VAR AA RAA VAN
lui fut assignée par le Créateur. C'est là que l'espèce humaine commença à s'élever aux connaissances ; et tant par les restes des sciences qui furent anciennement cultivées dans l'Inde, que par les débris des arts qui y furent pratiqués, l'ont peut conjecturer que c’est un des premiers pays où les hommes aient fait quelque progrès considérable dans cette carrière. On vanta de bonne heure la sagesse de l'Orient !, et ses productions furent très anciennement recherchées par les nations éloignées ? ; cependant les communications d'un pays à l’autre n’eurent d’abord lieu que par terre. Comme il parait quelesOrientaux commencèrent de bonne heure à assujettir les animaux utiles 3, ils se virent bientôt en état d'entreprendre les longs et ennuyeux voyages nécessaires au soutien d’un tel commerce ; et la bonté prévoyante du ciel leur prépara le secours d’une bête de somme, sans l’aide de laquelle il leur eût été impossible de les achever. Le chameau, par sa force soutenue, par le peu de nourriture qui lui est nécessaire, et par la singularité de sa construction intérieure, au moyen de laquelle il se fait une provision d'eau pour plusieurs jours, les mit à même de transporter les plus pesantes marchandises à travers ces déserts qui se trouvent inévitablement sur la route de ceux qui, des con'rées à l’ouest de l’Euphrate, veulent aller dans l’Inde. C’est de cette manière que se fit le commerce, surtout par les nations voisines du golfe Arabique, depuis les temps les plus reculés où l’histoire porte son flambeau.
Cependant les longs voyages ne furent d'abord entrepris qu’accidentellement et par un petit nombre d’aventuriers. Mais peu à peu, consultant tout à la fois et leur sûreté et leur
1 Ke' livre des Rois, 1v, 30.
3 Gen., XXXVIT.
5 Zbid,, xu, 16; xxiv, 10, 11.
508 RECHERCHES commodité, de nombreux corps de marchands s’assemblèrent à certains temps, et formant une association momentanée (connue depuis sous le nom de caravanes), gouvernés par deschefs de leur propre choix, et soumis à des règlemens dont l’expérience leur -avait appris l'utilité, firent des voyages dont la longueur et la durée étonnèrent les nations qui n'étaient pas accoutumées à cette manière de commercer.
Mais quelque perfection que l'or pût mettre dans cette manière de voiturer parterre les productions d'un pays à l’autre ‘es inconvéniens qui l’accompagnaient étak trop évidens et trop inévitables. Le danger 4uelquefuis, la dépense, l'ennui, la fatigue, en étaient toujours la suite. On chercha un moyen de communication plus aisé et plus expéditif, et le génie inventeur de l’homme ne tarda pas à s’apercevoir que les rivières, les bras de mer et l'Océan lui-mème, étaient destinés à ouvrir et faciliter les rapports des différentes régions de la terre entre lesquelles ils paraissent d’abord evoir été placés comme des barrières insurmontabies. Cependant la navigation et la construction des vaisseaux, comme je l'ai observé dans un autre ouvrage !, sont des arts si délicats et si compliqués, qu'ils exigent divers talens réunis et l'expérience de plusieurs siècles pour être portés à quelque degré de perfection. Depuis le radeau ou l’humble canot, où le sauvage ne vit d’abord qu'un moyen de franchir la rivière qui l’arrètait dans le cours de sa chasse , jusqu’à la construction d’un vaisseau capable de transporter un nombreux équipage ou une cargaison considérable à une côte éloignée , le progrès de l’art est immense. Que d'efforts , que d'épreuves n’a-t-il pas fallu faire! Quel travail et quelle force d'invention n’a-t-il pas fallu avant que cette pénible et importante entreprise pôt être portée à son comble !
Mème après qu'on eut fait quelques progrès dans l’art de construire les vaisseaux, il s’en fallut bien que le commerce des nations entre elles s’étendit beaucoup sur mer. Si l'on en croit les plus anciens historiens , c’est sur la Méditerranée et dans le golfe Arabique que se firent les premiers efforts de la navigation et que le commerce déploya sa première activité. D'après la position et la forme de ces deux grandes mers
1 Hist. de l'Amérique, vol. À, p. 2.
HISTORIQUES
intérieures, il n’est pas difficile d'ajouter foi à de tels faits. Par elles nous sont ouverts les continens de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, et s'étendant fort au loin le long des contrées les plus fertiles et les premières civilisées de chacune de ces parties du monde, elles semblent avoir été destinées par la nature à faciliter la communication de l’une à l’autre. Aussi voit-on que les premiers voyages des Égyptiens et des Phéniciens , les premiers navigateurs dont l'histoire fasse mention , se firent sur la Méditerranée. Ils ne bornèrent pourtant pas long-temps leur commerce av”: pays situés sur ses cÂtes. En se rendant maîtres de bonne heure des ports semés dans l'enceinte du golfe Arabique, ils étendirent la sphère de leur commerce, et l'on en parle comme des premiers peuples occidentaux qui s’ouvrirent par mer une communication avec l'Inde.
