‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 12 sur 132 · OS LES LEE LES LES LE DT ENT INNENNTINNPNNNNNETNNTT TT TT TT YTET TT · texte numérisé non relu

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SECTION Ill.

Examen de de la constitution politique des principaux états de l’Europe au commencement du scizième siècle

J'ai exposé les principaux événemens qui, par leur influence sur tous les états de l'Europe, contribuërent ou à perfectionner leur gouvernement intérieur, ou à étendre la sphère de leur activité et à augmenter leur force nationale, Pour disposer mes lecteurs à entrer avec les connaissances suffisantes dans l'histoire du règne de Charles-Quint, il ne me reste qu'à faire connaître la constitution particulière et la forme du gouvernement civil; établies dans chacune des nations qui ont joué un rôle considérable pendant cette période.

Tandis que les institutions et les événemens que j'ai décrits semblaient devoir donner les mêmes mœurs aux habitans de l'Europe, en les conduisant de la barbarie à la civilisation par les mêmes sentiers et à peu près d'un pas égal, il se rencontra d’autres circonstances qui produisirent une grande diversité dans leurs établissemens politiques, et donnèrent naissance à ces formes particulières de gouvernement, d'où résulla une si grande variété dans le caractère et le génie des nations.

La connaissance de ces dernières circonstances n'est pas moins nécessaire que celle des premières. Le tableau que j'ai tracé des causes et des événemens dont l'influence a été universelle, mettra mes lecteurs en état d'expliquer cette singulière ressemblance qu’on remarque dans la police intérieure et dans les expéditions militaitaires des peuples d'Europe. Mais sans une connaissance exacte de la forme particulière et du caractère de leur gouvernement civil, une grande partie de leur histoire paraîtrait mystériense et inexplicable. Les auteurs qui ont écrit l'histoire d'une nation particulière ne se sont guère proposé que d’intéresser et d’instruire leurs compatriotes, à qui ils pouvaient supposer que les mœurs et les institutions intérieures étaient parfaitement connues ; en conséquence ils ont sou. vent négligé d'entrer, à cet égard, dans des détails suffisans pour faire connaître aux étrangers tous les rapports des événemens qu'ils racontaient. Mais une histoire qui embrasse les ré-

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volutions de tant de pays divers serait extrèmement imparfaite, sans un examen préliminaire de leur constitution et de leur état politique. C'est dans cette connaissance que le lecteur puisera des principes qui pourront le mettre en état de juger sainement et de prononcer avec sûreté sur la conduite des nations.

On ne doit pas cependant s'attendre à trouver ici un détail circonstancié de toutes les lois et des formes particulières à chaque peuple; cet examen entraînerait trop de longueur. Je me contenterai de tracer les grands traits qui distinguent et caractérisent chaque gouvernement ; c'est tout ce qu'exige la nature de cet ouvrage, et tout ce qui est nécessaire pour éclaireir les événemens que je me propose d'exposer.

Au commencement du seizième siècle la face politique de ‘Italie était bien différente de celle des autres parties de l'Europe. Pendant que le reste du continent était partagé entre quelques vastes monarchies, la délicieuse Italie était divisée en plusieurs petits états jouissant chacun d'une juridiction souveraine et indépendante. Le seul royaume qu'il y eût en ftalie était celui de Naples. La souveraineté des papes était d’une nature particulière, et n'avait rien de commun avec aucun gouvernement ancien ni moderne. La forme du gouvernement de Venise et de Florence était républicaine. Milan était soumis à des princes qui n'avaient pris que le titre de ducs.

Le pape était la première de ces puissances pour la dignité, et ne formait pas la moins considérable par l'étendue de ses domaines, Dans l'Église primitive, les évêques jouissaient d’une égale autorité. Ils tiraient peut-être quelque considération de la dignité du siége auquel ils présidaient; mais ils ne possédaient aucune autorité ou prééminence réelle que celle que pouvaient leur donner des talens supérieurs ou une piété plus exemplaire. Rome avait été si long-temps le siége de l'empire et la capitale du monde , que ses éêques durent à cet égard être distingués des autres. Ils obtinrent en effet plus de respect; mais pendant plusieurs siècles ils n'eurent et ne prétendirent même aucune autre

qu'ils parvinrent par degrés à établir sur les espsits des hommes un empire auquel toute l'Europe se soumit aveuglément. Leurs prétentions à une juridiction universelle, comme chefs de

l'Église, et à l'infaillibilité dans tous leurs jugemens, comme successeurs de saint Picrre, sont aussi chimériques que contraires à l'esprit du christianisme; mais, profitant de la superstition et de la crédulité des hommes dans ces temps d'ignorance, ils surent élever sur ces fondemens un édifice immense et merveilleux. Dans toutes les controverses ccclésiastiques, leurs décisions étaient reçues comme les oracles de la vérité même; et ce n'était pas à ces objets seuls qu'ils bornaient l'exercice de leur pouvoir: ils détrônaient les rois, dispensaient les sujets de l'obéissance due aux souverains, et mettaient les royaumes en interdit. Il n'y avait pas en Europe un seul état que leur ambition n'eût trouolé, un seul trone que leurs manœuvres n’eussent ébranlé, un seul prince que leur pouvoir ne fit trembler.

