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à ces violentes in< esRomains se leva apides de Soliman la cause , disait-il, était trouvé son forces contre la nvoyés du duc de des opérations de avages qu'il avait 8, jointes à l'indieu Europe cette le France avec les e l'impression que rent ta plupart de puissans Secours.
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guerre à François au nom de l'empereur, Ils accordèrent à Charles un corps de vingt-quatre mille hommes de pied et de quatre mille chevaux, qui devaient être entretenus pendant six mois aux dépens de Ja confédération. En même temps la diète imposa dans toute l'Allemagne une taxe par tête, sans aucune exception, pour subvenir aux frais de la gucrre contre les Turcs.
Tandis que Charles suivait avec une extrême attention le fil des affaires les plus compliquées, au milieu d’une diète nombreuse, où il s'agissait de faire concourir tant d'intérêts divers au but de sa politique ambitieuse, il négociait d’un autre côté sa paix particulière avec le roi de Danemark , qui, sans avoir encore rien tenté de considérable pour Frauçois son allié, pouvait cependant faire une diversion formidable en sa faveur !, En même temps il agissait auprès du roi d'Angleterre pour l’engager à faire de plus vigoureux efforts contre leur ennemi commun.
Le temps était bien propre à tout obtenir : ce qui venait d'arriver en Écosse animait Henri du plus violent ressentiment contre François. Après avoir conclu avec le parlement de ce royaume un traité de mariage entre son fils et la jeune reine Marie, il croyait voir bientôt tous ses désirs remplis par l'union des deux monarchies, projet chéri de ses prédécesseurs et toujours suivi sans succès. Mais la reine-mère, Marie de Guise, le cardinal Beatoun et les autres partisans de la France, vinrent à bout, non seulement de rompre cette alliance, mais encore d’aliéner entièrement la nation écossaise des Anglais et de redoubler son ancien attachement pour la France, Henri ne renonça pas cependant à un objet de cette importance. Outre le plaisir de se venger d’un ennemi qui avait fait échouer le dessein qui lui tenait le plus au cœur , il lui sembla qu'humilier François était le meilleur moyen de ramener les Écossais au traité qu'ils avaient rejeté. Il était si entèté de ce projet , que Charles le trouva prèt à le seconder dans tout ce qu’il voudrait entreprendre contre leroi de France. Tel était le plan qu’ils concertèrent ensemble, que son exécution, entrainant infailliblement la perte dé la France, aurait agrandi les états de l'empereur, et même élevé sa puissance au point de devenir fatale à la liberté de
! Dumont, Corps diplom., tom. IV, p. 11, p. 274.
l'Europe. Les deux monarques convinrent d’entrer en France, chacun avec une armée de vingtquatre mille hommes, et sans perdre du temps à assiéger les villes frontières, de pénétrer au cœur du royaume pour unir leurs forces près de Paris !.
Cependant François restait seul contre tant d’ennemis que Charles lui suscitait; Soliman était l'unique allié qui ne l’eût point abandonné. Mais cette alliance avait rendu le roi si.odieux à toute la chrétienté, qu’il aima mieux en perdre les avantages que d’être plus long-temps l'objet de la haine et de l'exécration publique. En conséquence, dès l'entrée de l'hiver, il renvoya Barberousse, qui, dans son retour à Constantinople, ravagea les côtes de la Toscane et de Naples. Comme François ne se flattait pas d'égaler les forces de son rival, il voulut y suppléer par la célérité, en prenant les devans pour l'ouverture de la campagne. Dès le commencement du printemps, le comte d'Enghien investit Carignan, ville du Piémont, que le marquis du Guast, après s’enêtre emparé la première année de la guerre, avail jugée assez importante pour la fortifier à zrauds frais. Le comte poussa ce siége avec tant de vigueur, que du Guast, jaloux de sa conquête, ne vit pas d'autre moyen de la sauver des mains des Français que de hasarder une bataille. NI accourut de Milan, et comme il ne cherchait pas à cacher son dessein, on le sut bientôt dans le camp ennemi. Enghien, jeune, entreprenant, plein de valeur, désirait passionnément d'éprouver la fortune dans un combat ; ses troupes ne le souhaitaient pas avec moins d'ardeur ; mais le roi, retenu par la situation critique de ses affaires, et l'esprit encore rempli de ses premiere désastres, avait lié les mains au prince en lui défendant expressément de risquer une action générale. Celui-ci ne voulut cependant pas abandonner Carignan au moment où cette place était près de se rendre; mais brûlant de se distinguer par quelque action d'éclat, il dépêcha Monluc à la cour pour représenter au roi les avantages d’un combat et l'espoir qu'il avait de la victoire, François remit cette affaire à la discussion de son conseil. Tous les ministres, l’un après l’autre, opinèrent contre la bataille, appuyant leur avis de raisons très plausibles. Monluc, qui était
! Herbert, p. 215, Du Bellay, p. 448.
présent à leurs délibérations, parut si mécontent de tout ce qu'il entendait, et montra tant d’impatience de parler à son tour, que ie roi, frappé de ses gestes, l’'appela et lui demanda ce qu’il pouvait opposer à un avis si général et si juste. Monluc, simple soldat, mais vif et d'un courage reconnu, représen{a le bon état des troupes, l'ardeur qu’elles moniraient d’aller à l'ennemi, la confiance qu’elles avaient en leurs officiers ; enfin l'infamie éternelle dont le refus d’une bataille couvrirait les armes françaises. Ces raisons furent soutenues d'une chaleur si naturelle, d'une éloquence militaire si rapide, qu’il entraîna non-seulemen! le roi, toujours passionné pour les actions hardies, mais encore plusieurs membres du conseil. François, saisi du même enthousiasme qui animait ses troupes, tressaillit, et levant les mains au ciel : « Allez, dit-il à Mon- «luc; retournez en Piémont et combattez au «nom de Dieu {.»
