RUE RE
très fertile en poivre ; et que le chemin qui conduit laisse voir de près Nitrias, rendez-vous des pirates : je pense, comme le major Rennell , qu'ils étaient situés quelque part entre Goa et Tellicherry, et que, probablement ; la moderne Mcerzaw ou Merjéé répond à la Musiris des anciens, et Barcelore à leur Barace 1, Comme ces deux ports étaient le principei entrepôt du commerce entre l'Égynte et l'inde aux jours de son plus grand éclat, c'est là, je crois, qu'il convient de faire des recherches sur la nature du commerce que les anciens , et surtout les Romains, faisaient avec ce pays, et sur le nombre des marchandises les plus estimées qu'ils en rapportaient. Mais comme les opérations du commerce, et la manière de le faire. étaient des objets très peu suivis dans les états de l'antiquité sur les transactions desquels nous ayons quelque connaissance positive , leurs historiens daignent à peine effleurer un sujet qui entrait pour si peu de chose dans leur système politique, et ce n’est que par des indices très abrégés, des faits détachés, des observations incidentes, que nous pouvons nous en faire quelque idée (20).
Dans tous les siècles, c'est plutôt le luxe que le besoin qui a été l'objet du commerce entre l'Europe et l'Inde. Ses élégantes manufactures , ses épices, ses pierres précieuses ne sont rien aux yeux d’un peuple simple, et seraient même trop chères pour lui. Mais au temps où les Romains s'emparèrent du commerce de l'Inde, non-seulement, comme je l'ai déjà observé, ils étaient arrivés à ce degré de civilisation où les hommes saisissent avec avidité tout ce qui peut ajouter aux plaisirs ou au luxe de la vie; mais aussi ils avaient pris tous les goûts fantastiques nés du caprice et de l'extravagance des richesses. Ils ne pouvaient donc qu'être extrèmement flattés de tous ces nouveaux objets de jouissance que l'Inde leur fournissait en si grande abondance. 11 paraît que les productions de ce pays, tant naturelles que factices, étaient à très peu près les mêmes qu'aujourd'hui. Mais, à beaucoup d'égards, les goûts des Romains ne ressemblaient pas à ceux de nos jours, et par conséquent leurs demandes devaient différer des nôtres dans la même proportion.
Pour donner de ces demandes l’idée la plus
1 Introduction, p. 37.
HISTORIQUES
| complète qu'il soit possible d'en avoir, je ferai | d’abord quelques remarques sur les trois grands objets d'importation générale de l'Inde : 1° les | épices et les aromates; 2° les pierres précieuses et les perles ; 3° la soie. Je présenterai ensuite un état aussi circonstancié que les autorités dont je m'appuie pourront le permettre, de l'assortiment des cargaisons, tant pour le dehors que pour le dedans, chargées sur les vaisseaux expédiés à Bérénice pour les différens ports de l'Inde.
I. Épices et aromates. D'après le mode de culte religieux de l’ancien paganisme , lenombre incroyable de ses divinités et des temples qui leur étaient consacrés , la consommation de l'en- | censet des autres aromates employés dans toutes les fonctions sacrées, a dû être très considérable. Mais la vanité des hommes, encore plus que leur piété, occasionait une grande consomma- | tion de ces substances odoriférantes. C'était la coutume des Romains de brûler les cadavres de leurs morts, et pour le faire avec magnificence, il fallait couvrir des épices les plus coûteuses | non-seulement le corps, mais le bûcher funèbre sur lequel il était étendu. Aux funérailles de Sylla, on répandit sur son bûcher deux cent dix charges d'aromates. On dit que Néron , aux obsèques de Poppée, brûla plus de cannelle et de cassia que n’en produisent dans une année les | pays d'où l'on tire ces aromates. Nous consu- | mons avec les corps des morts, dit Pline, des | monceaux de ces substances précieuses ; NOUS les |offrons aux dieux, et nous ne les leur offrons qu'en grains !. Ce n’était pas de l'Inde , je présume, mais de l'Arabie, que les aromates furent d'abord apportés en Europe ; quelques-uns mème, et surtout l'encens, étaient des produc- | tions de ce dernier pays. Mais, outre les épices | de leur cru, les Arabes étaient en possession | d'en fournir aux marchands étrangers de plus précieuses, qu'ils allaient chercher eux-mêmes | dans l'Inde et dans les pays au-delà. Les relations de commerce des Arabes avec les parties
orientales de l'Asie, furent non-# lement très anciennes , comme nous l'avons dit, mais encore très considérables, Au moyen de leurs caravanes commerçantes, ils faisaient entrer dans leur | propre pays toutes les production écieuses de
| 4 Aist. nat.,liv. ui, ch. xvnr.
en avoir , je ferai ur les trois grands de l'Inde : 1° les pierres précieuses résenterai ensuite les autorités dont nettre, de l'assor.
t pour le dehors ; sur les vaisseaux différens ports de
après le mode de anisme , lenombre et des temples qui sommation de l'eniployés dans toutes e trés considérable, , encore plus que grande consommaférantes. C'était la \ler les cadavres de avec magnificence, les plus coûteuses s le bûcher funèbre Aux funérailles de n bûcher deux cent dit que Néron, aux lus de cannelle et de dans une année les mates. Nous consuorts , dit Pline, des précieuses ; nous les ne les leur offrons as de l'Inde , je préue les aromates fu- 1rope ; quelques-uns étaient des producais, outre les épices aient en possession 1s étrangers de plus chercher eux-mêmes ys au-delà. Les rela- 1bes avec les parties : non-&t lement très rons dit, mais encore en de leurs caravanes at entrer dans leur luctions récieuses de
l'Orient , parmi lesquelles les épices tenaient un des premiersrangs. Dans tous les étatsanciens qui nous sont parvenus des marchandises de l'Inde, les épices et les aromates de tous les genres forment un des principaux articles !, Il y a des auteurs qui soutiennent que la plus grande partie des marchandises de cette espèce, qu'on achetait en Arabie, n'étaient pas des productians de ce pays, mais qu’elles y arrivaient de l'Inde 2. Les observations faites dans des temps modernes, viennent à l'appui de cette assertion. L'encens d'Arabie, quoique reconnu comme l'une des plus précieuses productions particulières à ce pays, est cependant d’une qualité très inférieure à celui qu’on y aprorte de l'Orient ; c’est de ce dernier surtout que sont formés les envois considérables que les Arabes font de cette marchandise dans les différentes provinces de l'Asie %, Ce n’est donc pas sans raison que j'ai cité l'importation des épices comme i’une des branches les plus considérables de l'ancien commerce avec l'Inde.
IL. Les pierres précieuses avec lesquelles nous pouvons comprendre en même temps les perles, semblent être le second en valeur des objets précieux que les Romains tiraient de l'Orient. Comme ces articles ne peuvent‘être d'aucune utilité réelle, leur valeur est absolument proportionnée à leur beauté et à leur rareté, et monte toujours très haut, quelque modérée que soit l'estimation qu’on en peut faire. Mais, parmi les nations où le luxe a fait de grands progrès, lorsqu'on ne les regarde pas seulement comme un ornement , mais aussi comme marques de distinction , l'opulence et la vanité se les disputent avec tant d'acharnement, qu'il n’y a plus de bornes à leur valeur. Quoique l'art de tailler les diamans fût assez peu avancé chez les anciens, ils en faisaient aussi bien que nous un très grand cas. La valeur relative des autres pierres précieuses variait suivant la diversité des goûts et le caprice de la mode. La liste immense que Pline nous en présente, et l'attention scrupuleuse ave: laquelle il peint leurs nuances et leur assigne un rang #, étonnera, je crois , le lapi
t Perip. mar. Eryth., p p.156. À., lib. xv, p. 1018. A.
* Strab., liv. xvn, p. 1129, C.
5 Niebubr, Descr. de l'Arabie , tom. 1, p. 126,
* Hist. nat, liv. xxxvu.
22, 28. Strab., liv. n,
daire ou le bijoutier le plus habile de nos jours , et prouve avec quel empressement les Romains cherchaient à se les procurer,
Mais de tous les objets de luxe, les Romains semblent avoir préféré les perles (21). Les personnes de tous les rangs s'empressaient de les acheter; il n’y avait pas une partie du vêtement qui n'en fût ornée; et il y a dans les perles une si grande différence pour le volume et pour le prix, que tandis que les riches et les grands se paraient des plus grosses et des plus fines, il y en avait d’un moindre volume et d’une qualité inférieure pour satisfaire la vanité des personnes d'un rang moins élevé. Jules- César fit présent à Servilie, mère de Brutus, d'une perle qui lui avait coûté quarante-huit mille quatre cent cinquante-sept livres sterling(22) 1, Ilest vrai quece n’était pas seulement dans l'Inde, mais aussi dans beaucoup d'autre pays, que l'on trouvait et les pierres précieuses et les perles, mais il n’y en eut jamais assez pour l'orgueil de Rome.
L'Inde cependant en fournissait la plus grande partie, et de l'aveu général, rien n'était au-dessus de ses productions pour l'abondance, la variété et le prix.
