‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 112 · Sleïd., p. 312. Jov., a di Cos. Medici, di · texte numérisé non relu

Sleïd., p. 312. Jov., a di Cos. Medici, di

eo

Mais les vues de Charles s'étendaient plus loin, et la ligue offensive qu'il avait conclue avec Henri VII pouvait lui procurer de plus grands avantages que tous ses préparatifs.

Quelques petits démélés dont j'ai déjà parlé avaient commencé à dégoûter ce roi de l'alliance de François; et de nouveaux incidens concoururent à l’en détacher tout-à-fait. Henri, aussi ardent pour établir l'uniformité de religion en Angleterre que jaloux de faire des prosélytes de ses opinions, avait formé le dessein de persuader à son neveu le roi d'Écosse , de rejeter la suprématie du pape, et d'adopter la réformation qu'il venait de faire recevoir dans son royaume. I! suivit ce projet avec son impétuosité naturelle; et comme il ne croyait pas Jacques fort scrupuleux sur l’article de la religion, il lui fit des propositions si avantageuses, qu’il ne douta presque point du succès. Elles furent en effet reçues de manière à flatter ses espérances; mais le clergé d'Écosse prévoyant que la ruine de l'église suivrait bientôt l'union de leur roi avec l’Angleterre; les partisans de la France craiguant de leur côté que cette couronne ne perdit toute son influence sur les affaires de l'Écosse, ces deux factions se lièrent , et par leurs insinuations et leurs brigues détruisirent entièrement le plan de Henri, au moment même où il en attendait l'effet. Ce monarque trop altier pour souffrir cet affront , qu'il attribuait aux artifices des Français autant qu’à la légèreté de Jacques, prit aussitôt les armes , et menaça de dépouiller de son royaume un prince dont il ne pouvait s'assurer l'amitié, En même temps, par animosité contre François, il se hâta de négocier avec l'empereur une alliance qui fut aussitôt acceptée qu'offerte. Mais avant que ce traité fût entièrement conclu , pendant que le roi d'Angleterre faisait la guerre en Écosse, Jacques V mourut, et laissa la couronne à Marie, sa fille unique , encore en bas âge. Cet événement changea tous les projets de Henri sur ce royaume, Renonçant à celui de le conquérir, il jugea plus avantageux | et plus facile de l'unir au sien par le mariage de son fils unique, Édouard, avec la jeune reine. Mais il avait à craindre une opposition vigoureuse de la faction française en Écosse, qui commençait déjà à intriguer pour déconcerter | toutes ses mesures. La nécess prévenir | cette faction et d'empêcher Francois de lui pré- |

oo

ter du secours confirma de plus en plus Henwt dans la résolution de rompre avec ce prince, et l'obligea de mettre la dernière main à son traité d'alliance avec l'empereur,

Les premiers articles de cette ligue terdaient à assurer d’abord l'amitié entre les deu; souverains , et leur défense mutuelle. On stipulait ensuite les demandes qu'ils devaient faire au roi de France, chacun de son côté, et l'on réglait le plan de leurs démarches , en cas qu'il refusät de leur donner satisfaction. Ils convinrent donc d'exiger de François que non-seulement il renoncerait à l'alliance des Turcs, qui avaient été la source de tant de maux pour ls chrétienté, mais encore qu'il accorderait des réparations pour les dommages que cette union illégitime avait occasionés; que, de plus, il rendrait la Bourgogne à l'empereur, et cesserait immédiatement toute-hostilité, afin de laisser Charles en liberté de s’opposer à l'ennemi commun de la foi; qu'enfin il paierait sans délai les sommes dues à Henri, ou qu'il lui livrerait quelques villes pour nantissement de la dette. S'il n’acquiesçait pas à tous ces articles dans l'espace de quarante jours, les deux monarques s'engageaient à entrer en France, chacun, à la tête de vingt mille hommes d'infanterie et de cinq mille chevaux, avec la promesse de ne point quitter les armes qu'ils n’eussent recouvré, l'un la Bourgogne et les villes de la Somme ; l’autre, la Normandie et la Guienne, ou même toute la France 1. Des hérauts furent chargés de ces impérieuses propositions , et quoiqu'’ils ne pussent entrer dans ce royaume, les deux souverains se crurent en droit d'exécuter leurs conventions

