‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 13 sur 132 · C.LXXXIX, 104, ap. Muratori, scriptoresrer. Italic.,v.XHI · texte numérisé non relu

C.LXXXIX, 104, ap. Muratori, scriptoresrer. Italic.,v.XHI

Vitadi Cola diRienzo, ap.Murat., #ntiq. Jtal., vol. W, p. 399, etc. Aistoire de Nicolas Rienzi, par M. de Boispréaux, p. 91, etc.

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Cependant les papes firent plusieurs tentatives non-seulement pour humilier ces usurpateurs qui prétendaient dominer dans les villes de l'état ecclésiastique, mais encore pour réprimer l'esprit séditieux du peuple romain. Ces tentatives furent long-temps sans succès. Enfin Alexandre VI, par une politique non moins artificieuse qu'abominable, vint à bout de subjuguer ou d’exterminer la plupart des nobles et de rendre les papes maîtres dans leurs états L'ambition entreprenante de Jules I ajouta ensuite au patrimoine de saint Pierre des acquisitions très considérables. Ainsi les papes devinrent par degrés des princes temporels très puissans. Ils possédaient, au siècle de Charles- Quint, un territoire plus étendu que celui qu’ils possèdent aujourd’hui. Leurs pays étaient mieux cultivés et plus peuplés; et comme ils tiraient des contributions de toutes les parties de l’Europe, leurs richesses excédaient de beaucoup celles de puissances voisines, et les mettaient en état de former des plans hardis, qu’ils pouvaient exécuter avec plus de vigueur et de célérité.

L'esprit du gouvernement papal était cependant plus propre à l'exercice d’une juridiction spirituelle qu'à celui d’un pouvoir temporel. Daus les affaires ecclésiastiques, toutes les maximes de ce gouvernement étaient fixes et invariables. Chaque pontife nouveau adoptait et suivait le plan de son prédécesseur. L'éducation et l'habitude prenaient un tel empire sur les ecclésiastiques, que le caractère de chaque individu allait, por si dire, se perdre dans celui de son état, et que les passions de l'homme étaient toujours sacrifiées à Dinté& et à l'honneur de l'ordre entier, Les mains qui tenaient les rênes de l'administation pouvaient changer, mais l'esprit qui en dirigeait les mouvemens restait toujours le mème, Tandis que les mesures toujours flottantes des autres gouvernemens variaient sans cesse dans leurs principes ! et dans leur objet, l'Église dirigeait constamment ses vues vers un même point; et ce fut à cette constance davariable qu'elle dut ses succès | dans les entreprises les plus hardies qui aient | jamais été fonmves par l'ambition humaine. |

| , We | Mais les papes ne suivirent pas dans leur

administration civile un plan si uniforme et si conséquent. On vit, comme dans les autres gouvernemens, les projets et les opérations varier suivant le caractère, les passions et les intérêts de celui qui gouvernait. Comme on ne parvenait guère à la dignité suprême de l'Église que dans un âge très avancé, l'état ecclésiastique changeait plus souvent de maître que les autres états, et le système économique y était par conséquent moins stable et moins permanent. Chaque pape s’empressait de mettre à profit le court espace durant lequel il pouvait espérer de jouir de son pouvoir; il ne songeait qu'à agrandir sa famille et à remplir ses vues particulières; et souvent la première occupation de son successeur était de détruire ce que le premier avait fait, de renverser ce qu'il avait établi.

Comme les ecclésiastiques étaient élevés dans les arts de la paix, et initiés de bonne heure aux mystères de cette politique par laquelle la cour de Rome avait su étendre et maintenir son empire spirituel, les papes se trouvaient en état de conduire dans le mème esprit leurs affaires temporelles; dans toutes leurs opérations, ils étaient plus disposés à employer les ruses de l'intrigue que la force des armes. Ce fut à la cour des papes que la finesse et l'adresse dans les négociations furent pour la première fois réduites en système; et pendant tout le seizième siècle, Rome fut regardée comme la meilleure école pour apprendre cette science.

La décence du caractère ecclésinstique me permettant pas aux papes de se mettre à la tête de leurs armées, et de prewdre en personne le commandement des forces militaires qu'ils avaient dans leurs domaines, ils m'osaient pas faire prendre les anmes à leurs sujets; dans toutes leurs opérations de guerre offensive ou défensive, ils n'employaient que des troupes mercenaires.

