Dumont, Corps
qui pouvait reprendre son union ainsi que sa vigueur, et qui avait les raisons les plus fortes de compter sur des secours efficaces de la part du roi de France. Mais le landgrave ne formait pas des plans si hardis et si hasardeux ; saisi de la même consternation qui s'était emparée de:tous les confédérés, son unique but était d’obtenir.des conditions favorables de l’empereur. qu’il regardait comme un conquérant à la volonté duquel la nécessité le forçait de se soumettre. Maurice encourageait ces dispositions timides et pacifiques, en exaltant d’un côté la puissance de l'empereur, en vantant de l’autre son crédit sur cet allié victorieux, et en faisant valoir les conditions avantageuses qu’il ne pouvait manquer d'obtenir en faveur d’un ami et d’un beau-père dont le salut lui était cher. En certains momens, le landgrave montrait une si grande confiance dans les promesses de Maurice , qu'il paraissait impatient de conclure un traité définitif; mais lorsqu'il considérait l'ambition effrénée de l’empereur, qui n’était retenu ni par les scrupules de la bienséance, ni parles droits de la justice, et lorsqu'il se rappelait la manière cruelle et tyrannique dont ce prince avait traité l'électeur de Saxe, ces idées faisaient une impression si vive sur lui, qu’il rompait brusquement les négociations qu’il avait commencées, et paraissait croire qu'il était plus prudent de chercher sa sûreté dans ses propres forces que de se confier à la générosité de Charles. Mais cette résolution hardie , inspirée par le désespoir à un esprit impatient et irrité par les contradictions, n’était pas de longue durée. En réfléchissant plus tranquillement sur la puissance de son ennemi et sur sa propre faiblesse, il sentait renaître ses incertitudes et ses craintes, et avec elles le dégoût de la négociation et le désir d’un accommodement.
Maurice et l'électeur de Brandebourg se portèrent pour médiateurs entre l’empereur et le landgrave; mais, malgré tout le crédit dont Maurice s'était vanté, Charles exigea des conditions trèsrigoureuses. Le landgrave fut obligé de renoncer à la ligue de Smalkalde, de reconnaître l'autorité de l’empereur et de se soumettre aux décrets de la chambre impériale, Outre ces conditions qui avaient été imposées également à l'électeur de Saxe, le landgrave devait livrer sa personne et ses états à l'empereur, implorer son pardon à genoux, payer cent cinquante mille
couronnes pour dédommagement de la guerre, démolir les fortifications de toutes les villes qui étaient dans ses domaines, excepté une seule; ordonner à la garnison qu’il placerait dans-celleci de prêter serment de fidélité à l'empereur, accorder un libre passage à travers ses états aux troupes impériales aussi souvent qu'il en serait requis, livrer à l'empereur toutes ses munitiens de guerreet son artillerie; mettre en liberté, sans exiger de rançon, Henri de Brunswick avec les autres prisonniers qu'il avait faits pendant la guerre, enfin s’engager à ne prendre jamais les armes et à ne permettre à aucun de ses sujets de servir contre l’empereur ou ses alliés !.
Le landgrave ratifia ces articles du traité?
mais avec la plus grande répugnance, parce qu'il n'y voyait aucune stipulation sur la manière dont il devait être traité, et qu’il fallait s’abandonner entièrement à la clémence de l'empereur. La nécessité le força à donner son consentement. Charles, qui depuis la réduction de la Saxe avait pris le ton impérieux et hautain d’un conquérant, insistait sur une sournission sans réserve et ne voulait pas permettre qu’on ajoutât aux conditions qu'il avait imposées aucune modification qui pût limiter la plénitude de son pouvoir, et le contraindre sur .lamanière dont il jugerait à propos de traiter un prince qu'il regardait comme étant entièrement à sa disposition. Mais quoiqu'il n’eût pas daigné négocier avec le landgrave sur un ton d'égalité, et permettre qu'on insérât dans le traité qu'il avait dicté aucune clause qui pôt être regardée comme une stipulation formelle pour la sûreté et la liberté de ce prince, cependant l'électeur de Braadebourg et Maurice obtinrent de lui ou de ses ministres, en son nom, les assurances les plus positives sur ce point ; de sorte qu'ils promirent au landgrave qu'il serait traité comme l'avait été le duc de Wittemberg, et qu'après avoir fait sa soumission à l’empereur il aurait la liberté de retourner dans ses états. Mais comme le landgrave conservait toujours sa première défiance sur les intentions de l'empereur, et refusait de s’en tenir à des déclarations verbales et équivoques sur un objet aussi important que l'était sa propre liberté, ils lui envoyèrent un acte si:
1 Sleid., p. 430, Thuan, lib IV, p 146.
gné de leur main, par lequel ils s’engageaient de la manière la plus solennelle, au cas qu’on lui fit quelque vivlence lors de son entrevue avec l'empereur, de se mettre sur-le-champ tous deux entre les mains de ses propres fils pour être traités par eux de la même manière qu'il le serait par l'empereur {.
Cette promesse , jointe à l'obligation indispensable d'exécuter ce qui était contenu dans les articles qu'il avait déjà acceptés, l'emporta enfin sur ses craintes et ses scrupules. Î se rendit au camp impérial , à Halle en Saxe, où une circonstance inattendue vint réveiller ses soupçons et redoubler ses terreurs. Comme il était près d'entrer dans la chambre d'audience, où il devait
aire sa soumission publique à l’empereur , on lui présenta une copie des articles qu'il avait approuvés, pour les ratifier de nouveau. En les lisant, il s'aperçut que les ministres impériaux y avaient ajouté deux nouvelles clauses : l’une portait que s’il s'élevait quelque dispute sur le sens des premiers articles, l'empereur aurait le droit de les interpréter de la manière qu’il jugerait la plus raisonnable ; par l’autre clause le landgrave était tenu de se soumettre aveuglément aux décisions du concile de Trente. Cet indigne artifice, qui avait pour but d’extorquer par surprise au landgrave un consentement à des conditions qu'il était bien éloigné d'accepter en les lui présentant dans un moment où son esprit était absorbé et troublé par la cérémonie humiliante qu'il allait subir , excita dans l’âme de ce prince la plus vive indignation; et il la laissa éclater avec toutes les expressions de fureur que lui suggéra la violence de son caractère. L’électeur de Brandebourg et Maurice obtinrent avec peine des ministres de l'empereur, que le premier article serait supprimé comme injuste, et que le second serait expliqué de manière que le landgrave pourrait y adhérer sans renoncer ouvertement à la religion protestante.
Après avoir levé cet obstacle, le landgrave fut impatient d'achever une cérémonie qui, toute mortifiante qu'elle lui paraissait, était nécessaire pour obtenir son pardon. L'empereur était assis sur un trône magnifique, revêtu de toutes les marques de sa dignité, et environné d’un cortége nombreux de princes de l'empire, parmi
* Dumont, Corp. diplom , tom AV, p. 2, p. 336.
lesquels était Henri de Brunswick, qu se trouvait en ce moment, par un étrange et soudain changement de fortune, spectateur de l'humiliation d’un prince dont il était quelques jours auparavant le prisonnier. Le landgrave fut introduit dans la salle avec beaucoup d'appareil ; il s’avança vers le trône et se mit à genoux. Son chancelier, qui marchait derrière lui, lut alors, par ordre de son maître, un papier dans lequel ce prince confessait humblement le crime dont il avait été coupable, et pour l’expiation duquel il reconnaissait avoir mérité la plus sévère punition; il se remettait lui et ses états à l’entière disposition de l’empereur ; il implorait avec soumission sa grâce, ne l'espérant que de la clémence de l'empereur; et il finissait par une promesse de se comporter à l'avenir comme un sujet dont les principes de fidélité et d'obéissance prendraient une nouvelle force dans les sentimens de reconnaissance qu’il conservait au fond de son cœur. Tandis que le chancelier faisait la lecture de cette humiliante déclaration , les yeux de tous les spectateurs étaient fixés sur l’infortuné landgrave ; en voyant un prince si fier et si puissant abaissé à demander grâce dans l'attitude d’un suppliant, il était difficile de n’être pas touché de commisération , et de ne pas faire de tristes réflexions sur l'instabilité et le vide des grandeurs humaines. L'empereur vit tout ce spectacle avec une contenance fière et sans témoigner la moindre sensibilité ; il garda un profond silence et fit seulement signe à un de ses secrétaires de lire sa réponse : elle portait en substance que quoiqu'il pôt avec justice infiger au landgrave la peine rigoureuse qu’il avait méritée, cependant cédant à un sentiment de générosité, vaincu par les sollicitations de plusieurs princes en faveur du coupable, et touché de ses aveux et de son repentir, il ne le traiterait pas selon la rigueur de la justice, et ne l’assujettirait à aucune peine qui ne fût pas spécifiée dans les articles du traité. A l'instant où le secrétaire acheva sa lecture, Charles se leva brusquement et s'éloigna du malheureux suppliant sans lui donner le moindre signe de pitié ou de réconciliation. Il le laissa même à genoux sans daigner le faire relever. Le landgrave ayant quitté de lui-même cette posture humiliante, s'avança vers l’empereur pour lui baiser la main, se flattant que son crime étant pleinement ex-
ick, qui se trourange et soudain tateur de l’humiit quelques jours andgrave fut incoup d'appareil ; it à genoux. Son re lui, lut alors, ipier dans lequel nt le crime dont 'expiation duquel plus sévère punis états à l’entière nplorait avec souint que de la clésait par une pror comme un sujet et d'obéissance e dans les sentionservait au fond ancelier faisait la aration , les yeux fixés sur l’inforprince si fier et si râce dans l'attiifficile de n'être et de ne pas faire abilité et le vide pereur vit tout ce fière et sans téil garda un proigne à un de ses :elle portait en ec justice infliger se qu’il avait méentiment de géitations de plupable, et touché ,ilne le traiteustice, et ne l’as-
ne fût pas spé- À l'instant où le Charles se leva malheureux supre signe de pitié | même à genoux landgrave ayant cure humiliante, ui baiser la main, t pleinement ex-
pié, cette liberté pouvait lui être permise; mais l'électeur de Brandebourg craignant que l’empereur ne fût offensé d’une telle familiarité , arrêta le landgrave et l'engagea à passer avec lui et Maurice dans l'appartement du duc d’Albe, au château.
Ce prince fut reçu avec la politesse et les égards dus à son rang; mais après le souper, tandis qu'il était engagé à une partie de jeu; le duc prit à part l'électeur et Maurice, et leur communiqua les ordres de l’empereur , lesquels portaient que le landgrave resterait prisonnier dans ce lieu même, sous la garde d’un détachement de soldats espagnols. Comme ces princes n'avaient eu jusqu'alors aucune défiance sur la sincérité et la droiture des intentions de l'empereur , leur surprise fut extrême ainsi que leur indignation, en voyant combien ils avaient été trompés, et par quelle infâme trahison on ies avait rendus eux-mèmes les instrumens de l'opprobre et de la perte de leur ami. Ils eurent recours aux plaintes, aux raisons, aux prières, pour se dérober à la honte dont ils allaient être couverts, et pour tirer le landgrave de l’abime ou sa confiance en eux l'avait précipité; mais le duc d’Albe resta inflexible et allégua la nécessité d'exécuter les ordres de l’empereur. La nuit s'avançait : le landgrave, qui ne savait rien de ce
qui s'était passé, et qui n'avait aucun soupçon ?
du piége où il était enveloppé, se préparait à partir lorsqu'on lui signifia l’ordre fatal. L’étonnement lui Ôta d’abord l'usage de la parole; mais après quelques momens de silence, il laissa éclater sa fureur avec les expressions les plus violentes que pût lui suggérer son horreur pour un tel excès d’injustice et de fourberie. Il se plaignit , il pria, il s’'indigna, tantôt déclamant contre les artifices de l’empereur comme indignes d’un prince puissant et généreux; tantôt blâmant la crédulité avec laquelle ses amis s’étaient fiés aux promesses insidieuses de Charles; tantôt les accusant de lâcheté et de prêter leur secours à l'exécution d’une si honteuse perfidie ; il finit par leur rappeler les engagemens qu'ils avaient pris avec ses enfans, et les somma de les remplir à l'instant. L’électeur et Maurice, après avoir laissé calmer les premiers transports de sa colère, protestèrent de la manière la plus solennelle de leur innocence et de la pureté de leurs intentions dans toute cette
affaire , et encouragèrent le landgrave à espérer que dès qu’ils auraient vu l'empereur ils obtiendraient satisfaction d’une injustice qui intéressait autant leur honneur que sa liberté. En même temps, pour tâcher d'adoucir sa fureur et son impatience, Maurice resta avec lui pendant la nuit dans l'appartement où il était enfermé.
Le lendemain au matin, l'électeur et Maurice s'adressèrent conjointement à l’empereur, et lui représentèrent l'infamie dont ils allaient être couverts dans toute l'Allemagne si le landgrave était retenu prisonnier ; ils ajoutérent qu'ils ne lui auraient jamais conseillé une entrevue , et qu'il n'y aurait point consenti lui-même, s'ils avaient pu soupçonner que la perte de sa liberté serait le fruit de sa soumission; qu'ils s'étaient obligés à lui procurer son élargissement, puisqu'ils en avaient donné leur parole et qu'ils avaient engagé leurs propres personnes pour servir de garant de la sienne. Charles écouta leurs représentations avec le plus grand sangfroid. Il sentait qu’il n'avait plus besoin de leurs services, et ils virent avec douleur que ce prince avait oublié leur ancien attachement, et qu’il avait peu d'égard à leur intercession. Il leur dit qu'il ne connaissait point les engagemens particuliers qu'ils avaient pris avec le landgrave ; que ce n’était pas là ce qui devait régler sa conduite; qu'il savait ce qu'il avait promis lui-même, et que ce n’était pas l'entière liberté du landgrave, mais qu'il ne resterait pas prisonnier pour sa vie 2. Après avoir'prononcé cette décision d’un ton ferme et absolu, il termina la conférence; l'électeur et Maurice, ne voyant plus alors d’espérance de fléchir l’empereur qui paraissait avoir pris son parti'avec réflexion et être très déterminé à le soutenir, furent obligés d'annoncer au malheureux prisonnier le peu de succès de leurs efforts en sa faveur. Cette nouvelle excita en lui