Dès qu’on sut cette réponse du monarque, une ardeur martiale s'emparant de la noblesse, la cour resta déserte ; tous ceux qui pouvaient servir ou qui voulaient se distinguer allèrent en Piémont partager, comme volontaires, les dangers et la gloire d’une action générale. Encou- ‘agé par l’arrivée de tant de braves officiers, inghien se prépara aussitôt à une bataille que lu Guast ne refusa point. La cavalerie était à peu près égale dans les deux partis; mais l’infanterie des impériaux l’emportait au moins de dix mille hommes sur celle des Français. On se rencontra près de Cérisoles, dans une plaine ouverte dont le terrain ne mettait l'avantage d'aucun côté, et où les armées eurent toute la facilité de se ranger en bataille. Le premier choc fut tel qu'on devait l’attendre de vieilles troupes, pleines d’acharnement et de bravoure. La cavalerie française chargea avec son impétuosité ordinaire, renversant tout ce qui osait l'arrêter; mais, d'un autre côté, la discipline et la valeur de l'infanterie espagnole ayant fait plier le corps qu'elle avait en tête, la victoire balança, prête à se déclarer pour le général qui saurait le mieux se conduire dans ce moment critique. Du Guast qui se trouvait parmi les troupes qui avaient été rompues, craignant de tomber entre les mains des Français qui pou-
| Mémoires de Monluc.
vaient venger sur lui le meurtre de Rincon et de Frégose, perdit sa présence d'esprit et oublia de faire avancer son grand corps de réserve. Cependant Enghien, avec un courage et une prudence admirables, soutint à la tête de ses gendarmes le corps de troupes qui avait commencé à plier. En même temps il ordonne à son corps de Suisses, qui n'avait jamais combattu sans vaincre, de tomber sur les Espagnols. Ce mouvement fut décisif; on ne vit plus que confusion et que carnage. Le marquis du Guast, blessé à la cuisse, ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval. La victoire des Français fut complète : dix mille impériaux furent tués, et il y en eut un grand nombre de pris, avec les tentes, le bagage et l'artillerie, Du côté des vainqueurs, la joie fut sans mélange, et dans le peu de monde qu'ils perdirent, il ne se trouva pas un seul officier de distinction !.
Cette brillante journée, en couvrant de gloire les Français, les délivra du plus grand danger. Du Guast ne se proposait pas moins que d’envahir avec son armée tout le pays qui est entre le Rhône et la Saône , où il ne se trouvait ni villes fortes ni troupes réglées à lui opposer. Mais il n'était pas au pouvoir de François de pousser ses avantages avec assez de vigueur pour recueillir tous les fruits de cette victoire. Quoique le Milanais restât sans défense, et que ses habitans, qui depuis long-temps murmuraient sous la dureté du gouvernement des impériaux , fussent tout prêts à secouer le joug; quoique le comte d'Enghien, animé par son succès, pressât vivement le roi de saisir l’heureuse occasion de recouvrer un pays dont il avait toujours ambitionné la possession ; cependant il fallut sacri. fier toute idée de conquête à la sûreté de l’état, François fut obligé de rappeler douze mille hommes des meilleures troupes qui servaient sous Enghien pour venir au secours du royaume, où l’empereur et le roi d'Angleterre étaient près d'entrer, chacun par une frontière opposée et avec des forces supérieures. Ainsi les opérations de ce prince ne firent plus que languir. La réduction de Carignan et de quelques autres villes du Piémont fut tout ce que lui valut sa grande victoire de Cérisoles ?,
1 Du Bellay, pag. 429, etc. Mémoires de Monluc Jovius, Æist., lib xxav, p. 327, 6.
2 Du Bellay, p. 438, etc.
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moires de Monluc.