Pour rendre cet empire plus absolu et l'établir sur les ruines de toute autorité civile, il ne manquait aux papes que de jouir d’un degré de puissance temporelle, suffisant pour seconder et appuyer leurs décrets spirituels. Heureusement pour le genre humain , lors même que leur iuridiction spirituelle était le plus étendue et paraissait arrivée à son plus haut période, leurs domaines étaient extrêmement limités. C'étaient des pontifes puissans et formidables de loin, mais de petits princes sans force intérieure. Ils s'étaient à la vérité occupés de bonne heure à étendre leur territoire par des artifices assez semblables à ceux qu’ils avaient employés pour étendre leur juridiction. Ils produisirent une donation de Constantin et une autre de Charlemagne ou de Pépin son père, et sous ce prétexte voulurent s'emparer de quelques villes voisines de Rome; mais ils tirèrent peu d'avantages de ces titres apocryphes. Les cessions dont ils étaient redevables à la crédulité des aventuriers normands qui conquirent Naples, et à la superstition de la comtesse Mathilde, étaient réelles, et ajoutèrent aux possessions du saint-siége de vastes domaines.

Cependant les papes, en augmentant leur

| territoire, n’augmentaient pas leur puissance distinction. C’est de ces faibles commencemens |

dans la même proportion. Chez les différens peuples de l'Italie, il s’en fallait bien que les forces de l’état fussent alors à la disposition du souverain. Pendant les troubles et les désordres des siècles précédens, les nobles les plus puis-

sans et les chefs des factions poyulaires s'étaient cmparés du gouvernement de plusieurs des villes principales; et après les avoir fortifiées et avoir pris à leur solde des troupes de mercenaires, ils avaient cherché à se rendre indépendans. Les pays que l'Église avait acquis étaient remplis de petits tyrans qui ne laissaient aux payes que l'ombre « : la souv-raineté.

Comme ces usurpations anéautissaient presque entièrement la puissance qripale dans la plus grande partie des villes soumises au saintsiége, les barons romains contest:ient souvent l'autorité des papes dans Rome même. On vit dans le douzième siècle s'élever et se répandre cette opinion que, les fonctions des ecclésiastiques étant purement spirituelles, ils ne devaient possider aucune propriété ni exercer aucune juridiction; mais que, suivant le louable exempie de leurs prédécesseurs dans la primitive Église, ils devaient attendre leur subsistance des dimes ou des dons vu'taires du peuple". Cette doctrine fut écoutte avec &'1ention et reçue avec plaisir par des homiies qui connaissaient l'avarice et l'ambition du c""ge, et qui étaient témoins des efforts scandaleux qu'il faisait sans cesse pour obtenir des richesses et du pouvoir.

Les barons romains, qui avaient senti très vive-

ment la rigueur de la tyrannie ecclésiastique, adoptèreut ces principes avec tant de chaleur, qu'ils commencèrent aussitôt à secouer un joug trop pesant. Ils cherchèrent à faire revivre l'image de leur ancienne liberté, en rétablissant un sénat qu'ils revêtirent de l'autorité suprème ; ét ils remirent la puissance exécutrice tantôt à un principal sénateur, tantôt à deux, et quelquefois à un magistrat, qui fut distingué par le noin de patrice.

Les papes firent en même temps tous leurs efforts pour s'opposer à cette fatale usurpation de leur autorité; un d'eux, voyant que tous ses efforts étaient sans succès, en conçut un violent chagrin qui abrégea ses jours. Un autre, ayant osé attaquer les sénateurs à la tête d’une troupe de gens armés, reçut dans le combat une blessure mortelle ?. Ainsi, pendantun long période de

? Otto Frisingensis, de gest. Frider. /mp., lib. n. Cap. xx.

+ Otto Frisingensis, Chron., lib. vn,cap. xxvir; éb., de gest. Frider , lib. à, c. xxvu. Muratori, 4nnali d'Italia, vol. IX, p. 398, 401.

temps le pouvoir de ces mèmes papes qui faisaient trembler les plus grands monarques de l'Europe fut resserré dans des bornes si étroites, au sein mème de leur capitale, qu'à peine osaient-ils exercer l'acte d'autorité le plus simple sans la permission et le concours du sénat.

L'autorité des papes fui arréiée dans ses progrès non-seulemeut par is usirpatious de la noblesse romaine, ms:s encore par l'esprit turbulent du peupie. Pevserit svixante-slix ‘ns du quatorziôme siècle, les papcs fis' rent leur ésidence à Avignon. Les halntans de Rome , :ccoutumés à se regarder comme les descendans d’un peuple quiavaitété ic conquérant et lelégislateur du monde, avaient trop de fierté pour se soumettre paisiblement à l'autorité des pers: nncs ‘ntre les mains desquelles les papes remettaient le gouvernement de la capitale. On les vit en plusieurs occasions s'opposer à l'e:ccation desordonnances du souverain peatife, et à la moindre apparence d'innovation ou d'oppression, ils étaient prêts à prendre les armes pour défendre leurs immunités. Vers le milieu du quatorzième siècle , Nicolas Rienzi, homme d’une naissance obscure et d'un caractère séditieux , mais qui joignait à une éloquence populaire beaucoup d'audace et d'ambition, soule va le peuple de Rome, qui, après avoir chassé de la ville tous les nobles, établit une forme de gouvernement démocratique , élut Rienzi pour son tribun, et l’arma d’une grande autorité. La conduite extravagante du tribun ne tarda pas, il est vrai, à renverser celte nouvelle constitution, et le gouvernement de Rome reprit bientôt sa première forme ; mais chaque nouvelle attaque contribuait à affaiblir la juridiction des papes, et la turbulence du peuple concourait avec l'esprit d'indépendance de la noblesse à limiter leur pouvoir !. Grégoire VIE, et après lui d'autres papes ambitieux conçurent et exécutèrent ces grands projets qui les rendirent si formidables aux empereurs, non par la force de leurs armes ou par l'étendue de leur puissance, mais par la terreur qu'inspiraient à l’Europe leurs censures spirituelles, par l'effet de leurs intrigues et par

1 Zstorie Florentine di Giovane Villani, lib. xu,

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