François, de son côté, ne mettait pas moins de diligence dans ses préparatifs pour la campagne prochaine. Il s’apercevait depuis long-temps du mécontentement de Henri; tous ses efforts pour le ramener ayant été inutiles, il s'attendit, d'après la connaissance qu'il avait de son caractère, que des hostilités déclarées suivraient bientôt son refroidissement. Sa ressource fut donc de redoubler d’instances auprès de Soliman, afin d'en obtenir un secours suffisant pour balancer l'union des forces de l'empereur et &c l'Angleterre. Comme il s'agissait de remplacer

1 Rym., vol. XIV, p. 768. Herb., p. 238

les deux ambassadeurs assassinés par du Guast,

il envoya d'abord à Venise, et de cette ville à

Constantinople, Paulin, capitaine d'infanterie.

François le jugea propre à cette commission im-

portante, sur la recommandation de du Bellay,

qui avait fait l'épreuve de son talent et de son

adresse dans plusieurs négociations. Paulin ne

trompa point l'opinion qu'on avait de son eou-

rage et de son habileté. Les dangers de la route

ne l’arrêtèrent point. Dès qu'il fut arrivé à Constantinople, il insista si vivement sur les deman-

desde son maitre, et sut si bien se prévaloir des circonstances, qu'il leva toutes les difficultés qu'opposait le sultan, Les pachas même qui s'étaient déclarés au divan contre l'alliance avec les Français, soit que ce fût leur opinion, soit qu'ils fussent gagnés par les émissaires de l’empereur , se virent contraints au silence !. Barberousse reçut ordre de s'embarquer avec une puissante flotte , et de diriger toutes ses opérations sur celles du roi de France. Mais ce mouarque ne fut pas si heureux dans ses tentatives auprès des princes de l'empire. Dans le dessein de manifester son zèle pour la foi catholique, afin d'effacer les mauvaises impressions qu'avait faites son alliance avec les Tures, il avait erw nécessaire de punir avec une extrême rigueur ceux de ses sujets qui avaient embrassé la religion protestante; mais il ne fit par-là qu’élever une-barrière entre lui et ceux des Allemands qui étaient portés par inclination et par intérêt à le seconder ?. Il avait cependant un avantage réel sur l'empereur: la contiguité de tous ses états et l'étendue de l'autorité royale en France le garantissaient des délais et des contretemps qui sont inévitables partout où le peuple pourvoit aux frais de la guerre par des subsides précaires et souvent trop modiques, Ainsi ses préparatifs se faisaient avec vigueur et célérité, tandis que ceux de Charles étaient toujours lents et suspendus, à moins que des secours étrangers, ou quelque expédient extraordinaire, ne vint le tirer d'embarras.

François portant toutes ses forces dans les Pays-Bas, y tint la campagne avant que l'ennemi s'y présentât. I se rendit maître de Landrety, et fit fortifier cette place avec grand

? Sandov., Æist., tom. 11, pag. 346. Jovius, Aist., lib. xzr. p. 285, etc 300, etc. Brantôme.

