HARLES-QUINT
propres intérêts. En rendant la liberté à l'ancien électeur et en révoquant l'acte qui le privait de son rang et de ses états, l'empereur pouvait | blesser Maurice par l'endroit le plus sensible, Ceprince malheureux, aimé de ses anciens sujets et respecté de tout le parti protestant, en cherchant à recouvrer les domaines dont il avait été injustement dépouillé , ne pouvait manquer d’exciter en Saxe quelques mouvemens qui metaient Maurice en danger de perdre tout ce | qu'ilavait acquis au prix de tant de dissimulation et d'artifice. D'un autre côté il ne dépendait que de l’empereur de rendre inutiles toutes Les sollicitations des confédérés en faveur du landgrave; il ne fallait qu’ajouter une violence de plus à | l'injustice et à la cruauté avec laquelle il avait | traité son prisonnier; et il avait déjà prévenu | les fils de ce prince infortuné que, s'ils persistaient dans leurs entreprises, au lieu de voir leur père en liberté , ils apprendraient bientôt qu'il avait reçu la punition que la révolte avait méritée !, Maurice délibéra sur tous ces points avec ses associés : quoique les conditions offertes par l'empereur fussent moins avantageuses que celles qui avaient été proposées par la confédération, il jugea qu'il était plus sage de les accepter que de s'exposer de nouveau aux événemens douteux de la guerre 2. Il retourna à Passau et signa le traité, dont les principaux articles étaient : qu'avant le 12 d'août, les con. | fédérés quitteraient les armes et licencieraient leurs troupes ; qu’à cette époque , ou même au- | paravant, le landgrave serait mis en liberté et reconduit en sûreté à son château de Rheinfels; qu'on tiendrait dans six mois une diète pour délibérer sur les meilleurs moyens de prévenir pour la suite les disputes et les querelles de religion; qu'en attendant, ni l'empereur ni aucun autre prince ne feraient, sous quelque prétexte | que ce fût, aucune violence à ceux qui suivaient | la confession d’Augsbourg, et qu’on leur accor- | derait au contraire le libre et tranquille exercice de leur religion; que les protestans, de leur côté, netroubleraient lescatholiques ni dans l'exercice de leur juridiction ecclésiastique, ni dans l'observation de leurs cérémonies religieuses; que la chambre impériale administrerait la justice
1 Sleïd., Zést., p. 571.
1 4 Jbid., p. 568, etc., Thuan., lib. x, p. 368.
a liberté à l'ancien e qui le privait de empereur pouvait t le plus sensible, e ses anciens sujets otestant, en cherines dont il avait e pouvait manquer ouvemens qui metde perdre tout ce nt de dissimulation ilne dépendait que iles toutes les solliveur du landgrave; violence de plus à ec laquelle il avait avait déjà prévenu é que, s'ils persises, au lieu de voir prendraient bientôt ue la révolte avait
ces points avec ses litions offertes par avantageuses que ées par la confédélus sage de les ac- NOUVEAU aux Évérre 2. Il retourna à dont les principaux 12 d'août, les conres et licencieraient oque , ou même auit mis en liberté et häteau de Rheinfels; lois une diète pour moyens de prévenir lesquerelles de reli- 'empereur ni aucun jus quelque prétexte à ceux qui suivaient et qu’on leur accort tranquille exercice otestans, de leur côté, ques ni dans l'exercice stique, ni dans l'obnies religieuses; que ninistrerait la justict
lib, x, p. 369.
