SECTION PREMIÈRE
Tableau des progrès de la société en Europe, relativement au gouvernement intérieur, aux lois et aux mœurs.
Deux grandes révolutions se sont opérées dans l'état politique et dans les mœurs des nations européennes. La première fut occasionée par les progrès de la puissance romaine ; la seconde par la destruction de cette même puissance. Lorsque l'esprit de conquête conduisit les armées romaines au-delà des Alpes, elles trouvèrent tous les pays où elles entraient habités par des peuples qu'elles appelèrent barbares, mais qui étaient indépendans et braves, et qui défendirent leurs anciennes possessions avec la valeur la plus opiniâtre. Ce Fut la supériorité de la discipline et non celle du courage qui donna l'avantage aux Romains. Il n'en était pas de ces barbares comme des habitans efféminés de l'Asie, où une seule bataille décidait du sort d'un état. Les vaincus reprenaient les armes avec une nouvelle audace, et leur bravoure sans discipline, mais animée par l'amour de la liberté, leur tenait lieu d'art et d'union. Pendant ces longs et sanglans débats, où l’on disputait d’un côté pour la domination, et de l'autre pour l'indépendance, les différentes contrées de l'Europe furent successivement ravagées : une grande partie des habitans périrent sur les champs de bataille ; un grand nombre d'autres tombèrent en esclavage, et le reste, incapable de faire une plus longue résistance, se soumit à l'empire romain.
Après avoir désolé l'Europe, les Romains
s'occupèrent à la civiliser. Ils établirent dans les provinces conquises une forme de gouvernement sévère mais régulière, et qui assurait la tranquillité publique. Ils donnèrent à leurs nouveaux sujets leurs arts et leurs sciences, leur langue et leurs mœurs, faible dédommagement peut-être de la perte de la liberté. L'Europe commença à respirer, et à recouvrer quelques forces après les longues calamités qui l'avaient affligée. L'agriculture fut encouragée ; la population augmenta; et on vit naître une apparence de prospérité, qui réparait à quelques égards les ravages de la guerre.
Cet état était cependant bien loin encore d'assurer le bonheur des peuples et de favoriser les progrès de l'esprit humain. Les nations vaincues étaient désarmées par les vainqueurs, et contenues sans cesse par des troupes soudoyées pour veiller sur tous leurs mouvemens. Les différentes provinces abandonnées à la rapacité des gouverneurs qui les pillaient impunément, virent toutes leurs richesses dissipées par des taxes exorbitantes; et ces impôts étaient distribués avec si peu de justice et d'humanité, que la charge en était ordinairement aggravée , à proportion que le peuple était moins en état de la supporter. Les hommes les plus industrieux furent obligés de quitter leur patrie pour aller chercher la fortune ou les honneurs dans une capitale éloignée, où ils s’accoutumèrent à soumettre aveuglément toutes leurs actions aux volontés d’un maître. Dans ce concours de circonstances qui tendaient à avilir les esprits, il était impossible que ces peuples conservassent
la vigueur et la fierté de l'ame : l'amour de l'indépendance et de la guerre, qui avait distingué leurs ancêtres, s'éteignit dans la servitude. Ils perdirent non-seulement l'habitude, mais encore la capacité de régler eux-mêmes leurs volontés et leurs actions; la domination de Rome, comme celle de tous les grands empires, dé- {grada et flétrit l'espèce humaine (1*.)
Une société ne pouvait pas subsister long temps dans un état semblable, Le gouvernement romain, même dans sa forme la plus parfaite, avait des défauts qui préparaient sa dissolution. Le temps mûrit ces semences primitives de corruption, et fit éclore de nouveaux désordres. Une constitution vicieuse se serait détruite d'elle-même sans aucun effort étranger; mais l'ivruption des Goths, des Vandales, des Huns et des autres Barbares, acéléra cet événement et précipita la chute de l'empire, On vit naître, pour ainsi dire, de nouvelles nations qui semblaient accourir de régions inconnues pour venser sur les Romains les maux qu'ils avaient faits aux hommes. Ces peuplades barbares habitaient différentes provinces d'Allemagne qui n'avaient jamais été subjuguées par les Romains, ou elles étaient dispersées dans ces vastes contrées du nord de l'Europe et du nord-ouest de l'Asie, qu'occupent aujourd'hui les Danois, les Suédois, les Polonais, les Russes et les Tartares, On ne sait presque rien de leur état et de leur histoire avant cette invasion dans l'empire.
Nous devons aux Romains tout ce que nous connaissons à ce sujet; et comme ils n’ont pas pénétré bien loiu dans ces pays affreux et incultes, ils ne nous ont laissé que des détails fort imparfaits sur l'état ancien des habitans. Ces peuples eux-mêmes, grossiers et sauvages, sais: arts et sans monumens, n'ayant ni le loisir ni ia curiosité qui porte l'esprit à la recherche des événemens passés, conservaient peut-être le souvenir confus de quelques faits récens; mais tout ce qui remontait au loin était perdu dans l'oubli, enveloppé de ténèbres ou altéré par les fables (2).
Le grand nombre des essaims de Barbares qui foudivent successivement sur l'empire depuis fe commencement du quatrième siècle jusqu'à l'anéar.‘isser ent de la puissance romaine, à fait
* Les sreuvis et éclai.:'ssemens :sdiqnés par des chiffres arabes, se frouveut à la fin de cette introduction.
croire que les pays d'où ils sortaient étaient surchargés d'habitans ; et l'on a imaginé différentes hypothèses pour expliquer cette population extraordinaire qui a fait donner à ces mêmes pays le nom de laboratoire du genre humain ; mais nous faisons réflexion que les terres occupées par ces peuples étaient prodigieusement étendues, et couvertes en grande partie de bois et de marais; que les tribus les plus considérables de ces Barbares subsistaient par la chasse et le pâturage, et que dans ces deux états de s0ciété, il faut de grands espaces de terrain pour nourrir un petit nombre d'habitans; enfin qu'aucun de ces peuples n'avait ni les arts ni l'industrie, sans lesquels la population ne peut jamais faire de grands progrès, on verra évidemment que les pays qu'ils habitaient n'ont pas pu être anciennement aussi peuplés qu'ils le sont nujourd'hui, quoiqu'ils le soient encore moins que les autres parties de l'Europe et de l'Asie,
Mais les mêmes circonstances qui bornaient la population des peuples barbares, contribuaient à inspirer et à fortifier l'esprit guerrier qui les distinguait. Endurcis, par la rigueur du climat et la stérilité du sol, à des travaux qui augmentaient la force du corps et la vigueur de l'âme, accoutumés à un genre de vie qui les disposait sans cesse à l’action, et méprisant toute autre occupation que celle de la guerre, ils entreprirent et exécutèrent leurs expéditions militaires avec une ardeur et une impétuosité dont les hommes amollis par les délicatesses d’une s0ciété plus policée ont de la peine à se former une juste idée (3).
Les premières incursions de ces peuples sur le territoire de l'empire romain furent inspirées par l'amour du pillage plutôt que par le désir de former de nouveaux établissemens. Excités à prendre les armes par quelque chef audacieux et populaire, ils sortirent de leurs forêts, fondirent sur les province: frontières avec une violence irrésistible, passèrent is l'épée tort r° qui voulut s'oppo:er à ‘4 ue, emporicrent les effets les plus précieux des habitans, ravagèrent avec le fer et la flamme tout le pays qu'ils parcoururent et retournèrent en triomphe dans leurs bois et leurs déserts , emmenant avec eux une multitude de captifs. Leurs succès, le butin dont ils étaient chargés, la description qu'ils firent des pays mieux cultivés ou plus heureu-
men subi exet hi redo més.
enfai vanc cher qui !
vaier altac taien nouv les p vem naie leur t c'étai entra Depu de de ces di ger la {ne , Ainsi n'avai renve ses fo Un paré d le suc La réf par la et par le règ furent se rek
nt étaient sur- 6 différentes opulation exs imèmes pays umain ; mais res occupées sement étenrtie de bois et considérables r la chasse et états de s0e terrain pour s; enfin qu'aurts ni l’indusne peut jamais a évidemment nt pas pu etre le sont aujouraoins que les Asie.
ui bornaient la , contribuaient uerrier qui les ueur du climat x qui augymenueur de l'âme, ii les disposait nt toute autre , ils entrepriions militaires osité dont les ksses d’une 80he à se former
8 peuples sur urent inspirées ie par le désir sens. Excités à ef audacieux et jrêts, fondirent ne violence irjée tort r° qui mporierent les ns,ravagèrent ays qu'ils parriomphe dans nant avec eux succès, le butin scription qu'ils à plus heureu-
sement situés qu'ils avaient parcourus , et le récit séduisant des richesses et des commodités inconnues qu'ils y avaient trou fes, tout cela ne pouvait manquer d'exciter l'émulation et l'avidité d'autres aventuriers, qui allèrent successivement ravager les frontières romaines.