Des princes, qui ne pouvaient laisser à leur

| postérité ni leur puissance ni leurs états, de-

vaient s'occuper moins que les autres souverains à former et à encourager des projets d'utilité publique. Le règne des papes n'était

que de courte durée; ils n'étaient déterminés

que par l'avantage dû moment; leur principal objet était d'acquérir et d’amasser; et ils ne sohgeaient à rien améliorer. Is purent élever

quelque ouvrage d'ostentation pour laisser après eux un monument de leur pontificat; ils trouvèrent quelquefois nécessaire de fonder quelque établissement utile, pour calmer et faire taire la populace de Rome; mais des projets, d'une utilité générale pour leurs sujets, et formés dans la vue de procurer quelque avantage à la postérité, n'eñtraient guère dans le système politique des papes. Le patrimoine de saint Pierre était de tous les états de l'Europe le plus mal gouverné; un pontife généreux put bien suspendre pour un temps et contre-balancer les effets des vices qui sont propres à l'administration des ecclésiastiques; mais la maladie resta non-seulement incurable: elle s'accrut même de siècle en siècle, et la décadence de l'état suivit les degrés de ses progrès.

Il se trouvait, dans le gouvernement de ln cour dé Rome, une circonstaticé qui, fr sa singularité, mérite d’être observée. Comme sa suprématie spirituelle se trouvait réunie avec la puissance temporelle dans une seule personne, ces deux pouvoirs se prêtèrent une force mutuelle dans leurs opérations; et se trouvèrent enfin si étroitement liés Fun à l'autre, qu'il ne fut plus possible de les séparer, même idéalement, Si un souverain se croyait forcé par la tiécessité de s'opposer aux entreprises que les papes formaient comme princes temporels , il ne pouvait se dépouiller du respect qu'il croyait dû à ces mêmes papes, comme chefs de l'Église, et vicaires de Jésus-Christ ; ce n'était qu'avec répugnance qu'il en venait à une rupture ouverte avec eux ; il craignait de pousser ses opérations contre eux jusqu'aux dernières extrémités ; il se prétait volontiers aux premières ouvertures d’un accommodement, et était souvent prêt à lerechercher à quelque condition que ce fût. La connaissance de cet avantage fut ce qui encouragea des pontifes ambitieux à former des entreprises extravagantes en apparence; ils espéralent que sileur puissance temporelle n'était pas suffisante pour asurer le succès de ces entreprises, le respect que l’on conservait pour leur dignité spirituelle les mettrait en état d'en sortir avec facilité, et même avec honneur !. Mais lorsque

1 La manière dont Louis X1, roi de France, entreprit la guerre qu'il eut à soutenir contre Jules I est particulièrement propre à justifiée cette observation. Louis consulta solennellement te clergé de son royaume pour sa-

dans la suite les papes se mélérent plus fréquemment dans les querelles des souverains, et s'engagèrent, comme parties principales ou comme auxiliaires, dans toutes les guerres qui s'élevèrent en Europe, la vénération qu'on avait pour leur caractère sacré commença à s’affaiblir par degrés, et s'éteignit bientôt presque entièrement, comme onle verra en plusieurs circonstances qui seront rapportées dans l'histoire suivante.

De toutes les puissances d'Italie , la république de Venise était, après le pape, celle qui avait le plus de liaisons avec le reste de l'Europe, On connaît assez et l'origine de cette république, qui se foria pendant les invasions des Huns au cinquitine siècle, et la singulière situation de sa capitale dans les petites iles du golfe Adriatique, et la forme plus singulière de sa constitution civile, Si l'on ne considère dans le gouvernement de Venise que l'intérêt du seul brélte des nobles, les institutions en sont si excellentes, et les puissances délibérative, législative et exécutrice y sont distribuées et balancées d’une inanière si admirable, qu'on peut le regarder coinme un chef-d'œuvre de saine politique. Mais si nous considérons ce même gouvernement relativement à un peuple nombreux soumis à ses lois, nous n'y verrons qu'une aristocratie sévère et partiale, qui place tout le pouvoir dans les mains d’un petit nombre des menibres de la république, pour abaisser où opprimer tout le reste.

voir s'il était légitime de prendre les armes contre un pape qui avait sans motif allumé la guerre en Europe , et que ni la foi des traités, ni la reconnaissatice due aux bien

faits qu'il avait recus , ni la décence de son caractère, tie pouvait empêcher de se sivrer aux actions les plus violentes qu'inspira jamais la scif du pouvoir aux pritices ainbitieux. Lors même que le clergé de France eût autorisé la guerre, la reine Anne de Fretrgne eut encore des scrupules sur la légitimité de cette résolution ; le roi lui-même, ébranlé par quelque semblabi.. motif de superstition, n'asit qu'avec beaucoup de mollesse, et à chaque avantage qu'il remportait, il renouvelait ses propositions de paix. Mézeray, Æist. de France , in-fol., 1685, t. À, p. 852. Je citerai un autre exemple plus frappant encore du même respect pour le caractère pontifical. Guicchardin, celui de tous les historiens modernes qui a eu, peut-être, le plus de sagacite , et celui qui a peint avec le plus de hardiesse les vices et l'ambition des papes, représente la mort de Miglian, officier espagnol, qui fut tué au siége de Naples, comme un châtiment du ciel qu'il s'était attiré en s’oppo sant à ce qu'on remit Clément VI en liberté. Güicciard {stor. d'Italia, Geneva, 1635, vol, liv. xvun, p. 467