3 Seckeud lib nx p. 408

soin, parce qu’elle était la clefduw Hainaut. De là, tournant à droite, ilentra dans le duché de Luxembourg, qu’il trouva sans défense, comme

; l’année précédente. Cependant l’empereur ayant

composé une: armée de troufes ramassées dans les différens pays de sa domination, se jeta sur le territoire du duc de Clèves, duquel il avait juré de tirer une vengeance exemplaire. Ce prince, dont la position etla conduite rappelaient l'état où l’on avait vu Robert de la Marck dans la première guerre entre Charles et François, eut aussi le mème sort. Comme il n'avait pas assez de troupes pour faire face à l'empereur qui s'avançait à la tête de quarante-quatre mille hommes, il se retira à son approche, et les impériaux, maîtres de la campagne, investirent aussitôt Dulen. Cette ville, quoique vigoureusement défendue, fut prise d'assaut ; tous les habitans furent passés au fil de l'épée, et les maisons réduites en cendres: Ce terrible exemple de: sévérité répandit aux environs une consternation si générale, que toutes les autres villes, même celles qui étaient en état de résister, envoyèrent leurs clefs à l'empereur. Le duc lui-même, avant qu'un détachement français pôt arriver à son secours, fut obligé de lui faire une soumission qui dégradait sa dignité de souverain. Admis en la présence de ce monarque, ilse mit à genoux avec huit de ses principaux sujets pour implorer sa elémence. Charles le laissa dans cette posture humiliante, et le fixant d'un air fier et implacable , le renvoya à ses ministres, Mais les conditions qu’on lui prescrivit ne furent pas aussi rigoureuses qu'il devait l'attendre d'une pareille réception; on l’obligea de renoncer à toutes prétentions sur le duché de Gueldres, et à rompre son alliance avec !1 Fraure et le Danemark, pour s'unir à l'empereur et au roi des Romains. Tous ses états héréditaires lui furent restitués à ce prix, excepté deux villes que Charles garda comme des otages de sa fidélité pendant la guerre; ensuite on le rétablit dans tous ses priviléges de prince de l'empire. Peu de temps après, l'empereur, pour gage d'une sincère réconciliation, lui donna en mariage une des filles de son frère Ferdinand !.

Après le châtiment du duc de Clèves, qui, en

'Haræus, 4unal, Brabant., tom. 1, p. 628. Recueil des trailés, tom. I, p. 225.

pri dor tigi van Lar Anf Jeal allie vieu Des:

reus ses vrai has:

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COrps sultai Eplis consi Ferdi deux royau même avec Calab gea el

' Du 2 Isti

lu Hainaut. De là, ans le duché de s défense, comme | l'empereur ayant 5 ramassées dans ation, se jeta sur , duquel il avait » exemplaire. Ce nduite rappelatent de la Marck dans les et François, me il n'avait pas e à l'empereur qui ante-quatre mille proche, et les imagne, investirent quoique vigoureud'assaut ; tous les de l'épée, et les Ce terrible exemnvirons: une consutes les autres viln état de résister, apereur. Le duc ichement français obligé de lui faire ait sa dignité de nce de ce monarhuit de ses princiclémence. Charles riliante, et le fixant renvoya à ses miqu'on lui prescrivit es qu'il devait l'atm ; on l’obligea de as sur le duché de alliance avec la w s'unir à l'empeous ses états héréà ce prix, excepté comme des: otages rre ; ensuite on le viléges de prince près, l’empereur, éconciliation, lui filles de son frère

de Clèves, qui, en

om. 1, p. 628. Recueil

privant François d'un de ses alliés, ajoutait aux domaines de Charles une grande province contiguë à ses états des Pays-Bas, ce prince s'avança dans le Hainaut, et mit le siége devant Landrecy. Il y fut joint par un corps de six mille Anglais, sous le commandement du chevalier Jean Walop; c'était là le premier fruit de son

