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velles discussions sur le Milanais, et ne voulut jamais qu'on changeît rien au traité de Crespy, malgré les instances de François, qui demandait quelques dédommagemens des avantages qu'il avait perdus par la mort de son fils. Dans les temps glorieux et florissans du règne de ce monarque, une déclaration de guerre aurait sans doute bientôt suivi cet injuste refus; mais l'affaiblissement de sa santé, l'épuisement de son royaume, et la nécessité de repousser les forces de l'Angleterre l’obligèrent de dissimuler son ressentiment et de remettre ses projets de vengeance à ur moment plus favorable. Cependant, comme le duc de Savoie ne devait recouvrer ses états que par les conditions du mariage stipulé dans le traité de Crespy, les droits ou les prétentions de la France anéantirent les espérances de ce malheureux prince, et restèrent à cette couronne pour servir de prétextes à de nouvelles guerres {.
En effet les confédérés de Smalkalde se flattèrent que les altercations qui allaient suivre la mort du duc d'Orléans produiraient une rupture entre les deux monarques, et leur laisseraient le temps de respirer; mais ils se trompèrent dans cette conjecture comme dans celle qu'ils formèrent sur un événement qui semblait être le prélude d’une querelle entre l’empereur et le pape. La passion de Paul pour l'agrandissement de sa famille croissait avec l'âge, d'autant plus qu’il voyait la dignité et la puissance attachées à la tiare décliner de jour en jour. Comme il savait que l’empereur ne se préterait pas aux vu:s de son ambition, il hasarda, au risque d’offenser ce monarque, de donner à son fils Pierre- Louis l'investiture de Parme et de Plaisance. Cette élévation singulière d’un homme dont la naissance illégitime était une tache pour le pape, et dont la vie liccucieuse excitait lindignation de tous les honnêtes gens, causa un scandale universel, surtout dans un moment où la plus grande partie de l’Europe déclamait ouvertement contre les mœurs corrompues et le pouvoir exorbitant du clergé, désordres si crians qu’un des principaux objets de l’assemblée du concile était de les réformer. Quelques cardinaux attachés à l'empereur firent des remontrances à Paul sur cette aliénation-indécente
1 Belcarius, Comment., p. 769. Paruta, Aist. venet., vol. IV, p. 177
HiSTOIRE DE CHARLES-QUINT.
du patrimoine de l’église. L'ambassadeur d’'Espagne ne voulut pas être présent à la solennité de cette installation; et Charles refusa nette. ment de confirmer l'acte de l'investiture, sous prétexte que Parme et Plaisance faisaient partie du Milanais. Mais l’empereur et le pape, tous deux attentifs aux affaires d'Allemagne, sacrifiant leurs passions particulières à la cause publique, étouffèrent leur jalousie et leur ressentiment pour s'occuper d'intérêts qu'ils jugeaient d’une plus grande importance f,
Vers le mème temps, la paix de l'Allemagne fut interrompue par une invasion de Henri, duc de Brunswick. Ce prince, privé de ses états que l’empereur tenait en séquestre jusqu’à ce qu'on eût accommodé ses différends avec les confédérés de Smalkalde, avait cependant un si grand crédit en Allemagne qu'il s’engagea d'y lever un corps considérable de troupes pour le service du roi de France contre l'Angleterre. François fournit l'argent d'avance; les troupes furent levées : mais au lieu de les conduire en France, le duc de Brunswick entra tout à coup à la tête de ce corps dans ses propres états, espérant de les recouvrer avant qu'on pôt lui opposer une armée. Cette attaque inattendue surprit les confédérés , et François fut encore plusétonné d’un artifice si bas et si indigne d’un prince. Mais le landgrave de Hesse assembla avec une promptitude incroyable tout ce qu’il put de soldats pour arrêter les progrès des troupes indisciplinées de Henri. Bientôt, avec le secours de son gendre Maurice et quelques renforts de l'électeur de Saxe, il remporta plusieurs avantages sur l’ennemi. Le duc, prompt et hardi à former des projets, mais faible et irrésolu dans l'exécution, fut obligé de se rendre lui-même à discrétion avec son fils aîné. Il resta confiné dansune étroite prison jusqu’à ce qu’un changement dans la situation des affaires lui rendit la liberté 2.