Dans le compte que j'ai rendu des progrès de la navigation et de la découverte de l'Amérique à la tête de mon histoire de ce pays, j'ai considéré avec attention les opérations maritimes des Egyptiens et des Phéniciens ; ce que j'en ai dit, si on l’envisage sous le côté qui les lie au commerce de ces deux peuples de l'Inde, jettera un jour suffisant sur les nouvelles recherches que j'entreprends. Quant aux Égyptiens, ce que l’histoire nous en dit se borne à très peu de chose, et n’est pas très certain. La fertilité du sol et la douceur du climat leur procurait si abondamment tous les agrémens et tous les besoins de la vie, et les rendait par conséquent si indépendans des autres nations, qu'une des premières maximes fondamentales de leur politique fut de renoncer à tout commerce avec les étrangers; en conséquence, ils avaient en horreur toutes personnes adonnées à la mer, et les regardaient comme des impies et des profanes ; et ils fortifièrent leurs ports de manière à en écarter tous les étrangers !.
L’ambition inquiète de Sésostris, rejetant avec dédain les difficultés que lui opposaient les idées étroites de ses sujets, lui persuada de faire des Égyptiens un peuple commerçant, et dans le cours de son règne, il accomplit si bien son projet, qu’au rapport de quelques historiens, il
1 Diod. de Sic., liv.z, p. 78, édit. de Wesseling,
Amst., 1746. Strab., Géog., liv. xvut, p. 1142. A. édit. de Casaub., Amst., 1707
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it. de Wesseling, ,p. 1142. A. édit.
SUR L'INDE ANCIENNE. 509
se vit en état d'équiper sur le golfe Arabique une flotte de quatre cents vaisseaux, qui soumit tous les pays qui s'étendent |le lonis de la mer Érythrée jusqu'à l'Inde. En même temps son armée, qu’il conduisait lui-même, s'avança à travers l'Asie qu'il conquit tout entière , jusqu'aux bords du Gange , et traversant cette rivière, ne trouva de bornes que l'océan Oriental! ; mais ces efforts ne produisirent rien de permanent , et il paraît que le génie et les habitudes des Égyptiens s’en trouvèrent tellement contrariés, qu'à la mort de Sésostris ils reprirent leurs anciennes maximes; et plusieurs siècles s'écoulèrent avant que les rapports commerciaux de l'Égypte avec l'Inde eussent assez d’importance pour mériter une place dans cette dissertation (4).
L'histoire des premières opérations maritimes de Phénicie n’est pas enveloppée des mêmes voiles 'que celle de l'Égypte. Il n’y avait rien dans le caractère et dans la situation des Phéniciens qui ne favorisât l’inclination commerqante. Le territoire dont ils étaient en possession n’avait ni étendue ni fertilité : le commerce seul pouvait les rendre riches et puissans ; en conséquence, le commerce que faisaient les Phéniciens de,Tyr et de Sidon s'étendait fort lin et présentait des dangers. De tous les peuples
à de l'antiquité, c’est celui qui, dans ses mœurs et
sa manière de se ‘gouverner , s2 rapprochait le plus des grands états commerçans de nos jours. Dans leurs différentes branches de commerce, celle de l’Inde peut être regardée comme la plus considérable et la plus lucrative. Comme leur situation sur la Méditerranée et l’état imparfait de la navigation ne leur permettait pas d'ouvrir par mer une communication directe avec l’Inde, ils s'avisèrent bientôt d'enlever aux Iduméens quelque port commode vers le golfe Arabique.
