‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 112 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

L'empereur essuya dans sa malheureuse entreprise contre les Algériens de grandes pertes, que le bruit public ne manquait pas de grossir à mesure qu’il s'éloignait du théâtre decette catastrophe. François en profita pour commencer les hostilités qu’il méditait depuis quelque temps; mais il ne crut pas qu'il fü prudent de donner pour motif de cette résolution, ni ses anciennes prétentions au duché de Milan, ni la promesse, tant de fois violée par l'empereur, de restituer ce pays. Le premier de ces motifs, qui aurait été suffisant pour l'empêcher de conclure la trève de Nice, ne l'était pas pour la rompre; et il ne pouvait alléguer le dernier sans exposer la faiblesse de sa crédulité, en démasquant la mauvaise foi de son ennemi. Un des généraux de l'empire lui fournit un meilleur prétexte de prendre les armes, par un attentat qui ne pou-

| vait manquer d’exciter son ressentiment, eût-il | autant aimé la paix qu'il avait d’ardeur pour la | guerre. François [® avait bien prévu qu’en si- | gnant la trève de Nice sans consulter Soliman, il offenserait ce monarque altier, qui regardait une alliance avec la Porte comme un honneur

| dont les princes chrétiens devaient s’enor-

gueillir. L’entrevue du roi de France avec l'empereur en Provence, et l'accueil qu'on fit à Charles, furent accompagnés de tant de démonstrations affectueuses de confiance, que le sultan soupçonna les deux rivaux d’avoir enfin oublié leur ancienne inimitié, pour former contre la

1 Caroli P expeditio ad Argyriam per Nicolaum Villagnonem equitem Rhodium ap. Scardium, V, n,p. 365. Jovius, Æist., liv. x1v, p. 269. Veray Zuniga, Vida de Carl. P, p. 408. Sandov.. ist vol. ll, p. 299, etc

puissance ottomane cette confédération générale. désirée depuis si long-temps dans la chrétienté, et toujours vainement tentée. Charles, avec ses .artifices ordinaires, s'efforçait de confirmer et de fortifier ces soupçons, en r'ecommandant aux émissaires qu'il avait à Constantinople et dans toutes les cours où Soliman entretenait des liaisons, de publier que François et lui étaient si bien d'accord qu'ils n'auraient plus à Vavenir que des sentimens, des vues et des projets communst. Ce ne fut pas sans difficulté que le roi parvint à détruire ces impressions ; mais l'adresse de Rincon, son ambassadeur à la Porte , et l'avantage manifeste qui résultait pour cette cour de commencer, de concert avec la France, des hostilités contre la maison d'Autriche, déterminèrent enfin Soliman à s'unir plus étroitement que jamais avec François. Rincon retourna vers son maître, chargé de lui communiquer un projet du sultan pour engager les Vénitiens dansleur parti contre l'empereur. Soliman , qui venait de conclure avec cette république une paix à laquelle la médiation de François et les bons offices de Rincon avaient beaucoup contribué, pensa qu'il n’était pas impossible de gagner le sénat par des offres avantageuses, qui, jointes à l'exemple du roi deFrance, l'emporteraient dans l'esprit des Vénitiens sur quelques motifs de retenue et de bienséance.

François saisit avidement cette ouverture; il dépêche de nouveau Rincon à Constantinople , lui enjoint de passer par Venise avec Frégose, Génois exilé de sa patrie, et donne à ses deux ministres plein pouvoir de poursuivre auprès du sénat la négociation qu'un envoyé de Soliman avait déjà entamée?. Cependant le marquis An Guast, gouverneur du Milanais , habile officic: , mais capable d'entreprendre et exécuter les violences ies plus atroces, eut avis de ce dessein et de la destination des ambassadeurs. IL savait combien son maitre désirait pénétrer les intentions du roi de France , et de quelle conséquence il était d’en retarder l'exécution. Il aposta donc quelques soldats de la garnison de Pavie, qui surprirent Rincon et Frégose, lorsqu'ils s’embarquaient sur le PÔ, les massacrèrent, eux et une grande partie de leur suite, et se saisirent de leurs papiers. Lorsque François reçut la nou-

: Mémoires de Ribier, tom. |, p. 502.

