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pourra, avec quelque attention , y reconnaitre les traces de ses progrès !.
Même dans les siècles éclairés, où l’on observe et où l'on recueille avec le plus de soin tout ce qui se passe parmi les nations, et où le répertoire de l’histoire paraît le plus abondamment fourni , on a fait si peu d'attention aux opérations du commerce, que l'on a toujours trouvé les plus grandes difficultés à pouvoir les présenter dans leur ordre naturel. Néanmoins le terme jusqu'où j'ai conduit ces recherches est l’une des époques dans les annales du genre humain sur lesquelles l’histoire répandele moins de lumières. Comme c’est surtout dans l'empire grec et dans certaines villes d’ltalie que l’on fit quelques tentatives pour se procurer les marchandises de l'Inde et des autres régions de lorient, ce n’est que dans les historiens de ces pays que nous pouyons espérer de trouver desrenseignemens sur ce commerce. Mais depuis le siècle de Mahomet jusqu'au temps où les Comnènes montèrent sur le trône de Constantinople, ce qui fait un période de plus de quatre siècles et demi, l'histoire de Byzance se borne à d'arides chroniques, dont les compilateurs ont rarement porté leurs vues au-delà des intrigues du palais, des factions du théâtre et des disputes des théologiens. Encore leur mérite est-il, s’il est possible , de beaucoup supérieur à celui des moines, auteurs des annales des différens états et des différentes cités de l'Italie pendant le même période; et c’est presque sans fruit que, dans les plus anciennes histoires de ces villes, qui se sont rendues les plus fameuses par leur goût pour le trafic, nous cherchons l'origine où la nature du commerce à l’aide duquel elles se sont élevées les premières à un rang distingué(39). Ilest cependant évident, pour peu que l’on suive les événemens qui ont rempli le septième et le huitième siècle, que les états d'Italie, dont les côtes étaient continuellement infestées par les mahométans qui s’y étaient établis en quelques endroits, et qui avaient presque entièrement soumis la Sicile à leur empire, ne pouvaient commercer avec l'Égypte et la Syrie , ni en grande sûreté ni avec beaucoup de confiance, On sait quelle était la haine im-
\ Ant. ilal. medii ævi, |, 400, 408, 410,883, 885, 894
Rer. ital, script. 1, 187.
RECHERCHES HISTORIQUES
bases si
placable des chrétiens pour les mahométans, qui : raient |
n'étaient à leurs yeux que les disciples d’un im-
posteur; et comune toutes les nations qui pro- l'orient essaient la foi chrétienne, soit dans l’orient , trefois , soit dans l'occident , avaient mélé à l’adoration d'Alexar de l'Être suprème celle des anges et des saints, sujets di et avaient orné leurs églises de tableaux et de Mais c statues, les vrais musulmans se regardaient MR ‘005 en : comme les seuls défenseurs de l'unité de Dieu, M Plein eff et regardaient les chrétiens de tous les empires M POur le : avec horreur et comme des idolâtres. Il a fallu M Pendant beaucoup de temps pour adoucir cette animosité M de5 deux mutuelle au point de faire entrer quelque cordia- les aliéne lité dans les liaisons de ceux qui en étaient imbus, À ‘ütre ou Cependant le goût des productions agréables li ® Proie. de lorient ne continua pas seulement de se el la plus répandre en Italie; mais, à limitation des Ita. MN l'histoire c liens , ou par quelque changement avantageux A ft qu'ell dans leur propre situation, les habitans de Mar. A l* Proprié seille et des autres villes de France sur la Mé- fets qui pe diterranée, les recherchérent avec un égal em- Î 11€ Je me pressement. Mais les marchands de Venise ou sa me om
d’Amalphi , de qui on :ecevait ces marchandises précieuses, mettaient si peu de mesure à leurs profits, que les Français songèrent sérieusement
point elles riser le tra
à faire des efforts pour se les procurer eux- pes mêmes. Dans cette intention, non contens d'ou- entre 8 de l’homme
vrir un commerce avec Constantinople , ils visitèrent eux-mêmes quelquefois les ports d'Égypte et de Syrie !. Cette avidité des Européens pour les productions de l’Inde d’une part , et de l’autre , les énormes profits qui résultaient de leur vente pour les califes et leurs sujets, engagèrent les deux partis à contenir leur haine nur tuelle au point d'entamer ensemble un trafic qui faisait évidemment le profit de l’un et de l’autre Le peu de détails que fournissent les écrivains contemporains ne nous mettent pas en état de suivre avec exactitude l'étendue de ce trafic el la manière dont il fut conçu et exécuté par c nouveaux aventuriers. Il est probable cependant que ces liaisons auraient insensiblement produil l'effet qu’elles ont ordinairement, de familiarise et de réconcilier entre eux des hommes de prit cipes et de mœurs opposés ; et il aurait pu sé tablir par degré, entre les chrétiens et les mi hométans, un commerce suivi et fondé sur dé
äinteté au choisi pour où il a acco main, que « christianism lieux saints propre à ré l'esprit de d fen confirmi de la chrétie à la dominat & joignit à 1 tinage lointa néritoire, C lon infligeai Nuvent enco jar le zèle :
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SUR L'INDE
bases si égales que les nations de l’Europe auraient pu recevoir tous les objets de luxe de lorient par la même route qu'ils suivaient autrefois, d’abord des Tyriens, puis des Grecs d'Alexandrie, ensuite des Romains, enfin des sujets de l'empire de Constantinople.
