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leur fournissaient des vivres qu'avec répugnance, tandis que l'abondance régnait dans le camp des confédérés par l'empressement et la libéralité des amis que le zèle leur faisait trouver dans les pays voisins. Les maladies, causées sans doute par le changement de climat ou de nourriture !, avaient mis un grand nombre d'Italiens et d'Espagnols hors d'état de servir. Des arrérages considérables étaient dûs aux troupes, qui, depuis le commencement de la campagne, avaient à peine reçu quelque argent. L’empereur éprouva dans cette occasion comme dans d’autres, que sa domination était plus étendue que son revenu, et que si l’une le mettait en état de lever beaucoup de troupes, l’autre ne pouvait suffire à les entretenir. Il sentit luimême la difficulté de tenir plus long-temps son armée en campagne. Quelques-uns de ses plus habiles généraux, et même le duc d’Albe, qui ne se désistait guère d'un entreprise, lui conseillèrent de disperser ses troupes en quartier d'hiver. Mais l'empereur, que les meilleures raisons ne pouvaient fléchir quand il avait pris une résolution, loin d'écouter leur avis, s’obstina à fatiguer les confédérés par sa persévérance , persuadé que s’il pouvait une fois obliger ce grand corps à se séparer, il n’y avait guère d'apparence qu’il pût se réunir 2, Cependant il était difficile de prévoir lequel devait se lasser le plus tôt, de la constance de Charles ou du zèle de la ligue, et lequel des deux partis en divisant ses forces donnerait l'avantage à l'autre, lorsqu'un événement inattendu causa une révolution funeste dans les affaires des confédérés.
Maurice de Saxe, par les artifices dont on a déjà parlé, s'étant insinué dans la confiance de l'empereur, ne vit pas plutôt les hostilités prêtes à commencer entre les protestans et ce monarque, qu'il en espéra le plus grand succès pour ses vastes desseins. La portion de la Saxe qu'il tenait de ses ancêtres était loin de suffire à son ambition. Il envisageait avec joie l'approche d’une guerre civile, dont les révolutions ou les convulsions fournissent aux audacieux les occasions d'avancer leur fortune , occasions si rares et si lentes dans un temps calme. Comme il était parfaitement instruit de la situation des deux partis et des talens de leurs chefs, il ne balança
! Camerar. ap. Freher., p. 483.
2 Thuan., p. 83
pas à se ranger du côté qui pouvait lui procurer le plus d'avantage. Dès qu'il eut résolu de s’attacher à l'empereur, il se fit un mérite de se dé clarer des premiers, afin d'avoir plus de part à ses libéralités. Dans ce dessein , il s'était rendu à Ratisbonne au mois de mai, sous prétexte d'assister à la diète ; après bien des conférences avec Charles ou avec ses ministres, il se fit un traité secret , par lequel Maurice promit de servir l’empereur en sujet fidèle; et le monarque à ce prix lui destina toutes les dépouilles de l'électeur de Saxe, soit dignités ou domaines, A peine pourrait-on trouver dans l’histoire un traité qui violât plus manifestement tous les principes qui doivent diriger les hommes. Maurice , protestant déclaré, dans un temps où le zèle de la religion avait tant d'influence sur les esprits, s’oblige cependant à servir dans une guerre qui n'avait d’autre objet que de détruire la réformation ; il s'engage à prendre les armes contre son beau-père, et à déposséder son plus proche parent de ses états et de ses titres; enfin il se joint à un ami peu sûr contre un bienfaiteur auquel il avait des obligations considérables et toutes récentes. Ce prince n'était pourtant pas un de ces politiques sans pudeur , qui, dès que leur intérêt l'exige, méprisent les devoirs les plus sacrés, jusqu’à se glorifier de braver les lois de l'honneur ou de la décence. La conduite de Maurice, si l'on doit l'attribuer uniquement à la politique, fut plus adroite, Il parvint à exécuter son plan dans toutes ses parties, en s’efforçant toujours de donner à ses démarches l'apparence de l'honnêteté et de la vertu. Il est probable par la suite de ses actions, qu’au moins à l'égard de la religion protestante , ses intentions étaient pures, et qu'il n'eut à se reprocher qu’une imprudente confiance daus les promesses de l'empereur. Sans doute il eut le destin de ceux qui, voulant mettre trop de subtilité en politique, marchent dans des sentiers obscurs et tortueux; Maurice en cherchant à tromper les autres, se trouva trompé lui-même.
Son premier soin cependant fut de tenir cachés ses engagemens ; il sut même pousser si loin l'art de la dissimulation , que les confédérés, malgré son refus de se liguer avec eux, et son assiduité marquée auprès de l'empereur. n’eurent
‘ Harœc., #nnal. brabant., vol. |, p. 638. Struvius, Corp., p. 1048. Thuan. p. 84
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