‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 112 · PA AT · texte numérisé non relu

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XXI, p, 136.

39, A,, etc.

(1541] sont propres à jouer ua grandrôle dans les temps de trouble et de faction. Il affectait un extérieur d’humilité et de piété austère dans les fonctions de son office ecclésiastique. Dans les affaires du gouvernement il montrait autant d'activité et de finesse que de fermeté. Pendant la guerre il dépouillait la soutane et montait à cheval, armé d'un cimeterre et d'un bouclier, aussi actif, aussi brave et aussi fier qu'aucun de ses compatriotes. Au milieu de toutes les formes diverses et opposées qu’il savait prendre, il laissait voir un désir insatiable d'autorité et de domination. Il était aisé de prévoir la réponse que Ferdinand devait recevoir. Il ne fut pas long-temps à se convaincre qu'il ne devait compter que sur la force pour se remettre en possession de la couronne de Hongrie. Il leva un corps nombreux d’Allemands, auxquels ses partisans joignirent leurs vassaux , et il fit marcher cette armée dans la partie du royaume qui s'était déclarée pour Étienne. Martinuzzi sentit bien qu'il n'était pas en état de tenir tête, en plaine, à une armée si puissante ; il se contenta de s'assurer des villes , et surtout de Bude, qu’il eut soin de munir de toutes les provisions nécessaires pour sa défense. Il envoya en même temps des ambassadeurs à Soliman pour le prier d'accorder au fils cette même protection qui avait si long-temps maintenu le père sur le trône. Ferdinand fit les plus grands efforts pour traverser cette négociation ; il offrit même d'accepter la couronne de Hongrie aux mêmes conditions ignominieuses sous lesquelles Jean l'avait tenue , et de se rendre tributaire de la Porte-Ottomane; mais le sultan vit tant d'avantages à épouser les intérêts du jeune roi qu’il promit de lui accorder sa protection; et en effet il fit marcher une armée vers la Hongrie, et la suivit aussitôt à la tête d'une seconde. Cependant les Allemands, dans l'espérance de terminer la guerre par la prise d’une ville où étaient renfermés le roi et sa mère, formèrent le siége de Bude, Martinuzzi, qui y avait rassemblé toutes les forces de lanoblesse hongroise, défendit la ville avec tant de courage et d’habileté qu'il donna le temps aux Turcs de venir à son secours. Dès qu'ils arrivèrent, ils attaquèrent les Allemands affaiblis par la fatigue, les maladies et les désertions, les battirent et en firent un grand carnage 1,

*lstuauhaffi, Æist, hung , liv. xiv, p. 150.

Soliman ne tarda pas à joindre ses troupes victorieuses : las de tant d’expéditions dispendieuses pour défendre des états qui ne lui appartenaient point, ou tenté peut-être par l’occasion séduisante et favorable de s'emparer d'un royaume que possédait un enfant sous la tutelle d'une femme et d'un prètre, il sacrifia trop facilement à ces motifs d'intérêt personnel tous les principes de l'honneur et les señtimens de l'humanité, Le sultan eut recours à la fraude pour exécuter un projet dont l'idée seule était une lâcheté; il engagea la reine à lui amener dans son camp le ;eune roi, qu'il avait , disaitil, un désir extrême de voir; il invita en mème temps les principaux dela noblesse de Hongrie à s’y rendre, et à assister à une fête qu'il voulait y donner. Tandis qu'on se livrait sans soupçons à la gaité et aux divertissemens de la fête, un détachement de ses meilleures troupes s'empara d'une des portes de Bude. Maître de la Capitale , de la personne du roi et des chefs de la noblesse, il fit conduire la reine avec son fils dans la Transylvanie, qu'il leur assigna pour leur partage, et nomma un pacha pour résider à Bude avec un corps de troupes considérable ; il réunit ainsi la Hongrie à l'empire ottoman. Ni les larmes, ni les plaintes de cette reine infortunée ne purent le toucher; et Martinuzzi, trop faible pour s'opposer aux volontés absolues du Sultan , fit d'inutiles efforts pour lui faire changer de résolution !.