Ill. Une autre production fort recherchée à Rome, c'était la soie; et quand on se rappelle à combien d'étoffes élégantes elle peut être employée, et combien ces étoffes ont ajouté à l'éclat de la parure et de l'ameublement, peut-on s'étonner du grand cas qu’en faisait un peuple abandonné au luxe? Le prix de la soie était exorbitant, aussi fut-elle regardée comme un vêtement trop coûteux et trop délicat pour les hommes ?, et l'usage en fut borné aux femmes d'un rang et d’une opulence distinguée. Cependant on n'en fut pas moins empressé à se la procurer, surtout, lorsqu’à l'exemple du dissolu Héliogabale, qui en introduisit l'usage parmi l’autre sexe, les hommes s’endurcirent à la honte (car c'en était une dans la sévérité des anciennes mœurs ) de porter ce vêtement efféminé. Le trafic de la soie chez les Romains présente deux circonstances dignes d'être observées. Contre l'ordinaire de ce qui arrive dans les opérations du commerce, l'usage plus fréquent de cette marchandise ne paraît pas en avoir augmenté l'importation dans une propor-
1 Pline, Æist. nat., liv. ax, Ch. xxxv.
2 Tacite, Annal., liv. 1, ch. xxx.
s ir
pen NE RE
tion égale au nombre toujours croissant des demandes, et le prix de la soie demeura constamment le même pendant l’espace de deux cent cinquante ans, c’est-à-dire depuis l'instant où l'usage en fut connu à Rome, Sous le règne d’Aurélien, elle continua toujours d’être évaluée au poids de l'or. La cherté de cette marchandise venait probablement de la manière dont les négocians d'Alexandrie la faisaient parvenir. Ils n'avaient point de communication directe avec la Chine, le seul pays où le ver à soie était élevé et où l’on faisait de son travail une branche de commerce. Toute la soie qu’ils achetaient dans les différens ports où ils se rendaient y était apportée par des vaisseaux du pays; et, soit que l'art de soigner le ver à soie fût mal connu, le produit de son admirable industrie était très faible chez les Chinois, où ceux qui l’achetaient de la seconde main trouvaient plus d'avantage à le porter au marché d'Alexandrie en petite quantité, mais à un fort haut prix, que d'en faire baisser la valeur en le rendant plus commun. L'autre circonstance dont je voulais parler, est plus extraordinaire encore, et prouve d'une manière frappante combien les communications avec les nations éloignées étaient alors mal établies, et quelle mince connaissance ils avaient de leurs arts et de leurs productions naturelles. Quelque cas que l’on fit des ouvrages en soie, et quoique les auteurs grecs et romains en parlent beaucoup, il y avait déjà plusieurs siècles que l'usage en était devenu très commun, et l'on ne connaissait avec cette certitude ni les pays auxquels on devait une branche de luxe si recherchée, ni la manière dont elle était produite. Quelques-uns supposaient que la soie n'était qu'un duvet très fin attaché aux feuilles de certains arbres ou de certaines fleurs; d’autres s’imaginaient que c'était une espèce de laine ou de coton plus précieuse; enfin, ceux qui savaient qu’elle était l'ouvrage d'un insecte font voir, par leurs descriptions, qu’ils n'avaient aucune idée de la manière dont elle se formait (23). Ce ne fut qu’à la suite d’un événement arrivé au sixième siècle de l’ère chrétienne, et dont j'aurai occasion de parler, que la véritable nature de la soie fut connue en Europe.
Les autres marchandises qu'on tirait communément de l'Inde trouveront leur place dans le compte que je vais rendre des cargaisons qui
HISTORIQUES
partaient et qui arrivaient sur les vaisseaux employés à ce commerce. Nous devons ces détails à un ouvrage sur la navigation de la mer Érythrée attribué à Arrien, traité curieux quoique peu étendu, et qui donne sur le commerce des lumières que l’on est bien loin de trouver dans aucun auteur ancien. Le premier endroit de l'Inde où les vaisseaux d'Égypte, tant qu'ils restèrent fidèles à l’ancien plan de navigation, allaient ordinairement faire leur commerce , était Patale, sur le fleuve Indus. Ils y portaient du drap léger, du linge ouvré, quelques pierres précieuses et des aromates inconnus dans l’Inde; du corail, du storax, des vaisseaux de verre de différentes espèces, de l'orfévrerie, de l'argent et du vin, Ils prenaient en retour des épices de plusieurs sortes , des saphirs et d’autres pierres précieuses, des étoffes de soie, de la soie filée, des draps de coton (24), et du poivre noir. Mais un marché bien plus considérable sur la même côte, c'était Barygaza; aussi l'auteur que je copie ici entre-t-il dans les détails les plus circonstanciés et les plus exacts sur sa situation et sur la manière d'y arriver. Sa situation répond exactement à celle de Baroach sur la grande rivière Nerbuddah, par laquelle toutes les productions de l'intérieur du pays arrivaient, ou bien par terre , depuis la grande ville de Tagara, en traversant de hautes montagnes (25). Les objets d'importation et d'exportation dans ce fameux marché n'étaient pas moins divers que multipliés. A la liste des premiers notre auteur ajoute des vins d'Italie, de Grèce, d'Arabie, du cuivre, de l’étain, du plomb, des ceintures d'un tissu curieux , l'herbe appelée mélilot, du verre blanc, de l’arsenic rouge, du plomb noir, des pièces d’or et d'argent. Il compte parmi les seconds, l'onyx et d’autres pierres précieuses, l'ivoire, la myrrhe, diverses étoffes de coton, tant simples qu'ornées de fleurs; enfin du poivre long‘. À Musiris, le second marché considérable sur cette côte, les objets d'importation étaient presque absolument les mêmes qu'à Ba rygaza; mais comme elle se rapprochait davantage des parties orientales de l'Inde, avec lesquelles elle paraît avoir eu de très grands rapports, les marchandises qu’on en exportait étaient en beaucoup plus grand nombre et beau-
1 Perip. mar. Erythr., p.28.
ir les vaisseaux emdevons ces détails ion de la mer Éryité curieux quoique ir le commerce des in de trouver dans remier endroit de jgypte, tant qu'ils lan de navigation , e leur commerce :
dus. Ils y portaient ré, quelques pierres connus dans l'Inde; sseaux de verre de évrerie, de l'argent etour des épices de et d’autres pierres ie, de la soie filée, lu poivre noir. Mais érable sur la même | l'auteur que je coails les plus circonssa situation et sur à situation répond ch sur la grande rielle toutes les propays arrivaient, ou nde ville de Tagara, ntagnes (25). Les exportation dans ce as moins divers que miers notre auteur srèce, d'Arabie, du , des ceintures d’un e mélilot, du verre du plomb noir, des pmpte parmi les seerres précieuses , l'ioffes de coton, tant s; enfin du poivre d marché considébjets d'importation les mêmes qu’à Barapprochait davande l'Inde, avec les eu de très grands qu'on en exportait ind nombre et beau-
coup plus précieuses, Il cite entre autres des perles en grande abondance et d'une beauté rare, une multitude d’étoffes de soie, de riches parfums, des écailles de tortues, plusieurs espèces de pierres transparentes, des diamans surtout, et du poivre en très grande abondance et de la meilleure qualité 1,
Tout ce que cet auteur dit ici des objets exportés de l'Inde est confirmé par une loi romaine où se trouve l'énumération des marchandises de l'Inde sujettes au paiement des droits 2, En comparant ces deux états > Nous pouvons nous faire une idée assez exacte de la uature et de l'étendue de l'ancien commerce avec l'Inde,
Comme l'état de la civilisation et des mœurs est presque encore aujourd'hui chez les Indiens au même point où il était lors de nos premières relations avec eux, leurs besoins et leurs demandes sont aussi, à très peu de chose près, les mêmes. Ils trouvaient à cet égard tant de ressources dans l’habileté de leurs propres ouvriers, qu’ils avaient peu besoin des productions et des manufactures de l'étranger, si ce n'est de quelques métaux utiles qu'ils nc trouvaient pas chez eux en assez grande abondance;
et alors, comme aujourd'hui, c'était surtout avec de l'or et de l'argent que l’on achetait les iouissances de l'Orient. Il est cependant deux points où nous différons beaucoup des anciens | quant aux objets que nous tirons de l'Inde en échange. L’habillement des Grecs et des Romains consistait presque entièrement en laine, et vu leur usage fréquent du bain, c'était le vêtement le plus agréable qu'ils pussent avoir. Leur consommation de toile et de coton était beaucoup moindre que celle qu'ils en font aujourd'hui , que ces objets sont devenus parmi | eux d'un usage général, En conséquence , une | branche considérable d'exportation de cette partie de l'Inde avec laquelle les anciens étaient en relation consiste à présent en ce qu’on appelle #archandises à 1 Pièce, comprenant sous cette dénomination -Mercantile ce nombre
infini d'étoffes de coton créées par l’industrie
! qui nous fonde à croire que ce genre d'importation ait jamais été très considérable chez les anciens,
Quoique notre commerce avec l'Inde soit encore aujourd'hui en grande partie un commerce de luxe, cependant, aux objets qui le composent, nous joignons un grand nombre
| de différentes marchandises que l'on ne doit
| l'egarder que comme les matériaux de nos ma- | nufactures domestiques, Tels sont le coton-laine | de l'Indostan, la soie de Chine, et le salpètre | du Bengale. Mais parmi les marchandises qu'on | tirait anciennement de l'Inde, je n'en vois point, | excepté la soie crue et la soie filée, qui puissent | servir de matériaux à nos manufactures natio- | nales. La navigation des anciens ne s'étant ja- | mais étendue jusqu’à la Chine, il paraît que la | quantité de soie non apprètée, dont ils étaient
Pourvus par les trafiquans indiens, était si mé-
| diocre que l'emploi qu'ils pouvaient en faire ne . devait entrer que pour très peu de chose dans leur industrie domestique.