1 Sleidan, p.433. Thuan., lib. 1v, p. 147. Struv., Corp. hist. germ., tom. 1!, p. 1052.
2 Selon différens historiens de beaucoup de réputation, l’empereur stipula, dans son traité avec le landgrave, qu'il ne le détiendrait en aucune prison. Mais en transcrivant l'acte, qui fut écrit en langue allemande, les ministres impériaux substituèrent le mot ewiger à celui de einiger; ainsi au lieu d'une promesse que le landgrave ne serait détenu en aucune prison, il se 1rouva dans le traité, qu’il ne serait pas détenu en une prison perpétuelle. Mais des auteurs très versés dans l’histoire et très bons critiques ont révoqué en doute la vérité de
de nouveaux transports de rage plus violensen- | core que les premiers; de sorte que , pour l'em- , pêcher de se porter à quelque excès de déses- |
poir, les deux princes promirent de ne point quitter l'empereur jusqu’à ce que leurs importunités pressantes et multipliées lui eussent arraché son consentement pour mettre le landgrave en liberté. Ils renouvelèrent en conséquence peu de jours après leurs sollicitations ; mais ils trouvèrent Charles encore plus fier et plus inflexible ; on les avertit même que s'ils insistaient davantage sur un sujet si désagréable , et dont il ne voulait plus entendre parler, il donnerait sur-lechamp des ordres pour faire transporter le prisonnier en Espagne. Ils craignirent donc de nuire au landgrave par un zèle excessif ou mal placé, et non-seulement ils se désistèrent de leur demande, ils prirent encore le parti de quitter la cour ; et comme ils ne voulurent pas s'exposer au premiers mouvemens de la fureur qu'éprouverait le landgrave en apprenant la cause de leur départ, ils l'en informèrent par une lettre dans laquelle ils l’exhortaient à exécuter tout ce qu'il avait promis à l’empereur, comme le moyen le plus sûr d'obtenir promptement la liberté,
Quelque violent que fût le désespoir du landgrave en se voyant ainsi abandonné par ces deux princes , l’impatience qu'il avait de recouvrer sa liberté le détermina à suivre leurs avis. Il paya la somme à laquelle il avait été taxé, donna ses ordres pour faire raser ses fortifications, et renonça à toutes les alliances qui pouvaient donner de l’'ombrage. Cette prompte déférence aux volontés à vainqueur ne produisit aucun effet. Il continua d’être gardé avec la même vigilance et la même sévérité; on le conpuisait, aiusi que le malheureux électeur de Saxe, partout où allait l'empereur ; de sorte que
cette anecdote populaire. Le silence de Sleidan sur ce fait, qui d’ailleurs n’a point été cité dans les différens mémoires publiés par cet historien sur l'emprisonnement du landgrave, donne beaucoup de poids à cette opinion. Cependant comme plusieurs ouvrages qui contiennent les instructions nécessaires pour discuter ce fait avec exactitude, sont écrits en langue allemande que je n’entends pas, je ne suis pas en état de discuter ce point de controverse avec la même exactitude que j'ai mise à éclaircir d'autres objets contestés dont il a été question dans le ours de cette histoire, Foy. Struv., Corp. hist germ., tom. Il, 1052, et Mosheim., /Zist. eccles., vol. Il.
leur opprobre et son triomphe se renouvelaient tous les jours, La grandeur d'âme et la fermeté avec laquelle l'électeur supportait ces outrages réitérés n'étaient pas moins remarquables que la fureur et l'impatience du landgrave ; son caractère impétueux et bouillant avait peine à se con: tenir; lorsqu'il se rappelait les honteux artifices par lesquels on l'avait entraîné dans l’état où il se trouvait, et l'injustice avec laquelle on le retenait dans les fers, son indignation s'allumait et le précipitait souvent dans les excès de rage les plus extravagans.
Les habitans des différentes villes où Charles exposait ainsi en spectacle ces illustres prison-
‘niers ressentaient vivement l’insulte que cette
cruauté gratuite faisait au corps germanique, et murmuraient hautement de voir traiter avec tant d'indécence deux des plus grands princes de l'empire. Mais ils eurent bientôt d’autres sujets de plainte pour des objets qui les intéressaient encore de plus près. L'empereur, ajoutant l'oppression à l'outrage, s'arrogea tous les droits d'un conquérant, et les exerça avec la dernière rigueur. Il ordonna à ses troupes de saisir l’artillerie et les munitions de guerre qui appartenaient aux membres de la ligue de Smalkalde.
Ayant ainsi rassemblé plus de cinq cents pièces de canon, ce qui formait un objet considérable pour ce temps-là , il en envoya une partie dans les Pays-Bas, une partie en Italie, et une autre partie en Espagne, afin de répandre partout la renommée de ses succès, et pour faire servir ces trophées &e monumens et de preuves qui attestaient son triomphe sur une nation regardée jusqu'alors comme invincible. N leva ensuite, de sa seule. autorité, des sommes considérables qu'il imposa également sur ceux qui l'avaient servi avec fidélité dans la guerre, et sur ceux qui avaient pris les armes contre lui; sur les premiers, comme leur contingent pour les frais d'une guerre qui ayant été entreprise , selon lui, pour l'avantage commun de tous les membres de l'empire, devait être soutenue aux frais communs de tous; et sur les derniers, comme une espèce d'amende pour expier leur rébellion. Ces exactions produisirent plus d’un million six cent mille couronnes, somme prodigieuse dans lle seizième siècle. La consternation qu’avaient répandue parmi les Allemands les rapides succès de Charles , et la terreur que leur inspiraient ses
e se renouvelaient âme et la fermeté rtait ces outrages marquables que la grave ; SOn caracait peine à se con- ; honteux artifices é dans l'état où il laquelle on:le renation s’allumait les excès de rage
villes où Charles s illustres prisonl'insulte que cette ps germanique, et ir traiter avec tant rands princes de tôt d’autres sujets i les intéressaient ur, ajoutant l’opea tous les droits a avec la dernière pes de saisir l’aruerre qui apparteue de Smalkalde.
> cinq cents pièces objet considérable pa une partie dans lie, et une autre spandre partout la pur faire servir ces preuves qui attese nation regardée Il leva ensuite, de mes considérables ceux qui l'avaient erre, et Sur ceux ontre lui; sur les gent pour les frais treprise , selon lui, tous les membres nue aux frais comniers, comme une leur rébellion. Ces ‘un million six cent odigieuse dans ‘le ion qu'avaient réles rapides succès leur inspiraient ses
troupes victorieuses, étaient si générales, que tous obéirent sans résistance à ses ordres; mais en même temps ces actes nouveaux de pouvoir arbitraire ne pouvaient manquer d’alarmer un peuple jaloux de ses priviléges, et accoutumé, depuis plusieurs siècles, à considérer l'autorité impériale comme une autorité limitée et peu redoutable. Le mécontentement et le ressentiment, quelque soin qu'on prit de les cacher, devinrent bientôt universels, et ces passions, contraintes et renfermées pour le moment, devaient par-là même éclater bientôt avec plus de violence.
Tandis que Charles donnait la loi aux Allemands comme à un peuple vaincu, Ferdinand traitait ses sujets, en Bohème, avec encore plus de rigueur. % royaume possédait des immunités et des priviléges aussi étendus qu'aucun des états où s'était ‘établi le gouvernement féodal. La prérogative des rois y était très limitée et la couronne mème y était élective. Lorsque Ferdinand fut appelé au trône, il avait reconnu et confirmé les droits des Bohémiens , avec toutes les cérémonies fixées par leur extrême sollicitude pour la sécurité d’une constitution de gouvernement à laquelle ils étaient fortement attachés. 1! commença cependant bientôt à se lasser d’une autorité si restreinte, et à dédaigner un sceptre qu'il ne pouvait transmettre à ses enfans. Au mépris de tous ses engagemens, il entreprit de renverser la constitution jusque dans ses fondemens , et de rendre le royaume héréditaire; mais les Bohémiens ne parurent pas disposés à se laisser tranquillement dépouiller des priviléges dont ils avaient joui si long-temps. Dans le même temps plusieurs d’entre eux ayant embrassé la doctrine des réformateurs, dont Jean Hus et Jérôme de Prague avaient répandu les semences dans leur pays, au commencement du siècle précédent , le désir d'acquérir la liberté de conscience se joignit à leur zèle pour le maintien de leur liberté civile; ces deux sentimens analogues , se donnant l'un à l’autre plus de chaleur et d'énergie, inspirèrent aux Bohémiens des résolutions violentes. Non-seulement ils avaient refusé de servir leur souverain contre les confédérés de Smalkalde, ils avaient encore formé une étroite alliance avec l'électeur de Saxe , et ils s'étaient engagés par une association solennelle à défendre leur ancienne constitution, déterminés à persister dans
ce dessein jusqu'à ce qu’ils eussent obtenu de nouvelles eoncessions , qu’ils jugeaient nécessaires pour rendre la forme de leur gouvernement plus parfaite ou plus solide. Ils choisirent pour leurgénéral Gaspard Phlug, gentilhomme distingué par son mérite et sa naissance, et ils formèrent une armée de trente mille hommes pour appuyer leurs demandes ; mais , soit par la faiblesse de leur chef, soit par les dissensions qui s'élevèrent dans ce corps vaste et pesant, dont les parties rassemblées à la hâte n'étaient pas bien unies, soit par quelque autre cause inconnue, les opérations militaires de ces mécontens ne furent pas proportionnées au zèle et à l’ardeur qui animaient leurs premières résolutions. Ils se laissèrent amuser long-temps par des négociations et des propositions diverses ; de sorte qu'avant qu’ils pussent entrer en Saxe, la bataille de Muhlberg fut perdue, l'électeur fut privé de sa dignité et de ses états, le landgrave, enfermé sous une étroite garde , et la ligue de Smalkalde entièrement dispersée. La crainte que le pouvoir de l’empereur inspirait à toute l'Allemagne pénétra jusqu'à eux. Dès qu'ils virent approcher leur souverain avec un corps de troupes impériales, ils se dispersèrent sur-le-champ, ne pensant plus qu’à expier leur crime passé et à se ménager, par une prompte soumission, quelque espérance de pardon. Mais Ferdinand, qui entrait dans ses états plein de ce ressentiment impitoyable trop naturel aux princes dont l’autorité a été méprisée, n'était pas disposé à se laisser fléchir par le repentir tardif de ses sujets rebelles, et par ce retour involontaire à leur devoir ; il écouta sans être ému les prières accompagnées de larmes des bourgeois de Prague, qui vinrent se jeter à ses pieds et implorer sa clémence, La sentence qu’il prononça contre eux fat excessivement rigoureuse : il abolit plusieurs de leurs priviléges, en restreignit d’autres et donna unenouvelle forme à leur gouvernement : il punit de mort plusieurs de ceux qui avaient montré le plus de chaleur et d'activité à former la dernière association contre lui ; et un plus grand nombre d’autres furent condamnés à la confiscation de leurs biens, ou à un bannissement perpétuel. Il obligea tous ses sujets, de quelque condition qu'ils fussent , à livrer leurs armes pour être déposées dans des forts où il avait des garnisons ; et après avoir désarmé ce peuple , il le chargea
cpu ré
de taxes énormes et nouvelles !. Tel fut l'effet de l’entreprise malheureuse et mal concertée des Bohémiens pour étendre leurs priviléges : non-seulement ils agrandirent la sphère de la prérogative royale qu'ils avaient voulu circonscrire, mais encore ils anéantirent presque entiérement ces mêmes libertés qu'ils voulaient établir sur une base plus étendue et plus solide.
L'empereur ayant ainsi humilié et croyant avoir dompté l'esprit indépendant et peu traitable des Allemands, par la terreur de ses armes et par la rigueur des punitions , convoqua une diète à Augsbourg pour terminer définitivement les controverses de religion qui depuis si long-temps troublaient l'empire. Il n'osa cependant pas abandonner la décision d'un objet si intéressant aux libres suffrages des Allemands, quelque disposés qu'ils dussent être alors à se soumettre aux volontés de leur souverain. Il entra dans la ville à la tête de ses troupes espagnoles, à qui il assigna des quartiers ; il cantonna le reste de ses soldats dans les villages voisins; de sorte que les membres de la diète, en procédant à leurs délibérations, se voyaient environnés de la mème armée qui avait vaincu leurs compatriotes. Immédiatement après son entrée publique, il donna une preuve de la violence qu'il était tout prèt à exercer. Il s’empara , à main armée, de la cathédrale et d’une des principales églises de la ville ; ses prêtres les ayant purifiées avec différentes cérémonies, pour effacer les souillures prétendues qu'y avait laissées , selon eux , le ministère profane des protestans , ils y rétablirent , avec beaucoup de pompe, les rites du culte romain?.
Le concours des membres de cette diète fut prodigieux ; l'importance des objets sur lesquels on devait délibérer, et la crainte d’offenser l'empereur par une absence qui aurait pu être mal interprétée, avaient réuni presque tous les princes, les nobles et les représentans des villes qui avaient droit de suffrage dans cette assemblée, L'empereur ouvrit la séance par un discours dans lequel il invita la diète à donner particulièrement son attention à l’objet qu'il allait lui présenter. Après avoir exposé les suites funestes des disputes de religion qui s'étaient élevées en Al-
1 Sleid., p. 408, 415, 434. Than, lib. 1v, p. 129, 150, Struv., Corp. hist. germ., vol. I, 2 Sleid., p. 435, 437.
lemagne , et après avoir rappelé les efforts constans qu'il avait faits pour faire convoquer un concile général , seul moyen d'apporter du remède à tant de maux, il exhorta les membres de la diète à reconnaître l'autorité de cette assemblée, à laquelle ils en avaient d'abord appelé eux-mêmes, comme au seul juge qui eût le droit de décider sur ces matières.
Mais ce concile , auquel Charles désirait qu'on renvoyât la décision de toutes les controverses, avait déjà subi un changement très considérable. La crainte et la jalousie qu’avaient inspirés au pape les premiers succès de l'empereur contre les confédérés de Smalkalde, prenaient chaque jour de nouvelles forces. Non content de chercher à retarder le progrès des armes impériales par le rappel subit de ses troupes, Paul commençait à regarder l'empereur comme un ennemi qui lui ferait bientôt sentir le poids de sa puissance, et contre lequel il ne pouvait pas prendre trop tôt des précautions. Il prévit que l'effet immédiat de l'autorité absolue dont l’empereur jouirait en Allemagne serait de le rendre entièrement maître de toutes les décisions du concile, s'il continuait de s’assembler à Trente. Il était dangereux de laisser à un monarque si ambitieux la disposition d'un instrument formidable, qu’il pourrait employer à son gré pour limiter ou renverser peut-être la puissance des papes. Paul jugea que le seul moyen de prévenir cette révolution était de transférer l'assemblée du concile dans quelque ville plus immédiatement soumise à sa juridiction , et où l'empereur eût moins d'influence, soit par la terreur de ses armes, soit par ses intrigues et son crédit. 11 se présenta heureusement une circonstance qui parut rendre ce changement en quelque sorte nécessaire. Un ou deux des pères du concile et quelques-uns de leurs domestiques ayant été frappés de mort subite, sans que l'on connût la cause du mal, les médecins, trompés par les symptômes, ou séduits par les légats du pape, assurérent que c'était l'effet d'une maladie contagieuse et pestilentielle. Plusieurs prélats, effrayés de ce danger, se retirèrent avec précipitation. D’autres se montrèrent impatiens de quitter aussi ce séjour; enfin, après une courte consultation, le concile fut transféré à Bologne, ville soumise à la domination du pape.