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L'empereur , selon sa coutume, fut le dernier à se mettre en campagne; mais enfin il parut vers le commencement de juin à la tête de l’armée la plus nombreuse et la mieux pourvue qu’il eût encore rassemblée contre la France. Elle montait à environ cinquante mille hommes. Une partie s'était déjà emparée du Luxembourg et de quelques villes des Pays-Bas, avant que Charles l’eût jointe. IL marcha avec l’armée entière vers les frontières de la Champagne. Il aurait dû , comme il en était convenu avec le roi d'Angleterre, aller droit à Paris. Le dauphin, qui commandait les seules troupes auxquelles François pût se fier du salut de son royaume, n'était pas en état de faire tête à l’empereur. Mais le suecès des Français en défendant la Provence, en 1536, leur avait appris le plus sûr moyen d’embarrasser un ennemi qui fait une invasion. La Champagne, qui produit plus de vin que de blé, ne pouvait fournir à l'entretien d’une grande armée ; et l’on avait eu soin, avant l’approche de l'empereur , d’emporter ou de détruire le peu de provisions qui s'y trouvaient. La ressource de Charles fut de chercher à s'emparer de quelques places fortes, afin d'assurer les convois d'où dépendait sa subsistance. Les villes fronüères étaient en si mauvais état, qu'il se flatta de s’en saisir promptement et sans peine. Il attaqua d’abord Ligny et Commercy, quine firent que peu de résistance ; ensuite il investit Saint- Dizier, qui n'avait rien de tout ce qu'il fallait pour soutenir un siége, quoique cette place gardàt un passage important sur la Marne, Mais le comte de Sancerre et M. de la Lande, qui avaient acquis tant de gloire à la défense de Landrecy, se jetèrent généreusement dans la ville, résolus de la conserver à leur maître jusqu'à la dernière extrémité. L'empereur qui savait de quoi ils étaient capables, désespérant d’emporter cette place d'emblée, se détermina à l'assiéger en forme; et comme il était dans son caractère de ne jamais abandonner une entreprise où il était une fois engagé, il suivit celle-ci avec plus d'obs-
J'nation que de prudence. |
Les préparatifs du roi d'Angleterre pour la campagne étaient faits bien avant ceux de l’empereur ; mais ne voulant ni attaquer seul toutes les forces de la France, ni laisser ses troupes dans l'inaction, Henri prit cette occasion de châtier les Ecossais, et dépècha sa flotte avec une ;
partie considérable de son infanterie sous le comte d'Hertford pour faire une descente dans ce royaume. Hertfort exécuta ses ordres avec vigueur, pilla et brüla Édimbourg et Leith , fit du dégä dans le pays, et se rembarqua avec tant de diligence que la flotte rejoignit le roi aussitôt après son passage en France. L'empereur, qui était alors occupé au siége de Saint- Dizier, envoya un ambassadeur à Henri pour le féliciter de son heureuse arrivée, et le presser de marcher directement à Paris, selon les termes de leur traité. Mais Charles en employant son temps et ses forces à prendre des villes pour son propre compte, donnait un si mauvais exemple à son allié, que celui-ci crut pouvoir l’imiter et s'emparer aussi de son côté des places qui étaient à sa bienséance. Sans aucun égard pour les instances de l’empereur, il investit aussitôt Boulogne, et ordonna au duc de Norfolk de pousser le siége de Montreuil, qui avait été commencé avant son arrivée par un corps de Flamands, joint à quelques troupes anglaises. Mais tandis que Charles et Henri s’occupaient chacun de son intérêt particulier , la cause commune en souffrait. Au lieu de cette uuion et de cette confiance sinécessaires à l'exécution du grand projet qu'ils avaient concerté , ils montrèrent bientôt une jalousie mutuelle, qui peu à peu engendra les soupçons et finit par une haine ouverte f, Cependant François, à force de soins , venait de rassembler une armée qui, par le nombre et la valeur des troupes, pouvait faire tête àl’ennemi. Le dauphin, en habile général, évitait prudemment une bataille dont la perte aurait mis le royaume en danger, et se contentait de fatiguer l'empereur avec des troupes légères , de couper le chemin à ses convois et de lévaster le pays autour de lui. Malgré l'embarras où ces opérations réduisaient Charles , :l poussait toujours le siége de Saint-Dizier, que Sancerre défendait avec une valeur et une habileté surprenante ; cet officier soutint plusieurs assauts qu’il repoussa tous ; et la mort du brave la Lande, qui fut tué d’un coup de canon, n’ébranla ni sa fermeté ai son courage. Après cinq semaines , il était encore en état de tenir quelque temps, lorsqu'un artifice de Granvelle l’obligea de se rendre. Cet habile politique, ayant inter-
1 Herbert.
cepté la clef du chiffre dont le duc de Guise se servait dans sa correspondance avec Sancerre , forgea une lettre au nom de ce duc, qui autorisait le gouverneur à capituler , sous prétexte que le roi, quoique très satisfait de sa conduite, ne jugeait pas prudent de risquer une bataille pour le secourir. Cette lettre fut portée dans la ville de manière à ne donner aucun soupçon, et Sancerre tomba dans le piége ; mais en se rendant , il obtint des conditions dignes de sa valeur, entre autres une suspension d'armes pendant huit jours. Ce terme expiré , il s’obligeait à ouvrir lui-même les portes à l'ennemi, si François, dans cet intervalle, n’attaquait point l’armée impériale et ne jetait pas des troupes dans la ville {, Ainsi Sancerre, en arrétant si long-temps l’empereur devant une place de peu d'importance, donna le loisir à son souverain de rassembler tous ses forces et jouit d'une gloire assez rare dans un commandant subalterne, celle de sauver sa patrie.
Dès que Saint-Dizier se fut rendu, l'empereur s'avança dans le cœur de la Champagne ; mais l'opiniâtre résistance qu'il venait d’éprouver lui avait Ôté toute espérance de pénétrer jusqu’à Paris, en lui faisant pressentir ce que lui coùterait le siége des villes plus fortes et mieux gardées. D'ailleurs la difficulté de pourvoir à ses subsistances croissait à mesure qu’il s'éloignait de ses frontières. Il avait perdu une grande partie de ses meilleures troupes au siége de Saint-Dizier ; chaque jour elles diminuaient dans des escarmouches qu'il ne pouvait éviter, et qui ruinaient insensiblement son armée, sans amener une action décisive. Cependant la saison s’avançait, et Charles n'avait pu gagner assez de terrain, ni prendre des villes assez considérables pour assurer ses quartiers d'hiver dans le pays ennemi ; ses soldats, à qui il devait plusieurs mois de solde, étaient prêts à se mutiner, et les fonds lui manquaient pour les payer. Toutes ces considérations le déterminèrent à écouter les ouvertæres de paix que la reine de France , sa sœur, lui fit faire par l'entremise secrète de deux dominicains , qui étaient leurs confesseurs. En conséquence, des plénipotentiaires furent nommés des deux côtés, et commencèrent leurs conférences à Chaussé, petit village
! Brantome, tom. IV, p. 489.
