‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 106 sur 132 · US CUS · texte numérisé non relu

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par les plus illustres seigneurs de l'Europe, et composées de tout ce qu’il y avait de plus actif dans ses divers royaumes, marchaient vers la Palestine, à travers des pays qui surpassaient de beaucoup ceux qu'ils venaient de quitter, dans tous les genres d'industrie. Ils virent l'annonce de la prospérité dans les républiques d'Italie qui avaient commencé à <e disputer le succès dans les arts qui tiennent à l’industrie, et dans les mesures qui avaient pour objet de concentrer chez elles le commerce lucratif de lorient. Ils admirèrent un plus grand développement encore dans l’opulence et la splendeur de Constantinople, éminemment élevée au-dessus de toutes les villes alors connues, par l'étendue de son commerce, et surtout de celui qu'elle faisait avec l'Inde et les régions ultérieures. Ils servirent ensuite dans les provinces de l'Asie où passaient ordinairement les marchandises de l’orient, et se rendirent maîtres de plusieurs villes qui avaient été des entrepôts de ce commerce. Ils fondèrent le royaume de Jérusalem, qui subsista près de deux cents ans. Ils s'emparèrent du trône de l'empire grec qu'ils gouvernèrent plus d’un demi-siècle. Parmi une scène d'événemens et d'opérations aussi variée, les idées des fiers guerriers de l'Europe s'ouvrirent et s’étendirent insensiblement ; ils s’initièrent dans les arts et dans le gouvernement des peuples qu’ils avaient soumis; ils observèrent les sources de leur richesse, et se préparèrent à profiter de toutes ces connaissances. Antioche et Tyr, au moment que les croisés s'en rendirent maîtres, étaient des villes florissantes, habitées par de riches marchands qui fournissaient à tous les peuples commerçans de la Méditerranée les productions de lorient 1; autant qu'il est possible de le conjecturer d’après des circonstances indirectes rapportées par les historiens de la guerre sacrée, qui, étant pour la plupart prêtres ou moines, portaient leur attention sur des objets bien différens de tout ce qui peut avoir rapport au commerce, il y a lieu de croire que le trafic, depuis si long-temps établi avec lorient, continua d’être protégé et encouragé non-seulement à Constantinople, tant que les Francs y régnèrent, mais mème dans les ports de Syrie

* Gul. Tyr., lib. xs, cap. v. 4{b. Aquens. Hist. Hier. , apud Gesta Dei, vol. 1, p. 247.

HISTORIQUES

dont les chrétiens s'étaient mis en possession. Mais quoique le commerce n'ait été peut-être qu’un objet secondaire pour les chefs belliqueux des croisades, engagés dans des hostilités continuelles avec les Turcs d’un côté, et de l’autre avec les soudans d'Égypte; c'était au moins le premier objet de ceux dont ils se servaient dans leurs opérations. Quelque nombreuses que fussent les armées qui avaient arboré la croix, et quelque entreprenant que fût le zèle fanatique qui les animait, elles ne seraient jamais venues à bout de leur projet, elles ne se seraient même jamais rendues jusqu’au lieu de la guerre, si elles ne se fussent assuré l'assistance des états d'Italie. Aucune autre puissance de l'Europe ne pouvait leur procurer un nombre suffisant de vaisseaux de transport pour conduire les armées des croisés sur la côte de Dalmatie, d’où elles s'avançaient vers Constantinople, lieu du rendezvous général ; on aurait été en état de leur fournir des provisions et munitions de guerre dans la quantité requise pour l'invasion d'un pays éloigné. Dans toutes les expéditions suivantes, les flottes des Génois, des Pisans ou des Vénitiens, se tenaient le long de la côte, à mesure que les armées s’avançaient par terre, .et leur fournissant par intervalles tout ce qui pouvait leur manquer, concentraient dans leurs mains tout le profit d’une branche de commerce très lucrative dans tous les temps. C'était avec toutes les vues intéressées des marchands, que les Italiens apportaient leurs secours. Si l’on prenait une place, et qu'ils trouvassent leur ‘tàsy fixer , ils obtenaient des croisés tou . stes de priviléges avantageux, la liberté du commerce: la diminution ou même l'exemption totale de droits levés sur l'entrée et sur la sortie des mar chandises, des faubouigs entiers dans certaines villes, et dans d’autres de longues rues en leur possession ; le privilége pour quiconque résidait dans leur enceinte ou commerçait sous leur pro tection, d’être jugés suivant leurs lois, et par des juges de leur propre choix !. D'un si gran nombre d'avantages il résulta nécessairement, pendant la durée des croisades, une augment-

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SUR L'INDE ANCIENNE

leurs marchands, qui, après s'être entièrement emparés du commerce de l'orient, se donnèrent de tels mouvemens pour trouver de nouveaux

débouchés aux marchandises qui en provenaient, .

qu'ils en répandirent le goût dans plusieurs endroits de l’Europe, où elles avaient été jusqu'alors étrangères.

