LIVRE HUITIÈME
qui avaient donné des soupçons aux protestans:, et pour lui demander une déclaration précise-de: ce qu'ils avaient à craindre ou à espérer. Granvelle lui répondit queles avis qu'ils avaient reçus des armemens: de l’empereur'étaient exagérés, et leurs alarmes destituées de fondement ; qu'à la vérité, Charles, pour préserver ses frontières de toute insulte de la part de la France:ou de l'Angleterre, avait donné des ordres pour lever quelques troupes dans les Pays-Bas, mais qu'il désirait autant que jamais: de maintenirla tranquillité en Allemagne !.
La conduite de l'empereur ne fut pourtant pas d'accord avec ces protestations. Au lieu de nommer des hommes d’un caractère pacifique et modéré pour défendre la doctrine catholique dans les conférences dont on était convenu, il choisit des dévots emportés et d’une obstination si aveugle pour leurs opinions qu'on perdit toute espèce de conciliation entre les deux partis: Malvenda, ecclésiastique espagnol qui s'était chargé de soutenir la cause des catholiques, la défendit avec toute la subtilité d’un métaphy-
| sicien de l’école, plus occupé d’embarragser ses | adversaires que de les convaincre, et de pallier
l'erreur que de découvrir là vérité. Les protestans, indignéset de ses sophismes et de la partialité des règlemens que Charles avait prescrits
‘dans cette dispute, rompirent brusquement la
conférence, trop: convaincus que l'empereur ne voulait que les amuser et gagner du temps pour laisser mûrir ses projets 2.
dans une saison rigoureuse à Eysleben, lieu de sa naissance, pour y apaiser par son crédit une dissension élevée entre les comtes de Mansfield, il y fut attaqué d’une violente inflammation d’entrailles, dont il mourut en peu de jours, dans la soixante-troisième année de son Age.
1 Sleid., p. 356.
* Sleïd,, p. 258, Seck., liv. x, p 620:
Destiné par la Providence à opérer une des plus ! cette impétuosité qui étonma toujours les esprits
grandes et des plus intéressantes révolutions que l’histoire nous ait transmises, jamais homme ne fut peint avec des couleurs plus opposées. Les jugemens de son siècle furent extrêmes sur son caractère. Les uns, outrés et indignés de le voir d’une main hardie renverser tout ce que leurs préjugés ou leur intérêt appelaient sacré, lui imputèrent non-seulement tous les vices d’un homme, mais la perversité même d’un démon. Les autres, dans les transports de l’admiration et de la reconnaissance, le considérant comme le flambeau de l’église et le restaurateur de sa liberté, lui attribuèrent des vertus au-dessus de l'humanité, et regardèrent toutes ses actions avec cette vénération religieuse qu’on ne devrait accorder qu'aux hommes inspirés du ciel. Mais c'est sur sa propre conduite, et non sur la censure ou les: éloges exagérés de ses contemporains, que doit se régler le jugement du siècle présent. Il réunit le plus grand zèle pour ce qu’il croyait la vérité, un courage intrépide pour la publier, tout ce que la nature et l'étude peuvent donner d’habileté à la défendre, une activité infatigable pour en accélérer les progrès; et il posséda ces qualités dans un si haut degré, que ses ennemis même n’ont pu les lui disputer. Ajoutons à ces traits une grande pureté de mœurs et même cette austérité qui convient au caractère d’un réformateur; une régularité de vie qui donnait du crédit à sa doctrine, et ce parfait désintéressement qui ne laisse aucun doute sur sa bonne foi. Du reste, supérieur à toutes considérations personnelles et méprisant le luxe et les plaisirs, il abandonna les honneurs et les revenus de l’église à ses disciples, et se contenta toujours de son premier état de professeur dans l’université de Wittemberg et de pasteur de cette ville, avec les appointemens modiques qui y étaient attachés.
Cependant ces qualités extraordinaires étaient flétries par quelques-unes des imperfections inséparables de la fragilité humaine ; mais ces défauts , loin de pouvoir être imputés à la méchanceté ou à la corruption de son cœur, semblaient prendre leur source dans ses vertus mêmes. Son âme, naturellement forte et véhémente, lorsqu’elle se trouvait excitée par de grands objets ou emportée par quelque passion violente, s'élançait, pour ainsi dire, hors d'elle-même avec
faibles et pusillanimes, ou les hommes que la fortune a placés dans une situation tranquille. Plusieurs de ses grandes qualités portées à l’excès, franchissant quelquefois les limites du bien, l'entraînèrent à des actions qui n'étaient pas sans reproche. Sa confiance en ses opinions tenait de l’arrogance; son courage à les avancer, de la témérité; sa fermeté à ne s’en jamais départir, de l'obstination; et son zèle pour confondre ses adversaires, d’une fureur qui s’exhalait en injures grossières. Accoutuméà tout subordonner à la vérité, il exigeait des autres hommes le même respect pour elle; et, sans aucune indulgence pour leurs faiblesses ou leurs préjugés, il invectivait avec mépris contre tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Lorsque sa doctrine était attaquée, il tombait sur tous ses adversaires avec une égale fureur, n'ayant aucun égard à la distinction du rang ou du mérite. Ni la dignité royale de Henri VII, ni les talens et l'érudition d'Érasme, ne purent les garantir des mêmes injures dont il accablait Tetzel ou Eccius. Cependant cette indécencé ne doit pas être uniquement attribuée au caractère emporté de Luther: c'était en partie le vice de son siècle. Chez un peuple grossier, où l’on ignorait ces maximes qui, réprimant sans cesse les mouvemens des passions, polissent la s0ciété et la rendent plus douce, la chaleur des disputes devait être extrême; les émotions fortes s’exprimaient dans leur langage naturel, sans délicatesse et sans ménagement. Comme alors tous les ouvrages des savans étaient composés en latin, on était autorisé, par l’exemple des meilleurs écrivains de cette langue, à employer contre ses adversaires les railleries les plus insultantes ; d’ailleurs les indécences paraissent moins choquantes dans une langue morte que dans les langues vivantes, dont les termes étant plus familiers rendent aussi les injures plus grossières.
Quand il s'agit d'apprécier le caractère d'un homme, il faut le juger sur les principes et les maximes de son siècle ; car si la vertu et le vice sont de tous temps lesmèmes, les mœurs et les coutumes varient continuellement, Ce qui nous paraît répréhensible dans la conduite de Luther, ne l'était pas pour ses contemporains. Ce fut même quelques-uns de ces excès que nous lui
oujours les esprits s hommes que la uation tranquille, tés portées à l’exes limites du bien, qui n'étaient pas n ses opinions teage à les avancer, à ne s’en jamais et son zèle pour d'une fureur qui . Accoutumé à tout xigeait des autres our elle; et, sans faiblesses ou leurs népris contre tous mme lui. Lorsque tombait sur tous e fureur, n'ayant u rang ou du mé- Henri VIII, ni les 1e, ne purent les dont il accablait ette indécencé ne ibuée au caractère n partie le vice de grossier , où l’on primant sans cesse , polissent la soce, la chaleur des les émotions fortes ige naturel, sans ent. Comme alors étaient composés par l'exemple des ngue, à employer leries les plus incences paraissent langue morte que at les termes étant les injures plus
le caractère d’un es principes et les | la vertu et le vice ,les mœurs et les ment, Ce qui nous nduite de Luther, emporains. Ce fut xcès que nous lui
reprochons aujourd’hui, qui avancèrent la révolution qu'il avait entreprise. Pour réveiller le genre humain plongé dans l'ignorance ou la superstition , il fallait un zèle impétueux , un caractère plein d’audace. De douces invitations n'auraient point attiré ni remué les Ames. Un esprit plus aimable, mais moins vigoureux que celui de Luther, aurait craint ces dangers qu'il sut braver et surmonter. Vers la fin de sa vie, ses infirmités, sans affaiblir son tourage et ses talens , altérérent son tempérament et le rendirent plus chagrin, plus colère, plus impatient dans la contradiction. 11 jouit du succès de son zèle, et vit une grande partie de l'Europe em-
brasser sa doctrine; il vit chanceler les fonde- |
mens de la puissance des papes , devant qui les plus grands monarques avaient tremblé ,etil ne put se défendre de quelques mouvemens de
vanité et d’amour-propre. Il aurait été sans |
doute plus qu'un homme, s'il eût pu contempler sans orgueil les grandes choses qu'il avait opérées !.
