IV. Comme la condition des anciens habitans
de l'Inde, soit qu'on les considère comme individusou comme membres ensociété, paraît, d’après |
la remarque précédente, avoir extrêmement favorisé la culture desartsagréables et utiles, nous sommes portés naturellement à examiner si les progrès qu’ils y ont faits étaient tels qu’on devait l’attendre d’un peuple dans cette situation. En essayant de suivre ces nrogrès, nous n'avons pas l'avantage d'un guide égal à celui qui conduisait nos recherches concernant les premiers articles. Les anciens, par leur peu de relation avec l'intérieur de l'Inde, n’ont pu communiquer que quelques instructions relativement aux arts
qu’on y cultivait. Quoique les modernes, lors- | | régulières que la première entrée offre à l'œil
qu'ils continuèrent leur commerce avec l'Inde pendant trois cents ans, aient eu les moyens de l'observer avec plus d'attention, c'est seulement depuis peu, qu’en étudiant les langues que l'on
parle aujourd’hui et que l'on parlait autrefois |
dans l'Inde , en consultant et traduisant leurs auteurs les plus célèbres, ils ont commencé à faire les recherches qui conduisent avec certitude à la connaissance de l'état des arts cultivés dans cette contrée.
Un des premiers arts que l’industrie humaine !
s'efforça de perfectionner au-delà de ce qu’exige la stricte nécessité, fut celui de l'architecture. Les productions de l’art, formées pour les besoins communs de la vie, se détruisent et périssent par l'usage ; mais les ouvrages destinés à
l'avantage de la postérité subsistent pendant des
sièeles , et c'est d'après la manière dont ils sont
1 Troisième discours, Recherches asiatiques de William Johnes, p. 428.— ? Code, chap xx1, & var.
exécutés que nous jugeons du degré de puissance , d'habileté et de perfection qu’avaient atteint les peuples qui les ont exécutés. Dans chaque partie de l'Inde on trouve des monumens d’une haute antiquité. Hs sont de deux espèces . ceux qui étaient consacrés aux offices de la religion et les forteresses bâties pour la sûreté du pays. Dans les premières de ces constructions,
forme, donnent le nom général de pagodes , on remarque une diversité de style qui annonce la marche graduelle de l'architecture, et jette
| du jour sur l’état générai C'’s arts et des mœurs
en différens périodes. Les pagodes les plus anciennes paraissent n'avoir été que des excava-
| tions dans les parties montagneuses du pays,
formées probablement à limitation des cavernes naturelles où les premiers habitans de la terre se retiraient en sûreté durant la nuit, et où ils trouvaient un abri contre la rigueur des saisons. La plus célèbre et, comme il est raisonnable de le croire, la plus ancienne de toutes celles-ci est la pagode de l'île Éléphanta, à peu de distance de Bombay. Elle a été taillée à mains d'homme,
! dans un rocher massif, à moitié chemin d’une
haute montagne, et formée dans une aire spa-
| ciense de près de cent pieds carrés. Pour sup- | porter le toit et le poids de la montagne, on a | tiré du même roc un nombre de piliers. massifs
d’une forme assez élégante , à des distances si
du spectateur une apparence de beauté et de solidité. Une grande partie de l'intérieur est remplie de figures humaines en relief, d'une taille gigantesque, de formes singulière, et ornée d’une variété de symboles, représentant probablement les attributs des divinités que les Indiens adoraient, ou les actions des héros qu'ils admiraient. Dans l'ile de Salsette , encore plus près de Bombay, il y a des excavations semblables, peu inférieures en magnificence, et destinées aux mêmes vues religieuses,
Ces ouvrages étonnans sont d’une si haute
| antiquité, que les naturels ne peuvent, soit par : l'histoire, soit par la tradition, donner aucun . renseignement sur le temps auquel ils furent
exécutés: ils em attribuent la construction généralement à des êtres supérieurs. Par l'étendue et la grandeur de ces demeures souterraines, que les voyageurs éclairés comparent aux plus célè-
u degré de puision qu’avaient att exécutés. Dans ve des monumens de deux espèces :
x offices de la repour la sûreté du ces constructions, elle que soit leur al de pagodes, on tyle qui annonce hitecture , et jette arts et des mœurs godes les plus ané que des excavagneuses du pays, ation des cavernes 1bitans de la terre t la nuit, et où ils gueur des saisons.
est raisonnable de toutes celles-ci est à peu de distance À mains d'homme, itié chemin d’une dans une aire spacarrés. Pour supla montagne, on à de piliers massifs à des distances si ntrée offre à l'œil > de beauté et de de l’intérieur est s en relief, d’une es singulière, et oles , représentant des divinités que actions des héros le Salsette, encore a des excavations n magnificence, et igieuses, mt d'une si haute > peuvent , soit par on, donner aucun ; auquel ils furent construction généurs. Par l'étendue s souterraines, que rent aux plus célè-
bres monumens de la puissance et de l'industrie numaine , dans aucune partie de la terre, il est manifeste qu'ils ne pouvaient avoir été faits dans cette scène de la vie sociale, où les hommes, toujours partagés en petites tribus, n'étaient point accoutumés aux efforts de l'industrie persévérante. C’est seulement dans les états d’une étendue considérable , et chez. des peuples habitués àla subordination et à agir de concert, que l'on conçoit l'idée d'ouvrages aussi magnifiques, etquel'antrouvelafaculté delesexécuter.
Que des états aussi puissans aient été établis lors de ces excavations dans les îles d'Éléphanta et de Salsette, ce n’est pas la seule conséquence que l'on doive tirer de leur inspection; le style des sculptures qui les orne annonce un progrès considérable de l’art dans ce premier
période. La seulpture est l’art imitatif dans le- |
quel l’homme paraît avoir fait le premier essai de ses talens. Mais, même dans ces contrées où elle a atteint le plus haut degré de perfection, ses progrès ont été extrêmement lents. Quiconque a fait attention à l’histoire de cet art dans la Grèce, sait combien les premiers essais pour représenter la figure humaine étaient loin d’en retracer tous les traits ; mais les différens groupes de figures qui sont restés entiers dans la pagode d'Éléphanta, quelque peu de cas qu'on en fasse si on les compare avec les ouvrages les plus élégans des artistes grecs ou même étrusques, sont exécutés dans un style très supérieur à la manière lourde et sans expression des Égyptiens ou des figures du fameux palais de Persépolis. C'est ainsi qu'en ont jugé des personnes suffisamment instruites pour appré-
‘cier leur mérite; et d'après différens dessins,
particulièrement ceux de Niebuhr, voyageur aussi exact dans ses observations que fidèle dans ses descriptions, nous pouvous former une opinion favorable de l'état des arts dans l'Inde à ce période.
C'est une remarque digne d’attention , que la plupart des figures qu'on voit dans les cavernes d'Éléphanta sont si différentes de celles qui sont aujourd'hui exposées dans les pagodes comme objet de vénération , que quelques savans européens ont imaginé qu'elles représentaient les rites d’une religion plus ancienne que celle qui est maintenant établie dans l'Indostan ; cependant les Indiens eux-mêmes considèrent ces
cavernes comme des places destinées à leur culte, et s’y retirent encore pour accomplir leurs dévotions ; ils y honorent les figures qui y sont ; de la même manière que celles de leurs pagodes. Pour confirmer ceci, une personne éclairée qui visitait ce sanctuaire souterrain en 1782, m'a dit qu'elle était accompagnée par un bramine ir telligent , natif de Bénarès, qui, quoiqu'il ny fût jamais venu auparavant, connaissait très bien la parenté, l'éducation et la vie de chaque divinité ou figure humaine qui y était représentée ,
| et expliquait couramment la signification des
divers symboles par lesquels les images étaient distinguées. On doit considérer ce témoignage comme une preuve que le système de mythologie, maintenant en vigueur à Bénarès, ne diffère pas de celui qui est figuré dans les cavernes d'Éléphanta. M. Hunter qui visita Éléphanta en 1784, parait considérer les figures comme représentant les divinités qui sont encore des objets de culte chez les Indiens !. Une circonstance sert à confirmer la justesse de cette opinion. La plupart des personnages les plus considérables dans les groupes d'Éléphanta sont décorés du Zennar, Ou cordon sacré, particulier à l'ordre des bramines , témoignage authentique que la distinetion des castes était établie dans l'Inde 'orsque ces ouvrages furent achevés.
2. Au lieu de cavernes, places primitives du culte, qui ne pouvaient être construites que dans des endroits particuliers, la dévotion du peuple commença bientôt à élever des temples à l'honneur de leur divinités dans des autres parties de l'Inde. Leur structure fut d’abord extrémement simple. C’étaient des pyramides d'une large dimension , qui n'avaient de jour que celui qui venait d’une petite porte. Les Indiens, habitués depuis long-temps à accomplir tous les rites religieux dans l'obscurité des cavernes , étaient naturellement portés à regarder les ténèbres profondes de ces demeures comme sacrées. IL y a encore dans l'Indostan quelques pagodes dans ce premier style d'architecture. M. Hodges2 a publié les dessins de deux de celles-ci près de Diogur, et d'une troisième, voisine du Tanjaour dans le Carnate, édifices d’une grande antiquité, si vastes , quoique d'une construction grossière . qu'il a fallu la puissance d'un état considérable pour les élever.
\ Archæologia, vol. VI, p. 286. — ? N° w.
3, À mesure que les différentes contrées de
l'Inde s’enrichirent et se perfectionnèrent, la structure de leurs temples s'améliora graduellement. De bâtimens simples ils devinrent des édifices très ornés, et ils sont, tant par leur étendue que par leur magnificence, des monumens du goût et de la puissance du peuple qui les à érigés. Il y a en différentes parties de l'Indostan des pagodes d'une grande antiquité et dans un style très fini, particulièrement dans les provinces du sud qui n'étaient point exposées à la violence destructive du zèle mahomé*:: ‘. Pour aider mes lecteurs à se former une idée de ces édifices qui les mette en état de juger du premier état des arts dans l'Inde, j'en décrirai succinctement deux, dont nous avons les détails les plus exacts. La pagode de Chillambrum près de Porto-Novo sur la côte de Coromandel , en grande vénération par son antiquité, a une porte magnifique sur une pyramide de cent vingt-deux pieds de haut , bâtie avec de larges pierres de plus de quarante pieds de long, et au-delà de cinq pieds de tour, le tout couvert de lames de cuivre, et orné d’une immense variété de figures habilement exécutées. L'édifice entier a neuf cent trente-deux pieds d’un côté, et neuf cent trente-six de l’autre : plusieurs parties décorées d’ornemens sont achevées avec une élégance qui
! Je n'ai entrepris la description d’aucune des excavations souterraines, si ce n'est de celles d'Éléphanta, parce que aucune d’elles n’a été si souvent visitée ou si soigueusement examinée ; dans plusieurs parties de l’Inde ily a cependant des ouvrages étonnans de la même nature. La magnificence de ceux de Pile de Salsette est telle que les artistes, employés par le gouverneur Boon pour en faire les dessins, assurèrent qu’elle avait exigé le travail de quarante mille hommes pendant quarante ans pour les achever (4#rchæol., v. VII, p. 336), Tout exagéré que ce mode d'estimation puisse être, il donne une idée de l'impression que leur vue peut faire sur l'esprit. Les pagodes d'Ellore, à dix-huit milles de Aurungabad, sont aussi taillées dans le roc; et si elles n’égalent pas celles d'Éléphanta et de Salsette en grandeur, elles les sui passent de beaucoup par leur étendue et leur nombre.M. Thevenot, qui donna le premier une description de ces habitations singulières, assure que pendant environ deux lieues tout autour de la montagne on ne voit rien que des pagodes (voyez part. nr, c.xuv). Elles furent examinées plus long-temps et avec plus d'attention par M. Anquetil du Perron, mais comme la longue description qu'il en a faite n’est accompagnée d'aucun plan ou desgiu, je ne puis donner du total une idée distincte. Il est évident cependant que ce sont les ouvrages d’un peuple prissant, et parmi les figures innombrables en
sculpture dunt les murs sont couverts, on peut distin- ;
fait l'admiration des artistes les plus habiles + La pagode de Seringham, supérieure en sainteté à celle de Chillambrum, la surpasse encore de beaucoup en grandeur ; et je puis heureusement en donner une idée parfaite, en adoptant les expressions d’un historien exact et élégant. Cette pagode est située à un mille environ de l'extrémité occidentale de l'île de Seringham, formée par la division de la grande rivière de Caveri en deux canaux. « Elle est composée de sept enclos carrés, dont les murs ont, l'un dans l'autre, vingt-cinq pieds de haut et quatre d'épaisseur ; ces clôtures sont à trois cent cinquante pieds de distance l’une de l’autre, et chacune d'elles a quatre larges portes avec une haute tour, lesquelles sont placées au milieu de chaque clôture et en face des quatre points cardinaux. Le mur extérieur est presque de quatre milles de circonférence, et sa porte d'entrée au sud est ornée de colonnes dont plusieurs sont d’une seule pierre de trente-trois pieds de longueur et près de cinq de diamètre, et celles qui forment le toit sont encore plus étendues. Les chapelles sont, dans les clôtures les plus intérieures. Un demi-mille environ, à l’est de Seringham, et plus près de Coleron que de Caveri, il y a une autre grande pagode, appelée Jembikisma , mais celle-ci n'a qu'une clôture.» L'extrème vénération que l'on
guer tous les objets actuels du culteindien.(Zend-Avesta, disc. prélim., p. 233.) 11 y a des excavations remarquables dans une montagne à Mavalipuram , proche de Sadras. Cette montagne est bien connue sur la côte de Coromandel par le nom des sept pagodes. Nous avons une bonne description de ces ouvrages d’une haute et précieuse antiquité. (Recherches asiatiques, vol. 1, p. 145.) On pourrait produire plusieurs exemples d'ouvrafres semblables, s’il était nécessaire. Ce que j’ai soutenu concernant l'élégance de quelques-uns des ornemens dans les édifices indiens est confirmé par le colonel Call, ingénieur en chef à Madras, qui appuie sur ceci, comme Sur une preuve de l’ancienne et haute civilisation des Indiens. « On peut assurer, dit-il qu'aucune partie du monde n'a « plus de marques d’antiquité, pour les arts, les sciences «et la civilisation, que la péninsule de l'Inde, depuis le « Gange jusqu'au cap Comorin. Je crois que les sculp- «tures de quelques pagodes et choultries, aussi bien que «la grandeur de l'ouvrage, surpassent tout ce qui a été «exécuté de nos jours, non-seulement pour la délicatesse «du ciseau, mais aussi pour les frais de construction, en « considérant souvent à quelles distartces les matériaux «ont été transportés, et à quelle hauteur ils ont été éle- « vés. » ( Transactions philosophiques, vol. LXIL, p. 354.)