alliance avec Henri. La garnison, composée de‘

vieux soldats commandés par de La Lande et Dessé, officiers de réputation, fit une vigoureuse résistance. François marcha avec toutes ses forces au secours de la place; Charles couvrait le siége. Tous deux étaient déterminés à hasarder une action décisive, et l'Europe entière s'attendait à voir finir de si longs démélés par une bataille entre deux grandes armées que ces souverains commandaient en personne, Mais l'espace qui séparait les deux camps était disposé de manière que le désavantage devait être pour celui qui tenterait l'attaque, et ni l’un ni l'autre n’en voulut courir le risque. Au milieu des mouvemens que faisait chacun d'eux pour attirer son ennemi dans le piége, ou pour l’éviter, François se conduisit avec tant de bonheur et d'habileté, qu'il parvint à faire entrer des troupes fraiches dans la ville avec un convoi de provisions. L'empereur, désespérant alors du succès, prit ses quartiers d'hiver ! pour se garantir des rigueurs de la saison qui aurait causé la ruine de son armée.

Cependant Soliman, fidèle à tous ses engagemens avec la France, entra dans la Hongrie à la tête d’une nombreuse armée. Les princes de l'empire voyant Charles employer toutes ses forces contre François, ne firent pas de grands efforts pour sauver un pays qu'il semblait vouloir sacrifier; de sorte qu'il ne se trouva aucun corps de troupes pour arrêter les progrès du sultan. Il assiégea, l'une après l’autre, Cinq- Eglises, Albe et Gran; ces trois villes, les plus considérables de la Hongrie, appartenaient à Ferdinand. La première fut prise d'assaut, les deux autres se rendirent, et presque tout je royaume se soumit au joug des Tures 2. Vers le même temps, Barberousse s'étant embarqué avec une flotte de cent dix galères, côtoya la Calabre, fit une descente à Reggio, qu’il saceagea et brûla; de là, s’avançant à l'embouchure

? Du Bellay, p. 405, etc.

? Istuanhaff, Æist. hung., liv. xv, p. 167

du Tibre, il s’y arrêta pour faire eau. Les habitans de Rome, ignorant la destination de cet armement , furent saisis d'une si grande terreur qu'ils s'enfuirent avec précipitation. La ville allait restes déserte si Paulin, l'envoyé de France, ne leur eût rendu le courage par des lettres où il protesfait qu'aueun état, allié du roi son maître, n'avait à craindre ni violence ni insulte de la part des Ottomans, D'Ostie, Barberousse fit voile pour Marseille. 11 y fut joint par la flotte française, qui portait un corps de troupes, commandé par le comte d'Enghien, jeune et vaillant prince de la maison de Bourbon. Ces flottes dirigèrent ensemble leur route vers Nice, dernier asile de l'infortuné duc de Savoie, Ce fut là qu'au grand scandale de toute la chrétienté , on vit les lis de la France et le croissant de Mahomet s'unir contre une forteresse où la croix de Savoie était arborée. Cependant la ville fut vigoureusement défendue contre les deux armées , par Montfort, gentilhomme savoyard, qui soutint un assaut général, et fit perdre beaucoup de monde aux ennemis avant de se retirer dans le château, Ce fort, situé sur un rocher, ne pouvait être entamé ni par l'artillerie ni par les mines. Il tint si long-temps, que Doria eut le loisir de s’en approcher avec sa flotte, et le marquis du Guast avec un corps de troupes de Milan. Dès que les Français et les Turcs eurent avis de ces renforts, ils levérent le siége ?; et le roi, pour se dédommager de l'opprobre dont il s'était couvert par une telle alliance, n'eut pas même la consolation du succès.

En considérant le peu de progrès qu'on avait fait de part et d'autre durant cette campagne, on devait s'attendre à voir traîner la guerre en longueur entre deux monarques dont les forces étaient dans une sorte d'équilibre, et qui trouvaient dans leurs talens et leur activité des ressources inépuisables. Chacun d'eux pouvait ruiner ses propres états, avant de conquérir ceux de son adversaire. Ainsi Charles et François eussent désiré la paix s'ils n'avaient consulté que leur intérêt ou la prudence; mais l'animo-

| sité personnelle, qui se mélait dans tous leurs

différends, était si violente et si implacable, que le plaisir de la satisfaire l'emportait sur toute

! Jovius, ist. iv. xun, p. 30%, etc. Pallavic, p. 160. 2 Guichenon, Æistoire de Savoie, tom. 1, p. 651.

