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du comte d'Angoulème!. Par ce mariage, Louis aurait empêché que la succession de la maison de Bourgogne ne tombât entre les mains d'une puissance rivale; et en échange du riche établissement qu'il aurait procuré au comte d'Angoulème, il eût obtenu ou extorqué de ce prince des concessions très avantageuses au royaume de France; mais Louis, accoutumé depuis longtemps aux manœuvres obliques d'une politique insidieuse, ne pouvait goûter ce qui était simple et raisonnable; il avait tant de goût pour l'artifice et la ruse, qu'il finit par les regarder moins comme le moyen que comme le véritable objet de ses démarches, Ce principe, joint à ce. lui qu'il s'était fait de ne pas souffrir qu'aucun de ses sujets s'agrandit, peut-être aussi le désir d'opprimer la maison de Bourgogne qu'il haïssait, lui firent négliger une occasion dont un prince moins finet moins habile aurait su profiter, et l'égarèrent en lui faisant prendre une route plus convenable à son caractère et à son génie. Louis forma le projet de s'emparer par la force des provinces que Marie tenait de la couronne de France, et de pousser mème plus loin ses conquêtes dans les domaines de cette princesse, pendant qu'il la tromperait par des instances répétées pour le mariage impraticable du dauphin. Il montra dans l'exécution de ce plan une adresse et des talens extraordinaires, et il se signala par des traits de fausseté, de perfidie et de cruauté qui étonnent, même dans l'histoire de Louis XI. Dès que Charles eut fermé les yeux, Louis fit marcher ses troupes et s'avança vers les Pays-Bas. Il se fit ouvrir les portes de quelques-unes des villes frontières , en corrompant les gouverneurs , ou en se ménageant des intelligences avec les habitans. Il négocia avec Marie, et pour la rendre odieuse à ses propres sujets, il leur révéla des secrets importans que lui avait confiés cette princesse, Il entretint une correspondance secrète avec les deux ministres en qui elle avait le plus de confiance, et communiqua ensuite leurs lettres aux états de Flandre : lesétats, indignés de la trahison de ces ministres, ordonnèrent qu'on instruisit sur-le-champ leur procès : on leur fit subir les tortures les plus cruelles ; et, sans égard aux prières, aux larmes même de leur souveraine qui savait et approu-
Mém. de Comines, liv, r, p. 358
vait tout ce qu'ils avaient fait, on leur trancha la tète en sa présence !,
Tandis que, par une conduite si indigne d'un grand roi, Louis s'assurait la possession de la Bourgogne, de l'Artois et des villes situées sur les bords de la Somme , les états de Flandre entamèrent une négociation avec l'empereur Frédéric HE, et conclurent un traité de mariage entre Maximilien son fils, archiduc d'Autriche, et Marie, leur souveraine, La naissance illustre de ce prince et la haute dignité à laquelle il paraissait destiné rendaient cette alliance très honorable; en mème temps l'éloignement des domaines héréditaires de l'archiduc et la modicité de ses revenus , lui laissaient un pouvoir trop borné pour exciter la crainte ou la jalousie des Flamands.
Ce fut ainsi que la bizarrerie et l'excessive finesse de Louis mirent la maison d'Autriche en possession de l'héritage de celle de Bourgogne; cette acquisition fut la base de la puissance où s'éleva depuis Charles V ; par-là il se trouva maitre d'un riche domaine qui le mit en état de sou tenir avec succès les plus formidables entreprises contre la France. Ainsi le même monarque, qui sut le premier, en réunissant les forces intérieures de la France, rendre ce royaume redoutable à tout le reste de l'Europe, contribua en même temps à élever une puissance rivale qui, pendant deux siècles a traversé les mesures, balancé les forces et arrêté les progrès des rois ses successeurs.