Le succès du landgrave accrut la réputation des armes de protestans, et la réformation du Palatinat donna une nouvelle force à leur parti. Frédéric, qui avait succédé à son frère Louis dans cet électorat, après avoir été soupçonné depuis long-temps d’un penchant secret pour la doctrine des réformés ne balança plus à le montrer ouvertement dès qu’il fut souverain, Cepen-
" Paruta, ist. venet., vol. IV, p. 178. Pallavic, p. 180. 2 Sleid., p. 352, Seck., liv. ur, p. 667.
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p. 178. Pallavic, p. 180.
dant, comme il espérait que le fruit de tant de diètes, de conférences et de négociations amènerait enfin l'étäblissement de sa religion, il n’osa d'abord tenter aucune innovation publique dans ses états; mais las d'une attente inutile, il crüt qu’il était enfin obligé de soutenir de toute son autorité la doctrine qu’il approuvait, et de se rendre aux vœux de ses sujets, qui, par leur commerce avec les états protestans, s'étaient universellement imbus de leurs opinions. Comme la chaleur et l'impétuosité des premiers efforts de la réformation s'étaient un peu ralenties, le changement du Palatinat se fit avec beaucoup d'ordre et de régularité; l'ancien culte fut aboli et le nouveau s’introduisit sans violence et sans aucun trouble. Quoique Frédéric adoptat les dogmes des protestans, il imita l'exemple de Maurice , et ne voulut point entrer dans la ligue de Smalkalde !.
Quelques semaines avant la révolution arrivée dans le Palatinat, le concile général s’ouvrit à Trente avec les solennités d'usage. Les états catholiques mettaient toutes leurs espérances dans cette assemblée, et dès le commencement des troubles de l'église ils l'avaient regardée comme le meilleur remède qu'on y pôt appliquer; mais beaucoup de gens craignaient qu'il ne fût trop tard, et qu'un mal qui avait fait de si violens progrès pendant vingt-huit ans ne füt trop invétéré. Quoique le pape, par sa dernière bulle de convocation , eût fixé la première séance du concile au mois de mars, il avait des vues si différentes de celles de l'empereur, que l'année se passa presque tout entière en négociations. Charles, prévoyant que la rigueur des décrets du concile mettrait les protestans sur la défensive et porterait peut-être leur ressentiment à quelque résolution désespérée, faisait tous ses efforts pour la différer jusqu'à ce que ses préparatifs l'eussent mis en état d'en soutenir les décisions par la force des armes. D'un autre côté le pape, qui s'était pressé d'envoyer ses légats à Trente pour y présider en son nom, craignait d'exposer au mépris son autorité, ou de faire suspecter ses intentions, si, dans un moment où le danger de l'église demandait des remèdes prompts et vigoureux, les pères du concile demeuraient dans l’inaction. Il insista donc avec
Ÿ Siid., p. 356. Seck., liv. ui, p. GG.
Charles, ou pour transporter cette assemblée dans quelque ville d'Italie, ou pour en suspendre les opérations pendant quelque temps, ou bien . enfin pour l’autoriser à commencer sur-le-champ ses délibérations. L'empereur rejeta les deux premières propositions comme également offensantes pour les Allemands, et protestans et catholiques ; mais, sentant qu'il était impossible d’éluder la dernière , il se restreignit à demander qu'on travaillât dans le concile à la réforme des désordres de l'église avant de procéder à l’examen ou à la décision des articles de foi, C'était . précisément ce que la cour de Rome craignait le plus ; et le but de tous ces artifices était d'éviter une recherche si dangereuse. Paul, quoiqu'il eût été moins iuflexible que quelques-uns de ses prédécesseurs sur la convocation d'un concile, n'en était pas moins jaloux de son autorité. Il pressentait qu'un pareil début serait un sujet de triomphe pour les hérétiques. 11 appréhendait tout ce qui pouvait s’ensuivre d'humiliant ou de funeste pour le saint siége, si le concile regardait la réforme des abus comme son unique affaire, et si les prélats du second ordre pouvaient, au gré de leurs désirs et de leur humeur ; prescrire des lois à ceux qui, par la puissance et les dignités, étaient au-dessus d'eux. Ainsi, sans écouter les propositions insidieuses de l'empereur , il donna des instructions à ses légats Pour ouvrir le concile.
