‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 15 sur 132 · ap. Struv., tom HE, pag · texte numérisé non relu

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plus naturels, mais encore plus légitimes que ceux d'aucun de ses compétiteurs,

Il serait inutile d'entrer dans aucun détail sur la forme des gjouvernemens de Gênes, de Parme, de Modène et des autres petits états de l'ltalie, Leurs noms, à la vérité, se présenteront souvent dans le cours de l'histoire suivante ; mais ces états en eux-mêmes avaient si peu de pouvoir, que leur destin ne dépendait point de leurs propres efforts; les fréquentes révolutions qu'ils subirent furent plutôt le résultat des opérations des puissances qui les attaquèrent ou les deffendirent, que l'effet d'aucune circonstance propre de leur constitution politique.

L'Espagne est un des royaumes les plus considérables de ceux qui sont en-decà des Alpes : comme c'était le domaine héréditaire de Charles- Quint, et que ce fut la source de sa puissance ct de sa richesse, une connaissance exacte de sa constitution politique est très importante pour bien saisir la cause et les rapports des événemens de son règne.

Les Vandales et les Goths, qui détruisirent la puissance romaine en Espagne, y établirent une forme de gouvernement et y apportèrent des coutumes et des lois, absolument semblables à celles que les outres tribus victorieuses du nord avaient introduites dans le reste de l'Europe. Pendant quelque temps, l'état social se perfectionna parmi les nouveaux habitans de l'Espagne , en passant par les mêmes degrés et en suivant la même direction que dans les autres pays curopéens ; mais l'invasion des Sarrasins ou des Maures, vint arrêter tout à coup ces progrès. Les Goths ne purent pas résister à ces peuples, dont la valeur était exaltée par l'enthousiasme; les Maures subjuguèrent l'Espagne avec cette impétuosité rapide qui distingue toutes les opérations de leurs armes. Les conquérans introduisirent dans le pays où ils s'établirent la religion mahométane, la langue arabe et les mœurs de l'Orient, ainsi que le goût des arts, le luxe et l'élégance que les califes avaient commencé à cultiver dans leurs états.

Ceux des nobles parmi les Goths qui refustrent de se :oumettre au joug des Maures, allèrent se réfugier dans les montagnes inaccessibles des As:uries, contens d’avoir conservé dans leurs asiles l'exercice de la religion chrétienne et l'autorits de leurs anciennes lois. Un grand

nombre des plus braves et des plus audacieu” de leurs compatriotes s'étant joints à eux, j,: formèrent de petits partis qui allaient fondre : l'improviste sur les établissemens les plus voisins des Maures; mais dans ces courtes et fréquentes excursions, ils ne cherchaient qu'à piller et à se venger, sans songer à conquérir. Cependant leurs forces s'accrurent par degrés, et leurs vues s'étendirent; ils établirent parmi eux un gouvernement régulier, et commencirent à former le-projet de reculer les bornes de leur territoire. Ils continuèrent leurs attaques avec une ardeur toujours croissante ct animée par le zèle de leur religion, par la soif de la vengeance et par l'espoir de délivrer leur pays du joug de l'oppression : leurs opérations furent conduites avec le courage naturel à des hommes qui n'avaient d'autre occupation que la gucrre, et qui étaient étrangers à tous les arts qui amollissent ou corrompent les âmes. Les Maures, au contraire, perdirent par degrés plusieurs des avantages auxquels ils avaient dù leurs plus grands succès ; ils s'étaient rendus entièrement indépendans des califes !; ils négligèrent une correspondance suivie avec leurs coinpatriotes d'Afrique, leur empire en Espagne était divisé en plusieurs petits royaumes ; enfin, les arts qu'ils cullivaient et le luxe qui en était le fruit avaient relâché en partie la force de leurs institutions militaires, et avaient diminué parmi eux la vigueur de l'esprit gucrrier. Les Maures étaient toujours cependant un peuple brave et avaient encore de grandes ressources. Suivant le style pompeux des historiens espagnols, il s'écoula huit siècles d’une guerre non interrompue, et il se donna trois mille sept cents batailles, avant que le dernicr des royaumes maures fût soumis aux armes chrétiennes.

Les conquêtes des chrétiens sur les mahométans s'étant faites en différens temps et sous différens chefs, chacun de ceux-ci forma un état indépendant du territoire qu'il avait enlevé à l'ennemi commun. L'Espagne fut divisée en autant de royaumes distincts qu'elle contenait de provinces; et chaque ville considérable eut son souverain, qui y établit son trône et y déploya tout l'appareil de la royauté. Il arriva cependant, au bout d'un certain nombre d'années,

1 Jos. Sim. Assemanni, Zistor. Ilal. seriplores, VUE, p. 195.

que par les révolutions ordinaires des mariages, des successions et des conquêtes, toutes ces petites principautés se trouvèrent annexées aux royaumes les plus puissans de Castille et 4’ Arragon; enfin, l'heureux mariage de Ferc' rad, roi d’Arragon, avec Isabelle, que l'amour de ses sujets avait élevée au trône de Castille, réunit dans la même famille toutes les couronnes d'Espagne.