Lorsque les provinces limitrophes , entière-
ment dévastées par de fréquentes irraptions , n'offrirent plus rien à piller , les Barbares pénétrérent plus avant dans l'intérieur de l'empire ; et comme ils trouvèrent ensuite de la difficulté ou du danger à revenir sur leurs pas , ils commencérent à s'établir dans les pays qu'ils avaient suhjugués. Alors cesstrent ces courtes et subites excursions qui alarmaient et troublaient l'empire: mais il se vit menacé d'une calamité plus redoutable, Des corps nombreux d'hommes armés, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfans, et suivis d'esclaves et de troupeaux, s'avancèrent comme des colonies régulières pour chercher de nouvelles habitations. Ces peuples qui n'avaient point de villes, qui souvent n'avaient pas même de demeure fixe, étaient si peu attachés à leur terre natale, qu'ils se transportaient sans répugnance d'un lieu à un autre. De nouvelles peuplades suivirent les premières; et les pays qu'elles abandonnaient étaient successivement occupés par d'autres Barbares qui venaient de pays encore plus éloignés. Ceux-ci à leur tour cherchèrent des contrées plus fertiles ; c'était un torrent qui croissait sans cesse et qui entrainait tout ce qui s'offrait sur son passage, Depuis la première irrruption, on vit en moins de deux siècles des Barbares, de noms et de races différentes, envahir successivement et ravager la Thrace, la Pannonie, les Gaules, l'Espagne, l'Afrique, enfin l'Italie et Rome elle-même. Ainsi ce vaste édifice, que la puissance romaine n'avait élevé qu'avec le secours des siècles, fut renversé dans ce court espace, et détruit jusqu’en ses fondemems.
Un cuneours de causes différentes avait préparé de loin cette grande révolution, et facilité le succès des nations qui envahirent l'empire. La république romaine avait conquis le monde par la sagesse de ses maximes de gouvernement et par la sévérité de sa discipline militaire. Sous le règne des empereurs, les anciennes maximes furent négligées ou méprisées, et la discipline se relâeha par degrés. Les armées romaines, dans
le quatrième et le cinquième siècle, n'avaient presque plus aucune ressemblance avec ces invincibles légions, qui enchainaient partout la victoire sur leurs pas. Ces hommes libres, à qui l'amour seul de la gloire ou de la patrie metait auparavant les armes à la main, étaient templacés par des sujets et des Barbares , qu'on enrôlait par force ou pour de l'argent. Oes soldats mercenaires étaient trop faibles ou trop orgueilleux pour se soumettre aux fatigues du service militaire; ils se plignaient même du poids ex
cessif deleurs armes défensives, et furent obligyés de les quitter par l'impossibilité de les porter. L'infanterie , qui faisait autrefois la force des armées romaines, tomba dans le mépris. Bes soldats des derniers temps, efféminés et su
discipline, ne pouvaient plus se mettre en cam
pagne, à moins qu'on ne leur donnât des chevaux : c'est cependant à ces troupes seules, toutes méprisables qu'elles étaient, que la onfense de l'empire était confiée. La jalousie du despotisme avait interdit au peuple l'usage des armes; et des sujets opprimés, privés des moyens de se défendre eux-mêmes, n'avaient mi la force ni la volonté de repousser un ennemi, de qui ils avoient peu à craindre, parce que leur condition ne pouvait guère devenir plus malheureuse. A mesure que l'esprit militaire s'éteignait, les revenus de l'empire diminuaient par degrés. Le goût pour les superfluités et le luxe de l'Orient avait fait tant de progrès à la cour impémle, qu'ilabsorbait dessommes immenses, qui allaient s’engloutir dans l'Inde pour n'en revenir jamais. Les énormes subsides qu'on payait aux nations barbares dérobèrent à la circulation une quantité d'espèces plus considérable encore. Les provinces de la frontière, ruimées par les fréquentes incursions des Barbares, devinrent bientôt hors d'état de payer le tribut æecoutumé ; et les richesses du monde, qui pendant si long-temps s'étaient concentrées dans la capitale de l'empire romain , cesstrent enfin d'y refluer avec la mène abondance, ou furent détournées dans d’autres canaux. Ainsi cet empire, sans rien perdre de l'étendue de son territoire, perdit la force ct le courage nécessaires pour se défendre, et vit bientôt toutes ses ressources épuisées. Ce corps immense, languissant et presque inanimé , touchait à sa destruction. Les empereurs, qui gouvernaient avec une autorité absolue, se plongè-
rent dans toutes les mollesses du luxe oriental , s’enfermèrent dans les murs d’un palais, ignorant la guerre, fuyant le travail, et dominés par des femmes et des eunuques, ou par des ministres non moins lâches et non moins corrompus ; tremblans à l'approche du danger et dans les circonstances qui demandaient autant de vigueur dans le conseil que dans l’action, ils ne montrèrent partout que l’impuissante irrésolution qui caractérise la crainte et la stupidité.
L'état des nations barbares était à tous égards le contraire de celui des Romains : l'esprit guerrier s'y était conservé dans toute sa vigueur, et leurs chefs étaient pleins d'audace et de courage. Elles ignoraient les arts qui avaient énervé les Romains ; et par la nature de leurs institutions militaires , elles pouvaient mettre sans peine des armées nombreuses en campagne, et les entretenir à peu de frais. Les troupes mercenaires et efféminées qui gardaient les frontières de l’empire, intimidées par la férocité des Barbares, ou fuyaient à leur approche, ou étaient mises en déroute au premier choc. Les empereurs furent obligés de prendre à leur solde de gros corps de Barbares, qu'ils opposèrent à ceux qui venaient tenter de nouvelles incursions; mais ce dangereux expédient, au lieu de retarder la chute de l'empire, ne fit que l'accélérer. Ces mercenaires tournérent bientôt leurs armes contre leurs maitres, et s’en servirent avec plus d'avantage qu’auparavant; car en servant dans les armées romaines ils apprireni la discipline et l’art de la guerre qui s'y étaient toujours conservés; et cette connaissance fortifiant leur férocité naturelle, les rendit invincibles.
Ces différentes causes, jointes à plusieurs autres circonstances, concoururent à rendre trèsrapides les progrès des nations qui détruisirent l'empire romain; mais leurs conquêtes n'en étaient pas moins meurtrières: ces Barbares portèrent partout le ravage et la désolation, et firent couler des flots de sang humain. Des peuples civilisés qui prennent les armes de sang-froid , et animés seulement par des raisons de politique ou de prudence, soit pour se mettre à l'abri d’un danger qui les menace, ou pour prévenir quelque événement éloigné , se battent sans animosité : la guerre parmi eux est dépouillée de la moitié de ses horreurs. Les Barbares ne connais sent pas ces raffinemens : ils conumencent la
guerre avec violence et la poursuivent avec férocité. Leur unique objet est de faire à leur ennemi tout le mal qu’ils peuvent , et leur fureur ne s’apaise que par le carnage et la destruction. C'est ainsi que les sauvages de l'Amérique font encore aujourd'hui la guerre, et ce fut avec les mêmes dispositions que les sauvages, plus puissans et non moins féroces, qui habitaient le nord de l’Europe et de l'Asie, vinrent fondre sur l'empire romain.
Partout où ils marchèrent, leurs traces furent teintes de sang ; ils massacrèrent et ravagèrent tout ce qui se trouva sur leur passage; ils ne distinguérent point le sacré du profane, et ne respectérent ni le rang, ni le sexe, ni l’âge. Ce qui leur échappa dans les premières excursions, devint leur proie dans celles qui suivirent. Les provinces les plus fertiles et les plus peuplées furent converties en de vastes déserts, où quelques ruines des villes et des villages détruits servirent d’asiles à un petit nombre d'habitans malheureux que le hasard avait sauvés, ou que l'épée de l’ennemi, rassasiée de carnage, avait épargnés. Les premiers conquérans , qui s'établirent d’abord dans les pays qu’ils avaient dévastés, furent chassés ou exterminés par des conquérans nouveaux qui, arrivant de régiuns éloignées encore des pays civilisés, étaient encore plus avides et plus féroces. Ainsi l'Europe fut en proie à des calamités renaissantes, jusqu'à ce qu'enfin le nord, épuisé d’habitans par ces inondations successives, ne fut plus en état de fournir de nouveaux instrumens de destruction. La faim et la peste , qui marchent toujours à la suite de la guerre lorsqu'elle exerce ses horribles ravages , affigèrent toute l'Europe , et mirent le comble à la désolation et aux souffrances des peuples. Si l’on voulait fixer le période où le genre humain fut le plus misérable, il faudrait nommer sans hésiter celui qui s'écoula depuis la mort de Théodose jusqu'à l'établissement des Lombards en Italie !. Les écrivains contemporains qui ont eu le malheur d'être témoins de ces scènes de désolation et de carnage, ont de là peine à trouver des expressions assez énergiques pour en peindre toutes les horreurs. Ils donnent les noms de fléau de Dieu, de destructeur
1 Théodose mourut en 395. Le règne d’Alboin en Lom bardie commença en 571; de sorte que ce période est de cent soixante-seize années.
su
mens noms see objet:
que € et sar plus :
tenté blisse:
dans | dée co le tém toutes quêtes faits d l'autre C'es tre u cherch décous et des rope. ( rens d cher l de leur ils pas
ivent avec féaire à leur enet leur fureur la destruction.
