Giannone
non-seulement refusèrent de reconnaitre Mainfroi; mais ils voulurent encore ‘ni susciter un rival qui fût assez puissant pour lui arracher le sceptre des mains. Ils jetèrent les yeux, pour cet objet, sur Charles, comte d'Anjou, frère de saint Louis, roi de France, qui reçut d'eux l'investiture du royaume de Naples et de Sicile, comme d'un fief relevant du saint siége. L'entreprise du comte d'Anjou eut tout le succès qu'il en attendait. Mainfroi perdit la vie dans un combat , et Charles prit possession du trône. Mais ce prince souilla bientôt après la gloire
qu'il s'était acquise; ileut l'injustice et la cruauté |
de faire mettre à mort, par la main du bourreau, Conradin, le dernier prince de la maison de Souabe, et l'héritier légitime de la couronne de Naples. Ce jeune prince soutint jusqu’au dernier moment la dignité de son caractère avec une fierté et un courage dignes d’un meilleur sort. Sur l'échafaud même, il nomma pour son héritier Pierre, prince d’Arragon, qui fut ensuite roi d'Arragon, et qui avait épousé la fille de Mainfroi; Conradin jetant ensuite son gant au milieu du peuple, demanda en grâce qu'on le remit à Pierre comme un gage de la cession qu'il lui faisait de tous ses droits !. Le désir de venger l'insulte faite à la royauté par la mort de Conradin, jointe à des motifs d'ambition personnelle, détermina le prince d’Arragon à prenles armes pour soutenir le titre qu'il venait d'acquérir. Depuis ce période, les maisons d’Arragon et d'Anjou se disputèrent pendant plus de deux siècles la couronne de Naples. Au milieu d’une suite de crimes plus atroces et de révolutions plus rapides que n'en offre peut-être l'histoire d'aucun autre royaume, on vit monter tour à tour sur le trône de Naples des princes des deux maisons rivales. Après de sanglans débats, les princes d’Arragon restèrent enfin en possession de cet héritage si long-temps disputé, et le transmirent sans opposition à une branche bâtarde de leur maison ?.
La race des rois de la maison d'Anjou n'était cependant pas éteinte, et n'avait pas abandonné ses prétentions à la couronne de Naples. Le comte du Maine et de Provence, héritier de cette maison, les transporta à Louis XI et à ses successeurs. Charles VIIL traversa les Alpes, comme
Giannone, liv. x1x, chap. 1v.
2 Jbid., iv. xxvs, chap. n.
je l'ai déjà dit, à la tète d'une puissante armée, dans le dessein de soutenir ces mêmes prétentions avec des forces bien supérieures à celles qu'avaient pu employer les princes mêmes de qui il tenait ses droits; on connaît assez la rapidité des progrès de ses armes en Italie, et la courte durée de ses triomphes. Frédéric, héritier de la branche bâtarde des princes d'Arragon, remonta bientôt sur le trône d'où Charles VII l'avait chassé, Louis XIT et Ferdinand d’Arragon, qui, pour des raisons différentes, regardaient l'un et l'autre Frédéric comme un usurpateur, se réunirent contre ce prince et convinrent de partager entre eux ses états. Frédéric se sentant incapable de résister à deux souverains ligués, qui avaient chacun des forces très supérieures aux siennes, abandonna le royaume de Naples; Louis et Ferdinand, après s'être unis pour en faire la conquête, se divisèrent sur le partage, ct d'alliés devinrent ennemis. Dans la guerre qui fut la suite de cette division, Gonsalve de Cordoue déploya ces rares talens militaires qui lui ont mérité le titre de grand capilaine. W dépouilla les Français de tout ce qu'ils possédaient dans le territoire de Naples, et laissa Ferdinand maître paisible de ce royaume; mais il dut en partie ses succès à des perfidies lâches et multipliées, dont le souvenir flétrira à jamais sa mémoire. Ferdinand laissa le royaume de Naples, ainsi que ceux d'Espagne, à son petit-fils; et si le titre qui mit la première de ces couronnes sur la tête de Charles n'est pas absolument incontestable, il paraîtra du moins aussi bien fondé que celui qu'y opposèrent les rois de France !.
Le duché de Milan n'avait dans sa constitution politique et dans son gouvernement rien d'assez remarquable pour mériter d'être observé; mais comme le droit à la succession de cette fertile province fut la cause ou le prétexte de presque toutes les guerres qui se firent en Italie pendant le règne de Charles-Quint, il est nécessaire de remonter jusqu’à la source de ces contestations, et d'examiner les prétentions des différens compétiteurs.
Pendant les longues et sanglantes querelles qu'excitèrent en Italie les factions fameuses des
! Droits des rois de France au royaume de Sicile. Mém. de Comines, éd. de du Fresnoy, tom. IV, part. u, pag. 5.