Un second événement important influa sur l'état de l'Europe dans le quinzième siècle ; ce fut l'expédition de Charles VIIL en Italie. Elle produisit des révolutions aussi mémorobles que celles dont on vient de parler, et accasiona des changemens encore plus sensibles dans le système politique ainsi que dans le militaire; elle excita l'Europe à faire des entreprises plus hardies, et lia plus intimement les affaires et les intérèêts des différens états. Charles était un prince faible, mais généreux ; son administration douce et modérée semblait avoir ranimé la vivacité et le génie de la nation française, que le despotisme farouche de son père avait affaiblis et presque éteints. La noblesse reprit pour le service militaire cette ardeur qui lui était naturelle ; et pen-
1 Mém. de Comines, BY, v, ch, XV, p. 909, etc
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309, etc
dant que le jeune monarque, impatient de signaler son règne par quelque action d'éclat , cherchait en lui-mème de quel coté il tournerait ses armes, les sollicitations et les instances d'un politique italien, infame par ses crimes, mais distingué par ses talens, fixèrent son incertitude. Louis Sforce avait formé le projet de détrôner le duc de Milan son neveu, et de s'emparer de ses états; mais il craignait que les princes italiens ne formassent une ligue pour traverser ses mesures, et ne secourussent le duc de Milan, avec lequel la plupart d'entre eux étaient liés par le sang ou par des alliances, Sforce sentit la nécessité de s'assurer d'une protection puissante; il s'adressa au roi de France ; mais loin de lui découvrir ses véritables intentions, il tâcha uniquement d'engager ce monarque à entrer en ltalie avec une nombreuse armée, afin de s'emparer du trône de Naples, sur lequel Charles avait en effet des prétentions comme héritier de la maison d'Anjou. Les droits que cette maison avait sur le royaume de Naples avaient été transmis à Louis XI par Charles d'Anjou, comte du Maine et de Provence; mais Louis, en prenant sans délai possession des états dont Charles était réellement le maître, n'avait eu garde de se prévaloir d’un titre imaginaire sur un royaume que rouvernait paisiblement un autre prince; et il refusa constanment de se jeter dans le labyrinthe de la politique italienne. Son fils, moins prudent ou plus audacieux, s'embarqua avec ardeur dans cette entreprise, et sans égard aux représentations de ses conseillers les plus expérimentés, il se prépara à la soutenir avec la plus rrande vigueur.
Charles était assez puissant pour entreprendre avec succès une semblable expédition. Son père lui avait laissé une autorité qui le rendait maître absolu de la France. Il avait lui-même augmenté l'étendue de son royaume par le mariage qu'il avait habilement contracté avec l'héritière de Bretagne, et qui lui avait valu la souveraineté de cetie province, le dernier des grands fiefs qui ne fût pas encore réuni à la couronne. Charles assembla bientôt les forces qu'il jugea nécessaires pour l'exécution de ses pro-
jets ; il avait une si grande impatience de se |
montrer comme un conquérant dès l'entrée de sa carrière, que, sacrifiant un avantage réel pour un objet chimérique, il rendit le Roussillon à
l'erdinand , et céda à Maximilien une partie de ses acquisitions en Artois , uniquement pour engager ce prince à ne point inquiéter la France pendant qu'il porterait ses armes en talie,
Les armemens des états de l'Europe au quinzièmesièele étaient bien différens de ceux dont on trouvera le détail dans le cours de cette histoire : l'armée avec laquelle Charles entreprit cette grande expédition était au plus de vingt mille hommes ; mais les dispositions qu'il avait faites pour le transport de l'artillerie, des vivres et des munitions de toute espèce, étaient si considérables, qu'on peut les comparer aux préparatifs immenses qu'exigent les guerres :: dernes !.
Quand les Français entrèrent cn italie, ils n'y trouvèrent aucune puissance en état de leur résister, Les différens états de cette contrée n'avaient vu depuis long-temps ieur tranquillité troublée par l'invasion d'aucun ennemi étranger; et ils s'étaient formé pour leurs affaires de guerre et d'administration un système qui leur était particuier, Pou concilier *:s intérêts et balancer la puissance des princes :ntre lesquels l'Italie était partagée, ils s’engajys aient dans des négociations perpétuelles et interminables, :;u'ils conduisaient avec to'1e }1 subtilité d'une joiitique tortueuse et raffinée ; et lorsqu'ils prenaient la voie des armes, leurs querelles se décidaient dans des combats burlesques et par des victoires innocentes qui ne coûtaient point de sang aux vaincus.