Il arriva deux. événemens avant la fin de la guerre sainte, qui, en faisant passer aux Génois et aux Vénitiens plusieurs provinces de l'empire grec, les mirent en état de fournir à l'Europe toutes les productions de l’orient en plus grande abondance. Le premier fut la conquête de Constantinople, l'an 1204, par les Vénitiens et par les chefs de la quatrième croisade. Il n’entre pas dans le plan de cet ouvrage de rendre compte des intérêts politiques et des intrigues qui formèrent cette alliance, et tournèrent contre un monarque chrétien les armes bénites destinées à délivrer la ville sainte de la domination des infidèles. Constantinople fut prise d’assaut et pillée par les confédérés. Un comte de Flandres fut mis sur le trône impérial. Les états qui étaient encore au pouvoir des successeurs de Constantin furent divisés en quatre parties, dont une fut assignée au nouvel empereur pour soutenir la dignité et les frais.du gouvernement ; il se fit une répartition égale des trois autres entre les Vénitiens et les chefs de la croisade. Les premiers, qui, dans la formation et dans l'exécution de cette entreprise, n'avaient pas un seul instant perdu de vue ce qui pouvait être le plus utile à leur commerce, s’assurèrent les territoires les plus avantageux pour un peuple trafiquant. Ils obtinrent une partie du Péloponèse, où fleurissaient aloïs les plus riches manufactures et surtout celles de soie. Ils eurent en leur possession plusieurs des iles les plus grandes et les mieux cultivées de l’Archipel, et formèrent une chaîne d'établissemens tant militaires que commerciaux, qui s'étendait depuis la mer Adriatique jusqu’au Bosphore {. Un grand nombre de Vénitiens s’établirent à Constantinople, et sans la moindre opposition de la part de leurs belli-

long-temps enrichi cette capitale. Mais ils s'atta-

: Chèrent particulièrement au commerce de la soie et à celui de l'Inde. Depuis le règne de Justinien, ce fut surtout en Grèce et dans quelques-unes des Îles adjacentes que les vers à soie, qu'il avait le premier introduits en Europe, furent élevés et soignés. Le produit de leurs travaux fut employé à des fabriques d'étoffes de différentes espèces dans plusieurs villes de l'empire. Mais c'était à Constantinople, séjour du luxe et de ‘ l'opulence, que se faisait le plus grand débit de cette marchandise si estimée, et ce fut par conséquent dans ses murs que se concentra le commerce de la soie. 11 y avait déjà quelque temps que les Vénitiens, en envoyant des cargaisons dans les différens ports où ils trafiquaient , s’étaient aperçus que la soie, dont il se faisait tous les jours de nouvelles demandes dans toutes les parties de l'Europe, était un article de la première importance. Ils avaient à Constantinople un si grand nombre de leurs concitoyens, on leur y accordait de si grandes exemptions, que non-seulement le prix et la quantité de la soie qu'ils envoyaient étendirent .de beaucoup les bornes et les profits de ce commerce pour eux ; ils s’instruisirent encore si à fond de tout ce qui est relatif à la fabrique de lasoie, qu'ils essaytrent de l’établir dans leurs propres états. Les mesures prises à cet effet par les individus, et les règlemens faits par le gouvernement, furent concertés avec tant de prudence, et exécutés avec un tel succès, qu’en peu de temps les manufactures de soie de Venise le disputérent à celles de la Grèce et de la Sicile, et ne contribuërent pas moins à enrichir la république, qu’à étendre la sphère de son commerce, En même temps les Vénitiens profitèrent de l’ascendant qu'ils avaient pris dans Constantinople pour augmenter leur commerce avec l'Inde. Outre les moyens communs à toutes les autres villes commerçantes de l'Europe, par lesquels les productions de l’orient arrivaient à la capitale de l'empire grec, elle en recevait encore une grande quantité par une voie qui lui était particulière. Quelques-unes des

queux associés, peu attentifs aux progrès de | plus précieuses marchandises de l'Inde et de la

l'industrie, ils réunirent dans leurs mains les différentes branches de commerce qui avaient si

* Danduli Chronic. ap. Murat. Script. Rer. Ital., vol. XII, p. 328. Mar. Sanuto, File de’duchi di Venez, Murat., vol. XXII, 532.

Chine étaient transportées par des chemins que

J'ai déjà indiqués, jusqu’à la mer Noire, et de là

à Constantinople, après une courte navigation.

Les Vénitiens avaient un accès facile à ce marché,

le mieux fourni après Alexandrie, et les mar-

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