? Hist, di Venet. da Purata, vol, IV,p 125.

velle d'un si horrible attentat, commis durant la trève et sur des personnes dont le caractère était sacré, même chez les nations barbares , la douleur qu’il reçut de la perte funeste de deux serviteurs, fidèles, l'inquiétude de voir ses projetssuspendus , enfin tous les autres mouvemens, de son Ame se confondirent dans le ressentiment de l'affront fait à sa couronne. IL accusa hautement du Guast, qui, malgré son audace à se disculper de ce crime, en eut toute la honte sans en retirer aucun fruit; car les ambassadeurs avaient laissé derrière eux leurs instructions et tous les autres papiers, d'importance. Le roi de France envoya vers l’empereur pour lui demander réparation d’une insulte que le dernier et le plus lâche des souverains n'aurait pu se résoudre à souffrir patiemment. Charles , alors pressé de partir pour son expédition d'Afrique, essaya d’éluder les instances de François par des réponses ambiguës; mais celui-ci en appela à toutes les cours de l'Europe, et mit en évidence T'atrocité de l'injure, la modération de sa conduite et l'injustice de l'empereur, qui semblait mépriser ses plaintes.

Malgré l'assurance avec laquelle du Guast protesta de son innocence, l'accusation du roi eut plus de poids que tous ses sermens. Du Bellay, qui commandait pour la France en Piémont, vint à bout, par ses soins et son adresse, de se procurer un détail circonstancié du complot ; ce qui, joint au témoignage d'un grand nombre de parties intéressées, équivalait presque à une preuve légale contre le coupable. D'après l'opinion du-public, fortifiée par cette nouvelle découverte, les plaintes de François parurent évidemment fondées sur la justice, et ses préparatifs de guerre ne furent point attribués à l'ambition ou au ressentiment, mais à la nécessité indispensable de venger l'honneur de « couronne f.

Cependant quelle fût la justice de sa caust et malgré l'appui du sultan, ce prince ne négligea pas de chercher d’autres alliés pour contre balancer les forces supérieures de l'empereur; mais ses négociations eurent peu de suceis.

Henri VI, attaché de plus en plus à ses pro jets contre l'Écosse , qu’il n'ignorait pas devoir rompre ses liaisons avec la France, était plus