1 Mémoires de littérature, tom. XXXI,p. 43, etc. Voyage de M. Sonrierat, tom. 1, p. 217
rable
s plus habiles ?.
ieure en sainteté ‘passe encore de is heureusement | adoptant les exet élégant. Cette iviron de l'extréingham, formée iviére de Caveri posée de sept enl'un dans l’autre, atre d'épaisseur ; nquante pieds de chacune d’elles a haute tour, lesle chaque clôture rdinaux. Le mur milles de circonsud est ornée de l'une seule pierre ur et près de cinq ment le toit sont apelles sont dans s. Un demi-mille , et plus près de ane autre grande , mais celle-ci n'a nération que l’on
dien.(Zend-Avesta, cavations remarquaram , proche de Sae sur la côte de Coles. Nous avons une d’une haute et préques, vol. I, p. 145.) ples d'ouvrages semai soutenu concernant nens dans les édifices | Call, ingénieur en ci, comme sur urie ilisation des Indiens.
partie du monde n'a les arts, les sciences > de l’Inde, depuis le crois que les sculptries, aussi bien que ent tout ce qui a été nt pour la délicatesse s de construction, en lartces les matériaux uteur ils ont été éleiques, vol. LXIL,
n. XXXI,p. 43, etc.
a pour Seringham, vient de la croyance qu’elle renferme la vraie image du dieu Wishnou, qui avait coutume d'être adoré par le dieu Brama. Les pèlerins arrivent ici de toutes les parties de la péninsule pour obtenir l'absolution, et aucun ne vient sans offrir de l'argent. Une grande partie du revenu de l'île est assignée à l’entretien des bramines qui habitent la pagode.
Ceux-ci avec leur famille ne formaient pas moins de cinquante mille âmes, entretenues, sans travail, par la libéralité de la superstition. Ici À comme dans toutes les autres pagodes de l'Inde, les bramines vivent dans une subordination qui ne connaît point de résistance, et dorment dans une volupté qui ne connaît pas les besoins !.
Les autres espèces d'édifices publics dont j'ai fait mention ont été construits pour la défense du pays. Des immenses plaines de l'Indostan s'élèvent en différens endroits des éminences et des rochers formés par la nature pour être des places fortes. Les naturels s’en emparèrent d'abord, et en les fortifiant par des ouvrages de différentes espèces, les rendirent des postes presque imprenables.
Il semble qu’il y a eu anciennement dans l'Inde un période de trouble général et de danger pendant lequel ces retraites étaient censées essentiellement nécessaires à la sûreté publique ; car parmi les devoirs des magistrats prescrits par les pundits, en voici un : «qu'il sera élevé un fort considérable dans la place où le magistrat choisit sa résidence ; qu'on bâtira un mur Sur les quatre côtés avec des tours , des créneaux ; et que l’on fera autour un fossé profond ?. » Plusieurs de ces forteresses subsistent ; et par leur construction ainsi que par la tradition, on juge qu'elles doivent avoir été bâties dans des temps très éloignés. M. Hodges en a publié trois plans, l'un de Chunar Gur, situé sur le fleuve du Gange, environ six milles au-dessus de Bénarès3 ; le second de Gwallior, près de huit milles au sud d’Agra #; le troisième de Bidjegur, dans le territoire de Bénarès 5, Ces forteresses sont toutes, particulièrement Gwallior, des ouvrages d'une étendue et d’une force considérables. Dans le Bengale cependant, elles ne sont pas comparables à plusieurs qu'on voit dans le Deccan. As-
‘Orme, ist. des trans. milit, de l'Ind., v.\, p. 178.
* Introduction au Code des lois indiennes, p.111. SONO — NO, — 5 Non
| seergur, Burhampour et Dowlatabad sont re-
| gardées par les naturels comme imprenables : $ et un bon connaisseur m'a assuré qu'Asseergur est certainement un ouvrage très étonnant , et dans une position si avantageuse, qu'il serait difficile de le réduire par la force.
Ce n'est pas seulement d'après l'examen de leurs travaux publics, que nous sommes autorisés à attester les anciens progrés des Indiens dans les arts utiles et agréables; nous sommes conduits à tirer la même conclusion à la vue des productions de leur industrie, qui étaient les Principaux articles de leur commerce avec les nations étrangères. Parmi ces productions , les ouvrages indiens au métier et à l'aiguille ont été les plus renommés dans tous les âges, et il y à lieu de conjecturer avec quelque probabilité que la belle toil: a été appelée Sindon par les anciens, du nom de la rivière Indus ou Sindus , près de laquelle on la travaillait avec le plus de perfection ?. Les manufactures de coton des Indes paraissent avoir été autrefois aussi admirées qu'elles le sont à présent, non-seulement pour la délicatesse de son tissu, mais par l'élégance des broderies, et les belles nuances des fleurs qui en ornent d'autres. Depuis le temps le plus ancien du commerce des ‘Européens avec les Indiens, cette contrée s’est distinguée par le nombre et l'excellence des substances dont elle ahonde pour teindre en différentes couleurs 3.
La teinture de cette couleur bleu foncé, si estimée chez les Romains, portait le nom d'indicum. La substance employée à teindre d’un
! Reunel, Mémoires, p. 133, 139.
2 M. Jones, troisième discours, p. 428.
* Strab., lib. xv, p. 1018, A. 1024, B.
# Pline, Æist. naturelle, lib, XXXV, C. VI, 6 XxvI. — L'Inde, dit Strabon, produit une variété de substances qui donnent des teintures dans les plus admirables couleurs, L'indicum , qui produit la belle couleur bleue, paraît être l'indigo des modernes : nous pouvons le conclure non-seulement de la ressemblance du nom et de l'identité des effets, mais encore de la description donnée par Pline, dans le passage que j'ai cité dans le texte. 1! savait que c'était une préparation d'une substance vépétale, quoiqu'il fût mal informé et relativement à la planie elle-même, et sur le procédé par lequel on la préparait pour l'usage; ce qui ne paraîtra pas surprenant quand nous nous rappellerons l'ignorance étrange des anciens
par rapport à l’origine et à l’apprêt de la soie. Quelques auteurs nomment l'indigo, à cause de sa couleur dans la
forme qu'il était importé, atramentum indicum , encre indienne, et indicum nigrum, noir indien (Salmas., Exerc., p.180);et on en parle, sous ces derniers noms,
rouge vil, paraît aussi avoir été importée de l'Inde t; et l'on sait bien que dans les étoffes de soie et decoton, le rouge et le bleu sont des couleurs d'une beauté et d'un lustre très éclatant. Mais quelque grande que soit l'admiration des anciens pour ces productions de l'art des Indiens, quelques cireonstances dont j'ai déjà fait mention rendirent leur goût pour les manu-
factures de coton des Indes bien moindre que | celui des temps modernes; c'est ce qui a été |
cause de la connaissance ‘très imparfaite que nous en ont laissée les écrivains grecs et romains : nous pouvons conclure cependant de la ressemblance étonnante de l'état ancien de l'Inde avec l'état moderne, que dans tous les temps leurs ouvrages au métier étaient aussi beaux que variés. Les anciens auteurs rappellent avec éloge l'industrie des Indiens dans d'autres espèces d'ouvrages, particulièrement en métaux
parmi les articles d'importation de l'Inde, (Periol. Mar. Erythr , p.22.) La coileur de l'indigo moderne sans être delayé ressemble à celle de l'indicum ancien, si fortement coloré qu'il parait noir. (Delaval, Expér., Recherche sur la cause et les changemens des couleurs, préface, p. 23.) La gomme laque, employée.dansila tein.. ture rouge, était aussi connue des anciens et sous le même nom qu'elle porte aujourd’hui. (Salmas., Exerc., p. 810.) Cette substance précieuse d’une utilité si étendue pour la peinture, la teinture, le-vernis du Japon , pour les vernis et dans la manufacture de cire à cachater, est le produit d’un très petit insecte. Ces insectes se fixent aux extrémités succulentes des branches de certains arbres, et sont aussitôt eollés à la place où ils s’attachent,
et en ivoire, mais sans donner aucune description particulière de leur nature !, Îl y a maintenant en Europe quelques modèles des anciens ouvrages des artistes indiens , d'après lesquels il paraît qu'ils avaient connaissance de la méthode de graver sur les substances les plus dures, et que, par l'élégance de leurs dessins et la finesse de l'exécution, ils étaient arrivés à un degré remarquable de perfection. Un auteur ingénieux soutient que l'art de graver sur les pierres précieuses était probablement une in-
| vention indienne, qu'elle y fut certainement
cultivée de bonne heure , et il soutient cette opinion par plusieurs argumens plausibles 2, Les pierres gravées indiennes dont il a publié les descriptions, paraissent l'ouvrage d’un période de temps très éloigné, puisque leurs légendes sont en sanskrit à.
Ce n’est pas seulement des progrès des arts mécaniques dans l'Inde que nous concluons que ses habitans ont été très civilisés ; nous en avons encore une preuve plus convaincante dans des ouvrages anciens , fruit de leur génie dans les beaux-arts, Cette preuve devient plus intéressante , parce qu'elle émane d'une source de connaissance que la louable curiosité de nos
| concitoyens a ouverte aux peuples de l'Europe
depuis quelques années. C’est un fait connu depuis long-temps, que toute la science et la littérature
| desbramines étaitrenfermée dans deslivres écrits
par une liqueur épaisse.et transparente , quitranssudede |
leurs corps ; l'accumulation graduelle de cette liqueur forme pour chaque irsecte une cellule complète qui sert de tombeau à la mère et de berceau à sa postérité. Cette substance glutineuse, dont les branches d'arbres sont entièrement couvertes, est la gomme laque. On a donné d’une manière concise, exacte et satisfaisante, le détail de sa formation, de sa nature et de son usage dans les
Transactions philosophiques (v. LXXI, part. n1, p. 374.) | Ctésias paraît avoir recu une description assez claire de
l'insecte qui produit la gomme ‘laque ,'et il célébre la beauté de la couleur que sa teinture fournit. (Excerpta ex Indice. ad calc. Herodot., édit. Wesseling, p. 840.) Teinturiers indiens était l'ancien nom de ceux qui teignaïient soit en beau bleu, soit en beau rouge; ce qui indique la contrée d’où les matières qu'ils employaient étaient apportées (Salmas., Zb., p. 810.) Leurs étoffes de coton, teintes de différentes couleurs, prouvent que les Anciens Indiens doivent avoir fait des progrès considérables dans la science de la chimie. Pline (lib. xxxv, c. 1, $ xeu), donne une relation de cet art tel qu’il était connu anciennement. C’est précisément le même que celui que l’on emploie maintenant pour les toiles peintes. 1 Salm., Exerc. sur Solin., 180, etc., 810.
en une langue entendue par un petit nombre des plus savans d'entre eux , et tous les Européens, établis dans l'Inde durant trois cents ans, se sont plaints que les bramines refusassent d'instruire qui que ce soit dans cette Jangue. Mais à la fin, par adresse , par de bons traitemens et par la persuasion que l'ardeur avec laquelle on sollicitait l'instruction ne procédait d'aucune intention de tourner leur religion en
ridicule, mais du désir d'acquérir une connais-
sance parfaite de leurs sciences et de leur littérature , leurs scrupules ont été levés. Quelques gentilshommes anglais possèdent maintenant le sanskrit parfaitement. Le voile mystérieux, autrefois impénétrable, est levé, gt dans le cours de cinq ans , la curiosité du public a été satis-
? Strab., lib. xv, .p. 1044, B. Dyon. Periegetes, vers 1016
2 Introduction de Raspe à la descript. de Tassie, Catal. des pierres gravées , etc., p. 12, etc.
5 Jbid., vol. 1, p. 74, vol. Il, pl. x.
fait qu par poi selc Vei troi L'a tiqu d. ( don de « en é cinq d'ur qu'i Gee juge ie de | trou deb tatic du d heur char rega côté.
fils, il eu et q fut « et ex «na, «ati ude ‘ «sur creu «j'au «lon; «la vi «puis «qu'e «vie.