Après cet exposé succinct du commerce des anciens dans l'Inde, je vais examiner quelle connaissance ils pouvaient avoir des pays situés au-delà des ports de Musiris et de Barace, dernier terme jusqu'où j'ai fait connaître leurs progrès du côté de l'orient. L'auteur de la navigation autour de la er Érythrée, qui, par l'exactitude de ses descriptions, justifie la confiance avec laquelle je l'ai suivi dans cet endroit de mon ouvrage, paraît n'avoir connu que très peu cette partie de la côte qui s'étend depuis Barace jusque vers le sud. Il cite bien, en
| Passant , deux ou trois ports différens , Mais il
ne laisse pas même entrevoir qu'aucun d'eux servit d’entrepôt au commerce de l'Égypte. Il se hâte d'arriver à Comar ou cap Comorin , le point le plus méridional dela péninsule del’Inde; et la description qu'il en donne, par sa justesse et sa conformité parfaite avec l’état actuel de cette terre, prouve que la connaissance qu'il en avait était des mieux fondées 1, Près de cet endroit il place la pêche aux perles de Colchos ;
des Indiens. Mais, autant que j'ai pu m'en assurer par moi-même, il n'existe point d'autorité k
! Perip. may. Erythr., 31, 32,
? Digeste, liv. xxx1v » tit. 1v, $ 16, des Fermiers et des Impôts.
aujourd'hui Kilkare, probablement la même que celle que font à présent les Hollandais dans le détroit qui sépare l'ile de Ceylan du continent. Il fait mention à son voisinage de trois différens
! Perip., p. 33. D'Anville, nt. de l'Inde, p.118, etc.
portsqui paraissent avoir été situés sur le côté oriental de la péninsule actuellement connue sous le nom de côte de Coromandel. Il les cite comme des marchés ou des entrepôts de commerce 1; mais, en examinant bien quelques circonstances mélées à la description qu'il en donne, il y a des raisons de croire que les vaisseaux de Bérénice ne fréquentaient aucun de ces ports, quoique, selen lui, on y portât des marchandises venues de l'Égypte et les productions de la côte opposée de la péninsule ; mais il parait que c'étaient des vaisseaux du pays qui venaient les prendre. C'était aussi dans leurs propres vaisseaux , de construction et de ports différens, et distingués par des noms qu'il cite en partie, qu’ils commerçaient avec la Chersonèsed'Or, ou le royaume de Malaca, et les contrées voisines du Gange. Non loin de l'embouchure de ce fleuve, il place une île qu'il dit ètre exposée aux rayons du soleil levant , et qu'il cite comme la dernière région habitée de l’orient ?. Il paraît que notre auteur n'avait de toutes ces parties de l'Inde qu'une très légère connaissance , si l'on La juge par ce qu’il raconte de cette île imaginaire, par l'ignorance où il nous laisse à leur égard, et surtout par cette crédulité et cet amour du merveilleux, caractère inséparable de l'ignorance , avec lequel il rapporte que ces régions lointaines étaient peuplées de cannibales et d'hommes d'une figure difforme et effrayanteÿ.
Je n'ai mis tant d'attention à suivre le plan décrit dans la navigation de la mer Erythrée, que parce que l’auteur de cet ouvrage est le premier écrivain de l'antiquité qui nons ait fourni quelques détails sur la côte orientale de la grande péninsule de l'Inde, ou sur les pays situés au-delà. Strabon, qui composa son grand ouvrage de géographie sous le règne d'Auguste, ne connaissait presque point l'Inde, surtout dans ses parties les plus orientales. Dès les premières lignes de la description qu'il en doune, il se recommande à l’induigence de ses lecteurs, vu le peu de renseignemens qu'il avait pu obtenir sur un pays si éloigné , où les Européens n'avaient été que très rarement, et que plusieurs d’entre eux n'avaient fait qu’entrevoir
1 Perip., p. 34.
# /bid. ,p. 36.
3 {bid., p. 35.
RECHERCHES HISTORIQUES
dans le cours de leurs expéditions militaires. {| observe que le commerce même n'avait pus beaucoup contribué à la connaissance exacte du pays, en ce qu’il n'y avait eu qu’un très petit nombre de marchands d'Égypte ou du golfe Arabique qui eussent poussé leur navigation jusqu'aux bords du Gange, et qu'il n'y avait presque point de fond à faire sur les récits de gens si peu lettrés. Ses descriptions de l'Inde, et surtout des provinces intérieures, sont empruntées presque tout entières aux mémoires des officiers d'Alexandre , avec quelques légères additions de relations plus récentes , mais en si petit nombre , et quelquefois si inexactes, que l'on n’a pas besoin d’autres preuves du peu de progrès que les anciens avaient faits dans la connaissance de ce pays depuis le temps d’Alexandre. Lorsqu'un auteur quiavait autant de discernement et de pénétration que Strabon, après avoir visité lui-même plusieurs pays éloignés pour en donner une description plus exacte, vient nous dire que le Gange n'entre dans l'Océan que par une seule embouchure !, nous pouvons hardiment conclure que de son temps les marchands du golfe Arabique ne poussaient pas directement leur navigation jusqu'à ce grand fleuve, ou que ce voyage se faisait si rarement que la science n’en avait encore tiré que peu de lumières.
Le second auteur en date dont il nous reste quelques détails sur l'Inde, est Pline l'ancien, qui fleurit environ cinquante ans plus tard que Strabon. Mais comme ces détails, consignés dans son Histoire naturelle, sont très abrégés, et qu’à cet égard il se fonde absolument sur les mêmes autorités que Strabon, et qu'il parait n'avoir eu sur l’intérieur du pays d’autres renseignemens que ceux qu'ont laissés les officiers d'Alexandre, ou de ses successeurs immédiats, il est inutile de beaucoup nous appesantir sur sa description. Elle est cependant enrichie de deux articles essen :: !s qu'il devait à des découvertes plus récentes. L'un est l'exposé du nouveau plan de navigation du golfe Arabique à la côte de Malabar, dont j'ai déjà développé la nature et l'mportance. L'autre est la description de l'ile de Taprobane , dont je ferai un exzimen parti: culier, après avoir montré en quoi Ptolémée a
1 Strabon, Liv. xv, p. 1011. C.
tique parq fame diffé ctle sur $ ubsel thém ouvr en t'a
‘ditions militaires. {I > même n'avait pus nnaissance exacte du eu qu'un très petit Égypte ou du golfe assé leur navigation >, et qu'il n’y avait faire sur les récits de escriptions de l'Inde, itérieures , sont emtières aux mémoires vec quelques légères récentes , mais en si lois si inexactes, que s preuves du peu de ivaient faits dans la epuis le temps d’Air quiavait autant de ration que Strabon, e plusieurs pays éloine description plus que le Gange n'entre seule embouchure t, conclure que de son | golfe Arabique ne t leur navigation jusque ce voyage se faince n'en avait encore
ate dont il nous reste >, est Pline l'ancien, te ans plus tard que s détails, consignés le, sont très abrégés, e absolument sur les bon, et qu'il parait lu pays d'autres renat laissés les officiers xcesseurs immédiats, 1ous appesantir sur sa jant enrichie de deux ait à des découvertes posé du nouveau plan rabique à la côte de éveloppé la nature et la description de l'ile rai un exainen partien quoi Ptolémée a
pu contribuer à nous faire connaître l’ancien état de l'Inde.
Quoique Ptolémée, qui a publié ses ouvrages , environ quatre-vingts ans après Pline, paraisse s'être distingué beaucoup plus par son esprit d'ordre et d'application que par l'invention de son génie, c’est à lui, plus qu’à aucun autre philosophe, que la géographie doit ses progrès.
Heureusement pour cette science, dans la formation de son système général &e géographie, i a adopté les idées et suivi la méthode d'Hipparque, qui vivait près de quatre cents ans avant lui. Ce grand philosophe est le premier qui entreprit de rédiger un catalogue des étoiles. Pour marquer avec exactitude leur position dans les cieux, il mesura leur distance par des cercles de la sphère, la calculant par degrés de l'orient à l'occident, ou du nord au sud. L’une s'appelle longitude , et l’autre latitude de l'étoile. Cette méthode lui fut d’un si grand secours dans ses recherches astronomiques, qu'il l'appliqua avec
non moins de succès à la géographie; et c'est |
une circonstance digne d’être remarquée, que ce fut en observant et en décrivant les cieux que les hommes apprirent pour la première fois à mesurer et à décrire la terre avec exactitude. Cette manière de fixer la position des lieux, inventée par [lipparque, quoique connue des géographes qui ont vécu entre lui et Ptolémée, et
citée par Strabon ! et par Pline?, ne fut em- | ployée par aucun d'eux. La raison la plus pro- !
bable que l'on puisse donner de cette négligence , c'est que, n'étant point astronomes, ces
auteurs n'ont pas bien saisi tous les avantages | que la géographie pouvait retirer de cette in- | vention (26). Ils furent parfaitement connus de |
Ptolémée, qui avait consacré une longue vie à l'avancement de l'astronomie théorique et pratique; et comme dans ces deux études Hinparque fut son guide, il eut soin, dans son fameux traité de géographie, de marquer les différentes parties de la terre par leur longitude ‘tleur latitude. Ainsi la géographie fut établie sur ses véritables bases , et intimement liée aux
Europe, les décisions de Ptolémée sur tous les points relatifs à la géographie étaient reçues avec cette confiance aveugle que l'on accordait à celles d’Aristote dans toutes le* autres parties des sciences. Lorsqu'au seizième siècle l'esprit derecherche s'agrandit et s’éclaira, l'on examina et l'on reconnut le mérite des découvertes géographiques de Ptolémée : on continue de se servir de ce iangage scientifique dont il répandit le premier l'usage; et cette manière claire et abrégée de marquer la position des lieux, en spécifiant leur longitude et leur latitude, existe toujours.