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11348] sèrent vivement à cette résolution, comme étant
prise sans nécessité, et fondée sur des prétextes |
faux ou frivoles. Tous les prélats espagnols, et la plupart des Napolitains , restèrent à Trente par l'ordre exprès de l'empereur; les autres, au nombre de trente-quatre, accompagnèrent les légats à Bologne. Ainsi l'on vit se former un schisme dans cette mêmeassemblée convoquée pour guérir les divisions de l'église chrétienne; les pères de Bologne déclamérent contre ceux qui restèrent à Trente, qu'ils regardèrent comme désobéissans et réfractaires à l'autorité du pape; tandis que ceux-ci accusaient les autres de selaisser intimider par un danger imaginaire, au point de se retirer dans un lieu où leurs consultations ne pouvaient être d'aucune utilité pour le rétablissement de la paix et du bon ordre en Allemagne t, L'empereur employa en mème temps tout son crédit pour faire retourner le concile à Trente: mais Paul, qui s’applaudissait hautement de son habileté en prenant une mesure qui Ôtait à Charles les moyens de se rendre maître de cette assemblée, n'eut aucun égard à une demande dont l'intention était trop manifeste, L'été se consuma en négociations inutiles sur cet objet, l'obstination de l’un augmentant chaque jour en proportion de l'importunité de l’autre, Il arriva , à la fin, un événement qui anima plus que jamais ces deux princes l'un contre l'autre, et qui détermina entièrement le pape à n’écouter plus aucune proposition qui vint de l’empereur. Charles, comme on l'a déjà dit, avait tellement irrité Pierre Louis Farnèse, fils du pape, en lui refusant l'investiture de Parme et de Plaisance, que Farnèse cherchait sans cesse, avec toute la vigilance d'un ressentiment actif , l'occasion de se venger. Il s'était efforcé d'engager son père dans une guerre ouverte contre l’empereur , et il avait vivement sollicité le roi de France de tenter une invasion en italie. Sa haine et son ressentiment s'étendaient sur tous ceux que l'empereur favorisait, 11 persécuta Gonzague, &ouverneur de Milan , et il avait encouragé Fiesque dans sa conspiration contre André Doria , parce que Gonzague et Doria avaient l'estime et
intrigues secrètes n'étaient pas inconnues à l’empereur, il n’attendait que le moment de s’en
1 Fra-Paolo, p. 218, etc,
; venger, et Gonzague et Doria ne désiraient rien tant que d’être les instrumens de sa vengeance, | Les mœurs les plus licencieuses et les excès de 1 toute espèce, égaux à tous les crimes qu'on reproche aux tyrans qui ont le plus outragé la nature humaine, avaient rendu Farnèse si odieux, que toute violence paraissait légitime contre lui. On trouva bientôt parmi ses propres sujets des hommes qui s'empressérent et regardérent mème comme une action méritoire de prêter leurs mains à un assassinat. Animé de cette jalousie qui dévore ordinairement les petits souverains, Farnèse avait eu recours à toutes les ressources de cruauté et de perfidie par lesquelles on cherche à suppléer au défaut de pouvoir, pour abaisser et exterminer la noblesse soumise à sa domination. Cinq nobles du premier rang . à Plaisance, se lièrent pour venger les affronts qu’eux-mêmes personnellement et tout leur Corps en général avaient essuyés de la part de ce prince. Ils formérent leur plan , de concert avec Gonzague; mais il est encore incertain si ce fut lui qui le premier leur suggéra ce plan, ou s’ilne fit qu'approuver ce qu'ils avaient proposé. Ils concertèrent toutes leurs démarches avec tant de prévoyance, conduisirent leurs intrigues avec un si profond secret, montrèrent tant de courage dans l'exécution de leur complot, qu'on peut le regarder comme une des actions de ce genre les plus audacieuses dont il soit fait mention dans l’histoire, Une troupe de conjurés surprit en plein midi les portes de la citadelle de Plaisance, où Farnèse résidait , dispérsèrent ses gardes et le massacrèrent, tandis que les autres conjurés se rendirent maîtres de la ville et excitèrent leurs concitoyens à prendre les armes pour recouvrer leur liberté, La multitude se précipita vers la citadelle, d'où l’on avait tiré trois coups de canon, qui étaient le signal concerté avec Gonzague. Avant d'avoir pu connaître la cause ou les auteurs du tumulte , le peuple vit le corps sanglant du tyran suspendu par les pieds à une des croisées de la citadelle ; mais il était si généralement détesté qu'aucun de ses propres sujets ne parut ni touché d'un si grand revers de fortune, ni indigné de la manière ignominieuse dont on traitait leur souverain. Le
Succès de cette conspiration excita une joie universelle, et l’on applaudit à ceux qui en étaient les auteurs, comme aux libérateurs de la patrie
Le cadavre ae Farnèse fut jeté dans les fossés qui environnaient la citadelle, et exposé aux insultes
occupations atcoutumées, comme s’il n'était rien arrivé d’extraordinaire.
Dès le même jour , un corps de troupes arrivant des frontières du Milanais, où ils avaient été postés en attendant l'événement, prirent possession de la ville au nom de l'empereur, et rétablirent les habitans dans la jouissance de leurs anciens priviléges. Les impériaux voulurent aussi s'emparer de Parme par surprise; mais cette ville fut sauvée par la vigilance et la fidélité des officiers à qui Farnèse avait confié le commandement de la garnison. Paul apprit avec la plus vive douleur la mort d’un fils qu’il idolàtrait malgré ses vices infâmes ; et la perte d’une ville aussi importante que Plaisance rendit son affliction plus amère encore. Il accusa en plein consistoire Gonzague d’avoir commis un meurtre abominable pour se frayer la voie à une usurpation injuste, et il demanda sur-le-champ à l’empereur de venger ces deux attentats en faisant punir Gonzague et en restituant Plaisance à son petit-fils Octave, qui en était l'héritier légitime. Mais Charles, plutôt que de se désister d'une acquisition si précieuse, se serait exposé lui-même à l'impntation d'être complice du crime qui la lui avait procurée, et à l’infamie de frustrer son propre gendre d’un héritage qui lui appartenait; il éluda toutes les sollicitations du pape, et se détermina à rester en possession de Plaisance et de son territoire !.
Cette résolution , l'effet d’une ambition insatiable que ne pouvait modérer aucune considération ni de bienséance ni de justice, fit passer au pape tontes les bornes de sa modération et de sa timidité ordinaires ; il était prêt à prendre les armes contre l'empereur pour se venger des meurtriers de son fils et pour recouvrer l'héritage dont on voulait dépouiller sa famille ; sentant bien cependant combien il était hors d'état d'entrer en lice avecun si puissant ennemi, il sollicita avec la plus grande vivacité le roi de France et la république de Venise de se joindre à lui pour former une ligue offensive contre
Charles. Mais Henri était alors occupé d’autres
Fra- Paolo, p. 257. Pallavic., p. 41, 42. Thuan., liv. 1v, p.156.Mém. de Ribier,p 59,67. NatalisComitis Zistor., liv. au, p. 64:
! objets. Ses anciens alliés, les Écossais, ayant
: été battus par les Anglais dans une des plus de la populace; tous les citoyens reprirent leurs
sanglantes batailles que se soient jamais livré deux nations rivales, il était près d'envoyer un corpsnombreuxdeses vieilles troupes en Écosse, pour enrichir d’un nouveau royaume la monarchie française «en mariant le dauphin, son fils, avec la jeune reine d'Écosse. Une entreprise qui réunissait des avantages si sensibles et dont le succès semblait être certain, devait l'emporter sur l'espérance éloignée du fruit qu'il aurait pu tirer d’une alliance avec un pape de quatre-vingts ans, d’une santé chancelante et qui n'avait pour objet que de satisfaire son ressentiment particulier. Au lieu de s'engager imprudemment dans cette alliance, il amusa le pape par des promesses et des protestations vagues , qui suffisaient pour le détourner de la pensée d’un accommodement avec l’empereur ; mais il éludait, en même temps, un engagement assez formel pour entrainer une rupture immédiate avec l'empereur , et le jeter dans une guerre à laquelle il n’était pas préparé. Quoique les Vénitiens ne pussent pas, sans être alarmés, voir Plaisance dans les maias des impériaux, ils imitérent la conduite équivoque du roi de France, ex se conformèrent en cela à l'esprit qui dirigeait ordinairement leurs négociations f.
Quoique Paul se trouvât dépourvu de tous les moyens de rallumer sur-le-champ le flambeau de la guerre, il n'oublia point les injures qu'il était forcé d’endurer pour le moment; le ressentiment veillait au fond de son âme, et la difficulté de le satisfaire ne fit qu'en accroitre la violence. Ce fut dans ce moment où ses sentimens de haine et de vengeance avaient le plus de force, que la diète d’Augsbourg, se conformant aux ordres de l’empereur , présenta une requête au pape, au nom de tout le corps germanique, pour le solliciter d’enjoindre aux prélats qui s'étaient retirés à Bologne, de re: tourner à Trente et d’y reprendre leurs délibérations. Ce ne fut pas sans beaucoup de peine que Charles détermina les membres de la diète à se joindre à lui pour cette demande. Il avait remarqué beaucoup de diversité dans les opinions des protestans , relativement à la soumis-
1 Mém. de Ribier, 1. M, p. 63, 71, 78, 85, 95. Paruta, It. di Venez. p. 199, 203. Thuan,, liv. 1v, p. 160.
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beaucoup de peine nembres de la diète > demande. Il avait ersité dans les opivement à la soumis-
71,78, 85, 95. Paruta, an, liv.1v, p. 160.
sion qu’il avait exigée pour les décrets du concile ; les uns étaient absolument intraitables sur cet article ; d'autres étaient disposés à reconnattre, moyennant certaines modifications, le droit de juridiction du concile. Il employa toute son adresse pour en gagner une partie et pour diviser le reste; il menaça et intimida l'électeur palatin, prince faible, qui craignait que l'empereur ne se vengeàt des secours qu'il avait donnés aux confédérés de Smalkalde. L'espérance d'obtenir la liberté du landgrave et la confirmation solennelle de la dignité électorale levérent tous les sernpules de Maurice, ou d” moins ne lui permirent pas de s'opposer à ce qui était agréable à l’empereur. L’électeur de Brandebourg, qui, de tous les princes de son siècle, était le moins touché des motifs de religion, se laissa aisément persuader d'imiter l'exempie des premiers, en déférant à toutes les volontés de Charles. I restait encore à gagner les députés des villes; ils étaient plus attachés à leurs principes, et quoiqu'on eût employé tout ce qui pouvait exciter en eux l'espérance ou la crainte, ils ne voulurent jamais s'engager à reconnaître la juridiction du concile, x moins qu'on ne prit des mesures efficaces pour assurer aux théologiens de tous les partis un libre accès à la diète avec une entière liberté de discussion, et que tous les points de controverse ne se décidassent conformément au texte de l'Écriture et aux usages de la primitive église. Lorsqu'on présenta à l'empereur le mémoire qui contenait cette déclaration, il eut recours à un artifice extraordinaire. Sans lire le papier, et sans prendre aucune connaissance des conditions sur lesquelles insistaient les villes impériales, il feignit de croire qu’elles avaient consenti à ce qu'il leur demandait, et fit des remercimens aux députés sur leur pleine et entière soumission aux décrets ou Co.ile. Les députés, quelque étonnés qu'ils fussent de ce qu'ils venaient d'entendre, ne cherchèrent point à désabuser l'empereur; les deux partis aimèrent mieux laisser l'affaire dans cet état d'ambiguité que d'en venir à une explication qui aurait occasioné une dispute et peutètre une rupture !.
Charles, ayant obtenu cette soumission appa-
!Fra-Paolo, p. 259, Sleid. , pag. 440, Thuan., tom, 1 p. 10c.
rente de la diète à l'autorité du concile, s’en servit comme d’un nouveau motif pour appuyer la demande du rappel du concile à Trente; mais le pape, déterminé par le désir de mortifier l'empereur, autant que par son propre éloignement Pour ce qu'on lui demandait, prit sans hésiter la résolution de n’y point consentir; cependant comme il ne voulait pas qu'on pôt lui reprocher de se laisser dominer par son ressentiment, il eut l'adresse d'obtenir une opposition formelle des docteurs qui étaient à Bologne. Il renvoya, à leur considération, la demande de la diète , et ces docteurs , toujours prêts à confirmer par leur consentement tout ce qui leur était inspiré par le légat, déclarérent que le concile ne pouvait pas, sans manquer à sa dignité, retourner à Trente, à moins que les prélats qui, en y restant, avaient montré un esprit de schisme, ne se rendissent auparavant à Bologne pour s’y réunir avec leursfrères ; ils ajoutèrent que, même après cette réunion, le concile ne pourrait pas renouveler ses délibérations avec l'espérance d'être utile à l'église, si les Allemands ne prouvaient pas que leur intention était d'obéir aux décrets futurs du concile , en Se soumettant dès l'instant même à ceux qu'il avait déjà prononcés 1,
Cette réponse fut communiquée à l'empereur par le pape, qui l’exhorta en même temps à déférerà des demandes qui paraissent si raisonnables; mais Charles connaissait trop bien le caractère artificieux de Paul, pour se laisser tromper par un si grossierartifice; ilsavait que les prélats de Bologne n'osaient avoir d'autres avis que ceux qui leur étaient inspirés par ce pontife: il les regarda donc comme de purs instrumens dans les mains d'un autre, et ne vit dans leur réponse que l'exposé des intentions du pape, Comme il ne pouvait plus espérer de prendre assez d'ascendant sur le concile pour le faire servir à ses projets, il sentit combien il était nécessaire d'empêcher le pape de tourner contre lui l'autorité d’une assemblée si respectable. Dans cette Vue, il envoya à Bologne deux jurisconsultes, qui, en présence des légats, protestèrent que la translation du concile dans cette ville s'était faite sans nécessité et sur des prétextes faux ou frivoles; que tant qu'il continuerait d'y
! Fra-Paolo, p. 250. Pallavicini, liv, 11, p. 49.
