'un cortége peu nombreux , mais très brillant, composé d'environ cent personnes. Lorsqu'il arriva à Bayonne , sur les frontières de France, il y fut reçu par le dauphin et le duc d'Orléans accompagnés du connétable de Montmorency. Les deux princes lui offrirent d’aller en Espagne et d'y demeurer jusqu’à son retour, comme des otages de la sûreté de sa personne. Charles rejeta leurs offres, déclarant qu'il ne voulait point d'autre otage que l'honneur du roi, qu'il n'avait jamais demandé et n’accepterait d'autre garant de sa parole. Toutes les villes par où il passa déployèrent à l'envi la plus grande magnificence : les magistrats lui en présentaient les clefs, les prisons étaient ouvertes; en voyant tous les honneurs qu'on lui rendait, on l’eût pris pour le monarque de la France plutôt que pour un souverain étranger. Le roi alla au-devant de lui jusqu’à Châtelleraut. Dans leur entrevue, ils se prodiguèrent mutuellement des marques de l’amitié la plus vive et de l'attachement le plus sincère. Ils s'avancèrent ensemble vers Paris, et présentèrent à cette capitale le spectacle extraordinaire de deux monarques rivaux dont l'inimitié avait troublé et ravagé l'Europe pendant l’espace de vingt années faisant alors ensemble leur entrée solennelle avec toutes les apparences de la confiance et de l'union la plus intime, cerme s'ils eussent oublié pour jamais les injures passées, et qu'ils fussent déterminés à vivre désormais dans une paix éternelle f,

Charles demeura six jours à Paris : au milieu des caresses multipliées de la cour de France et des fêtes variées qu'on imagina pour l’amuser ou pour lui faire honneur, il marquait une extrême impatience de continuer son voyage; et cette impatience venait autant de la crainte dont il était intérieurement tourmenté, en considérant le danger auquel il se trouvait exposé, que de la nécessité de sa présence dans les Pays-Bas.

! Hist, de de Thou, liv. 1, c. xiv. Du Bellay, p. 264.

Le sentiment du peu de franchise qu'il mettait lui-même dans ses propres intentions le faisait

leurs propres compatriotes, se virent hors

! d'état de résister à leur souverain irrité , qui

trembler, en songeant que quelque accident fa- | était prèt à marcher contre eux à la tête d’an

{al pouvait les révéler à son rival, ou les lui faire soupçonner ; et quoique tous ses artifices pour les cacher lui eussent bien réussi, il ne pouvait s'empêcher de craindre que les motifs d'intérèt ne l'emportassent à la fin sar les scrupules de l'honneur , et que François ne fût tenté de saisir l'occasion favorable qu'il avait entre les mains {, IL.est vrai aussi que parmi les ministres de France il s’en trouva qui étaient d'avis de tourner contre l'empereur ses propres artifices, et de le punir de tant de traits de fausseté et de perfidie-en s'assurant de sa personne jusqu'à ce qu'il eût donné à François une entière satisfaction sur toutes les justes prétentions de la couronne de France. Mais rien ne put engager François à violer sa parole; rien ne put le convaincre que Charles , après tontes les promesses qu'il avait faites, et tous les bons offices qu'il aurait reçus , fût encore capable de le tromper. Plein de cette crédule confiance, il l'accompagna jusqu'à Saint-Quentin, et les deux princes, qui étaient allés le recevoir sur les frontières d'Espagne, ne prirent congé de lui que lorsqu'il entra dans les Pays-Bas.

Dès que l'empereur fut arrivé dans ses états, les ambassadeurs de France le sommèrent d’accomplir sa parole, et d'accorder l'investiture de Milan : mais Charles, sous le prétexte spécieux que toute son attention était alors trop occupée à chercher les moyens les plus prompts d'étouffer la révolte de la ville de Gand , demanda de nouveaux délais. En même temps, pour prévenir les soupçons que François pourait former sur sa sincérité, il continua de parler de ses dispositions à cet égard du mème ton dont ilen parlait lorsqu'il entra dans le royaume de France; ilécrivit même au roi une assez longue lettre à ce sujet , quoiqu'en termes vagues et avec des expressions équivoques, qu'il se réservait de pouvoir interpréter dans la suite à son gré.

Cependant les malheureux Gantois , n'ayant point de chefs capables de diriger leurs conseils ct de commander leurs troupes , abandonnés du roi de France, et ne trouvant aucun appui dans

i Mém. de Ribier, vol. 1, p. 501.

corps de troupes levé dans les Pays-Bas, d'un autre corps tiré de l'Allemagne, et d'un troisième venu d'Espagne par mer. A la fin, l’approche du danger leur dessilla les yeux sur leur démence ; ils furent si consternés qu'ils envoyèrent des députés à l'empereur pour implorer sa clémence et lui offrir de lui ouvrir leurs portes. Charles, pour toute réponse , dit qu'il paraîtrait au milieu d'eux comme leur souverain, avec le sceptre et le glaive dans ses mains , et ilse mit en marche à la tête de ses troupes.

Îne voulüt entrer dans la ville que le 24 février, jour de sa naïssance ; mais il n'en éprouva pas davantage ces sentimens de tendresse et d’indulgence que l’on conserve naturellement pour les lieux où l'on a reçu sa naissance, Vingt-six des principaux citoyens furent mis à mort : un plus grand nombre bannis ; la ville fut déchue de tous ses priviléges et immunités ; ses revenus furent confisqués; l’ancienne forme de son gouvernement fut abolie ; la nomination de ses magistrats fut réservée pour toujours à l’empereur et à ses successeurs : un nouveau système de lois et d'administrition fut établi !, et pour contenir l'esprit séditieux des habitans , il fut arrêté qu'on bâtirait une citadelle. On leva sur les habitans une amende de quinze mille florins pour l'entretien de la garnison 2. La rigueur avec laquelle Charles punit les Gantois servit aussi d'exemple pour en imposer à ses autres sujets des Pays-Bas : il saisit avec plaisir cette occasion de leur faire craindre et respecter son autorité , d'autant que l'étendue de leurs priviléges et de leurs immunités , qui étaient en partie le fruit et en partie la cause de leur grand commerce, mais qui , en même temps , resserraient l'autorité royale dans des bornes assez étroites, traversait souvent les desseins de l’empereur dans les entreprises qu'il voulait faire,

et lui donnait des entraves qui retardaient ses |

opérations. Î Dès que Charles eut vengé et rétabli son autorité dans les Pays-Bas , et qu'il n'eut plus besoin de cacher sa fausseté sous le masque qui 1 Les coutumes et lois du comté de Flandre , pas

Alex. le Grand, 3 tom. in-f°. Cambray, tom. 1, p. 169. 3 Hardi, 4nnales Brabanliæ, vol. 1, p. 616.

cara à la :

Si dulit périe sions dupli simp paru!

se virent hors erain irrité , qui ux à la tête d’un s Pays-Bas, d'un ne, et d'un troier. A la fin, l'apilla les yeux sur consterniés qu'ils npereur pour imde lui ouvrir leurs réponse , dit qu’il ne leur souverain, ns ses mains , et de ses troupes.