Non content d'adopter les principes généraux d'Hipparque, Ptolémée se montra son rival dans l'application qu'il en fit; et comme ce philosophe avait marqué le rang de chaque constellation, il forma une entreprise non moins difficile, celle de décrire toutes les régions de la terre alors connues, et de fixer avec non moins de précision que de hardiesse la longitude et la latitude des endroits les plus remarquables. Cependant toutes ses déterminations ne doivent pas être regardées comme le résultat d'une observation effective; et ce ne fut pas avec cette prétention que Ptolémée les publia. Les opérations de l'astronomie ne s’étendaient alors qu'à un petit nombre de pays. IL y avait une partie considérabe du globe aussi mal représentée qu'elle était peu fréquentée, Il n'y avait qu’un petit nombre de lieux dont la position eût été fixée avec quelque degré d'exactitude. Ptolémée
| fut donc obligé de consulter les itinéraires et les
ubservations astronomiques et aux calculs ma-
thématiques. Les anciens firent bientôt de cet
ouvrage de Ptolémée tout le cas qu'ils devaient
entire (27), Au moyen àge, en Arabie comme en Lib, u.
? dist nat ,liv.ur, ch x, XXV1, EXX,
descriptions générales de l'empire romain, et la sage politique de ce grand état avait complété ce travail avec des soins et des frais immenses (28). Mais, passé les limites de l'empire, il n'avait plus pour guides que les journaux et les relations des voyageurs. C’est de ce fonds qu'il tirait toutes ses conclusions; et comme il habitait Alexandrie dans un temps où le commerce de cette ville avec l'Inde était porté à son plus haut période , il semble que cette circonstance eût dù le mettre à même d'obtenir les plus amples renseignemens sur ce pays. Mais soit qu'on n’y eût jeté qu'un coup d'œil superficiel, soit qu'il eût mis trop de confiance dans les rapports des personnnes qui l'avaient visité sans attention et sans discernement !, son dessin gé- 1 Géogr. iv. 1, Ch. xvur,
ui
540 RECHERCHES HISTORIQUES
néral de la forme du continent de l'Inde «st le plus défectueux qui nous soit venu des anciens. Par l'effet d'une méprise incocevable , il a étendu la presqu'ile de l'Inde du golfe Barygazène ou de Cambaye, de l’ouest à l’est, au lieu de l'étendre, suivant sa direction vaturelle, du nord au sud (29). Cette erreur paraîtra d'autant plus inconcevable, que Mégasthène avait publié une mesure de la péninsule de l'Inde, qui se rapprochait beaucoup deses véritables dimensions , Mesure qui avait été adoptée avec quelque variation par Ératosthène, Strabon , Diodore de Sicile et Pline , qui écrivirent avant le siècle de Ptolémée (30) t.
Quoique Ptolémée fût tombé dans une erreur aussi grossière sur les dimensions générales. du continent de l'Inde, le pays en détail lui était beaucoup mieux connu, et il ne s'était guére trompé sur la position particulière des lieux; et il est le premier auteur que ses connaissances aient mis à même de tracer la côte de la mer, de faire le dénombrement des principaux endroits qu’elle renferme, et de spécifier la longitude et la latisude dé chacun d'eux, depuis le cap Comorin, en tirant à l'est, jusqu’au dernier terme de la navigation des anciens. Quant à quelques districts, surtout le long de la côte orientale de la péninsule jusqu'à l'embouchure du Gange, les renseignemens qu'il avait reçus paraissent avoir été si justes, que de toutes
les descriptions qu’il a données des diverses |
parties de l'Inde, il n’y en a point qui s'accorde davantage avec la situation actuelle du pays. M. d'Anville, avec son application et son .discernement ordinaires, a examiué la position des principales places, telle qu'elle a été fixée par te géographe, et il trouve qu'elles répondent en effet à Kilkare, Né apatan, l'embouchure de la rivière Caveri, Masulipatan, la pointe Gordware, etc. I serait étranger à l'objet de cette discussion d'entrer dans des détails trop minutieux, mais en beaucoup d'occasions , Nous pouvons remarquer qu'il y a entre les noms anciens et modernes une ressemblance qui n’est pas moins frappante que celle qui se trouve dans leur position, Le grand fleuve Caveri est nommé Chaberis par Ptolémée; Arcate, dans
! Strabon, lib. xv, p. 1010. &. Avrien, Aist. ind.,
ch. au, 1v. Diod, de Sic., liv. xt » P. 148. Pline, Zist. nat. Biv. vi, ch, xxr.
l'intérieur du pays, représente Arcati-Regia ; et probablement la côte entière a reçu son nom actuel de Coromandel de Sor Mandulam ou le royaume de Sora, situé sur cette ligne t,
Dans le cours de cent trente-six ans, qui s'écoulèrent depuis la mort de Strabon jusqu'à celle de Ptolémée, le commerce de l'Inde s’augmeta considérablement, le dernier de ces géographes avait obtenu tant de nouveaux renseignemens sur le Gange, qu'il cite les noms de six différentes embouchures de ce fleuve avec leur position. Cependant son plan général de la partie de l'Inde qui est située au-delà du Gange, n'est pas moins erroné que:celui qu’il avait déjà donné de cette péninsule, et ne ressemble pas davantage à la position actuelle de ces pays. Cependant il ose en faire une description semblable à celle qu’il avait faite de l'autre grande division de l'Inde, dont j'ai déjà fait l’examen. Îl parle des places remarquables qui se trouvent le long de la côte, «et ilen cite quelques-unes sous le nom d’emporia (marchés) :
mais il ne dit point si ce nom leur était donné parce qu’elles servaient d’entrepôts aux naturels dans le commerce qu'ils faisaient entre eux d’un district de l'Inde à l’autre, ou parce que c'était des ports où les- vaisseaux du golfe Arabique se rendaient directement. Je croirais que cette dernière idée est celle que Ptolémée semble avoir en vue; mais ces régions de l'Inde étaient si éloignées , et d’après la marche timide et lente de l’ancienne navigation, elles étaient probablement si peu fréquentées, que ce qu'il en dit se borne à très pen de chose , et ses descriptions sont plus obscures, plus inexacteset moins conformes à la véritable situation du pays qu'en aucun autre endroit de sa géographie, A représente la péninsule, qu’il nomme Chersonèse-d'Or, comme s'étendant directement du septentrion au midi, et fixe ja latitude de Sabana-Emporium , qui en est l'extrémité méridionale, à trois degrés au-delà de la ligne. A l'est de cette péninsule, il place ce qu'il appelle lu Grande-Baie. el À sa partie la plus éloignée, Catigara, dernier terme de la navigation des anciens, à laquelle place il ne donne pas moins de huit degrés el demi de latitude sud. Au-delà de ce terme il annonce que la terre est tout-à-fait inconnue,
! Ptol., Géogr., liv. vu, ch. 1, D'Anville, 4nt. de l'Inde 127, etc.
assi con jon pie con vab dan jusc bas:
céat N dan don a en beat posi sent seloi au li que et q dion Il re Baie orie est a de d parle nom tude puis et c’€ s'étal
a seu de lo
Ce Ptolé c'est}
FR de l’1 :P du M Men,
suppl.
ésente Arcati-Regia : et lière a reçu son nom ac- Sor Mandulam où le ur cette ligne !.
trente-six ans, qui s'ért de Strabon jusqu'à imerce de l'Inde s’augle dernier de ces géoit de nouveaux renseiqu'il cite les noms de ares de ce fleuve avec ‘son plan général de la uée au-delà du Gange, e:celui qu'il avait déjà et ne ressemble pas actuelle de ces pays.
une description semaite de l'autre grande t j'ai déjà fait l'exaremarquables qui se te, ‘et ilen cite quell'emporia (marchés) :
nom leur était donné entrepôts aux naturels iisaient entre eux d’un , Où parce que c'était x du golfe Arabique se Je croirais que cette que Ptolémée semble gions de l'Inde étaient marche timide et lente , elles étaient proba- 2s, que ce qu'il en dit se , et ses descriptions 1exactes et moins conion du pays qu'en augéographie, A reprénme Chersonèse-d'Or, ment du septentrion de de Sabana-Empolé méridienale, à trois » A l’est de cette pépelle la Grande-Baie.
iée, Gatigara, dernier s anciens, à laquelle ns de huit degrés et lelà de ce terme il anout-à-fait inconnue, h. 1. D'Anville, 4nt. de
SUR L'INDE
assurant qu’à ce point le pays tourne à l'ouest ct continue dans la même direction jusqu'à sa jonction au promontoire de Prassum en Éthiopie, qui, selon l'idée qu'ilen a, terminait le
continent de l'Afrique au sud !; en conséquence |
de cette erreur, non moins énorme qu'inconcevable , il devait croire que la mer Érythrée ; dans toute son étendue depuis la côte d'Afrique jusqu'à celle de Camboge, n'était qu’un vaste bassin sans aucune communication avec l'Océan (31) !,
M. d'Anville a tâché de mettre quelque ordre dans cet amas confus de notions extravagantes, dont l'ignorance ou la mauvaise foides voyageurs a enveloppé la géographie de Ptolémée ; et avec beaucoup de sagacité il a établi sur quelques positions importantes des opinions qui paraissent bien fondées. La péninsule de Malacca est,
selon lui, la Chersonèse-d'Or de Ptolémée, mais |!
au licu de la direction qu'il lui a donnée , On sait qu'elle s'incline de quelques degrés vers l’est, et que le cap de Romanie, son:extrémité méridionale, est plus d’un degré au nord de la ligne. Il regarde le golfe de Siam comme la grande Baie de Ptolémée, mais la position sur le côté oriental de cette baie, qui répond à Catigara, est actuellement au nord de l'équateur d’antant de degrés qu'il la sapposait au sud. Au-delà il parle d’une ville intérieure à laquelle il donne le nom de métropole de Thina ou Sina. La longitude qu’il lui donne est de cent huit degrés depuis son premier méridien dans l'ile Fortune ; et c’est la partie la plus orientale où les anciens s'étaient avancés par mer, Sa latitude, d'après ses calculs, est de trois degrés au sud de la ligne. Si nous décidons avec M, d'Anville que la situation de Sin-Hoa, à l'ouest du royaume de Cochinchine, est la même que la métropole de fina, Ptolémée, dans la position qu'il lui donne, a seulement fait une erreur de cinquante degrés de longitude , et de vingt de latitude (32) 2, Ce qui a rendu plus frappantes ces erreurs de Ptolémée sur les parties lointaines de l'Asie, C'est une fausse opinion desmodernes, à laquelle
! Ptol., Géogr., liv. Vir, Ch. ait, v, D'Anville, #nt. de l'Inde ,187,
? Ptol., Géogr., liv. vn, ch. me D'Anville, Limites du Monde connu des anciens au-delà du Gange.