(1544] près de Châlons. Mais Charles, soit qu'il voulût faire un dernier effort contre la France, soit qu'il ne cherchât qu'un prétexte d'abandonner son allié et de conclure une paix séparée, envoya un ambassadeur à Henri pour le sommer formellement d'avancer vers Paris, selon des clauses de leur traité. Tandis qu'il attendait la réponse du roi d'Angleterre et l'issue des conférences de Chaussé, il continua de marcher en avant, malgré le manque de provisions; enfin, soit habileté ou bouheur de sa part, soit qu'il y eût de la négligence ou quelque trahison chez les ennemis, il surprit d'abord Épernay, et ensuite Château-Thierry, où étaient des magasins considérables. Dès qu'on sut la prise de ces. deux villes, dont la dernière n’est qu’à deux journées de Paris, la consternation se répandit dans cetie capitale sans défense, où l'alarine s’accrut à proportion de son étendue. Les habitans, livrés au désespoir, fuyaient comme s'ils eussent vu déjà l'empereur à leurs portes. Plusieurs envoyèrent leurs femmes et leurs enfans à Rouen par la Seine ; d’autres à Orléans et dans les villes sur la Loire. François lui-même, plus affligé de cet événement que d'aucun autre malheur de son règne, également sensible au triomphe de son rival prêi à venir l’insulter dans sa capitale, et au danger où tout son royaume allait être exposé, ne put s'empêcher, dans le premier mouvement de sa surprise et de son chagrin, de s’écrier : « O Dieu! que tu me fais payer cher cette couronne que je croyais avoir reçue de ta main comme un don !! » Mais se reprochant bientôt ce transport de douleur et demurmure, il ajouta avec un retour de piété : « Que ta volonté soit faite ; » et reprenant sa premièéretranquillité, il donna des ordres pour s'opposer à Fennemi. Le dauphin détacha vers Paris huit mille hommes qui ranimérent le courage des habitaus. Il jeta une forte garnison dans ia ville de Meaux, et par une marche forcée gagna la Ferté, qui se trouvait entre les impériaux et la capitale,
L'empereur, à qui la disette se faisait sentir de nouveau , voyant que le dauphin évitait toujours la bataille, et n'osant l'attaquer dans son camp avec des troupes harassées et beaucoup diminuées, tourna promptement à droite, el se
* Brantome, tom. VI, p.381.
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retira vers Soissons. Ce fut alors qu'ayant reçu la réponse de Henri, qui refusait d'abandonner le siége de Boulogne et de Montreuil, dont il était près de se rendre maître, Charles se crut quitte envers lui de toutes les conditions de leur traité, et libre de ne consulter que son intérêt. ll consentit donc à renouer la conférence que la surprise d'Épernay avait rompue. La paix n’était pas difficile à conclure eutre deux princes, dont l'un la désirait ardemment, et l’autre en avait le plus grand besoin. Elle fut signée à Crespy, petite ville près de Meaux, le 18 de septembre, Les principaux articles furent que des deux côtés on se restituerait toutes les conquêtes faites depuis la trève de Nice; que l'empereur donnerait en mariage au duc d'Orléans , sa fille aînée, ou la seconde fille de son frère Ferdinand ; que si c'était la sienne, il lui cèderait à titre de dot la province des Pays-Bas en toute souveraineté pour passer aux enfans mâles qui naîtraient de ce mariage; que s'il préférait de donuer sa nièce , elle apporterait à son mari l'investiture du duché de Milan avec ses dépendances; que
la paix, d’autres motifs qui, pour être plus indirects, n’en étaient pas moins puissans. Le pape était extrêmement irrité contre lui, tant des concessions faites aux protestans dans la dernière diète, que de la promesse qu'il avait donnèe de procurer l’assemblée d'un concile et de permettre en Allemagne des disputes publiques sur les points de controverse. Ces deux prétendus attentats sur la juridiction et les droits du saint siége parurent à Paul autant de sacriléges. 11 écrivit à Charles une réprimande plutôt qu'une lettre. Le style en était si hautain et si rempli d'amertume qu'on y voyait plutôt l'envie de chercher querelle à ce prince que le désir de le ramener. Ce ressentiment était encore aigri par la ligue de l'empereur avec Henri, L'alliance d’un hérétique, excommunié par le saint siége, était aux yeux du pape une profanation aussi odieuse que l'union de François avec Soliman. D'un autre côté son fils et son petit-fils déclamaient hautement contre Charles, parce qu'il
| avait refusé qu'on aliénât en leur faveur Parme et
l'empereur déclarerait dans l'espace de quatre |
mois le choix qu'il aurait fait entre les deux princesses, et que les conditions respectives pour la conclusion du mariage auraient lieu dans un an, à compter du jour de la date du traité; qu'anssitôt que le due d'Orléans serait en possession des Pays-Bas ou de Milan, François rendrait au duc de Savoie tout ce qu’il lui avait pris, excepté Pignerol et Montmélian; que ce monarque renoncerait à toutes ses prétentions sur le royaume de Naples ou sur la souveraineté de la Flandre et de l’Artois, et que Charles en retour abandonnerait les siennes sur le duché de Bourgogne
et le comté de Charolais ; que François ne don- | manqueraient pas de suivre l'exemple d'un pon-
nerait aucun secours au roi de Navarre dans sa retraite; enfin que les deux monarques feraient conjointement la guerre aux Turcs, et que pour cet objet le roi fournirait, quand il en serait requis par l'empereur et l'empire, six mille gendarmes et dix mille hommes d'infanterie 1.