que le 24 février, n'en éprouva pas tendresse et d’initurellement pour issance. Vingt-six t mis à mort : un a ville fut déchue unités ; ses revenne forme deson nomination de ses oujours à l’empenouveau système t établi !, et pour s habitans , il fut delle. On leva sur quinze mille flo- 1ison 2, La rigueur les Gantois servit oser à ses autres avec plaisir cette > et respecter 80n due de leurs pris ,qui étaient en use de leur grand ne temps , resserdes bornes assez desseins de l'emu'il voulait faire,

ui retardaient ses |

et rétabli son auw’il n'eut plus be- 15 le masque qui té de Flandre , pes

ray, tom. 1, p. 169.

vol. l » D: 616.

lui servait à tromper François , il commença à ! dant François se récria contre le procédé de

écarter par degrésle voile dont il avait couvert ses secrètes intentions sur le Milanais. D'abord il éluda les demandes des ambassadeurs français lorsqu'ils lui rappelèrent ses promesses : ensuite il proposa, par forme d'équivalent du duché de Milan, d'accorder au due d'Orléans l'investiture du comté de Flandre, mais en y ajoutant des conditions si déraisonnables, qu’il était bien sûr de les voir rejeter !, Enfin lorsqu'ils le pressèrent de leur donner une réponse définitive, et qu'il

ne lui resta plus de subterfuges pour échapper | à leurs instances, il refusa positivement de se |

dépouiller d’une possession si importante , et par une générosité si onéreuse, de diminuer son propre pouvoir pour accroître à ce point les forces de son ennemi 2, Il nia en même temps qu'il ait jamais fait aucune promesse qui pôt l'obliger à un sacrifice si insensé et si contraire à ses intérèts 3,

De toutes les actions qu'on peut reprocher à Charles , ce trait de mauvaise foi est sans contredit le plus flétrissant pour sa gloire 4. Quoique ce prince n’eût jamais été fort scrupuleux sur les moyens qu'il employait pour arriver àson but , et qu'il ne se piquât pas d'observer toniours les principes exacts de l'honneur et de la franchise, cependant il n'avait encore jamais violé ouvertement les maximes de cette morale relâchée que les monarques se-sont crus en droit d'adopter pour règle de leur conduite. Mais dans celte occasion , le dessein réfléchi qu'il forma de tromper un prince généreux , franc et ouvert ; la bassesse des artifices qu'il employa pour y réussir ; l'insensibilité avec laquelle il reçut toutes les marques de sonamitié, et l'ingratitude dont il les paya , étaient aussi indignes de son caractère qu'ils paraissaient peu proportionnés à la grandeur de ses vues.

Si l'on blâma la perfidie de l'empereur, la crédulité de François excita le mépris. Après l’expérience d’un long règne, après toutes les occasions qu'il avait eues de se eonvaincre de la duplicité et des artifices de son rival , l'aveugle simplicité qu'il montra dans cette circonstance parut mériter le sort qu’elle rencontra. Cepen-

! Mém. de Ribier, vol. 1, p. 509, 514.

2 Ribier, vol. 1, p. 619.

® Du Bellay, p. 365, 6,

* Jovius, Æist., liv. xxxrx, p. 238, A,

Charles, comme si c'eût été la première fois que ce prince l'eût trompé. I fut, selon l'usage, plus sensible à un affront qui humiliait son esprit qu'à ce qui blessait ses intérêts; et l'éclat qu'il donna à son ressentiment ne laissa pas douter qu'il saisirait la première occasion de se venger, et qu’on verrait bientôt renaître dans l'Europe une guerre aussi furieuse que celle qui ne faisait que de s'éteindre.

Gette année est mémorable par l'établissement des jésuites : cet ordre a en tant d'influence sur les affaires ecclésiastiques et civiles, qu'un tableau du génie de ses lois et de son régime

| mérite de trouver place dans l’histoire. Quand

on considère avec quelle rapidité cette société

| s’est enrichie et accréditée, la prudence admi-

rable avec laquelle elle a été gouvernée, l'esprit de système et de persévérance avec lequel elle a conçu et suivi ses plans, on est tenté de faire honneur de cet institut singulier à la sagesse supérieure de son fondateur, et de croire que la combinaison et la réaction du plan de cet établissement furent le fruit de la politique la plus profonde. Mais les jésuites, comme les autres

| ordres monastiques, doivent moins leurexistence

à la sagesse de leur fondateur qu'à son enthousiasme, Ignace de Loyola, dont j'ai déjà fait mention à l'occasion de la blessure qu'il reçut au siége de Pampelune t, était un fanatique, fameux par l’extravagance de ses idées et de sa conduite, également contraires aux maximes de la saine raison et à l'esprit dela vraie religion. Les aventures romanesques et les projets chimériques où l'engagea so zèle enthousiaste égalent tout ce qu'on lit de plus absurde dans les légendes anciennes ; mais elles sont indignes de l'histoire.

Emporté par le fanatisme ou par l'amour du pouvoir ou de la célébrité, dont ne sont pas exempts'les hommes qui aspirent à une sainteté extraordinaire, Loyola eut l'ambition de devenir le fondateur d'un ordre religieux : le plan sur lequel il régla la constitution et les lois de cet ordre lui fut suggéré , si l’on en croit ce qu'il en a écrit lui-même, ou ce qu’en disent ses disciples, par une inspiration immédiate du eiel ?, Malgré

1V.liv.u, p. 132 2 Compte rendu des conttitutions des jésuites au

! Parlement de Provence, par M. de Monciar, p. 285.

1 SE PRE pp mu 4 Eee

cette prétention hardie, Loyola trouva d'abord | les plus grands obstacles à l'exécution de son | dessein : il s'adressa au pape pour le prier de confirmer par le sceau de son autorité l'institu- | tion de l'ordre. Le pape renvoya sa demande de- | vant une assemblée de cardinaux qu'il nomma rour l'examiner. Leur avis ayant été que cet éta- | blissement était inutile et dangereux, Paul refusa son approbation. Loyola trouva cependant à la fin le moyen de lever tous ses scrupules par une offre à laquelle il était impossible qu'un pape pôt résister. Il lui proposa d'ajouter aux trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, que faisaient tous les autres ordres monastiques, un quatrième vœu particulier d'obéissance au pape, par lequel tous les membres de Ja so-

ciété s'obligeraient d'aller partout où il voudrait | les envoyer pour le service de la religion, sans |

rien demander au saint siège pour les frais de leur entretien. Dans un temps où l'autorité des papes venait de recevoir un si grand échec par la séparation de tant de nations révoltées contre

l'église de Rome, et où le système politique de la |

puissance temporelle des papes était attaquée avec tant de vigueur et de succès, un corps d'hommes, si particulièrement dévoués au siége

de Rome, et qu'il pourrait opposer en toute occasion à ses ennemis, devenait une acquisition de la plus grande importance. Paul le sentit ; il confirma par une bulle l'institut des jésuites, accorda à ses membres les priviléges les plus étendus, et nomma Loyola le premier général de

l'ordre. L'événement a pleinement justifié le dis- |

cernement de Paul, et son opinion sur les grands avantages que l'église romaine retirerait de cette institution, En moins d’un demi-siècle, la nou-

et ses richesses s'accrurent avec une rapidité surprenante; ses membres se multiplièrent et se

rent eux qui formérent ce système d’intrigue et de politique profonde qui distingue cet ordre; mais il faut attribuer au fondateur l'empreinte de fanatisme qui se trouve mêlée à ses règlemens. Plusieurs circonstances concoururent à donner aux jésuites un caractère qui n'est propre qu'à eux, et les mirent à portée de prendre aux affaires du siècle beaucoup plus de part qu'aucune autre communauté religieuse , et d'avoir sur la conduite de ces mêmes affaires beaucoup plus d'influence que les autres ordres monastiques.