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L'esprit du gouvernement de cette espèce devait être nécessairement timide et jaloux. Les nobles vénitiens se défiaient de leurs propres sujets, et craignaient de leur permettre l'usage des armes. Ils encourageaient parmi le peuple les arts de commerce et d'industrie; ils l’employaient aux manufactures et à la navigation ; mais ils ne l’admettaient point dans les troupes qu'ils tenaient à leur solde. La force militaire de la république ne consistait qu’en mercenaires étrangers, et le commandement n’en était jamais confié à des nobles vénitiens, de crainte qu'ils ne prissent dans l'armée une autorité dangereuse pour la liberté publique, ou peut-être qu'accontumés à commander ils ne pussent plus qu'avec peine rentrer ensuite dans la classe de simples citoyens. On plaçait ordinairement un soldat de fortune à la iète des armées de la république; et c'était le grand objet de l'ambition des Condotlieri italiens, ces chefs de bandes, qjui dans le quinzième et le seizième siècles faisaient un trafic de la guerre et levaient des troupes pour les vendre aux différentes puissances. Mais la même politique soupcotineuse, qui engageait les Vénitiens à recourir au service de ces aventuriers, les empêchait d'avoir en eux une entière confiance. Le sénat nommait deux nobles pour suivre l’armée lorsqu'elle entrait en campage ; ces nobles, appelés provéditeurs , et assez semblables aux députés de guerre qu'avaient élublis les HAÏlandais dans les derniers temps, observaient tous les mouvemens du général, et le génaient dans toutes ses opérations.

Une république qui avait de semblables institutions civiles et militaires était peu propre à faire des conquêtes. Tant que ses sujets furent désarmés, et que les nobles furent exclus du commandement des troupes, elle eut toujours dans ses expéditions militaires un très grand avantage. Cette fâcheuse expérience aurait dû apprendre aux Vénitiens à regarder comme le principal objet du gouvernement la conservation de l'état et la jouissance de la sûreté domestique; mais les républiques, ainsi que les princes, sont sujettes à se laisser séduire par des vues d'ambition. Les Vénitiens oubliant les défauts intérieurs de leur constitution politique, osèrent tenter des conquêtes; mais le coup fatal qu'ils reçurent dans la guerre qui suivit la ligue de Cambrai leur prouva bientôt qu'un peuple

ne peut sans imprudence et sans danger faire des efforts violens contre l'esprit et la direction natureile de son gouvernement.

Ce n'était donc'pas sur sa force militaire qu'il fallait mesurer la puissance de la république de Venise; c'était dans sa marine et son commerce que résidait sa véritable force. La jalousie du gouvernement ne s'étendait pas jusqu'à ces deux objets, et l'on n'en redoutait rien qui pôt alarmer la liberté. Les nobles, encouragés à faire le commerce et à servir sur les vaisseaux, devinont négocians et amiraux. Ils accrurent l'opulence de la patrie par leur industrie; ils reculèrent les bornes de ses domaines par la valeur avec laquelle ils conduisirent ses armemens maritimes.

Le commerce des Vénitiens devint une source inépuisable de richesses ; toutes les nations de l'Europe avaient besoin d'eux pour se procurer non-seulement les marchandises de l'Orient, mais encore les nroductions des différentes n:anufactures, qu'ils fabriquaient seuls ou qu'ils travaillaient avec une perfection et un goût inconnus dans le reste de l'Europe. Ce riche commerce procura à la république des secours considérables qui servirent à déguiser les vices que je viens d'observer dans sa constitution, et la mirent en état d'entretenir des armées assez nombreuses non-seulement pour faire face à celles que ses voisins pouvaient lui opposer, mais encore pour défier les forces des grandes puissances de l'Europe. Pendant la guerre qu’elle eut à soutenir contre les princes unis par la ligue de Cambrai, Venise leva des sommes qui, même aujourd'hui, seraient regardées comme prodigieuses; et tandis que le roi de France payait pour l'argent qu'il était obligé d'emprunter l’intérèt énorme de quarante pour cent ; tandis que l'empereur, connu sous le nom de Waximiliensans-Argent, cherchait à emprunter sans pouvoir trouver de crédit, les Vénitiens trouvaient tout l’argent dont ils avaient besoin, moyennant l'intérêt modique de cinq pour cent !.