(1552) avec impartialité aux sujets de l'empire, de l'une et de l'autre religion, et qu'on prendrait indifféremment les membres de ce tribunal dans les deux partis; que si la diète prochaine ne venait pas à bout de terminer les différends de religion, les clauses du traité actuel, favorables aux protestans, conserveraient pour toujours tonte leur force; qu'aucun des confédérés ne pourrait être recherché pour ce qui était arrivé dans le cours de la guerre; que la discussion des atteintes que Maurice prétendait avoir été portées à la constitation et à la liberté de l'empire serait renvoyée à la diète suivante; enfin qu’Albert
de Brandebourg serait compris dans le traité
pourvu qu'il voulût y accéder et qu'il licenciAt ses troupes avant le 12 du mois d'août 1,
Tel fat le célèbre traité de Passau, qui renversa le grand édifice que Charles s’efforçait d'élever dépuis tant d'années, avec toutes les ressources que lui fournissaient sa puissance et sa politique ; qui annula tous les règlemens que ce prince avait faits relativement aux affaires de
religion ; qui fit évanouir toutes les espérances |
qu’il avait conçues de rendre l'autorité impériale absolue et héréditaire dans sa famille, et qui établit sur une base plus ferme la religion protéstante, qui n'avait jusqu'alors subsisté en Allemagne que par tolérance et par des moyens précaires. Maurice eut toute la gloire d’avoir concerté et consommé cette révolution inattendue. C'est une circonstance singulière que la réformation ait dû son rétablissement et sa solidité en Allemagne , à la même main qui peu de temps auparavant l'avait portée jusque sur le penchant de sa ruine; et que l’un et l’autre événement aient été l'ouvrage des mêmes artifices et de la mème dissimulation. Cependant il semble qu'on ait fait plus d'attention au but que Maurice eut en vue , dans ces deux différentes conjonetures, qu'aux moyens qu'il employa pour y arriver. Il fut alors aussi universellement célébré pour son zèle et son esprit patriotique, qu'on l'avait rigoureusement condamné auparavant pour son indifférence et pour sa politique intéressée. On ne doit pas non plus omettre
! Recueil des Trailés, tom. li, p 261
| d'observer que le roi de France, monarque zélé
| pour la foi catholique, persécutait ses pruvres sujets protestans avec toute la cruauté de fa
| Superstition , tandis qu'il employait toute sa Puissance à favoriser et à soutenir la réformation dans l'empire, et que la ligue qui devait porter
| un coup si fatal à l'église romaine fut négociée et signée par un évêque catholique : tant sont merveilleuses les voies par lesquelles la sagesse divine dirige le caprice des passions humaines, et les fait servir à l'accomplissement de ses propres desseins.
Dans les négociations de Passau , on s’occupa fort peu des intérêts du roi de France. Maurice et les confédérés, ayant obtenu ce qu'ils demandaient, ne s'embarrassèrent guère d’un allié qu'ils regardaient peut-être comme trop payé des services qu'il leur avait rendus par les con quêtes qu'il avait faites en Lorraine. Les confédérés ne parurent reconnaitre toutes les obligations qu'ils lui avaient, qu’en insérant dans le traité ane clause qui portait que ce monarque
Pourrait exposer ses prétentions particulières et les sujets de plainte qu’il croyait avoir pour être mis, par les confédérés , sous les yeux de l’empereur.
Henri éprouva en cette occasion le traitement auquel doit s'attendre tout prince qui prète son nom et ses Secours aux auteurs d'une guerre civile. Dès que la rage des factions commença à se calmer, et qu'on entrevit la possibilité d'un accommodement, ses services furent uubliés, et ses associés se firent auprès de leur souverain un mérite de leur ingratitude envers leur protecteur, Mais quelque indiguation qu'inspirassent À Henri la perfidie de ses alliés et la précipitation avec laquelle ils faisaient, à ses dépens, leur paix avec l’empereur, it sentit qu’il était de son intérêt d'être en bonue intelligence avec le corps germanique ; et loin de se venger de quelqu'un de ceux dont il avait à se plaindre, il renvoya à Maurice et aux confédérés les otages qu'il en
| avait reçus, et il continua de montrer toujours
les mêmes dispositions et d'affecter le même zèle pour le maintien de l’ancienne constitution
et de la liberté de l'empire.