«on | «heu «sur «Tuti «fils .
* aucune descripe !, [l ya maintedèles des anciens , d'après lesquels issance de la ménces les plus duleurs dessins et la ent arrivés à un tion, Un auteur de graver sur les ablement une infut certainement il soutient cette 18 plausibles 2, Les ont il a publié les rage d'un période ue leurs légendes
s progrès des arts nous concluons civilisés ; nous en convaincante dans e leur génié dans levient plus inté- : d'une source de curiosité de nos uples de l'Europe u fait connu depuis ce et la littérature ansdeslivres écrits un petit nombre et tous les Euroant trois centsans, mines refusassent dans cette langue.
ar de bons traiteque l'ardeur avec ction ne procédait er leur religion en uérir une connaises et de leur littété levés. Quelques lent maintenant le e mystérieux, au- , £t dans le cours oublic aété satis-
Periegetes, vers 1016 descript. de Tassie, p. 12, etc.
faite par deux publications aussi singulières qu'inattendues. La première est une traduction par M. Wilkins, d'uu épisode du Wahabarat, poème épique très estimé des Indiens, composé, selon leur tradition, par Kreeshna Dwypayen Veias, le plus éminent de tous leurs bramines , trois cents ans environ avant l'ère chrétienne,
L'autre est intitulé Sacontala, poème drama- | tique, écrit centansenviron avant la naissance de | J. Get traduit par M. Jones. J'essaierai de |
donner une analyse du sujet et de la composition de ces deux ouvrages pour mettre mes lecteurs
en état d'apprécier le degré de mérite de chacun. |
Le Mahabarat est un poème volumineux de cinq cent mille vers, M. Wilkins en a traduit plus d'un tiers ; mais il en a seulement publié jusqu'ici un épisode très court, intitulé Baghvat- Geela, et par cet essai nous pouvons porter un jugement sur le tout. Le sujet du poème est ïne fameuse guerre civile entre deux branches de la maison royale de Bhaurat. Lorsque les troupes de chaque côté furent rangées en ordre
de bataille, prêtes à décider l'objet de la contes- |
tation par l'épée , Arjoon, le favori ct le pupille du dieu Kreeshna qui l’accompagnait dans cette heure de danger, lui dit de faire avancer son chariot entre les deux armées ennemies. Il les regarda l’une et l'autre, et ne vit de chaque côté que grands-pères, oncles, cousins, tuteurs, fils , frères , parens et amis intimes ; et quand il eut regardé fixément pendant quelque temps,
fut saisi d'attendrissement et de componction, et exprima sa douleur en ces termes: «O Kreesh- «na, à la vue de mes enfans aïnsi agités dans «l'attente du combat, mes membres n'ont plus wde force, mon visage pälit, le poil se hérisse «sur mon corps, et tout mon être frémit d’horcreur ! ma peau est brûlée et desséchée. Lorsque «j'aurai détruit mes parens , n’attendrai-je pas «long-temps le bonheur * Je n’ambitionne pas «la victoire, d Kreeshna ; je ne manque point de “puissance, je n'ai pas besoin de plaisir; car «qu'est-ce que l'empire et les jouissances de la “vie, ou la vie elle-même, quand ceux pour qui «on enviait la puissance , le plaisir et le bon- «heur, méprisant la vie et la fortune, sont ici «sur le champ de bataille prêts à combattre ? «Tuteyrs, fils et pères, grands-pères et petits- «fils, oncles, nevenx. consins, proches et amis, |
SUR L'INDE ANCIFNNE. 607
“quand ils voudraient me tuer, je ne voudrais «pas les combattre , non, pas même pour l'em- «pire des trois grandes régions de l'univers; «encore moins pour ce petit coin de terre !,» Pour écarter ses scrupules , Kreeshna lui apprend quel était, dans une telle conjecture, le devoir d'un prince de la Chehterie où caste militaire , et l'excite à le remplir par diverses raisons morales et philosophiques que j'aurai occasion de considérer en particulier dans une autre partie de cette dissertation, Plusieurs passages de ce | dialogue entre Kreeshna et son pupille donnent une haute idée du génie du poète. Le discours d’Arjoon que j'ai cité, et où il exprime l'angoisse de son âme, doit avoir frappé tous les lecteurs par sa beauté et le pathétique des sentimens ; dans la suite de ces notes je rapporterai une description sublime de l'Etre suprême et du respect avec lequel il était adoré. Mais tandis que ces morceaux excitent notre admiration et nous confirment dans l'idée que la civilisation devait être très perfectionnée dans un pays qui avait produit un tel ouvrage , nous sommes surpris de trouver si peu de goût et d'art dans la manière d'amener cet épisode. Deux armées puissantes sont rangées en ordre de bataille, empressées de combattre ; un jeune héros et son instituteur sont représentés débout dans un chariot de guerre au milieu d'elles: ce n’était sûrement pas là le moment de lui enseigner les
| principes de la philosophie, et de lui expliquer et qu'il eut vu ceux-ci préparés au combat, il |
dix-huit leçons de métaphysique et de théologie. Quant à la poésie, soit dramatique, soit épique des Indiens, nous sommes obligés de nous en
former une opinion d’après un simple morceau de l’un et de l’autre ; et même nous ne pouvons avoir qu'une idée bien imparfaite du dernier genre, puisque nous ne connaissons qu'un fragment d'un grand poème, Cependant , si nous pouvons hasarder quelque décision sur de si faibles débris, c'est que des deux poésies, le drame paraît avoir été conduit avec le goût le plus épuré; on en jugera par les observations que je me propose de faire sur Sacontala.
Ce n’est que pour les nations fort avancées dans la civilisation quelle drame est un amusement public. Les Grecs, depuis long-temps , étaient un peuple policé; Alcée et Sapho avaient composé leurs odes; Thalès et Anaximandre ? Raghvat-Geeta.
avaient ouvert leurs écoles avant que la tragédie eût fait ses premiers et grossiers essais sur le chariot de Thespis ; et un long espace de temps s'écoula avant qu'elle parvint à quelque degré de perfection. Ainsi, d’après le drame de Sacontala, nous devons nous former une idée avantageuse des progrès d'une société à laquelle un paréil ouvrage était assorti. Néanmoins, en appréciant son mérite, nous ne devons pas lui appliquer les règles de la critique tirée de la littérature et du goût des nations , inconnues à sen auteur ; nous ne devons pas y chercher le principe des unités du théâtre grec; nous ne devons pasle juger d’après nos modèles et nos convenances. Il faut avoir égard aux coutumes locales et aux mœurs particulières, fruits d'un état de société domestique, d’un ordre de politique civile et d’un système d'opinions religieuses , très différens de ceux qui sont établis en Europe. Sacontala n’est pas un drame régulier ; mais, comme quelques-unes des pièces représentées autrefois sur les théâtres espagnols et anglais, c'est une histoire en dialogue où se trouvent racontés des ‘vénemens arrivés en différens endroits, et qui wccupent plusieurs années ; sous ce point de vue, la fable, en général, est bien arrangée; les incidens sont heureusement choisis, et les révolutions dans la situation des principaux personnages sont touchantes et nattendues. Le dénoûment de la pièce cependant, quoique quelques-unes des circonstances préparatoires soient introduites avec adresse , est à la fin amené par l'intervention d'êtres supérieurs , qui a toujours un mauvais effet et décèlele défaut d'art. Mais, comme Sacc"tala était
née d'une nymphe du ciel, et sous la protection |
d'un saint ermite, cette entremise céleste peut
paraître moins merveilleuse; elle est d’ailleurs | parfaitement conforme au goût oriental. Dans |
plusieurs endroits ce drame est d’un ton simple et sensible ; dans quelques-un: ! ‘st pathétique,
dans d’autres c'est un mélange de comique avec |
ce qu'il y a de plus sérieux. On peut donner des exemples de l'un et de l’autre genre. Je citerai quelques traits du premier, et parce que la simplicité et la tendresse sont les beautés caractéristiques de la pièce, et parce qu’ils ont peu du style figuré et enflé de la poésie orientale. Sacontala, l'héroïne du drame , princesse de grande naissance, avait été élevée par un saint
ermite dans un petit bois consacré, et avait passé la première partie de sa vie dans les occupations rurales et l'innocence pastorale. Quand elle fut sur le point de quitter cette retraite chérie, et d'aller à la cour d’un grand monarque avec qui elle avait été mariée, Cana, son père nourricier, et ses jeunes compagnes déplorent ainsi leur perte et expriment leurs vœux pour son bonheur avec une énergie de sentiment et dansun langage parfaitement analogue à leur caractère pastoral,
« Écoutez, à vous arbres de cette sainte forêt, «écoutez et annoncez que Sacontala va au palais «de son époux, elle qui ne voulait pas boire, «quoique altérée, avant que vous fussiez ar- «rosés ; elle qui ne voulait point cueillir, par af- «fection pour vous, une seule de vos feuilles «nouvelles, quoiqu’elle eût aimé à en orner ses « beaux cheveux ; elle, dont le plus grand plai- «sir était de voir la saison où vos branches sont «parées de fleurs ! »
Le chœur des nymphes du bois. «Puisse le «bonheur l'accompagner dans sa route! puis- «sent les zéphirs propices parfumer les airs sur «son passage de la poussière odoriférante des «fleurs ! puissent les réservoirs d’une eau lim- «pide, verdoyant des feuilles du lotos, la raafraîchir dans sa marche; et puissent les bran- «ches des arbres, par leur ombrage , la défendre « des rayons brûlans du soleil!»
Sacontala, à peine sortie du bocage, se tourne vers Cana : «Permets-moi, à père vénérable, «de consacrer ce mad-havi, dont les fleurs «rouges semblent embrasser ce bocage. »
Cana. « Mon enfant, je connais ton affec- «tion pour cet arbrisseau. »
Sacontala. «O Ja plus radieuse des plantes, «reçois mes embrassemens, et rends-les-moi «avec tes bras flexibles! Quoique éloignée de «toi, je te serai toujours dévouée, — O père «chéri! considère cette plante comme moi-même! »
\ À mesure qu'elle s'avance, elle s'adresse encore
à Cana : « O mon père! lorsque cette gazelle, «qui maintenant marche lentement , à cause du «poids des petits dont elle est pleine, aura mis «bas, envoie-moi, je t'en supplie, un doux mes- «sage avec des nouvelles de sa santé, — Ne l’ou- «blie pas.» — Cana. «Ma bien-aimée! je ne «l'oublierai pas,» Sacontala (s’arrètant). « Ah ! «qu'est-ce qui s'attache aux pans de ma robe «et me retient?» — Cana. «C'est ton enfant
«ado «en | «si st «d'In upoi, «nan «pro!
Sa « faor «com «per «nais «mên «nou:
«tit, en la «fant «du « «suis- «sous «lutio «gage «senti «vrai «dete «te di Toi sembl indien a des qu'un être p une p quent repla Sacon:
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lle s'adresse encore sque cette gazelle, tement , à cause du st pleine, aura mis pplie, un doux messa santé, — Ne l’oubien-aimée! je ne , (s'arrêtant). « Ah !
x pans de ma robe , «C'est ton enfant
SUR L'INDE
«adoptif, le petit faon, dont la bouche blessée «en broutant les pointes aiguës du cusa, a été «si souvent frottée par toi de l'huile salutaire «d'Ingudi ; que tu as nourri tant de fois d'une «poignée de graines de Sumac, et qui mainte- «nant ne veut pas abandonner les traces de sa «protectrice. »
Sacontala.— « Pourquoi gémis tu, tendre «faon, à cause de moi qui dois quitter notre «commune demeure ? Je t'élevai, lorsque tu eus «perdu ta mère, qui. mourut aussitôt après ta «naissance; mon père nourricier te servira de «mème et avec des soins aussi tendres , quand «nous serons séparés. — Retourne , pauvre pe- «tit, retourne. — Nous allons partir. » (Elle fond en larmes). — Cana. «'les larmes, mon en- «fant , sont déplacées dans cette occasion. Aies «du courage; vois la route droite devant toi, et «suis-la. Quand la grosse larme se cache au-des- «sous de tes beaux yeux abattus. que ta réso- «lution réprime ses premiers efforts pour se dé- «gager. Dans ton passage sur cette terre, où les «sentiers sout tantôt hauts, tantôt bas, et où le «vrai sentier est rarement distingué, les traces «detes pieds doivent être inégales, mais la vertu «te dirigera dans le vrai chemin !.»