A la première apparence du danger qui les menaçait, les Italiens eurent recours aux artifices qui leur étaient familiers, et employérent toutesles ressources de l'intrigue pour détourner l'orage; mais cet expédient n'eut pas le succès qu'ils en attendaient ; et les lèches mercenaires, qui composaient la seule force militaire qu'il y eût dass 1 pays, n'étant propres qu'à uneguerre de parasie, furent saisis d'épouvante à l'aspect d'une guerre réelle. L'impétuosité de la valeur française leur parut irrésistible. Florence, Pise et Rome ouvrirent sans résistance leurs portes à l'armée de Charles. L'approche de cette formidable invasion frappa un roi de Naples d'une terreur panique si violente que, s'il faut en croire les historiens, il en mourut. Un autre abdiqua la couronne par un même sentiment de
1 Mézeray, Zistoire de France, LU, p.777
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pusillanimité. Un troisième s'enfuit de ses états, dès que l'ennemi parut sur les frontières. Charles s'avança du fond des Alpes vers Naples avec autant de rapidité, et ne trouva guère plus d'obstacles que s’il eût traversé son propre royaume ; il prit tranquillement possession du trône de Naples, et de là inspira la frayeur
incorpo ou donna la loi à toutes les autres puissances de | de l'Europe les maximes de cette science poli- Louis X l'Italie. tique, qu'ils n'avaient jusqu'alors employées tie de G
tème politique de l'Italie reprit la forme qu'il avait avant cette expédition.
Le succès prompt et décisif de cette confédération semble avoir été un coup de lumière pour les princes et les politiques d'Italie, que l'invasion des Français avaient alarmés et déconcertés. Ces politiques étendirent dès lorsaux affaires
pouvan ment l:
lièreme el souc avec un compag
Ainsi se termina cette fameuse expédition qui | qu’à régler les opérations des petits états dans nière d doit être regardée comme le fruit de la nouvelle | leur propre pays. Ils découvrirent l'art d'empè- d'Allem puissance que les princes européens avaient ac- | cher un souverain de s'élever à un degré de d'Italie
quise et qu'ils commencaient à exercer. Les effets
puissance incompatible avec la liberté géné-
Aucun d
en furent aussi remarquables que le succès en | rale, et apprirent à leurs contemporains l'im- féodale , avait été étonnant. Les Italiens, incapables de | portance de ce grand principe de la pelitique militaird résister au torrent qui venait fondre sur eux, | moderne, qui consiste à conserver une juste mander
lui laissèrent d'abord un libre cours. Ils virent
distribution de pouvoir entre tous les membres
leur ro
bientôt qu’il n’y avait en Italie aucune puissance | du système que composent les états de l'Europe. Maxir en état d’opposer des forces suffisantes à celles | Pendant toutes les guerres dont l'Italie devint mêmes
d’un prince qui possédait de si vastes domaines | alors le théâtre, au milieu des hostilités presque faire la g et commandait à une nation si belliqueuse, mais | continues que l'imprudent Louis XII et l'ambi- l'exécuti ils sentirent en même temps qu’une confédéra- | tieux Ferdinand d’Arragon exercèrent dans ce troupes tion pourrait faire ce que chacun de ses mem- | pays, depuis la fin du quinzième siècle jusqu’au Cette
bres en particulier ne pouvait pas mème tenter. Ils eurent recours à cet expédient, le seul qui leur restait pour secouer ou pour éviter le joug des Français.
Tandis que l’imprudent roi de France perdait son temps à Naples dans les fêtes, et dans de vains triomphes, ou qu'il repaissait son imagination du chimérique projet de conquérir
règne de Charles-Quint , tous les politiques italiens ont mis toute leur attention à conserver l'équilibre de puissance entre les parties Balligérantes. Cette maxime ne fut pas renfermée dans les bornes de l'Italie ; d'autres états, éclairés par l'intérêt de leur propre conservation , en reconnurent l'utilité; et la pratique en devint bientôt universelle. C'est depuis cette époque
fut bient par l’us guerres peuple € tres nati longues pour déf envoya €
l'Orient, il se forma contre lui une ligue puis- | que nous pouvons observer et suivre les progrès celles de: sante de presque tous les états d'Italie, soute- | de cette communication réciproque qui a lié si particuli nus par l'empereur Maximilien et par Ferdinand, | étroitement les nations de l'Europe l’une à l’au- mée. Les roi d'Arragon. Ces puissances diverses avaient | tre; c'est dès lors qu'on à senti l'importance et nombre
oublié ou suspendu leurs animosités particulières, pour agir de concert contre un ennemi commun , qui était devenu redoutable pour chacune d'elles; leur union tira Charles d’une dangereuse tranquillité. 11 vit qu'il n'y avait plus de sûreté pour lui qu'en retournant en France. Les confédérés rassemblèrent une armée de trente
les avantages de cette politique prévoyante qui. pendant la paix, prévient les dangers éloignés et possibles, et qui, pendant la guerre, empèche les conquêtes rapides et destructives.