La première session se passa en pures formalités. Dans la suivante on convint que ce qu'il y avait de plus pressant était de dresser une confession de foi qui contiendrait tous les articles dont l'église ordonnait la croyance, mais qu'en mème temps on portrait son attention sur les moyens de réformer les mœurs et la discipline du clergé. Ce premier pas, qui montrait déjà quel serait le fruit du concile, le ton impérieux des légats qui y présidaient, et la déférence aveugle de la plupart des membres qui suivaient l'impulsion des chefs, firent prévoir aisément aux protestans à quelles décisions ils devaient s'attendre. Ils furent étonnés cependant de voir quarante prélats (car il n’y en avait pas un plus grand nombre au concile) s’arroger l'autorité de représentans de l'église universelle , et juger en son nom les points les plus importans de la foi. Frappée elle-même de cette indécence et du ridicule qui pouvait en résulter, l'assemblée fut
354 HISTOIRE DE CHARLES-QUINT. 11546] très lente dans sesopérations, et pendant quelque ! de différente:espèce , avaient, selon la coutume
temps elle n’y procéda que d’une manière faible et languissante !. Dès que les confédérés de Smalkalde eurent apnris l’ouverture du concile, ils publièrent un long, manifeste contenant de nouvelles protestations contre cette, assemblée et les raison qui les déterminaient à ne point reconnaître sa juridiction 2. Cependant le pape et l'empereur s'embarrassaient si peu d'en presser les opérations qu'on s'aperçut aisément qu'ils étaient occupés de quelque intérèt de plus grande conséquence.
Mais les protestans ne pouvaient être tranquilles spectateurs des mouvemens du pontife et de Charles; leurs soupçons croissaient de jour en jour, par les avis qu'ils recevaient de tous côtés, des trames qu’on ourdissait contre eux. Le roi d'Angleterre les informa que l’empereur , résolu depuis long-temps de. détruire leur secte, ne manquerait pas de saisir cet intervalle du repos de l'Allemagne, comme la conjoncture la plus favorable pour l'exécution de son dessein. Les négocians d’Augsbourg., qui était dès lors une ville du plus grand commerce, furent avertis par leurs correspondans d'Italie, dont quelques-uns favorisaient secrètement le protestantisme à ;: que le pape et l’empereur préparaient contre les réformés une dangereuse confédération. Is reçurent. en même temps des Pays-Bas l'avis que Charles avait donné des ordres d'y lever des troupes ainsi que dans d’autres parties de ses états, mais avec toutes sortes de précautions pour cacher ses mesures. Tous ces avis, réveillant les défiances et la vigilance des protestans, ne leur laissèrent aucun doute sur les intentions de l’empereur ; ils prirent l'alarme; les députés de la ligue de Smalkalde s'assemblèrent à Francfort, et secommuniquant mutuellement leurs informations, ils se convainquirent de plus en plus du danger qui les menaçait. Cependant ieur union n'était pas aussi solide que l’exigeaient leur situation et les préparatifs de leurs ennemis. Cette ligue subsistait déjà depuis dix ans; mais les territoires de la plupart des princes confédérés étaient enclavés les uns dans les autres; des mariages entre leurs familles, des alliances et des contrats
