‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 72 sur 112 · LE · texte numérisé non relu

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l'ennemi, n’était pas un léger malheur pour la France ; Henri le ressentit très vivement; mais il était encore plus humilié de voir que l'empereur, dont on croyait la puissance abaissée sans retour depuis sa retraite de Metz, avait repris sitôt sa première supériorité. Le roi se reprocha une sécurité qui l'avait empêché d'ouvrir la campagne d'assez bonne heure; it assembla promptement une nombreuse armée, et marcha vers les Pays- Bas.

A l'approche d’un si formidable ennemi, Charles quitta Bruxelles, où il s'était tenu renfermé si étroiteinent durant sept mois, que le bruit de sa mort avait couru dans plusieurs endroits de l’Europe. Quoique la goutte l'eût affaibli au point de pouvoir à peine soutenir le mouvement d’une litière, il se hâta de joindre son armée. Tous les yeux se fixérent alors sur cos puissans et implacables rivaux, dans l'attente d'une bataille décisive. Mais Charles était trop prudent pour la risquer, et l'abondance des pluies de l'automne empèchant les Français d’entreprendre aucun siége, ils se retirèrent sans avoir rien fait qui répondit à leurs grands préparatifs !.

Les armes de l’empereur n’eurent pas le même succès en Italie, Le mauvais état de ses finances ne lui permettait guère d'agir avec vigueur de deux côtés à la fois. Plus il avait fait d'efforts dans les Pays-Bas, et moins il se trouvait de ressources au-delà des Alpes. De concert avec Côme de Médicis, que l'introduction des troupes françaises dans Sienne avait beaucoup alarmé, le vice-roi de Naples voulut tenter de se rendre maître de cette ville, mais à l'approche de la flotte des Turcs qui menaçait les côtes de Naples, les impériaux abandomnèrent promptement leur entreprise pour aller défendre leur propre pays. Ainsi la France eut la facilité, non-seulement de se soutenir em Toscane, mais encore de conquérir, par le secours des Turcs, une grande parte de l’île de Corse, soumise alors aux Génois *.

Les affaires de la maison d'Autriche ne prirent pas cette année une meilleure face dans la Hongrie, Les troupes que Ferdinand tenait en Transylvanie, étant mai payées, vivaient à discrétion chez les habitans. Leur insolence et leurs

1 Hæræus, p. 672. Thuan., p. 414.

* Thuan., p. 417.

rapinesirritèrent tout le monde, et détachèrent

la nation d’un nouveau souverain qui pillait ses

sujets au lieu de les protéger. A cette indigna-

tion se joignit le désir de venger la mort de Martinuzzi. La noblesse, fière et turbulente,

qui souffrait impatiemment tant d’injures, et le

peuple, naturellement inconstant et féroce,

étaient également prêts à se révolter. Dans cette conjoncture, Isabelle, qui avait été leur reine, parut en Transylvanie avec son fils. Cette femme ambitieuse, qui se repentait d'avoir cédé sa couronne en 1551, ne pouvant supporter plus longtemps la solitude et l’oisiveté d’une vie privée, quitta sa retraite, dans l'espérance que le mécontentement des Hongroisles porterait à reconnaître encore une fois les droits de son fils au trône. Quelques nobles des plus distingués se déclarèrent aussitôt en sa faveur. Le pacha de Belgrade, par l’ordre de Soliman, prit son parti contre Ferdinand; et les soldats italiens et espagnols, qui n'étaient point payés, au lieu de s'avancer vers l'ennemi, déclarèrent qu’ils voulaient retourner à Vienne. Ainsi Castaldo, leur général , se vit obligé d'abandonner la Transylvanie à Isabelle et aux Turcs, et de revenir à la tête des mutins , pour les empêcher du moins de piller l'Autriche à leur passage !.

Ferdinand était trop occupé des troubles de l'Allemagne , et d'ailleurs ses fonds étaient trop épuisés par ses derniers efforts en Hongrie pour tenter d'y recouvrer cette province importante. Cependant ilavait une occasion bien favorable : Soliman se trouvait alors engagé dans une guerre contre la Perse et accablé de chagrins domestitiques. Élevé par ses grands talens au-dessus des autres princes de la famille des Ottomans, il n’en avait pas moins les passions violentes de cette rase superbe. Il était jaloux de son auto: rité, prompt et terrible dans sa colère , susceptible de toutes les fureurs de cet ameur qui pro duit en orient les plus funestes catastrophes. Il eut pour maitresse favorite une esclave circas-

| sienne d’une rare beauté, qui lui donna un fils

mommé Mustapha. Le mérite de ce prince autant que sa naissance engagea Soliman à le désigner pour son successeur. Mais Roxelane, captive russienne, ayant gagné le cœur du sultan, eut bientôt supplanté sa rivale, Assez adroite

1 Thuan., p. 430

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