Deleurs nouveaux emplacemens, ils entretinrent un commerce suivi avec l'Inde d’une part, et de l'autre avec les côtes orientales et méridionales de l'Afrique. Cependant la distance considérable qui se trouvait entre Tyr et le golfe Arabique y rendait le transport des marchandises par terre si dispendieux et si désagréable, que « fut une nécessité pour eux de s'emparer de Rhinocolure , le port de la Méditerranée le plus
! Diod. de Sic., liv. », p. 61.
voisin du golfe Arabique. C’est là que toutesles marchandises venues de l'Inde se voiturèrent par un chemin beaucoup plus court et beaucoup plus praticable que celui par lequel les productions de l'Orient furent dans la suite transportées du rivage opposé du golfe Arabique au Nil. A Rhinocolure, elles étaient embarquées de nouveau, et portées, par une navigation aisée, jusqu'à Tyr, et de là distribuées dans tout l'univers. Cette route, la première qu'on se soit ouverte du côté de l'Inde, et dont il nous reste une description authentique, avait tant d'avantages sur toutes celles dont l'usage a précédé la découverte récemment faite d’une nouvelle route par mer à l'Orient , qu’il n’était pas difficile aux Phéniciens de fournir aux autres nations les productions de l'Inde en beaucoup plus grande abondance et à beaucoup meilleur marché qu’aucun peuple de l'antiquité. C’est à cette circonstance qui, pendant un laps de temps considérable, leur assura le monopole de ce commerce , qu'était due non-seulement la richesse extraordinaire des individus qui « des marchands de « Tyr faisait des princes, et de ses trafiquans , « les honorables de la terre! », mais aussi la grandeur de l’état lui-même, dont la splendeur “ana au genre humain la première idée des
-stes ressources que peut se faire un .peuple commerçant, et des grandes entreprises dont il peut étonner l'univers (2).
Les Juifs étaient trop voisins de Tyr, pour ne pas regarder d’un œil d'émulation les immenses richesses que le commerce lucratif des Phéniciens y faisait couler, du sein de leurs établissemens sur le golfe Arabique. Ils prirent part à ce commerce, sous les règnes fortunés de David et de Salomon , tant par la conquête qu'ils firent d’un petit district dans la terre d'Edom , par lequel iis se virent maîtres des portes d’Elath et d'Esiongeber sur la mer Rouge, que par l’amitié d'Hiram, roi de Tyr, lequel mit Salomon en état d'équipper des flottes qui, sous la direction de pilotes phéniciens , firent voile pour Tarshish et Ophir2. Les savans se sont longtemps occupés de la situation de ces fameux purts où les vaisseaux de Salomon allaient charger toutes ces marchandises diverses dont les écrivains sacrés ont fait un si pompeux étalage;
t Isaïe, xx, 8.
2 Rois, 1x, 26; x, 22.
2e Rs SE er a. . re
& gl ; Li ,% ja
HISTORIQUES
degré de certitude, est celui des Perses; et encore n'avons-nous sur cet établissement que des don. nées très générales et très douteuses. Darius, fils d'Hystaspe, quoique élevé au trône par la ruse où par le hasard, avait une activité, un goût pour les grandes choses, qui le rendaient vraiment digne de ce premier de tous les postes, Il jeta sur les différentes provinces de son royaume un regard plus attentif qu'aucun de ses
mais le lieu de leur existence est encore au nombre des choses inconnues.
On les crut très anciennement situés dans quelque partie de l'Inde avec laquelle les Juifs passaient aussi pour avoir des relations ; mais l'opinion la plus commune est que les flottes de Salomon , après avoir passé le détroit de Babel- Maudel, allaient le long de la côte du sud-ouest d'Afrique, jusqu'au royaume de Sofala ; ce pays
célèbre par ses riches mines d’or et d'argent, qui lui valurent, de la part des écrivains sacrés !, le nom même du métal qu’il produisait, était abondamment fourni de tous les autres articles qui formaient la cargaison des vaisseaux juifs. Cette opinion, devenue très probable par les recherches exactes de M. d’Anville, semble aujourd'hui avoir été mise tout-à-fait hors de doute par un savant voyageur moderne qui, par la connaissance des moussons dans le golfe Arabique, comparée avec l’ancien état de la navigation tant sur cette mer que le long de la côte africaine, est parvenu non-seulement à expliquer la longueur extraordinaire de la navigation des flottes de Salomon, mais a prouvé par des circonstances connues de leur voyage qu'il n'avait pour but aucun endroit particulier de l'Inde 2. Nous pouvons donc conclure que les Juifs n’ont aucun droit d’être comptés au nombre des nations qui entretenaient avec l'Inde un commerce maritime; et si, par déférence pour l'opinion de quelques écrivains respectables, leur prétention était reconnue, nous savons du moins avec certitude que ce mouvement des Juifs vers le commerce, sous le règne de Salomon, pe fut que momentané, et qu'ils retombèrent bientôt dans leur ancien état de séparation avec le reste du genre humain.