L'obiet principal de presque tous les ordres religieux est de séparer leurs membres de la société, et de leur interdire toute espèce de participation aux affaires du monde. Un moine est appelé dans la solitude et le silence du cloître pour y travailler uniquement à son salut par des pratiques extraordinaires de mortification et de piété. ILest mort au monde, et ne doit point se mêler de ce qui s'y passe. Il ne peut être d'aucune utilité au public, si ce n’est par ses prières et par son exemple. Chez les jésuites, au contraire, l'ordre apprend à ses membres à se regarder comme destinés à une vie active. Ce sont des soldats choisis, et enrôlés pour se dévouer continuellement au service de Dieu et du pape, son vicairesur la terre. Tout ce qui tend à instruire l’ignorant , tout ce qui peut servir à rappeler les ennemis du saint siége dans le sein de l'église, ou à repousser leurs attaques, est leur objet particulier. C’est pour avoir le loisir de remplir ce service actif qu'ils sont entièrement exempts de ces exercices de piété dont ia pratique fait la principale fonction des autres

religieux. Ils ne paraissent point aux processions; velle société se fit des établissemens dans tous , les pays attachés à l'église catholique; son crédit |

distinguèrent par leur caractère et leurs talens, |

et les jésuites furent bientôt vantés par les amis de l’église romaine et redoutés par ses ennemis, comme les plus habiles et les plus entreprenans de tous les ordres religieux.

La constitution et les lois de la société furent perfectionnées par Lainez et Aquaviva, les deux généraux qui succédèrent à Loyola, et qui furentbien supérieurs à leur maître parleurs talens

et leur habileté dans l'art de gouverner Ce fu- |

ils ne pratiquent aucune austérité rigoureuse; ils ne consument point la moitié de leurs journées à réciter des offices fastidieux ! ; leur destination est d'être attentifs à tout ce qui se passe dans le monde et de profiter de l'influence que les événemens de la société peuvent avoir sur la religion; ils doivent étudier le caractère des premières personnes de l'état , et cultiver leur amitié ?; ainsi le génie de l'ordre , aussi bien que ses constitutions, tend à inspirer à tous sts membres l'esprit d'intrigue et d'activité.

1 Compte rendu par M. de Monclar, p. 13, 290. Sur

la destruction des Jésuites , par M. d’Alembert, p. 41. à Jbid., p. 12.

tème d’intrigue et tingue cet ordre; ateur l'empreinte élée à ses règles concoururent à tère qui n'est proportée de prendre oup plus de part religieuse , et d’ames affaires beauautres ordres mO-

ue tous les ordres membres de la s0te espèce de partinde. Un moine est silence du cloître it à son salut par s de mortification nonde, et ne doit passe. Il ne peut c, si ce n’est par ses Chez les jésuites, id à ses membres à \ une vie active. Ce enrôlés pour se dévice de Dieu et du . Tout ce qui tend e qui peut servir à t siége dans le sein eurs attaques, est jour avoir le loisir qu'ils sont entièrees de piété dont ia onction des autres int aux processions; térité rigoureuse; oitié de leurs jourtidieux ! ; leur destout ce qui se passe r de l'influence que euvent avoir sur la r le caractère des at, et cultiver leur dre , aussi bien que nspirer à tous ses t d'activité.

pnclar, p. 13, 290. Sur * M. d'Alembert, p. 42.

L'institution des jésuites ne pouvait pas différer si fort, dans son objet , de celle des autres ordres monastiques, sansune grande différence dansla formede leur gouvernement. Il faut regarderlesautres ordres comme autant d'associations volontaires, où tout ce qui intéresse le corps est réglé par le suffrage commun de tous ses membres. La puissance exécutrice réside dans les personnes placées à la tête de chaque couvent ou de la société entière; et l'autorité législative réside dans la communauté. Les affaires importantes qui intéressent les maisons particulières sont réglées par des chapitres conventuels; celles qui regardent l'ordre entier se traitent dans des chapitres généraux. Mais Loyola, plein des idées d’une obéissance aveugle, idées qu'il avait empruntées de l'état militaire, voulut que le gouvernement de son ordre fût une pure monarchie. Un général, choisi pour la vie, par les députés des différentes provinces, possédait un pouvoir suprème et indépendant, qui s’étendait à toutes les personnes et à tous les cas. Il nommait de sa seuleautorité les provinciaux, les recteurs et les autres officiers employés au gouvernement de la société, et pouvait les déposer à son gré. Lui seul avait l'administration souveraine des revenus et des biens de l’ordre. Il pouvait disposer à sa volonté de tous les membres; imposer sur eux par un ordre absolu , les taxes qu'il jugeait à propos, et en appliquer le revenu à ce qu’il voulait. Tous ses religieux doivent non-seulement prêter à ses ordres une obéissance extérieure, mais lui soumettre aveuglément tous les actes de leur volonté et toutes les pensées de leur entendement. Ils étaient obligés de recevoir ses commandemens, comme s'ils les eussent reçus de Jésus-Christmême. Ils étaient sous sa main des instrumens purement passifs, comme l'argile dansles mains du potier,oucomme des corps morts incapables de résistance . Cette police singulière ne pouvait manquer d'imprimer son caractère sur tous les membres de la société, et de donner une force particulière à toutes ses opérations. Il n'y a, dans les annales du genre humain, aucun autre exemple d’un si parfait

despotisme , exercé non-seulement sur des moi-

! Compte rendu au parlement de Bretagne, par M. de La Chalotais, p. 41, etc Compte rendu par M. de Monciar, p. 83, 185, 343.

nes renfermés dans les cellules de leur couvent, mais sur des hommes dispersés parmi toutes {es nations de la terre.

Les constitutions de cet ordre, en plaçant dans les mains du général une domination absolue sur tous les membres, ont aussi pourvu avec soin aux moyens de l’informer exactement du caractère et des qualités de tous ses sujets. Tout novice qui se présente, et qui veut être admis dans sa société, est obligé de manifester sa conscience à son supérieur, ou à une personne nommée par lui, à qui il doit révéler non-seulement ses péchés et ses fautes, mais encore les inclinations, les passions et les penchans de son âme. Cette révélation doit se renouveler tous les six mois !, La société ne s’est pas contentée de ce moyen de pénétrer dans les replis des cœurs; elle donne à chaque membre la commission d’observer les discours et les actions des novices ; ce sont des espions qui veillent sur leur conduite,et qui sont chargés d’instruire le supérieur de tout ce qu'ils découvrent d'intéressant. Pour rendre cette inquisition la plus exacte qu'il est possible, ils sont assujettis à un long noviciat, pendant lequel on leur fait parcourir successivement les différens emplois de la société, et ce n’estqu'aprèsavoiratteint l’âgedetrente-traisans accomplis qu'ils peuvent être admis à faire leurs derniers vœux, les .seuls qui les rendent membres profès ?; tous ces moyens réunis donnent aux supérieurs immédiats des novices la facilité de prendre une connaissance parfaite de leurs dispositions et de leurs talens, de sorte que le général est l’âme qui anime et qui meut toute la société, et qu’il peut avoir sous ses yeux toutes les connaissances nécessaires pour diriger ses opérations. Les provinciaux et les chefs des différentes maisons sont obligés de lui envoyer des mémoires fréquens et à des temps réglés sur les membres soumis à leur inspection: ils doivent dans ces mémoires entrer dans les plus petits détails sur le caractère de chaque sujet, ses qualités naturelles ou acquises, son expérience dans les affaires, et le genre d'occupations et d'emplois auxquels il est le plus propre. Ces comptes rédigés et disposés

! Compte rendu, par M. de Monclar, p. 121, etc. 3 Zbid., p. 215, 241. Sur la destr. des jésuiies, ner M d'Alembert, p. 39.

par ordre, sont transcrits sur des registres te- | aus de manière que le général puisse d’un coup d'œil voir l'état de la société entière dans tous | les coins de la terre, connaître les qualités et les | talens de ses membres, et se mettre à portée de choisir avec sûreté les instrumens que son au- | torité absolue peut employer aux fonctions qu’il croit convenir le mieux à chacun d'eux 2.