Ce ne fut pas là le seul effet des guerres que les grandes puissances de l'Europe portèrent en Italie; elles servirent encore à rendre géné-
leur pay:
pas de le ble de f forcés dé fanterie ; uir le ch dats, po
mille hommes, pour arrêter sa marche et lui | ral le changement queles Français avaient com- des casq fermer les passages : les Français, dont le cou- | mencé à faire dans l'état de leurs troupes, et longues rage et l'audace compensaient avec avantage | obligèrent tous les princes qui se montrèrent épées. Ils leur infériorité en nombre, se firent jour à tra- | sur ce nouveau théâtre à établir la force mili- disposés vers cette armée, et remportèrent une victoire | taire de leurs royaumes sur le nièôme pied que présenta qui ouvrit à leur roi une route sûre dans ses | celle de France. Quand le théâtre de la guerre doutable
états; mais Charles perdit toutes ses conquêtes aussi rapidement qu'il les avait faites, et le sys-
se trouva éloigné des pays mêmes par qui elle se faisait, le service des vassaux féodaux ne
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ment la nécessité d'employer des troupes régu-
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et soudoyées. Charles VIIE marcha en Italie, avec une cavalerie entièrement composée de ces compagnies de gens d'armes, qui avaient été incorporées par Charles VIL et conservées par Louis XI. Son infanterie était composée en partie de Gascons, armés et disciplinés à la manière des Suisses. Louis XIT y ajouta un corps d'Allemands, qui se distingua dans les guerres d'Italie sous le nom de bandes noires. Mais aucun de ces princes ne tint compte de la milice féodale, et n'eut jamais recours à cette force militaire qu'ils auraient pu convoquer et commander suivant les anciennes institutions de leur royaume.
Maximilien et Ferdinand se servirent des mêmes instrumens dès qu'ils commencèrent à faire la guerre enltalie, et ne se reposèrent, pour l'exécution de leurs plans, que sur le service des troupes mercenaires.
Ceite innovation dans la constitution militaire fut bientôt suivie d’une autre, qui fut introduite par l'usage d'employer des Suisses dans les guerres d'Italie. Les armes et la discipline de ce peuple étaient fort différentes de celles des autres nations de l'Europe. Pendant les guerres longues et meurtrières qu'ils eurent à soutenir pour défendre leur liberté, la maison d'Autriche envoya contre eux des armées qui, semblables à celles des autres grande puissances, consistaient particulièrement en cavalerie pesamment armée. Les Suisses, à qui leur pauvreté et le petit nombre de gentilshommes qui résidaient dans leur pays, alors stérile et inculte, ne permettait pas de lever et d'entretenir une cavalerie capable de faire face à celle de l'ennemi, se virent forcés de placer toute leur confiance dans l’infanterie; et afin de la mettre en état de souteuir le choc de la cavalerie, ils donnèrent aux soldats, pour armes défensives, des cuirasses ct des casques, et, pour armes offensives, de longues lances, des hallebardes ct de pesantes épées. Ils formaient des bataillons considérables, disposés en colonnes profondes et serrées, qui présentaient de tout côté à l'ennemi un front redoutable !, Les hommes d'armes ne pouvaient
! Macchiavelli, Dell’ arte di guerra, lib. n, cap. n.
poussa les Autrichiens dans toutes les tentatives qu'ils firent pour subjuguer la Suisse, et battit
| la gendarmerie bourguignonne, qui pour le
nombre et la valeur ne le cédait guère à celle de France : et lorsque ces troupes furent employées pour la première fois dans les guerres d'Italie, elles écrasèrent tout ce qui entreprit de leur résister. Des preuves si répétées et si éclatantes de la force de l'infanterie, lui rendirent son ancienne réputation, et rétablirent par degrés l'opinion, si long-temps abandonnée, de sa supériorité dans toutes les opérations de la guerre. Mais la gloire que les Suisses avaient acquise par leurs succès, leur inspira une si haute idée de leur bravoure et du besoin qu’on avait d'eux, qu'ils devinrent mutins et insolens. Les princes qui les soudoyaient se lassèrent de dépendre du caprice de ces mercenaires étrangers, et commenctrent à chercher les moyens de perfectionner leur infanterie nationale.