Tout lecteur de bon goût doit être, ce me semble, satisfait de cet échantillon du drame indien. Ce ne peut être que chez un peuple qui a des mœurs policées et des sentimens délicats qu'une composition si simple et si correcte a pu être produite et goûtée. J’observe dans ce drame une preuve de l'absurde extravagance si fréquente dans la poésie orientale. Le monarque, en replaçant un bracelet qui était tombé du bras de Sacontala , lui parla ainsi : «Regarde, ma bien- «aimée, c’est la nouvelle lune qui a quitté le fir- «mament pour honorer une beauté supérieure ; «elle est descendue sur son bras enchanteur, et «a réuni des croissans alentour pour former un «bracelet ? » Voilà le discours d’un jeune homme transporté pour sa maitresse, et à tout âge, et chez toutes les nations, on doit attendre un éloge exagéré de la bouche de tous les amans. Les représentations dramatiques paraissent avoir été l’amusement favori des Indiens, aussi bien que des autres nations civilisées. «Les tra- «gédies., les comédies, les farces et les pièces de «musique du théâtre indien rempliraient tout
1 Act. av, p. 47, ec. — ? Act. int, p. 36.
«autant de volumes que celles d'aucun peuple de «l’Europe ancienne ou moderne. Elles sont tou- «tes en vers lorsque le dialogue est élevé, et en «prose quand il est familier; les grands et les «“savans sont représentés parlant le plus pur «sanskrit, et les femmes le pracrit, qui n'est «guère que le langage des bramines adouci par «une articulation délicate jusqu’à la douceur de «l'italien; les personnages inférieurs du drame «emploient lesdialectes vulgaires des différentes «provinces qu’ils sont supposés habiter, »
! La littérature sanskrite est une acquisition toute récente en Europe, le Baghvat-Geeta, qui est la première traduction dans cette langue, n'ayant été publié qu’en 1785 : après avoir revu dans le texte avec un plus grand degré d’attention critique les deux ouvrages du sanskril lea plus dignes d'être connus, il appartient essentiellement au sujet de mes recherches, et quelques-uns de mes lecteurs m'en saurout gré, de donner ici un extrait succinct d’autres compositions dans cette langue, qu’on nous a fait connaître. L'usage étendu du sanskrit est une circoustance qui mérite une attention particulière. « La grande source de la littérature indienne, dit M. Halhed (le premier Anglais qui ait acquis la connaissance de cette langue), la mère de presque tous les dialectes, depuis le golfe Persique jusqu'aux mers de la Chine, c’est le sanskrit, langage de la plus haute et de la plus respectable antiquité, qui, à présent, quoique renfermé dans la bibliothèque des bramines, et approprié seulement aux actes de leur religion, paraît avoir été répandu sur la plus grande partie du monde oriental, et l’on peut découvrir encore les traces de son étendue primitive dans presque tous les cistricts de l’Asie. J'ai souvent été étonné de la similitude des mots sanskrits avec ceux des langues perse et arabe, et même ceux du grec et du latin, et cela non seulement dans les termes techniques et métaphoriques, que le changement des arts raffinés et des mœurs cultivées peut avoir accidentellment introduits, mais même dans le langage de l’agriculture, dans les monosyllables, dans les noms des nombres, ec les dénominations de certains objets qui ont dû être distingués d’abord à l'aurore de la civilisation. La ressemblance que l’on peut observer dans les caractères des lettres, sur les médailles et les cachets de différens districts de l'Asie, la luwière qu’ils réfléchissent réciproquement les uns sur les autres, et l’analogie générale qu'ils ont tous avec le même grand prototype, offre un autre champ à la curiosité. Les monnaies d’Assam, de Napaul, de Cachemire, et de plusieurs autres royaumes, sont toutes frappées avec des caractères sanskrits, et le plus souvent renferment des allusions à l’ancienne mythologie sanskrite. J'ai observé la même conformité dans la gravure des sceaux de Boutan et du Thibet, On peut aussi tirer une conclusion
parallèle de l’arrangement particulier de l'alphabet sanskrit, très différent de ceux des autres parties du monde. Ce mode extraordinaire de combinaison existe encore dans la plus grande partie de l’orient, de l’Indus jusqu'au Pégu, dans des dialectes sans liaison apparente et entiè-
V. Les progrès des Indiens dans les sciences , fournissent de nouvelles preuves de leur antique civilisation. Tous ceux qui ont visité l'Inde dans les temps anciens et modernes , pensent que ses habitans, soit dans les affaires domestiques, soit dans la conduite des affaires politiques, n'ont été inférieurs à aucun autre peuple en sagacité, en pénétration d'esprit, ou en industrie, De
rement différens par les lettres; c’est un puissant argu
ment qu'ils sont tous dérivés de la même source. Un autre obiet de spéculation se présente dans les noms des personnes, des lieux, des titres et des dignités, et dans lesquels, jusqu'aux limites les plus reculées de l'Asie, on trouve des traces manifestes du sanskrit ( Préface à la
grammaire de la langue du Bengale, p. 3). Après ce |
curieux tableau de la langue sanskrite, je continue de faire l’énumération des ouvrages qui ont été traduits de cec idiome, outre les deux mentionnés dans le texte. — 1° Nous sommes redevables à M. Wilkins de l’Æïto- Pade, ou instruction amicale, en une suite de fables, entremélées Se maximes morales, civiles et politiques, Cet ouvrage est dans une ‘si haute estime dans tout l'orient, qu'il a été traduit dans toutes les langues que l'on y parle. Il n'échappa pas aux soins de l'empereur Akber, attentif à tout ce qui pouvait contribuer à étendre la science utile. Il ordonna à son visir Aboul-Fazel de mettre cet ouvrage à la portée de tout le monde; ce qu'il fit, et il lui donna le titre d'Épreuve de la sagesse. Enfin ces fables se répandirent en Europe et y ont ciroulé avec des additions et des changemens sous les noms de
Pilpay et d’Esope. Plusieurs apologues du sanskrit sont | ingénieux et beaux, et ont été copiés ou imités par les | fabulistes des autres nations. Mais dans quelques-uns les |
caractères des animaux sur la scène sont très mal soutenus. La description d’un tigre extrêmement dévot et pratiquant la charité et les autres devoirs religieux, p. 16; et une vieille souris qui a beaucoup lu dans le Veete Sairas, ou système de morale et de politique, p. 24; un
chat qui lit les livres religieux, p.35, découvre un grand |
défaut de goût et de convenance. Plusieurs des sentences
morales, si on les considère comme maximes détachées, |
sont fondées sur une connaissance parfaite de la vie et des mœurs et offrent l'instruction avec une élégante simplicité. Mais les efforts de l’auteur pour faire de son ouvrage une suite de fables liées, et sa manière de les entreméler d'un nombre égal de réflexions morales en prose et en vers, rend la composition totale si recherchée
que la lecture en devient souvent désagréable. Akber y |
fut si sensible que, parmi d’autres instructions, il avertit son visir d’abréger les longues digressions de cet ouvrage. Je suis loin de vouloir ici déprimer le moins du
monde le mérite de M. Wilkins. Son pays lui est très re- | devable de ce qu’il a ouvert une source nouvelle de | science et de goût. La célébrité de l’'Æito-Pade et son |
propre mérite, malgré les défauts dont j'ai parlé, justifie le choix qu'il en a fait comme d’un ouvrage digne d’être connu en Europe dans sa forme originale. En lisant cette traduction et les autres du même auteur, personne ne lui refusera l'éloge auquel il borne modestement ses prétentions, «d’avoir dessiné un portrait que nous supposons
l'application de ces talens à la culture des sciences on pouvait attendre un degré extraordinaire d'avancement. Aussi, les Indiens ont-ils été autrefois célèbres par leurs connaissances ; et quelques-uns des plus éminens pbilossphes de la Grèce, qui avaient voyagé dans l'Inde, y avaient puisé une partie des lumières qui ont fait leur réputarion {. Les détails, cependant, que les
«être très ressemblant, quoique nous ne connaissions pas
© l'original.» (Préface, p. 4.) — 2° Dans le premier nu-
méro des Vouveaux mélanges asiatiques, nous avons une traduction d’un ouvrage fameux dans l'orient, connu sous le titre des Cinq pierres précieuses. N est, composé de stances faites par cinq poètes qui suivaient la cour d’Abissure, roi de Bengale. Plusieurs de ces stances sont simples et élégantes. — 3° Une ode traduite de Wulli, où n’abonde que trop cette extravagance d'imagination, ces pensées recherchées et affectées qui dégoûtent si souvent les Européens des compositions poétiques de l'orient. L'éditeur ne nous a pas appris à quelle personne, versée dams la connaissance du sanskrit, nous devons ces deux traductions. — 4° Quelques baux de terre originaux, de dates très anciennes, traduits par M. Wilkins, I! doit paraître singulier qu'une charte de cession légale de propriété soit rangée parmi les compositions littéraires d’une nation. Mais les mœurs des In-
! diens diiferent si fort de celles de l'Europe, que comme
nos avocats mulliplient les mots et les clauses afin de compléter un acte et de prévenir tout ce qui pourrait
| lannuler, les pundits paraissent expédier avec brièveté la
partie légale d’un acte; mais dans un long préambule et à la conclusion, ils font un étalage extraordinaire de leur savoir, de leur éloquence et des ressources de la composition soit en vers, soit en prose. Le préambule d'un de ces contrats est un éloge du monarque qui accorde la terre, écrit avec toute l’exagération orientale :
| «Quand son armée innombrable marchait, les cieux
«étaient si remplis de la poussière de leurs pieds, que les «oiseaux de l'air pouvaient s’y fixer. » «Ses éléphans s’a- «vancçaient comme des montagnes, el la terre, pressée «de leur pesanteur, se brisait en poudre. » L'auteur termine ce préambule, en vouant à la vengeance ceux qui se
| hasarderaient à rompre ce contrat : «Les richesses et la
«vie de l'homme sont aussi passagères qué les gouttes «d’eau sur la feuille du lotus alizier. Apprends cette vé- «rité, à homme! de ne point entreprendre de priver «autrui de sa propriété. » (Recherches asiatiques, vol. 1, p. 125, etc.) L’autre acte de cession, qui paraît encore plus ancien, n’est pas moins remarquable, Ils étaient
| gravés lun et l’autre sur des planches de cuivre ( Zbid,
p. 367, etc ). — 5° La traduction d’urie partie du Schaster, publiée par le colonel Dow en 1768, devrait peutêtre avoir été citée la première, Mais comme il ne l'a pas faite du sanskrit, mais reçue de la bouche Y’un bramine qui expliquait le Schaster en persan, ou dans la langue vulgaire du Bengale, il sera plus convenable d’en faire mention, lorsque nous en viendrons à rechercher l’état des sciences chez ies Indiens, qu'ici où nous essayons de donner quelque idée de leur goût dans la composition. 1 Brucker, Aistoire philosophique, vol. 1, p. 189.
a culture des scienegré extraordinaire ns ont-ils été autre-
issances ; et quelpbilossphes de la us l'Inde, y avaient es qui ont fait leur ependant , que les
us ne connaissions pas 2° Dans le premier nusialiques, nous avons uneux dans l'orient, rres précieuses. l est, poètes qui suivaient la Plusieurs de ces stances Une ode traduite de le extravagance d’imaes el affectées qui dédes compositions poé- 18 a pas appris à quelle ance du sanskrit, nous 4° Quelques baux de nciennes, traduits par ulier qu’une charte de jugée parmi les compolais les mœurs des Ine l'Europe, que comme et les clauses afin de r tout ce qui pourrait «pédier avec brièveté la un long; préambule et lage extraordinaire de + des ressources de la n prose. Le préambule > du monarque qui acexagéralion orientale :
e marchait, les cieux de leurs pieds, que les er. » «Ses éléphans s’a- 8, el la terre, sp;ressée poudre. » L'auteur ter- | vengeance ceux qui se t : «Les richesses et la agères qué les gouttes ier, Apprends cette véntreprendre de priver ches asialiques, vol. 1, sion, qui paraît encore marquable, Îls étaient aches de cuivre (Zbid, d’une partie du Schasen 1768, devrait peutais comme il ne l'a pas a bouche un bramine san, Ou dans la langue 8 convenable d’en faire ous à rechercher l'élat ci où nous essayons de jans la composition.
\ique, vol. 1, p. 190.