Sans parler des facheuses extrémités où le défaut &e subsistances réduisait l'armée impériale, de la difficulté d'assurer sa retraite, ou de l’impossibihité de faire hiverner ses troupesen France, Chaïles avait encore, pour désirer de conclure Recueil des Traités, tom. VIL, p. 227. Belius de Causis pueis repiac. in actis erudit, Lips. 1763.
Plaisance, et leur haine contribuait à irriter de plus en plus celle de Paul, Ajoutez à tout cela le puissant appât des flatteries et des promesses que François ne cessait d'employer auprès de ce pontife pour le gagner. Quoique dans l'intention de conserver son système de neutralité , le pape eût jusqu'alors étouffé son ressentiment , éludé les artifices de sa famille et résisté aux sollicitations du roi de France , on ne pouvait cependant compter sur la fermeté d'un homme qui avait à lutter contre ses passions, ses amis et son
| intérêt. Charles n'ignorait point que l'union
du pape avec la France mettrait en danger ses états d'Italie; il prévoyait que les Vénitiens ne
tife regardé par les Italiens comme un modèle de politique; et dans une situation où il supportait à peine le fardeau de la guerre, il sentait qu'une nouvelle ligue formée contre lui pouvait enfin l’accabler !. Dans ce même temps, les Tures, n'ayant point trouvé de résistance en Hongrie, en avaient «emporté presque toutes les villes, et ils s'approchaient rapidement de l’Autriche 2, Mais ce qui exigeait la principale attention de l'empereur était le progrès extraordinaire de la doctrine des réformés en Allemagne, et
1 Fra-Paolo, p. 100, Pallavic, p. 168 * Istuanhaffi, Hist. hung,, p 177.
la dangereuse confédération formée par les prin-
ces de cette communion, Près de la moitié des Al- |
lemands avaient secoué le joug de l'église catholique , et la fidélité du reste était fort ébranlée. La noblesse autrichienne avait demandé à Ferdinand le libre exercice du protestantisme t, Les Bohémiens, qui conservaient toujours quelque semence de la doctrine de Jean Hus, favorisaient ouvertement les nouvelles opinions. L’archevèque de Cologne, animé d’un zèle rare parmi les ecclésiastiques, avait déjà commencé la réforme de son diocèse. Il n’était donc pas possible, à moins qu'on ne réprimât à propos cet esprit d'innovation , de prévoir où il pourrait s'arrêter. Charles avait été lui-même témoin, dans la dernière diète, du ton décisif et tranchant que les protestans y avaient pris. Il avait vu que, pleins de confiance dans leur nombre et leur union, ils dédaignaient d'employer le style soumis de leurs premières requêtes, et qu’ils poussaient la hardiesse jusqu'à mépriser ouvertement le pape, sans montrer beaucoup plus de respect pour la dignité impériale. S'il voulait donc maintenir l'ancienne religion ou sa propre autorité, et ne pas se contenter du vain titre de chef de l’empire , il lui fallait faire un vigoureux effort, mais qui devenait impossible pendant qu'il aurait à soutenir une guerre au dehors contre un ennemi puissant.
Tels étaient les motifs de Charles pour faire la paix. Il avait eu l'adresse de diriger le plan du traité de Crespy conformément à ses vues.
Les conditions faites avec François privaient le pape de tous les avantages qu'il se promettait en préférant l'amitié de ce monarque à celle de l'empereur ; par l’article qui regardait la guerre avec les Turcs, Charles tournait contre Soliman les armes d’ua allié qu'il lui enlevait; enfin, par une clause particulière qu'on n’inséra pas dans le traité, de peur d’exciter mal à propos des alarmes, l'empereur convint avec François qu'ils emploieraient tous deux leur crédit et leur pouvoir à procurer un concile général pour affermir leur autorité et détruire l'hérésie protestante dans leurs états. Ce dernier article Ôtait aux confédérés de Smalkalde toute espérance de secours de la part du roi de France ?. Mais de peur que leurs sollicitations ou la jalousie contre
1 Sleid., p. 28.
4 Seck., lib. nr, p, 496.
| un ancien rival ne fissent oublier à François ses
engagemens, Charles le laissa engagé dans une guerre avec les Anglais, qui le mettait hors d'état de prendre aucune part aux affaires d’Allemagne.
Henri, de tout temps prévenu d’une haute idée de son importance et de son pouvoir, sentit vivement le peu d'égards que lui témoignait l'empereur en faisant la paix sans sa participation. Cependant il trouvait dans la situation actuelle de ses affaires quelque adoucissement à son dépit. A la vérité, les troupes flamandes ayant reçu l’ordre de se retirer, il avait été obligé de rappeler le duc de Norfolk du siége de Montreuil ; mais, d'un autre côté, Boulogne s'était rendue avant que la négociation de Crespy fût terminée. Henri, plein de l’orgueil que lui inspirait sa conquête, était encore dans la chaleur de son ressentiment contre l’empereur, lorsque les ambassadewrs de François arrivèrent avec des ouvertures de paix; de sorte qu'ils le trouvèrent peu disposé à accorder des conditions justes et modérées. Ses prétentions extravagantes, qu'il déclara d’un ton de conquérant, étaient que le le roi de France renonçât à son alliance avec l'Écosse, et lui payât non-seulement les arrérages de ses dettes anciennes, mais encore le remboursement de tous les frais de la guerre. François, quoiqu'il voulût assez sincèrement la paix pour y faire de grands sacrifices, n'ayant plus cependant l’empereur à combattre, rejeta avec dédain ces propositions ignominieuses.