Quelques temps avant sa mort, il sentit diminuer ses forces ; sa constitution était déjà fort épuisée par une multiplicité prodigieuse d’affaires , jointes aux travaux sans relâche qu’exigeaient les fonctions de son ministère et à la fatigue de ses études continuelles, d’où sortirent des ouvrages aussi volumineux qu'il en eût pu composer dans le calme de la retraite. Aux approches de son dernier moment , Sa fermeté naturelle ne l'abandonna point. Ilentretint ses amis du bonheur réservé aux justes dans une vie à venir, et ce fut avec toute la ferveur
1 On trouve dans ses dernières dispositions un exemple frappant de sa vanité, ainsi que de l'élévation singulière de ses sentimens. Quoique les effets qu’il pouvait léguer fussent très peu considérables » il crut devoir faireun testament, et il dédaigna d’y suivre les formalités légales. Notus sum, dit-il, in cœlo, in terra et in inferno, et autoritatem ad hoc sufficientem habeo, ut mihi soli credatur, cùm Deus mihi » homini licet damnabili, et miserabili peccatori, ex paterna miscricordia evangelium filii sui crediderit , dederitque ut in eo verax et fidelis luerim , ità ut multi in mundo illud per me acceperint , et me pro doctore veritatis agnoverint , spreto banno Papæ, Cæsaris, regum, principum et sacerdotum , imo omnium dæmonum odio. Quidni, igilur, ad dispositionem hanc, in re exigua, sufficiat, si adsit manus meæ testimonium, et dici possit, hæc scripsit. D. Martinus Luther, notarius Dei, et testis evangelii ejus. Seck., lib. nr, p. 761.
et le ravissement d’une âme qui soupire après l'instant d’en jouir !, La nouvelle de sarnort fut reçue des catholiques avec une joie excessive et même indécente, mais elle découragea tous ses sectateurs ; aucun des deux partis ne croyant sa doctrine assez fortement enracinée pour se soutenir sans l'appui de la main qui en avait jeté les premières semences. L'électeur de Saxe fit célébrer ses funérailles avec une pompe extraordinaire. Luther laissa plusieurs enfans de sa femme, Catherine Bore, qui lui survécut ; et vers la fin du dernier siècle, il y avait encore en Saxe quelques-uns de ses descendans ; Qui occupaient des places distinguées?,
Cependant l'empereur, suivant toujours son système de dissimulation, se servait de toute son adresse pour amuser les protestans et pour calmer leurs craintes et leurs méfiances. 11 imagina même , pour les mieux tromper , d’avoir une entrevue avec le landgrave , le plus actif des confédérés et le plus en garde contre ses desseins. Il lui parla si vivement de l'intérèt qu'il prenait à la prospérité de l'Allemagne, et de l’aversion qu'il avait pourles moyens violens; il se défendit si positivement d’être entré dans aucune ligue, ou d’avoir fait aucun préparatif qui pôt donner des alarmes aux réformés , que le landgrave n'eut plus d'inquiétude , et se retira bien convaincu des intentions pacifiques de ce monarque. Cet artifice de Charles eut les heureuses suites qu’il en avait espérées. Le landgrave, au sortir de cette entrevue, qui s'était faite à Spire, alla à Worms où la ligue de Smalkalde était assemblée, et fit beaucoup valoir les favorables dispositions de l'empereur. Ainsi, par un effet du sang-froid naturel de la nation Allemande, ou par cet esprit de lenteur et d'indécision qui domine les grands corps dans les délibérations, les confédérés crurent qu'il était inutile de prendre des mesures subites contre un danger qui paraissait éloigné ou même imaginaire 3,
Mais de nouveaux événemens ébranlèrent bientôt la confiance des réformés dans les promesses de l’empereur. Le concile de Trente É quoiqu'il ne fût composé que d’un petit nombre de prélats italiens et espagnols, sans un seul
! Sleid., p.632. Seckend, lib, mr, p. 362, etc. 3 Seck., liv. nr, p. 651.
5 Sleid., Æist., p. 367, 373.
député de plusieurs états qu'il prétendait soumettre. à ses décrets, comme s’il eût été honteux de.sa longue inaction, voulut décider des articles de la plus grande importance. Onexamina d’abord le principal objet de la contestation entre l’église romaine et les protestans, concernant la règle décisive en matière de foi. Le concile.décida, en vertu de son infaillible autorité, que les livres désignés jusqu'alors sous le nom d’apocryphes auraient Ja même autorité que les autres livres de la Bible, regardés comme canoniques du temps des Juifs et des premiers chrétiens ; que les traditions transmises et ,conservées dans l'église depuis le siècle. des apôtres avaient droit à la même vénération que letexte même des auteurs sacrés; que la traduction latine des écritures, faite ou revue par saint Jérôme et connue sous lenom de 7: ulgate, serait reçue comme authentique dans les églises et les écoles. On pr'ononça des anathèmes , au nom du Saint-Esprit, contre tous ceux qui refuseraient leur consentement à la vérité de ces articles. Cette décision, qui sapait par les fondemens la doctrine de Luther, fit pressentir clairement aux réformés tout ce qu'ils devaient attendre du concile, dès qu’il aurait le loisir d'examiner en détail chacun des points de leurcroyance 1.
Autant cette assemblée avait montré de précipitation à condamner leurs dogmes , autant le pape en mit à punir ceux qui les avaient embrassés. L'appel des chanoines de Cologne contre leur archevêque ayant été porté à Rome, Paul saisit aussitôt cette occasion de déployer l'étendue de son autorité et d'apprendreau clergé d'Allemagne combien il était dangereux de résister à l’église romaine. Personne ne paraissant au nom de l'archevêque, «on:le tint pour convaincu du crime d’hérésie; le pape publia une bulle qui le privait de ses dignités ecclésiastiques , portait contre lui la sentence d’excommunication et déliait ses sujets du serment de la fidélité qu'ils lui devaient comme à leur prince temporel : la protection que ce prélat avait donnée à l'hérésie luthérienne fut le seul titre de sa condamnation , et l'unique motif :sur lequel on appuya la rigueur de ce décret, Malgré-tout le zèle de Paul pour défendre les droits de l'église et pour humilier ceux qui osaient y
Fra-Paolo, p. 141. Palav., p. 206.
[1546] attenter , les protestans ne purent croire qu’ilse fût porté à de telles extrémités contre un prince et un'électeur de l'empire, sans être assuré d'avance d’une protection assez puissante pour donner à ses censures tout le poids ‘et l'effet qu'il voulait y attacher. Ils furent vivement alarmés de cette sentence, où ils voyaient des preuves certaines des mauvaises intentions non-seulement du pape, mais encore de l’empereur contre tout le parti 1.