Après avoir rassemblé les faibles jours que jette l'histoire sur les premiers pas du commerce du côté de l'Inde, je vais maintenant, avec plus
connues avant lui !, Ayant soumis à son pouvoir
| à connaitre avec plus de précision et d'exacti-
| ryancre, chef d’une escadre équipée à Caspatyre,
| ordre d'en suivre le cours jusqu'à son embou- | chure dans l'Océan. Scylax remplit cette desti-
de certitude et de confiance, suivre les progrès des communication avec cette partie du monde, guidé par des auteurs qui ont rappelé des événemens plus voisins de leur siècle, et sur lesquels ils ont reçu des détails plus positifs et plus circonstanciés.
Le premier établissement d’un pouvoir étranger dans l'Inde qui soit prouvé avec quelque
Notice des manuscrits du roi, t. M, p. 40.
3 J'oyages de Bruce, liv. un, ch. iv.
prédécesseurs, et se mit en quelque sorte à la découverte de plusieurs parties de l'Asie, peu
plusieurs des pays qui s'étendent au sud-est depuis la mer Caspienne jusque vers le fleuve Oxus, ce fut pour lui une occasion de chercher
tude cette partie de l'Inde qui lui sert de frontière. Dans cette vue, il nomma Scylax, de Ca-
au pays de Pactye (aujourd'hui Pehkley), vers le haut de la partie navigable de l’Indus, avec
nation, quoique non sans difficulté en apparence, et en dépit d’un grand nombre d'obstacles ; car il ne mit pas moins de deux ans et demi à conduire son escadre du lieu de l’embarquement jusqu’au golfe Arabique?. Ce qu’il rapporta de la population, de la fertilité et du haut état de culture de cette région de l'Inde qu'il avait traversée, rendit Darius impatient de la conquête d'un si riche pays. Son impatience fut bientôt satisfaite, et quoique ses conquêtes dans l'Inde ne paraissent pas s'être étendues au-delà du district arrosé par l'Indus, on ne peut que se former une idée de son opulence et du nombre de ses habitans dans ces temps reculés, quand on songe que le tribut qu’il en retirait formait presque le tiers du revenu entier de la monarchie persane (3)3. Mais ni le voyage de Scylax, niles conquêtes de Darius, qui en furent la suite, ne donnèrent aucune connaissance générale de l'Inde. Les Grecs, qui, dans ces temps, étaient la seule nation éclairée de l'Europe, ne faisaient que peu d'attention aux démarches des peuples qu'ils regardaient comme des barbares, surtout dans les pays très éloignés du leur; et Scylai
1 Hérodote, liv. 1v, ch. xniv.
2 Hérodote, liv. 1v, ch. xzu1, XEtv.
5 Hérodote, liv. nr, ch. xc-xcvi.
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avait e circons ble ave s'attact merveil la plus les plus Euvi:
Darius] son EXP son car:
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L Hisi. de
erses ; el encore it que des don:
euses. Darius, u trône par la ne activité, un ui le rendaient tous les postes.
vinces de son qu'aucun de ses elque sorte à la s de l'Asie, peu is à son pouvoir lent au sud-est e vers le fleuve ion de chercher sion et d'exactilui sert de frona Scylax, de Caipée à Caspatyre, i Pehkley), vers de l'Indus, avec qu’à son emboumplit cette destialté en apparence, € d'obstacles ; car ns et demi à con- » l'embarquement qu'il rapporta de du haut état de de qu'il avait trant de la conquite ience fut bientôt quêtes dans l'Inde dues au-delà du bn ne peut que $t ce et du nombre ps reculés , quant en retirait formait jer de la monarchie se de Scylax, niles furent la suite, ne ance générale de ces temps , étaient urope, ne faisaient arches des peuples S Harbares, surtoil du leur; et Scyhi
UV.
SUR L'INDE ANCIENNE
avait embelli le récit de son voyage de tant de circonstances évidemment fabuleuses, qu’il semble avoir été frappé de la juste punition qui s'attache aux personnes dont le goût pour le merveilleux est connu, de n'être écoutés qu'avec la plus grande défiance dans leurs récits mème les plus vrais.