Mem, de littérature, xxx, 604 etc, Ant. de l'Inde, Suppl, x, 161, etc,
elles avaient servi de fondement. Sina , la place la plus éloignée dont il soit question dans sa géographie, a pour le son une telle ressemblance avec China (la Chine), nom sous lequel l'empire le plus grand et le plus civilisé de l'Orient est connu aux Européens, qu’en l'entendant prononcer , ils conclurent précipitamment que c'était le même pays; en conséquence , on supposa que la Chine était connue des anciens, quoiqu'il paraisse incontestablement prouvé qu'ils ne passérent point dans leurs voyages maritimes la limite que j'ai marquée à leur navigation.
Après avoir suivi les anciens dans les découvertes qu'ils firent de l'Inde par mer, je vais examiner quelles connaissances ils peuvent avoir acquises sur le même pays par leurs voyages de terre. Il paraît, comme je l'ai déjà rapporté , qu'il se fit de bonne heure un commerce avec l'Inde, par les provinces qui bordent sa frontière du nord. Ses diverses productions et ses manufactures étaient transportées par terre dans les parties intérieures de la domination perse , ou arrivaient , par les fleuves navigables qui traversent le haut de l'Asie, jusqu’à la mer Caspienne, et de là au Pont-Euxin. Tant que les successeurs de Séleucus dominèrent en Orient, tel fut pour leurs sujets le mode constant d'approvisionnement des productions de l'Inde.
Lorsque les Romains eurent étendu leurs conquêtes en Orient , jusqu’à l'Euphrate, ils retrouvèrent cette même marche; comme elle leur ouvrait une nouvelle communication avec l'est, et quepar là ilsrecevaient en plus grandeabondance tous ces objets de luxe qui leur étaient devenus de plus en plus agréables, ils se firent un point de politique de protéger et d'encourager un tel commerce. Comme la marche des catavanes ou Compagnies de marchands qui voyageaient vers les pays d'où leur arrivaient les plus riches manufactures, celles de soie surtout, était souvent interrompue et environnée de dangers par les Parthes qui s'étaient rendus maîtres de toutes les provinces qui s'étendent depuis la mer Caspienne jusqu'à cette partie de la Scythie ou Tartarie qui borde la Chine, les Romains s'efforcèrent de rendre ce commerce plus sûr par une négociation avec un des monarques de ce grand empire. A la vérité, on ne trouve dans les historiens grecs où romains aucune trace de cette singulière transaction ; nous la devons tout
de
532 RECHERCHES HISTORIQUES
enuère aux historiens chinois qui nous apprennent qu'An-Toun (l'empereur Marc-Antonin), roi du peuple de l'océan occidental, envoya dans cette intention des ambassadeurs à Oun- Ti, qui régnait sur la Chine l'an cent soixantesix de l’érechrétienne 1. On ne dit rien du succès de cette entreprise ; nous ignorons également si elle facilita entre ces deux nations éloignées, des liaisons qui les mirent à même de suppléer réciproquement à leurs besoins. La démarche n’était certainement pas indigne des grandes vues de l'empereur romain à qui on l’attribue.
IL est évident cependant que dans la continuation de ce commerce avec la Chine, on a dû traverser une partie considérable des vastes contrées à l'est de la mer Caspienne; et quoique l'amour du gain fût le principal motif de ces grands voyages, cependant, dans la suite des siècles, il doit s'être trouvé parmi les aventuriers des hommes de goût et de talent, capables de porter leur attention sur des objets d’un intérêt plus général que ceux du commerce. Ce sont ces personnes qui donnèrent des relations qui, après avoir été soumises à une discussion réglée, mirent Ptolémée à même de faire de ces régions éloignées et intérieures de l'Asie, des descriptions aussi exactes que celles de plusieurs pays, sur lesquels on peut croire qu'il y a eu des renseignemens plus précis, comme éfant beaucoup plus voisins. Le point le plus oriental de cette partie de l'Asie qui lui ait été connu est Séra- Métropolis , dont la situation, d'après plusieurs indices, paraît avoir été la même que celle de Kant-Chéon, ville assez considérable du Chen-Si, la province la plus occidentale de l'empire chinois. Il en fixe la longitude à cent soixante-dixsept degrés quinze minutes, près de trois degrés à l'ouest de Sina-Métropolis qu'il avait représentée comme la dernière limite des découvertes fuites en Asie par mer; et la connaissance que Ptolémée avait de ce district de l'Asie, ne se bornait pas à la partie que probablement les caravanes traversaient en droite ligne dans leur route à l'est , il avait aussi recueilli quelques détails généraux sur différentes nations vers le nord, qui, Suivant la position qu’il leur donne, occupaient des parties de la grande plaine de Tartarie, qui
* Müôm. sur les liaisons ét le commerce des Ro-
mains avec les Turlares et ies Chinois, par M, de Guignes. Mém. de littérature , xxxu, 355, ec.
s'étendaient considérablement au-delà de Lassa, capitale du Thibet et la résidence du Dalay- Lama.
Ptolémée a marqué dans cette partie de l'Asie les latitudes de plusieurs endroits avec une telle précision , qu’on a peine à se défendre de croire qu'elles ont été prises sur les lieux mêmes. Parmi un grand nombre d'exemples, je n'en citerai que trois de lieux situés en des parties très dif. férentes du pays dont il s’agit. La latitude ce Nagara sur le fleuve de Cophènes (aujourd'hui Attock) est, selon Ptolémée, de trente-deux de. grés trente minutes, ce qui correspond exactement à l'observation d'un géographe oriental, cité par M. d’Anville {. La latitude de Maracande ou Samarcande est, selon lui, de trente-neuf degrés quinze minutes. D'après les tables astronomiques d'Ulug-Beg, petit-fils de Timur, qui faisait sa résidence royale dans cette ville, elle est de trente-neuf degrés trente-sept minutes?, La latitude de Séra-Métropolis, dans Ptolémée, est de trente-huit degrés quinze minutes; celle de Kant-{héon, déterminée par les jésuites mis. sionnaires, est de trente-neuf degrés. J'ai cité ces exemples frappans du rapport parfait de ses calculs avec ceux qui ont été faits d'après les ob. servations modernes, pour deux raisons : l’une, parce qu’ils prouvent évidemment que ces parties éloignées de l'Asie avaient été examinées avec beaucoup d'attention; l'autre, parce qu'après avoir été obligé de faire connaître certaines erreurs et certains défauts de la géographie de Ptolémée, j'éprouve une grande satisfaction à me montrer juste envers un philosophe quia tant contribué à l'avancement de cette science. Les faits que j'ai exposés sont une preuve éclatante de l'étendue de ses connaissances autant que de la justesse de ses conclusions, sur des pays qui, d’après leur grand éloignement, n'auraient dû, ce semble, lui ètre que très yeu connus.
Jusqu'ici mes recherches sur la connaissance que les anciens pouvaient avoir de l'Inde se sont bornées au continent; elles auront actuellement pour objet les découvertes qu'ils avaient faits des îles situées dans les différentes parties dé l'Océan qui l'environne, et je commencerai, comme je me l'étais proposé , par Taprobane, plus grande et la plus importante de ces iles.