Comme l'objet essentiel de l'ordre des jésuites | était de travailler avec un zèle infatigable au | salut des âmes, ils se sont trouvés en conséquence engagés dans bezwrsup de fonctions de la vie active. Dès leur première institution, ils | regardérent l'éducation de la jeunesse comme un de leurs principaux ministères; ils aspirérent aux emplois de directeurs et de con- | fesseurs ; ils prêchèrent fréquemment pour instruire le peuple; ils envoyèrent des missionnaires pour convertir les infidèles ; la nouveauté | de cet établissement et la singularité de son | objet procurèrent à l'ordre beaucoup d'admirateurs et de protecteurs. Les chefs qui gou- | vernaient la société eurent l'habileté de profiter | de toutes les circonstances qui pouvaient lui ètre utiles ; et en très peu de temps ses membres se multiplièrent prodigieusement, et acquirent un crédit étonnant. Avant la fin du seizième siècle les jésuites se trouvaient à la tête |

1 M. de La Chalotais a calculé le nombre des mémoires | que le général doit recevoir chaque année suivant les règlemens de la société. Ils montent en tout à 6,584. En | divisant ce total par 27, nombre des provinces de l'ordre,

il paraît qu’on envoie à Rome 177 mémoires tous les ans sur l’état de chaque province. Compte, elc., p. 52. Il faut encore y ajouter les lettres extraordinaires ou celles des moniteurs ou espions que le général et les provinciaux entretiennent dans chacune de leurs maisons. Compte rendu, par M. de Monclar, p. 431. Aist. des Jésuit. Amst., 1761, tom. IV, p. 56. Les mémoires des ! provinciaux et des chefs de chaque maison n’ont pas seulement pour objet les membres de la société : ils sont encore obligés de rendre compte au général des affaires civiles du pays où ils sont établis. en tant que la connaissance de ces événemens peut intéresser la religion, Cette condition peut s'étendre à tous les cas particuliers, en | sorte que le général était pleinement instruit de ce qui se passait dans Loutes les cours et dans le monde, Compte | rendu, par M. de Monciar, p. 443. Hist. des jés., ibid. | p. 58. Quand les provinciaux et les recteurs avaient à écrire sur quelque matière importante, ils devaient se servir d’un chiffre, et il y en avait un pour chacun d'eux, donné par le général, Compte rendu, par M. de La Chatolais, p. 54.

? Compte rendu, par M. de Monclar, p. 215, 449. | Compte rendu, par M. de La Chalotais, p.52, 222

de l'éducation de la jeunesse dans presque tous les pays catholiques de l’Europe. Ils étaient devenus les confesseurs de presque tous les rois, fonction très importante sous toute espèce de règne, et supérieure à celle de ministre sous celui d’un prince faible, Ils étaient les directeurs spirituels de presque toutes les personnes distinguées par leur rang ou par leur puissance, Ils jouissaient du plus grand crédit et de la confiance la plus étendue auprès du pape , qui les regardait comme les plus zélés etles plus habiles défenseurs de son autorité. Les avantages qu’une telle société d'hommes actifs et entreprenans pouvait tirer de toutes les circonstances se présentent d'eux-mêmes. Ils formaient les esprits des hommes en élevant leur jeunesse, et conservaient sur eux de l’ascendant jusque dans leur vieillesse. Ils eurent en différentes époques la direction des cours les plus considérables de l'Europe ; ils se mêlérent de toutes les affaires ; ils prirent part à toutes les intrigues et à toutes les révolutions. Le général, guidé par les instructions qu'il recevait de toutes parts, pouvait régler toutes les opérations de l'ordre avec le discernement le plus sûr ; et le pouvoir absolu dont il jouissait le mettait en état de diriger ces opérations avec vigueur, et d’en assurer l’exécution et l'effet !.

Les richesses de l’ordre continuèrent d’augmenter en mème temps que son crédit; on imagina différens expédiens pour éluder le vœu de pauvreté. L'ordre acquit de vastes domaines dans les pays catholiques: par le nombre et la magnificence de ses édifices publics, et par la valeur de ses biens tant meubles qu’immeubles, il était en état de le disputer aux plus riches communautés. Outre les sources d’opulence qui leur étaient communes avec tout le clergé régu lier , les jésuites en avaient une qui leur était particulière : sous prétexte d'assurer les progrès de leurs missions et de faciliter l'entretien de leurs missionnaires, ils obtinrent de la cour de

1 Lorsque Loyola, en 1540, demanda au pape d’autoriser l'institution de son ordre, il n’avait que dix disciples; mais en 1608, soixante-huit ans après leur établissement, le nombre des jésuites montait à 10,581. En 1710, l’ordre

| possédait vingt-quatre maisons professes, cinquante-neut

maisons de noviciat, trois cent quarante résidences, six cent douze colléges, deux cents missions, cent cinquante séminaires et écoles publiques : et le nombre des jésuites

: allait à 19,998. Æist. des jés., tee H, p. 20.

ans presque tous e. Ils étaient deue tous les rois, toute espèce de de ministre sous ent les directeurs es personnes disr leur puissance.

édit et de la conlu pape , qui les et les plus habiles avantages qu’une et entreprenans circonstances se formaient les esleur jeunesse, et dant jusque dans fférentes époques considérables de utes les affaires ; rigues et à toutes œuidé par les inses parts, pouvait de l'ordre avec le le pouvoir absolu tat de diriger ces l'en assurer l’exé-

tinuèrent d'augn crédit ; on imaéluder le vœu de vastes domaines r le nombre et la Jublics, et par la es qu’immeubles, aux plus riches es d’opulence qui ut Le clergé régu ine qui leur était ssurer les progrès ter l'entretien de rent de la cour de

anda au pape d’autovait que dix disciples; ès leur établissement, 6581. En 1710, l'ordre esses, cinquante-neuf rante résidences, six sions, cent cinquante e nombre des jésuites 1, p. 20.

Rome une permission particulière de commercer avec les nations à la conversion desquelles ils travaillaient. En conséquence ils embrassèrent un commerce très étendu, et très lucratif dans les Indes orientales et occidentales; ils établirent dans les différentes parties de l’Europe, des magasins pourvus de toutes sortes de marchandises qu'ils vendaient. Ils ne se bornèrent pas à ce trafic; ils imitérent encore l'exemple des autres sociétés commerçantes, et songèrent à former des établissemens : ils acquirent la possession d'une vaste et fertile province dans le continent méridional de l'Amérique , et exercèrent une domination souveraine sur des milliers de sujets !.