Mais quelle quedàt être l'influence de ces liaisons en se fortifiant , elles ne purent avoir leur plein effet à cause des croisades ou expéditions pour le recouvrement de la Terre-Sainte, qui pendant deux siècles occupèrent les sectateurs des deux religions rivales, et contribuèrent à les aliéner plus que jamais entre eux. Dans un autre ouvrage ! , j'ai montré le genre humain en proie à cette frénésie, la plus extraordinaire et la plus durable de toutes celles dont parle l'histoire de notre espèce ; j'ai développé les effets qu'elle produisit sur le gouvernement , sur la propriété , sur le goût et sur les mœurs, effets qui par leur nature rentraient dans l’objet que je me proposais alors en écrivant. Actuellement je me bornerai à l'influence des croisades sir le commerce, et à examiner jusqu'à quel point elles ont contribué à retarder ou à favoriser le transport des marchandises de l’Inde en Europe. |
Il'entre si bien dans la nature et dans l'esprit de l’homme d’attacher une idée particulière de ainteté au pays que l’auteur de notre religion a choisi pour le lieu de son habitation terrestre et où il a accompli la rédemption du genre humain, que depuis le premier établissement du christianisme on a toujours regardé la visite des leux saints de la Judée comme un usage trèspropre à réveiller et à entretenir puissamment l'esprit de dévotion : aux siècles suivans l'usage en confirma et s’accrut dans toutes les parties de la chrétienté, Lorsque Jérusalem fut soumise la domination mahométane , et que le danger & joignit à la fatigue et à la dépense d'un pèlerinage lointain, l'entreprise n’en parut que plus néritoire. C'était quelquefois la pénitence que lon infigeait pour les fautes capitales; plus souvent encore c'était un acte volontaire dicté pr le zèle : dans les deux cas, on le regardait omme l’expiation de toutes les fautes passées. rar différentes causes dont j'ai fait ailleurs l'élümération?, ces pieux voyages à la Terre-Sainte
‘ Hist. de Charles V. —» Ibid.
se multiplièrent étonnamment aux dixième et onzième siècles. On voyait partir pour Jérusalem non-seulement des individus des classes moyennes et inférieures de la société, mais même des personnes d’un rang distingué, avec une suite brillante et de nombreuses caravanes de riches pèlerins.
Dans toutes leurs opérations cependant les hommes savent avec une merveilleuse adresse mêler quelque spéculation d'intérêt aux actes qui par leur spiritualité en paraissent le moins susceptibles. Les caravanes mahométanes qui, suivant le précepte de leur religion , visitent le saint temple de la Mecque, ne sont pas seulement composées, comme je le dirai plus au long, de dévots pèlerins, mais aussi de marchands, qui, en allant et en revenant, se pourvoient d'un tel assortiment de marchandises, que c’est pour eux l'occasion d'un commerce considérable 1, Les fakirs même de l’Inde, que leur fol enthousiasme semble élever au-dessus de tous les soins de la terre, font de leurs fréquens pèlerinages un instrument de l'intérêt, en trafiquant dans tous les pays qu’ils traversent (40). De même ce n'était pas la seule dévotion qui faisait entreprendre le voyage de Jérusalem à ces troupes si nombreuses de pèlerins chrétiens. Le principal motif pour plusieurs, c'était le commerce, et en échangeant les productions de l’Europe pour les marchandises bien plus précieuses de l'Asie et surtout de l'Inde, qui alors étaient répandues dans toutes les parties de la domination des califes, ils s'enrichissaient et faisaient parvenir à leurs concitoyens, par un nouveau canal, les jouissances de lorient, dont ils ne devenaient encore que plus avides 2.
Mais quelque faibles que soient les indices qui, avant les croisades, marquent l'influence des fréquens pèlerinages en orient, sur le commerce, ils deviennent si frappans après le commencement de ces expéditions, qu'ils se présentent d'eux-mêmes aux yeux de l'observateur. Ce fut là l'effet du concours de plusieurs circonstances, dont l’énumération fera voir qu’un examen attentif des progrès et des suites des croisades jette la plus grande lumière sur le sujet de mes recherches. De grandes armées, conduites
" Viaggi di Ramusio , vol. 1, p. 151, 152.
2 Gul. Tyr., lib. xvat, cap. av, p. 933, apud Gesta Dei per Francos.