\mérique font ce fut avec les ges, plus puishabitaient le vinrent fondre
eurs traces furent et ravaleur passage ; ré du profane , e sexe, ni l'âge.
remières EXCUres qui suivirent.
t les plus peustes déserts, où villages détruits nbre d'habitans sauvés, où que » carnage, avait rans , qui s'élau’ils avaient dérminés par des vant de régiuns sés, étaient en- . Ainsi l'Europe issantes, jusqu’à abitans par ces plus en état de s de destruction.
nt toujours à la xerce ses horril'Europe , et miaux souffrances le période où le able, il faudrait 'écoula depuis la ablissement des ains contempotre témoins de rnage, ont de la assez énergiques urs. Ils donnent
e d'Alboin en Lom ie ce période est de
de destructeur
des nations, aux chefs les plus connus des Barbares; et comparent les excès qu'ils commirent dans leurs conquêtes, aux ravages des tremblemens de terre, des incendies et des déluges, calamités les plus redoutables et les plus funestes que l'imagination puisse concevoir.
Mais rien n’est plus propre à donner une juste idée des conquêtes destructives des Barbares que le spectacle qui s'offre aux yeux d'un observateur attentif, en contemplant le changement général qui se fit dans l’état de l'Europe, lorsque les peuples commencèrent à respirer vers la fin du sixième siècle, et à goûter quelque tranquillité. Les Saxons étaient alors les maîtres des provinces méridionales les plus fertiles de | l'Angleterre; les Francs s'étaient emparés des Gaules, les Huns de la Pannonie, les Goths de l'Espagne, les Goths et les Lombards de l'Italie ct des provinces limitrophes. Il restait à peine sur la terre quelques vestiges de la politique , de la jurisprudence, des arts et de la littérature des Romains; partout il s'était introduit de nouvelles formes de gouvernement et de nouvelles lois, de nouvelles mœurs, de nouveaux habillemens, de nouvelles langues, et de nouveaux noms d'hommes et de pays. Un changement considérable et subit dans un seul de ces différens objets ne pouvait se faire sans extetminer presque entièrement les anciens habitans du pays; et sans cet affreux moyen le plus habile et le plus redoutable conquérant l'aurait vainement tenté (4). Ainsi la révolution totale que l'établissement des nations du nord a occasionée dans l'état de l'Europe entière peut être regardée comme une preuve plus décisive encore que le témoignage des historiens contemporains, de toutes les horreurs qui ont accompagné les conquêtes de ces Barbares et des ravages qu'ils ont faits d'une extrémité de cet hémisphère jusqu'à l'autre (5).
C'est dans les ténèbres du chaos où ce désastre universel plongea les nations qu'il faut chercher les semences de l'ordre, et tâcher de découvrir les premières traces des gouvernemens et des lois qui sont aujourd'hui établis en Europe. C’est là que les historiens des états différens de cette partie du globe ont tàché de chercher l'origine des institutions et des coutumes de leurs compatriotes; mais peut-être n'ont- |
. , | ils pas porté dans leurs recherches tout le |
soin et toute l'attention qu'exigeait l'importance de la matière. Je ne me propose pas de donner un détail circonstancié des progrès du gouvernement et des mœurs de chaque nation particulière, dont les événemens sont l’objet de l’histoire suivante. Mais pour se former une juste idée de l'état de l'Europe au commencement du seizième siècle, il est nécessaire de remonter beaucoup plus haut, et de connaître l’état des peuples du nord au temps de leur premier établissement dans les pays dont ils s'emparèrent. Il est nécessaire de suivre les pas rapides qu’ils firent de la barbarie à la civilisation, et d’observer les principes et les événemens généraux dont l'influence uniforme et puissante accéléra par degrés les progrès que ces nations avaient faits dans le gouvernement et les mœurs, au moment où Charles-Quint commença son règne.
Lorsque des peuples soumis au despotisme deviennent conquérans, leurs conquêtes ne servent qu’à étendre le pouvoir et le domaine du despote; mais des armées composées d'hommes libres veulent conquérir pour elles-mêmes , non pour leurs chefs ; et telles étaient celles qui renversèrent l'empire romain, et s’établirent dans ses différentes provinces. Non-seulement les nations diverses sorties du nord de l’Europe qui a toujours été reconnu comme le siége de la liberté, mais encore les Huns et les Alains , habitans d’une partie de ces contrées qu'on a regardées comme le pays naturel de la servitude t, jouissaient d’un degré d'indépendance et de liberté qui parait à peine compatible avec un état d'union sociale , ou avec la subordination nécessaire pour maintenir cette union. Ces peuples suivaient le chef qui les menait à la conquête de nouveaux établissemens, non par contrainte, mais par choix; non comme des soldats à qui il pouvait ordonner de marcher, mais comme des volontaires qui s'étaient offerts librement pour l'accompagner (6). Ils considéraient leurs conquêtes comme une propriété commune à laquelle chacun d’eux avait droit de participer, puisque chacun d'eux avait contribué à l'acquérir (7). H est difficile de déterminer avec précision de quelle manière et sur quels princines ils se partageaient les terres dont ils s'étaient emparés ; nous ne connaissons aucun monument des na-
\ De l'Espril des Lois , iv. XVI, ch. un, av, ete.
tions de l'Europe qui remonte jusqu'à ce période éloigné , et il n'y a guère de lumières à tirer de ces misérables chroniques compilées par des écrivains qui ignoraient le véritable but et les objets essentiels de l’histoire.
Cependant cette nouvelle division des terres introduisit de nouveaux principes et des mœurs nouvelles; et il en résulta bientôt une espèce de gouvernement inconnu jusqu'alors, et distingué aujourd'hui par le nom de système féodal.
Quoique les nations barbares qui donnèrent naissance à ce gouvernement se fussent établies en différens temps dans les pays qu'elles avaient conquis ; quoiqu'’elles fussent sorties de contrées différentes , qu'elles eussent des langages divers et qu'elles n’eussent pas les mêmes chefs, on remarque cependant que la police féodale s’introduisit, avec peu de variation, dans toute l'Europe. Cette étonnante uniformité a fait croire à quelques auteurs que toutes ces nations, malgré beaucoup de diversités apparentes, ne formaient originairement qu’un seul et même peuple ; mais il est bien plus naturel de chercher la cause de cette uniformité dans la ressemblance même de l'état de société et des mœurs primitives de ces Barbares et des circonstances dans lesquelles ils se trouvèrent en prenant possession de leurs nouveaux domaines.
Les conquérans de l'Europe avoient leurs acquisitions à défendre, non -seulement contre ceux des anciens habitans à qui ils avaient laissé la vie, mais encore contre les irruptions redoutables de nouveaux aventuriers qui pouvaient venir leur disputer leurs conquêtes : leurs premiers soins durent donc se tourner vers les moyens de se défendre eux-mêmes, et il paraît en effet que ce fut l'unique objet de leurs premières institutions civiles. Au lieu de ces associations vagues qui, sans contraindre beaucoup l'indépendance des individus. suffisaient pour assurer la tranquillité commune lorsqu'ils vivaient dans leurs forèts et leurs déserts, ils sentirent la nécessité de s'unir d'une manière plus étroite, et de sacrifier quelques-uns de leurs droits personnels pour jouir d'une plus grande sûreté, Tout homme libre, à qui l'on assignait dans le partage des terres conquises une certaine portion de terrain, était obligé de prendre les armes contre les ennemis de la nation. Ce service militaire était la condition à laquelle il
recevait et tenait sa terre; et comme on n'était soumis à aucune autre charge, cette espèce de possession, chez un peuple guerrier, devait être à la fois commode et honorable. Le roi ou le général qui avait conduit la nation à la guerre, restant toujours le chef de la colonie, devait avoir pour sa part la portion de terre la plus considérable; il avait par-là un moyen de récompenser les services qu'on lui avait rendus, et d'acheter de nouveaux partisans : c'était dans cette vue qu'il distribuait ses terres; et ceux entre lesquels il les partageait étaient engagés à prendre les armes pour le défendre, et à le suivre au combat avec un nombre d'hommes proportionné à l'étendue du terrain qu’ils avaient recu. Les principaux officiers imitaient l’exemple du prince; et en partageant entre leurs suivans la portion de terre qui leur était échue, ils attachaient à ce don la même condition. À insi un royaume féodal ressemblait plus à un établissement militaire qu'à une institution civile. L'armée victorieuse se cantonnait dans le pays dont elle s'était emparée, et chaque corps, subordonné à ses officiers , restait soumis à la discipline militaire. Les noms d'homme et de soldat étaient synonymes !. Tout propriétaire de terre, armé d’une épée, était toujours prêt à marcher sur la réquisition de son supérieur, et à se mettre en campagne contre l'ennemi commun. ‘ Mais si le système féodal paraît avoir été merveilleusement combiné pour défendre la société contre toute puissance étrangère, il était extrèmement défectueux dans tout ce qui peut assurer l'ordre public et la tranquillité intérieure. Ce gouvernement, même dans sa forme la plus parfaite, avait des germes visibles de désordre et de corruption qui se développèrent bientôt, et qui, en passant avec rapidité dans toutes les parties du système politique, y ausèrent les plus terribles ravages. Le lien de l'union civile était très faible et les principes d'anarchie étaient innombrables. Les parties monarchiques et aristocratiques de la constitution n'étant contre -balancées par aucune force intermédiaire , se pénétraient les unes les autres et se combattaient sans cesse. Les vassaux puissans de la couronne obtinrent bientôt par la force que la possession des terres, dont la con-