Malheureusement la grande influence que l'ordre des jésuites acquit par tous ces moyens a fait souvent au genre humain les plus grands maux. La discipline que l'ordre observait pour former ses membres et les maximes fondamentales de sa constitution tendaient à faire regarder à chaque jésuite l’intérêt de la société comme l’objet capital, auquel toute autre considération devait être sacrifiée. Cet attachement à leur ordre, le plus fort peut-être qui ait jamais animé aucune société, est le caractère des jésuites ?; il sert à expliquer le génie de leur politique et la singularité remarquable de leurs principes et de leur conduite.

Comme c'était pour l'honneur et pour l’avantage de la société que les membres devaient chercher à prendre de l’ascendant sur l'esprit des personnes distinguées par leur rang ou leur pouvoir, le désir de gagner et de conserver plus aisément la confiance des hommes, avait conduit les jésuites à accréditer un systèrie de morale relâchée et complaisante, qui pût s’accommoder aux passions, justifier les vices, tolérer les défauts, et autoriser presque toutes les actions auxquelles pouvait se porter le politique le plus audacieux et le moins scrupuleux.

La prospérité de l'ordre étant étroitement attachée à la conservation de l'autorité des papes, les jésuites, qui étaient liés aux intérêts de leur société par le même principe, ont dû être les plus zélés défenseurs de toutes les opinions qui tendaient à élever la puissance ecclésiastique sur les ruines de la puissance civile, Ils

: Hist. des jés., tom. IV, p. 168, 196.

? Compte rendu, par M. de Monclar, p. 285.

ont attribué à la cour de Rome une étendue et une souveraineté de juridiction à laquelle aspiraient à peine dans les siècles d'ignorance les prétentions des pontifes les plus présomptueux. Ils ont soutenu que les ecclésiastiques ne doivent nullement dépendre du magistrat civil. Hs ont publié, sur l'obligation de résister aux princes ennemis de la foi catholique, une doctrine qui favorisait les crimes les plus atroces , et qui tendait à rompre tous les liens qui unissent les sujets à leurs souverains.

Comme l’ordre devait sa réputation et son autorité au zèle avec lequel il défendait l'église romaine contre les attaques des réformés, les Jésuites, fiers de cette distinction, se sont fait un devoir particulier de combattre les opinions et d'arrêter les progrès des protestans. Il n’est point d'artifice et de moyens qu'ils n'aient employés contre eux. Ils n'ont jamais manqué de s'opposer à toutes les Voies de douceur et de tolérance qu'on proposait en leur faveur. Jamais ils ne cessèrent d’exciter contre eux toute la fureur des persécutions ecclésiastiques et séculières.

Les autres moines se sont hasardés, à la vérité, à enseigner aussi les mêmes pernicieuses doctrines, et ont soutenu des opinions également contraires au bon ordre et au bonheur de la société civile; mais par des raisons qu'on devine aisément, ils ont débité ces opinions avec plus de réserve , ou les ont répandues avec moins de succès. Quiconque rassemblera les événemens arrivés dans l’Europe depuis deux siècles, trouvera qu'on peut, sans injustice, imputer aux jésuites la plupart des maux enfantés par cette morale dangereuse et corrompue, par ces maximes extravagantes sur la puissance ecclésiastique et par cet esprit d’intolérance, qui ont flétri la réputation de l’église romaine pendant tout ce période, et qui ont attiré tant de calamités sur la société civile !.

Mais au milieu de tous les effets déplorables de l'établissement de cet ordre, il faut avouer aussi que le genre humain en a retiré quelques avantages importans. Comme les jésuites faisaient de l'éducation de la jeunesse un de leurs objets principaux , et que les premiéres tentatives qu'ils firent pour établir des colléges où ils pussent recevoir des étüdians, éprouvérent la plus grande opposition de la part des universités

‘ Dict. Encyclop., art. Jésuites, tom. VIN, p. 518.

en différentes parties de l'Europe, ce fut pour eux une nécessité de tâcher de surpasser leurs rivaux en science et en talens, afin de se concilier la faveur publique ; en conséquence ils s'appliquèrent avec la plus grande ardeur à l'étude de la littérature ancienne. Ils imaginèrent différentes méthodes pour faciliter l'instruction de la

jeunesse; les succès de leurs efforts n'ont pas

peu contribué à accélérer le progrès de la litté-

rature; et à cet égard, la société leur a de ! grandes obligations. Ils n’ont pas seulement |

réussi à enseigner les élémens des lettres ; leur ordre a produit encore d’habiles maitres dans les différentes branches des sciences , et il peut se vanter d’avoir produit un plus grand nombres de bons écrivains que toutes les autres communautés religieuses ensemble !.

Mais c'est dans le Nouveau-Monde que les jésuites ont exercé leurs talens avec le plus d'éclat et de la manière la plus utile au bonheur de l’espèce humaine. Les conquérans de cette malheureuse partie du globe n'avaient eu d'autre objet que de dépouiller, d’enchainer , d’exterminer ses habitans; les jésuites seuls s'y sont établis dans les vues d'humanité. Vers le commencement du dernier siècle, ils obtinrent l'entrée de la province du Paraguay, qui traverse le continent

bitans de ces contrées à peu près dans l'état où sont des hommes qui commencent à s'unir ensemble; ils n'avaient aucun art, ilscherchaient une subsistance précaire dans le produit de leur chasse ou de leur pêche, et connaissaient à peine les premiers principes de la subordination et de la police. Les jésuites se chargèrent d’instruire et de civiliser ces sauvages. Ils leur apprirent à cultiver la terre, élever des animaux domestiques, à bâtir des maisons.

Ils les engagèrent à se réunir ensemble dans des villages : ils les formèrent aux arts et aux manufactures; ils leur firent goûter les douceurs de la société et les avantages qui résultent de

| la sûreté et du bon ordre. Ces peuples devinrent

ainsi sujets de leurs bienfaiteurs, qui les gouvernèrent avec la tendresse qu'un père a pour ses enfans. Respectés, chéris, presque adorés, quelques jésuites présidaient sur des milliers d'Indiens. Ils entretenaient une égalité parfaite entre tous les membres de cette nombreuse communauté, Chacun était obligé de travailler, non pour un seul, mais pour le public. Le produit de leurs champs, tous les fruits de leur indus-

| trieétaient déposés dansdes magasins communs,

méridional de l'Amérique depuis le fond des |

montagnes de Potose jusqu'aux confins des établissemens espagnols et portugais, sur les bords de la rivière de la Plata. Ils trouvèrent les ha-

1 M. d’Alembert a remarqué que quoique les jésuites se soient exercés avec succès dans tous les genres d’érudition , quoiqu’ils aient produit des mathématiciens , des antiquaires, des critiques distingués, quoiqu’ils aient

formé quelques orateurs de réputation, ils n’ont jamais |

produit un seul homme d’un esprit assez lumineux et d'un jugement assez sain pour avoir mérité le nom de philosophe. 11 semble que ce soit un effet inévitable de

l'éducation monastique, de rétrécir l'esprit humain et de |

donner des entraves au génie. L’attachement partial d’un moine à l'intérêt de son ordre, intérêt souvent en contradiction avec les autres citoyens; l’habitude d'une aveugle obéissance à la volonté d’un supérieur, et le retour fréquent des devoirs frivoles et ennuyeux du cloître, dégradent les facultés de l'esprit, éteignent cette énergie de sentiment et de courage qui donnent des idées et

des sentimens justes sur tout ce qui a rapport à la morale | : RÉE : ment à établir dans le Paraguay un empire indé-

et à la conduite de la vie. Fra-Paolo est peut-être le seul religieux qui se soit élevé au-dessus des préjugés monastiques, qui ait vu les actions des hommes et jugé les intérêts de la société avec le coup d’æil étendu d'un phitosophe le discernement d’un homme versé dans les affaires et la noblesse d’un homme bien né.

d'où l'on distribuait à chaque individu ce qui était nécessaire à ses besoins. Cette forme d’institution détruisait dans sa racine presque toutes les passions qui troublent la paix de la société

| et rendent les hommes malheureux. Un petit

nombre de magistrats, choisis par les Indiens eux-mêmes, veillaient sur la tranquillité publique et assuraient l'obéissance aux lois. Les punitions sanguinaires, si fréquentes sous les autres gouvernemens , y étaient inconnues : une réprimande faite par un jésuite, une légère note d'infamie, ou, dans des cas extraordinaires, quelques coups de fouet suffisaient pour maintenir le bon ordre parmi ce peuple innocent et heureux f.