. Du Bellay, p. 425, etc,

autre considération, et que chacun s’occupait plus à nuire à son ennemi qu'à chercher son propre avantage. La saison ne les eut pas plus tôt forcés à suspendre les hostilités, que, sans aucun égard ni aux sollicitations réitérées du pape ni à ses paternelles exhortations pour le rétablissement de la paix, ils commencèrent à préparer les opérations de la campagne suivante avec une ardeur qui croissait en proportion de leur haine. Charles s’attacha d’abord à gagner les princes de l'empire, et s'efforça de soulever contre François la masse pesante du corps germanique. Mais pour bien entendre les démarches qu'il fit à ce sujet, il est nécessaire de reprendre l’histoire d'Allemagne depuis la diète de Ratisbonne, tenue en 1541.

Vers le temps où cette assemblée se rompit, Maurice succéda à son père Henri dans la partie de la Saxe qui appartenait à la branche albertine de la maison souveraine de cet électorat. Ce jeune prince, qui n'avait encore que vingt ans, montrait déjà les grands talens qui devaient lui donner tant de part aux affaires de l'Allemagne. Dès qu'il prit le timon du gouvernement, il dédaigna les routes ordinaires, et ses premiers pas annoncèrent de grands desseins. Quoique scrupuleusement attaché par son éducation et ses principes au protestantisme, il refusa d'entrer dans la ligue de Smalkalde. Il voulait, disait-il, maintenir la pureté de la religion, mais non s'embarrasser dans les démèlés politiques et dans les cabales qu’elle enfantait. 11 prévoyait dès lors la rupture qui allait éiater entre Charles et les confédérés, et présumant lequel l'emporterait des deux partis, au lieu de témoigner à l'empereur de l'inquiétude et des soupçons comme les autres protestans, il affecta de lui montrer une confiance sans bornes, et lui fit sa cour avec la plus grande assiduité, En 1542, lorsque les réformés refusèrent, ou du moins n’accordérent qu'avec peine de faibles secours à Ferdinand pour défendre la Hongrie, Maurice alla se joindre à lui et se signai+ par son zèle et son courage. Dès la première campagne de Charles, il lui amena un corps de ses propres troupes. Les agrémens de sa personne, sa dextérité dans tous les exertires militaires, et cette intrépidité naturelle qui le rendait avide de dangers, le distinguaient encore moins que l'habileté et l'adresse avec laquelle il sut s’insi-

nuer dans la faveur de l'empereur {. Tandis que, par une conduite qui paraissait étrange à tous ceux de sa religion, Maurice captivait ainsi les bonnes grâces de ce monarque, il commençait à montrer de la jalousie contre son cousin l’électeur de Saxe. Cette passion secrète, qui devint dans la suite si fatale au dernier, avait déjà presque occasioné une rupture entre ces deux princes. Dès que Maurice fut parvenu au gouvernement, ils prirent les armes l'un contre l’autre avec une égale fureur, pour un vain droit de juridiction dans une petite ville des bords de la Moldave. Mais au moment d'en venir aux mains, ils furent arrêtés par la médiation du landgrave de Hesse, et par la puissante autorité des remontrances de Luther 2.