1 Du Cange, Gloss. voc. Miles.
cessi deva prin rent usur Guid et pl neur Ces l'adm nore furen trans
père 4 Les
la pr leurs instit l'indé dinati tives d plus d de ju; toutes de ba leur p guerre de sou tièrem de sub acquis regard ment : nœuds paux n rable } démem lières « causes toutes Chaque sanglat le trou était c constru des fort domest tituait aux dot esptren
ame on n'était ette espèce de er, devait être e roi ou le gén à la guerre, olonie, devait e terre la plus yen de récomait rendus, et s : c'était dans erres ; et celiX aient engagés à jre, et à le suid'hommes pro- 1 qu'ils avaient aitaient l'exementre leurs sui- * était échue, ils condition. À insi plus à un étaastitution civile.
it dans le pays aque Corps, Susoumis à la dismme et de soldat riétaire deterre, s prêt à marcher eur, et à se metni commun.
araît avoir été ur défendre la e étrangère, il ans tout ce qui tranquillité in- 1e dans sa forme mes visibles de ui se dévelopant avec rapidité Pme politique, Y ages. Le lien de et les principes les. Les parties s de la constituar aucune force es unes les autres JS VASSAUX puisit bientôt par la es, dont la con-
cession avait d'abord été gratuite et dont ils ne devaient jouir qu'aussi long-temps qu'il plairaitau prince, leur fût assurée pendant leur vie. Îls n'eurent plus qu'un pas à faire pour compléter leurs usurpations et pour les rendre héréditaires (8). Guidés par une ambition non moins audacieuse et plus absurde , ils s'arrogérent des titres d'honneur comme des places de crédit et de confiance. Ces marques de distinction personnelle, dont l'admiration ou la reconnaissance publique honore le mérite ou les talens extraordinaires, furent attachées à certaines familles, et se transmirent par succession, comme les fiefs, du père aux enfans.
Les grands vassaux après s'être ainsi assuré la propriété héréditaire de leurs terres et de leurs dignités, entraînés par l'esprit même des institutions féodales, qui tendaient toujours à l'indépendance, quoique fondées sur la subordination, tenitrent avec succès, sur les prérogatives du souverain , des entreprises nouvelles et plus dangereuses encore. Ils obtinrentle pouvoir de juger souverainement dans leurs territoires toutes les causes civiles et criminelles, le droit de battre monnaie, et le privilège de faire, en leur propre nom et de leur autorité privée, la guerre à leurs ennemis particuliers. Les idées de soumission politique se perdirent presque entitrement, et il resta à peine quelque apparence de subordination féodale. Des nobles qui avaient acquis un pouvoir excessif, dédaignaient de se regarder comme sujets. Ils aspirèrent ouvertement à se rendre indépendans et bristrent les nœuds qui unissaient à la couronne les principaux membres de l’état. Un royaume, considérable par sa puissance et son étendue, était démembré en autant de principautés particulières qu'il y avait de barons puissans; et mille causes de discorde et de jalousie s’élevant de toutes parts allumaient autant de guerres.
Chaque contrée de l’Europe, que ces querelles sanglantes plongeaient dans ta désolation , dans le trouble on dans des alarmes continuelles, était couverte de châteaux et de forteresses, construits pour défendre les habitans non contre des forces étrangères, mais contre des hostilités domestiques. L’anarchie régnait partout, et substituait tous les désordres qui l’accompagnent aux douceurs et aux avantages que les hommes espèrent trouver dans la société. Le peuple,
cette portion la plus nombreuse et la plus utile d'un pays, était réduit à un état de véritable servitude, ou traité comme s’il eût été réellement esclave (9). Le roi, dépouillé de presque toutes ses prérogatives, sans autorité pour former ou pour faire exécuter des lois salutaires, ne pouvait ni protéger l’innocent , ni punir le coupable. Les nobles, qu'aucun frein ne retenait, s’épuisaient les uns les autres par des guerres éternelles, opprimaient leurs sujets, et humiliaient ou insultaient leur souverain. Pour mettre le comble à tous ces maux, le temps consolida et rendit même respectable cet absurde et funeste système de gouvernement, que la violence avait établi.
Tel fut depuis le septième jusqu'au onzième siècle, l’état de l'Europe, relativement à l’administration intérieure du gouvernement. Toutes les opérations que les différens états firent au dehors, pendant ce période, furent nécessairement très faibles. Comment un royaume démembré, déchiré par les dissensions, qui manquait d’un intérêt commun pour réunir ses forces, et d’un chef respecté pour les diriger, cût-il pu agir avec vigueur? Les guerres qui se firent en Europe pendant ce période de temps ne furent presque toutes ni importantes. ni décisives, ni marquées par des événemens extraordinaires : elles ressemblaient plutôt à des incursions rapides de pirates ou de brigands qu’à des opérations combinées de troupes régulières. Chaque baron, à la tête de ses vassaux, poursuivait quelque entreprise particulière , pour satisfaire sa propre ambition ou quelque sentiment de vengeance. L'état ainsi désuni restait dans l’inaction, ou ne tentait de faire quelque effort que pour mieux laisser voir son impuissance. Il est vrai que le génie de Charlemaygne réunit en un seul corps tous ces membres divisés , et rendit au gouvernement cette force, cette activité qui distingue son règne et en a rendu les événemens dignes non-seulement de la curiosité, mais même de l'admiration des siècles les plus éclairés. Mais cet état de vigueur et d'union n'était pas naturel au gouvernement féodal ; aussi fut-il de peu de durée. A la mort de ce prince, le système vaste et hardi qu’il avait établi s'écroula, parce que ce système ne fut plus soutenu par l'esprit qui en anünait toutes les parties. Son empire, déchiré et par-
tagé en plusieurs royaumes, fut en proie à | toutes les calamités qu'entraînent la discorde et l'anarchie, et qui n'avaient fait que prendre une force nouvelle. Depuis cette époque jusqu’au onzième siècle, les annales de toutes les nations de l’Europe se trouvent remplies et souillées par. une suite d’événemens atroces ou insensés, et par des guerres continuelles aussi peu importantes par leurs motifs que par leurs conséquences.
On peut ajouter à ces tristes effets de l’anarchie féodale la funeste influence qu'elle eut sur les progrès de l'esprit humain. Tant que les hommes ne jouissent pas d'un gouvernement réglé, et de la sûreté personnelle qui en est une suite naturelle, il est impossible qu'ils cherchent à cultiver les sciences et les arts, à épurer leur goût, à polir leurs mœurs : ainsi le période de trouble, d'oppression et de rapine, que je viens de décrire, ne pouvait pas être favorable à la perfection des lumières et de la sociabilité. 11 n'y avait pas encore un siècle que les peuples barbares s'étaient établis dans les pays conquis, et les traces des connaissances et de la politesse que les Romains avaient répandues dans toute l'Europe étaient déjà entièrement effacées. On négligeait ou l’on avait déjà perdu, non-seulement ces arts d'élégance qui servent au luxe et que le luxe soutient, mais encore plusieurs des arts utiles auxquels nous devons les douceurs et les commodités de la vie. Dans ces temps malheureux, à peine connaissait-on encore les noms de littérature, de philosophie ou de goût; ou si l’on en faisait quelquefois usage, c'était pour les prostituer à des objets si méprisables, qu'il paraît qu'on n'en sentait plus guère la véritable acception. Les personnes du plus haut rang et chargées des emplois les plus importans, ne savaient ni lire ui écrire. Beaucoup d'ecclésiastiques n’entendaient pas le bréviaire qu'ils étaient obligés de réciter tous les jours, et quelques-uns n'étaient pas même en état de lire (10). La tradition des événemens passés était perdue, ou ne s'était conservée que dans des chroniques pleines de circonstances puériles et de contes absurdes. Les codes de lois mêmes, publiés par les nations qui s’établirent dans les différentes parties de l'Europe, cesstrent d’avoir quelque autorité, et l'on y substitua des coutumes vagues et bizarres. L'esprit humain , sans
liberté, sans culture, sans émulation, tomba dans la plus profonde ignorance. Pendant quatre cents ans l’Europe entière ne produisit pas un seul auteur qui mérite d'être lu, soit pour l'élégance du style, soit pour la justesse ou la nouveauté des idées; et l’on citerait à peine une seule invention, utile ou agréable à la société, dont ce long période puisse s’honorer.