Mais dans cet effort mème que les jésuites ont fait pour le bien du genre humain et qui mérite sa reconnaissance, le génie de leur politique et l'esprit de leur ordre s’y mêlèrent encore, et s’y reconnaissent aisément. lis tendaient ouverte-

pendant , soumis à la société seule, et qui, par

1 Aist.du Paraguay, par le père de Charlevoix, tom I}, p. 42, etc. Voyage au Pérou, par D. G Juan et D. Ant.

i de Ulloa, tom. 1, p. 540, etc. Paris, 40, 1752.

:s dans l'état où nt à s'unir en- , ilscherchaient produit de leur aissaient à peine ordination et de trent d’instruire leur apprirent à imaux domesti-

e ensemble dans x arts et aux mater les douceurs qui résultent de euples devinrent rs, qui les goul'un père a pour presque adorés, sur des milliers > égalité parfaite nombreuse comle travailler, non ablic. Le produit s de leur induspasins communs, + individu ce qui jette forme d’insle presque toutes aix de la société eureux. Un petit s par les Indiens tranquillité puce aux lois. Les quentes sous les it inconnues : une , une légère note extraordinaires, aient pour mainuple innocent et

1e les jésuites ont ain et qui mérite leur politique et ent encore, et s'y ndaient ouvertey un empire indéeule, et qui, par le Charlevoix, tom Il,

), G Juan et D. Ant.

l'excellence de sa constitution et de sa police, u'eût pas manqué d'étendre la domination de l’ordre sur toute la partie méridionale de l'Amérique. Dans cette vue et afin d'empêcher que les Espagnols ou les Portugais, dont les établissemens étaient voisins , ne pussent prendre aucune sorte d'autorité sur le peuple qu'ils gouvernaient, les jésuites tâchèrent d’inspirer aux Indiens de la haine et du mépris pour ces deux nations, et ils avaient intercepté toute communication entre elles et le Paraguay. Ils avaient défendu à tout négociant particulier, Espagnol ou Portugais, d'entrer dans leur territoire. S'ils étaient obligés de recevoir chez eux, de la part des gouvernemens voisins, quelque personne revêtue d'un caractère public, ils ne lui permettaient d’avoir aucun entretien avec les Indiens, et ils ne laissaient entrer aucun de ceux-ci dans la maison où résidaient les étrangers qu’en présence d’un jésuite. Pour rendre toute communication avec eux plus difficile encore, ils évitaient avec soin de donner aux Indiens aucune connaissance de la langue espagnole et des autres langues européennes; mais à mesure qu’ils civilisaient quelque tribu nouvelle, ils tâchaient d'y introduire un certain dialecte de la langue indienne, qu’ils cherchaient à rendre universel dans tous leurs domaines. ,

Comme toutes ces précautions, sans forces militaires, n'auraient pas été suffisantes pour rendre leur empire tranquille et durable, ils instruisirent leurs sujets dans l'art de faire la guerre à la manière européenne. Ils formèrent des corps de cavalerie et d'infanterie bien armés et bien disciplinées. Ils se munirent d’une grande quantité d'artillerie, et établirent des arsenaux fournis d'armes et de munitions de toute espèce. Ils vinrent à bout de former ainsi une armée assez nombreuse et assez bien entretenue pour être formidable dans un pays où toutes les forces militaires des Espagnols et des Portugais se réduisaient à quelques bataillons délabrés et mal disciplinés !, :

La puissance des jésuites ne fit aucun progrès considérable sous le règne de Charles V, qui, avec sa sagacité ordinaire, déméla l'objet et la tendance dangereuse de leur institution,

1 Voyage de Juan et d’Ulloa , tom. 11, p. 549. Recueil de toutes les pièces qui ont paru sur les affaires des jésuites en Portugal, tom. 1, p. 7, etc.

et les empécha de s'entendre !. Mais, comme sa fondation appartient au période dont j'écris l'histoire, et que le siècle pour lequel j'écris à vu sa chute, le tableau que je viens de donner des lois et du génie de ce corps formidable ne peut déplaire à mes lecteurs, d'autant plus qu’une ciconstance particulière m'a mis à portée de traiter ces détails avec succès. L'Europe avait bien examiné pendant deux siéeles l'ambition et le pouvoir de cet ordre ; mais quoiqu'elle en eût éprouvé plusieurs effets fumestes , alle n’en pouvait pas démèêler clairement les véritables causes

Elle n'avait pas la connaissance des réglemens singuliers qui caractérisaient la constitution pe

litique et le régime de cette société : c'étaient cependant ces règlemens qui formaient l'esprit d'intrigue et d’ambition qui distinguait ses ministres, et qui tendait à accroître sans cesse la puissance du corps. Dès l'institution même , une des maximes favorites des jésuites fut de ne jamais rendre publiques les règles de leur ordre, et ils les tenaient cachées comme un mystère impénétrable, Jamais ils ne Les communiquaient aux étrangers ; la plupart de leurs membres mêmes n'étaient pas du secret ?, et lorsque les tribunaux les requirent deles produire, ils refusèrent toujours de le faire. Ainsi, par une faute étrange de politique, la puissance civile autorisa ou toléra en différens pays l'établissement d'une société d'hommes qui affectaient de cacher avec le plus grand soin leurs constitutions et leurs lois, précaution qui seule était une raison suffisante pour les exclure, Pendant les poursuites faites récemment contre eux en Portugal et en France, ils ont enfin eu l’imprudence de produire les livres mystérieux de leur institut: au moyen de ces pièces authentiques, on a reconnu les principes de leur gouvernement, et l'on a remonté aux sources de leur puissance, avec un degré de précision et de certitude auquel il était impossible 3 d'atteindre avant cet événement.

! Compte rendu, par M. de Monclar, p. 312.

+ ist. des jés., tom. Il, p. 236, etc. Compte rendu par M. de La Chatolais, p. 38.