1 Du Bellay, p. 367, etc. Jovius ist. lib. x£,p 268

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us Aist. lib. x, p. 268

isposé à prendre parti pour l'empereur qu'à : j i ava’ qu'à | quatrième, qui avat pour général | . Ÿ . Î k s d ere EU de François. Le pape | Vendôme, bordait les it de ia Flandre à un s : it inviolablement à son s stème de neu- | la dernière , formée des troupes cant ee #4 ité, et son exemple était Suivi par les Véni- | dans le Piémont, fut confiée santa An . CE ns les sollicitations de Soliman. Les | baut. Par cette disposition, le dauphin Allemands, satisfaits de la liberté de conscience | frère se trouvaient placés dans je | Me qu ‘à leur avait laissée, se trouvaient intéressés champ des conquêtes et de la lire, L bee À y is R GENE ANS ni HUE du premier montait à ob lelee s s ançois furent d'abord les | et celle du dernier ; i mr rnier à trente mille. On ne pe mat CORNE à Le ÉpE Pr : He ce | s'empêcher d'être surpris que François, ne # ; s de prendre | appareil si nombreux et si formi part aux querelles des plus puissans monarques i i on aux ues | Soit pas jeté sur le Milanais qui avai i du midi, et en second lieu, le d ke D US , le duc de Clëves, qui | temps l'objet d ési : date Os Da ae » Jet de ses désirs et de ses entreprises; 4 pour la possession | mais le souvenir des d'à dl i F. que à venir des d‘sastres qu'il avait Mn Au né états des deux premiers | dans ses premières du ditus et la diféclté it ro s oin du théâtre de la guerre, | de soutenir Ja guerre à une si grande distance At fe ee ; u dernier était si peu considé- | deses états, avaient insensiblement ralenti cette de a çois ne gagna pas beaucoup à | ardeur de s'établir en Italie. Il crut devoir eshe sayer d’un autre côté la fortune d # e se $ 5 ua il suppléa par son activité aux res- | Comme il n’y avait sur les frontières d'Es se de saut, PA eq sise pour lors | qu'un petit nombre de villes en état de par ses débauches, ct | et point d'armée à lui i , l F à lui opposer, ils it d’ mer ” arrêter le Cours, il eut tout le loi- | arriver avant que Charles Pas it ay us Re ue as ji plus d’ardeur | grès, et de reprendre sans obstacle le né de même mal , en le sevrant | Roussillon, démemb i dE Lo en] » démembré depuis peu de la couaisirs, aussi plus chagrin et plus | ronne de F i pl P { rance. La nécessité de soutenir son . Sa mauvaise humeur | allié le duc de Clé À ’avoi s'aigrissant encore par la consi i ne DR onsidération des | son moye i Ro D US mé Yen un corps considérable de troupes alon venait de l’entrainer | lemandes, le détermi i erminérent à i si insultes qu'il avait reçues, quelques-uns | dans les Pays-Bas. seen it ci de LL ï avait le plus de confiance se Le dauphin et le duc d'Orléans ouvrirent I pie Has ci Re A ji ildisgra | campagne presque en même temps. Le re -même, qui depuis long- | mit le siége devant Perpi cani temps gouvernait ses affaires civi ili a el ee UE civiles et mili- | Roussillon; le nu je Arai les ; le second entra dans le Luxemse ni as À Hs Le d’un Haie aussi | bourg. Le duc poussa ses opérations . res $ aitre ; et François, ja- | de rapidité d i io dE A ne D ; et : p que de bonheur ; à peine une ville 'igueur ni la prudence | était emporté ’une : i di nil L portée, qu'une autre avait le même souffrirait point de | sort, jusqu’: :

nn » Jusqu'à ce qu’enfin dans tout ce vaste dupuissant favori, redoubla | chéilner ] ionyi ss nn à e resta plus que Thionville à l’em d At Li ee ouvrir la cam- | Les provinces voisines même nautaient pu ui ions d'éclat. résister s’il fût arrèté de I — il ne se fût arrêté dans le cours de me ons al Arnéee l'une devait agir | succès. Le bruit se répandit que Charles VOLE do nn sous les ordres du duc | hasarder une bataille pour sauver Perpignan; pie D na F2 se de Lorraine, qui | soudain le duc, poussé par une ardeur de jeu Ro Au se f'daus l'art de la guerre; | nesse, ou peut-être par sa jalousie contre u eh Ha sua par le dauphin, marcha | frère qu'il haïssait, abandonna toutes ses cont A en Espagne. Le Brabant fut le | quêtes, et courut vers le Roussillon afin de a {roisième, elle était conduite par | tager l’honneur de la victoire a ù M D et composée Après son départ , une partie de ses soldats ù roupes de Clèves; la | se débanda ; d’autres désertèrent : et ce qui en

resta, réduit à l'inaction , se cantonna dans les villes déjà prises. Cette conduite qui laisse une tache flétrissante sur l'esprit ou sur le cœur de ce prince, et peut-être sur l’un et sur l'autre, nonseulement lui enleva toutes les belles espérances d'une campagne si bien commencée, mais encore donna le temps à l’ennemi de recouvrer avant été tout ce qu'il avait perdu. L’empereur était trop prudent pour risquer sur les frontières d'Espagne une bataille dont la perte pouvait mettre en danger ce royaume. Perpignan était mal fortifié, vivement attaqué , mais il se trouvait bien muni de provisions de guerre et de bouche, par la vigilance de Doria ! ; et le duc d’Albe, que son caractére opiniâtre rendait propre à soutenir un siége jusqu’à la dernière extrémité, défendit cette place avec tant de vigueur, qu’à la fin les Français , affaiblis par les maladies , repoussés dans plusieurs assauts et désespérant du succès, abandonnèrent leur entreprise après six mois de fatigue , et se retirérent dans leur pays 2. Ainsi, soit défaut de conduite de sa part, soit supériorité de prudence et de forces dans son rival, François, après ces grands préparatifs qui lui avaient coûté tant d'argent et de travaux, n’en recueillit aucun fruit qui répondit à ses espérances el à l'attente de l'Europe. Le seul avantage solide de cette campagne fut l'acquisition de quelques villes du Piémont, que du Bellay emporta plutôt par stratagème et par adresse que par la force des armes.