Ce fut à cette époque que la constitution politique de l'Espagne commença à prendre une forme constante et régulière; on put dès lors saisir le génie de son gouvernement et marquer avec certitude les progrès de ses lois et de ses mœurs. Malgré la révolution extraordinaire qui s'était faite en Espagne, et la destinée singulière qui la tint si long-temps assujettie au joug des mohométans, les usages introduits par les Vandales et les Goths y avaient jeté de si profondes racines et s'étaient si parfaitement unis avec la forme et l'esprit du gouvernement que, dans toutes les provinces reprises par !es chrétiens sur les Maures, on observe que l’état des individus et la constitution politique étaient à peu près les mêmes que chez les autres nations de l’Europe. Les terres y étaient possédées aux mêmes conditions ; la justice y était administrée avec les mêmes formalités; la noblesse s’y arrogeaient les mêmes priviléges, et les cortès ou les états généraux du royaume y exercaient la même autorité. Plusieurs circonstances contribuèrent à maintenir ainsi en Espagne les institutions féodales, malgré la conquête des Maures qui semblait les avoir détruites. Ceux des Espaynols qui étaient échappés au joug des mahométans restèrent attachés à leurs anciennes coutumes, moins encore par goût pour ces coutumes mêmes que par antipathie pour les Maures, dont les principes sur le gouvernement et la propriété des biens étaient directement opposés aux lois des fiefs. Les anciennes institutions ne furent pas même entièrement abolics parmi ceux des chrétiens qui se soumirent aux vainqueurs et consentirent à devenir leurs sujets; on leur permit de conserver leur religion, leurs lois sur la propriété, leurs formes dans ‘administration de la justice, et leur manière de lever les impôts, Les sectateurs de Mahomet sont les seuls enthousiastes qui aient uni Fes prit de tolérance avec le zèle du prosélitisme :

et qui, en prenant les armes pour étendre et propager la doctrine de leur prophète, aient permis en même temps à ceux qui ne voulaient pas la recevoir, de rester attachés à leurs opinions et aux pratiques de leur culte. Si les mœurs et les lois anciennes ont résisté en Espagne aux secousses violentes d’une conquête, et ont continué de subsister malgré l'établissement d'une nouvelle religion et d'une forme nouvelle de gouvernement, on le doit à ce caractère singulier du mahométisme, et au désir qu'avaient les Maures de faire aimer leur domination aux vaincus. On voit clairement par toutes ces circonstances qu'il dut être fort aisé aux chrétiens de rétablir les mœurs et les lois sur leurs anciens fondemens, dans toutes les provinces d'Espagne qu'ils délivrèrent successivement du joug des Maures. Le plus grand nombre des Espagnols avait conservé tant d’attachement aux coutumes de leurs ancèires, et tant de respect pour leurs lois, que le peuple désirait ardemment de voir les unes et les autres rétablies dans toute leur force, et de se soumettre à leur autorité.

Quoique le gouvernement féodal avec toutes les institutions qui le caractérisent se fût conservé presque en entier dans la Castille et dans l'Arragon, ainsi que dans les royaumes qui en dépendaient, on peut observer cependant dans la constitution politique de ces différens ciats des particularités qui les distinguent. La prérogative rovale était extrèmement limitée dans tous les royaumes féodaux; mais en Espagne elle était resserrée dans des bornes si étroites que le souverain n'y possédait pour ainsi dire qu'un fantôme de pouvoir. Les priviléges de la noblesse y étaient en conséquence tres vastes. et s'étendaient presque jusqu'à l'indépendance la plus absolue. Les villes jouissaient d’immunités très considérabies; elles avaient une grande influence dar, Îles assemblées générales dela nation, et elles s'occupaient à étendre encore plus loin leur pouvoir. Dans un état de société où la machine politique était si mal combinée. et où les différentes parties de la législation se trouvaient balancées avec si peu de proportion. les royaumes d'Espagne ne pouvaient manquer d'étre exposés à des secousses intérieures, plus violentes et plus dangereuses que ne le sont les mouvemens de trouble et d'anarchie ordinaires dans les ssouvernemens féodaux. Foute Fhistoire

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d'Espagne confirme la vérité de cette observation. Lorsque l'esprit séditieux , produit et échauffé par le caractère même du gouvernement, n’était pas contenu et réprimé par la crainte immédiate des armes des Maures, ce peuple était toujours prêt à se soulever contre l'administration de ses rois, et à outrager leur personne et leur dignité. Ces soulèvemens sont plus fréquens dans les annales d'Espagne que daus celles d'aucun autre pays; mais en même temps, on vit quelquefois au milieu de ces désordres éclater des sentimens plus justes sur les droits du peuple, ou des notions plus élevées des priviléges de ia noblesse, qu’on n’en aurait trouvé chez les autres nations.