La religion chrétienne, dont les préceptes et les institutions sont fixés dans les livres saints avec une précision qui ne semblait pas permettre de les altérer ou de les corrompre, la religion chrétienne elle-même dégénéra, pendant ces siècles d'obscurité, en une grossière superstition. Les nations barbares, en embrassant le christianisme , ne firent que changer l’objet de leur culte, sans en changer l'esprit. Ils cherchaient à se concilier la faveur du vrai Dieu par des moyens peu différens de ceux qu'ils mettaient en usage pour apaiser leurs fausses divinités. Au lieu d’aspirer à la sainteté et à la vertu, qui seules peuvent rendre l’homme agréable au grand auteur de tout ordre et de toute perfection, ils crurent remplir toutes les obligations qui leur étaient imposées, en observant scrupuleusement des cérémonies extérieures et juériles (11). La religion , suivant l’idée qu'ils s’en étaient formée, ne comprenait rien de plus; et ces pratiques, par lesquelles ils espéraient attirer sur eux les grâces du ciel, étaient telles qu'on pouvait les attendre des hommes grossiers qui les avaient imaginées et introduites. C'étaient des puérilités qui outrageaient la majesté de l'Être suprème, ou des extravagances qui déshonoraient l'humanité et la raison (12). Charlemagne en France et Alfred-le-Grand en Angleterre, tâchèrent de dissiper ces ténèbres, et parvinrent à faire pénétrer au milieu de leurs peuples quelques rayons de lumière; mais leurs efforts et leurs institutions trouvèrent des obstacles invincibles dans l'ignorance de leur siècle, et la mort de ces deux grands princes replongea les nations dans une nuit plus épaisse et plus profonde.
Les habitans de l'Europe, pendant ces temps malheureux, ignoraient les arts qui embellissent les siècles policés, et n'avaient pas même les vertus qui distinguent les peuples sauvages. La force d'âme, le sentiment ie sa dignité personnelle, la bravoure dans les entreprises et l'opi-
niâtr.
et de des n mais déper anéar corro avilis:
qu'in:
et il.
féroci de la ont p demaæ de ci d’'hon cruelle dont r nombr tion < rencon de l’Et Tours contre tans d’ Mais élégan ment, maines en sens Jamais, Lorsqu dans }’:
duisent intolére ploie bi truire ld support mais lor il faut forme.
à la cor était la croître paraît q siècle, à C'est à progress
D. Hu |
ation, tomba endant quatre duisit pas un oit pour l'élése ou la nout à peine une e à la société, rer.
»s préceptes et 8 livres saints pas permettre re, la religion , pendant ces sière superstiembrassant le nger l'objet de Ils cherchaient Dieu par des qu'ils mettaient es divinités. Au à la vertu, qui ne agréable au je toute perfecs les obligations observant scruérieures et puél'idée qu'ils s’en rien de plus; et spéraient attirer ent telles qu'on es grossiers qui duites. C'étaient t la majesté de agances qui désson (12). Charlerand en Anglees ténèbres, et milieu de leurs ière; mais leurs uvèrent des obsce de leur siècle, rinces replongea s épaisse et plus
ndant ces temps s qui embellissent t pas même les bles sauvages. La a dignité personreprises et l'opi-
niâtreté dans l'exécution, le mépris du danger et de la mort, sont les vertus caractéristiques des nations qui ne sont pas encore civilisées ; mais elles sont le produit de l'égalité et de l’'indépendance, que les institutions févdales avaient anéanties partout. L'esprit de domination avait corrompu la noblesse; le poids de la servitude avilissait le peuple; les sentimens généreux qu'inspirent l'égalité étaient entièrement éteints, et il ne restait plus aucune barrière contre la férocité et la violence. L'état le plus corrompu de la société humaine est celui où les hommes ont perdu leur indépendance et leur simplicité de mœurs primitives, sans être arrivés à ce degré de civilisation où un sentiment de justice et d'honnèteté sert de frein aux passions féroces et cruelles. C'est aussi dans l’histoire des temps dont nous parlons qu'on trouve un plus grand nombre de ces actions qui frappent l’imagination d'étonnement et d'horreur, qu'on n’en rencontre dans aucun autre période des annales de l'Europe. Ouvrons l’histoire de Grégoire de Tours et des auteurs contemporains , nous y r'encontrerons une foule incroyable de traits révoltans d'inhumanité , de perfidie et de vengeance.
Mais il y a, selon la remarque d’un historien élégant et profond! ,un dernier degré d’abaissement, comme d'élévation, d'où les choses hnmaines, lorsqu'elles y sont arrivées, retournent en sens contraire, et qu’elles ne passent presque jamais, ni dans leur progrès, ni dans leur déclin. Lorsque les défauts, soit dans la forme, soit dans l'administration du gouvernement, produisent dans la société dés désordres excessifs et intolérables, l'intérêt commun découvre et emploie bientôt les remèdes les plus propres à détruire le mal. Les hommes peuvent négliger ou supporter long-temps de légers inconvéniens ; mais lorsque les abus viennent à un certain terme, il faut que la société périsse ou qu'elle les réforme. Les abus du gouvernement féodal, joints à la corruption du goût et des mœurs, qui en était la suite naturelle, n'avaient fait que s’accroître pendant une longue suite d'années ; et il paraît qu'ils étaient arrivés vers la fin du onzième siècle, au dernier terme de leur accroissement. C'est à cette époque que l’on voit commencer la progression du gouvernement et des mœurs en
D. Hume, Æist. of England, vol. W, p. 442.
sens contraire , et que nous pouvons iaire remonter cette succession de causes et d'événemens, dont l'influence plus ou moins forte, plus ou moins sensible , a servi à détruire la confusion et la barbarie, et à y substituer l'ordre, la politesse et la régularité.
Dans la recherche de ces événemens et de ces causes, il n'est pas nécessaire de s'attacher à l'ordre des temps avec une exactitude chronologique; il est bien plus important de marquer leur liaison et leur dépendance mutuelle, et de faire voir comment un événement en a préparé un autre ct a fortifié son influence. Nous avons suivi jusqu'à présent les progrès successifs de ces épaisses ténèbres qui ont couvert si longtemps l'Europe ; il sera plus agréable d'observer les premiers rayons de la clarté renaissante, et de reconnaître les accroissemens insensibles de lumière qui ont amené enfin le jour brillant dont nous jouissons.
Les croisades, ou les expéditions des chrétiens pour arracher la Terre-Sainte des mains des infidèles, paraissent avoir été le premier événement qui ait tiré l'Europe de la léthargie dans laquelle elle était plongée depuis si long-temps, et qui ait contribué à amener quelque changement dans le gouvernement et dans les mœurs. Il est naturel aux hommes de voir avec un sentiment de vénération et de plaisir des lieux renommés pour avoir été la résidence de quelque grand personnage ou le théâtre de quelque action célèbre. Ce principe est la source de la dévotion scrupuleuse avec laquelle les chrétiens, dès les premiers siècles de l'Église, s'étaient plu à visiter le pays que Dieu ::vait destiné pour l'héritage de son peuple choisi, et dans lequel le Fils de Dieu avait accompli la rédemption du genre humain. Un pèlerinage si long ne pouvait se faire sans beaucoup de dépense, de fatigue et de danger; il devait donc en être plus méritoire, et on le regarda bientôt comme un moyen d’expier presque tous les crimes.
Vers la fin du dixième siècle et le commencement du onzième , il se répandit tont à coup en Europe une opinion qui fit bientôt des progrès incroyables et qui augmenta prodigieusement le nombre et le zèle de ces dévots pèlerins. On s’imagina que les mille ans ! dont parle saint Jean
Revel, XX, 2,5, 1
ont
étaient accomplis, et que la fin du monde allait arriver. Cette rêverie répandit une consternation générale parmi les chrétiens. Plusieurs renoncèrent à leurs biens, abandonnèrent leurs familles et leurs amis, et se hâtèrent de se rendre dans la Terre-Sainte où ils croyaient que le Christ devait apparaître bientôt pour juger les hommes !. Tant que la Palestine avait été soumise à la domination des califes, ces princes éclairés avaient encouragé les pèlerinages des chrétiens à Jérusalem; c'était une branche avantageuse de commerce, qui faisait entrer dans leurs états beaucoup d'or et d'argent pour des reliques et de pieuses bagatelles; mais les Turcs ayant conquis la Syrie vers le milieu duonzième siècle, les pèlerins se virent exposés à toutes sortes d’outrages de la part de ces peuples féroces. Cette révolution arriva précisément dans le mème temps où la terreur panique dont j'ai parlé rendait les pèlerirages plus fréquens et plus nombreux; elle répandit l'alarme et excita l'indignation dans toute l'Europe chrétienne. Ceux qui revenaient de la Palestine racontaient les dangers qu’ils avaient courus en visitant la Terre-Sainte, et ne manquaient pas d’exagérer la cruauté et les mauvais traitemens des Turcs.