Ge fut avec cette fureur qui accompagne toujours la honte de s'être laissé tromper que les réformés se réveillèrent de leur fausse sécurité. Charles sentit alors qu’il lui fallait lever le masque, et déclarer ouvertement quel parti il voulait suivre. Quoique l'exécution de, ses desseins ne fût pas encore entièrement prête, cependant, à force d'artifices et de détours, il avait gagné du temps pour lavancer. Le pape, par ses procédés contre l'électeur de Cologne, ainsi que par les décrets du concile, avait anené les affaires au point que la rupture entre T'empereur et les protestans devenait presque inévitable. Ainsi Charles n'avait plus que le choix, ou de prendre parti pour la réformation en s’opposant aux décisions de l’église romaine , ou bien de soutenir à main armée la religion catholique. Mais ce n'était pas assez pour le pape que d’avoir mis l'empereur dans la nécessité de se déclarer ; il pressa ce prince de commencer ses opérations, et lui promit de le seconder avec une vigueur qui lui répondrait du succès. Trans-
| porté d'un zèle aveugle contre l'hérésie, il ne | se souvint plus qu’une des maximes politiques
du saint siége était d'empêcher l'autorité im-
| périale d’empiéter au-delà de ses bornes; et
dans le dessein d’accabler les luthériens , il contribua à se donner un maître qui pouvait lui devenir redoutable ainsi qu'au reste de l'Italie.
* Charles ne craignait plus alors de voir traverser ses desseins par les Turos. Ses négociations à la Porte , qui n'avaient point cessé de-
puis la paix de Crespy, étaient sur .le point
d’être heureusement terminées. Le roi de France, qui voulait se délivrer de la honteuse obligation de se joindre à l'empereur contre le sultan, son ancien allié, travailla de tout son pouvoir à un
1 Sleid., p. 364, Fra-Paolo, p. 155, Pallavic., p. 224
rent croire qu’ilse s contre un prince sans être assuré ez puissante pour le poids ‘et l'effet furent vivement ils voyaient des vaises intentions s encore de l’em-
qui accompagne aissé tromper que : leur fausse sécul lui fallait lever tement quel parti exécution de, ses itiérement prête, et de détours, il avancer. Le pape, teur de Cologne, ncile, avait anené pture entre lemait presque inévilus que le choix, formation en s’oplise romaine , ou Ja religion cathoez pour le pape ns la nécessité de e de commencer e le seconder avec du succès. Transe l'hérésie, il ne aximes politiques er l'autorité ime ses bornes; et es luthériens , il aître qui pouvait
qu'au reste de
alors de voir trares. Ses négociatpoint cessé deent sur .le point . Le roi de France, nteuse obligation tre le sultan, son son pouvoir à un
, Pallavic., p. 224
accommodement entre ces deux monarques ; et |
Soliman, autant par complaisance pour François que parce qu'il se trouvait dans la nécessité de tourner ses armes contre les Persans, qui menaaient d’envahir ses états, consentit sans peine à rune:trève de cinq ans. Le principal article de ce traité fut que des deux côtés on garderait tout ce-qu’on possédait dans la Hongrie ; et Ferdiaand , pour accorder quelque chose à l'orgueil du sultan, se soumit à lui payer un tribut annuel de cinquante mille écus !.
Mais l'empereur mettait surtout sa plus grande confiance dans le secours qu'il espérait de l'Allemagne. Il savait que le vaste corps germanique , invincible lorsqu'il était uni , ne pouvait être dompté qu’en tournant ses propres forces contre lui-même. Heureusement pour Charles, la structure de ce corps était si faible , l'union de ses membres si lâche, et toutes ses parties tendaient si fortement à se séparer l’une de l’autre, qu’il était presque impossible de les voir se réunir pour un.effort de vigueur. Les semences de discorde étaient alors plus multipliées que jamais. Les catholiques romains , voyant leur religion détruite dans plusieur:
provinces , et sur le point de l'être dans d'autres , animés, pour sa défense, d’un zèle proportionné à la fureur de leurs adversaires, se montrèrent prèts à seconder toute entreprise contre ces novateurs. Jean et Albert de Brandebourg, ainsi que d'autres princes, irrités des hauteurs et de la dureté que les confédérés de Smalkalde avaient fait essuyer au duc de Brunswick , étaient impatiens de le tirer de prison ct de le venger de ses ennemis. Charles observait avec satisfaction le progrès de leur ressentimeut , et les regardant déjà comme dévoués à ses volontés , il crut devoir modérer leur animosité plutôt que de l’enflanmer.
Telle était la situation des affaires , et la prévoyance de l'empereur contre tous les événemens , lorsque la diète de l'empire s’ouvrit à Ratisbonne. La plupart des membres catholiques y Parurent en personne; mais plusieurs des confédérés de Smalkalde n’y envoyèrent que des députés, sous prétexte de ne pouvoir supporter la dépense qu’occasionaient ces assemblées aussi fréquentes qu'inutiles. La véritable
‘lstuanhaffi, Hist. hung. p. 180. Mém. de Ribier, tom. Il, p. 582.
raison ‘qui les empéêcha de s’y rendre fut leur défiance de l'empereur , et la crainte qu'on n'employât la violence pour les obliger d’approuver les propositions qui se feraient à la diète. Cependant Charles l’ouvrit par undiscours extrèmement artificieux. Après: avoir témoigné en termes généraux l'intérêt qu'il prenait à la prospérité du curps germanique; après avoir déclaré que, dans l'intention d'y rétablir l'ordre et la tranquillité, il abandonnait des soins qui le touchaient de plus près, et se refusait aux sollicitations de ses autres sujets, qui le pres-
| saient de résider parmi eux, il ajouta avec une
sorte d’indignation que malgré cet exemple de désintéressement digne d’être imité, plusieurs des membres s'étaient exemptés de se trouver à une assemblée où lui-même s'était rendu au préjudice de ses propres affaires ; ensuite il parla des malheureuses dissensions de religion, se plaignit du peu de succès de ses efforts pour les apaiser, et de la brusque dissolution de la dernière conférence. Il finit par demander l'avis de la diète sur le moyen le plus efficace de rétablir l'union dans les églises d'Allemagne, et cet heureux accord en matière de foi, si cher à leurs ancêtres, qui ne le croyaient pas moins utile à leurs intérêts temporels que nécessaire au christianisme qu'ils professaient,
Cette manière agréable et populaire de consulter les membres de la diète, au lieu de leur imposer sa propre opinion, donnait à l’empereur l'air d’une grande modération. Il évitait par-là de découvrir ses sentimens, et semblait ne se réserver que le droit de mettre en exécution ce qu’ils auraient arrêté. Mais s’il témoignait ainsi de l'estime et de la déférence pour leurs avis, c'est qu'il était bien sr de les trouver conformes à ses vues. Les catholiques, excités par leur propre zèle, ou prévenus par ses intrigues, se joignirent tous ensemble pour lui re-
présenter que l'autorité du concile assemblé à Trente devait décider en dernier ressort sur tous les points de controverse; que tout chrétien était obligé de se soumettre à ses décrets comme à une règle infaillible de foi. Ils suppliaient done l'empereur d'employer le pouvoir qu'il tenait de | la Providence à protéger cette assemblée, et à forcer les protestans de s'en tenir à ses décisions. Ceux-ci, d’un autre côté; présentèrent un | mémoire où, après avoir répété leurs objections
contre le concile de Trente, ils proposaient, comme l'unique voie de terminer toutes les disputes, d'assembler en Allemagne un concile, S0it général, soit national, dans lequel un certain nombre d’ecclésiastiques , nommés par chaque parti, examineraient et décideraient les articles de foi. Ils rappelaient ensuite les recez de plusieurs diètes, favorables à leurs propositions , et d'où ils avaient conçu l'espérance de voir terminer à l'amiable teus les différends; enfin, ils conjurèrent l'empereur de ne point violer ses promesses, parce qu’en forçant les consciences il ne ferait qu'ouvrir en Allemagne ane source de calamités dont la seule idée remplissait d’horreur tous ceux qui aimaient sincèrement la patrie. Charles reçut ce mémoire avec un sourire dédaigneux, et n'y eut aucun égard. Sa dernière résolution était déjà prise; convaincu que la force seule pouvait l'emporter sur les protestans, il dépècha le cardinal de Trente à Rome, pour y conclure avec le pape une alliance dont les conditions étaient d'avance arrêtées. N fit lever dans les Pays-Bas un corps de troupes pour marcher en Allemagne, et chargea plusieurs officiers de recruter des soldats en différentes parties de l'empire; ensuite il avertit Jean et Albert de Brandebourg que le moment favorable était venu de travailler à la délivrance de leur allié, Henri de Brunswick 1.