Grecs et les Romains nous ont laissés sur les -“ences qui fixaient particulièrement l'attention des philosophes indiens et des découvertes qu'ils y avaient faites, sont très imparfaits. Nous sommes redevables d'une connaissance plus ample at plus authentique aux recherches d'un petit nombre de personnes éclairées, çui ont visité l'Inde durant le cours des trois derniers siècles. Mais , attendu la répugnance avec laquelle les biamines communiquent leurs connaissances aux étrangers , et le peu de moyens qu’avaient les Européens pour s’en instruire plus à fond , puisque , semblables aux mystères de leur religion , elles sont cachées aux yeux du vulgaire , dans une langue inconnue, cette connaissance
ne s'acquit que lentement et avec grande diffi- |
culté. Cependant la même observation que j'ai faite sur nos lumières, relativement à l’état des beaux-arts chez les Indiens, est applicable à celle de leurs progrès dans la philosophie; et notre siècle est le premier qui ait eu des lumières suffisantes pour établir un jugement décisif sur l'état de l’un et l’autre objet.
La philosophie, en l’envisageant comme sé-
parée de la re::gion , que je me réserve de con- |
sidérer ailleurs, est empioyée à contempler soit les opérations de l’entendement , soit l'exercice de nos facultés morales, soit la nature et les qualités des objets extérieurs. La première classe est appelée logique , la seconde morale , la troitième physique ou connaissance de la nature : pour juger des plus anciens progrès des Indiens dans la culture de chacune de ces sciences, nous possédons des faits qui sont dignes d'attention. Mais avant de les considérer, il convient d'examiner les idées des bramines par rapport à l’esprit en lui-même ; car si celles-ci n'étaient pas justes, toutes leurs théories concernant ses opérations seraient erronées et illusoires. La distinction entre la matière et l'esprit paraît avoir été anciennement connue des philosophes de l'Inde ; ils attribuaient à l'esprit plusieurs facultés dont ils jugeaient#que la matière était incapable ; et lorsque nous nous rappelons combien sur chaque objet qui ne tombe pas sous nos sens, nos conceptions sont imparfaites, nous pouvons affirmer , en ayant égard à une | notion particulière des Indiens, que nous expliquerons par la suite, qu'aucune description de l'âme humaine n’est plus conforme à la dignité !
de la nature que celle qu’en a donnée l’auteur du Mahabarat. Quelques-uns, dit-il, regardent l'âme comme une merveille, d'autres en entendent parler avec étonnement ; mais personne ne la connaît. L'épée ne la divise pas, le feu ne la brûle pas, l’eau ne la corrompt pas, le vent ne la dessèche pas ; car elle est indivisible ; indes- | tructible, incorruptible , éternelle , universelle, permanente, immuable , invisible, inconcevable et inaltérable 1. Après cet examen des sentimens des bramines touchant l'âme elle-même,
nous pouvons passer à la considération de leurs idées, par rapport à chacune des sciences dont J'ai fait mention , selon cette triple division. 1°. Logique et métaphysique. Il n'y a point de sujet qui ait plus exercé l'intelligence humaine que l’analyse de ses opérations. Les différentes facultés de l'esprit ont été examinées et définies. L'on a suivi l’origine et les progrès de nos idées, et l’on a prescrit des règles convenables pour procéder de l'obseration des faits à l'établissement des principes , ou de la connaissance des principes aux moyens de former des systèmes de science. Les philosophes de l’ancienne Grèce furent très célèbres par leurs progrès dans ces spéculations abstraites ; et dans leurs discussions et leurs systèmes , ils découvrirent une si grande profondeur de pen sée, tant de sagacité et de pénétration, que leurs systèmes de logique, surtout celui de l’école péripatéticienne ont été regardés comme les efforts les plusfrappansde la raison humaine. Depuis que nous sommes instruits, à quelques égards, de la littérature et de la science des Indiens , nous savons qu'aussitôt que les hommes
arrivent à ce période de la vie sociale où ils peuvent tourner leur attention vers les recher-
ches spéculatives, l'esprit humain dans chaque région de la terre déploie à peu près les mêmes facuités , et procède dans se$ recherches et ses découvertes presque par la même marche. D'après l’abrégé de la philosophie 2 des Indiens qu'Aboul Fazel composacomme ilnous l'apprend, en s’associant intimement avec les plus savans hommes de la nation ; d’après l'essai de dis-
cussion logiques , renfermé dans cette portion
du Shaster, publié par le colonel Dow8, et
? Baghvat-Geeta, p. 37.
2 Ayeen Akbery, vol. fl, p. %5, etc 8 Dissertalion, p. 39, etc.
d’après plusieurs passages dans le Baghvat- Geeta, il paraît que les mèmes spéculations qui occupèrent les philosophes de la Grèce avaient fixé l'attention des bramines indiens , et que les théories des premiers, concernant les qualités des objets extérieurs ou la nature de nos propres idées, n'étaient pas plus ingénieuses que celles des derniers. Les uns et les autres se distinguent par l'exactitude des définitions , la sagacité des distinctions et la subtilité du raisonnement : et dans tous, le même excès de raffinement qui fit entreprendre d'analyser ces opérations de l’esprit au-dessus des forces de l'intelligence humaine, conduisit quelquefois à des conclusions fausses et dangereuses. Cette philosophie sceptique qui nie l'existence du monde matériel, et affirme qu'il n'y a de réel que nos propres idées, paraît avoir été connue dans l'Inde comme en Europe ‘; et les sages de lorient, en même temps qu'ils furent redevables à la philosophie de la connaissance de plusieurs vérités importantes , ne furent pas plus exempts que ceux de l'occident de ses illusions et de ses erreurs.
2 Morale. Cette science, qui a pour objet d’établir ce qui distingue la vertu du vice, de découvrir quels motifs portent l’homme à agir, et de prescrire des règles pour la conduite de la vie, étant de toutes les sciences la plus intéressante, parait avoir profondément occupé l’attention des bramines. Leurs sentimens étaient très divers sur les différentes questions, et, comme les philosophes de la Grèce, les bramines furent divisés en sectes distinguées par des maximes et des opinions souvent diamétralement opposées.
La secte, dont heureusement nous connaissons |
mieux les opinions, a établi un système de morale fonde sur des principes les plus généreux, et élevé à tout ce que la raison toute seule est capable de découvrir. Ils enseignèrent que l'homme n'était pas formé pour la spéculation
ou l'indolence, mais pour l'action. Il n'est pas né | pour lui seul, mais pour ses semblables. Le bon- | heur de la société dont il est membre, et l'avan- | tage du genre humain sont ses plus importans | | être formée seulement pour des hommes de l’es-
objets. Choisir ce qu'il faut préférer ou rejeter, la justesse et la convenance de son choix sont les seules considérations auxquelles il devrait faire attention. Les événemens qui peuvent résulter de ses actions ne sont pas en son pouvoir,
" Ayeen Akbery, vol. III, p. 128.
et soit qu'ils soient heureux ou malheureux, dés qu'il est satisfait de la pureté des motifs qui dé. ferminèrent à agir, il peut jouir de cette approbation de son âme, qui constitue le vrai bonheur, indépendant du pouvoir de la fortune ou des opinions. «L'homme, dit l'auteur du Maza- «barat, ne jouit pasde la liberté d'action. Tout «homme est involontairement pressé d'agir par «des principes qui sont inhérens à sa nature, «Celui qui restreint ses facultés actives, et fixe «l'attention de son âme aux objets de ses sens, «peut être appelé une âme qui se détourne du «vrai chemin. L'homme louable est celui qui, «ayant subjugué toutes ses passions, remplit «avec ses facultés actives toutes les fonctions de «la vie sans s'embarrasser de l'événement !, Que «le motif soit dans l'acte et non dans l’événe- «ment. Que ton action n'ait point pour motif «l'espoir de la récompense. Que ta vie ne se passe «pas dans l’inaction. Sois appliqué, remplis ton «devoir, abandonne toute pensée des suites, et «ne t’embarrasse pas de l'événement, soit qu'il «se termine en bien ou en mal; car une tele «égalité est appelée yog, c'est-à-dire attention à «ce qui est spirituel. Cherche donc un asile dans « la sagesse seule; car le misérable et le malheu- «reux dépendent des événemens des choses.
« Les hommes qui sont doués de la vraie sagesse «sont indifférens au bien ou au mal dans ce «monde, Étudie-toi donc à obtenir ce‘*e appli- «cation de ton intelligence, car une telle applica- «tion en affaire est un art précieux. Les hommes «sages, qui ont abandonné toute vue de l’u- «tilité produite par leurs actions, sont libres des «chaînes de la vie, et vont aux régions du bon- «heur éternel 2. »
Par ces passages, et d'autres que j'aurais pu citer, nous savons que les doctrines particulières de l'école stoïcienne étaient enseignées dans l'Inde plusieurs siècles avant la naissance de Zénon, et inculquées avec un soin persuasif presque semblable à celle d'Épictète, et ce n'est pas sans étonnement que nous voyons les opinions de cette philosophie mâle et active qui paraît
pritle plus fort prescritecomme règle de conduite auneracede peuple plus distinguée par la douceur de son caractère que par l'élévation de son âme.
3° Physique. Dans toutes les sciences qui con-
1 Baghvat-Geeta, p. 44. — * /bid., p. 40.
tribl ture niqu usag que aux assez aisée mer teint vOyo lors moy était ment!
enou temp les d univ chaq gran Par férer geme dans gran parfa de te intro rope avaie les a:
gran adop que | aux s d’aff emba méti dans milièl à qui consi L'a de le L’atte dièrel si pet n'en ‘M
ou malheureux, dés
des motifs qui dé.
juir de cette appro-
istitue le vrai bon-
ir de la fortune ou
l'auteur du Maka-
erté d'action. Tout nt pressé d'agir par
1érens à sa nature,
ultés actives, et fixe objets de ses sens, qui se détourne du able est celui qui, passions, remplit ites les fonctions de l'événement t, Que t non dans l’événet point pour motif ue ta vie ne se passe pliqué, remplis ton ensée des suites, et rénement, soit qu’il mal: car une telle st-à-dire attention à e donc un asile dans érable et le malheuemens des choses.
s de la vraie sagesse pu au mal dans ce obtenir ce‘*e appliar une telle applicaécieux. Les hommes é toute vue de l’uions, sont libres des ux régions du bon-
tres que j'aurais pu ctrines particulières it enseignées dans la naissance de Zésoin persuasif presète, et ce n’est pas voyons les opinions et active qui paraît des hommes de l’esmerègle de conduite nguée par la douceur évation de son âme.
les sciences qui con-
id, p. 40.
tribuent à étendre notre connaissance de ia nature, dans les mathématiques, dans la mécanique et l'astronomie, l’arithmétique est d’un usage élémentaire. Dans quelque contrée donc que ce soit, si nous trouvons que l'on a donné aux progrès de l’arithmétique une attention assez grande pour rendre ses opérations plus aisées et plus correctes, nous pouvons présumer que les sciences qui en dépendent ont atteint un degré supérieur de perfection. Nous
voyons dans l'Inde les progrès de cette science, |
lorsque , chez les Grecs et les Romains, le seul
moyen employé pour la notation des nombres |
était les lettres de l'alphabet, ce qui nécessairement rendait le calcul aritlmétique extrêmement ennuyeux et laborieux. Les Indiens avaient de
ment ‘. Mais aussitôt que les mahométans établirent un commerce avec les naturels de l'Inde, ils observèrent et célébrérent leur supériorité dans la science astronomique. Parmi les Européens qui visitèrent l'Inde, après que la communication avec elle par le cap de Bonne-Espérance fut découverte, M. Bernier, voyageur
| philosophe et curieux, fut un des premiers qui | enseigna que les Indiens s'étaient long-temps
appliqués à l'étude de l'astronomie, et y avaient fait des proprès considérables ?. Cette instruc-
temps immémorial employé dans la même vue |
les dix chiffres, ou figures , aujourd'hui connus universellement, et, par leur moyen, formaient chaque opération d’arithmétique avec la plus grande facilité et la plus grande promptitude.
Par l’heureuse invention de donner une dif- |
férente valeur à chaque figure, selon leur chan-
gement de place, on n'a besoin que de dix figures |
dans les calculs les plus compliqués et de la plus grande étendue, et l'arithmétique est la plus parfaite de toutes les sciences. Les Arabes, peu de temps après leur établissement en Espagne, introduisirent ce mode de notation en Europe, et eurent la franchise d’avouer qu'ils en avaient tiré la connaissance des Indiens. Quoique les avantages de cette forme de notation soient grands et frappans, cependant le genre humain adopte si lentement les inventions nouvelles, que l'usage en fut pour quelque temps réservé aux savans ; par degrés, cependant, les hommes d’affaires abandonnèrent la première méthode embarrassante de calculer par lettres, et l’arithmétique indienne devint d'un usage général dans toute l’Europe !. Elle est maintenant si familière et si simple, que l'industrie du peuple, à qui nous devons cette invention, est moins considérée et moins célébrée qu'elle ne le mérite, L’astronomie des Indiens est une autre preuve de leurs progrès extraordinaires dans la s ience.