Les princes d'Allemagne, qui commandaient à des hommes doués de la force, du courage et de la persévérance propres à faire de bons soldats, firent bientôt dans leurs troupes des changemens qui les mirent en état de le disputer aux Suisses, et pour la discipline et pour la valeur.
Ïlen coûta plus de temps et plus d'efforts aux rois de France pour plier l'esprit impétueux de leur nation à la subordination et à la discipline ; cependant ils s’attachèrent avec tant de soin à mettre sur un pied respectable leur infanterie nationale, que, dès le règne de Louis XIE, on vit des gentilshommes du plus haut rang abandonner les anciens préjugés et consentir à entrer dans ce service !.
Les Espagnols, par leur situation, ne pouvaient guère employer que leurs troupes nationales dans les parties méridionales de l'Italie , théâtre des principales opérations de la guerre qu'ils firent dans ce pays. Non-seulement ils adoptèrent la discipline des Suisses, mais encore ils la perfectionnèrent, en mêlant dans leurs bataillons un certain nombre de soldats armés de mousquets pesans. Ce fut ainsi qu’ils formèce fameux corps d'infanterie, qui pendant cent cinquante ans fit la terreur et l'admiration de toute l'Europe.
? Brantôme, t. X, p. 18 Méim. de Fleuranges, p. 143.
Les é'ats d'Italie diminuèrent aussi par degrés le nombre de leurs corps de cavalerie, et à l'exemple de leurs voisins plus puissans firent consister dans l'infanterie la force de leurs armées.
Depuis cette époque, les différentes nations de l'Europe ont fait la guerre avec des forces plus appropriées à toute espèce de service, plus capables d'agir dans tous les pays, et plus propres à faire et à conserver les conquêtes.
Les guerres d'Italie, qui avaient inspiré aux peuples d'Europe ces changemens avantageux dans l’art militaire, leur donnèrent en même temps la première idée des dépenses qu’exigent des opérations longues et soutenues, et les accoutumèrent à supporter le fardeau des impositions nécessaires pour y subvenir. Tant que la police féodale subsista dans toute sa force, tant que les armées ne furent composées que de vassaux gucrriers, convoqués pour attaquer une puissance voisine, et pour remplir dans une campagne très courte l'obligation du service militaire qu'ils devaient à leurs souverains, les frais de la guerre furent peu considérables. Un modique subside mettait un prince en état de commencer et d'achever ses plus importantes opérations. Mais lorsque l'Italie devint le théâtre où les puissances de l'Europe allèrent déployer à l'envie leurs forces, et se disputer la supériorité, alors les préparatifs nécessaires pour une expédition si éloignée, la paie des armées constamment entretenues, le soin de leur subsistance dans un pays étranger, des sièges à former et des villes à défendre, tout augmenta prodigieusement les charges de la guerre et donna lieu à de nouvelles taxes dans tous les royaumes de l’Europe.
Cependant les progrès de l'ambition furent si rapides, et les princes portèrent si loin leurs entreprises, qu'il fut impossible dans les commencemens d'établir des fonds proportionnés à l'augmentation de dépense qu’exigeaient ces efforts extraordinaires. Lorsque Charles VIT fit son expédition dans le royaume de Naples, les sommes nécessaires pour l'exécution de cette entreprise excédaient si fort le produit des contributions que la France avait été accoutumée à payer, qu'avant même d'être arrivé aux frontières d'Italie, ce prince avait déjà vidé son trésor et épuisé toutes les ressources domestiques
qu'il avait pu trouver dans l'exercice des droits ordinaires et très étendus de sa prérogative. Comme il n'osait pas imposer de nouvelles taxes à son peuple, déjà écrasé sous le poids de charges extraordinaires, le seul expédient qui lui restait fut d'emprunter des Génois l'argent dont il avait besoin pour continuer sa marche; mais il ne put obtenir la somme qu'il demandait qu'en payant l’intérêt exorbitant de quarante - deux pour cent !. On observe la mème disproportion entre les dépenses et les revenus des autres princes ses contemporains. Depuis cette époque, les impôts allèrent toujours en croissant; et pendant le règne de Charles-Quint, le produit des taxes, dans chaque état de l’Europe, monta à des sommes qui auraient paru prodigieuses à la fin du quinzième siècle, et prépara la voie aux exactions encore plus énormes des gouvernemens modernes.