Tous ces mouvemens ne pouvaient se faire à l'insu des réformés, le secret était en trop de mains; et quoique l'empereur cachât toujours artificieusement ses desseins, ses officiers n'ayant pas la mème réserve, on en parlait ouvertement parmissesalliés etsessujets.Les députés des confédérés, alarmés de tous ces bruits et des préparatifs de guerre qu'ils avaient sous les yeux, sollicitèrent une audience de Charles, et lui demandèrent, au nom de leurs maitres, si c'était par son ordre qu'on levait des troupes, à quel dessein et contre quel ennemi? Une question si directe, dans un temps où il n'était plus possible de nier les faits, exigeait une réponse précise. Aussi l’empereur avoua-t-il que ces ordres venaient de lui; mais protesta qu’il n’inquièterait sur l’article de la religion aucun de ceux , Qui se conduiraient en sujets soumis ; il déclara qu'il voulait seulement maintenir les droits et
à Sleid., p. 374. Seck., liv. ur, p. 658.
les prérogatives de la dignité impériale, en pue nissant quelques membres factieux dont la conduite irrégulière et licencieuse tendait à cor. rompre ou à renverser l’ancienne constitution de l'empire, Quoique Charles ne nommat pas les personnes sur qui tombaient ses accusations et ses menaces, il était facile de voir qu'il en voulait à Félecteur de Saxe et au landgrave de Hesse, Leurs députés, regardant tout ce qu'il venait de dire comme une déclaration de guerre, se retirèrent aussitôt de Ratisbonne !,
Le cardinal de Trente ne trouva nulle diff.
culté à traiter avec le pape, qui, content d'avoir enfin réussi à faire adopter son plan à l’empereur, consentit de grand cœur à tout ce qu'on lui proposa de sa part, La ligue fut signée peu de jours après l'arrivée du cardinal à Roine. Les dangereuses hérésies qui inondaient l’Allemagne, l’obstination des protestans à ne point reconnaitre le saint concile de Trente, la nécessité de maintenir dans leur pureté la doctrine et la discipline de l'église, furent les motifs publics de cette union : on y disait qu'afin d'arrêter les progrès du mal et punir l’impiété de ceux qui avaient contribué à le répandre, l'empereur, après avoir depuis long-temps essayé sans succès des remèdes plus doux, se mettrait incessamment en Campagne avec une armée capable de forcer ceux qui rejetaient le concile, ou qui avaient abandonné la religion de leurs pères, à rentrer dans le sein de l'église et sous l'obéissance due au saint siége. Il s’obligeait aussi à ne point conclure de six mois la paix avec les hérétiques sans le consentement du pape, et sans lui assigner une part dans les conquêtes qu'il ferait sur eux; même après ce terme, il ne pouvait entrer en aucun accommodement préjudiciable aux intérêts de l’église ou de la religion. De son côté, le pape proposait de déposer une grosse somme à la banque de Venise pour les frais de la guerre; d'entretenir à ses dépens, durant l’espace de six mois, douze mille hommes d'infanterie et cinq cents de cavalerie; d'accorder à l'empereur, pour une année , la moitié des revenus ecclésiastiques de l'Espagne; de l'autoriser par une bulle à aliéner dans ce royaume pour cinq cent mille écus de terres appartenant aux maisons religieuses, afin d'employer non-
? Sleid., p. 376.
ditior
[1546] impériale, en puctieux dont la conuse tendait à cor.
ienne constitution ne nommäât pas les ses accusalions et joir qu'il en voulait 1dgrave de Hesse, t ce qu’il venait de le guerre , se retitrouva nulle diff.
ui, Content d'avoir son plan à l’empe- Fr à tout ce qu'on ue fut signée peu dinal à Roine. Les ndaient l’Allemaans à ne point rerente, la nécessité é la doctrine et la les motifs publics 'afin d’arrèter les piété de ceux qui ndre. l'empereur, S CSSayé Sans sucmettrait incessamarmée capable de concile, ou qui de leurs pères, à se et sous l'obéisbligeait aussi à ne aix avec les héré- 1 pape, et sans lui quêtes qu'il ferait 1e, il ne pouvait ent préjudiciable à religion. De son poser une grosse > pour les frais de pens, durant l’eshommes d'infanie; d'accorder à , la moitié des spagne; de l’audans ce royaume rres appartenant d'employer non-
éculement les censures spirituelles, mais encore la force des armes contre tout prince qui tenterait de s'opposer à l'exécution de ce traité 1, Quoiqu’on y donnat pour motif de la guerre l'extirpation de l'hérésie, Charles voulut toujours persuader aux Allemands qu'il n'attenterait point à leur liberté de conscience , et qu'il ne pensait uniquement qu'à venger son autorité de l'insolence de certains réfractaires. Il serivit à la plupart des princes et des villes libres, qui avaient embrassé le protestantisme, des lettres circulaires conformes à sa réponse aux députés de Ratisbonne, déclarant encore qu'il prenait les armes non pour une querelle de religion, mais pour des dissensions civiles ; et qu’il ne confondrait point des sujets paisibles et soumis avec ces esprits séditieux qui oubliaient la subordination qu’ils lui devaient comme au chef du corps germanique. Quelque grossier que fût cet artifice, et tout facile qu'il était de le pénétrer à quiconque examinait la conduite de l'empereur, il le crut cependant néccssaire, ec le mit en œuvre avec assez de confiance et de dextérité Pour en retirer les plus grands avantages. S'il eût avoué tout d'un coup le dessein qu'il avait formé de renverser l'église protestante, et de faire rentrer toute l'Allemagne sous l'ancien joug du saint siége, ni les villes, ni les princes qui suivaient les nouvelles opinions, ue seraient demeurés neutres ; encore moins auraient-ils osé seconder l'empereur dans une pareille entreprise. Mais le déguisement ou le désaveu de ses intentions , d’une part, empêchait une ligue de tous les états protestans, dont les forces réunies auraient pu l'accabler ; de l’autre, i! fournissait aux plus timides de leur parti un prétexte pour rester dans l'inaction, et aux ambitieux un motif pour se joindre à lui, sans encourir la honte ou d'avoir abandonné leurs principes, ou de prêter une main sacrilége à leur destruction. L'empereur avait bien prévu que, si par le secours des réformés il pouvait abattre l'électeur de Saxe et le landgrave, il serait ensuite le maître de prescrire telles conditions qu'il lui plairait aux faibles restes d’un parti sans union, sans chefs, et qui déplurerait alors, mais trop tard, la faute d’avoir abandonné ses associés Pour se fier à lui.
LS Sleid., pag. 381. Pallav., pag. 255, Dumont, Corps diplom., tom. 11.
Mais il s'en fallut peu que le pape, par une ostentation précipitée de son zèle, ne déconcertât toutes les mesures que Charles avait prises avec tant d'art et de soins. Paul , aussi vain que satisfait de se voir l’auteur d'une confédération si formidable contre l'hérésie de Luther, et d'imaginer que la gloire de l’extirper était réservée à son pontificat, divulgua les articles de sa ligue avec l'empereur, comme une preuve de leurs pieuses intentions et des efforts extraordinaires qu'il allait faire lui-même pour maintenir la foi dans toute sa pureté. Bientôt après il publia une bulle d’indulgences pour tous ceux qui s'engageraient dans cette sainte entreprise, exhortant en même temps les fidèles qui ne pouvaient y concourir à redoubler la ferveur de leurs prières et l'austérité de leurs mortifications pour attirer la bénédiction du ciel sur les armes des catholiques !; mais en faisant des déclarations si contraires aux raisons que l'empereur donnait de son armement, Paul n’avait pas uniquement pour guide le zèle de la religion. Il était scandalisé de la dissimulation de Charles, qui, paraissant rougir de son dévouement pour l’église, s’efforçait de persuader qu’il faisait une guerre de politique, quand il aurait dà se glorifier de ne consacrer ses armes qu'à la défense de la foi. Mais plus l'empereur travaillait à déguiser l’objet réel de la confédération, plus le pape s’empressait de le mettre dans tout son jour, voulant amener ce prince à une rupture éclatante et sans retour avec les protestans, afin qu'il ne pût être tenté de trahir les intérêts de l’église par quelque accommodement dont les avantages ne fussent que pour lui seul 2.