L'attention et le succès avec lesquels is étu- ;
dièrent les mouvemens des corps célestes furent
si peu connus des Grecs et des Romains, qu'ils : n'en font mention qu'à peine, et très légère- |
* Montucla, Histoire des Mathém. t. 1, p. 360, etc.
tion, cependant , paraît avoir été très générale et très imparfaite. Nous sommes redevables des premières preuves scientifiques du grand progrès des Indiens, dans la science astronomique, à M. de La Loubère, qui, à son retour de son ambassade à Siam, apporta avec lui un extrait d'un manuscrit siamois, qui renfermait des tables et des règles pour calculer les places du suleil et de la lune. La manière dont ces tables étaient construites rendaient les principes sur lesquels elles étaient fondées extrêmement ohscurs, et il fallait un commentateur aussi versé dans le calcul astronomique que le célèbre Cassini pour expliquer le sens de ce fragment curieux. L'époque des tables siamoises correspond au 21 de mars, l'an de Notre-Seigneur 638. Une autre collection des tables fut apportée de Chrisnabouram, dans le Carnatique, et l'époque répond au 10 de mars, l'an de Jésus-Christ 1491. Un troisième manuscrit des tables vint de Narsapour, et son époque ne s’étendait pas audelà de l'an de Notre-Seigneur 1569. Le quatrième et le plus complet a été publié par M. Le Gentil, à qui elles furent communiquées par un bramine éclairé de Tirvalour, petite ville sur la côte de Coromandel, deux milles environ à l'ouest de Négapatam. L'époque de ces tables est
| de la plus haute antiquité, et coïncide avec le
commencement de l'ère célèbre de Caliougham ou Colly-Jogue, qui commença, selon le calcul indien, 3102 avant la naissance de Jésus-Christs, Ces quatre recueils de tables ont été examinés et comparés par M. Bailly, qui, par un bonheur singulier de génie, sait unir à un degré d'éloquence peu commun les recherches patientes de 1 Strabon, lib. xv, p.10, 47. A. Dyon. Perieg., v. 1173. ? Voyages, tom ll, p. 145, etc.
5Comme plusieurs de mes lecteurs peuvent ne pas con-
naître la longueur extravagante des quatre ères ou périodes de la chronologie indienne, il convient d'en donner
l'astronome et les profondes idées du géomètre, Ses calculs ont été vérifiés, et ses raisonsonnemens ont été éclaircis et développés par M. Playfair dans une dissertation très savante, publiée dans le second volume des 7ransactions de la société royale d'Édimbourg.
Au lieu d'entreprendre de les suivre dans des raisonnemens et des calculs qui, de leur nature, sont souvent abstraits et difficiles, je me contenterai d’en donner un aperçu général, tel qu’il convient à un ouvrage populaire. Ceci, j'espére, peut donner une idée suffisante de ce qui à été
un extrait tiré de M. Halhed, préface du Code des lois des Gentoux, p. XXxvI.
1. Le Sutty-Jogue ( où l’âge de pureté) a, dit-on, duré trois millions deux cent mille ans; ils soutiennent que ia vie de l’homme, dané cet âge, s’étendait à cent mille ans, et que sa taille était de vingt et une coudées.
2. Le Tirtah-Jogue (dans lequel un tiers du genre humain était corrompu); ils supposent que cet âge a été de deux millions quatre cent mille ans et que les hommes vivaient alors dix mille ans.
3, Le Diwapaar-Jogue (où la moitié de la race bumaine se dépravait \ dura un million six cent mille ans, et la vie de l'hemme était alors réduite à mille ans.
4, Le Colly-/:yue (dans lequel tout le genre humain est corrompu, ou plutôt diminué, car telle est la vraie signification de colly ), c’est l’époque actuelle qu’ils supposent devoir subsister quatre cent mille ans, dont presque cinq mille sont déjà écoulés ; la vie de l’homme dans cette période est limitée à une centaine d'années.
Si nous supposons que le calcul du temps dans la chronologie indienne soit fait par années solaires, ou même lunaires, rien ne peut être plus extravagant en soi, ou plus répugnaut à notre mañière de calculer la durée du monde, fondée sur une autorité sacrée et infaillible. Des savans se sont efforcés, et M. Bailly particulièrement dans une dissertation très ingénieuse, de mettre d’accord la chronologie indienne avec celle de l’#ncien- Testament; mais comme je ne pourrais développer les principes sur lesquels il fonde ses conclusions, sans entrer dans des discussions longues, épineuses et étrangères au sujet de cette dissertation, el comme je ne = ‘s approuver quelques-unes de ses opinions, je me contenterai de renvoyer à son astronomie indienne (Disc. pré-
lim. p. 67 ), et de laisser mes lecteurs juger par eux- ;mémes, J'observe avec plaisir que l’on publiera dans le second volume des Transaciions de la société du Bengale, un mémoire sur la chronologie des Indiens, et j'espère que quelque mempre savant de ce corps sera, par son savoir dans les langues et l'histoire du pays, en état de répandre la lumière sur un sujet que sa liaison avec la religion et les sciences rend extrémement intéressant. Cependant nous pouvons conclure d'une circonstance digne d'attention, que ce que nous savons jusqu'à présent de la chronologie des Indiens est très incorrect. Nous n'avons, autant que j'en puis juger, que cinq calculs originaux des différens jogues ou ères des Indiens. Le
publié concernant l'astronomie de l'Inde, sujet trop curieux et trop important pour être omis dans un exposé de l’état des sciences dans ce pays; et, sans prononcer aucun jugement, je laisserai chacun de mes lecteurs former sa propre opinion
On peut considérer comme un résultat général de toutes les recherches , les raisonnemens et les calculs sur l'astronomie indienne, qui ont été publiés jusqu'ici, que le mouvement des corps célestes, et plus particulièrement leur situation au commencement des différentes épo-
premier est de M. Roger qui le recut des Bramines sur la côte de Coromandel. D'après ce calcul le Sutty-Jogue est une période d’un million sept cent vingt-huit mille années; le Tirtah - Jogue est d’un million deux cent quatre-vingt -seize mille ans; le Dvapaar-Jogue est de huit cent soixante-quatre mille ans. Il ne spécifie pa la durée du Colly-Jogue. (Porte ouverte, p. 179.) Le suivant est do M. Bernier, qui le reçut des bramines de Bénarès. Selon lui la durée du Sutty-Jogue fut de deux millions cinq cent mille ans, celle du Tirtah-Jogue d’un million deux cent mille, et celle de Dwapaar-Jogue de huit cent soixante-quatre mille ans. Quant à la période du Colly-Jogue il garde aussi le silence ( F’oyages, tom. 11, p. 160). Le troisième calcul est du colonel Dow ; selon lequel le Sutty-Jogue est une période de quatorze millions d'années, le Tirtah-Jogue d’un million quatre-vingt mille ans; le Dwapaar-Jogue soixante-douze mille ans, et le Colly-Jogue de trente-six mille ans ( Histoire de l’Indostan, vol 1, p. 2). Le quatrième calcul est celui de M. Le Gentil, qui le reçut des bramines de la côte de Coromandel, et comme il a acquis ses connaissances dans la même partie de l'Inde, et à la même source d’où M Roger a tiré les siennes, leurs calculs s'accordent en bien des points. (Mém. de l’Académ. des Sciences pour 1772, tom. 1, part. 1, p. 176.) Le cinquième est le calcul de M. Halhed, que j’ai déjà donné. De cette contrariété non-seulement dans tous les nombres, mais même dans plusieurs détails des différens calculs, il résulte que ce que nous connaissons de la chronologie indienne est jusqu’à présent aussi incertain que tout le système en est absurde et fabuleux. Quant à moi, il me paraît très probable que si nous entendions mieux les principes sur lesquels les ères factices ou les jogues des Indiens ont été formées, nous serions plus en état d réconcilier leur chronologie avec le vrai mode de calculer le temps, fondé sur l'autorité de l’Æncien-Tes!/ament; &\ nous aurions aussi lieu de conclure que l'exposé , donné par les astronomes , de la situation des corps célestes au commencement du Colly-Jogue, n'est pas établi sur une observation présente, mais qu’il est le résultat d’un calcul antérieur, Quiconque voudra approfondir davantage la chronologie des Indiens, tirera urf grand secours d’un mémoire de M. Marsden sur cette matière, où il a expliqué la nature de leur année et les différentes ères employées parmi eux avec beaucoup d'esprit et de précision, (Philos. transact., vol, LXXX , part. 11, p. 560).
ie de l'Inde, sujet ant pour être omis sciences dans ce cun jugement, je s former sa propre
le un résultat gé- , les raisonnemens nie indienne, qui que le mouvement ticulièrement leur les différentes épo-
ut des Bramines sur la calcul le Sutty-Jogue cent vingt-huit mille in million deux cent \wapaar-Jogue est de 18. 11 ne spécifie pas la uverte, p. 179.) Le reçut des bramines de itty-Jogue fut de deux du Tirtah-Jogue d’un de Dwapaar-Jogue de s. Quant à la période e silence ( ’oyages, calcul est du colonel e est une période de ah-Jogue d’un million -Jogue soixante-douze trente-six mille ans.
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, part. 1, p.176.) Le ed, que j'ai déjà donné.
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approfondir davantage uif grand secours d’un matière, où il a explies différentes ères emd'esprit et de précision.
part. 11, p. 960).
ques auxquelles les quatre recueils de tables se rapportent , «sont établis avec une grande exac- «titude, et que plusieurs des élémens de leurs «calculs, particulièrement pour les siècles très «éloignés, sont vérifiés par une étonnante con- «formité avec les tables de l'astronomie mo- «derne de l'Europe, perfectionnées par les plus «récentes et les plus délicates déductions de la «gravitation.» Ces conclusions deviennent surtout intéressantes par la preuve qu’elles fournissent d’un progrès dans la science, sans exemple dans l’histoire des nations ignorantes.
Les bramines indiens, qui distribuent annucllement une espèce d’almanach, contenant les prédictions astronomiques de quelques-uns des phénomènes les plus remarquables dans les cieux, tels que les lunes pleines et. nouvelles, les éclipses du soleil et de la lune, sont en possession de certaines méthodes de calcul qui, d'après l'examen, présentent un système très étendu de science astronomique. M. Le Gentil,
astronome francais, a eu l'occasion d'observer |
dans l'Inde deux éclipses de lune qui avaient
été calculées par un bramine, et il trouva que |
l'erreur dans chacune était très peu considérable. L'exactitude de ces résultats est moins surprenante que la justesse et la précision philosophi-
que des principes sur lesquels sont construites |
les tables dont ils se servent dans leurs calculs; car la méthode de prédire les éclipses, suivie
par les bramines, est d’une nature tout-à-fait | différente de celles que les nations ignorantes |
ont employées dans l’enfance de l'astronomie.
En Chaldée, et même en Grèce, dans les pre- |
miers âges, la méthode de calculer les éclipses
SUR L'INDE
était fondée sur l'observation d’une certaine pé-
riode ou d’un cycle, après lequel les éclipses du soleil et de la lune reviennent presque dans le même ordre; mais on n'avait pas entrep is d’analyser les différentes circonstances dont l'éclipse dépend, ou de déduire les phénomènes d’une connaissance précise des mouvemens du soleil et de la lune. Cette dernière connaissance était réservée à une période plus reculée, lorsque la géométrie, aussi bien que l’arithmétique, furent appelées au secours de l'astronomie; et si on l’a essayée, il parait qu’elle ne l’a pas été avec succès avant l’âge d'Hipparque. C'est une méthode de ce genre supérieur, fondée sur les principes et sur une analyse des mouvemens du
soleil et de la lune , qui guide les calculs des bramines, et jamais ils n’emploient aucune de ces estimations grossières qui furent cependant la gloire des premiers astronomes en Égypte et dans la Uhaldée.
Les bramines actuels sont guidés dans leurs calculs par ces principes, quoiqu'ils ne les entendent plus aujourd’hui; ils connaissent seulement l'usage des tables qui sont en leur possession , mais ils ignorent la méthode de leur construction. Le bramine, qui visita M. Le Gentfl à Pondichéry, etqui l'instruisit dans l'usage des tables indiennes, n'avait pas la connaissance des principes de son art, et ne montra aucune curiosité sur la nature des observations que faisait M. Le Gentil, ou des instrumens qu'il employait. IL était également ignorant sur les auteurs de ces tables ; et il faut tirer des tables elles-mêmes tout ce qu’on doit apprendre du temps et du lieu de leur construction. Le recueil qu’on a de ces tables, comme on l’a observé d’abord, annonce qu'il est aussi ancien que le commencement du Caliougham , ou qu’il remonte à l’année 3102 avant l'ère chrétienne; mais comme rien; on peut du moins le supposer, n’est plus aisé pour un astronome que de donner à ces tables la date qu’il lui plaît, et par des calculs rétrogrades d'établir une époque fixe d’antiquité, les préten-
| tions de l'astronomie indienne à une origine si
reculée ne doivent pas être admises sansexamen.