5 J'ai tiré la plus grande partie de ces lumières sur le régime et les lois de l’ordre des Jésuites des comptes rendus par M. de La Chalotaiset M. de Monclar. Je ne me suis cependant pas reposé sur l'autorité seule de ces mafstrats aussi respectables par leur caractère que par leurs talens ; je me suis fondé aussi sur les passages

Après avoir exposé la tendance dangereuse des constitutions et de l'esprit de l'ordre des jésuites avec la liberté qui convient à un historien, la candeur et l'impartialité qu'impose ce caractère m'obligent d'ajouter une observation en leur faveur; c'est que dans l’église romaine, aucune classe du clergé régulier ne s’est plus distinguée par la pureté des mœurs que cette société en général. Les maximes de sa politique intrigante, ambitieuse et intéressée !, pouvaient bien influer sur l’esprit de ceux qai gouvernaient la société, et même corrompre le cœur et la conduite de quelques individus; mais le plus grand nombre, occupé de l'étude des lettres ou employé aux fonctions de la religion, suivait pour guide les principes ordinaires qui écartent les hommes du vice et les portent à l'honnêteté et à la vertu. Rien n’est plus digne de l'attention de tout homme éclairé, curieux d'observer les révolutions du genre humain, que les causes qui ont occasioné la ruine de ce corps si puissant, avec les circonstances et les efféts qui ont accompagné cet événement dans les différentes contrées de l'Europe; mais elles appartiennent à une époque qui s'éloigne de celle dont j'ai entrepris l’histoire.

Charles n’eut pas plus tôt rétabli l’ordre dans les Pays-Bas, qu'il fut obligé de porter son attention sur les affaires d'Allemagne. Les protestans le pressaient vivement de faire tenir cette conférence qui devait avoir lieu entre quelques théologiens choisis des deux partis, et qui avait été expressément stipulée dans la convention de Francfort. Le projet de faire examiner ainsi ct même décider les points de la dispute, parut au pape un attentat su. le droit qu'il s’arrogeait d'en être le juge suprème ; persuadé que la conférence serait inutile en ne décidant rien, ou qu'elle pourrait être dangereuse en décidant trop, ilmit tout en œuvre pour empêcher qu’elle

n'eût lieu. Mais Charles, qui se croyait plus:

intéressé à gay : 1 le cœur des Allemands qu'à satisfaire le pape, fit peu de cas de ses remon-

nombre, extraits des constitutions de l’ordre, lesquelles ont été déposées entre leurs mains. Hospinian, docteur protestant de Zurich, dans son Æistoria jesuilica , imprimée en 1619, a publié une petite partie de leurs constitutions, dont le hasard lui avait fait tomber une copie entre les mains, p. 13, 64,

© Sur la destruction des jésuites, par M. d’Alembert, p. 65.

trances. Dans une diète tenue à Haguenau , on prépara les matières qui devaient faire le sujet dela conférence. Dans une autre qui se tint à Worms, la conférence fut entamée; et Mélanchton d’un côté, et Eckius de l’autre , y soutinrent le rôle principal ; ils avaient déjà fait quelques progrès , sans cependant avoir encore rien conclu , lorsqu'elle fut interrompue par l'ordre de l’empereur, qui voulut qu’on la recommençât avec plus de solennité en sa présence , dans une diète qu’il convoqua pour cet effet à Ratisbonne. L'assemblée s'ouvrit en effet avec le plus grand appareil, et tout le monde s'attendait à une dispute des plus vives , et à un résultat décisif. Les deux partis consentirent à donner à l’empereur le pouvoir de nommer ceux qui devaient soutenir la conférence; et au lieu de lui donner la forme d’une dispute publique, on convint de faire à l'amiable l’examen et la recherche des articles qui avaient donnélieu aux contestations. L'empereur nomma du côté des catholiques Eckius, Gropper et Pflug, et du côté des protestans Mélanchton, Bucer et Pistorius, toussix jouissant de la plus grande réputation dans leur parti, et tous, à l'exception d'Eckius, distingués par leur modération et leur amour pour la paix. Lorsqu'ils étaient sur le point de commencer leurs conférences, l'empereur leur remit un ouvrage, composé , disait-il, par un savant théologien des Pays-Bas, avec une modération et une clarté si extraordinaires, qu’il pouvait, à son avis, concilier et satisfaire les deux partis. Gropper, chanoine de Cologne, un des docteurs qu'il a ait nommés, et qui avait autant d'adresse que d’érudition , fut soupçonné dans la suite d’être l'auteur de ce petit traité, Cet ouvrage était composé de propositions sur vingt-det'x des articles principaux de la théologie, lesquels comprenaient la plupart des questions agitées alors entre les luthériens et l'église de Rome, Il avait eu attention d'exposer ses sentimens dans un ordre naturel , de les exprimer avec simplicité, de n'employer que les termes mêmes de l'Écriture sainte ou des anciens pères de l’église, d’adoucir la rigueur de quelques opinions, de modifier et d'expliquer ce qui paraissait absurde dans les autres , de rapprocher les deux parties en accordant quelques points tantôt à l'un, tantôt à l’autre ; surtout il avait eu soin d’éviter, autant qu'il était possible , les phrases de

[1540] à Haguenau , on ent faire le sujet itre qui se tint à mée; et Mélanchl’autre , y soutinent déjà fait quelavoir encore rien mpue par l'ordre n la recommençât résence , dans une ffet à Ratisbonne.

vec le plus grand s'attendait à une n résultat décisif, à donner à l’emceux qui devaient lieu de lui donner ue, on convint de . Ja recherche des aux contestations.

6 des catholiques t du côté des pro- Pistorius, toussix putation dans leur Eckius, distingués mour pour la paix.

nt de commencer leur remit un our un savant théone modération et qu’il pouvait, à son deux partis. Grop- | des docteurs qu'il tant d'adresse que ans la suite d'être et ouvrage était ingt-dertx des artivie, lesquels comtions agitées alors lise de Rome, Il es sentimens dans imer avec simplitermes mêmes de 18 pères de l'église, ues opinions, de paraissait absurde r les deux parties its tantôt à l'un, vait eu soin d'évile , les phrases de

l'école, et tous ces termes de controverse qui sont comme autant de marques de séparation entre les différentes sectes , et qui ont sonvent excité de plus violens combats entre les théologiens que le fonds même des opinions ; il avait enfin composé son ouvrage de manière à faire espérer qu'il réussirait mieux que tout ce qu'on avait tenté jusqu'alors, à concilier et à terminer les disputes de religion f.

Mais les hommes de ce siècle portaient dans les disputes théologiques tant d'attention et de subtilité, qu’il n'était pas possible de leur en imposer par aucun subterfuge, quelque spécieux qu’il pût être. La chaleur et la longue durée de cette querelle avaient tellement aliéné l’un de l'autre les deux partis, et avait mis une si grande opposition dans les esprits, qu’il était impossible de les réconcilier par des concessions partielles. Tous les catholiques zélés , particulièrement les ecclésiastiques qui avaient place à la diète, condamnèrent unanimement le traité de Gropper comme trop favorable aux opinions de Luther, et prétendirent qu’il insinuait Le venin de son hérésie d'une manière d'autant plus dangereuse qu’elle le déguisait en partie. Les protestans rigides, spécialement Luther et son protecteur, l'électeur de Saxe , voulaient, de leur côté, qu'on rejett ce livre comme un mélange impie de l'erreur et de la vérité, frauduleusement préparé pour en inposer aux âmes faibles, timides et simples. Mais les docteurs qui étaient chargés de l’examiner y procédèrent avec plus de réflexion et de modération. Il était beaucoup plus aisé en soi, et moins contraire à la dignité de l'église d’accorder quelque chose et de consentir même à des changemens dans les opinions de pure spéculation, dont la discussion ne sort guère de l’intérieur des écoles, et qui ne présentent rien au peuple qui frappe son imagination ou affecte ses sens ; ils n’eurent pas de peine à s'accorder sur ce point , et à concilier même, à leur commune satisfaction, l’article important de la justification des hommes. Mais quand ils en vinrent aux objets de juridiction qui touchaient aux intérêts et à l'autorité du siége de Rome ou aux rites et aux formes du culte extérieur, où tont changement devait nécessairement être pubiie et exposé aux yeux du peuple, ce fut sur ce