Le dernier événement politique, antérieur au règne de Charles-Quint, qui mérite attention par son influence sur l'état de l'Europe, fut la ligue de Cambrai. Toutes les puissances qui se réunirent pour former cette ligue avaient pour objet d’humilier la république de Venise et de diviser ses domaines.
La constitution civile de Venise était établie sur une base si solide, qu’elle n'avait subi, depuis plusieurs siècles, aucun changement considérable; pendant tout ce période, la république dirigea ses affaires sur des principes de politique pleins de vigueur et de sagesse, et s'y attacha avec une persévérance invariable, qui lui denna de grands avantages sur les autres états. dont les vues et les opérations changeaient aussi souvent que la forme du gouvernement, ou que les personnes chargées de l'administration. En suivant constamment ce plan de conduite, les Vénitiens vinrent à bout d'étendre leur territoire, et formèrent bientôt la puissance la plus considérable qu'il y eût en Italie; tandis que leur grand commerce, les productions utiles et curieuses de leurs manufactures, et le débit exclusif des marchandises les plus précicuses de l'Orient, rendirent cette république l'état le plus riche de l'Europe.
La puissance des Vénitiens inspira de la jalousie et de la crainte à leurs voisins. Leur opu-
1 Mém. de Comines, liv. vi, chap. v, p. 440.
lence f monar( simple:
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1 Heliar p. 980.
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lence fut un objet d'envie pour les plus grands | monarques , qui avaient de la peine à égaler les simples citoyens de cette république dans la magnificence de leurs édifices, la richesse de leurs meubles et de leurs vêtemens , la somptuosité et l'élégance de leur table !. Jules fl, qui eut autant de talens et plus d’ambition qu’aucun pontife qui ait jamais occupé le trône papal, concut l'idée de cette ligue contre les Vénitiens, et sut, en ménageant les passions des princes, leur persuader de se joindre à lui. Il excita les craintes des uns et l’avarice des autres, et son adresse, secondée par d’autres circonstances dont le développement n'entre point dans mon sujet, réussit à former contre ces superbes républicains une des confédérations les plus formidables que l'Europe ait jamais vues. | L'empereur, le roi de France, le roi d’Arra- |
gon, le pape, furent les principaux acteurs de la ligue de Cambrai, à laquelle accédèrent presque tous les princes d'Italie; et le moins consirable ‘de ces princes espérait de partager les dépouilles d’un état qu'ils avaient tous regardé comme dévoué à la destruction. Les Vénitiens auraient pu d'abor: détourner cet orage ou du moins en briser la violence; mais animés par une présomption téméraire dont il n’y a pas d'exemple dans le reste de leur histoire, ils ne firent rien pour l’éviter, La valeur impétueuse des Français rendit inutiles toutes les précautions qu'ils avaient prises pour la sûreté de leur république, et la fatale journée de Giaradadda détruisit l’armée sur laquelle ils avaient compté pour leur défense. Jules Il s'empara de toutes les villes qu'ils avaient dans l'état ecclésiastique. Ferdinand réunit de nouveau au territoire de Naples les villes dont ils s'étaient mis en possession sur les côtes de la Calabre. Maximilien, à la tète d’une puissante armée, s’avançait sur Venise, d'un côté; les Francais poussaient leurs conquêtes de l'autre. Les Vénitiens, se voyant enveloppés par tant d’ennemis sans avoir un seul allié, passèrent de la présomption au plus profond désespoir, ils abandonnèrent tout ce qu'ils possédaient sur le continent , et se renfermérent dans les murs de leur capitale, comme dans leur unique asile et dans la seule place qu'ils eussent espérance de conserver.
* Heliani, Oratio apud Goldastum inpolit,imperial., | p. 980.