M. Bailly a donc fait cet examen, et il résulte de ses recherches que l'astronomie de l'Inde est fondée sur des observations qui ne remontent pas au-delà de la période dont je viens de parler. Car les tables indiennes représentent l'état des cieux à cette période avec une étonnante éxactitude ; et entre elles et les calculs de notre astronomie moderne, il y a une telle conformité, par rapport à ces âges, que l’on ne pourrait en rien conclure, sinon que les auteurs de ces fables ont exactement copié d'après nature, et qu’ils ont tracé véritablement la figure des cieux au siècle où ils vivaient. Afin de donner quelque idée du singulier degré d’exactitude des tables indiennes, j'en choisirai quelques exemples parmi un grand nombre que je pourrais rapporter. Le lieu du soleil pour l’époque astronomique au commencement du Caliougham, tel qu’il est marqué dans les tables de Tirvalour, n’est que de 47 minutes plus grand que d’après les tables
de M. de La Caille, corrigées par les calculs de M. de La Grange. Le lieu de la lune, dans les imèmes tables, pour la même époque, diffère seulement de 37 minutes des tables de Mayer.
Les tables de Ptolémée, pour cette époque , ne s'écartent pas de moins de dix degrés par rapport au lieu du soleil, et de onze degrés par rapport à celui de la lune. L’accélération du mouvement de la lune, en comptant du commencement du Caliougham jusqu'au temps présent, s'accorde, dans les tables indiennes, avec celles de Mayer à une minute près. L’inégalité du mouvement du soleil et l’obliquité de
l'écliptique, qui étaient l'une et l’autre plus |
grandes dans les premiers siècles qu'aujour-
d'hui, telles qu'elles sont représentées dans les | tables de Tirvalour, sont presque de la quantité |
précise que la théorie de la gravitation leur assigne : savoir, de trois mille ans avant l'ère chrétienne. C’est donc pour ces siècles très reculés, à cinq mille ans de distance environ du nôtre, que leur astronomie est très exacte; et plus nous approchons de nos temps, plus la conformité de leurs résultats avec les nôtres diminue. Îl paraît raisonnable de supposer que le temps où leurs règles sont le plus exactes, est le temps où furent faites les observations sur lesquelles ces règles sont fondées.
A l'appui de cette conclusion, M. Bailly soutient qu'aucun de tous les systèmes astronomiques de la Grèce, de la Perse et de la Tartarie, de quelques-uns desquels on pourrait soupçonner que les tables indiennes ont été cowiées, ne peut s’accorder avec elles, particuliètement lorsque nous portons nos calculs dans des siècles très éloignés. La grande perfection des tables indiennes devient toujours plus frap-
pante à mesure que nous remontons dans l’an- | . tiquité. Ceci montre aussi combien il est difficile |
de construire des tables astronomiques qui s'accordent avec l'état des cieux pour une période si éloignée du temps où ces tables furent construites, comme de quatre ou cinq mille ans.
C'est seulement de l'astronomie dans son état
plus perfectionné, tel qu’on y est parvenu dans
l'Europe moderne, que l’on doit attendre une :
telle exactitude.
Quand on essaie d'apprécier l'habileté géométrique nécessaire à la construction des tables
et des règles indiennes, on voit qu’elle est très |
considérable; outre la connaissance de la géométrie élémentaire, on a été obligé de recourir à la trigonométrie sphérique et rectiligne, ou à quelque chose d’équivalent , avec certaines méthodes d’approximation pour les quantités des grandeurs géométriques , qui paraissent s'élever bien au-delà des élémens de chacune de ces sciences. Quelques-unes de ces dernières méthodes marquent aussi très clairement ( observation qui a échappé à M. Bailly) que les lieux auxquels ces tables sont adaptées doivent être si-
tués entre les tropiques, parce qu'elles sont
absolument inapplicables à une plus grande distance de l'équateur.
La conclusion qui semble résulter d'abord de cette longue induction , est que l'astronomie indienne est fondée sur les observations qui ont été faites dans un temps très ancien, et quand nous considérons l’exacte conformité des lieux qu'ils assignent ausoleil et à la lune et aux autres corps célestes, à cette époque, avec celles qui résultent des tables de MM. de La Caille et Mayer, elle confirme d'une manière frappante la vérité de la thèse que j'ai entrepris d’etablir, concernant l’antiquité et la perfection de la civilisation dans l'Inde.
Avant que je quitte ce sujet, il y a une circonstance qui mérite une attention particulière. Toute la connaissance que nous avons acquise jusqu’à ce jour des principes et des résultats de l'astronomie indienne, vient de la partie méridionale du Carnatique, et les tables sont adaptées aux lieux situés entre le méridien du cap Comorin , et celui qui traverse la partie orientale du Ceylan t. Les bramines, dans le Carnatique, reconnaissent que leur science de l'astronomie venait du nord, et que leur méthode de calcul est appelée /akiam , ou nouvelle , pour la distinguer du siddantam, ou de l’ancienne méthode établie à Bénarès, qu'ils avouent être beaucoup plus parfaite; et nous apprenons d’Aboul Fazel, que tous les astronomes de l’Indostan sereposent entièrernent sur les préceptes renfermés dans un livre appelé Soorei Sudhant, composé à une époque très reculée 2.
C'est manifestement de ce livre qu'est prise la méthode à laquelle les bramines du sud ont donné le nom de siddantam. Rénarès a été de temps immémorial l’Athènes de l'Inde , la rési-
1 Bailly, Disc. prélim., p. 17. —? Ayeen Akbery, p. 8
opini
grand des ph
3 Da preuve les scie tronon d'une
issance de la géoobligé de recourir et rectiligne, ou à avec certaines mér les quantités des paraissent s'élever e chacune de ces s dernières méthoment ( observation que les lieux auxs doivent être siarce qu'elles sont 1e plus grande dis-
ésulter d'abord de 1e l'astronomie inservations qui ont ancien, et quand nformité des lieux June et aux autres e, avec celles qui . de La Caille et manière frappante ntrepris d’etablir, rfection de la civi-
et, il y aune cirntion particulière.
ous avons acquise t des résultats de de la partie méritables sont adapméridien du cap la partie orientale ans le Carnatique, e de l'astronomie méthode de calcul elle , pour la disde l’ancienne méils avouent être
nous apprenons stronomes de l’Int sur les préceptes elé Soorei Sudue très reculée 2, re qu'est prise la ines du sud ont Rénarès a été de:
de l'Inde, la rési-
: Ayeen Akbery, p. 8
dence des bramines les plus éclairés, et en
même temps le séjour de la science et de la littérature. Il est très probable qu’on y retrouverait encore tout ce qui reste de l'ancienne science astronomique et des découvertes des bramines ! dans ui siècle et chez une nation éclairée et durant un règne distingué par une succession d'entreprises les plus éclatantes et les plus heureuses pour étendre la connaissance de la nature; c'est un objet digne de l'attention publique que de prendre des mesures pour obtenir la possession de tout ce que le temps à respecté de la philosophie et des inventions des peuples de lorient les plus anciennement et les mieux civilisés. C'est avec des avantages particuliers que la Grande-Bretagne peut s'engager dans cette louable entreprise. Bénarès est sous sa domination; la confiance des bramines a été obtenue au point de les rendre communicatifs ; quelquesuns de nos concitoyens sont familiers avec cette langue sacrée, dans laquelle sont écrits les mystères et de la religion et de la science; le mouvement et l’activité ont été donnés à l'esprit
de recherche dans tous les établissemens anglais | tion d’une de leurs pagodes, et il la trouva parfaitement
dans l'Inde. Ceux qui ont visité cette contrée |
avec d'autres vues, quoique engagés dans des |
occupations d'une espèce très différente, poursuivent maintenant avec ardeur et avec succès
les recherches littéraires et scientifiques. L’ad- |
ministration de l'empire anglais n'aurait donc | | Men : | emploie généralement aujourd'hui, que la connaissance
plus qu'à charger de ce travail quelqu'un capable par ses talens et son zèle de rechercher avec soin
et d'expliquer les parties les plus abstraites de | la philosophie indienne, en dévouant tout son !
temps à cet important objet. Ainsi, l'Angleterre pourrait se procurer la gloire d'examiner pleinement ce vaste champ de science inconnue, que les académiciens français ont eu le mérite
d'ouvrir les premiers aux peuples de l'Europe? |
VI. La dernière preuve évidente que je rapporterai de l’ancienne et grande civilisation des Indiens , est déduite de la considération de leurs
opinions et de leurs pratiques religieuses. Les |
‘M. Bernier, dans l’année 1668, vit à Bénarès une grande salle remplie de livres des philosophes indiens, des physiciens et des poètes.
* Dans les édifices publics de l'Inde nous trouvons des | preuves et des monumens du progrès des bramines dans |
les sciences, particulièrement de leur application à l’astronomie. Leur religion enjoint que les quatre côtés
d'une pagode regardent les quatre points cardinaux. |
institutions religieuses, publiquement établies dans toutes ces vastes contrées qui s'étendent depuis les rives de l'Indus jusqu'au cap Comorin, offrent à la vue un aspect presque semblable. Elles forment unsystème complet et régulier de superstitions, fortifié et soutenu de tout ce qui peut exciter le respect et assurer l’attachement du peuple. Les temples consacrés à leurs divinités sont magnifiques et ornés non-seulement de riches offrandes, mais des ouvrages les Plus exquis en peinture et en sculpture que les artistes les plus estimés parmi eux soient Capables d'exécuter. Les cérémonies de Jeur culte sont pompeuses et brillantes; et on 1 les employe pas seulement dars toutes les transactions de la, vie commune, mais elles en constituent encore une partie essentielle. Les bramines qui, comme ministres de fa retigion, président à toutes ses fonctions, sont élevés au-dessus de tous les autres ordres de citoyens par une origine,
Pour le faire avec exactitude ils emploient une méthode décrite par M. Le Gentil, et qui annonce un degré considérable de science. 11 examina soigneusement la posi-
exacte. (Foy. tom. 1, pag. 133.) Comme plusieurs de leurs pagodes sont fort anciennes ; ils doivent avoir atteint de bonne heurela portion de connaissance nécessaire pour les disposer convenablement. Les douze signes du zodiaque sont souvent dessinés sur les plafonds des choultries et des autres édifices anciens, et il est très probable, par la ressemblance de ses dessins avec ceux que l’on
de ces symboles arbitraires venait de l’orient. Le colonel Call a publié un dessin des signes du zodiaque, trouvé sur le plafond d'une choultrie à Verdapettah, dans la contrée de Madura. (Phil. transact., vol, LXII » P. 358). J'ai en ma possession un dessin différent du sien en quelques-unes des figures, mais je ne puis dire en quel lieu particulier on l’a trouvé. M. Robert Barker décrit un observatoire à Bénarès qu’il visita en 1772. Il y trouva des instrumens astronomiques de dimensions très grandes et construits avec beaucoup d'industrie et d'habileté. Il en a publié tous les dessins (Phil. transact. , vol, LXVII, pag. 598.) Selon la tradition, cet observatoire fut bâti par l’empereur Akber. L'examen de M. Robert fut fait à la hâte. Cet observatoire mérite une inspection plus attentive pour déterminer s'il fut construit par Akber, ou élevé dans quelque période plus éloigné, M. Robert insinue que les bramines seuls, qui entendaient le sanskrit, et qui pouvaient consulter les tables astronomiques écrites dans cette langue, étaient capables de calculer les éclipses. Le père Tiessenthaler décrit très légèrement deux observatoires munis d'instrumens d'une grandeur extraordinaire, à Jepour et à Ougein, dans la contrée de Malva (Bernouilli, tom. 1, pag. 316, 317), mais ce sont des édifices modernes.
estimée non-seulement la plus noble, mais re- | connue comme sacrée. Ils ont établi parmi eux une hiérarchie régulière et une gradation de rangs qui, en assurant la prééminence à leur ordre, ajoute du poids à leur autorité , et leur donne un empire absolu sur l'esprit du peuple. Cet empire, ils le soutiennent par l'administration des immenses reveni t la libéralité des princes et le zèle des pélcrins et des dévots ont enrichi leurs pagodes !.