Les esprits des hommes étaient ainsi préparés, lorsqu'un moine fanatique conçut l'idée de réunir toutes les forces de la chrétienté contre les infidèles , pour les chasser à main armée de la Terre- Sainte, et c'est à son zèle que cette bizarre entreprise doit son exécution. Pierre l'Ermite (c'était le nom de cet apôtre guerrier) courut, un crucifix à la main, de province en province, excitant les princes et les peuples à entreprendre la guerre sainte, et ses déclamations allumèrent dans tous les esprits le fanatisme qui l'animait. Le concile de Plaisance , auquel assistèrent plus de trente mille personnes, décida que le projet de Pierre avait été inspiré par une révélation immédiate du ciel; et lorsqu'on en fit la proposition au concile de Clermont, qui était encore plus nombreux que celui de Plaisance , toutes les voix s'écrièrent : Dieu le veut ! Dieu le veut! Cette fureur épidémique gagna tous les ordres de l'état. Ce n'étaient pas seulement lesseigneurset les nobles
1 Chronic. Will. Godelli, ap. Bouquet, Recueil des historiens de France, tom. X, p. 262. Vita Abbonis, ib. p. 332. Chronic. $. Partaleonis, ap. Eccard, Corp. crip.medii ævi, vol. 1, p.909. Annalista saxo, ib. 576.
de ce siècle guerrier qui prirent les armes avec leurs vassaux; ils auraient pu être séduits par l'audace même de cette expédition romanesque ; mais on vit encore des hommes d’une condition obscure et pacifique, des ecclésiastiques de tous les rangs, des femmes même et des enfans s’engager à l'envi dans une entreprise qu'on regardait comme pieuse et méritoire. Si nous pouvons en croire les témoignages réunis des auteurs contemporains, six millions d'hommes prirent la croix! ; c'est la marque par laquelle se distinguaient ceux qui se dévouaient à cette sainte guerre, et qui lui a donné le nom qu'elle a conservé. L'Europe entière , disait la princesse Comnène, paraissait comme arrachée de ses fondemens et prête à se précipiter de tout son poids sur l'Asie ?. L'ivresse de ce zèle fapatique, loin de se dissiper au bout de quelque temps, est aussi remarquable par sa durée que par son extravagance. Pendant deux siècles entiers l'Europe sembla n'avoir eu d'autre objet que de conquérir ou de garder la Terre-Sainte, ei ne cessa d'y faire passer successivement des armées nombreuses (13).
Rien ne pouvait résister aux premiers efforts d’une armée dont la valeur était exaltée par l'enthousiasme religieux. Une partie de l’Asie- Mineure, la Syrie et la Palestine, furent bientôt enlevées aux infidèles ; la bannière de la croix fut arborée sur la montagne de Sion; un corps de ces aventuriers qui avaient pris les armes contre les mahométans, s’'empara de Constantinople, la capitale de l'empire chrétien en Orient; et pendant la moitié d'un siècle , le trône impérial fut occupé par un comte de Flandre et par ses descendans. La violence inattendue du premier choc des croisés rendit leurs premières conquétes faciles; mais ils trouvèrent ensuite une prodigieuse difficulté à les conserver. Des établissemens si éloignés de l'Europe, entourés de pations guerrières et animées d'un zèle fanatique qui ne le cédait guère à celui des croisés mèmes, étaient sans cesse exposés à une destruction prochaine, Avant la fin du treizième siècle, les chrétiens furent chassés de toutes les possessions qu'ils avaient dans l'Asie, et dont la conquête leur avait coûté des millions d'hommes et des
1 Fulcherius Carnotensis, apud Bongarsü Gesta Dei
per Francos, vol. 1, 387. edit Han. 1711.
? Alexias, /ib. X. ap. Biz. script. vol. XE, p. 224.
trésc laqu jam:
auta jour.
hum Ge ctaie qu'oi crois versi plus qu'ils Veni:
comn saien| suite leur est vr temp:
qu'un y avai mais ( vagée grand etlas l'ancié les art rient très p tinopl les prd Sarras de plu sent r!
penda à Co faste 4 de got rope € fameu les dé et les d tre da croisad d'autr mœurs plupa goût, bien p
armes avec e séduits par romanesque ; ne condition iques de tous s enfans s’enqu'on regarnous pouvons des auteurs nes prirent la lle se distinà cette sainte om qu'elle a it la princessé achee de ses jiter de tout de ce zèle faut de quelque sa durée que eux siècles end'autre objet Terre-Sainte, ssivement des
remiers efforts it exaltée par rtie de l’Asiefurent bientôt de la croix fut ; un corps de s armes contre onstantinople, en Orient; et rône impérial dre et par ses 1e du premier rières conquésuite une pror. Des établis- , entourés de à zèle fanatique s croisés mèue destruction ème siècle, les les possessions ht la conquête ommes et des
garsüi Gesta Dei 1. X1, p. 224.
trésors immenses. Ainsi la seule entreprise pour laquelle toutes les nations de l’Europe se soient jamais réunies et qu'elles aient soutenue avec autant d’ardeur que d’opiniâtreté , n’est plus aujourd'hui qu'un monument éclatant de la folie humaine.
Ces expéditions, tout extravagantes qu'elles étaient, produisirent cependant d’heureuxeffets, qu'on n'avait pu ni attendre ni prévoir. Les croisés, en marchant vers la Terre-Sainte, traversèrent des pays mieux cultivés et des états plus civilisés que les leurs. C'était en Italie qu'ils se rassemblaient dans les commencemens. Venise, Gènes, Pise et d'autres villes avaient commencé à cultiver le commerce et se polissaient en s’enrichissant. Les croisés allaient ensuite par mer en Dalmatie, d'où ils continuaient leur route par terre jusqu’à Constantinople. Il est vrai que l'esprit militaire était depuis longtemps éteint dans tout l'empire d'Orient, et qu'un despotisme, de l'espèce la plus dangereuse, y avait presque anéanti toute vertu publique; mais Constantinople, qui n'avait jamais été ravagée par les nations barbares, était la plus grande, ainsi que la plus belle ville de l'Europe, et la seule où il restât encore quelque image de l’ancienne politesse et dans les mœurs et dans les arts. La puissance maritime de l'empire d'Orient était considérable, et des manufactures très précieuses y subsistaient encore. Constantinople était l'unique entrepôt de l'Europe pour les productions des Indes orientales. Quoique les Sarrasins et les Tures eussent dépouillé l'empire de plusieurs de ses plus riches provinces et l’eussent resserré dans des bornes fort étroites, cependant ces sources de richesses entretenaient à Constantinople non-seulement l'amour du faste et de la magnificence, mais encore un reste de goût pour les sciences; et à cet égard l'Europe entière était fort au-dessous de cette ville fameuse. Les croisés trouvèrent dans l'Asie mème les débris des sciences et des arts que l'exemple et les encouragemens des califes avaient fait naitre dans leur empire. Quoique les historiens des croisades eussent porté toute leur attention sur d'autres objets que sur l’état de la société et des mœurs parmi les nations de l'Orient ; quoique la plupart d’entre eux n’eussent même ni assez de joût,, ni assez de lumières pour observer et pour bien peindre ce qu'ils voyaient, cependant ils
————————— rm
ee —— —
nous ont transmis des traitk manité et de la générosil quelques autres chefs des
l'idée la plus avantageuse. Il ta AUS les croisés parcourussent tant de paÿs, qu'ils vissent des lois et des coutumes si diverses, sans acquérir de l'instruction et des connaissances nouvelles. Leurs vues s’étendirent; leurs préjugés s'affaiblirent ; de nouvelles idées germérent dans leurs têtes ; ils virent en mille occasions combien leurs mœurs étaient grossières en comparaison de celles des Orientaux policés; et ces impressions étaient trop fortes pour s’effacer de leur mémoire lorsqu'ils étaient de retour dans leur pays natal. D'ailleurs il y eut, pendant deux siècles entiers, un commerce assez suivi entre l'Orient et l'Occident; de nouvelles armées marchaient continuellement d'Europe en Asie, tandis que les premiers aventuriers revenaient chez eux et y rapportaient quelques-unes des coutumes, avec lesquelles ils s'étaient familiarisés par un long séjour dans ces terres étrangères. Aussi l'on peut remarquer que, même peu de temps après le commencement des croisades, il y eut plus de magnificence à la cour des princes, plus de pompe dans les cérémonies publiques, plus d'élégance dans les plaisirs et dans les fêtes ; le goût mème desaventures devint plus romanesque et s’accrut sensiblement dans toute l’Europe. C’est à ces bizarres expéditions, effet de la superstition et de la folie, que nous devons les premiers rayons de lumière qui commencèrent à dissiper les ombres de l’ignorance et de la barbarie.
Mais ces effets salutaires des croisades ne se firent sentir que lentement. Leur influence sur l'état de la propriété territoriale, et par conséquent sur celui du pouvoir, fut plus immédiate et en même temps plus sensible.
Les nobles qui prirent la croix et s'engagèrent à marcher vers la Terre-Sainte virent bientôt qu'ils avaient besoin de sommes considérables pour faire les frais d'une si longue expédition et pour être en état de paraître à la tête de leurs vassaux, avec la dignité qui leur convenait. Le génie du système féodal ne leur permettait pas d'imposer des taxes extraordinaires à leurs sujets , qui n'étaient pas accoutumés à en payer. Îl ne leur restait donc d'autre
ressource pour se procurer les sommes dont ils avaient besoin, que de vendre leurs terres.