Henri partit pour l'Angleterre, et les hostilités continuèrent entre les deux nations f.
Le traité de Crespy, si avantageux aux Fran:
çais qu'il délivrait d'un ennemi déjà au cœur du royaume, fut pourtant censuré hautement par le dauphin, qui le regardait comme une preuve manifeste de la prédilection du roi pour son jeune frère le duc d'Orléans. Il se plaignit que son père sacrifiait l'honneur de l’état et d'anciens droits de la couronne à l’empressement d'établir un fils qui avait toute sa faveur, Mais comme il n’osait risquer d’offenser le roi par le refus de ratifier ce traité, et que cependant il voulait pouvoir réclamer un jour toute aliénation faite à son désavantage, il protesta secrètement en présence de quelques-uns de ses partisans
1 Mém, de Ribier, tom. 1, p. 672. Herbert, p. 211.
cont qu'i parl babl prin plus ses £ pers son tant illég fune dep Cha l'inte au « le M de la de | aucu vigu mêm Lors doul à Br paix.
peine viol peint mani L'i sieur pare!
du v:
Allen core tance entre battr melti.
ment pas j!
cache voya dans tude à pre joign 1R
lier à François ses engagé dans une i le mettait hors aux affaires d’Al-
venu d'une haute son pouvoir, senque lui témoignait sans sa participans la situation acdoucissement à son s flamandes ayant ivait été obligé de iége de Montreuil ; gne s'était rendue Crespy fût termiil que lui inspirait s la chaleur de son rr, lorsque les amérent avec des ouw'ils le trouvèrent onditions justes et travagantes, qu'il ant, étaient que le | son alliance avec ulement les arrés, mais encore le frais de la guerre.
sez sincèrement la sacrifices, n'ayant combattre, rejeta ns ignominieuses.
e, et les hostilités ations f.
ntageux aux Fran:
mi déjà au cœur ‘ensuré hautement ardait comme une ection du roi pour ans. Il se plaignit nneur de l’état et e à l’empressement ite sa faveur. Mais fenser le roi par le que cependant il ur toute aliénation otesta secrètement s de ses partisans
72, Herbert, p. 21i.
contre ce traité, déclarant nul d’ayance tout ce qu'il serait forcé de faire pour le confirmer. Le parlement de Toulouse suivit son exemple, probablement à l’instigation des créatures de ce prince !, Mais François ratifia cette paix avec la plus grande joie. Aussi content d’avoir délivré ses sujets des malheurs d'une invasion que de la perspective d'acquérir une souveraineté pour son second fils , il ne crut pas acheter trop cher tant d'avantages en renonçant à des acquisitions illégitimes, à des titres jusqu'alors ruineux et funestes à sa nation , et à des droits qui, faute de possession, n'étaient plus d'aucune valeur. Charles , au temps prescrit par le traité, déclara l'intention où il était de donner en mariage au duc d'Orléans la fille de Ferdinand avec le Milanais ?. Tout semblait promettre la durée de la paix : l'empereur, cruellement tourmenté de la goutte, paraissait hors d'état de faire aucune entreprise qui demandât une grande vigueur de corps et d'esprit. Il le sentait luimême, ou du moins il souhaitait qu’on le crût. Lorsqu'il était le plus accablé de cette maladie douloureuse, un ambassadeur de France arriva à Bruxelles pour assister à la ratification de la paix. Charles, signant son nom avec beaucoup de peine, dit qu'on ne devait pas craindre qu’il violât ce traité, et qu'une main qui pouvait à peine tenir une plume n'était guère propre à inanier la lance,
L'indisposition de l'empereur le retint plusieurs mois à Bruxelles. Ce fut du moins en apparence la cause qui lui fit différer l'exécution du vaste plan qu'il avait formé pour humilier en Allemagne le parti protestant; mais il avait encore d'autres raisons de ce délai. Malgré l’importance des motifs qui l’avaient déterminé à cette entreprise , la ligue formidable qu’il avait àcombattre, et la situation de ses propres affaires le mettaient dans la nécessité de délibérer mûrement, de procéder avec circonspection, et de ne pas jeter brusquement le masque sous lequel il cachait ses sentimens réels et ses projets. Il voyait les protestans, malgré leur confiance dans leurs propres forces, montrer une inquiétude continuelle sur ses desseins. Aussi prompts à prendre l'alarme que prêts à se défendre, ils joignaient la jalousie d’une faction faible à l'au-
1 Recueil des Traités, tom, Il, p. 235, 238.
* Zbid., tom. 1, p. 228,
{ dace d'un parti puissant. D'un autre côté l'em-
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pereur, toujours embarrassé dans sa guerre contre les Turcs, et voulant s’en délivrer, avait pris le parti d'envoyer à la Porte un ambassadeur chargé de propositions de paix très soumises; mais les résolutions de cette cour impérieuse étaient incertaines ; et avant de les bien connaître, c'eût été de la part de Charles une haute imprudence que d'allumer le feu d'une guerre civile dans ses propres états.