4 Fra-Paolo, p. 120, etc. Pallavic., p. 180, etc, 2! Seck., lib, 111, p. 602, ete.
3 Zd., ibid, p, 579-
d'Allemagne, établi des droits.et des prétentions réciproques, et c'étaient autant de Sujets inévitables de jalousie et de discorde. Les uns, attachés au duc de Brunswick , en voulaient ouvertement au landgrave, de la rigueur qu'il aväit exercée contre ce prince aussi malheureux
qu’imprudent. D'autres accusaient l'électeur de
Saxe et le landgrave,. qui étaient les chefs de la ligue, d'avoir, par leurs profusions ou leur manque d'économie, engagé les confédérés dans des dépenses inutiles et exorbitantes. Ces deux grands princes, qui, par la supériorité de leur puissance et de leur autorité, gouvernaient entièrement le corps de la confédération, avaient pourtant des vues si différentes, que toutes leurs opérations languirent au moment où.elles avaient besoin de la plus prompte vigueur. Le landgrave était un homme violent et d’un caractère entreprenant; mais, comme son zèle pour sa religion: ne lui faisait point oublier les intérêts.de la politique, il soutint que dans le danger inévitable dont ils étaient menacés, ils n’avaient pas de plus sùr moyen. de s'en garantir que de rechercher la protection des rois de France et. d'Angleterre, ou de s’allier avec les cantons protestans de la Suisse, dont ils pouvaient tirer une assistance telle que le demandait leur situation. L’électeur, d’un autre côté, qui avait plus de droiture qu'aucun prince de ce siècle, ne manquait pas de talens pour gouverner sagement dans des temps de tranquillité; mais il avait une vénération superstitieuse pour la doc: trine de Luther, et portait le fanatisme pour tous ses dogmes jusqu’à détester toute alliance avecceux dont la croyance eût différé de la sienne sur un seul article. Ainsi son entètement pour le luthéranisme le rendait incapable de le défendre dans des temps de troubles et de danger.
Sans doute il pensait que les intérêts de religion devaient se traiter par des maximes et des principes bien différens de ceux de la prudence humaine ; et se laissant égarer par les opinions de Luther , qui non-seulement ignorait les règles de la politique, mais les méprisait, il montra souvent une inflexibilité d'esprit qui devint préjudiciable au parti même qu'il voulait soutehir. Guidé dans cette occasion par la morale sévère de ce réformateur, il refusa d'entrer en alliance avec François, sous prétexte qu'il per-
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sécutait le parti de la vérité, de s'attacher au parti de Henri qu’il regardait comme aussi impie que le pape, et même de s'allier avec les Suisses, parce qu'ils n’étaient pas de son sentiment dans quelques articles de foi qui lui paraissaient essentiels. Cette différence dans la façon de penser sur un objet de cette importance produisit l'effet qu'on en devait attendre. On se blämait et on se condamnait secrètement de part et d'autre. Le landgrave ne voyait dans l'électeur qu'un esprit rétréci par des préjugés indignes d’un prince appelé à jouer le premier rôle sur un grand théâtre. L’électeur aecusait le landgrave de principes relâchés et de vues d'ambition qui s’accordaient mal avec les intérêts sacrés de la cause où ils se trouvaient engagés. Mais quoique les scrupules de l'électeur eussent fait perdre le moment de tirer des secours du dehors, et que la jalousie et le mécontentement des autres princes eussent empêché de renouveler la ligue dont le terme était sur le point d'expirer , cependant le sentiment du danger commun réunit les confédérés sur d'autres articles:; ils convinrent en particulier de ne point reconnaître l'assemblée Ge l’église à Trente pour un concile légitime, et de ne point consentir à laisser opprimer l'archevêque de Cologne, parce qu'il avait voulu établir la réforme dans son diocèset, Le landgrave, qui voulait pénétrer les intentions de l'empereur, sachant que Granvelle £tait bien instruit des projets de son maître, lui écrivit pour l’informer de plusieurs particularités
Tandis que le péril semblait croître de jour en jour, et que la tempête, après avoir si longtemps grondé sur l'église protestante, était près d'éclater dans toute sa fureur, la mort vint à propos dérober Luther au spectacle douloureux de celte rage destructive, Le dépérissement de sa santé n'ayant pu l'empêcher d'aller
1 Seck., lib, mi, p. 656, 570, 613. Sleid., p. 355.