1 Éclaircissemens , ete., trad, angl, p. 10, = 3 Tab, géogr., apud Hudson, Géogr. min, nt, 1
Elle :
teurs tout | navig côtes être d Et cef point certai lexanc incon avec l:
de ses avoir | tous c fait m si diffé qu'ils :
bon, ll en ait qu'elle que l de l’In jours, marche vérité « de cinq uius-M doit re comme comme encore dernièr ple des lieu de fait au déjà. ÂT opposée qu'un tr Claude Romain qu'alors villes da lac qui de circo
: nés de |:
: constell:
1 Strab P. 1012. E + Sütua
ment au-delà de Lassa, a résidence du Dalay-
ns cette partie de l'Asie endroits avec une telle à se défendre de croire ‘les lieux mêmes. Parmi mples, je n'en citerai en des parties très dif.
| s'agit. La latitude de Cophènes (aujourd'hui ée, de trente-deux dequi correspond exactein géographe oriental, à latitude de Maracande on lui, de trente-neuf )'après les tables astroetit-fils de Timur, qui le dans cette ville, elle s trente-sept minutes?, opolis, dans Ptolémée, s quinze minutes; celle née par les jésuites mis.
e-neuf degrés, J'ai cité rapport parfait de ses été faits d’après les obur deux raisons : l’une, idemment que ces paravaient été examinées n; l’autre, parce qu'aaire connaître certaines ts de la géographie de > grande satisfaction à s un philosophe qui a ment de cette science.
sont une preuve éclaconnaissances autant nciusions, sur des pays loignement, n'auraient que très peu connus.
nes sur la connaissance avoir de l'Inde se sont es auront actuellement Les qu’ils avaient faites différentes parties dé , et je commencerüi, osé , par Taprobane, nportante de ces Îles.
rad, angl, p. 10, on. Géogr, min, 11, 14
Elle se présentait si inévitablement aux navigateurs qui osaient franchir le cap Comorin, surtout lorsque, d’après l’ancienne marche de la navigation, ils ne perdaient jamais de vue les côtes, qu'il semblerait que sa position aurait dû être déterminée avec la plus grande précision. Et cependant on aurait peine à trouver aucun point dans la géographie ancienne qui fût moins certain, moins déterminé. Avant le siècle d’Alexandre-le-Grand , le nom de Taprobane était
horizon; ils furent encore plus surpris de voir leurs ombres s’allonger versle nord, et le soleil se lever à leur gauche, et se coucher à leur droite, Ils assurèrent aussi que dans leur pays la lune ne paraissait jamais qu’au huitième jour de son renouvellement, et ne continuait d'être visible que jusqu’au seizième 1, On ne voit pas sans étonnement un auteur aussi intelligent que Pline, rapporter toutes ces circonstances comme naturelles, et surtout ne pas sentir que ce que inconnu dans l'Europe. Cette curiosité active | les ambassadeurs racontaient de l'imparfaite apavec laquelle il examinait tous les pays, objets | parition de la lune ne pouvait avoir lieu dans aude ses conquêtes ou de ses voyages, semble y | Cun pays de la terre,
avoir jeté quelque lumière. Depuis lui, presque | Ptolémée, quoique si peu éloigné du siècle tous ceux qui ont écrit sur la géographie en ont | de Pline, paraît ignorer entièrement et la desfait mention, mais c'est avec des circonstances | cription de Taprobane, et l'ambassade à l’emsi différentes , si opposées, qu'on a peine àcroire | pereur Claude. Il place cette île à l'opposite du qu'ils aient voulu parler du même endroit. Stra- | cap Comorin, à une assez petite distance du conbon ; le premier écrivain de l'antiquité qui nous | tinent, et ne lui donne pas moins de quinze deen ait rendu quelque compte détaillé, assure | grés en étendue du nord au sud, dont deux , sequ'elle était aussi grande que l'Angleterre, et | lon lui, au midi de l'équateur; si les dimensions que l'extrémité méridionale de la péninsule | qu'il lui donne sont justes, ce n’est pas sans de l'Inde en était séparée, selon les uns, de sept | raison qu'on l'a comparée à l'Angleterre pour jours, et, selon les autres, de vingt jours de | l’étendue?, Agathémère, qui écrivit après Ptomarche; ce qui l'engage à conclure, contre la | lémée, et qui connaissait parfaitement sa géovérité connue de sa position, qu’elle s'étend plus | graphie, regarde Taprobane comme la plus de cinq cents stades du côté de l’ouest 1. Pompo- | grande de toutes les îles, et ne donne à l'Angleuius-Méla , le second auteur en date, ne sait s'il | terre que le second rangs.
doit regarder Taprobane comme une île, ou D'après tant de descriptions différentes, doncomme l'entrée d'un Nouveau - Monde; mais | nées par les anciens, il n’est pas étonnant que comme personne , à ce qu’il rapporte, n'en avait | les modernes se soient si peu accordés sur l'idée encore fait le tour, il paraît incliner vers cette | qu'ils se sont faite de cette île de l'océan indien,
dernière opinion?. Pline donne une plus am- | qu'ils doivent regarder comme étant la même
ple description de Taprobane, mais qui, au | que la Taprobane des Grecs et des Romains.
lieu de porter un nouveau jour sur cette île, ne | Comme Pline et Ptolémée la représentent en
fait au’épaissir les voiles qui l'enveloppaient | partie au sud de l'équateur, quelques savans sou-
déjà. Après avoir fait l'énumération des opinions | tiennent que Sumatra est l'ile qui répond à cette
opposées des écrivains grecs, il nous apprend | description. Mais la grande distance à laquelle
qu'un roi de cette île envoya vers l’empereur Sumatra est placée de la péninsule de l'Inde, est
Claude des ambassadeurs, qui racontérent aux | une circonstance qui ne se trouve dans aucun
Romains plusieurs circonstances ignorées jus- | des récits que les écrivains grecs ou romains
qu'alors, entre autres, qu’il y avait cinq cents | nous ont laissés sur la position de Taprobane,
villes dans leur île, et qu'au centre existait un | et rien ne prouve que là zavigation des anciens
lac qui avait trois cents soixante-quinze milles | se soit étendue jusqu'à Sumatra. L'opinion la
de circonférence, Ces ambassadeurs furent éton- | plus généralement. reçue est que la Taprobane
nés de la vue de la grande Ourse et des Pléiades, | des anciens n’est autre chose que l'île de Ceylan ;
} constellations qui ne se montraient point sur leur
1 Æist, nat. , liv. vi, ch. xx.
2 Ptol., Hv, vu. ch. iv. D'Anville, Ant. de l'Inde, p. 142,
® Liv.u, ch, van, apud Hudson, Géogr, min., vol, u.
! Strab., lib. 11, p. 124, B. 180. B. 192, À, lib. Xv, P. 1012, B,
* Silualion du globe, \iv. at, Ch, vu.
sa proximité du continent de l'inde, la forme }
générale de l'ile telle qu'elle est décrite par Ptolémée , enfin la position de plusieursendroits qui en font partie, et dont il fait mention, sont des circonstances qui donnent à cette opinion un très haut degré d’évidence, malgré quelques méprises considérables dont je parlerai dans la suite.
Il serait aisé de faire voir, si un pareil détail jétait nécessaire, que les autres îles placées par Ptolémée à l'est de Taprobane ne sont autres que celles d'Adaman et de Nicobar, dans le golfe
de Bengal.
Après cette analyse, non moins ennuyeuse que longue, des progrès que firent les anciens dans la connaissance et l'examen des différentes parties de l'Inde, et après les avoir suivis jusqu'au terme le plus reculé où ils s’avancèrent dans lorient, soit par terre soit par mer, je vais présenter sur la manière dont iis procédaient dans leurs découvertes et sur le degré de confiance que nous pouvons accorder aux récits qu'ils nous en ont laissés, quelques observations générales qui auraient perdu la moitié de leur effet avant la fin de ces recherches.
L'art de tracer des cartes représentant , ou la forme entière de la terre connue, ou celle des pays particuliers, n'était pas inconnu des anciens ; et sans ce secours donné à l'imagination, il eût été impossible de se faire une ‘idée nette de l’une ou de l’autre. Hérodote et quelques autres des premiers écrivains grecs font mention de ces cartes. Mais aucune carte antérieure à celles qui furent faites pour faciliter l'intelligence de la géographie de Ptolémée n'est parvenue jusqu'à nos jours, et c'est pourquoi il est très difficile de concevoir quelle était la situation relative des différens lieux dent parlent les aneïens géographes, si ce n’est lorsqu'elle est déterminée par une mesure précise (33). Cependant, dès que la manière de fixer la situation de chaque endroit, en indigæant sa longitude et EF latitude, eut été répandue et généralement adoptée, il fut possible de déerire chaque position en termes abrégés et techniques. Mais néanmoins l'exactitude de cette nouvelle méthode et l'avancement qui en résultait pour la géographie, dépend de la manière dont les anciens estimaient la longitude et la latitude des lieux.
RECHERCHES HISTORIQUES
Quoique les anciens, “ans la détermination de la longitude et de la latitude des lieux , se réglassent absolument sur les mêmes principes que les modernes, cependant les instrumens dont ils se servaient pour cela étaient bien inférieurs en construction à ceux que l'on emploie aujourd’hui, et ils ne portaient pas sur chaque circonstance qui peut affecter l'exactitude d’une observation, cette attention scrupuleuse dont une longue expérience a pu seule démontrer la nécessité. Pour trouver la latitude d’unlieu, les anciens observaient la hauteur du soleil dans son midi, soit par l'ombre d'une aiguille perpendiculaire, soit par le moyen d’un astrolabe avec lequel il était aisé de calculer de combien de degrés et de minutes le lieu de l'observation était éloigné de l'équateur. Quand ils ne pouvaient employer aucun de ces deux moyens, ils présumaient la latitude d'un endroit quelconque par son plus long jour, dont ils s'informaient avec le plus grand soin.
1l ne leur était pas aussi facile de déterminer la longitude d’un lieu ; les cieux ne leur offraient pour cela qu'une seule espèce de phénomènes : c'étaient les éclipses de lune (car celles du soleil n'étaient pas assez bien comprises pour servir aux opérations géographiques); la différence du temps où l'on remarquait qu'une éclipse avait commencé ou fini dans deux endroits dif. férens, donnait aussitôt la distance entre les deux méridiens de ces lieux. Mais la difficulté de faire ces observations avec exactitude , et l'impossibilité de les répéter souvent, les rendaient d'un si petit secours dans la géographie, que les anciens, pour déterminer les longitudes, étaient obligés, la plupart du temps, d'avoir recours à des opérations faites sur le lieu , oude se contenter des faibles lumières qu’ils pouvaient recueillir des observations des marins, ou des Jourraux des voyageurs.