Dans ces circonstances, le pape publia, aussitôt après la paix de Crespy, une bulle pour convoquer l'assemblée d'un concile général à Trente, au commencement du printemps, exhortant tous les princes chrétiens à profiter de l'heureuse tranquillité de l'Europe pour extirper les hérésies qui menaçaient de renverser tout ce que le christianisme avait de plus sacré. L'empereur parut d’abord mécontent de cette précipitation : cependant, après avoir affecté de blâmerle pape, afin de mieux en imposer, il approuva ce concile qui pouvait devenir utile à ses desseins , et nonseulement nomma des ambassadeurs pour y assister en son nom, mais encore ordonna aux ecclésiastiques deses états des'y rendre au temps prescrit 1.
Telles étaient les vues de l’empereur, lorsqu'après plusieurs prorogationsla diète impériale s’ouvrità Worms. Les protestans qui jouissaient de la liberté de conscience, mais d’une manière précaire et sans autre garant que le recez de la diète , qui même ne pouvait avoir de force que jusqu'à la tenue d’un concile, souhaitaient ardemment d'établir cet important privilége sur un fondement solide et qui leur en assurât la perpétuité. Mais loin de leur offrir de nouvelles sûretés, les deux points principaux que Ferdinand proposa à la considération de la diète, furent la continuation de la guerre avec les Turcs et l'état de la religion, Il dit que le premier était d’autant plus urgënt, que Soliman, après avoñ conquis la plus grande partie de la Hongrie, était près de tomber sur les provinces d'Autriche : que l'empereur qui, dès le commencement de son règne, au risque même de sa propre vic, s'était occupé à repousser les attaques de ce formidable sultan , était toujours animé du même zèle et venait d'arrêter volontairement le cours de ses succès en France, afin d'employer, de
1 Fra-Paolo, p. 104.
concert avec son ancien rival, toutes ses forces contre l'ennemi commun de la foi; qu'il était également et du devoir et de l'intérêt de tous les membres de l'empire de seconder les religieux efforts de leur chef , en lui fournissant des secours dans ce besoin pressant ; qu'à l'égard des controverses en matière de religion, elles étaient si embrouillées et d’une discussion si péaible, qu'on ne pouvait espérer d'en voir de sitôt l'issue ; que les sollicitations réitérées et la persévérance de l'empereur avaient enfin obtenu du pape la tenue d'un concile qu'on désirait et demandait depuis si long-temps, et que le moment fixé pour cette assemblée étant arrivé, les deux partis devaient attendre ses décrets avec l’intention de s'y soumettre comme aux décisions de l'église universelle.
Les catholiques de la diète reçurent cette déclaration de Ferdinand avec de grands applaudissemens , et répondirent qu'ils consentiraient à toutes ses demandes. Mais les protestans témoignèrent beaucoup de surprise à des propositions si ouvertement contraires au recez de la précédente diète. Ils soutinrent que par l'importance de leur objet, les discussions de doctrine devaient être mises les premières en délibération; que malgré les alarmes que causaient à toute l'Allemagne les progrès des. Tures, l'assurance du libre exercice de leur religion les touchait encore de plus près, et qu'ils ne pouvaient s’engager dans une guerre étrangère, tandis que leur tranquillité domestique serait menacée; que cependant ,si l’on voulait faire cesser leurs craintes à cet égard, ils ne montreraient pas moins de zèle que leurs compatriotes à repousser l'ennemi commun de fa chrétienté ; mais que, si le danger qu'on avait à craindre de la part des Turcs était si grand qu'il ne permit point de s'occuper d'autres objets en ce moment , ils demandaient au moins qu'on assemblät incessamment une diète pour décider en dernier ressort les disputes de religion , et qu'en même temps le décret de Ta première diète sur cet article essentiel fût clairement expliqué. Par le recez de Spire on était convenu qu'ils jouiraient paisiblement de l'exercice public de leur religion jusqu’à la convocation légale d’un concile ; mais.le pape venant d'en indiquer un auquel Ferdinand exigeait qu'on se soumit , ils commencèrent à soupçonner leurs adversaires de chercher à tirer avantage
de quelques termes équivoques du recez, et d'en conclure que le terme de la liberté de conscience devait expirer à l'ouverture du concile, Pour prévenir une pareille interprétation, ils renouveltrent leurs protestations contre une assemblée convoquée hors des limites de l'em: pire, par la seule autorité du pape, et à laquelle il se réservait le droit de présider ; ils déclarèrent que, malgré la convocation illégale de ce concile, ils regardaient le recez de la dernière diète comme étant encore dans toute sa force.
Jusqu'à ce moment, tandis que l'empereur avait cru de son intérêt d’adoucir et de gagner les protestans, il avait su trouver des expédiens pour les satisfaire sur des prétentions dérai nables en apparence ; mais ses vues ayant entierement changé, il avait obligé Ferdinand à s'en tenir à ses premières propositions, et à ne rien accorder qui pût donner la moindre atteinte à la légitimité ou à l’autorité du concile. Les réformés de leur côté ne furent pas moins inflexibles ; et de part et d'autre on employa beaucorp de temps et d'efforts à se bien convaincre que la conciliation était impossible. La présence même de l’empereur, qui après sa guérison se rendit à Worms, ne contribua pas à rendre les protestans plus dociles : persuadés qu'ils soutenaient la cause de Dieu et de la vérité, également supérieurs à l'appât de l'intérêt et aux impressions de la crainte, soit que l’empereur redoublât ses sollicitations, soit qu’il laissât entrevoir ses desseins menaçans, il ne fit qu'accroitre leur hardiesse. Ils déclarèrent enfin ouvertement qu'ils ne daigneraient pas faire leur apologie dans un concile convoqué, non pour examiner leur doctrine, mais pour la condamner; qu’ils regardaient comme nulle une assemblée dirigée par l'autorité d'un pontife, qui s'était Ôté le droit de les juger en qualifiant d'avance d’hérésie leurs opinions, et en abusant d'un pouvoir usurpé pour les accabler du poids de ses censures !.