tenir ses séances, il ne devait être regardé que comme un conventicule illégal et schismatique ; que, par conséquent, toutes ses décisions devaient être regardées comme nulles et sans valiaité; enfin que le pape et les ecclésiastiques corrompus qui dépendaient de lui, ayant abandonné le soin de l’église, l'empereur, qui en était le protecteur, emploierait tout le pouvoir que Dieu lui avait confié, pour la préserver des calamités dont elle était menacée. Quelques jours après, l'ambassadeur impérial , résidant à Rome, demanda une audience au pape, et en présence de tous les cardinaux ainsi que des ministres étrangers, il protesta contre les démarches des prélats de Bologne, dans les termes les moins mesurés et les moins respectueux !. Charles ne tarda pas long-temps à s'occuper des moyens de mettre en exécution ces menaces, qui alarmèrent vivement le pape et le concile de Bologne. Il instruisit la &iète du peu de succès des efforts qu'il avait faits pour obtenir une réponse favorable à leur demande ; il ajouta que le pape, ayant aussi peu d'égard à leurs prières qu'aux services qu’ils avaient rendus à l'église, avait. refusé de permettre au concile de se rassembler à Trente; que, quoiqu'il ne fallôt pas encore renoncer à l'espérance de voir cette assemblée se tenir dans un lieu où elle pourrait jouir de la liberté de discuter et de prononcer, cependant cet événement était encore incertain et éloigné ; que dans ce même temps l'Allemagne était déchirée par les dissensions religieuses ; que la pureté de la foi alors altérée et l'esprit du peuple était troublé par une multitude d'opinions nouvelles et de controverses auparavant inconnues chez les chrétiens ; que déterminé par ce qu’il devait à l’empire’comme son souverain, et à l’église comme son protecteur, il avait employé quelques théologiens, distingués par leurs talens et leurs lumières, à préparer un système de doctrine auquel les peuples seraient tenus de se conformer jusqu’à ce qu'on pût convoquer un concile tel qu'on le désirait. Ce système avait êté composé par Pflug, Helding et Agricola : les deux premiers étaient des dignitaires de l’église romaine, mais estimés par leur caractère pacifique et conciliateur ; le dernier
1 Fra-Paolo, p. 274. Pallavicini, p. 51. Sleid., p. 446. Goldast., Constit. imperial., tom. 1, p. 561,
était un théologien protestant qu'ena soupçonné, avec quelque raison, d’avoir été engagé par des présens et des promesses à égarer son parti dans cette occasion. Les articles qui avaient été présentés à la diète de Ratisbonne en 1541, dans la vue de réconcilier les partis opposés, servirent de modèle au nouveau système. Mais comme, depuis cette époque, la situation de l'empereur était fort changée, et qu'il ne se trouvait plus dans la nécessité de traiter les protestans avec les mêmes ménagemens , il ne leur faisait plus des concessions aussi étendues et aussi importantes que celles qu'il leur avait offertes auparavant. Le nouveau traité contenait un système complet de théologie, conforme presque dans tous les points à la doctrine de l’église romaine, mais exprimé, pour la plus grande partie, en un style plus doux, en phrases tirées de l'Écriture , ou en termes d’une ambiguïté concertée. On y confirmait tous les dogmes particuliers aux papistes, et l’on y ‘ænjoignait l'observation de tous les rites que les protestans condamnaient comme des inventions humaines introduites dans le culte de Dieu. fl y avait deux points seulement sur lesquels on se relâchait de la rigueur des principes et l’on admettait quelque adoucissement dans la pratique. Il était permis à ceux des ecclésiastiques qui s'étaient mariés et quine voudraient pas se séparer de leurs femmes, d'exercer toutes les fonctions de leur ministère sacré; et les provinces qui avaient été accoutumées à recevoir le pain et le vin dans le sacrement de l’eucharistie pouvaient conserver le privilége de communier ainsi sous les deux espèces: mais on déclarait que ces articles étaient des concessions faites uniquement pour un temps, afin d'avoir la paix, et par égard pour la faiblesse et les préjugés des peuples f.
Ce système de doctrine fut connu dans la suite sous le nom d'énterim, parce qu'il contenait des règlemens provisoires qui ne devaient avoir de force que jusqu'à ce qu’un libre concile général pôt avoir lieu, L'empereur le présenta à la diète; ilasnonça en même temps, avec pompe, l'intention sincère où il était de rétablir l'ordre et la tranquillité dans l'église, et dit qu'il espérait que l'acceptation de ces règlemens par la
1 Fra-Paolo, p. 270. Pallavicini, liv. 1, p. 6. Sleid,
pag. 473, 475. Struv., Corp., 1554. Goldast., Constit. imper., tom. |, p. 518.
dièt si d son den et, piet paix qu'e trin en d'un aux l'éle diète mêrm aucu dire furer par « tion tière en nm l'emp Pe les er Maur bres heure vité, | néces:
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L'Slei, page 63
t qu'on a soupçonné, été engagé par des garer son parti dans qui avaient été prénne en 1541, dans s opposés, servirent ème. Mais comme, ation de l'empereur ne se trouvait plus les protestans avec ne leur faisait plus dues et aussi imporavait offertes aupaontenait un système forme presque dans de l'église romaine, s grande partie, en ases tirées de l’Écriunbiguité concertée.
dogmes particuliers pignait l'observation protestans condamons humaines intro- [l y avait deux points se relâchait de la n admettait quelque tique. Il était permis ui s'étaient mariés et arer de leurs femmes, ns de leur ministère avaient été accoutule vin dans le sacreient conserver ie prious les deux espèces; articles étaient des ent pour un temps, r égard pour la faipeuples f.
ut connu dans la suite parce qu’il contenait qui ne devaient avoir ‘un libre concile géereur le présenta à la temps, avec pompe, ait de rétablir l'ordre lise, et dit qu'il espéces règlemens par la
cini, liv. 11, p. 6. Sleid., 554. Goldast., Constit.
diète contribuerait beaucoup à obtenir un but si désirable. Lorsqu'il eut achevé la lecture de son discours, l'archevèque de Mayence, président du collége électoral, se leva brusquement, et, après avoir remercié l’empereur des efforts pieux et constans qu’il faisait pour rendre Ja paix à l'église, il déclara au nom de la diète qu'elle approuvait le nouveau système de doctrine, et qu’elle était résolue de s'y conformer en tout point. Toute l'assemblée fut étonnée d'une déclaration si peu conforme aux règles et aux usages, ainsi que de l'audace avec laquelle l'électeur prétendait exposer les sentimens de la diète sur un point qui jusque-là n'avait pas méme été mis en délibération et en débat ; mais aucun des membres n’eut le courage de contredire ce que l'électeur avait avancé : quelques-uns furent retenus par la crainte, d'autres se turent par complaisance. L'empereur reçut la déclaration de l’archevèque comme une ratification entire et légale de l'énterim, et se prépara à en maintenir l'exécution comme d'un décret de l'empire !.
les enfans du landgrave, vivement secondés par Maurice de Saxe, tâchèrent d'intéresser les membres de l'assemblée en faveur de ce prince malheureux qui languissait toujours dans la captivité, Mais Charles, craignant de se voir dans la nécessité de rejeter une demande qui lui vien- | drait d'un corps si respectable, chercha à pré- | venir ces représentations; pour cet effet , il mit sous les yeux de la diète un détail de ce qui s’était passé avec le landgrave, ainsi que des motifs qui l'avaient d'abord engagé à s'assurer de la personne de ce prince, et qui ne lui permettaient pas, disait-il, de lui rendre la liberté. Il n'était pas aisé, sans doute, de trouver de bonnes raisons pour justifier une action si injuste et si révoltante ; mais il savait bien qu'il suffirait d'alléguer les prétextes les plus frivoles devant une assemblée qui voulait être trompée, etquine craignait rien tant que d'avoir l'air d'envisager ses démarches sous leur vrai point de vue. L'explication qu'il donna de sa conduite fut donc admise comme très satisfaisante: et après quelques faibles instances pour l'engager à éten-
Sleid., page 460 Fra-Paolo, page 373. Pallavicini, page 63.
dre sa clémence sur le landgrave, il ne fut plus question de ce prince infortuné !.
Cependant Charles voulut affaiblir Timpres.
sion défavorable que cette inflexible rigueur pourrait laisser dans les esprits; et pour prouver que sa reconnaissance était aussi solide et aussi invariable que son ressentiment , il donna à Maurice l'investiture de la dignité électorale. Cette cérémonie se fit avec toutes les cérémonies légales et avec une pompe extraordinaire, dans une cour ouverte, si voisine de l'appartement où était enfermé l'électeur détrôné, qu'il pouvait la voir de ses fenêtres. Mais cette insulte n’altéra point sa tranquillité ordinaire ; il fixa ses regards sur ce spectacle, et vit un rival heureux recevoir
: les marques de dignité dont ilavait été dépouillé, sans laisser échapper un seutiment qui démentit la grandeur d'âme qu’il avait conservée au milieu de tons ses désastres ?,
Immédiatement après la dissolution dela diète, l'empereur fit publier l'énterim en allemand et en latin, Cet écrit eut le sort ordinaire de tous les plans de conciliation quand ils sont propo-
deux partis s’élevérent contre ce système avec une égale violence : les protestans le condamnérent comme contenant les erreurs les plus grossières du papisme, déguisées avec si peu d’art qu'elles ne pouvaieut échapper qu'aux hommes ies plus ignorans, ou qu'à ceux qui voudraient ètre trompés. Les papisies le rejetèrent comme un ouvrage dans fequel la doctrine de l'église était ou scandaleusement abandonnée , Ou bassement dissimulée, ou énoncée en termes concertés pour égarer les esprits faibles, plutôt que pour éclairer les ignorans ou pour convertir les ennemis de la vérité. Tandis que d'un côté les docteurs luthériens déclamaient avec emportement contre ce système, le général des dominicains, d'un autre côté, l’attaquait avec non moins de véhémence; mais lorsque le con-
tenu de l'énterim fut connu à Rome, l'indigna-
tion des courtisans ainsi que des ecclésiastiques
éclata avec emportement : ils se récrièrent contre
l'audace impie de l'empereur, qui usurpait les
fonctions du sacerdoce en prétendant avec le
| Pendant la tenue de cette diète, la femme et sés à des hommes échauffés par la dispute. Les
"Sleid., p. 447.
2 Thuan., Æist., lib. v, p. 166. Struv., Corp. 1054. Investitura Mauricii à Mammerano Lucemburgo descripta, ap. Scardium , tom. 1, p. 505,
seul concours des laïques , définir des articles de foi et régler des formes de culte; ils comparèrent cet acte téméraire à l'attentat d’Ozias qui d’une main profane avait touché l'arche du Seigneur, ou aux entreprises hardies de ces empereurs qui avaient rendu leur mémoire exécrable en prétendant réformer à leur gré l’église chrétienne. Ils affectèrent mème de trouver de la ressemblance entre la conduite de Charles et celle de Henri VIE, et parurent craindre que l'empereur ne suivit l'exemple de ce monarque , en usurpant le titre ainsi que la juridiction qui appartenait au chef de l'église. Tous soutinrent donc unanimement que les fondemens de l’autorité ecclésiastique étant ébranlés, et l'édifice entier étant près d’être renversé par un nouvel ennemi, il fallait recourir à quelque moyen puissant de défense et faire, dès les commencemens, la plus vigoureuse résistance, avant que les progrès de l'attaque fussent assez avancés pour r'endre tous leurs efforts inutiles.
Le pape , dont le jugement était éclairé par une plus longue expérience et par une obser-
vation plus générale des affaires humaines, vit :
cet objet avec plus de sagacité, et trouva un motif de tranquillité dans la circonstance mème qui consternait ses rourtisans et ses conseillers.
Il fut étonné qu'un prince aussi habile que l'em- |
pereur se laissât aveusler par une seule victoire, au point d'imaginer qu'il pourrait donner la loi aux hommes et leur faire recevoir ses décisions même dans les matières sur lesquelles ils souffrent le plus impatiemment là domination, 1 conçut qu'ense joignant à l'uu des partis divisés en Allemagne, il avait été aisé à Charles d'opprimer l’autre, et que l'ivresse du succès lui avait sans doute inspiré la vaine pensée qu’il était en état de les subjuguer tous les deux; il prédit qu'un système que tous les partis attaquaient et qu'aucun ne défendait ne pouvait pas être de longue durée, et que, par conséquent , il n’aurait pas besoin d'interposer ses propres forces pour en accélérer la chute ; il vit enfin que l'édifice s'écroulerait de lui-même pour être à jamais oublié, dès que la main puissante qui l'avait élevé cesserait de le soutenir.
L'empereur, amoureux de son lan, voulut
2 Sleid., p. 468. Fra-Paolo, p. 271, 277. Pallavicini, lie. u, p. 64.
maintenir la résolution qu'il avait prise de le faire rigoureusement exécuter; mais quoique l'électeur palatin, l'électeur de Brandebourg et Maurice, toujours entraînés par les mêmes considérations, parusssent disposés à obéir aveuglément à tout ce qu’il ordonnerait, il ne trouva pas partout la même soumission. Jean, marquis de Brandebourg-Anspach, qui s'était engagé avec le plus grand zèle dans la guerre contre les confédérés de Smalkalde, refusa cependant de renoncer à des principes qu'il regardait comme sacrés, et rappelant à l'empereur les promesses réitérées qu’il avait faites à ses alliés protestans, de leur accorder le libre exercice de leur religion, il prétendit en conséquence être dispensé de recevoir l'énterim. Quelques autres princes hasardérent aussi de montrer les mêmes scrupules et de demander la même indulgence. Mais en cette occasion, comme dans toutes celles qui demandaient du courage, la fermeté de l'électeur de Saxe se montra d’une manière distin- | guée, et mérita les plus grands éloges. Charles, qui connaissait combien l'exemple de ce prince ! aurait d'influence sur tout le parti protestant, | n'épargna rien pour l'engager à approuver l'én- | terim; il cherchait tour à tour à le séduire par l'espérance et à l'intimider par la crainte , tantôt en lui promettant de le mettre enliberté, tantôt ! en le menaçant de le traiter avec plus de sévé- | rité; mais l'électeur fut toujours inflexible. Après avoir déclaré sa ferme croyance dans la doctrine : de la réformation : « Je n'irai pas, dit-il, dans ma vieillesse, abandonner des principes pour : lesquels j'ai combattu de si bonne heure; et dans la vue de me procurer ma liberté pendant le peu d'années que je puis espérer de vivre, je ne trahirai pas une bonne cause, pour laquelle j'ai tant souffert et je veux bien encore souffrir: j'aime mieux jouir, dans cette solitude, de l'estime des hommes vertueux et de l'approbation de ma propre conscience, que de rentrer dans le monde, chargé du crime d’apostasie, qui empoisonnerait et étrirait le reste de mes jours. » Par cette noble résolution , l'électeur présenta à ses compatriotes un modèle de conduite bien différent de celui auquel l'empereur s'était attendu. Indigné de la résistance de son prisonnier, Charles le traita avec plus de rigueur, le fit resserrer plus étroitement, diminua le nombre de ses domestiques , et renvoya les ecclésins-
mi fû ler se lor la « au!
su ses me l'hi OPT moi par pub que tion les « l’ind pres mati publ men C'ét:
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avait prise de le er; mais quoique le Brandebourg et par les mêmes conjsés à obéir aveunerait, il ne trouva ion. Jean, marquis qui s'était engagé a guerre contre les fusa cependant de il regardait comme reur les promesses es alliés protestans, rcice de leur reliuence être dispensé ques autres princes ‘er les mêmes scrune indulgence. Mais ins toutes celles qui la fermeté de l'élecne manière distinnds éloges. Gharles, xemple de ce prince le parti protestant, jer à approuver l'ênour à le séduire par jar la crainte, tantôt tre enliberté, tantôt r avec plus de sévéours inflexible. Après ance dans la doctrine rai pas, dit-il, dans des principes pour si bonne heure; et * ma liberté pendant espérer de vivre, je cause, pour laquelle bien encore souffrir:
ette solitude, de l’'es- «et de l'approbation que de rentrer dans d’apostasie, qui em reste de mes jours. »
l'électeur présenta à tle de conduite bien l'empereur s'était attance de son prison- : plus de rigueur, le nt, diminua le nomrenvoya les ecclésias-
tiques luihériens que ceprince infortuné avait eus jusqu'alors près de lui ; on lui ôta même les livres de dévotion qui, pendant une si longue et si ennuyeuse captivité, avaient fait sa plus grande consolation !, Le landgrave de Hesse , son comcompagnon d'infortune, ne montra pas la même constance. La durée de son emprisonnement avait épuisé sa patience et son courage; déterminé à acheter sa liberté à quelque prix que ce fût, il écrivit à l'empereur et lui offrit non-seu-
lement d'approuver l'interim, mais encore de À
se Soumettre en tout et sans réserve à ses volontés. Mais Charles savait que, quelle que fût la conduite du landgrave, ni son exemple ni son autorité ne pourraient obliger ses enfans et ses sujets à recevoir l'interim, et loin d'accepter ses offres, il le tint renfermé aussi rigoureusement qu'auparavant. Ainsi le landgrave subit l’humiliation cruelle de voir sa conduite mise en opposition avec celle de l'électeur, sans tirer le moindre avantage de la démarche avilissante par laquelle il s'était justement attiré le mépris public t,
Ce fut surtout de la part des villes impériales que Cbarles rencontra la plus violente opposition à l'énterim. Ces petites républiques, dont les citoyens étaient accoutumés à Ia liberté et à l'indépendance, avaient embrassé avec un empressement remarquable la doctrine de la réformation dès qu’elle s'était répandue dans le public; car l'esprit d'innovation est particulièrement propre au génie des gouvernemens libres. C'était dans ces villes que les prêcheurs pro- ‘estans avaient fait le plus grand nombre de prosélytes, et les théologiens les plus distingués du parti s’y étaient établis en qualité de oasteurs. Aÿant ainsi la direction de toutes les ‘coles d'instruction, ils avaient formé des disciples aussi versés dans les principes de leur croyance que zélés à la défendre, Ces disciples ne devaient pas être seulement guidés par l'exemple ou subjugués par l'autorité; comme ils avaient appris à examiner et à discuter les matières de controverse , il; croyaient avoir le droit et être en état de uger par eux-mêmes.