Environ cent soixante ans après le règne de Darius Hystaspe, Alexandre-le-Grand commença son expédition dans l'Inde. La tache imprimée à son caractère par des traits d’emportement féroce, par des excès indécens d’intempérance et par les pompeux étalages de la vanité dont la vie de cet homme extraordinaire n’est. que trop remplie, a presque toujours empêché jusqu'ici d'apprécier avec justesse le rang distingué qui lui est dû comme conquérant, comme politique et comme législateur. Le sujet actuel de mes recherches ne me laisse apercevoir ses opérations que d’un seul côté, mais j'aurai occasion de présenter sous un point de vue frappant la grandeur et l'étendue de ses plans. Peu de temps après ses premiers succès en Asie, il paraît avoir songé à établir une monarchie universelle, et ne sêtre pas moins proposé l'empire de la mer que celui de la terre. La longue et étonnante résistance des Tyriens, sans alliés, sans secours, lui donna une haute idée des ressources de la puissance navale, et des grandes richesses que pouvait fournir le commerce , surtout: le commerce de l'Inde, dont il vit que les citoyens de Tyr s'étaient exclusivement emparés. Résolu de leur enlever ce commerce, et pour lui assigner un poste préférable à plusieurs égards à celui
de Tyr, il n’eut pas plus tôt achevé la conquête |
de l'Égypte qu’il fonda une ville près de l’une des bouches du Nil, qu’il honora de son propre nom; ct il en choisit l'emplacement avec un si merveilleux discernement, qu’Alexandrie devint la plus considérable ville de commerce de l’ancien monde, et que malgré les changemens continuels de domination, elle ne cessa point d’être pendant dix-huit siècles le principal siége du commerce de l’inde !. Malgré les opérations militaires qui fixèrent bientôt l'attention d’Alexandre, il ne renonça point au désir de s’attirer le commerce lucratif que les Tyriens avaient fait avec l'Inde. Il arriva bientôt des
! Hisi. de l’.Amér., vol. 1, p. 20.
événemens qui non-seulement le fortifièrent dans son dessein, mais même lui laissèrent apercevoir la possibilité d'acquérir la souveraineté de ces régions, d’où arrivaient au reste de la terre tant de précieuses productions.
Après avoir complétement triomphé des Perses , la poursuite qu’il fit du dernier Darius et de Bessus, l'assassin de cet infortuné monarque, le conduisit à travers cette partie de l'Asie qui s'étend depuis la mer Caspienne jusque au-delà du fleuve Oxus. Il s’avança vers l’orient, jusqu'à Maracande !, ville assez notable dès lors, et qui devait dans la suite, sous le nom moderne de Samarcande, êtré la capitale d’un empire qui ne le cèderait au sien, ni en puissance ni en étendue. Dans une marche de plusieurs mois, qui le rapprochait souvent de l'Inde, à travers des provinces jusque-là inconnues aux Grecs, parmi des peuples qui avaient depuis long-temps avec l'Inde de grandes relations , il apprit sur l'état de ce pays? , qui avait été long-temps l’objet de ses pensées et de ses vœux?, plusieurs choses qui ne firent qu'augmenter le désir qu'il avait de s’en rendre maître. Prompt et tranchant dans toutes ses résolutions, il partit de Bactre, et traversa cette chaîne de montagnes qui , sous différentes dénominations, forme ce que les géographes orientaux appellent une ceinture de pierre qui renferme l'Asie , et sert de barrière à l'Inde du côté du nord.
On conçoit aisément que l'entrée la plus facile de chaque pays doit être déterminée par des circonstances de sa situation naturelle, telles que les défilés des montagnes, le cours des rivières et leurs endroits les plus guéables. Il n’est point de lieu sur la terre, où cette trace d’invasion soit mieux marquée, et d’une manière plus distincte, que sur la frontière septentrionale de l'Inde; tellement que les trois grands usurpateurs de ce pays, Alexandre, Tamerlan et Nadir-Chabh, à trois époques très éloignées et avec des vues et des talens extrêmement divers, se sont avancés par la même route et presque sur les mêmes pas. Alexandre eut la gloire de l'avoir le premier découverte. Au sortir des montagnes, il campa à Alexandrie-Paropamisana, sur le même site que la moderne cité de Candahar; et
* Arrien, 11, ch. 30,
3 Strab., xv, p. 1021. A.
3 Arrien, av, Ch. xv.