‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 62 sur 112 · RE · texte numérisé non relu

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pensable. Après une t été une tache pour entreprendre, mais t de tout ce qui était dition. Maurice leva engageant à fournir des munitions, des itres choses dont on la foi de ces promesdres pour ouvrir là mais Maurice s'était ice qu'il avait de voir nèmes états, dont la enser d'avoir pris les et d'avoir abandonné ’aperçut bientôt qu il ait en état d'exécuter.

On transporta, à la vérité, sans obstacles, un train d'artillerie par l’'Elbe, de Dresde à Wittemberg ; mais comme Maurice n’avait pas assez de troupes pour assurer la communication de ses domaines avec le camp des assiégeans, le comte Mansfeldt, qui commandait un détachement des troupes électorales, s’empara d’un convoi de vivres et de munitions de guerre, et dispersa une bande de pionniers destinés au service des impériaux. Ce contre-temps arrèta les progrès du siége ; l'empereur, ne pouvant plus compter sur les promesses de Maurice , sentit qu’il devait avoir recours à quelque expédient plus prompt et plus efficace, pour se réndre maître de la ville.

L'infortuné électeur était entre ses mains ; Charles fut assez cruel et assez peu généreux pour tirer avantage de cette circonstance , et pour essayer s’il ne pourrait pas venir à bout de son dessein en alarmant la tendresse de l'épouse pour son mari, et la piété des enfans envers leur père. Dans cette vue, il somma une seconde fois Sibille d'ouvrir les portes de la ville, en lui faisant savoir que si elle refusait d’obéir, l’électeur payerait de sa tête son obstination ; et pour la convaincre que ce n'était pas une menace frivole, il fit faire sur-le-champ le procès au prisonnier. La procédure fut aussi irrégulière que le stratagème était barbare. Au lieu de consulter les états de l'empire ou de remettre la cause à quelque tribunal qui, selon la constitution germanique, pût légalement prendre connaissance du crime, Charles soumit le plus grand prince de l'empire à la juridiction d’un conseil de guerre, composé d'officiers espagnols et italiens, et auquel présidait l’impitoyable duc d’Albe, instrument toujours prêt à servir à un acte de violence. Cet étrange tribunal fondait sa charge sur le ban de l'empire décerné contre le prisonnier , sentence prononcée par la seule autorité de l’empereur, et dénuée de toutes les formalités légales qui pouvaient lui donner de la validité ; mais le conseil de guerre , regardant l'électeur comme convaincu par cette sentence de trahison et de rébellion, le condamna à être décapité. Cet arrêt fut signifié à l'électeur tandis qu'il s'amusait à jouer aux échecs avec Ernest de Brunswick qui était prisonnier avec lui ; l'électeur garda un moment le silence, mais sans

laisser échapper aucun mouvement de trouble cn

ni de terreur; puis observant l’irrégularité ainw que l'injustice du procédé de l’empereur : « 11 « est aisé, dit-il, de deviner son plan; il faut « que je meure, parce que Wittemberg ne veut « pas se rendre ; mais je donnerai ma vie avec « plaisir, si par ce sacrifice je puis conserver la « dignité de ma maison, et transmettre à mes « descendans l'héritage qui leur appartient.

« Plaiseau ciel que cette sentence n’affige pas ma « femme et mes enfans plus qu’elle ne m'inti- « mide, etquedansl'espéranced'ajouter quelques « jours à une vie déjà trop longue ils ne renon- « cent pas aux titres et aux possessions auxquels « leur naissance les a destinés {.» Se tournant ensuite vers le prince de Brunswick , l'électeur lui proposa de continuer la partie. Il joua avec le même degré d'attention et d'intérêt, et ayant gagné la partie, il en témoigna toute la satisfaction qu’il eût pu éprouver dans un autre moment. Il se retira ensuite dans son appartement pour y employer ses derniers instans aux exercices de piété qu’exigeait sa situation ?,

Ce ne fut pas avec la même tranquillité que la nouvelle du danger de l'électeur fut reçue à Wittemberg. Sibille, qui avait supporté avec une fermeté inébranlable l'infortune de son mari, tant qu’il n'y avait eu à craindre que la diminution de sa puissance et de ses domaines, sentit s'évanouir tout son courage en apprenant que la vie de ce prince était menacée. Déterminée à le sauver, elle n’écouta aucune autre considération, et il n’y eut point de sacrifice qu’elle ne fût prête à faire pour apaiser un vainqueur irrité. En même temps le duc de Clèves, l'électeur de Brandebourg et Maurice, auxquels Charles n'avait point communiqué les véritables motifs de ses rigoureuses résolutions contre l'électeur, intercédaient avec beaucoup de chaleur pour obtenir sa vie; le premier était animé par un pur sentiment de compassion pour sa sœur et son beau frère; les deux autres redoutaient le blâme universel dont ils se couvriraient si, après avoir exalté si souvent la promesse que Charles leur avait faite d'une entière sécurité pour ce qui concernait leur religion , le pres mier fruit de leur union avec l’empereur était l'exécution publique d'un prince justement ré-

1 Tbuan, tom. 1, p. 142.

% Struvius, Corp., 1050.

véré comme le plus zélé protecteur de la cause protestante. Maurice, en particulier, prévoyait qu’il serait un objet d'horreur pour les Saxons, et qu’il ne pourrait jamais espérer de les gouverner avec tranquillité si on pouvait le soupçonner d'avoir eu quelque part à la mort de son plus proche parent pour se faire donner ses états.