Pendant que les protestans, toujours plus fermes dans leur union, refusaient toute coïmmunication avec le concile, et des secours à l'empereur contre les Turcs, Maurice de Saxe se montra seul prêt à satisfaire tes désirs de ce
| ?Sleid., p. 343,etc. Seck., iv. mn, p. 543, etc. Thuan,, L Aist., lib. 1. 0. 66.
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1, D. 543, etc. Thuan,,
(1546) prince. Malgré son attachement inviolable pour la réformation , affectant une modération utile à ses vues , il confirma de plus en plus l’empereur dans les préventions qu'il lui avait inspirées en sa faveur; et par-là, il se fraya le chemin à l'exécution des grands desseins que méditait sans cesse son âme active et ambitieuse , Son exemple n'eut pourtant que trés peu d'influence sur les autres protestans , et Charles comprit qu'il ne pouvait espérer ni d'en tirer des secours pour la guerre contre les Turcs, ni decalmer leurs craintes et leur défiance sur l’article de leur religion, Mais ses projets n'étant pas encore mûrs, nises préparatifs assez avancés pour les forcer à l’obéissance ou pour châtier leur obstination, il eut l'adresse de cacher ses intentions dans le dessein de leur donner de la confiance : il indiqua pour le commencement de l'année suivante, une diète à Ratishonne où se décideraient les points contestés au moyen des conférences d'u certain nombre d'ecclésiastiques de chaque parti qui devaient s'y rendre 2.
Mais quelque envie qu'eût l'empereur d’en imposer aux protestans par ces apparences de modération , il n'était pas capable d’une dissimulation assez constante pour leur dérober ses dangereux desseins. Hermann comte de Wied, archevêque et électeur de Cologne, prélat recommandable par ses vertus et par une antique simplicité de mœurs, mais d'ailleurs aussi peu savant que tous les nobles qui possédaient alors les grands bénéfices de l'Allemagne, était devenu un prosélyte de la doctrine des réformateurs. Îl avait commencé, dés l’année 1543 , Avec l'assistance de Mélanchton et de Bucer , à abolir l'ancien culte dans son diocèse, pour y introduire celui des protestans. Les chanoines de sa cathédrale, prévenus contre cet esprit d’innovation, et sentant combien l'égalité évangélique de la nouvelle secte serait préjudiciable à leurs dignités et à leurs richesses, s’opposèrent aux entreprises inouïes de leur archevêque, avec toute la Chaleur que l'intérêt pouvait ajouter à leur zèle pour les anciennes institutions. Ce prélat ne voyant dans les obstacles qu'il rencontrait, qu'une nouvelle preuve de la nécessité d'établir la réformation, ne se relâcha ni dans sa résolution ni dans sa fermeté. Enfin les chanoines
1 Seck., liv. 11, p. 571.
3 Sleid., p. 351,
| ayant éprouvé l'inutilité de leur résistance, pro- | testèrent solennellement contre les entreprises ‘ de leur archevèque, et en appelèrent au pape et à l'empereur, l'un son juge ecclésiastique, et l'autre son seigneur temporel. Cet appel fut | porté devant l'empereur pendant qu'il était à : Worms; il prit aussitôt les chanoines de Cologne sous sa protection, leur enjoignant de . procéder en toute rigueur contre ceux qui oseraient secouer le joug de l'église romaine, défendit à l'archevêque de faire aucune innovation dans son diocèse, et le sorama de comparaître à | Bruxelles daïis l’espace de trente jours pour y | répondre aux accusations intentées contre lui t, Charles ne se contenta pas de manifester aux protestans ses sentimens. de haine par ce coup | d'autorité; il persécuta sans relâche, dans ses états héréditaires des Pays-Bas, tout ce qui était suspect de luthéranisme. Dès son arrivée à Worms, il imposa silence aux prédicateurs protestans de cette ville, Il souffrit mème que dans la chaire de sa propre chapelle un moine italien déclamät contre les luthériens, et le désignât comme élu de Dieu pour exterminer leur dangereuse hérésie. En même temps il dépècha à Constantinople l'ambassade dont on a déjà parlé | avec des owvertures de paix , afin de se délivrer | de toute appréhension du côté des Turcs. Ni ces lé hes ni leurs dangereuses conséquences | ne purent échapper à l'inquiète curiosité des protestans; leurs alarmes se réveillèrent, et leur vigilance s'accrut à proportion du péril.
Cependant la fortune de Charles, qui dominait en toute occasion celle de son rival , le tira d'un mauvais pas dont toute sa sagacité et son adresse n'auraient pu Je dégager. Le duc d'Orléans , dans le temps même où il devait épouser la fille de Ferdinand et prendre possession du Milanais, mourut d’une fièvre maligne. Cet événement délivra l'empereur de l'obligation d'abandonner une province si importante à son ennemi , ou de la honte de manquer à un enga- &ement récent et solennel dont la violation au-
| rait bientôt occasioné une rupture avec la France.
IL affecta pourtant de témoigner beaucoup de chagrin de la mort prématurée d'un jeune prince qui devait lui être allié de si près; mais il évita soigneusement d'entrer dans de nou-
* Sleid., p. 310, 310, 351. Seckend, liv, ui, p. 443, 558.
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