Comme tous les esprits étaient exaltés par les idées romanesques des conquêtes qu'ils espéraient faire en Asie, et par le désir ce recouvrer la T'erre-Sainte, désir si ardent qu'il faisait taire toutes les passions, les seigneurs abandonnèrent sans répugnance leurs héritages et les vendireal à vil prix, pour aller, en aventuriers, chercher de nouveaux établissemens dans des pays inconnus. Aucun des différens souverains de l'Europe ne s'était engagé dans la première croisade, et tous saisirent avec empressement une occasion si favorable pour réunir à peu de frais à leurs couronnes des domaines considérables !. D'ailleurs plusieurs grands barons étant morts dans la guerre sainte sans laisser d'héritiers, leurs fiefs retourntrent de droit à leurs suzerains; et ces accroissemens de propriété, aussi bien que de puissance , ajoutèrent à l'autorité royale tout ce que perdait celle de l’aristocratie, D'un autre côté l'absence de plusieurs vassaux puissans , accoutumés à en imposer et souvent à donner la loi à leurs souverains, offrit à ceux-ci une occasion d'étendre leur prérogative et d'acquérir une influence qu'ils n'avaient jamais eue auparavant. Ajoutez à ces circonstances réunies que tous ceux qui prirent la croix se mirent sous la protection immédiate de l'Elise, qui lança ses plus redoutables anathèmes contre quiconque voudrait nuire ou faire injure à ceux qui se dévouaient à cette sainte expédition. Les querelles et les hostilités particulières, qui jusqu'alors avaient banni l’ordre et la paix de tout état féodal, furent tout à coup suspendues, ou s'éteignirent entièrement; l'administration de la justice commença à prendre une forme plus solide et plus constante, et l'on fit enfin quelques pas vers l'établissement d'un Système plus régulier d'administration et de police dans les différens royaumes de l'Europe ? (14).
Les effets que les croisades produisirent sur l'état du commerce de l'Europe ne furent pas moins sensibles que ceux dont je viens de parler. Les premières troupes qui s’enrôlèrent sous
1 Willelm. Malmesbur. Guibert. Abb., «pud Bongars, vol, |, 481.
? Du Cange, Glossar. voce Cruce signatus. Guil, 4b bas, ap. Bongars, vol. 1, 480, 482.
l'étendard de la croix, et que Pierre l'Ermite et Godefroy de Bouillon conduisirent à Constantinople par l'Allemagne et la Hongrie, eurent prodigieusement à souffrir, tant par la longueur de la marche que par la férocité des habitans de ces pays. Les armées qui se formèrent ensuite, instruites par l'expérience des premières, se gardèrent bien de prendre la mème route, et aimérent mieux aller par mer que de s’exposer aux mêmes dangers. Venise, Gènes et Pise leur fournirent les bâtimens de transport sur lesquels ils s'embarquirent. Ces villes recurent de ces armées nombreuses de croisés des sommes prodigieuses pour le fret seul de leurs vaisseaux !; ce ne fut cependant qu'une petite partie de l'argent qu'elles retirèrent des expéditions de la Terre-Sainte, Les croisés firent marché avec elles pour avoir des provisions et des munitions de guerre. Tandis que les armées s’'avançaient par terre, les flottes se teaient sur la côte, fournissaient aux troupes tout ce qui leur était nécessaire, et absorbaient tous les bénéfices de cette branche lucrative de commerce. Les succès qu’eurent d’abord les armes des croisés procurèrent aux villes commerçantes des avantages encore plus solides. Il existe encore des chartes par lesquelles on accorde aux Vénitiens, aux Pisans et aux Génois les immunités les plus étendues dans les différens établissemens formés en Asie par les chrétiens. Toutes les marchandises qu'ils importaient ou exportaient étaient exemptes de toute imposition ; et on leur avait donné en propriété des faubourgs entiers dans quelques-unes des villes maritimes , et dans les autres de grandes rues et beaucoup de maisons. Ils avaient aussi, par ces mêmes chartes , le privilége de faire juger suivant leurs lois , et par des juges qu'ils nommaient eux-mêmes, toutes les contestations élevées entre des personnes qui commerçaient sous leur protection ou qui étaient établies dans l'enceinte du terrain qu’on leur avait accordé ?. Lorsque les croisés s'emparèrent de Constantinople et placèrent un d’entre eux sur le trône d'Orient, les états d'Italie surent mettre à profit cette révolution. Les Vénitiens, qui avaient concerté l'entreprise et qui eurent beaucoup de part à l'exécution, ne négligèrent aucun des Muratori Æntiq. italie med. ævi, vol. VW, p. 905. * Abix, p. 906, ete.
avanta succès, l'anciet ques-u Plusier concen rent tr ainsi d sainte ( ces nou découli lie, cor parler, pendan Dans en comi obtinre municip plus qu pandre ment ré, Le go un systé usurpati lérables, à un état de ce q guère pression bitaient de leurs levaient obligés d sur eux t étaient bles de 1 poser de testamen vie ?. Ils des tute rité, et il gueur la commenc pas perm
1 Villehar 2 Dacheri donnances 5 Ordon) p.203, n. 1.
Spicel., vol
e l'Ermite t à Consngrie, eunt par la rocité des i se formè- :e des pree la mème ner que de , Gènes et > transport s villes rede croisés ret seul de lant qu'une irèrent des oisés firent provisions que les arttes se teux troupes absorbaient ucrative de d'abord les villes coms solides. Il elles on acaux Génois s les diffébar les chréils importes de toute n propriété es-unes des de grandes hient aussi , re de faire juges qu'ils ntestations mmerçaient tablies dans L accordé *.
Constantisur le trône ettre à proqui avaient eaucoup de aucun des
avantages qu'ils avaient droit d'attendre du succès. Ils se rendirent maîtres d’une partie de l'ancien Péloponèse dans la Grèce , et de quelques-unes des îles les plus fertiles de l’Archipel. Plusieurs branches importantes de commerce, concentrées jusqu'alurs à Constantinople, furent transportées à Venise, à Gènes ou à Pise : ainsi divers événemens occasionés par la guerre sainte ouvrirent successivement plusieurs sources nouvelles de richesses, et les trésors qui en découlèrent ! dansles villes commerçantes d'Italie, concoururent, avec l'institution dont je vais parler, à établir sur une base solide leur indépendance et leur liberté.
Dans le mème temps les villes se formèrent en communautés ou corporations politiques, qui obtinrent le privilége d'avoir une juridiction municipale : ce changement contribua peut-être plus qu'aucune autre cause à introduire et à répandre en Europe les principes d’un gouvernement régulier, de la police et des arts.
Le gouvernement féodal avait dégénéré en un système d'oppression. Les nobles, dont les usurpations étaient devenues excessives et intolérables, avaient réduit le corps entier du peuple à un état de véritable servitude ; et la condition de ce qu'on appelait les Lommes libres n'était guère meilleure que celle du peuple. Cette oppression n'était pas le partage de ceux qui habitaient la campagne et cultivaient les terres de leurs seigneurs. Les villes et les villages relevaient de quelque grand baron, dont ils étaient obligés d'acheter la protection, et qui exerçaient sur eux une juridiction arbitraire. Les habitans étaient privés des droits naturels et inaliénables de l'espèce humaine. Ils ne pouvaient disposer des fruits de leur industrie, ni par un testament, ni par aucun acte passé pendant leur vie ?. Ils n'avaient mème pas le droit de donner des tuteurs à leurs enfans dans l’âge de minorité, et ils étaient obligés d’acheter de leur seigneur la permission de se marier 3. S'ils avaient commencé un procès en justice , il ne leur était pas permis de le terminer à l'amiable, parce que
! Villehardouin, Æist. de Constant., 105, etc.
? Dacherii Spiceleg., tom. XI, 374, 375. Ed. in-4°, Ordonnances des rois de France , tom. W, 204, n. 2, 6.