Avant que Ferdinand eût reçu la nouvelle de cette usurpation violente, il avait malheureusement envoyé à Soliman de nouveaux ambassadeurs pour lui exposer encore ses droits à la couronne de Hongrie, et lui réitérer ses premières offres de tenir ce royaume de la Porte- Ottomane, et de lui payer un tribut annuel. Cette proposition, faite dans des circonstances si peu favorables, fut rejetée avec dédain. Le sultan, enflé de son succès, et se croyant en droit de faire la loi à un prince qui lui offrait de son propre mouvement des conditions si peu conveuables à son rang, déclara qu'il n'interromprait point le cours de ses opérations militaires à moins que Ferdinand n'évacuit sur-le-champ toutes les villes qu’il tenait encore en Hongrie, et qu'il ne consentit à l'imposition d’un tribut

!Istuanhaff, Æist. kung., liv. x1v,p. 56. Jov., Æist,, fiv. xxxix, p. 24, 76, etc,

sur l’Autriche, afin de dédommager le sultan des sommes immenses que l'invasion présomptueuse de Ferdinand en Hongrie avait coûté à la Porte-Ottomane pour défendre ce royaume t.

Tel était l'état des affaires en Hongrie. Comme ces événemens malheureux y avaient précédé la séparation de la diète de Ratisbonne, ou qu'on avait alors lieu de les craindre, Charles senitit qu'il serait dangereux d'irriter le ressentiment des Allemands dans le moment où un ennemi si formidable était près de fondre sur l'empire; et que ce n’était qu’en flattant les protestans , et en leur donnant satisfaction sur leurs demandes qu'il pouvait espérer d’en être vigoureusement secouru, soit pour conquérir la Hongrie, soit pour défendre les frontières de l'Autriche. Ce fut par les concessions dont on a déjà parlé qu'il parvint à son but; les protestans convinrent de lui fournir, pour faire la guerre aux Turcs, des secours d'hommes et d'argent si abondans qu'il ne lui resta presque plus d'inquiétudes sur la sûreté de l'Allemagne pour la campagne suivante,

Aussitôt après la clôture de la diète, l'empereur partit pour l'Italie. En passant par Lucques, il eut avec le pape une courte entrevue où il fut question des moyens les plus propres à terminer les disputes de religion qui désolaient l’Allemagne ; mais cette conciliation ne pouvait se faire entre deux princes dont les vues et les intérêts sur cette matière étaient alors si opposés. Tous les efforts que fit le pape pour étouffer les sujets de discorde qui divisaient Charles et François, et pour éteindre cette animosité mutuelle qui menaçait d’éclater bientôt par une guerre ouverte, n’eurent pas un succès plus heureux.

L'empereur avait l’esprit si occupé de la grande entreprise qu’ilavait projetée contre Alger, qu'il fit assez peu d'attention aux propositions et aux arrangemens du pape, et se hâta de rejoindre sa flotte et son armée 2,

Alger était toujours dans cette dépendance de l'empire turc où Barberousse l'avait mise, Depuis qu’il commandait la flotte ottomane, en qualité de capitan-pacha, Alger était gouverné par Hassen-Aga , eunuque renégat, qui, ayant passé au service des pirates par tous les grades , avait acquis dans la guerre une grande expérience , et était bien capable d'occuper un poste

1 lstuanhaffi, Æist. Aung., liv. xiv, p. 150. * Sandov., Æist., tom. 11, 298

qui demandait un courage et des talens éprouvés. Hassen , pour se montrer digne de cet honneur, exerçait ses déprédations contre tous les états de la chrétienté , avec une activité si étonnante, qu’il surpassait, s’il est possible, Barberousse lui-même en audace et en cruauté. Ses corsaires avaient presque interrompu le commerce de la Méditerranée. Il jetait si fréquemment l'alarme sur les côtes d'Espagne, qu’on fut obligé d'élever de distance en distance des corps-de-garde, et d'y entretenir continuellement des sentinelles pour veiller sur l'approche des Barbaresques, et garantir les habitans de leurs invasions {, L'empereur recevait depuis long-temps des plaintes très pressantes de la part de ses sujets; on lui représentait que son intérêt et l'humanité lui faisaient également un devoir de réduire Alger, devenu , depuis la conquête de Tunis, le réceptacle de tous les pirates, et d’exterminer cette race de brigands , ennemis implacables du nom chrétien. Déterminé par leurs prières, séduit encore par l'espérance de donner un nouveau lustre à la gloire de sa dernière expédition d’Afrique , Charles, avant de quitter Madrid pour