Mais quoiqu'on sache que les anciens, par les opérations dont je viens de parler, fussent très en état de déterminer à terre la position des lieux , il est très incertain qu'ils eussent aucun moyen convenable de faire la même opération sur mer. Les navigateurs de l'antiquité paraissent n'avoir eu que très rarement recours aux observations astronomiques. Ils n'avaient point d'instrumens adaptés à la mobilité et au balancement d’un observatoire maritime ; et quoique
cans la détermination latitude des lieux , se ir les mèmes principes ndant les instrumens cela étaient bien inféceux que l'on emploie rtaient pas sur chaque ecter l'exactitude d’une tion scrupuleuse dont pu seule démontrer la a latitude d’un lieu, les uteur du soleil dans son une aiguille perpendien d’un astrolabe avec alculer de combien de e lieu de l'observation ur, Quand ils ne poule ces deux moyens, ils ‘un endroit quelconque dont ils s'informaient
si facile de déterminer s cieux ne leur offraient spèce de phénomènes :
ne (car celles du soleil comprises pour servir hiques); la différence wquait qu'une éclipse dans deux endroits dif.
: la distance entre les ux. Mais la difficulté de rec exactitude , et l'imsouvent, les rendaient ns la géographie, que miner les longitudes, art du temps, d’avoir faites sur le lieu , oude imières qu'ils pouvaient ns des marins, ou des
que les anciens, par les de parler, fussent très à terre la position des n qu'ils eussent aucun ire la même opération s de l'antiquité paraisrarement recours aux ues. Ils n'avaient point a mobilité et au balane maritime ; et quoique
par leurs fréquens débarquemens ils eussent pu, jusqu'à un certain point, suppléer à.ee défaut, cependant il n’est pas un seul auteur ancien que je sache , qui parle d’aueune observation astronomique faite par eux dans le cours.de leurs voyages. Il paraît évident par Ptolémée, qui emploie quelques chapitres à prouver de quels ayäncemens la géographie est susceptible, et coniment les rapports des navigateurs peuvent servir à en corriger les erreursi , que tous leurs
calculs n'étaient foudés que sur desestimations, |
et n'étaient jamais le résultat d’une observation éclairée. Aujourd'hui même encore, malgré tous. les progrès que les modernes ont faits: dans la science de la navigation, cette manière de calcu-
ler par estimation passe pour si vague et si incertaine , qu'il n’est pas. possible, sur ce seul |
principe, de tirer la moindre conclusion avec quelque degré de précision. Cette inexactitude chez les anciens devait être considérablement augmentée par l’habitude où ils étaient , au lieu de suivre un cours direct, bien plus facile à inesurer, de former le long des côtes des circuits dont l'estimation ne pouvait être faite faute de
boussole ou de tout autre instrument propre à
cetobjet. Aussi voyons-nous beaucoup d’endraits dont la position , arrètée vraisemblablement sur
la mer, n’a été marquée qu'avec très peud’exac- |
titude. Lorsque, en conséquence d'un commerce actif, les ports d’un pays étaient beaucoup fré-
quentés, les journaux des différens navigateurs |
ont pu jusqu'à un certain point s'éclairer mutellement et mettre les géographes en état de tiver des conelusions plus voisines de la vérité.
Mais dans les contrées lointaines, qui n’ont été |
nile théâtre des opérations militaires, ni soumises à l'examen des caravanes qui les traversaient fréquemment dans leurs voyages, tout est nécessairement plus vague et plus indéterminé, et la ressemblance entre les anciennes descrip-
tions qui nous en restent, et leur forme actuelle |
est souvent si faible qu'on a peine à la suivre.
Mais la latitude des lieux , comme on devait s'y |
attendre, était en général beaucoup mieux connue des anciens que la longitude. kes observations qui servaient de fondement à l’une, étaient simples, faciles à faire, et peu sujettes à
l'erreur, L'autre, au contraire, west susceptible |
1 Liv.s, ch, vu, x
d'une détermination précise qu’au moyen de procédés plus compliqués, et d’instrumens beaucoup plus parfäits qu'aucun de ceux qui paraissent avoir été à l'usage des anciens (34). Parmi ce nombre infini de lieux dont Ptolémée a fixé la position, j'ignore s’il en est un seul dans la longitude duquel ii approche autant de la vérité qu'il l’a fait dans la latitude des trois villes que j'ai citées comme un exemple, quoique assez commun, de son exactitude.
Ces observations me confirment dans une opinion que j'ai présentée ailleurs {, que les Grecs et les Romains, dans leurs liaisons de commerce avec l'Inde , eurent rarement la curiosité d’en visiter les parties les plus orientales, et que l’amour même du gain ne fut pas pour eux un motif plus puissant. Une foule de circonstances viennent à l'appui de cette opinion. Quoique Ptolémée donne le nom d'esporia (marchés) à plusieurs places situées sur la côte qui s'étend depuis l'embouchure orientale du Gange jusqu’à l'extrémité de la Chersonèse-d'Or, il est incertain, comme je l'ai observé, si cette dénomination nous. autorise à les regarder comme des ports fréquentés par les vaisseaux d'Égypte, ou seulement par les vaisseaux du pays. Il est singulier qu’il ne eite qu'un seul marché au-delà de la Chersonèse-d'Or?; ce qui indique visiblement que les rapports avec cette région de l'Inde ont été très bornés, Si du golfe Arabique à ces contrées de Finde il s'était fait des voyages assez fréquens pour autoriser Ptolémée à spécifier d'une manière si particulière la longitude et la latitude d'an grand. nombre de lieux dont il parle , c'était aussi un moyen pour lui d'obtenir des renseignemens capables de prévenir plusieurs erreurs considérables , dans lesquelles il est tombé, Si l'usage eût été de doubler le cap Comorin, et de se porter le long du golfe de Bengale à l'embouchure du Gange, quelques-uns des anciens géographes n'auraient pas été si indécis, et d’autres ne se seraient pas si étrange ment mépris sur la situation et la grandeur da l'île de Ceylan. Si les marchands d'Alexandrie eussent. visité souvent les ports de la Chersonèsed'Or et de la Grande-Baie, les descriptions que Ptolémée en a faites se seraient trouvées sûrement plus conformes à leur véritable figure, et
1 Hist. de l'Amérique.
3 Liv. va, ch. 1,
536 RECHERCHES HISTORIQUES
il m'aurait point placé au-delà de la ligne plusieurs endroits qui, dans le fait, en sont éloignés de quelques degrés de notre côté.
Mais quoique la navigation des anciens ne se soit pas étendue peut-être jusqu'aux parties les plus éloignées de l'Inde, il n'y a pas de doute que plusieurs marchandises de ce pays n'arrivassent en Égypte, d'où on les envayait à Rome et dans les autres parties de l'empire. Des circonstances , dont j'ai déjà parlé, nous autorisent à conclure qu’elles étaient embarquées sur des vaisseaux du pays pour Musiris et autres ports de la côte de Malabar , qui, à cette époque , étaient les entrepôts du commerce avec l'Égypte. Dans un pays aussi étendu que l'Inde, où les productions naturelles sont variées et reçoivent mille nouvelles formes de l'art et de l'industrie, il a dû se former de bonne heure, entre ses différentes provinces, un commerce intérieur très actif par mer et par terre. Nous en avons quelques indices dans les auteurs anciens, et il faut bign se contenter des indices , (putes les fois que les sources de l'instruction sont si rares et si r'es-, serrées. Parmi les différentes classes ou castes, qui partageaient le peuple de l'Inde, on cite les marchands comme faisant une de ces castes 1; ce qui prouve que le commerce a été une des occu-' pations constantes des hommes dans ce pays.
L'auteur de la navigation autour de la mer Érythrée nous apprend que les habitans de la côte de Coromandel commerçaient sur leurs propres vaisseaux avec ceux de Malsbar; que le commerce intérieur de Barygaza était considérable, et que, dans toutes les saisons, on était sûr de trouver dans le port de Musiris quantité de vaisseaux du pays?. Nous trouvons dans Strabon que les plus précieuses productions de-Taprobane étaient transportées à différens marchés de l'Inde. C'était ainsi que les trafiquans égyptiens en étaient pourvus, et pouvaient finir dans un an leurs voyages qui auraient Mécessairement duré beaucoup plus long-temps s'ils eussent poussé aussi loin du côté de lorient qu'on le croit généralement,
D'après tout ceci, il paraît probable que les renseignemens sur les parties orientales de l'Inde , qui servent de fondement aux calculs de
1 Pline, Aist, nat., liv. wa, ch. xx.
2 Perip. mar. Erythr., 34, 30.
5 Lib. n,ch. 124 B.
Ptolémée, lui viennent beaucoup moins d'une
suite de rapports directs établis entre l'Égypte et ces pays, que des relations d’un petit nombre d'aventuriers que l'amour du gain, ou le désir de la nouveauté, a poussés au-delà du terme ordinaire de la navigation.