Cependant le pape, quoique très irrité des concessions que l’empereur avait faites aux r'éformés à la diète de Ratishonne, était si vivement sollicité d’assembler un concile, soit par les partisans zélés du saint siége, soit par des personnes même dont les opinions et les desseins pouvaient lui être suspects, qu'il ñe crut pas pouvoir différer davantage à le convoquer. Plus on avait eu de peine à l'obtenir, plus on attendait avec impatience l'effet de ses décisions. Mais vouiant du moins y donner la loi et diriger tou: tes les opérations de l'assemblée, le pontife ne perdit pas de vue sa première résolution de choisir pour cet objet une ville d'Italie où les ecclésiastiques à ses gages et dépendans de sa faveur pussent se rendre sans peine et à moins de frais, Il donna au nonce qu'il avait à la diète de Spire, en 1542, l'ordre de renouveler cette proposition si souvent rejetée des Allemands, et l'autorisa , s’il trouvait toujours la même répugnance dans les esprits, à proposer pour le lieu du concile la ville de Trente dans le Tirol, soumise au roi des Romains , et située sur les confins de l'Allemagne et de ltalie. Les princes catholiques, après avoir représenté dans la diète que le choix de Ratisbonne, Cologne, ou quelques autres grandes villes de l'empire, eût été plus avantageux pour le bien général, finirent par s'en tenir à la dernière offre de Paul, Mais les protestans témoignèrent un mécontentement universel,et déclarèrent qu'ils nereconnaitraient point ua concile convoqué hors des limites de

1 Sleid,p 317. Seck., liv. ur, p. 371, 386, 28.

2 Sleid., p. 292. Seck., lib, at, p. 483,

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que très irrité des avait faites aux r'éynne , était si viven concile, soit par siége, soit par des ions et les desseins , qu'il fe crut pas le convoquer. Plus nir, plus on attene ses décisions. Mais a loi et diriger tou iblée, le pontife ne ière résolution de le d'Italie où les ec- | dépendans de sa ns peine et à moins qu'il avait à la diète de renouveler cette e des Allemands, et jurs la même répu- ‘oposer pour le lieu dans le Tirol, sousituée sur les conalie. Les princes casenté dans la diète Cologne, ou quele l'empire, eût été n général, finirent offre de Paul, Mais un mécontentement Is nereconnaitraient hors des limites de p. 371, 386, 428.

l'empire par l'autorité du pape, et dans lequel il se réservait le droit de présider !.

Paul, sans s'inquiéter de cette opposition, publia la bulle du concile, nomma trois cardi- , DaUX pour y assister comme ses légats, et leur : prescrivit de se rendre à Trente avant le premier de novembre, jour qu’il avait fixé pour l’ouverture de cette assemblée. Mais s’il eût désiré le concile aussi sincèrement qu'il le prétendait, il n'aurait pas choisi pour le tenir un temps si peu convenable, On ne pouvait guëre s'attendre en ce moment à voir régner dans les esprits ce concert et ce calme qui seuls peuvent assurer la liberté et l'autorité des délibérations : d’ailleursla guerrecruellequiétait alorsalluméeentre l'empereur et François ne permettait pas aux ecclésiastiques de la plus grande partie de l'Europe d'arriver tranquillement à Trente. Les légats y demeurèrent plusieurs mois sans qu'il y parût personne, si ce n'est quelques prélats des états du pape; et ce pontife se vit contraint , pour éviter le ridicule et le mépris aux yeux des ennemis de l'église, de rappeler ses cardinaux et de différer le concile 2.

Malheureusement pour la cour de Rome ; pendant que les protestans d'Allemagne saisissaient toutes les occasions dedécrier son autorité, l'empereur et le roi des Romains jugèrent qu'il était de leur intérêt de neles pas réprimer et même de se les attacher par de nouveaux actes d'indulgence, Dans la même diète de Spire , où ils avaient protesté de la manière la plus insultante contre la tenue du concile à Trente , Ferdinand, qui avait besoin de leur secours dans la Hongrie , permit que leurs protestations fussent insérées dans les registres de cette assemblée ; et renouvelant en leur faveur les priviléges qu'ils avaient obtenus à Ratisbonne, il y ajouta toutes les sûretés qu’ils pouvaient demander. Entre autres choses, il leur accorda la suspension d’un décret de la chambre impériale contre la ville de Goslar, qui était cutrée dans la ligue de Smalkalde et avait saisi les revenus du clergé dans ses domaines, IL fat enjoint à Henri, duc de Brunswick, de se désister de l'exécution de ce décret. Mais ce prince qui poussait le zèle jusqu'au fanatisme, aussi téméraire qu'obstiné dans ses entreprises, ne cessa point ses incur-