Dès que le contenu de l’énterim fut rendu pubic, ils se réunirent et refusèrent unanimement
1 Sleid., p. 462 2 Ibia,
40) de l’admettre. Strasbourg, Constance, Brème, Magdebourg et plusieurs autres villes moins considérables présentèrent à l'empereur des rumontrances, dans lesquelles, après avoir exposé la manière irrégulitre et illégale dont l'interim avait passé à la diète, elles le suppliaient de ne pas Contraindre leur conscience à recevoir une forme de doctrine et de culte qui leur paraissait opposée aux préceptes positifs de la loi divine. Mais Charles, qui avait fait recevoir son nouveau plan à tant de princes de l'empire, ne fut pas fort touché des représentations de ces villes ; elles auraient pu être très redoutables si elles n'avaient formé qu’une seule masse ; mais étant fort éloignées l’une de l'autre, elles pouvaient être accablées séparément et sans peine, avant qu’il leur fût possible de se réunir.
Pour remplir cet objet, l'empereur sentit combien il lui était nécessaire d'employer des mesures vigoureuses et de les faire exécuter avec assez de rapidité pour ne pas laisser le temps de concerter un plan commun d'opposition. Ayant pris cette maxime pour règle de sa conduite, : sa première opération fut dirigée sur la ville d’Augsbourg ; quoique la présence des troupes impériales dût en imposer aux habitans, Charles Savait qu’ils étaient aussi opposés à l’énterim qu'aucun autre peuple de l'empire. Il commanda à un corps de ses troupes de s'emparer des portes, il posta le reste dans les différens quartiers de la ville, et ayant rassemblé tous les bourgeois, il publia, de sa pleine et entière autorité, un décret par lequel il abolissait leur forme actuelle de gouvernement, dissolvait toutes leurs corporations et leurs confréries, et nommait un petit nombre de personnes à qui il confiait, pour l’'avenir, le soin de l'administration ; chacun de ces nouveaux administrateurs fit serment en même temps de se conformer à l'éxterim. Un acte
d'autorité si arbitraire et si inouï, qui privait le
corps des habitans de toute participation au souvernement de leur communauté, et les su.
bordonnait à des hommes qui n'avaient d'autre mérite qu’une lâche et servile soumission aux volontés de l'empereur, ne manqua pas de révolter tous les esprits; mais comme on ne pou: vait opposer la force à la force, on fut obligé d'obéir et de se soumettre en silence 1, Charles:
! Sleia., p. 452.
A0 Quint, après avoir laissé une garnison dans Augs-" bourg, marcha à Ulm; il en changea le gouvernement avec la même violence, fit prendre et emprisonner ceux des pasteurs qui refusaient de souscrire à l'nterim, et à son départ, les emmena avec lui chargés de chaînes. Cette sévérité fit non-seulement recevoir l'énferim dans deux des villes les plus puissantes, ce fut aussi pour les autres un présage de ce qui les menaçait si elles persistaient dans leur désobéissance. L'effet de l'exemple fut aussi prompt et aussi efficace qu'il pouvait le désirer, et plusieurs villes, pour se soustraire à la vengeance de ce prince redoutable, se prêtérent à tout ce qu'il exigea. Cependant cette obéissance, arrachée par la rigueur de l'autorité, ne produisit aucun changement dans les opinions des Allemands;
ils ne firent que se conformer à la lettre de la ! ! tre la translation du concile à Bologne, et le dé-
loi, autant qu'ils le crurent nécessaire pour sc mettre à l'abri de la punition. Les prédicateurs protestans, en exposant les cérémonies dont l'observation était prescrite par l'énterim, en expliquaient en même temps la tendance et les effets, de manière à confirmer plutôt qu'à dissiper les scrupules de leurs auditeurs. Il s'était déjà formé une génération d'hommes depuis l’établissement de la religion réformée, et ces hommes, accoutumés à cette nouvelle forme de culte. voyaient avec horreur et avec mépris les por , “ses solennités du culte de l’église roman, en plusieurs endroits, les ecclésiastiques catholiques qui retournèrent prendre possession de leurs églises eurent beaucoup de peine à se garantir des insultes de la populace et à exercer sans trouble les fonctions de leur ministère. Ainsi, malgré la soumission apparente de tant de villes, les habitans, nés avec l'esprit et l'amour de la liberté, ne se plièrent qu'avec la plus grande répugnance au joug qu'on leur imposait; les dogmes et les rites nouveaux qu'ils étaient forcés de recevoir révoltaient également leurs opinions et leurs passions. Ils étaient forcés de dissimuler le ressentiment et l'indignation dont ils étaient pleins ; mais cette contrainte devait avoir un terme, après lequel leurs sentimens, pour avoir été retenus , n'en éclateraient qu'avec plus de violence?.
1 Sleid., p. 472 a fém, de Ribuer, tom. Il, p. 491. Sleid., p. 4.
Cependant Charles, satisfait d'avoir fait ainsi fléchir sous son autorité le caractère peu traitable des Allemands, partit pour les Pays-Bas, bien déterminé à faire recevoir , par force, l'ênterim aux villes qui résistaient encore. Il emmena avec lui ses deux prisonniers, l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, soit qu'il n'osât les laisser en Allemagne, soit qu'il voulût donner aux Flamands, ses compatriotes, une preuve éclatante du succès de ses armes et
! de la grandeur de son pouvoir. Avant que
Charles fût arrivé à Bruxelles, il apprit que les légats du pape, à Bologne, avaient dissous le concile par une prorogation indéfinie, et que les prélats qui s'étaient assemblés dans cette ville étaient retournés chacun dans sa patrie. La né-
| cessité avait forcé le pape à cette extrémité :
après la séparation de ceux qui avaient voté con-
part de plusieurs autres qui s'étaient lassés de rester dans un lieu où il ne leur était pas permis de procéder aux affaires qui étaient l'objet même du concile, ceux qui restérent étaient en si petit nombre, ct pour la plupart si peu importans, qu'on ne pouvait plus décemment donner à cette assemblée le titre pompeux de
| coscile généra. Paul n'eut d'autre parti à
preudre quededissoudreune assemblée qui était devenue un objet de mépris et qui offrait à toute la chrétienté la preuve la plus sensible de l'impuissance du siége de Rome. Mais tout inévitable qu'était cette mesure, elle était susceptible d'interprétation peu favorables ; elle semblait supprimer le remède au moment où ceux pour qui il était destiné s'étaient laissé persuader d'en reconnaître la vertu et d’en éprouver les effets. Charles ne manqua pas de présenter sous ce point de vue la conduite du pape : en comparant adroitement les efforts qu'il avait faits lui-même pour exterminer lhérésie, avec l'indifférence scandaleuse de Paul sur un objet si essentiel , il tâcha de rendre le pontife odieux à tous les zélés catholiques. En même temps il ordonna aux prélats de sa faction de rester à Trente, afin que le concile parût toujours avoir une existence et pût être prèt à reprendre, lors qu'il en serait temps , ses délibérations pour 1 bien de l’église 1.
1 Pallavicini, p. 11,72.
it d’avoir fait ainsi aractère peu traipour les Pays-Bas, ir, par force, l'ênent encore. Il emonniers, l'électeur Hesse, soit qu'il nagne , soit qu'il , ses compatriotes, ès de ses armes et uvoir. Avant que s, il apprit que les avaient dissous le indéfinie, et que les lés dans cette ville as sa patrie, La néà cette extrémité :
qui avaient voté conà Bologne, et le déi s'étaient lassés de leur était pas permis qui étaient l'objet restérent étaient en plupart si peu imit plus décemment e titrè pompeux de eut d'autre parti à 1e assembléequi était ris et qui offrait à e la plus sensible de ome. Mais tout inére, elle était suscepfavorables; elle sem- * au moment où Ceux étaient laissé persuartu et d'en éprouver qua pas de présenter onduite du pape : en »s efforts qu'il avait miner l’hérésie, avec de Paul sur un objet adre le pontife odieux s. En mème tempsil a faction de rester à > parût toujours avoir rêt à reprendre, lors délibérations pour 1
[1548] Charles aimait à passer d'une partie de ses
n'était pas le seul m ‘if de son voyage en Flandre; il voulait y ecevoir son fils unique qui était alors dans la vingt-unième année de son âge et qu'il y avait appelé non-seulement pour le faire reconnaître par les états des Pays- Bas comme son héritier présomptif, mais encore pour faciliter l’exécution d’un grand projet dont
"on développera bientôt l’objet et l'issue.
! casions où elles s'écartent de leurs maximes orétats dans un autre; mais ce goût particulier
dinaires d'économie. Mais au milieu des jeux et des fêtes, Philippe laissa voir, d'une manière remarquable , la sévérité naturelle de son caractère; quoique dans la première jeunesse, il n’avait rien d’agréable; et l'intérêt qu'il avait de plaire à un peuple dont il venait briguer les suf-
| frages ne put lui inspirer des manières affables
Philippe ayant laissé le gouvernement d'Es- | pagne entre les mains de Maximilien, fils aîné de !
Ferdinand , à qui l'empereur avait fait épouser la princesse Marie sa fille, s’'embarqua pour l'I-
talie, suivi d’un nombreux cortége de noblesse |
espagnole !. L’escadre qui lui servait d’escorte était commandée par André Doria, qui, malgré son âge avancé, sollicita l'honneur d'exercer pour le fils les mêmes fonctions qu'il avait souvent exercées pour le père. Philippe débarqua heureusement à Gênes ; de là il alla à Milan; et passant ensuite par l’Allemagne, il arriva à la cour impériale à Bruxelles. Les états de Brabant et ensuite ceux des autres provinces, suivant leur rang, reconnurent son droit de succession dansles formes ordinaires, et il fit de son côté le serment accoutumé de maintenir leurs priviléges dans toute leur intégrité2. Philippe fut reçu avec une pompe extraordinaire dans toutes les villes des Pays-Bas où il passa; rien de ce qui pouvait exprimer le respect du peuple pour sa personne, ou contribuer à son amusement , ne fut négligé; des fêtes , des tournois, des specta-
cles publics de toute espèce furent exécutés avec |
cette magnificence extrême que les nations commerçantes aiment à déployer dans toutes les oc-
et polies; il conserva en toute occasion un main-
| tien grave et réservé; et la partialité ouverte
qu'il témoignait en faveur des Espagnols qui l'accompagnaient, jointe à la préférence marquée qu’il donnait aux usages de leur pays, révolta les Flamands et fut la source de cette antipathie qui, dans la suite, occasiona dans cette partie de ses états une révolution si funeste à la monarchie espagnole {.
Charles fut retenu long-temps dans les Pays- Bas par une violente attaque de goutte; les accès de cette maladie étaient devenus si fréquens et sidouloureux, qu'ils avaient sensiblement affaibli la vigueur de son tempérament. Il ne se relâcha cependant pas dans ses efforts pour l'exécution de l'énterim. Les habitans de Strasbourg , après une longue résistance, sentirent la nécessité d’obéir; ceux de Constance , qui avaient pris les armes pour se défendre, furent contraints par la force non-seulement d'accepter l’énterim , mais encore de renoncer à leurs priviléges comme citoyens de ville libre , de faire hommage à Ferdinand en qualité d’archiduc d'Autriche, et de
| recevoir comme vassaux de ce prince un gou-
verneur et une garnison autrichienne 2. Magdebourg, Brême, Hambourg et Lubeck , furent.
les seules villes impériales considérables qui ne se soumirent pas à la volonté de Charles.
Charles s’occupait , avec une constance infati-
gable, à vaincre l’obstination des protestans :
mais les effets de sa fermeté dans l'exécution
de ce projet étaient contre-balancés par ceux
de l’animosité du pape qui devenait de jour en ? Ochoa, Carolea, p. 362.