L'empereur, quoique fort offensé de l'indiscrétion ou de la malice du pontife qui divulguait ses secrets, n'en suivit pas son projet avec moins de hardiesse, et affirma toujours que ses intentions n’élaient point changées. Plusieurs des états réformés, qu'il avait déjà séduits, se crurent en droit, d’après ces protestations, de lui donner du secours,
Mais cet artifice n’en imposa point à la plus grande et la plus saine partie des confédérés protestans. Ils demeurèrent convaincus que l'em- Pereur ne prenait les armes que contre la réformation, et que s’il pouvait être assez fort pour
Dumont, Corps diplom.
* Fra Paolo, p. 188. Thuan » Hist. vol. 1, p. 61.
exécuter ses desseins dans toute leur étendue, il.détruirait non-seulement leur religion, mais avec elle les libertés de l'Allemagne. Aussi se préparèrent-ils à se défendre, ne voulant renoncer ni aux vérités célestes que Dieu leur avait fait connaître par des voies si merveilleuses, ni aux droits temporels qui leur avaient été transmis par leurs ancêtres. Cependant pour prendre de justes mesures, leurs députés, après être partis brusquement de Ratisbonne , se rendirent à Ulm où les délibérations se firent avec autant de vigueur et d'unanimité que l'exigeait un danger si pressant. Le contingent de troupes que chacun devait fournir ayant été fixé dans l'origine par le traité d'union, on donna des ordres pour le mettre aussitôt en campagne.
Les confédérés s'aperçurent que les vains scrupules de quelques-uns d’entre eux, et l’imprudente sécurité des autres, leur avaient fait négliger trop long-temps de chercher de l'appui dans des alliances étrangères, et ils s'empressérent de demander du secours aux Vénitiens et aux Suisses.
Îls représentèrent aux premiers que le des.
sein de l’empereur étant de renverser le système actuel de l'Allemagne, et de s’y frayer un chemin au pouvoir absolu par les secours étrangers que lui fournissait le pape, le succès de cet attentat ne pouvait manquer d'être funeste à la liberté de l'Italie; et que Charles. parvenant une fois à une autorité illimitée dans un pays, netarderaitpasàfairesentirson despotisme dans l’autre. Enfin ils suppliaient les Vénitiens de refuser du moins le passage à des troupes qu’on devait regarder comme ennemies, puisqu'en subjuguant l'Allemagne, elles préparaient des fers au reste de l’Europe. Ces réflexions n’avaient point échappé à la sagacité de ces prudens républicains. Ils avaient déjà fait leurs efforts pour dissuader le pape d’une alliance qui tendait à augmenter la puissance d'un monarque dont il connaissait trop bien l'ambition démesurée !. Mais Paul était si entêté de la poursuite de ses projets, qu’il méprisa toutes leurs remontrances. Cependant la connaissance du danger ne put engager les Vénitiens à tenter de s’en garantir. Ils répondirent aux confédérés de Smalkalde qu'ils ne pouvaient empêcher les
1 Adriani , Zstoria di suoitempi , lib. v,p. 332.
[1546] troupes du pape de passer par‘un pays ouvert, à moins de lever une armée assez forte pour les arrêter ; mais qu’une telle démarche les expose. rait à tout le poids de l'indignation du pontife et de l’empereur. Par la même raison, ils refusèrent de prêter une somme d'argent à l’électeur de Saxe et au landgrave pour le soutien de la guerre !.
A l'égard des Suisses, les protestans ne se bornèrent pas à les prier de fermer l'entrée de l'Allemagne à des troupes étrangères; ils espéraient, d’un peuple qui était leur plus proche voisin et l’allié naturel de l'empire , qu'il prendrait en main, avec sa vigueur ordinaire, la cause de la liberté, et ne demeurerait pas spectateur oisif de l'oppression et des chaînes qu'on préparait à ses frères. Mais quelque disposés que fussent les cantons réformés à secourir les confédérés, le corps helvétique lui-même-était si divisé sur les matières de religion que les protestans n'osaient faire un pas sans consulter les cantons catholiques. Telle était d’ailleurs l'influence des émissaires du pape et de l’empereur auprès des Suisses, que tout ce qu’on put promettre fut de garder dans cette guerre une exacte neutralité 2.
Leurs espérances se trouvant ainsi trompées de ces deux côtés, les protestans ne tardèrent pas à recourir aux rois de France et d'Angleterre. L'approche du danger avait vaincu les serupules de l'électeur de Saxe, et le força de céder aux importunités des confédérés. La situation des deux monarques donnait quelque espoir à la ligue. Après la paix de Crespy, les hostilités avaient continué quelque temps entre les Anglais et les Français; mais enfin, las d’une guerre dont ils ne tiraient ni profit ni gloire, ils venaient de terminer tousleurs différends par une paix conclue à Campe, auprès d’Ardres. Fran- Çois avait eubeaucoup de peine à faire comprendre dans le traité les Ecossais, ses alliés ; et, pour prix de cette condescendance, il s'était engagé à payerune grosse somme que Henri prétendait lui être due à plusieurs titres. Le roi de France laissa même Boulogne entre les mains des Anglais comme unecautiondecettedette. Mais quoi-
1 Sleid., p. 481 Paruta, Zs{or. venet., tom. 1V, p.180. Lambertus Hortentius, De bello germanico, apud Scardium,, vol. H, p. 547.
2 Sleid., p. 392.
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’enet., tom. LV, p.180.
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: leur ardeur naturelle. Les principes de la réfor-
que le rétablissement de la paix donnit le loisir à ces deux souverains de s'occuper des affaires d'Allemagne, les protestans ne purent tirer au- Cuu avantage de cétte favorable circonstance. Henri mettait son alliance à des conditions qui l'auraient rendu non-sentement le Chef, mais le maître absolu de la ligue, On n'était point tenté de lai accorder cette prééminence : ses opinions,
en matière de foi, différaient trop de celles des |
réformés d'Allemagne pour qu'il pût se former
une union bien eimentée entre eux etce mo- |
narque!. François, par des vues politiques, était plus disposé à secourir les protestans ; mais comme il voyait son royaume déjà épuisé par une longue guerre, et que d'ailleurs il craignait d'irriter le pape en s’alliant à des hérétiques excommuniés, il n’osa risquer de protéger la ligue. Ainsi une prudence hors de saison , Ou des scrupules de religion qui autrefois ne l'eussent pas arrêté, firent perdre à ce prince la plus heureuse occasion qui se fût présentée durant son règne d'embarrasser et d'humilier son rival.
Mais si les confédérés négocièrent sans succès dans les cours étrangères, au moins réussirent-ils facilement chez eux à lever une armée suffisante pour tenir la campagne. L'Allemagne était alors très peuplée; les lois féodales, y subsistant dans toute leur force, mettaient les nobles en état de rassembler leurs nombreux vassaux et de les faire marcher au premier signal ; l'esprit guerrier des Allemands n'était point encore énervé par l'introduction du commerce et des arts; il avait même acquis une nouvelle vigueur dansles guerrescontinuelles où ils avaient servi l’espace d’un demi-siècle, à la solde des empereurs ou des rois de France. Dès qu'il était question de prendre les armes , On les y voyait courir avec transport, et la vue seule d'un drapeau attirait une foule de volontaires 2, La religion secondait encore, en cette occasion,
mation avaient fait sur eux cette vive impression que fait la vérité, dès qu'elle se montre, et ils se préparèrent à la soutenir avec une vigueur proportionnée à leur zèle, C’eût été d'ailleurs une infamie chez un peuple guerrier que de rester’oisif quand la défense de la foi faisait prendre les armes. Un événement concourut alors à
lRymer, vol. XV, p.93. Herbert, p. 258.