La constitution de Florence était exactement le contraire de celle de Venise. La turbulence et la licence démocratique dominait dans la première , comme la sévérité aristocratiq'ie dans la

Histoire de la ligue de Cambrai, par l'abbé du Bos, liv. v. Sandi, Storia civil. Veneziana , lib. vin, cap. XVI, pag. 891.

seconde, Florence formait cependant une démocratie commercante et non militaire, La nature de ses institutions était favorable au commerce, vers lequel le génie de la nation était naturellement tourné. La magnificence , la générosité et les vertus du premier Côme de Médicis, jointes aux richesses immenses que sa famille avait acquises par le commerce, lui donnèrent tant &'empire sur les esprits de ses concitoyens et tant d'influence sur leurs conseils, que sans détruire les formes du gouvernement républicain, en laissant méme les départemens divers de l’administration à des magistrats distingués par l'ancienneté de leurs familles, et choisis à la manière accoutumée, Côme se rendit en effet le chef de la république, et, sans sortir de l'état de simple citoyen, exerça l'autorité suprème.

Côme transmit à ses descendans une grande partie de son pouvoir, et durant presque tout le quinzime siècle, l'état politique de Florence fut très régulier. L'apparence du gouvernement républicain y subsistait toujours; le peuple y était passionnément attaché, et dans quelques occasions il montra beaucoup de chaleur pour défendre ses priviléges; cependant ce même peuple permit à une famille particulière de s'emparer de l'administration des affaires et de l'exercer avec une autorité presque aussi absolue que si elle eût été revètue en forme du pouvoir souverain.

La jalousie des Médicis concourut avec l'esprit de commerce qui animait les Florentins, à mettre la force militaire de la république sur le même pied que celle des autres états d'Italie. Les troupes que les Florentins employtrent dans leurs guerres étaient presque entièrement composées de soldats mercenaires, fournis par les Condottieri où chefs de bandes qu'ils prirent à leur solde,

Dans le royaume de Naples, auquel était annexée la souveraineté de l'Île de Sicile, le gouvernement féodal était établi, "vec la même forme et les mêmes défauts que chez les autres uations de l'Europe. Les révolutions violentes et multipliées que ce royaume avait éprouvées avaient même augmenté et rendu ples intolé rables encore les vices de la féodalité, La succession à la couronne de Naples avait été si souvent interrompue ou altérée; le trône avait été occupé par tant de princes d'un sang étranger,

que la noblesse napolitaine avait perdu en grande partie cet attachement à la famille de ses souverains et ce respect pour leurs personnes qui, dans les autres états féodaux, avaient contribué à défendre la prérogative de la puissance des rois contre les entreprises des barons. En même temps, les différens prétendans à la couronne, obligés de ménager ceux des barons qui leur étaient attachés et dont le secours leur était nécessaire pour assurer le succès de leurs prétentions, augmentérent les priviléges de ces nobles par des concessions volontaires, et se prêtérent à leurs usurpations les plus hardies, Le prince même qui était assis sur le trône, ne régnant que par un titre contesté, ne pouvait sans péril former aucune entreprise pour étendre son pouvoir ou pour limiter celui de la noblesse

Ces différentes causes concouraient à rendre le royaume de Naples l’état de l'Europe le plus turbulent , et celui dont les souverains jouissaient du pouvoir le moins étendu. Ferdinand 1°", qui commença son règne en 1468, essaya, il est vrai, d'abaisser la puissance des nobles; et son fils Alphonse, croyant la détruire d'un seul coup, en faisant périr ceux des barons qui avaient le plus de considération et de crédit, osa commettre une des actions les plus atroces dont l'histoire fasse mention; mais cet odieux moyen ne fit qu'irriter la noblesse au lieu de l'affaiblir ! : le ressentiment de cet outrage fut si violent, et le pouvoir des nobles mécontens était encore si formidable, que c’est à ce principe qu'il faut attribuer en grande partie la facilité et la rapidité avec laquelle Charles VNI conquit le royaume de Naples ?.

Ce fut dans le treizième siècle que s'élevèrent les querelles violentes sur la succession au trône de Naples et de Sicile, sources des calamités qui ont désolé silong-temps ces royaumes. A la mort de l'empereur Frédéric Il, Mainfroi, son fils naturel, massacra, si l’on en croit les historiens contemporains, son frère l'empereur Conrad, et par ce crime monta sur le trône de Naples. Les papes, toujours animés d'une haine implacable contre la maison de Souabe.

1 Giannone, liv. xxvut, vol. Il, pag. 410, etc.

2 Jbid., pag. 414

5 Struv., Corp. histor. German.; 1, 481. Giannone, liv. xvu, chap. v.

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