* Haræus, 4nnal. brab., p. 652, [A
jour plus violente. D'un côté la ferme résolution que l'empereur semblait avoir prise de ne point rendre Plaisance, de l'autre ses entreprises réitérées sur la juridiction ecclésiastique,
1! Mém. de Ribier, tom. 11, p. 29. Lévesque, Mém. du card. de Granvelle, tom. 1, p. 21. 2 Sleid., p. 476, 491.
soit par les règlemens que contenait l’énterim, soit par le projet de rassembler un concile à Trente, excitaient au plus haut degré l'indignation de Paul, qui, par une faiblesse commiune aux vieillards, devenait plus attaché à sa famille et plus jaloux de son autorité, à mesure qu'il avançaiten âge. Animé par ces sentimens divers , il fit de nouveaux efforts pour engager le roi de France dans une ligue contre l'empereur {, Mais Henri, malgré la haine dont il avait hérité pour Charles, et la crainte que lui inspirait l'accroissemeut continuel de sa puissance , ue parut pas plus disposé qu'auparavant à entamer sur-le-champ une guerre ; le pape fut donc obligé de restreindre ses vues, et n'étant pas en état de se venger des usurpations passées de l'empereur, il s'occupa du moins à en prévenir denouvelles. Pour cet effet, il prit le parti de révoquer la cession qu'il avait faite de Parme et de Plaisance, et, après avoir déclaré qu'il les réunissait au saint siége, il dédommagea Octave par un nouvel établissement dans l’état ecclésiastique. Il espérait , par ce moyen, d'obtenir deux points très importans : le premier était la sûreté de Parme: il croyait que l'empereur pouvait bien, sans scrupule , s'emparer d’une ville appartenant à la maison de Farnèse, mais qu'il uoserait pas envahir le patrimoine de l'église ; il voyait en second lieu quelque probabilité de recouvrer Plaisance , parce que il pourrait avec décence rendre ses sollicitations à ce sujet plus pressantes, et qu’elles auraient infailliblement plus de poids lorsqu'il plaiderait la cause de léglise, et non celle de sa famille. Tandis que Paul s'applaudissait de cette idée comme d’un chefd'œuvre de politique, Octave , jeune homme plein d’ambition et d'audace, ne pouvant sans impatience se voir dépouiller de la moitié de ses domaines par la rapacité de son beau-père, et priver de l’autre moitié par les artifices de son grand-père, prit des mesures pour prévenir l'exécution d’un plan si contraire à ses intérêts. Il partit secrètement de Rome , et tenta de s’emparer, par surprise, de Parme; mais cette entreprise ayant échoué par la fidélité du gouverneur à qui le pape avait confié la défense de la place, Octave fit des ouvertures à l'empereur, et lui proposa de renoncer à toute liaison avec le pape,
! Mem. de Ribier, tom. Il, p. 230
et de n’attendre plus que de lui son avancement et sa fortune, Paul, qui joignait à un caractère naturellement chagrin toute la morosité de la vieillesse, ne put apprendre sans être transporté de colère la défeciion inattendue de son petit-fils, et sa liaison avec un prince qu'il détestait, Il n’y a point de sévérité à laquelle ce pontife irrité ne parût prêt à se porter contre Octave, qu'il traitait d’apostat dénaturé. Heureusement pour Octave la mort prévint la vengeance de Paul, et termina sa carrière dans la seizième année de son pontificat et la quatrevingt-deuxième de son âge t,
Comme on s'attendait depuis long-temps à cette mort, il y eut un concours extraordinaire de cardinaux à Rome; les différens compétiteurs ayant eu le temps de former leurs brigues et de concerter leurs mesures, leur ambition et leurs intrigues prolongèrent de beaucoup la durée du conclave, La faction impériale et celle de France s’efforçaient à l’envi de faire tomber le choix sur une de leurs créatures , et paraissaient avoir (our à tour l'avantage. Mais comme Paui,
1 Parmi les exemples multipliés de la crédulité des historiens, en attribuant à des causes extraordinaires la mort des personnages illustres, on peut citer celui-ci: presque tous les historiens du seizième siècle assurent que la mort de Paul {ll fut l'effet de l'impression vioiente que fit sur son âme la conduite de son petit-fils ; qu'ayant appris, tandis qu’il prenait l’air dans un de ses jardins, près de Rome, la nouvelle de l'entreprise d'Octave sur Parme et de ses, négociations avec l’empereur, il s'évanouit, resta pendant quelques heures sans connaissance, fut saisi ensuite d’une grosse fièvre et mourut au bout de trois jours, Tel est le récit qu’on trouve de sa mort dans l’histoire de M. de Thou (lib. vi, p. 211), dans Adriani (Zstor. di suoi tempi, lib. vn, p. 480), et dans Fra-Paolo ({stor. del concil. Trid., p. 280), Le cardinal Pallavicini lui-même, qui a dù être mieux instruit qu’un autre écrivain de ce qui se passait à la cour de Rome, et qui en parle plus exactement lorsqu'il n’est pas égaré par les préjugés ou par l'esprit de système, s'accorde avec ces historiens dans les principales circonstances de leur récit, (V. Pallav., liv. n, p.74.) Paruta, qui a écrit son Histoire par ordre du sénat de Venise, raconte de la même mx nière la mort de Paul. ( Paruta, Zstor, Fen., vol. W, p.211.) Mais il n'y avait pas de raison de recourirÀ une cause extraordinaire pour expliquer la mort d'un vieillard de quatre-vingt-deux ans. Il nous est resté une relation authentique de cet événement, dans laguelle on ne trouve aucune de ces circonstances merveilleuses dont les historiens sont si amoureux. Le cardinal de Ferrare, qui était chargé des affaires de France à la cour de Rome, et M. d'Urfé, qui y résidait aussi en qualité d’ambassadeur de Henri, écrivirent à ce monarque des détails de
i l’affaire de Parme et de la mort du pape. ll parait par
à lui son avancement pnait à un caractère te la morosité de la re sans être transà inattendue de son un prince qu'il dévérité à laquelle ce t à se porter contre stat dénaturé. Heumort prévint la venà sa carrière dans la itificat et la quatre- 1, epuis long-temps à cours extraordinaire différens compétiformer leurs brigues ‘es, leur ambition et it de beaucoup la duimpériale et celle de vi de faire tomber le ures , et paraissaient . Mais comme Pau,
és de la crédulité des hisuses extraordinaires la , on peut citer celui-ci:
seizième siècle assurent : de l'impression vioiente le son petit-fils ; qu'ayant dans un de ses jardins, l'entreprise d'Octave sur vec l’empereur, il s'évaeures sans Connaissance, re et mourut au bout de \ trouve de sa mort dans , p.211), dans Adriani , 480), et dans Fra-Paolo 0). Le cardinal Pallaviieux instruit qu’un autre la cour de Rome, et qui ’il n’est pas égaré par les ème, s'accorde avec ces rconstances de leur récit.
, qui à écrit son Histoire raconte de la même ma- , Astor, Pen., vol. WW, de raison de recourir
expliquer la mort d'un ns. Il nous est resté une ement, dans laguelle on ances merveilleuses dont Le cardinal de Ferrare, rance à la cour de Rome, si en qualité d'ambassamonarque des détails de & du pape. 11 parait par
dans un long pontificat , avait créé un grand nombre de cardinaux, distingués pour la plupart par leurs grands talens et entièrement dévoués à sa famille, le cardinal Farnèse se trouva à la tête d’un parti puissant et uni, dont l'adresse et la fermeté parvinrent à élever au trône pontifical le cardinal del Monte, que Paul avait employé comme son principal légat au concile de Trente, et à qui il avait confié ses plus secrètes intentions. I prit le nom de Jules H; et pour témoigner sa reconnaissance envers son bienfaiteur, le premier acte de son administration fut de mettre Octave Farnèse en possession de Parme. Lorsqu'on lui parla du tort qu'il faisait au saint siége en aliénant un territoire si important , il répondit vivement qu'il aimerait mieux être un pape pauvre avec la réputation d'un gentilhomme, qu'un pape riche avec la honte d’avoir oublié les bienfaits qu'il avait reçus et les promesses qu'il avait faites !, Mais l'honneur que lui fit ce trait de candeur et de générosité fut bientôt effacé par une action d'une indécence révoltante. Suivant un usage
leur récit que la tentative d'Octave pour surprendre Parme se fit le 20 octobre ; que le lendemain au soir, tandis qu’il se promenait dans les jardins de Monte-Ca-
vallo, le pape reçut la nouvelle de ce qui s'était passé; |
qu’il fut transporté de la plus violente colère, et poussa des cris qui furent entendus dans plusieurs appartemens de son palais ; que le 22 il se trouva cependant assez bien pour donner audience au cardinal de Ferrare et pour expédier différentes affaires: qu'Octave écrivit au pape et non au cardinal Farnèse, son frère, une lettre par laquelle il lui déclarait la résolution où il était de se jeter danses bras de l'empereur ; que le pape reçus cette lettre le 22, sans donner aucune marque d'émotion, et qu'il y fit réponse; que le 24 d'octobre, jour duquel est datée la lettre du cardinal de Ferrare, le pape était dans son état ordinaire, ( Mém. de Ribier, tom. El, p. 247.) Par une lettre de M. d'Urfé, du 5 novembre, il paraît que le pape était en si bonne santé, que le 3 de ce même mois il avait célébré avec toutes les cérémonies accoutumées Yanniversaire de son couronnement. (/bid., p. 251.) Par une autre lettre du même ambassadeur, nous apprenons que le 6 de novembre le pape fut attaqué d'une espèce de catarrhe qui lui tomba sur les poumous, avec des symptômes si dangereux qu’on désespéra aussitôt de sa vie. (Zbid., p. 252.) Par une troisième lettre du même, On apprend que le pape mourut le 10 novembre. Dans aucune de ses lettres on n'impute sa mort à aueune cause extraordinaire. [1 parait qu’il s'était écoulé plus de vingt jours entre la tentative d'Octave sur Parme et la mort de son grand-père, et que la maladie dom ce pape mourut était l'effet naturel de la vieillesse, et non la suite d’un violent accès de colère, ! Mém. de Ribier
ancien et reçu, chaque pape, à son élection, a le droit d'accorder à qui il lui platt le cha. peau de cardinal qu'il laisse vacant en recevant la tiare. Au grand étonnement du sacré collége, Jules conféra cette marque éclatante de distinction, avec des revenus ecclésiastiques très considérables et le droit de porter son nom et ses armes, à un jeune homme âgé de seize ans, nommé Innocent, né de parens obscurs, et à qui on avait donné le nom de Singe , parce qu’il avait été chargé du soin d’un animal de cette espèce dans la famille du cardinal del Monte. Une semblable prostitution de la première dignité de l’église aurait paru choquante dans ces temps même d'ignorance et de ténèbres où la crédule superstition du peuple enhardissait les ecclésiastiques à braver ouvertement toutes les lois de la bienséance. Mais dans un siècle éclairé, où les progrès de la raison »* de la philosophie faisaient mieux connaître les droits de la décence et de l'honnêteté, où l’aveugle vénération qu’on ‘avait portée si longtemps au caractère pontifical s’affaiblissait partout, et où la moitié de la chrétienté était en rébellion ouverte contre le siége de Rome, cette action du nouveau pape ne pouvait manquer d’être regardée avec horreur. Rome fut inondée Sur-le-champ de libelles et de pasquinades qui imputaient à la passion la plus honteuse la prédilection extravagante de Jules pour un objet qui en était si indigne. Les protestans se récriérent contre l'absurdité de supposer que l’esprit infaillible de la vérité divine pôt habiter dans un cœur si impur, et ils demandèrent avec plus d'éclat et plus d'apparence de justice que jamais la prompte et entière réformation d'une église dont le chef déshonorait le nom chrétien 1.
Toute la conduite du pape fut d'accord avec ce premier trait de son caractère : dés qu'il se vit élevé au faîte de la grandeur ecclésiastique , il
S'empressa de se dédommager, en satisfaisant
tous ses goûts, de la dissimulation ou des privations auxquelles il s'était condamné par prudence, tant qu'il avait été dans un état subordonné. Il montra tant d’éloignement pour toutes les affaires sérieuses, qu'il ne pouvait prendre sur lui d'y donner la moindre attention, excepté dans les cas d'extrème nécessité : livré à la dissi-
‘ Sleid., p. 492, Fra-Paolo, p. 281, Pallavic., lib n p.76, Thuan,, lib, vi, p. 21&
pation et aux amusemens de toute espèce, il aima ntieux imiter l'élégance voluptueuse de Léon X que la vertu sévère d’Adrien; et cette sévérité eût été nécessaire pour lutter avec une secte qui devait une grande partie de son crédit et de sa force aux mœurs rigides et austères de ceux qui la professaient !.
Quelque disposé que fût le pape à remplir ses engagemens avec la famille des Farnèse, il se mit peu en peine de tenir le serment que chaque cardinal avait fait en entrant au conclave, et par lequel celui sur qui le choix tomberait s'était engagé à convoquer sur-le-champ le concile et à lui faire reprendre ses délibérations. Jules savait par expérience combien il était difficile de retenir un corps d'hommes, ainsi composé, dans les bornes étroites que l'église romaine avait intérêt de prescrire; il savait avec quelle facilité le zèle des uns, la témérité des autres, et les suggestions des princes dont ils dépendaient pour la plupart, pouvaient porter une assemblée populaire, sans police et sans chef, à des recherches et à des décisions dangereuses. Il chercha donc à éluder l'obligation de son serment, et fit une réponse équivoque aux premières propositions que l’empereur lui fit faire sur cet objet. Mais Charles, soit par son obstination naturelle à suivre les mesures qu’il avait une fois adoptées, soit par le pur orgueil d'exécuter ce qui paraissait preque impossible, persista dans la résolution de forcer les protestans à rentrer dans le sein de l'église. Comme il s'était persuadé que les décisions authentiques du concile pourraient être efficacement employées à combattre leurs préjugés , il sollicita avec la plus grande ardeur une nouvelle bulle de convocation, et le pape ne put décemment se refuser à ses instances. Jules, voyant qu'il ne pouvait pas se dispenser de convoquer un concile, chercha du moins à se faire un mérite de cette démarche, qui était l'objet d’un vœu si général. Une congrégation de cardinaux, à laquelle il renvoya l'examen des mesures qu'il y avait à prendre pour rendre la paix à l'église, recommanda, suivant ses intentions, une prompte convocation du concile, comme l’expédient le plus propre à remplir cet objet; considérant d’ailleurs que c'était en Ailemagne que les nouvelles hérésies
1 Era-Paolo, p. 28k
excitaient le plus de troubles et faisaient les plus grands progrès, la congrégation proposa de choisir la ville de Trente pour y assembler le concile, afin qu'étant plus à portée d'y observer le mal, on pt y appliquer le remède avec plus de prudence et de succès. Le pape approuva hautement cet avis qu'il avait dicté lui-même, et envoya des nonces à la cour impériale et à celle de France pour y déclarer ses intentions !,
Cependant l’empereur avait convoqué une nouvelle diète à Augsbourg, dans la vue de donner plus d'activité à l'exécution de l’énterim , et de faire signer à cette assemblée un acte plus authentique pour reconnaître la juridiction du concile avec une promesse positive de se conformer à ses décrets. Il y parut en personne, accompagné de son fils, le prince d'Espagne. Peu d'électeurs s'y rendirent ; mais tous y envoyèrent des députés. Malgré le ton despotique avec lequel Charles, depuis deux ans, avait donné la loi dans l'empire , il savait que l'esprit d'indépendance n’était pas éteint parmi les Allemauds , et il eut soin d'en imposer à la diète par l'appareil d'un corps considérable de troupes espagnoles dont il se fit escorter. Le premier point qu'on soumit à la considération de la diète, fut la nécessité de tenir un concile. Tous les catholiques romains convinrent sans difficulté que cette assemblée devait être rétablie à Trente, et promirent de se soumettre aveuglément à ses décrets. Les protestans intimidés et désunis auraient suivi cet exemple , et la résolution de la diète aurait été unanime, si Maurice de Saxe n'avait pas commencé à montrer de nouvelles intentions et à prendre un rôle très différent de celui qu’il avait joué jusqu'alors.