Quoique depuis le siècle de Ptolémée, le commerce avec l'Inde ne se fût point écarté de première route, et que Rome, l'ancienne capitale de l'empiré, aussi bien que Constantinople, le nouveau siége du gouvernement, cpntinuassent d’être approvisionnées des productions précieuses de ce pays, par des marchands d'Alexandrie, cependant , jusqu'au règne de l'empereur Justinien, on ne trouve plus de nouveaux renseignemens sur les liaisons par mer avec l'Orient, ou sur le progrès des découvertes dans ses régions éloignées. Sous Justinien, un marchand égyptien, nommé Cosmas, fit dans le cours de son trafic plusieurs voyages dans l'Inde, d'où lui vint le surnom d'Indicopleustes ; mais ensuite,
| par une fantaisie assez ordinaire dans ce siècle
superstitieux , il abandonna tous les #oins de ce monde pour se consacrer à la vie religieuse, Dans la solitude et le loisir d'une cellule, il composa plusieurs ouvrages dont l'un, décoré du nom de Topograplie chrétienne, est parvenu jusqu'à nous. Le principal objet de cet ouvrage est de combattre l'opinion de ces philosophes qui prétendent que la terre est de forme sphérique , et de prouver que c’est un plan oblong de douze mille milles dans sa longueur de l’est à l’ouest, et de six mille milles dans sa largeur du nord au sud , environné de hautes murailles, et couvert du firmament comme d'un pavillon ou d'une voûte; que la succession du jour et de la nuit était occasionée par une montagne d'une hauteur prodigieuse, située aux extrémités du nord, autouf de laquelle tournait le soleil; que lors-
* qu'il paraissait d’un côté de la moutagne, la
terre était éclairée, et qu’elle retombait dans les ténèbres, lorsqu'il était caché de l’autre côté !. Mais au milieu de ces rêveries extravagantes, plus conformes à la crédulité de sa nouvelle profession qu’au bon sens qui caractérise celle qu'il avait laissée, Cosmas paraît rapporter tout ce qu’il avait vu lui-même dans ses voyages, et tout
1 Cosmas, apud Montfaucon, Collect. Patrum, 1, 113, etc., 138,
ville
aucoup moins d’une
tablis entre l'Égypte ns d’un petit nombre du gain, ou le désir au-delà du terme or-
it point écarté de e, l’ancienne capitale e Constantinople, le ment, cpntinuassent productions précieuchands d'Alexandrie, de l'empereur Justinouveaux renseigneer avec l'Orient, ou rtes dans ses régions un marchand égyplans le cours de son ans l'Inde, d’où lui ustes ; mais ensuite, linaire dans ce siècle | tous les #oins de ce a vie religieuse, Dans e cellule, il composa n, décoré du nom de est parvenu jusqu'à e cet ouvrage est de philosophes qui préforme sphérique , et lan oblong de douze r de l’est à l'ouest, et largeur du nord au murailles, et couvert n pavillon ou d’une lu jour et de la nuit ontagne d’une hauextrémités du nord, le soleil; que lorsde la montagne, la le retombait dans les ché de l’autre côté !.
eries extravagantes, é de sa nouvelle proaractérise celle qu'il it rapporter tout ce ses voyages, et tout
de Ptolémée, le 1e
, Collect. Patrum, 1,
ce qu'il avait entendu dire avec beaucoup de naïveté, et un grand respect pour la vérité.
Il paraît avoir très bien connu la côte occidentale de la péninsule de l'Inde, dont il nomme plusieurs endroits. Il la représente comme le centre du commerce dy poivre, et cite Male en paticulier comme l’uf des port#de ce genre les plus fréquentés !; C'est probablement de Male que cette. partie du continent a tiré son nom moderne de Malabar ; et le groupe d'îles qui l'avoisinent , celui de Maldives. C’est aussi de lui que nous apprenons.que l'ile de Taprobane, qu’ Suppose être à une égale distance du golfe Persique à l’ouest, et du pays de Sina à l’est, était devenue, à raison de sa ‘situation avantagebse, un entrepôt considérable de commerce ; qu'on y portait la soie de Sina et les précieuses épices de lorient, qui de là se répandaient dans toutes les parties de l'Inde, dans la Perse et le long du golfe Arabique. Il donne à cette fle le nom de Siélédiba ?, où se retrouve celui de Seléndib ou Sérendib , sous lequel elle est encore aujourd’hui connue dans tot l'orient.
C’est aussi Cosmas qui, le premiet, nous parle d'un nouveau rival du commerce des Romains, qui se montra sur les mers de l'inde. Les Perses, après avoir renversé l'empire des Parthes et rétabli la racé de leurs premiers rois sur le trône, paraissent avoir entièrement surmonté l'aver- Sion de leurs ancêtres pour une existence maritime, et firent debonne heure de vigoureux efforts pour avoir part au commerce lucratif de l'Inde. Tous ses plus grands ports étaient fréquentés par des négocians perses, qui, pour quelques productions de leur propre pays, recherchées parmi les Indiens, recevaient en échange les marchandises précieuses qu'ils conduisaient le long du golfe Persique pour être distribuées , au moyen des grands fleuves de l'Euphrate et du Tigre, dans toutes les provinces de lèur empire. Comme le voyage de la Persé à l'Inde était bien plus court qu'en partant d'Égypte, et actompagné de moins de dépense et de danger, les relations entre les deux pays augmentèrent ra pidement. Cosmas rapporte une circonstance qui en est une preuve frappante. Dans la plupart des Villes un peu remarquables de l'Inde, il trouva
! Cosmas, liv. n, p. 138; liv. xt, p. 337.
?Lib. x1, p. 356.
établies des églises chrétiennes desservies par des prêtres que l'archevêque de Séleucie, capitale de l'empire Perse, avait ordonnés, et qui continuaient à être soumis à sa juridiction 1, I paraît qu'à cette époque l'Inde fut beaucoup mieux connue qu'au siècle de Ptolémée , et qu'il s’y établit un plus grand nombre d'étrangers. Il est cependant remarquable qu'aucun de ces étrangers, selon Cosmas, n'ait été curieux de visiter les parties orientales! de l'Asie , dont ils se contentaient de recevoir la soie, les épices et les autres productions précieuses , dans la route qu’elles suivaient de l'ile de Ceylan aux différens marchés de l’Inde 2,
La fréquence des hostilités ouvertes entre les empereurs de Constantinople et les monarques de Perse, et la rivalité toujours croissante de leurs sujets dans le commerce de l'Inde, dopnèrent lieu à un événement qui produisit un chan- &ement considérable dans la nature de ce commerce. Comme l'usage de la soie dans les habits et dans les ameublemens devenait de plus en plus général à la cour des empereurs grecs qui imitaient et qui surpassaient les souverains de l'Asie en splendeur et en magnificence, et comme la Chine, où, suivant le témoignage unanime des écrivains orientaux, la culture de la soie commença à être connueB, continuait à être le seul pays qui produisit cette marchandise précieuse , les Perses profitèrent des avantages que leur donnait leur situation surles marchands du golfe Arabique, et les supplantèrent dans tous les marchés de l'Inde, où la soie était transportée par mer des contrées de l’orient. Comme il leur était également facile de molester ou d’écarter les caravanes qui, pour approvisionner l'empire grec , faisaient par terre le voyage de la Chine, dtravers les provinces septentrionales
de l'empire, ils attirérent entièrement à eux
cette branche de commerce. Constantinople était obligée d'attendre d’une puissance rivale un article que le luxe faisait regarder et désirer comme essentiel à l'élégance. Les Perses. avec l'avidité ordinaire des monopoleurs, portérent la soie à un prix si exorbitant #, que Justinien,
1 Cosmas, liv. ur, p. 178.
2 Liv. x1, 337.
5 D'Herbelot, Bibiioth. orient., art. Hari .
# Procop , Aist. arca., cap. xxv.
uon-seulement désireux de s'assurer une provision suffisante d’une marchandise dont l'usige était devenu indispensable, mais encore jaloux d'affranchir le commerce de ses sujets des exactions de ses ennemis, s'efforça , par le moyen de son allié, le roi chrétien d'Abyssinie, d'enlever aux Perses une partie du commerce de la soie, Îl ne réussit pas dans cette entreprise; mais au moment où il s'y attendait le moins, un événement imprévu lui procura, jusqu'à un certain point, la satisfaction qu’il désirait. Deux moines perses ayant été employés en qualité de missionnäires dans quelques-unes des églises chrétiennes qui, comme nous le dit Cosmas, étaient établies en différens endroits de l'Inde, s'étaient ouvert un chemin dans le pays des Sères ou la Chine. Là, ils observèrent les travaux du ver à soie, et s'instruisirent de tous les procédés par lesquels on parvenait à faire de ses productions cette quantité d'étoffes dont on admirait l'élégance. La perspective du gain, ou peut-être une sainte indignation de voir des nations infidèles seules en possession d’une branche de commerce aussi lucrative, leur fit prendre sur-le-champ la route de Constantinople. Là ils expliquèrent à l'empereur l'origine de la soie et les différentes manières de la préparer et de la manufacturer, mystères jusqu'alors inconnus, ou dont on n’avait qu’une idée très imparfaite en Europe; encouragés par ses promesses libérales, ils se chargèrent d'apporter dans la capitale un nombre suffisant de ces étonnans insectes, aux travaux desquels l'homme est si redevable. En conséquence ils remplirent de leurs œufs des cannes creusées en dedans ; on les fit éclore dans la chaleur d’un fumier ; on les nourrit des feuilles d’un mûrier sauvage, et ils multiplièrent et travaillèrent comme dans les climats où ils avaient attiré pour la première fois l'attention et les soins de l'homme !. On éleva bientôt un grand nombre de ces insectes dans les différentes parties de la Grèce, et surtout dans le Péloponèse. Dans la suite, et avec le même succès, la Sicile: essaya d'élever des vers à soie, et fut imitée de loin en loin par différentes villes d'Italie. Il s'établit dans tous ces endroits des manufactures considérables, dont les ouvrages se faisaient avec la nouvelle soie du pays. On ne tira plus de l'Orient
! Procop., de Belle goth., lib. av, chap. xvn.
RECHERCHES HISTORIQUES
la même quantité de soie; on conçoit que les sujets des empereurs grecs ne furent plus obligés d'avoir recours aux Perses pour leur provision, et il se fit un changement considérable dans la nature des rapports commerciaux de l’Europe et de l'Inde (35).