Seckend, liv. an, p. 161
. Faciliter la levée des soldats pour les confédérés. | Le roi de France, prêt à conclure la paix avec | l'Angleterre, avait renvoyé un nombre considérable d'Allemands à sa solde; ils vinrent se réunir en un seul corps sous l’étendard des protestansi, Ce concours favorable de circonstances ! mit donc cette ligue en état d'assembler, dans | l’espace de quelques semaines, une armée de | soixante-dix mille hommes d'infanterie et quinze | mille de cavalerie, pourvue d'une artillerie de cent vingt canons, de huit cents chariots de munitions , de huit mille bêtes de somme et de six mille pionniers 2. Cette armée ne fut cependant ni la plus nombreuse ni la plus formidable que ce siècle vit lever en Europe par les efforts réunis des protestans. Les seules puissances qui contribuërent à ce grand armement furent l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, le duc de Wittemberg, le prince d’Auhalt, et les villes impériales d’Augsbourg, Ulmet Strasbourg. Mais les électeurs de Cologne, de Brandebourg et le comme Palatin, intimidés par les menaces de l'empereur, ou trompés par ses protestations, demeurèrent neutres. Jean de Brandebourg-Bareuth, et Albert de Brandebourg-Anspach, quoique tous deux attachés an luthéranisme dès son origine , se mirent ouvertement au service de Charles, sous prétexte qu'il leur avait promis de ne point attenter à la sûreté de la religion réformée; Maurice de Saxe suivit aussitôt leur exemple,
L'armée formidable des confédérés , et l'étonnante rapidité avec laquelle on l'avait rassemblée, surprit l'empereur et lui donna d'autant plus d'inquiétude qu'il ne se trouvait pas en état de lui résister. Renfermé dans Ratisbonne : ville peu fortifiée et dont les habitans, la plupart luthériens, étaient plus disposés à le trahir qu’à le secourir; n'ayant d'ailleurs avec lui que trois mille hommes d'infanterie espagnole qu'il avait rappelés des frontières de la Hongrie, et environ cinq mille Allemands arrivés de différentes parties de l'empire, il ne pouvait qu'être consterné de l'approche d’un ennemi qui ne lui laissait le choix ni du combat ni de la retraite. D'un autre côté les troupes du pape qui venaient
© Thuan., lib.1, p. 68.
2 Zbid., p. 601. Ludovici ab Avila et Zunga, Commentariorum de bel. germ lib. duo, Antsw., 1550 in-12°, p. 13, A.
à son secours étaient à peine à l’entrée de l’Allemagne; celles qu'il attendait des Pays - Bas n'étaient pas même complètes . Cependant sa position demandait une prompte assistance, et il ne pouvait guère se reposer sur l’arrivée de ces troupes encore si éloignées et dont la jonction paraissait si incertaine.
Heureusement pour Charles, les confédérés ne surent pas s° prévaloir de leur avantage.
Dans les guerrs civiles, les premiers pas sont toujours timides et chancelans. C’est alors qu'affectant des dehors de modération et d'équité, on cherche à gagner des partisans par une apparence d'attachement aux formes établies. On ne se hasarde pas à vicler tout d'un coup d’anciennes institutions qu'on révérait dans des temps de calme. Ainsi les démarches sont souvent faibles et lentes, lorsqu'elles exigeraient de la vigueur et de la célérité. Ces considérations, qui, \:*eusement pour la paix des états, ont tant
ace sur l'esprit humain, firent que les “és ne purent oublier ce qu’ils devaient au .« l'empire, jusqu'à prendre les armes contre lui, sans en appeler solennellement à son équité et au jugement impartial de la ration. [ls adressèrent donc une lettre à l'empereur, et un manifeste à toute l'Allemagne. Ces deux pièces contenaient les mêmes motifs. Ils y protestaient de leur fidélité et de leur soumission pour les droits temporels de la couronne impériale; ils rappelaient l'union inviolable dans laquelle ilsavaient vécu avec leur chef, et les preuves récentes de bienveillance et de gratitude dont il les avait honorés, Îls assuraient que la religion était la seule cause de la guerre qu’il méditait contre eux, et les preuves qu'ils en donnaient ne pouvaient manquer de convaincre ceux qui avaient été assez faibles pour se laisser tromper par les artifices de Charles. Enfin ils déclaraient qu'ils étaient résolus de tout risquer pour maintenir leurs droits religieux, et prédisaient la ruine entière du corps germanique, si l'empereur l'emportait sur la ligue 2,
Charles, dont les sentimens devaient être plus modérés dans une si périlleuse situati., parut inflexible et altier, comme s'il eût été en état de donner la loi. Son unique réponse à la lettre et au manifeste des protestans fut de pu-
1 Sleid , p. 389, Avila, p. 8, A.
2 Sleid., p. 384.
blier le ban de l'empire contre l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, chefs de la confédération, et contre tous ceux qui leur donneraient du secours. En vertu de cette sentence, la plus rigoureuse que le droit public d'Allemagne ait décernée contre les traîtres ou les ennemis de la patrie, ils furent déclarés rebelles et proscrits, dépouillés des priviléges dont ils jouissaient comme membres de l'empire; leurs biens furent confisqués , et leurs sujets absous du serment de fidélité; enfin il fut non-seulement permis, mais louable d’envabhir leur territoire. Cependant la noblesse et les villes libres, à qui l'on devait la forme ou la perfection des lois du corps germanique, n'avaient pas assez négligé leur sûreté pour confier à l’empereur une juridiction si formidable, Il fallait la décision d’une diète de l'empire pour mettre au ban quelqu'un de ses membres. Mais quand Charles passa par-dessus cette formalité, il savait bien que, si la guerre lui réussissait, personne alors n'aurait assez de pouvoir ni de courage pour lui demander compte de cette violation des lois !, Cependant ce prince, loin de donner pour motif de ses procédés envers l'électeur et le landgrave leur révolte contre l'église ou leur conduite en matière de religion, affecta de n’alléguer que des raisons d'état qu'il exprimaentermes généraux etambigus, sans spécifier la nature ou les circonstances de leur délit ; de sorte que cet acte paraissait plutôt l'effet d'une autorité despotique que d'une juridiction légale. Au reste, s'il employ» des expressions équivoques, c’est qu’il n'osait motiver la sentence d’une manière trop précise, de peur que les mêmes griefs dont il eût fait un crime à l'électeur et au landgrave ne servissent à la condamnation de ceux des protestans qu’il avait intérêt de traiter en sujets fidèles pour se ménager leur attachement ou leur neutralité,
Après avoir perdu toute espérance d’accommodement , les confédérés n'avaient plus que le choix ou de se soumettre sans réserve aux volontés de l'empereur, ou de commencer au plus tôt les hostilités. Le zèle et la résolution ne leur manquèrent pas en cette occasion. Peu de jours après la publication du ban de l'empire, ils envoyèrent un héraut, selon la coutume, au Camp
‘Sleid., p. 386. Dumont, Corps diplom., vol. W, p. 11, 314. Pfeffel, Æist, abrègée du droit public de l'Allemagne.