C'était par une dissimulation artificieuse de ses propres sentimens , par le zèle apparent qu'il avait montré à soutenir les projets ambitieux de Charles, et par son assiduité à lui faire sa cour, que Maurice était parvenu à la dignité électorale, et qu’en réunissant à ses domaines ceux de la branche aînée de la maison de Saxe, il était devenu le plus puissant prince de l'Allemagne. Mais cette longue et étroite union avec l'empereur lui avait fourni souvent l'occasion de remarquer tout ce que les projets de ce monarque pouvaient avoir de dangereux dans leur but. {1 seuut quu
1 Fra-Paolo, p. 281. Pallav., lib. 11, p. 77.
rés se € de | qu'i soit Mau luth
tance formé pouva rompi redou de cet ligue | méeer où il v
les et faisaient les ngrégation proposa pour y assembler le portée d'y observer le remède avec plus Le pape approuva ait dicté lui-même, cour impériale et à rer ses intentions !, vait convoqué une ans la vue de donner de l'interim , et de ée un acte plus au- : la juridiction du ositive de se conforit en personne, acince d'Espagne. Peu is tous y envoyèrent n despotique avec x ans, avait donné it que l'esprit d'inint parmi les Alle- 1poser à la diète par dérable de troupes scorter. Le premier dération de la diète, à concile. Tous les rent sans difficulté re rétablie à Trente, ttre aveuglément à ntimidés et désunis t la résolution de la si Maurice de Saxe ontrer de nouveiles dle très différent de lors.
tion artificieuse de e zèle apparent qu'il projets ambitieux de à à lui faire sa cour, la dignité électorale, ymaines ceux de la de Saxe, il était dele l'Allemagne. Mais 1 avec l'empereur lui n de remarquer tout onarque pouvaient r but. {i sent qu u
concourait lui-même à forger les fers qu'on } si récentes et si terribles qu'il paraissait presque destinait à son pays; et en considérant les pro- | impossible de regagner leur confiance et de grès rapides et formidables de la puissance im- | rétablir parmi eux l'union et la vigueur, après périale, il vit clairement qu'il ne restait plus | avoir étéle principal instrument de leur division que quelques pas à faire pour rendre Charles | et de leur ruine, IL fallait toute l'audace de aussi absolu dans l'empire qu'il l'était devenu Maurice pour n'être pas découragé par ces conen Espagne. Plus le rang auquel il était parvenu Sidérations; mais la grandeur et les périls de se trouvait élevé, plus il devait naturellement l'entreprise étaient des appâts de plus pour l'y être jaloux de conserver ses droits et ses privi- | engager. Il prit, sans balancer, une résolution léges, et plus il devait craindre de descendre de | si hardie que tout homme d'un génie inférieur la condition d’un prince presque indépendant | n’en aurait pas même conçu l'idée, ou aurait
à celle d’un vassal soumis à la volonté d’un | frémi des dan
maître, Il voyait en même temps que Charles, au lieu d'accorder la liberté de conscience, qu'il avait promise pour engager plusieurs princes protestans à se joindre à lui contre les confédérés de Smalkalde, paraissait vouloir exiger qu’on se conformât exactement aux dogmes et aux rites de l'église romaine. Malgré tous les sacrifices qu’il avait faits, soit par des motits d'intérêt, soit par un excès de confiance dans l'empereur, Maurice était sincèrement attaché à la doctrine luthérienne, et il ne put pas se résoudre à rester paisible spectateur de la destruction d’un système qu'il croyait fondé sur la vérité.
Cette résolution, que lui inspirait l'amour de la liberté ou le zèle dela religion, était bien fortifiée par des considérations politiques et par son intérêt personnel. Dans la situation brillante où se trouvait alors ce prince, une nouvelle perspective de grandeur s’offrit à son imagination. Son rang et sa puissance le mettaient en état d'être le chef des protestans dans l'empire, Son prédécesseur, l'électeur détrôné, avec moins de talens que lui et des états moins étendus, avait eu la plus grande influence sur toutes les démarches de son parti; et Maurice était assez éclairé pour voir tout l'avantage de cette prééminence et assez ambitieux pour désirer de l’obtenir; mais dans les circonstances où il se trouvait, la difficulté de l'entreprise était égale à l'importance de l’objet, D'un côté, la liaison qu'il avait formée avec l'empereur était si étroite qu’il ne pouvait prendre aucun parti qui tendit à Ja rompre, Sans alarmer la jalousie de ce prince redoutable, et sans attirer sur lui tout le poids de cette même puissance qui venait d'écraser la ligue la plus considérable qui se fût jamais formée en Allemagne. D'un autre côté, les calamités
où il venait de précipiter les protestans étaient |
gers qui devaient en accompagner l'exécution,
Les passions de Maurice concouraient avec ses intérêts à le confirmer dans son dessein; le ressentiment d’une injure dont il était encore profondément blessé ajoutait une nouvelle force aux motifs que lui suggérait une saine politique pour s'opposer à l'empereur, Maurice avait, par son crédit, déterminé le landgrave de Hesse à remettre sa personne entre les mains de Charles, el il avait obtenu en même temps des ministres impériaux la promesse que le landgrave ne serait pas retenu prisonnier. Cette promesse avait été violée, comme on l'a vu , de la manière la plus outrageante, et l’infortuné landgrave se plaignait aussi amèrement de son gendre que de Charles même. Les princes de Hesse pressaient vivement Maurice de remplir les engagemens qu’il avait pris avec leur père, lequel n'avait perdu sa liberté que par une suite de sa confiance en lui, Toute l'Allemagne, d'un autre côté, l'accusait d’avoir trahi un ami qu’il devait protéger, et de l'avoir livré à un ennemi implacable, Excité par ces sollicitations, par ces reproches, par le sentiment de ce qu’il devait à son beaupère, Maurice avait employé non-seulement les prières , mais encore les remontrances pour ob- | tenir la liberté du landgrave , et tous ses efforts | avaient été inutiles. La honte d'avoir été trompé, | et de se voir dédaigné par un prince qu'il avait | servi avec tant de zèle et de Succès, avait fait une
impression profonde sur l’âme de l'électeur, qui, dès lors , attendait avec impatience l’occasion de se venger.
Maurice ne pouvait mettre trop d'adresse et . de précaution dans les démarches: qui tendaient | à ce but: il avait, d’un côté, à craindre de don- | ner des alarmes prématurées à l'empereur ; d'un autre côté, il était obligé de faire quelque ac
‘an d'éclat pour regagner la confiance du parti | établir l'énéerim dans la Saxe, sans y exciter au-
rotestant. Il employa tout ce qu'il avait de fivesse et de dissimulation pour concilier ces deux intérêts. Comme il savait que Charles était inflexible sur la soumission qu'il exigeait à l'énterim, Maurice n'hésita pas un seul moment à établir dans ses états cette forme de doctrine et de culte ; mais comme il sentait en même temps combien cette nouveauté était odieuse à ses sujets, au lieu de les forcer à la recevoir par la violence de l'autorité, ainsi qu’on l'avait fait en d'autres parties de l'Allemagne, il tâcha de transformer leur obéissance en un acte vcloutaire de leur part. Pour cet effet, il avait assemblé à Leipsick le clergé de ses états, et lui avait remis une copie de l’énterèm avec les raisons qui prouvaient la nécessité de s'y conformer. Il avait séduit les uns par des promesses; il en avait imposé à d’autres par des menaces, et tous avaient été effrayés de la rigueur avec laquelle on exigeait dans les provinces voisines la soumission à cette nouvelle loi. Mélanchton, qui, par ses vertus et ses lumières, méritait d’avoir le premier rang parmi les théologiens protestans, se trouvait alors privé des conseils mâles et vigoureux de Luther, qui élevaient ordinairement son courage et le souter aient au milieu des dangers et des tempêtes qui menaçaient l'église; la timidité naturelle de son caractère, son amour pour la paix et son excessive complaisance pour les personnes de haut rang, lui arrachèrent des concessions qu'on ne peut pas justifier. Entrainée par ses raisons et son autorite, et séduite par les artifices de Maurice, l'assemblée dèc'ara que, dans les articles purement indifférens , on devait obéir aux ordres d’un supérieur légitime. En partant de ce principe, aussi incontestable dans la théorie qu'il est dangereux dans la pratique, surtout en matière de religion, l'assemblée mit ensuite au nombre des choses indifférentes plusieurs maximes que Luther avait attaquées comme des erreurs grossières et pernicieuses de la doctrine romaine, ainsi que la plupart des cérémonies qui distinguaient le culte romain de celui des réformés; en conséquence, le clergé exhorta le peuple à se soumettre sur ces différens points aux injonctions de l'empereur !. Cette conduite adroite de Maurice réussit à
1 Sleid., p. 481, 486. Jo. Laur, Mosheim, Znstitut. hist. eccles., liv. iv.
cune des secousses violentes que cette nouveauté avait occasionées en d’autres provinces; mais quoique les Saxons se fussent soumis, les luthériens les plus zélés se récrièrent contre Mélanchton et ses associés , et les regardèrent comme de faux frères qui étaient ou assez corrompus
| pour renoncer entièrement à la vérité, ou assez artificieux pour la trahir par de subtiles distinctions, ou assez lâches pour la sacrifier, par une complaisance criminelle, à un prince capable lui-même d'immoler à son intérêt politique ce qu'il y avait de plus sacré. Maurice, qui sentait combien sa conduite passée donnait de probabilité à ces accusations , et qui craignait de perdre sans retour la confiance des protestans , publia une déclaration pleine de protestations de zèle et d’attachement pour la religion réformée, et dans laquelle il promettait de la défendre contre toutes les erreurs et toutes les usurpations de la cour de Rome f.
Après avoir réussi à calmer les craintes et la jalousie des protestans, il sentit la nécessité d'effacer les impressions que cette déclaration avait pu faire sur l’empereur. Pour cet effet, non-seulement il lui renouvela les assurances d’un attachement inviolable à l'alliance qui les unissait ; mais comme la ville de Magdebourg persistait encore à rejeter l'énéerim, Maurice entreprit de la forcer à l’obéissance, et fitsur-le-champ lever des troupes qu’il destina à cette expédition. Ce parti extraordinaire déconcerta toutes les espérances que la dernière déclaration de Maurice avait fait coneevoir aux protestans, et ils furent plus embarrassés que jamais à démêler quelles pouvaient être ses véritables intentions. La défiance et les soupçons que sa conduite passée leur avait inspirés se réveillèrent avec plus de force, et les théologiens de Magdebourg inondèrent toute l'Allemagne d'écrits dans lesquels ils le représentèrent comme le plus redoutable ennemi de la religion protestante, et comme un traître qui ne prenait une apparence de zèle pour ses intérêts qu’afin d'exécuter plus sûrement le projet qu'il avait formé de la détruire.
| Cette accusation, appuyée sur des faits récens et publics et sur la conduite équivoque que te-
| 1 Sleid., p. 486:
e, sans y exciter auque cette nouveauté es provinces; mais it soumis , les luthéent contre Mélanch- ‘egardèrent comme ou assez corrompus à la vérité, ou assez + de subtiles distincla sacrifier, par une un prince capable intérêt politique ce Maurice, qui sentait donnait de probabicraignait de perdre protestans , publia rotestations de zèle eligion réformée, et le la défendre contre les usurpations de la
er les craintes et la | sentit la nécessité ue cette déclaration ur. Pour cet effet, ivela les assurances de à lalliance qui la ville de Magde-
rejeter l’énéerim , er à l’obéissance, et oupes qu’il destina à xtraordinaire déconque la dernière déclaconeevoir aux pro- 1barrassés que jamais t être ses véritables les soupçons que sa t inspirés se réveil t les théologiens de ute l’Allemagne d'éprésentèrent comme le la religion protesqui ne prenait une ntérêts qu’afin d’exéet qu'il avait formé
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nait Maurice, fut si généralement adoptée qu'il se vit obligé de préndre pour se justifier une résolution vigoureuse. Lorsqu'on proposa à la
diète de rassembler le concile à Trénte, ses:
ambassadeurs protestérént que leur maître ne reconnaîtrait l'autorité de ce concile qu'aux conditions suivantes : 1° que tous les points de controverse qui avaient déjà été décidés seraient soumis à un nouvel exainen, ét qué la première décision serait regardée comme nulle ; 2° que les théologiens protestans autaient dans le concile pleine liberté de pärler ét voix décisive; 3° que le pape renoncerait à la prétention de présider au concile, s'engagerait à se soumettre aux décrets de l'assemblée, et relèverait les évêques du serment d'obéissance , afin qu'ils pussent exposer leurs sentimens avec plus de liberté. Ces demandes hardies, que les réformateurs n'auraient pas osé faire dans lé temps même où le zèle de létr parti était le plus at: dent, et où leurs affaires étaient dañs la situation la plus fävorable , contré-balancérent, en partie, l'effet des préparatifs de Maurice contre Magdebourg, et jétérent les protestans dans une nouvelle incertitude sut le but de sa conduite. ‘ll eut en même temps l'adresse de faire envisager Cette démarche à l'empereur sous un point de vue si favorable, que celui-ci n’en parut point offénsé, et que l'union intime qui subsistait ehtre eux n’en fut point troublée. Les historiens contemporains ne nous ônt laissé aucune lumière sur les prétextés dont Maurice put se servir pour donner une apparence iinocente à une déclaration aussi hardie que celle qûil venait de faire; mais il est cértäin que ses raisons en imposèrent à Charles ; cârce monarque continua de suivre avec là même ardeür son plan , tant pour l'établissement de l'énférim que pout là convocation du concile, et de montrer la même coffiance en Maurice pour ce qui regardait l’exécütion de ces déux points.
Comme la résolution du pape sur le concile n'était pas encore connué à Augsbourg, le prin- Cipal objet de la diète fut de maintenir l’observation de l’énferim. Le sénat de Magdebourg, malgré tous les efforts qu'on avait faits pour l'intimider ou pour le séduire, non-seulement s'obtinait à rejeter l'interim, mais il commen çait même à augmenter les fortifications de la ville et à lever des troupes pour la défendre.