Ce succès rapide devint cependant funeste à la ligue. Les princes qui la composaient étaient restés unis tant qu'ils n'avaient fait que contempler leur proie; mais ils sentirent renaître leur ancienne jalousie et leurs premières animosités, lorsqu'ils se crurent au moment de la dévorer. Les Vénitiens, en observant ces symptômes de division et de défiance parmi leurs ennemis, virent briller un rayon d'espérance, qui ranima la vigueur naturelle de leurs conseils ; ils reprirent un caractère de sagesse et de fermeté qui répara à quelques égards les fautes de l’imprudence et du découragement auquel ils s'étaient abandonnés ; ils recouvrèrent une partie des pays qu'ils avaient perdus ; ils apaisèrent le pape et le roi d’Arragon par des concessions adroites et avantageuses à ces deux princes, et parvinrent enfin à dissoudre cette confédération qui avait mis leur république si prés de sa ruine entière.
Jules IT, énorguéfili du succès de cette ligue, qu’il avait concértée lui-même, et imaginant qu'il n’y avait aucune entreprise dont il ne vint aisémént à bout, concçut l'idée de éhasser de l'Italie toutes les puissances étrangères ; et il mit en œuvre toutes les ressources de sa politique pour l'exécution de ce projet, si digne de som génie vaste et audacieux. Sa première attaque se tourna contre les Francais, qui, pour plusieurs raisons, étaient encore plus odieux aux Italiens que les autres étrangers qui avaient acquis des domaines en Italie. A force d'activité et d'adresse , le pape persuada à la plupart dés puissances qui s'étaient unies pour la ligue de Cambrai de ‘urner leurs armes contre Louis XIT leur allié, et engagea Henri VIN, qui venait de monter sur le trône d'Angleterre, à favoriser leurs opérations, en tentant une invasion én France. Louis se défendit avec un courage étonnant contre cette ligue formidable et imprévue. La guerre se fit pendant plusieurs campagnes, en falie, sur les frontières d'Espagne et en Picardie , avec des succès ct des pertes réciproques. Épuisé à la fin par la multitude autant que par l'étendue des opérations qu’il avait à soutenir, hors d'état de résister à une confédéraiion qui réunissait contre lui des forces supérieures, conduites avec habileté et avec persévérance , ce prince fut obligé de conclure différens traités de paix avec ses ennemis, et de
terminer la guerre en abandonnant tout ce qu'il avait acquis en Italie, excepté le château de Milan et quelques villes peu considérables de ce duché.
Les différentes négociations qui se traitèrent dans ce période de trouble et d'agitation, et les confédérations qui se formérent entre des puissances qui jusqu'alors n'avaient eu que peu de liaisons entre elles. commencérent à étendre et à favoriser cette communication entre les nations de l'Europe , que j'ai citée comme un effet des événemens du quinzièmc siècle. En même temps l'importance des chjets que ces puissances se proposaient , l'éloignement de: lieux où elles portaient leurs armes, la longueur et l'obstination des querelles dons lesquelles elles s'engagèrent, les forcèrent de faire des efforts dont les siècles précédens n'avaient pas offert d’exemples.
Ce n’est pas sculement à l'ambition, aux talens et à la rivalité de Charles-Quint et de François I", qu'il faut attribuer la cause des grands mouvemens et des révolutions importantes qui caractérisent le période qu'embrasse l'histoire que j'ai entrepris d'écrire. Les royaumes d'Europe avaient déjà fait de grands progrès dans la science üe l'administration intérieure ; et l'autorité que les princes avaient acquise, les rendant maîtres de la force nationale nécessaire pour soutenir la guerre dans des régions étrangères, les avait mis en état d'étendre la sphère de leurs opérations militaires, et de faire des efforts plus vigoureux et plus soutenus, Les guerres d'Italie, qui leur apprirent d'abord à essayer la nouvelle autorité qu'ils avaient acquise, donnèrent naissance à tant de prétentions opposées, excitèrent parmi les nations diverses un esprit si général de discorde et de rivalité, et devinrent la source et le prétexte de tant de querelles, qu'il ne pouvait manquer d'en résulter des convulsions extraordinaires dans toute l'Europe; aussi dès l'ouverture du seizième siècle, tout annonça qu'il serait fécond grands événeniens.