Guclfes et des Gibelins, la famille des Visconti acquit un grand crédit parmi les Milanais, Constamment attachés au parti impérial, qui était celui des Gibelins, les Visconti avaient obtenu d'un empereur, pour récompense de leur zèle et de leurs services, la diguité de vicaires perpétuels de l'empire en Italie !, Un autre empereur les créa ducs de Milan, et leur accorda, avec ec titre, la propriété de la ville et de son territoire , qu'ils possédèrent comme un fief héréditaire ?, Jean, roi de France, forcé par les calamités de son règne d'avoir recours à divers expédiens pour se procurer l'argent dont il avait besoin, consentit à donuer une de ses filles en mariage à Jean Galéas Visconti, premier duc de Milan, de qui il avait reçu des sommes considérables. Valentine Visconti naquit de ce mariage; elle épousa Louis duc d'Orléans, son cousin, et frère unique de Charles VI, Dansle contrat de mariage, qui fut confirmé par le pape, on avait stipulé qu'au défaut d'héritiers mâles dans la famille des Visconti, le duché de Milan échoirait aux descendans de Valentine et du duc d'Orléans. Philippe-Maric, le dernier prince de la maison ducale de Visconti, étant mort en 1447, plusieurs prétendans réclamèrent la succession, Charles, duc d'Orléans, fit valoir le droit que lui donnait le contrat de mariage de sa mère Valentine Visconti. Alphonse, voi de Naples, produisit de son côté un testament que Philippe-Marie avait fait en sa faveur.
L'empereur prétendait que par l'extinction de descendans mâles de la famille de Visconti, le fief revenait au seigneur suzerain, et devait être par conséquent réuni à l'empire. Le peuple de Milan, animé de cet esprit de liberté qui régnait alors dans tous les états d'Italie, déclara qu'il ue voulait point de maitre, et établit une forme de gouvernement républicain.
Mais pendant que tous ces princes se disputaient le duché de Milan, l'objet de leur débat devint la proie d'un homme qui n'avait paru jusqu'alors devoir inspirer aucune défiance.
Jacques Sforce, de simple paysan, était devenu par ses talens et son courage un des plus puissans et des plus distingués des Condollieri italiens; il avait eu un fils naturel, François Sforce, qui succéda à son père dans le commandement
1 Petrarcæ, Epist. ap. Struv. Corp. 1, 625.
3 Leibnit., Cod. jur. gent. Diplom., vol. À, 257.
des aventuriers attachés à son drapeau, et épousa ensuite une fille naturelle du dernier duc de Milan. C: ‘sur ce titre frivole que François fonda ses pretentions sur le duché, et illes soutint avec une valeur et une habileté extraordinaires, qui le placèrent sur le trône auquel il aspirait, I gouverna avec tant de sagesse et de talens, que les Milanais oublièrent bientôt le peu de solidité de ses droits; et ses domaines passèrent sans oposition à son fils et ensuite à son petit-fils, Celui-ci fut assassiné par son grand-oncle Ludovic, surnommé /e More, qui s'empara de Milan !, et dont le droit à ce duché fut confirmé par l'investiture de l'empereur Maximilien, l'an 1494,
Louis XI, qui prenait plaisir à abaisser les princes de son sang, et qui admirait les talens politiques de François Sforee, ne voulut pas permettre au duc d'Orléans de faire aucune démarche pour faire valoir ses droits au duché de Milan. Ludovic le More entretint ensuite une liaison si intime avec Charles VII, pendant la plus grande partie du règne de ce monarque , que les prétentions de la maison d'Orléans continuèrent à rester sans activité. Mais lorsque la couronne de France tomba à Louis XI, duc d'Orléans, il prit le parti de réveiller et de soutenir avec vigueur les droits de sa famille. Ludovic Sforce, n'étant pas en état de se mesurer avec un rival si puissant, fut dans l’espace de quelques jours dépouillé de tous ses domaines. Le roi, revètu de la robe ducale, entra à Milan en triomphe ; bientôt après Ludovic, trahi par les Suisses qu'il tenait à sa solde, fut envoyé prisonnier en France, et enfermé dans le château de Loches, où il termina ses jours sans être plaint ni regretté.
>ar une de ces révolutions singulières dont l'histoire du Milanès offre tant d'exemples, Maximilien Sforce, fils de Ludovic le More, fut placé sur le trône ducal, et l'occupa pendant le règne de Louis XII. François [°", qui succéda à Louis XII, avait trop de fierté et d'ambition pour renoncer paisiblement à ses prétentions sur le duché de Milan; dès qu'il fut sur le trône, il se disposa à reprendre le Milanès, et les droits qu'il y avait étaient en effet non-sculement
TRipalm, Aistoire Mediol., \ib vi, 651. ap. Struv. corp., 1, 930, Dumont, Corp, diplom., tom WE, pag. 2, 333. /bidl.
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