Charlés requit la diète de l'aider à réprimer cette audaciéuse rébellion contre un décret de l'Empire. Si les membres de la diète avaient eu la liberté de suivre les mouvemens de léur inclination particulière , ils auraient sans hésiter rejeté cette démande. Tous ceux dés Allemands qui favorisaient plus où moins les nouvelles opinions, et plusieurs autrés qui ne pouvaient s’émpêcher d’être jaloux de l'accroissement du pouvoir de l'empereur, regärdaiént la résistänce des citoyens de Magdebourg comme un effort généreux en faveur de la liberté de leur patrie ; ceux même qui n'avaiént pas eu assez de courage pour montrer la même vigueur admiraient l'audace de l'entréprise et en désiraient le succès; mais la présence des troupes espagnoles et la crainte d’offenser l’eniperéur en imposèrent tellement à tous ceux qui assistaient à la diète, que , sans oser mettre au jour leurs opinions, ils rätifièrent par leurs suffrages tout ce qu'il plut à l'émpereur de prescrire. Les décrets rigoureux que Charlës avait rendus, de sa propre autorité, contre les habitaïs de Magdebourg, furent confirmés; oh arrêtä de lever des troupes pour faire en règle le siége de la place , et l'on nomma dés commissaires pour fixer lé contingent d'hommes et d'argent qui serait fourni par chäque état. La diète demanda en même temps que Matrice fût chargé du commandement de cette armée ; Charles y donna soti consentement avec beaucoup de satisfaction, ét en louant haütement la sagesse d'un tél choix !. Comme Maurice se conduisait dans toutes ses démarches avec un secret impénétrable, ily a lieu de croire qu'il n'avait pris oüvertémént äucune mestre pour obtenir la distinction qu’on vénait de lui déférer. Le choix de ses compatriotes fut donc ou le pur effet du hasard, ou le ffuit de l'opinion générale qu'on avait de sès grands talens. Les conséquentes qui résultérent de éétté nomination ne pouvaiént ni être prévues par la diète, ni inspifer de la crainte à l’empereur, Maurice accepta,
säns hésiter, l'honneur qéon lui faisait, et il vit
d'un coup d'œil tous les avantages qu'il poutrait
eù retirer,
Dans ces entrefäites, Jules, en préparant $a bülle pour la convocation du concile, n'oubliait aucuné dés minutieuses formalités que la cour
1 Sleid., p. 503, 512,
de Rome sait employer avec tant d'adresse pour retarder les opérations qui ne sont pas conformes à ses vues. Enfin cette bulle fut publiée, et le concile invité de s’assembler à Trente le 1° mai de l’année suivante. Comme le pape savait qu'une partie des Allemands rejetait ou contestait l'autorité et la juridiction que le saint siége prétend avoir sur les canciles généraux, il eut soin d'établir en termes très énergiques, dans le préambule de l'acte, le droit qu'il avait nonseulement de convoquer cette assemblée et d'y présider , mais encore d'en diriger les opérations , et jamais il ne voulut consentir à changer ni même à adoucir ses expressions, malgré les sollicitations réitérées de l’empereur , qui prévoyait combien on en serait blessé et comment on les interprèterait. Cet article de la bulle fut en effet relevé avec beaucoup d’amertume par plusieurs membres de la diète; mais malgré le mécontentement et les soupçons que cet objet fit naître, l'empereur s'était rendu tellement maître des délibérations de la diète, qu’il fit faire un recez par lequel l'autorité du concile fut reconnue et déclarée le seul remède propre à guérir les maux qui affligeaient l’église ; tous les princes et états de l'empire, tant ceux qui avaient fait: quelques innovations dans la religion que ceux qui restaient fidèles au système de leurs ancêtres, furent requis d'envoyer leurs représentans au concile; l'empereur promit d'accorder un sauf-conduit à ceux qui le demanderaient, et de leur assurer la liberté de parler et de discuter leurs avis dans cette assemblée; il s’engagea à fixer sa résidence dans quelque ville de l'empire voisine de Trente, afin d’être à portée de protéger, par sa présence, les membres du concile, et de veiller à ce que les délibérations fussent toujours dirigées conformément à l’Écriture et à la doctrine des pères , et pussent avoir le succès qu'on en attendait. Dans ce recez, l'observation de l’énterim était plus rigoureusement ordonnée que jamais, et l'empereur menaçait tous ceux qui avaient jusque-là refusé ou négligé de s'y soumettre, de faire tomber sur eux les plus terribles effets de son ressentiment s'ils persistaient dans leur désobéissance t,
Pendant la tenue de cette diète, on fit une nouvelle tentative pour procurer la liberté au
"Sleid., pag. 512. Thuan., lib. vi, pag. 233. Goldast., Constit. imper., vol. {l, p. 340.
[1550] landgrave. Le temps, loin de calmer l'esprit de ce prince sur sa situation, n'avait fait qu'augmenter son impatience.
Maurice et l'électeur de Brandebourg ne laissaient échapper aucune occasion de solliciter l'empereur en sa faveur; mais le landgrave, voyant que leurs instances ne produisaient aucun effet, donna ordre à ses fils de sommer ces deux princes , avec toutes les formalités légales, de remplir l'engagement qu'ils avaient pris, par une acte authentique, de se remettre entre leurs mains pour être traités avec la même rigueur dont l’empereur userait avec le landgrave. Cette sommation leur fournit un nouveau prétexte pour renouveler leurs instances auprès de l'empereur, et une nouvelle raison pour y insister plus fortement. Charles avait pris la ferme résolution de ne point se prêter à leurs demandes ; cependant, comme il désirait vivement de se débarrasser de leurs importunités, il tâcha d'engager le landgrave à se désister de la promesse que lui avaient faite les deux électeurs. Mais ce prince ayant refusé de renoncer À une garantie qu'il regardait comme essentielle à sa sûreté, l'empereur coupa le nœud qu'il ne pouvait pas délier ; et par un acte public, il annula celui que Maurice et l'électeur de Brandebourg avaient signé, et les dispensa de tous les engagemens qu’ils avaient pris avec le landgrave:Un pouvoir aussi pernicieux à la société que celui d'abroger à son gré les lois les plus sacrées de l'honneur et les obligations les plus positives de la foi publique, n'avait encore été réclamé et exercé que par les pontifes de Rome, lesquels, en vertu de leur prétention à l'infaillibilité, s’arrogeaient le privilége de dispenser de toute espèce de devoirs et de préceptes. Toute l'Allemagne ne put voir sans le plus grand étonnement que Charles s’attribuât la même prérogative. On re . garda l'état d’asservissement auquel l'empire # allait être réduit comme plus rigoureux et plus intolérable que celui des nations les plus esclaves, si l’empereur, par un décret arbitraire, pouvait dissoudre ces contrats solennels sur lesquels est fondée la confiance mutuelle qui entretient l'union sociale parmi les hommes. |
Le landgrave, ayant perdu à la fin toute espérance de recouvrer la liberté par le consentement de l’empereur ,tâcha de se la procurer par son adresse ; mais le plan qu'il avait formé pon”
L1550] e calmer l'esprit de n'avait fait qu'aug-
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tromper ses gardes fut découvert; on mit à mort tous ceux qui furent convaincus d'avoir voulu favoriser son évasion , et il fut lui-même transféré dans la citadelle de Malines , Où il fut renfermé plus étroitement qu'auparavant 1,
La même diète fut occupée d’une affaire qui intéressait encore de plus près l'empereur, et qui excita également une alarme universelle parmi les princes de l'empire. Charles, quoique doué de talens qui le rendaient propre à concevoir et à exécuter de grands projets , n'était pas en état, comme on l’a déjà observé, de soutenir des succès extraordinaires ; il s'en laissait tellement enivrer qu’il passait alors toutes les bornes de la modération, et qu’il tournait toute l'activité de son esprit vers des objets vastes, mais chimériques. Tel avait été l'effet de sa victoire sur les confédérés de Smalkalde: il ne put pas long-temps se contenter des grands et solides avantages qu'il recueillit de cet événement ; et les regardant comme des fruits {trop peu considérables d’un si grand succès, il ne s'était pro-
“posé rien moins que d'établir dans toute l’Alle-
magne l’uniformité de religion et de rendre despotique l’autorité impériale, Ce projet était brillant sans doute, et bien propre à séduire une âme ambitieuse ; mais l'exécution était accompagnée de dangers frappans , et le succès ne pouvait qu'être incertain et précaire; cependant , comme les démarches qu'il avait déjà faites pour arriver à ce but avaient toutes été heureuses, son imagination, échauffée par la grandeur de l'entreprise, n’y voyait plus de difficultés, ou les méprisait. Ce n’était pas assez que de regarder comme infaillible le succès de son plan, il était déjà inquiet des moyens de perpétuer dans sa famille les acquisitions importantes qu'il allait faire, en transmettant à la fois à son fils l'empife d'Allemagne, les royaumes d'Espagne et ses
temps roulé dans son esprit cette idée séduisante , sans la Communiquer même aux ministres en qui il avait le plus de confiance, il avait fait venir d'Espagne Philippe, espérant que la présence de son fils lui faciliterait les moyens de mettre son projet en exécution.
Il devait cependant rencontrer de grands obslacles, et tels qu'ils eussent pu arrêter une am-
“Sleid., p. 510. Thuan,, lib, vi, 234, 235,
bition moins accoutumée que la sienne à vaincre les difficultés. 11 avait eu l'imprudence , en 1530, de travailler lui-même à procurer à son frère Ferdinand la dignité de roi des Romains; il n’y avait pas d'apparence que ce prince, qui était encore dans la vigueur de l'âge et qui avait un fils adolescent, renoncerait , en faveur d’un neveu, à l'espérance d'occuper un jour le trône impérial ; événement que les infirmités toujours croissantes de Charles pouvaient rendre très prochain. L'empereur ne craignit cependant pas d'en faire la proposition ; Ferdinand, malgré son profond respect pour son frère et sa soumission à ses volontés dans toute autre circonstance, l'ayant rejetée d’un ton trés absolu, Charles ne se laissa point décourager par ce refus. Il le fit solliciter par sa sœur Marie , reine de Hongrie, à qui Ferdinand devait les couronnes de Hongrie et de Bohême, et qui, par ses grands talens, joints à un caractère insinuant et aimable, avait pris le plus grand ascendant sur ses deux frères. Elle adopta avec chaleur un projet qui tendait si visiblement à agrandir la maison d'Autriche; et se flattant que la possession actuelle d’un nouvel établissement pourrait engager Ferdinand à se désister de ja succession au trône impérial, elle lui assura que, pour le dédommager du sacrifice qu’on lui demandait, l'empereur était prêt à lui accorder des états considérables , et en particulier ceux du duc de Wittemberg, qui pouvaient être confisqués sur différens prétextes. Mais Ferdinand était trop ambitieux pour se laisser séduire par l'adresse et les prières de Marie, jusqu'à approuver un plan qui, du premier rang entre les monarques de l’Europe, l'aurait abaissé à celui d'un prince subordonné et dépendant. Il était d’ailleurs trop attaché à ses enfans pour les frustrer, par une imprudente concession, des espérances brillantes que leur naissance et leur éducation leur faisaient concevoir.
Malgré la fermeté inébranlable que montra Ferdinand, l'empereur ne put se résoudre à abandonner son projet ; il espérait qu'on pourrait réussir par un autre moyen, et qu’il ne scrait pas impossible d'engager les électeurs à révoquer le premier choix qu'ils avaient fait de Ferdinand, ou du moins à élire Philippe II roi des Romains, et à le désigner pour succéder immédiatement à son oncle. Ce fut dans cette
vue qu'il se fit accompagner par Philippe à la diète : il voulait donner aux Allemands une occasion de connaitre le prince en faveur duquel il se proposait de solliciter leurs suffrages, et il employa toutes les ressources d'adresse et d'insinuation dont il était capable pour gagner les électeurs et pour les préparer à recevoir favorablement la proposition qu'il avait à leur faire. Mais lorsqu'il prit enfin le parti de leur en faire l'ouverture, ils prévirent tous en frémissant les troubles qui en seraient la suite. Depuis long-temps ils avaient reconnu l’inconvénient de placer à la tête de l’empire un prince si puissant et possesseur de si grands états; ils prévoyaient qu’en répétant la faute qu'ils avaient faite, et en conservant la couronne impériale comme une dignité héréditaire dans la même famille, ils donneraient au fils les moyens de continuer le système d'oppression que le père avait commencé, et de détruire ce qui restait encore de sain dans l'antique et respectable édifice de la constitution germanique.
Le caractère du prince en faveur de qui l'on faisait cette proposition extraordinaire la rendait encore moins agréable aux Allemands, Philippe, quoique dévoré d'un désir insatiable de puissance , était dépourvu de tout ce qui peut se concilier la bienveillance des hommes. Hautain et sévère, au lieu de se faire de nouveaux amis, il éloignait de lui les partisans les plus anciens et les plus dévoués de la maison d'Autriche; il dédaignait de se donner la peine d'apprendre la langue d’un peuple sur lequel il aspirait à régner, et pendant tout le temps qu'il résida en Allemagne, il n'eut pas même la complaisance de se plier aux mœurs et aux usages du pays. Il souffrait que ies électeurs et les princes les plus considérables restassent devant lui la tête découverte, affectant toujours une contenance fière et réservée que les plus grands empereurs, et Charles lui-même dans sa puissance et dans sa gloire, n'avaient jamais osé prendre 1,
Ferdinand, au contraire, avait cherché, depuis quil était en Allemagne, à se rendre agréable au peuple, en se conformant à ses mœurs, sans effort et sans affectation; Maximimilien , son fils, qui était né en Allemagne, était
Fredinan Andreæ Zalich Dissertatio politico-historica de nævis politicis Oaroli F° Lips. 1706, t. IV, p. 21,
doué des qualités les plus aimables qui le rendaient l’idole de ses compatriotes, et leur fai. saient regarder son élection à l'empire comme l'événement le plus désirable pour eux. L’estime et l'affection des Allemands pour ce prince fortifiaient la résolution que leur suggérait la saine politique et les déterminèrent à préférer les vertus populaires de Ferdinand et de son fils à la farouche austérité de Philippe, que l'intérèt ne pouvait adoucir, et que l'ambition même n'avait pu lui faire dissimuler. Tous les électeurs, tant ecclésiastiques que séculiers, montrèrent une opposition si forte et si unanime au projet de l’empereur, que ce prince, malgré la répugnance qu'il avait à se désister de ce qu'il avait une fois entrepris, fut obligé de regarder son plan comme impraticable. L'obstination déplacée qu’il avait mise à en poursuivre l’exécution nou-seulement réveilla la jalousie des Allemands sur ses vues ambitieuses, mais ouvrit encore une source de t'ivalité et de discorde dans sa propre famille; Ferdinand, son frire, fut obligé, pour le soin de sa propre défense, de chercher à se concilier les électeurs, particulièrement Maurice de Saxe, et de former avec eux des liaisons capables d'ôter à Charles toute espérance de reprendre un jour son projet avec plus de succès. L'empereur, en même temps, renvoya Philippe en Espagne pour l'en rappeler lorsqu'un nouveau plan d'ambition rendrait sa présence nécessaire !. .
Charles se voyant dé‘hu des espérances qu'il avait formées [pour l'agrandissement de sa famille, et qui avaient si long-temps occupé son esprit, crut qu’il était temps de donner toute son attention à l'exécution d'un autre projet qui l’intéressait aussi beaucoup; c'était d'établir l'uniformité de religior dans l'empire, en forçant les différent partis d’acquiescer aux décisions du concile de Trente. Mais ses doinaines étaient si étendus , et cette circonstance l’engageait dans des liaisons si multipliées, et donnait lieu à tant d'événemens divers, qu’il ne lui était guère possible d'appliquer toute sa force à un seul objet, La machine qu'il avait à conduire était si vaste et si compliquée, qu’un embarras ou une irrégularité imprévue dans quelque roue
1 Sleid., p. 505. Thuan., p. 180, 238. Mém. de Ribier,
tom. 11, pag. 219, 281, 314. Adr'ani, Zstor., lib. van, p. 607, 520.
imables qui le rentriotes, et leur fai n à l'empire comme e pour eux. L’estime pour ce prince forur suggérait la saine rent à préférer les and et de son fils à ilippe, que l'intérèt e l'ambition même aler. Tous les élecque séculiers, monrte et si unanime aù e prince, malgré la désister de ce qu'il obligé de regarder le. L'obstination dépoursuivre l’exécu-
la jalousie des Alieuses, mais ouvrit 6 et de discorde dans nd, son frère, fut
propre défense, de lecteurs, pärticuliè- : de former avec eux à Charles toute esour son projet avec r, en même temps, 1e pour l’en rappeler mbition rendrait sa
des espérances qu’il dissement de sa far-(eMps OCCUPÉ son xs de donner toute ’un autre projet qui p; c'était d'établir 1 l'empire, en foricquiescer aux déci- Mais ses doinaincs irconstance l’engaltipliées, et donnait rs, qu'il ne lui était toute sa force à un il avait à conduire ée, qu'un embarras > dans quelque roue