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1 Secl lempi, | Secke apolog guide si descend laminut sa noble il montr
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> peur que les mêmes rime à l’électeur et au la condamnation de vait intérêt de traiter ménager leur attache-
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Zorps diplom., vol. IV, ée du droit public de
1546] LIVRE VIIL 365
impérial, pour déclarer solennellement ja guerre à Charles, à qui ils ne donnaient plus d'autre titre que celui de prétendu empereur, abjurant la soumission et la fidélité qu'ils lui avaient gardée jusqu’à ce moment. Mais avant cette formalité, une partie de leurs troupes avait commencé d'agir. La ville d'Augsbourg ayant levé un corps considérable, on en donna le commande-
ment à Sébastien Schertel, officier de fortune |
qui avait fait un grand butin au pillage de Rome par les impériaux. Ses richesses, jointes au mé-
rite de ses longs services, lui donnaient une au- |
torité qui le mettait de pair avec la principale noblesse d'Allemagne. Ce vieux guerier plein de courage, avant de joindre la grande armée des confédérés, voulut tenter quelque action digne de sa première renommée et de l'attente de ses compatriotes. Pendant que les troupes du pape S’avançaient en hâte vers le Tirol pour pépénétrer en Allemagne à travers cet étroit passage des Alpes, Schertel les prévint et se saisit d'Ebrenberg et de Kuffstein, deux châteauxforts qui dominaient les principaux défilés. Sans perdre un moment, il continua sa marche vers Inspruck. Cette place, s’il l'eût emportée , aurait arrêté les Italiens ; et, gardée par une poignée de soldats, elle eût pu résister aux plus grandes armées. Castlealto, gouverneur de Tronte à voyant tous les projets de l’empereur ruinés, si le chemin était fermé à ses troupes auxiliaires , leva promptement un petit corps et se jeta dans la ville. Cependant Schertel n'abandonna point son entreprise, el se préparait à attaquer la place, lorsque la nouvelle de l'approche des Italiens, et les ordres de l'électeur et du landgrave l'obligèrent d’y renoncer. Par sa retraite, le passage resta libre, et les troupes du pape entrérent en Allemagne sans trouver d’autres obstacles que les garnisons placées par Schertel dans Ehrenberg et Kuffstein qui, n'ayant point d'espérance d'être secourues, ne tardèrent pas a se rendre !.
1 Seckend., lib. 11, p. 70. Adriani Zstoria di suoi tempi, lib, 335.
{ Seckendorf, cet habile auteur du Commentarius apologeticus de lutheranismo, quej'ai suivi comme un guide sûr dans les affaires de l'Allemagne, était un des descendans de Schertel. 11 a publié avec tout le soin et la minutieuse exactitude d’un Allemand qui veut prouver sa noblesse, une longue dissertation sur ses ancêtres, où il montre principalement comment Schertel s'était élevé,
| Le rappel de Schertel ne fut pas la seule faute | que firent les confédérés. Par les conventions de , la ligue de Smalkalde, le commandement général de l’armée étant donné à l'électeur de Saxe
€t au landgrave de Hesse, on sentit bientôt tous
| les inconvéniens qui résultaient de ce partage d'autorité, toujours funeste aux opérations de | la guerre.
L’électeur, aussi prodigue de sa personne | qu’ardent pour la cause commune, était lent à | délibérer, incertain, irrésolu dans ses déterminations; préférant toujours la circonspection et la sûreté dans ses mesures, à une hardiesse tranchante et décisive. Le landgrave au contraire : d’un esprit plus actif et plus entreprenant , formait des résolutions soudaines , en poursuivait l'exécution avec clraleur , et choisissait toujours les moyens les plus expéditifs. Ainsi ces deux généraux , qui étaient entrés dans cette guerre par des vues bien différentes, ne s'accordaient pas mieux dans leurs opérations que dans leurs motifs. Cette opposition perpétuelle de sentimens éleva insensiblement entre eux de la jalousie et de l'animosité, et les dissensions qui naissaient de l'incompatibilité de leur caractère s'accrurent de plus en plus. Cependant les autres membres de la ligue, qui n'étaient subordonnés à l'électeur et au landgrave qu’en conséquence des articles d’une confédération volontaire, cessèrent bientôt d’obéir à des chefs qui mettaient si peu de concert daus le commandement. Ainsi cette nombreuse armée de protestans, semblable à une grande machine dont les parties sont mal combinées et qui manque d’un ressort pour animer et régler ses mouvemens, n'eut plus qu'une action dénuée de vigueur et d'effet.
L'empereur , qui craignait que son séjour à Ratisbonne ne mit les troupes du pape dans l’impossibilité de 1: joindre, s'étant avancé hardiment jusqu'à Landshut, sur l'Iser, les confédé-
et les alliances que sa postérité avait contractées avec les plus anciennes familles de l'empire. Entre autres particula : rités curieuses sur ce guerrier, il nous fait un calcul de ses richesees, dont la source venait du pillage de Rome. Ses fonds de terre furent vendus par ses petits-fils pour la somme de six cent mille florins. On peut sur cela se former une idée des richesses immenses amassées par les Condottieri ou commandans des troupes mercenaires, dans ce siècle, À la prise de Rome, Schertel n’élait que simple capitaine, Seckend., lib. u, p. 73,
Se ns
rés perdirent quelques jours à délibérer s’ils le suivraient dans le territoire du duc de Bavière qui gardait la neutralité. Enfin ils surmontèrent ce scrupule, et commencèrent à marcher vers son camp; mais tout à coup ils abandonnèrent ce: projet pour aller attaquer Ratisbonne où Charles n'avait laissé qu’une petite garnison. Cependant les troupes du pape, bien complètes, gagnèrent Landshut, et furent bientôt suivies de six mille hommes des vieilles bandes espagnoles tirées de Naples. Depuis la courageuse mais inutile expédition de Schertel, on eût dit que les confédérés voulaient laisser tous ces renforts arriver tranquillement à leur rendezvous, au lieu d'attaquer séparément, ou ces corps de troupes, ou l’empereur lui-même avant leur réunion !. L'armée impériale, qui montait alors à trente-six mille hommes, était encore plus formidable par la discipline et la valeur des troupes que par leur nombre. Avila, comman deur d'Alcantara, recommandable pour s'être trouvé à toutes les giferres de Charles, et pour avoir servi dans les armÿes qui gagnèrent la mémorable victoire de Pavie, qui conquirent Tunis et qui envahirent la France, prétend qu’il n’en avait jamais vu d'aussi redoutables que celle qu'opposait l'empereur aux protestans d’Allemagne ?. Octave Farnèse, petit-fils du pape, secondé d'habiles officiers qui s'étaient formés dans les longues guerres de Charles avec François, commandait les troupes d'Italie. Son frère, le cardinal Farnèse, l’accompagnait en qualité de légat du pape. Ce prélat, voulant faire de cette guerre une affaire de religion, proposa de-marcher à la tête de l'armée, précédé d’une croix et de publier des indulgences pour tous ceux qui lui fourniraient du secours, comme on avait fait du temps des croisades ; mais Charles s’opposa fortement à cet excès de zèle, incompatible avec les promesses qu'il avait faites aux protestans de son parti; et le légat, surpris de voir pratiquer librement, au milieu du camp impérial, une religion dont l’anéantissement paraissait être l’objet de la guerre, reprit avec dépit la route d'Italie 8,
L'arrivée de ces troupes mit l'empereur en état de renforcer la garnison de Ratishbonne, de
Adriani, Zstoria disuoi tempi, lib. v, p. 340, # Avila, p. 18, # Fra-Paolo, p 191.
manière que les confédérés, perdant toute espé. rance de prendre cette ville, marchèrent vers Ingolstadt sur le Danube, où Charles était alors campé. On ne cessait cependant de se récriæ contre ce prince, qui violait hautement les lois et les constituticns de l'empire, en appelant des étrangers pour le dévaster et pour opprimer ses libertés. Comme dans ce siècle la domination du: saint siége était si odieuse aux protestans quelè nom seul du pape, mêlé dans une entreprise, suffisait pour en donner de l'horreur, ils en vinrent à croire que Paul, non content de les attaquer à force ouverte, avait dispersé ses émissaires par toute l'Allemagne pour mettre le feu dans leurs villes et leursmagasins, pour em
poisonner les puits et les fontaines. Ce’ bruit, dont l'extravagance ne semblait propre qu'à amuser la crédulité du vulgaire, trouva pourtant du crédit jusque dans l'esprit des chefs du parti. Aveuglés par leurs préventions, ils publièrent un manifeste dans lequel ils: accusaient le pape d’avoir employé contre eux cesressources infernales !, Si quelque chose eût pu justifier de pareils soupçons, c'était la conduite des troupes de Paul, qui, persuadées qu'il n’y avait point d'atrocité qui ne fût permise contre des hé rétiques excommuniés, commettaient les: plus grands excès dans les états luthériens, aggravant les calamités de la guerre par toutes les fu: reurs du fanatisme.