Dans la principauté de Catalogne, qui était annexée au royaume d’Arragon, les peuples, se croyant opprimés par le prince Jean IE, prirent les armes contre lui pour se faire justice, révoquèrent par un acte solennel le serment d'obéissance qu'ils avaient fait à ce prince, le déclarent lui et ses descendans indignes de monter sur le trône !, et voulurent établir en Catalogne une forme de gouvernement républicain, afin de s'assurer à perpétuité la jouissance de la liberté à laquelle ils aspiraient ?,

Environ vers le mème temps, l'odieuse et faible administration de Henri IV, roi de Castille, ayant soulevé tous les nobles du royaume, ils se liguèrent coatre lui et s'arrogèrent, comme un privilége inhérent à leur ordre, le droit de juger leur souverain. Afin de rendre l'exercice de ce pouvoir aussi public et aussi solennel que leur prétention était hardie, ils invitèrent tous ceux de leur parti à s'assemibler à Avila ; on éleva un vaste théâtre dans une plaine hors des murs de la ville, et l'on y placa une figure représentant Henri IV assis sur son trône, revètu des habits royaux, une couronne sur la tie, un sceptre à la main et l'épée de justice à son côté. L'accusation contre le roi fut lue à haute voix, et la sentence qui le déposait fut prononcée devant une nombreuse assemblée. Lorsqu'on cut lu le premier chef d'accusation, l'archevèque de Tolède s’avança et ôta la couronne de dessus ia

* Zurita, Anal, de Arrag., tom. 1V, p. 113, 115, ete.

? Ferreras, istoire d'Espagne, NU, p.92. P, d'Orléans, Révolution d'Espasne, tom. M, p.155. L. Ma rvus siculus, de Rebis Hispars apud Séhotti Seript Hispan., p.729

INTRODUCTION. ot

tète de la figure ; après la lecture du second chef, le comte de Plaisance détacha l'épée de justice ; après la lecture du troisième, le comte de Bénévent arracha le sceptre, et après le dernier article, don Diégo Lopès de Stuniga jeta la figure du haut du trône à terre. Au même instant, don Alphonse, frère de Henri, fut proclamé roi de Castile et de Léon.

Les chefs de faction les plus audacieux n'’auraient jamais osé en venir à de pareilles extrèmités, et leur donner tant de publicité et de solennité, s'ils n'avaient été encouragés par les idées que le peuple mème s'était formées de la dignité royale, ec siles lois et la nature du gouvernement de la Castille et de l’Arragon n'avaient pas préparé les esprits à approuver des démarches si extraordinaires, ou du moins à y consentir.

Dans l’Arragon, la forme du gouvernement était monarchique ; mais l'esprit et les principes de cette constitution étaient purement républicains. Les rois, qui avaient été long-temps élec-

| tifs, n'avaient conservé que l'ombre du pouvoir :

C'était aux cortès, ou aux états généraux du royaume, qu'appartenait l'exercice réel de la souveraineté. Cette assemblée suprème était composée de quatre armes ou classes différentes : 1° La noblesse du premier rang ; 2° l'ordre équestre ou la noblesse du second rang ; 3° les représentans des villes et des bourgs qui, suivant les historiens d’Arragon, avaient droit d'assister aux états généraux depuis l’établissemen: même de la constitution ; 4° l'ordre ecclésias!ique, composé des dignitaires de l'Église et des représentans du clergé inférieur 2. Aucune loi ne pouvait passer dans cette assemblée sans le consentement de chacun des membresqui avaient droit de suffrage #. On ne pouvait sans la permission des états, ni imposer des taxes, ni déclarer la guerre, ni faire la paix, ni frapper de la monüaie, ni faire aucun changement dans la monnaie courante #. Ils avaient droit de revoir les procédures et les jügemens de tous les tribunaux inférieurs; de veiller sur tous les départemens de l'administration, et de réformer tous

* Mariana, Zis£., bib. xxu1, chap. 1x.

? Forma de celebrar Cortes en Arragon, par Ge von. Martel.

5 Martel, toi, p. 2.

‘Mieron. Blanca, Comment. rer. Arragon ap Schoit Scnpl Hispan., vol. MI p 7»)

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