son voyage des Pays-Bas, avait donné des ordres

en Espagne et en ltalie pour équiper une flotte et lever une armée destinées à cette entreprise, Les changemens qui survinrent dans les circonstances ne le firent point changer de résolution : ni les progrès que faisaient les Turcs dans le pays, ni les semontrances de ses plus fidèles partisans en Allemagne , qui lui représentaient que son premier soin devait être de défendre l'empire; ni les railleries de ceux qui ne l'aimaient pas, et qui plaisantaient sur ce qu'il fuÿyait un ennemi qu'il avait près de lui, pour aller au loin en chercher un si peu digne de son courroux , rien ne put l'engager à porter ses forces vers la Hongrie. C'était sans contredit une entreprise honorable , que d'aller attaquer le sultan en Hongrie, mais elle était au-dessus de ses forces , et ne s’accordait pas avec ses intérêts. Il eût fallu faire venir des troupes d’Espagne et d'Italie, pour les conduire dans un pays très éloigné ; pourvoir aux préparatifs immenses que demandait le transport de l’artillerie, des munitions et des bagages d’une armée entière, terminer dans une campagne une guerre qu'il était difficile de rendre un peu décisive,

1 Jovius, Æist., liv, xxx, p. 266,

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semblable projet eût entraîné des dépenses trop longues et trop fortes, pour que le trésor épuisé de l'empereur pût y suffire,

D'ailleurs, en employant de ce côté ses prin-

cipales forces, les domaines qu'il possédait en |

Italie et dans les Pays-Bas restaient exposés à l'invasion du roi de France, qui ne manquerait pas de profiter d’une occasion si favorable d'y porter la guerre, D'un autre côté, son expédition d’Afrique, dont les préparatifs étaient achevés et presque toutes les dépenses faites, ne demandait qu'un seul effort , qui, outre la sûreté et la satisfaction que cette entreprise procurerait à ses sujets, demanderait si peu de temps que le roi de France ne pourrait guère profiter de son absence pour envahir ses états d'Europe.

Toutes ces raisons déterminèrent Charles à persister dans son premier dessein avec une résolution inflexible; il n'eut égard ni aux conseils du pape, ni à ceux d'André Doria, qui le conjurait de ne pas exposer une flotte entière à une destruction presque inévitable, en risquant l'approche des côtes dangereuses d'Alger , dans une saison si avancée, où les vents d'automne étaient si violens, Après s'être embarqué sur les galères de Doria, à Porto-Venère sur le territoire de Gênes, il ne tarda pas à reconnaître que cet habile homme de mer avait jugé mieux que lui d'un élément qu’il devait en effet mieux connaître. Il s’éleva une tempête si violente, que ce ne fut qu'après ies plus grands efforts, et après avoir couru les plus grands périls, que Charles put aborder à l'ile de Sardaigne,

où était fixé le rendez-vous général de la |

flotte. Mais comme l'empereur était quelquefois d’un couräge inébranlable et d'un caractère in-

flexible, les remontrances du pape, celles de !

Doria, les dangers même qu'il venait de courir,

n'eurent d'autre effet sur lui que de l'affermir |

encore dans sa funeste résolution, Il est vrai que les forces qu'il avait rassemblées étaient bien capables d’inspirer les plus grandes espérances de succès, même à un prince moins hardi et moins présomptueux. Elles consistaient en vingt mille hommes d'infanterie et deux mille de cavalerie, tant Espagn!s qu'italiens et Allemands, pour la plupart vieux soldats: et en trois mille volontaires, la fleur de la noblesse italienne et espagnole, qui s'était empressée de

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