Mais les opérations des deux armées ne répondirent point à la haine violente dont les csprits étaient animés de part et d'autre. L'empereur avait pris la sage résolution d'éviter le combat avec des ennemis qui avaient sur lui l'avantage du nombre ?, prévoyant d'ailleurs qu'un corps composé de membres si mal assortis ne pouvait manquer de se dissoudre, à moins que par une attaque brusque et inconsidérée on n’en forçat les parties à s'unir plus fortement. Cependant; quoique les confédérés sentissent bien: ce qu'ils perdaient par chaque instant de délai, la noblesse ou la division de leurs chefs les empêcha d'agir avec la vigueur que demandaient leur situation et l’ardeur des soldats, Arrivée à Ingol- Stadt, ils trouvèrent Charles dans un camp qui, sans être fort avantageux par lui-même, n'était environné que d’un léger retranchement, Devant
1 Sleid:, p. 309, + Avila, p. 78: A.
l'é pr me qu tro ava imy son de; riat lent leur bile son les t r'és , quill mée le co et, s rent les € cont posa non A la son r de la qui P batail mais € fait viaux plus d retirè] la nui lisenc à faire
, perdant toute espé.
, marchèrent vers Inù Charles était alors ndant de se récriæ t hautement les lois pire, en appelant des et pour opprimer ses cle la domination du: tux protestans que lë lans une entreprise, de l'horreur, ils en , non content de les , avait dispersé ses agne pour mettre le Magasins, pour em fontaines. Ce bruit, mblait propre qu'à ire, trouva pourtant sprit des chefs du préventions, ils pulequel ils: accusaient tre eux ces ressources se eût pu justifier de onduite des troupes qu'il n’y avait point aise contre des hé:
mmettaient les plus ; luthériens, aggrarre par toutes les fu
ux armées ne réponnte dont les esprits d'autre. L'empereur n d'éviter le combat nt sur lui l'avantage ailleurs qu’un corps L'assortis ne pouvait | moins que par une lérée on n'en forcit ement. Cependant, tissent bien ce qu'ils ant de délai, la nos chefs les empêcha lemandaient leur siats, Arrivée à Ingoldans un camp qui, n lui-même, n'était ranchement, Devant
le camp était une plaine d’une si grande due, qu'elle pouvait contenir leur armée tout entière, et laisser encore de l’espace à ses mouvemens. Tout engageait les coufédérés à saisir celle occasion d'attaquer l’empereur ; la Supériorité du nombre, le courage impatient des troupes et la fermeté de l'infanterie allemande en bataille, leur étaient autant de &arans de la vicvictoire. Le landgrave voulait absolument le combat, déclarant que, s’il en était le maître, le
sort des deux partis serait bientôt décidé. Mais !
l'électeur, réfléchissant sur la bravoure et la discipline des ennemis qui étaient animés par la présence de l'emperenr, et conduits par les meilleurs officiers qu'il y eût alors, n'osait risquer une action générale contre de vieilles troupes, retranchées dans un Camp qu’elles avaient choisi, et dont les fortifications quoique imparfaites leur donnaient de l'avantage. Maigré son irrésolution et ses rémontrances, on convint de s’avancer en ordre de bataille vers les impériaux, et d'essayer si cette insulte et le feu violent de l'artillerie pourraient les faire sortir de leurs retranchemens, Mais l'empereur, trop habile pour donner dans ce piége, suivait toujours son Système; et, plaçant ses soldats derrière les tranchées, tous prêts à recevoir les coutégérés s'ils osaient tenter l'assaut il attendu tran-
quillement leur approche, et défendit à son ar- |
mée de faire aucun mouvement qui püt engager le combat. Cependant il Parcourait les lignes, et, s'adressant à ses l'oupes composées de différentes nations, il parlait à chacune sa langue ; il les encourageait soit par Sa gaité, soit par sa contenance assurée au milieu des périls, et s’exposait au plus grand feu de l'artillerie, la plus nombreuse qu’on. eût encore mise en campagne, A la vue de cet exemple, personne n'osa quitter son rang : C'eût été une infamie que de montrer de la crainte devant un monarque intrépide, qui prouvait assez hautement que le refus de la bataille n'était point un effet de sa timidité, mais de sa prudence. Les confédérés, après avoir ‘ait feu durant plusieurs heures sur les impé-
“iaux , avec plus de bruit que de succès, n'ayant plus d'espérance de les engager au combat, se
retirèrent dans leur Camp. L'empereur employa
la nuit à fortifier le sien avec une si grande di-
ligence, que les ennemis, disposés le lendemain
à faire quelque tentative plus hardie, s'aper-
éten- Ççurent qu'ils en. avaient perdu le moment t,
Après ce vain essai » Qui ne montra que teur indécision et la fermeté de l'empereur, ils s'ov- Cupèrent uniquement des moyens de prévenir l'arrivée d'un puissant renfort de dix mille hom-
, mes de pied et de quatre mille chevaux, que , le comte de Buren amenait des Pays-Bas. Mais | quoique ce général eût à faire une longue route à travers des états, dont quelques-uns étaient | disposés à favoriser ses ennemis ; quoique ceuxci mème, avertis de son approche, eussent pu sans risque détacher de leur grande armée des | forces suffisantes pour l'accabler , cependant il | marcha avec tant de rapidité, et concerta si bien | ses Mouvemens, auxquels on n’opposait que des | lenteurs et de la maladresse, qu'il parvint à conduire ses troupes au camp des impériaux Sans avoir essuyé la moindre perte 2, | L'arrivée des Flamands, en qui l’empereur | mettait la plus grande confiance, changea en grande partie le plan de ses Opérations, Il voulut jouer le rôle d'agresseur à son tour, mais en évitant toujours le sort d'une bataille, H se ren dit maître de Neubourg, Dillingen et Douawert sur le Danube, de Nordlingen , et de plusieurs autres villes situées sur les: plus grandes rivières Qui tombent dans ce vaste fleuve, Mais s'il s’empara d’une si grande étendue de Pays, ce ne fut Das Sans essuyer des combats très vifs, où la fortune ne lui fut pas toujours favorable. L'automne se passa ainsi tout entier sans qu'aueun des deux partis pût prendre de supériorité sur l’autre; et rien n’annonçait encore quelle serait l'issue de celte gvcrre, L'empereur avait souvent prédit que la discorde et le besoin d'argent forceraient les confédérés à disperser lesmembres dece corps pesant, qu’ils n'avaient ni l'habileté de conduire, ni les moyens de soutenir 5. Mais, quoiqu'il at. tendit avec impatience cet événement , il n'y avait guère d'apparence qu'il pût être si pro Chain, Les fourrages et les provisions commen- Gaient à lui manquer. Les provinces catholiques mème: étaient si indignées de voir des troupes étrangères au cœur de l'empire , qu'elles ne
! Sleid., p. 395, 397. Avila, p. 17. A. Lamb. Hortens. ap Léard. II.
? Sleid., p. 403.
5 Belli Smalkatdici commentarius græco sermone scriptus à Joach. Camerario ap. Freherum, voi, WU, p. 479,