Je suis loin de vouloir entrer dans tous les détails de ce système compliqué de superstition. Pour dénombrer la multitude des divinités qui sont des objets d'adoration dans l'Inde; pour décrire la splendeur du culte dans les pagode: et l'immense variété desrites et des cérémonies ; pour raconter les attributs divers et les fonctions que l'adresse des prêtres , ou la crédulité du peuple, ont donnés à leurs divinités, surtout s’il fallait accompagner tout cela de l'examen des spéculations nombreuses et souvent fantastiques et des théories des lettrés sur ce sujet, il faudrait un ouvrage d’une grande étendue. Je me bornerai donc sur ceci, comme sur quelques-uns des premiers chapitres, au point précis que j'ai eu constamment en vue ; et en considérant l'état de la religion dans l'Inde, je n’entreprendrai pas seulement de jeter un nouveau jour sur l’état de civilisation où était ce pays; mais je me flatte qu'en même temps je serai en état de donner ce que l’on peut considérer comme une esquisse et un précis de l'histoire et des progrès de la superstition et de la fausse religion dans chaque région de la terre,
L Nous pouvons observer que , dans chaque contrée, la mythologie reçue, ou le système de croyance superstitieuse, avec tous les rites et les cérémonies qu’elle prescrit, est toujours formée dans l'enfance des sociétés, dans des temps gros siers et barbares. La religion diffère de la superstition autant par son origine que par sa nature, La première est le produit de la raison perfectionnée par la science; c’est dans les siècles de lumières qu'elle atteint à la perfection. L'igswrance et la crainte donnent naissance à la seconde ; et c’est toujours dans les temps d'ignorance qu’elle acquiert sa plus grande vigueur. Cette nombreuse portion de l'espèce humaine
* Roger, Porte ouverte, p. 39, 209. etc
dont le travail est le partage, dont la principale et presque la seule occupation est de se procurer sa subsistance, n'a ni le loisir ni les moyens d'entrer dans ces routes de spéculations abstraites et subtiles qui conduisent à la connaissance de la religion rationnelle. Quand les pouvoirs intellectuels commençent seulement à se développer, et que leurs premiers et faibles efforts sont dirigés vers un petit nombre d'objets de première nécessité, quand les facultés de l'esprit sont encore trop limitées pour pouvoir former des idées générales et abstraites ; quand le langage est encore si pauvre qu'il manque de termes pour désigner tout ce qui ne tombe pas sous les sens, il serait étrange d'attendre des hommes qu'ils fussent en état de déméler les relations entre les effets et leurs causes, ou de supposer qu'ils pourraient s'élever de la contemplation des effets à la découverte des causes, et se former de justes conceptions d'un ètre suprême , comme créateur et gouverneur de l’univers. L'idée de Créateur est devenue si familière, partout où l'esprit s’est étendu par la science et éclairé par la révélation, que nous concevons difficilement combien cette idée est profonde et abstraite, et que nous considérons peu quels progrès l’homme doit avoir faits dans l'observation, avant d'arriver à une connaissance distincte de ce principe élémentaire de la religion. Mais même dans ce premier état d’ignorance, l'esprit humain, formé pour lareligion, est disposé à recevoir des idées qui, lorsqu'elles sont ensuite réformées et raffinées, deviennent une grande source de consolation dans les calamités de la vie. Ces notions cependant sont d’abord peu distinctes et embarrassées, et semblent plutôt suggérées par la crainte du mal qu'on redoute, que par la reconnaissance des biens qu’on a reçus.
Tandis que la nature suit son cours avec une constante et uniforme régularité, les hommes jouissent des bienfaits qui en résultent, sans s’embarrasser d'en rechercher la cause; mais la moindre déviation de cet ordre régulier excite leur attention et leur étonnement. Lorsqu'il survient des événemens auxquels ils ne sont point accoutumés, ils en cherchent les causes avec une active curiosité, Leur e:urit est souvent incapable de les découvrir; mais l'imagination, qui est une faculté plus ardente et plus présomptueuse, dévide alors sans hésiter. Elle attri-
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SUR L'INDE
bue à l'influence d'êtres invisibles les phénomènes extraordinaires de la nature, et suppose que le tonnerre, les ouragans, les tremblemens de terre, sont l'effet immédiat de cette influence, Alarmés de ces fléaux, exposés en même temps à des malheurs et à des dangers névitables dans un état de société non encore civilisé, les hommes vont chercher une protection dans un pouvoir au-dessus de l'humain. Il est certain que les premières pratiques ou cérémonies qui ont quelque rapport avec des actes de religion ont eu pour objet de détourner des maux qu’ils souffraient ou qu'ils redoutaient !. IL. Gomme, dans tous les pays, la superstition et la fausse religion ont leur source à peu près dans les mêmes sentimens et les mêmes craintes, ces êtres invisibles , qui sont les premiers objets de la vénération des hommes, ont partout une grande ressemblance, La conception d'une intelligence supérieure , capable de disposer et de diriger les diverses opérations de la nature, semble être fort au-dessus des facultés de l’homme dans les premiers degrés de ses progrès. Ses théories, plus conformes à la sphère bornée de son observation, ne sout pas si raffinées, Il suppose que chaque effet remarquable a une cause distincte, et il attribue à une puissance séparée chaque événement qui attire son attention ou excite sa terreur. Il imagine qu'il y a une divinité dont l'emploi est de diriger le tonnerre , et de faire tomber avec un bruit effrayant la foudre irrésistible sur la tête du coupable; qu'une autre divinité, portée sur un tourbillon, élève ou calme à son gré les tem- | pêtes; qu'une troisième règne sur l'Océan :
qu'une quatrième préside aux batailles; que, tandis que des esprits malfaisans répandent la emence de la discorde et de l’animosité, et allument dans le sein des hommes ces passions violentes qui donnent naissance à la guerre et se terminent par la destruction , d’autres, d'une nature plus bénigne, inspirent au genre humain l bienveillance et l'amour, resserrent les nwuds de l'union sociale, en augmentent le bonheur, | et multiplient le nombre des hommes.
Sans entrer dans de plus grands détails, sans essayer de rappeler la multitude infinie de ces divinités auxquelles l'imagination ou la crainte
‘Dans mon Aistoire de l’ Amérique, j'ai exposé à peu près les mêmes idées sur l'origine des fausses religions. |
ont assigné la direction des divers départemens de la nature, il est aisé de reconnaitre une frappante conformité de traits dans les systèmes de superstition, établis sur toutes les parties de la terre. Moins les hommes se sont éloignés de l'état sauvage, moins ils ont eu de connaissance des opérations de la nature, moins la liste de leurs divinités a été nombreuse, et plus leur sym bole théologique a été resserré. Mais leur esprit s'étant ouvert par degrés, et leurs connaissances continuant à s'étendre, les objets de leur vénération se sont multipliés , et les articles de leur foi sont devenus plus nombreux. Ce progrès a été remarquable parmi les Grecs en Europe et les Indiens en Asie, ces deux peuples qui, dans ces grandes divisions du globe, ont été le plus anciennement civilisés, et sur lesquels, pour ce motif, je bornerai mes observations. Ils croyaient qu'une divinité particulière présidait à tous les mouvemens du monde physique et à toutes les fonctions de la vie domestique et civile des hommes, même aux plus indifférentes et aux plus triviales, La manière dont ils distribuaient les départemens de ces puissances surveillantes et les fonctions qu'ils assignaient à chacune étaient, à beaucoup d'égards, lesmèmes chez ces deux peuples. Ce qui était supposé, dans la mythologie occidentale , exécuté par le pouvoir de Jupiter, de Neptune, d'Éole, de Mars, de Vénus, est attribué dans l'orient à l'influence d’Agnée, le dieu du feu ; de Varoun , le dieu des
| mers; de Vayou, le dieu du vent !; de Cama, le
dieu de l'amour, et de plusieurs autres divinités.
L'ignorance et la crédulité humaine ayant ainsi peuplé les cieux d'êtres imaginaires, on leur attribua les qualités et les actions qui paraissent conformes à leur caractère et à leurs fonctions. C'est un des bienfaits de la vraie religion , qu'en présentant aux hommes un modèle d'excellence parfaite, qu'ils devaient avoir continuellement sous les yeux et s’efforcer d'imiter , on peut dire qu'elle à fait descendre du ciel la vertu sur la
| terre, pour former l'âme humaine sur un modèle
divin. Dans la composition des systèmes de fausse religion, le procédé a été précisément le contraire. L'homme attribue à ces êtres qu'il a déifiés les actions qu'il admire et loue luivie qualités de ces dieux , qui sont l'ob-
shvat-Geeta, p.94,
de | Lee
jet du culte, sont copiées sur celles de leurs |
adorateurs ; ainsi l'on a introduit dans le ciel les imperfections particulières à l'espèce humaine. En connaissant les attributs et les aventures d'une fausse divinité, on peut prononcer avec quelque certitude quel était l'état des mœurs et de la civilisation des hommes qui l'ont élevée à cette dignité. La mythologie des Grecs indique clairement le caractère du siècle où elle s’est formée. Ce n’a pu être que dans des temps de licence, d’anarchie, de férocité, qu’on a pu supposer des divinités de la plus haute classe capables de se livrer à des passions, ou de se permettre des actions, qui, dans des temps plus
éclairés, auraient été regardées comme dés- | honorantes pour la nature humaine ; lorsque la |
terre était encore infestée de monstres destructeurs, lorsque les sociétés, sous des formes de gouvernement trop faibles pour leur accorder protection, étaient exposées aux déprédations des brigands, c'est alors seulement que les célèbres exploits d'Hercule , qui l'ont fait élever de la terre au ciel, ont pu être nécessaires, et obtenir un si haut degré de gloire. La mème observation s'applique à l'ancienne mythologie de l'Inde. Plusieurs des aventures et des exploits des divinités indiennes ne conviennent qu'à des temps grossiers de violence et de rapine. Ce fut pour réprimer le désordre, pour redresser les torts, pour délivrer la terre d’oppresseurs puissans, que Vishnou, divinité du premier rang,
s’est, dit-on, incarné plusieurs fois, et a paru sur |
la terre sous différentes formes !.
II. Le caractère et les fonctions de ces divinités que la superstition se créa pour en faire les objets de sa vénération ayant partout beaucoup de conformité, les rites du culte se ressemblèrent aussi partout. Selon que ces divinités s'étaient distinguées ou par la férocité de leur caractère ou la licence de leurs mœurs, on juge de la nature des services qui doivent leur être le plus agréables. Pour se concilier la faveur ou apaiser la colère des premières, on imagina les jeûnes, les mortifications , les pénitences les plus rigoureuses ; leurs autels étaient toujours baignés de sang; les victimes les plus précieuses étaient immolées ; les sacrifices humains ne furent pas inconnus , ils étaient même regardés comme les plus puissantes expiations.
1 Voyage de Sonnerat, t. 1, p. 158, etc.
Pour obtenir la bienveillance des divinités de la seconde classe , on eut recours à des institutions d'un autre genre, à des cérémonies pompeuses , à des fêtes brillantes et gaies, relevées par tous les charmes de la poésie, de la musique et de la danse, mais ternfinées souvent par des scènes d’une licence trop indécente pour en permettre la description. Les rites des religions grecque et romaine, offrent une multitude d'exemples de ces diverses pratiques, que je n'ai pas besoin de rappeler aux lecteurs instruits !.
Le cérémonial de la superstition fut à peu près le même dans l'orient. Les mœurs des Indiens, quoiqu'elles fussent, depuis le tems où elles furent connues des peuples de l'occident, distinguées pour leur douceur, semblent avoir été , dans des temps plus reculés, semblables à celles des autres nations. Plusieurs de leurs divinités étaient süpposées d’un naturel sévère et farouche , et étaient représentées dans ieurs temples sous des formes redoutables. Si nous ne connaissions pas l'empire de la superstition
| sur l'esprit humain, nous aurions de la peine à
croire qu'un culte approprié au caractère de semblables divinités eût jamais pu s'établir chez un peuple de mœurs douces. Tous les actes de religion par lesquels ils honoraient leurs dieux semblent avoirété prescrits par la crainte; ils s'imposèrent des pénitences multipliées , si rigoureuses, si cruelles et si prolongées, qu'on n'en peut lire les détails sans étonnement et sans horreur. Quelque répugnance, que montrassent les Indiens à répandre le sang d'aucune créature vivante , plusieurs animaux, même les plus utiles, tels que lecheval et la vache, étaient offerts en sacrifice sur les autels de quelquesunes de leurs divinités ‘ ; et ce qui est encore plus étrange, les pagodes de lorient furent souillées de sacrifices humains 5, comme les temples de l'occident. Cependant des institutions religieuses et des cérémonies d'un genre moins sévère étaient mieux adaptées au génie d'un peuple que son extrême sensibilité, et physique et morale, disposait à un amour immodéré du plaisir. Dans aucune partie de la terre, il n'y a eu une connexion entre la satis-
1 Strabo, lib. van, p. 581. A., lib. x1r, p. 837, C.
* Ayeen Akbery, vol. Ill, p. 241. — Roger, Porte ouverte , p. 251.
5 Hito-Padès, p.125, 322.—Recherches asiatiques, P. 265. — Sonnerat, vol. 1, p. 207. — Roger, p. 251.
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», XI1, p. 837, C.