! Sleid., p. 291. Seck., lib, nr, p. 283.

| | * Fra-Paolo, p. 97, Sleid., p. 296, |

sions dans le territoire de Goslar. L'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, ne pouvant souffrir qu'on opprimât les membres de la ligue, assemblèrent leurs forces, déclarérent la gucrre à Henri, et dans l’espace de quelques semaines, l'ayant dépouillé de ses états, l'obligèrent à chercher un refuge à la cour de Bavière, Cet acte d’une vengeance prompte et sévère fit trembler toute l'Allemagne; et les confédérés de Smalkalde montrèrent, dès ce premier essai de leurs armes, qu'ils avaient et le courage et le pouvoir de protéger leurs associés !,

Euhardis par tant de concessions et par les progrès que faisaient de jour en jour leurs opinions, les princes de la ligue de Smalkalde firent une protestation solennelle contre la chambre impériale, et ne voulurent plus reconnaître sa juridiction, sous prétexte que cette cour n'avait point été visitée ou réformée selon le décret de Fatisbonne , et qu’elle continuait à montrer la partialité la plus indécente dans tous ses procédés, Peu de temps après, ils firent encore un pas plus hardi, et protestant contre le recez d’une diète tenue à Nuremberg, qui avait pourvu à la défense de la Hongrie, ils refusèrent de fournir leur contingent pour cet objet, à moins que la chambre impériale ne fût réformée, ct qu’on ne leur accordât une sûreté entière sur tous les points qui concernaient la religion 2.

Tels étaient les mesures des protestans, et la confiance qu’ils avaient dans leur pouvoir, lorsque Charles revint des Pays-Bas pour tenir la diète qu'il avait convoquée à Spire. Le respect pour la majesté impériale, et l'importance des affaires qu’on avait à traiter, rendirent cette assemblée très nombreuse, Tous les électeurs, beaucoup de princes ecclésiastiques et séculiers, et les députés des villes y furent présens. Charles sentit bien que ce n'était pas là le moment de soulever l'esprit inquiet des réformés, en soutenant avec hauteur la doctrine de l'église, ou en portant la moindre atteinte aux jriviléges dont ils jouissaient ; mais qu'au contraire, pour

obtenir d'eux quelques secours, il fallait les

tranquilliser par de nouvelles faveurs et donner plus d'extension que jamais à la liberté de cons-

? Sleid., Commemoralio succincta causarum belli ; elc., el Smalcadicis contra Henri Brunsiw. ab iisdem aditæ, ap. Scardium, tom. 11, p. 307.

* Sleid., p. 30%, 307. Seck,, lib. nn, p. 404, 406.

nr ur se ut

cience. Aussi s’appliqua-t-il à rechercher l'amitié | cours contre François, qui non-seulement atta-