Cependant l'empereur et le roi de France, quoique tous deux épuisés par tant d'inutiles efforts, ne sentaient point ralentir leur animosité mutuelle, Chacun d'eux employa de son côté sa vigilance et son industrie à se faire de nouveaux alliés qui fussent capables de lui donner la supériorité dans la campagne suivante. Charles, profitant de la terreur qu'avait causée aux Espagnols la subite invasion de leur pays, obtint des états de plusieurs de ses royaumes des subsides plus considérables que les subsides

a dé

ordinaires 4. En même temps il emprunta une |

grosse somme à Jean , roi de Portugal, et pour

1 Sigon., Fita À. Doriæ, p. 1191.

3 Sandov., Aist., tom. il, p. 315.

8 Zbid.,p. 318. Du Bellay, p. 387, etc. Ferrer, vol.IX, p. 237.

‘ Ferreras, pag. 238, 241. Jovius, Æist., lib. xX17, D. 28, 6.

sûreté de cette dette, il le mit en possession des îles Moluques , lui abandonna le commerce précieux des épiceries que fournit cette partie du globe. Non content de ces mesures, il traita du mariage de Philippe, son fils unique, alors dans sa seizième année , avec Marie, fille de ce monarque , qui lui donna une dot telle qu'on pouvait l'attendre du prince le plus riche de l'Europe. Ensuite il engagea les cortès d’Arragon et de Valence à reconnaitre Philippe pour l'héritier de ces deux couronnes, et il en obtint le don agcoutumé dans ces sortes d'occasions. Ces subsides extraordinaires le mirent en état de grossir ses armées d'Espagne, au point d’en pouvoir détacher un grand corps vers les Pays- Bas, et d'en laisser cependant assez pour la défense du royaume. Après avoir ainsi pourvu à la sûreté de l'Espagne, dont il confia le gouvernement à son fils, il s'embarqua pour aller en Allemagne par l'Italie. Mais malgré son attention à se procurer des fonds pour soutenir la guerre, il sut pourtant résister aux offres artificieuses de Paul HE, qui n’ignorait pas combien ce prince avait besoin d'argent. Ce pontife ambitieux, qui épiait et saisissait toutes lesoccasions d'élever sa famille, sollicita l'investiture du du ché de Milan pour son petit-fils Octave, déjà gendre de l'empereur ; et il tenta ce prince par | l'appt d'une somme qui pouvait suffire aux frais de son armement. Mais celui-ci, déterminé à ne point aliéner une si belle province, et d'ailleurs mécontent du pape qui avait toujours refusé de se joindre à lui contre François , rejeta nettement ses propositions. Il porta même le resseutiment jusqu'à s'opposer au dessein de Paul, qui voulait détacher Parme et Plaisance du patrimoine de saint Pierre, pour les donner à son fils et à son petit-fils, à titre de fief relevant du saint siége. Comme il ne lui restait plus aucun moyen de tirer de l'argent des états d'Italie, il rappela les garnisons qu’il avait tenues jusqu’alors dans les citadelles de Florence et de Livourne: ce qui lui valut un présent considérable de Lôme de Médicis, qui vit par-là son | indépendance assurée et se trouva ma de deux forts, nommés avec raison les entraves de | la Toscane t.

1 Adrianii Zstoria, vol. l, p. 195. Sleïd., p. 312. Jov., | Hist., lib. xuur, pag. 310. Vita di Cos. Medici, di | Baldini, p. 34.

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