Tandis que ces princes, agités par ces différens motifs, sollicitaient t'empereur avec la plus vive importunité de ne point faire exécuter l'arrêt du conseil de guerre, Sibille et ses enfans lui écrivaient et lui envoyaient des députés pour le conjurer de faire cesser les alarmes que leur causait le danger d'un époux et d'un père , et de mettre au prix qu'il voudrait le salut et la vie dece prince infortuné. L'empereur , s’applaudissant du succès de l'expédient qu'il avait imaginé, se relâcha par degrés de sa première sévérité, montra des dispositions de clémence, et promit la grâce de l'électeur s’il voulait s’en rendre digne en souscrivant à des conditions raisonnables. Ce prince, qui avait vu sans être ébranlé l'approche d’une mort ignominieuse , fut attendri par les larmes d’une épouse chérie, et ne put résister aux instances de sa famille : vaincu par leurs sollicitations réitérées , il consentit à un accommodement qu’il aurait, en tout autre moment , rejeté avec dédain. Ce traité était, qu'il résignerait, en son nom et au nom de sa postérité , la dignité électorale entre les mains de l’empereur, qui serait le maître d'en disposer à son gré; que les villes de Wittemberg et Gotha seraient livrées sur-le-champ aux troupes de l'empereur; qu’Albert de Brandebourg serait mis en liberté sans rançon; que l'électeur se soumettrait au décret de la chambre impériale, et acquiescerait à tous les changemens que l'empereur jugerait à propos de faire dans la constitution de ce tribunal; qu'il renoncerait à toute ligue contre l’empereur ou le roi des Romains, et ne formerait à l'avenir aucune alliance dans laquelle ces deux princes ne seraient pas compris. En échange de ces importantes concessions, l'empereur promettait nonseulement de lui donner la vie, mais encore de lui céder, pour lui et sa postérité, la ville et le territoire de Gotha avec une pension annuelle de 50,000 forins , payables sur les revenus de l'électorat, et une somme d'argent comptant

destinée à l’acquittement de ses dettes. Mais ces articles de grâce étaient bien empoisonnés par la condition cruelle, imposée à l'électeur , de rester, pendant le reste de sa vie, prisonnier de l'empereur {. Charles avait voulu exiger encore que l'électeur se soumit aux décrets du pape et du concile sur les points de religion qui étaient en controverse ; mais ce prince infortuné , qui avait bien pu consentir à sacrifier ce que les hommes regardent communément comme ce qu'ils ont de plus cher et de plus précieux, fut inflexible sur ce dernier article, ni les menaces ni les prières ne purent le faire renoncer à ce qui lui paraissait la vérité, ni le déterminer à faire une démarche contraire aux mouvemens de sa conscience. :

Dès que la garnison saxonne fut sortie de Wittemberg, l'empereur s'acquitta de ses engagemens envers Maurice, et, pour le récompenser d'avoir abandonné la cause protestante et d’avoir contribué avec tant de succès à la dissolution de la ligue de Smalkalde, il le mit en possession de cette place, ainsi que de toutes les autres villes de l'électorat. Ce n'était pas cependant sans répugnance que Charles consentait à faire un si grand sacrifice ; le succès extraordinaire de ses armes avait commencé, comme il arrive toujours, à élever les vues de son âme ambitieuse, et lui suggérait déjà de nouveaux et vastes projets d’agrandissement, pour l’exécution desquels il lui aurait été fort utile de conserver la Saxe. Mais comme son plan n'avait pas encore la maturité nécessaire pour songer à l’exécuter, il craignit de le laisser entrevoir; d’ailleurs, il n’y aurait eu ni sûreté ni prudence à offenser, dans un tel moment, Maurice , en manquant ouvertement à toutes les promesses qui avaient déterminé ce prince à abandonner ses alliés naturels.

Le landgrave, beau-père de Maurice, était toujours en armes, et quoiqu'il restât alors le seul défenseur de la cause protestante, cet ennemi n'était ni faible ni méprisable. Ses do maines étaient fort étendus, et ses sujets étaient animés du plus grand zèle pour la réformation. S'il avait pu en imposer pour quelque temps aux impériaux , il y avait beaucoup à espérer d'un parti dont la force n’était pas encore divisée,

1 Sleid., p. 427. Thuan, vol. 1, p 142. Dumont, Corps diplom., vol. IV, p. 11, 332.

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