de l'électeur de Saxe et du landgrave de Hesse, chefs du parti protestant; et leur cédant ser quelques points, promettant tout sur les autres articles, il'se mit à l'abri des obstacles qu'ils auraient pu lui susciter. Cette précaution prise, il crut pouvoir s'expliquer dans la diète sans aucun ménagement. Il commença par vanter son zèle et ses travaux infatigables à l'égard des deux objets les plus impertans pour la chrétienté; l'un avait été de procurer un concile général pour apaiser les disputes de religion qui désolaient l'Allemagne; et l'autre, de prendre de justes mesures pour arrêter les progrès formidables des armées ottomanes. Mais tous ses pieux desseins, disait-il, avaient été renversés par l’injuste ambition du roi de France, qui ayant gratuitement rallumé en Europe une guerre qu'on croyait éteinte par la trève de Nice, avait empêché les pères de l'église d’arriver au concile, ou d'y délibérer en sûreté, et l'avait obligé lui-même à employer toutes ses troupes à sa défense, quoiqu'il eût mieux aimé, pour l'honneur de la chrétienté et pour sa propre satisfaction, les tourner contre les infidèles. Il ajouta que François, non content d’avoir fait avorter son projet, venait par une impiété sans exemple d'attirer les Turcs au cœur des états catholiques; et que joignant ses armes aux leurs, il avait attaqué ouvertement le duc de Savoie, membre de l'empire; que la flotte de Barberousse était actuellement dans un des ports de la France, n’attendant que le retour du printemps pour porter la terreur et la désolation chez les chrétiens; que, dans de semblables circonstances, ce serait une folie que de penser à faire des expéditions au loin contre les Qttomans, ou à les chasser de Hongrie tandis qu’un aussi puissant allié que François leur donnait an asile au centre de l'Europe ; qu'ilétait de la prudence de s'opposer d’abord au danger le plus voisin et le plus pressant, et par conséquent d'humilier la France, afin de priver Soliman des avantages qu'il tirait de cette union peu naturelle avec un monarque qui s’arrogeait encore le titre de /rès chrétien ; qu'au reste la guerre contre le roi de France était la même que contre le sultan, puiiqu'on ne pouvait affaiblir le premier sans porter un coup sensible au dernier. il finissait par demander à l'assemblée des se-

quait le corps germanique et son chef, mais encore se déclarait l’allié des iafidèles et l'ennemi public de la chrétienté.

Pour donner plus de poids à ces violentes in< vectives de l'empereur, le roi des Romains se leva et fit un récit des conquêtes rapides de Soliman dans la Hongrie ; onen voyait la cause , disait-il, dans la fatale nécessité où s'était trouvé son frère de tourner toutes ses forces contre la France. D'un autre côté, les envoyés du duc de Savoie parkrent fort au long des opérations de Barberousse à Nice, et des ravages qu'il avait faits sur cette oôte. Ces plaintes, jointes à l'indignation générale qu'excitait en Europe cette alliance sans exemple du roi de France avec les Turcs, firent sur la diète toute l'impression que l'empereur désirait , et dispostrent ka plupart de ses membres à lui accorder de puissans secours. On ne permit pas aux ambassadeurs que François envoyait pour expliquer les motifs de sa conduite, d'entrer dans les terres de l'empire. En vain ils publièrent l'apologie de leur maître et tentèrent de justifier son alliance avec Seoliman par des exemples tirés de l'Écriture et de la conduite des princes chrétiens ; ils ne gagnèrent rien sur des esprits déjà irrités et trop prévenus contre ce monarque, pour être en état d'écouter aucune raison en sa faveur.

Charles, considérant cette disposition de l'AIlemagne, sentit qu'il ne pouvait plus trouver d’obstacle à ses projets que dans les craintes et les défiances des réformés ; il se détermina donc à calmer leurs inquiétudes, en leur accordant tout ce qu'ils pouvaient désirer pour leur sûreté. Dans ce dessein il consentit à an arrêté qui suspendait tous les décrets portés jusqu'alors contre eux ; on convint qu'il se tiendrait un concile général ou national pour le rétablissement de la paix dans l'église; que l’empereur tâcherait de le faire convoquer !e plus tôtqu'il serait possible; qu’en attendant, les protestans jouiraient du libre exercice de leur religion ; que la chambre impériale ne pourrait plus les inquiéter, et que les juges de cette cour, à l'expiration dn terme de leur office , seraient remplacés par d'autres personnes compétentes, sans aucune distinction de religion. Les réformés, touchés de ces actes de condescendance, s'engagèrent à s'unir aux autres membres de la diète, pour déclarer da

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