1 Goldast., Constit, imper., p. 182,

point que les catholiques se montrerent tout.àfait intraitables ; l'église ne pouvait, sans compromettre sa sûreté et son honneur, abolir les anciennes constitutions. Tous les articles relatifs au pouvoir du pape, à l’autorité des conciles , à l'administration des sacremens , au culte des saints , et beaucoup d’autres n’admettaient par leur nature aucun tempérament ; en sorte qu'après bien des efforts pour en venir à un accommodement sur ces objets divers , l'empereur fut convaincu que tous ses efforts seraient inutiles. Impatient cependant de terminer la diète, il vint à bout d'engager la pluralité de ses membres à approuver la résolution suivante : savoir, que les articles sur lesquels les docteurs s'étaient accordés dans cette conférence seraient tenus pour décidés, et seraient inviolablement observés de part et d'autre ; quant à ceux sur lesquels ils étaient divisés, qu'ils seraient renvoyés à la décision d’un concile général, et si le concile ne pouvait avoir lieu, à un synode national qui se tiendrait en Allemagne ; ou enfin, si l’on ne pouvait réussir à assembler le synode , que l'on convoquerait dans dix-huit mois une diète générale de l'empire, pour prononcer un jugement définitif sur toute la dispute; que l'empereur emploirait auprès du pape toute son autorité pour faire convoquer un concile général ou un synode national ; qu’en attendant on ne ferait aucune innovation, aucune tentative pour multiplier les prosélytes ; et qu'on n’envahirait ni les revenus de l’église, ni ceux des monastères {.

Toutes les opérations de cette diète et ses dernières conclusions offensèrent vivement le pape. Le droit que les Allemands s'étaient attribué de nommer leurs propres théologiens pour examiner et décider des matières de cantroverse lui parut un attentat dangereux sur ses droits ; il fut encore choqué comme d’un acte de désobéissance de ee qu'ils avaient renouvelé l’ancienne proposition d'assembler un synode naticual, proposition qui avait été tant de fois rejetée par lui et par ses prédécesseurs ; mais la seule mention d’une diète qui serait compo:te pour la plus grande partie de laïques, et qui aurait le droit de rendre un jugement définitif sur des articles de foi, parut aux catholiques une profanation aussi criminelle que la plus grave

? Sleidan, p. 267, etc. Pallav., liv. av, c. 1, p. 136 Fra-Paolo, p. 86, Seckend, iv. ur, p. 256.

de ces mêmes hérésies qu'ils paraissaient si ja-: joux d'étouffer, Les protestans. de leur côté, ne furent pas plus contens d’une décision qui resserrait considérablement la liberté dont ils avaient joui jusqu'alors. Ils laissèrent éclater hautement leurs murmures contre cette décision ; et Charles , pour ne point laisser des semences de mécontentemens dans l'empire, leur accorda une déclaration particulière, conçue dans les termes les plus positifs, qui les exemptait de tout ce qu'ils trouvaient d'injurieux ou de tyrannique dans l'arrêté de la diète, et les maintenait dans la pleine possession de tous les priviléges qui leur avaient été accordés !. Tant d'indulgence de la part de l'empereur pourra paraitre extraordinaire; mais il y était forcé par la situation où étaient ses affaires dans cette conjoncture. Il prévoyait qu'une rupture avec la France était inévitable, et ne pouvait être éloignée; et il n'osait pas s'exposer à laisser dans l'âme des protestans aucun sentiment de mécontentement ou d'inquiétude qui pât les engager à rechercher de nouveau pour leur propre défense, l'appui du roi de France, contre lequel ils étaient pour lors très indisposés. La modération dont Charles en usait à leur égard était appuyée sur un motif plus pressant encore : c'étaient les progrès rapides que faisaient les Turcs en Hongrie. Il venait de se faire dans ce royaume une grande révolution. Jean Zapol Scæpus avait, comme je l'ai déjà dit, préféré de posséder un royaume tributaire, plutôt que de renoncer à la dignité royale dont il jouissait ; et avec le secours de Soliman, son puissant protecteur, il avait enlevé à Ferdinand une grande partie de la Hongrie, et ne lui avait laissé qu'une possession fort incertaine du reste. Mais Jean était ami de la paix; et les tentatives fréquentes que Ferdinand et les partisans qu'il avait en Hongrie ne cessaient de faire pour reprendre ce qu’ils avaient perdu, lui donnaient de grands embarras ; d'un autre côté, il n’était pas moins affligé de la nécessité où il se trouvait réduit d'appeler à son cours les Tures, qu’il regardait plutôt comme ses maîtres que comme ses alliés, et qui le lui faisaient bien sentir. Afin de se délivrer de cette pénible alter-

‘ native, et de s'assurer le loisir et le repos néces-

saire pour suivre en paix son goût pour les arts

1 Sleid, p. 283. Seckend, pag. 366. Dumont, Corps diplom., tom. IV, u, p. 210

et les amusemens qu'il aimait, il fit av: son compétiteur un accommodement secret, dat la condition fut que Ferdinand le reconrait comme roi de Hongrie, et le laisserait jouir tranquillement pendant sa vie de la partie du royaume dont il se trouvait en possession. \ la charge qu'après sa mort le royaume passerait en entier à Ferdinand !, Comme le roi de Hongrie n’était pas marié, et qu'il était alors avancé en âge, les termes de cette convention paraissaient très favorables à Ferdinand ; mais peu de temps après, les nobles de ce royaume, jaloux d'empêcher un étranger de monter sur leur trône , déterminèrent Jean à mettre un terme à son long célibat, en épousant Isabelle, fille de Sigismond , roi de Pologne. Jean, avant sa mort, qui arriva l’année même de son mariage, eut la satisfaction de voir naître un héritier de son nom et de son royaume. Il lui légua sa couronne sans aucun égard au traité qu'il avait fait avec Ferdinand, et qu'il regarda sans doute comme annulé par un événement qui n'avait pas été prévu lors de la conclusion du traité. Il laissa à la reine et à George Martinuzzi, évèque de Varadin, la tutelle de son fils et la régence du royaume. Le plus grande partie de la nation reconnut aussitôt le jeune roi, à qui elle donna le nom d’Étienne, en mémoire du fondateur de leur monarchie ?

Ferdinand, quoique extrêmement déconcerté par cet événement imprévu, résolut de ne pas abandonner un royaume sur lequel il avait des droits par l'accord qu'il avait fait avec Jean. Il envoya des ambassadeurs à la reine pour en réclamer la possession, et lui promit la province de Transylvanie, comme un établissement pour son fils ; il se prépara en même temps à appuyer ses droits par la force des armes. Mais les personnes à qui Jean avait confié son fils avaient trop de courage pour céder ainsi sa couronne, et ils possédaient toutes les ressources nécessaires pour la bien défendre. La reine joignait à l'adresse particulière à son sexe un courage mâle, de l'ambition et de la grandeur d'âme. Martinuzzi, qui s'était élevé par son propre mérite du rang le plus be* à la dignité dont il était revêtu, était un de ces hommes extraordinaires qui, par l'étendue et la variété de leurs talens,

"lstuanhaffi, Æist. Æung., lib. xxu, p. 135.

8 Jovius, Æist., liv. xxxix, p. 239, A., etc,

SA

Page 1