5 Ordonnances des rois de France, t.\, p 22, t. W, p.203, n. 1. Muratori, Æatiq. ilal., vol. AV, p.20. Dacherii, Spicel., vol. XI, 325, 341.
cet accommodement aurait privé le seigneur,
| au tribunal duquel l'affaire se plaidait, des droits
qui lui revenaient lorsqu'il rendait la sentence !. On exigeait d'eux, sans indulgence et sans pitié, des services de toute es! , souvent aussi humilians qu'onéreux. L'es,rit d'industrie était gêné dans quelques villes par des règlemens absurdes, et dans d'autres par d'injustes exactions. Les maximes étroites et tyranniques d'une aristocratie militaire ne pouvaient manquer d'arrêter les progrès de toute industrie ?. Mais dès que les villes d'Italie eurent commencé à tourner leur attention vers le commerce ct à se former quelque idée des avantages qu'elles pouvaient en retirer, elles songérent bientôt à secouer le joug des seigneurs insolens, et à établir un gouvernement libre et égal, qui assurât parmi les habitans la propriété des biens, et encouraget les arts et l'industrie, Les empereurs d'Allemagne, surtout ceux des maisons de Franconie et de Souabe, dont la résidence était éloignée del'Italie, ne possédaient dans ce pays qu’une juridiction faible et bornée. Leurs querelles éternelles, soit avec les papes, soit avec leurs propres vassaux, occupaient sans cesse leurs armes, et ne leur permettaient pas de fixer leur attention sur l’intérieur de l'Italie. Ces circonstances encouragèrent, vers le commencement du onzième siècle, quelques-unes des villes d'Italie à s’arroger de nouveaux priviléges, à s’unir ensemble par des liens plus étroits, et à se former en corps politiques qui se gouvernaient d’après des lois établies par le consentement général des habitans 3. Les droits que plusieurs villes acquirent par ces usurpations heureuses ou hardies, d'autres les achetèrent des empereurs, qui croyaient faire un marché très avantageux en vendant au poids de l'or, des immunités qu'ils n'étaient pas en état de refuser. Quelques villes obtinrent gratuitement les mèmes priviléges de la générosité ou de la facilité des princes de qui elles relevaient. La grande augmentation de richesses que les croisades produisirent en Italie occasiona une nouvelle espèce de fermentation ct d'activité dans les esprits, et fit naître une pas-
1 Dacherii, Spicel., vol. IX, 821.
? Observ. sur l'hist. de France, par M. l'abbé de Mably, tom. Il, p. 296.
5 Muratori, 4ntiq. ilal., vol. AV, p. 5
sion si générale et si vive pour l'indépendance et la liberté, qu'avant la fin de la dernière croisade toutes les villes considérables d'Italie avaient acheté ou extorqué des empereurs beaucoup de droits et de priviléges (15).
Cette innovation n'eut pas plus tôt été établie en Italie, qu’elle commença à s'introduire en France. Louis-le-Gros, jaloux d'élever une nouvelle puissance pour contre-balancer celle des grands vassaux , qui souvent donnaient la loi au monarque même, adopta le premier l'idée d'accorder de nouveaux priviléges aux villes situées dans ses domaines. Par ces priviléges, appelés chartes de communauté , ilaffranchit les habitans , abolit toute marque de servitude , et les établit en corporations ou corps politiques , qui furent gouvernés par un conseil et des magistrats deleur propre choix. Ces magistrats eurent le droit d'administrer la justice dans l'enceinte de leur territoire , de lever des taxes, d'incorporer et d'exercer la milice de la ville, qui, à la première réquisition du souverain, se mettait en campagne, sous les ordres d'officiers nommés par la communauté. Les grands barons suivirent l'exemple du monarque, et accordèrent de semblables immunités aux villes de leurs territoires. Épuisés par les sommes immenses que leur avaient coûté les expéditions de la Terre-Sainte, ils adoptèrent avec empressement un nouveau moyen de se procurer de l'argent en vendant ces chartes de liberté; et quoique l'établissement des communautés fût aussi contraire à leurs principes politiques que dangereux pour leur puissance, l'attrait d’un secours présent leur fit mépriser le danger éloigné. En moins de deux siècles la servitude fut abolie dans la plupart des bourgs de France, qui, privés jusqu'alors de liberté, de juridiction et de privilége, devinrent par-là des communautés indépendantes (16). C'est encore vers le mème temps que les grandes villes d’Allemagne commencèrent à acquérir de semblables immunités, et à jeter les fondemens de leur liberté actuelle (17). Cet usage se répandit promptement en Europe et fut adopté en Allemagne, en Espagne , en Angleterre, en Écosse et dans tous les états soumis au gouvernement féodal (18 ).
On ne tarda pas à sentir les bons effets de cette nouvelle institution, dont l'influence aussi puissante que salutaire s'étendit sur le gouver-
nement et sur les mœurs. Un grand corps de peuple fut affranchi de la servitude, ainsi que de toutes les impositions arbitraires et onéreuses auxquelles leur misérable état les assujettissait auparavant. Les villes, en acquérant le droit de communauté, devinrent autant de petites républiques gouvernées par des lois connues de tous les citoyens, et égales pour tous ; la liberté était regardée comme une partie si essentielle de leur constitution, qu'un serf qui s’y réfugiait, et qui dans l'intervalle d’une année n'était pas réclamé, était aussitôt déclaré homme libre et admis au nombre des membres de la communauté !.
Si une partie du peuple dut sa liberté à l'établissement des communautés, une autre partie lui fut redevable de sa sûreté, Les gouvernemens de l'Europe durant plusieurs siècles avaient été si barbares, que tout homme était obligé, pour sa conservation personnelle, de se mettre sous la protection de quelque baroa puissant, dont le château, dans les temgs de danger, était l'asile commun où chacun allait chercher sa sûreté. Mais des villes entourées de murs, dont les habitans, régulièrement exercés à la discipline militaire, se trouvaient unis par un intérêt commun, et s'obligeaient par les engagemens les plus solennels à se défendre mutuellement, offraient ax peuple des asiles beaucoup plus sûrs et plu: ‘ommodes. Les nobles perdirent bientôt de leur autorité et de leur considération, dès qu'ils cessèrent d’être les seuls appuis auxquels le peuple pût avoir recours poursegarantir de la violence.
Les priviléges accordés aux cités, en diminuant le pouvoir dela noblesse, augmentèrent celui de la couronne. Comme il n’y avait point de troupes régulières sur pied dans les gouvernemens féodaux, le roi ne pouvait faire la guerre qu'avec les soldats que lui fournissaient les vassaux de la couronne, toujours jaloux de son autorité , et souvent révoltés contre lui; etil n'avait d’autres ressources pour subvenir aux dépenses du service public que les subsides que ces mêmes vassaux lui accordaient , presque toujours avec autant d'économie que de répugnance. Mais lorsque les membres des communautés eurent obtenu la permission de porter les
3 Statut. Humberti Bellojoci, Dacher, Spicel., vol. IX,
! 182, 185. Char!la. comit. Florent., ibid. 193.
armes innova mier it dispos des gr.
par re souver micrs :
de leur nobles secour ment ul La j( gemen membr sortir c les ten:
et la se le com comme sensible chesse :
été si le latyran qui mai un faste ilen rés manière change vernem que les objets d mes se | faire de en mèêm la sûret mens av uir avec qui oser que les | la polite c'est de blement Lorsq la francl cipale, i quelque un prin
lOrdor L 11, 318,
nd corps de », ainsi que et onéreuses ssujettissait L le droit de petites ré-
connues de is ; la liberté i essentielle ui s’y réfuannée n'était homme libre ; de la com-
berté à l'étaautre partie puvernemens s avaient été obligé, pour
mettre sous issant , dont langer, était ercher sa sûaurs , dont les à la discipline intérèt comagemens les jutuellement , eaucoup plus les perdirent onsidération, s appuis auxbur se garantir
és, en dimiaugmentèrent avait point de s les gouverfaire la guerre saient les vasjaloux de son tre lui; etil subvenir aux s subsides que nt. presque que de répus des commun de porter les
Spicel., vol. IX,
armes, et qu'ils eurent appris à s’en servir, cette innovation remédia à quelques égards au premier inconvénient, en donnant au monarque la disposition d'un corps de troupes indépendant des grands barons. D'un autre côté , les villes, par reconnaissance et attachement pour leurs souverains, qu’elles regardaient comme les premiers auteurs de leur liberté et les protecteurs de leurs priviléges contre l'esprit impérieux des nobles, accordèrent souvent à la couronne des secours d'argent qui donnèrent au gouvernement une force nouvelle !.
La jouissance de la liberté produisit un chansement si heureux dans la condition de tous les membres des communautés, qu’on les vit bientôt sortir de cet état de stupidité et d’inaction, où les tenaient auparavant enchainés l'oppression et la servitude. L'esprit d'industrie se ranima ; le commerce devint un objet d'attention, et commença à fleurir. La population augmenta sensiblement. Enfin , l'indépendance et la richesse se montrèrent dans ces villes, qui avaient été si long-temps le siége de la pauvreté et de la tyrannie. La richesse amenale faste, puis le luxe qui marche toujours à sa suite; et quoique ce fût un faste sans goût , et du luxe sans délicatesse , ilen résulta cependant plus de politesse dans les manières et plus de douceur dans les mœurs. Ce changement en produisit d’autres dans le gouvernement : la police se perfectionna ; à mesure que les villes devinrent plus peuplées, et que les objets de commerce réciproque entre les hommes se multiplièrent, on sentit la nécessité de faire de nouveaux règlemens ; et l’on comprit en mème temps combien il était important pour la sûreté commune de faire observer ces règlemens avec la plus grande exactitude , et de puuir avec autant de rigueur que de célérité, ceux qui oscraient les enfreindre. C’est dansles villes que les lois et la subordination , aussi bien que la politesse des mœurs , ont pris naissance ; et c'est de là qu’elles se sont répandues insensiblement dans les autres parties de la société. Lorsque les habitans des villes eurent obtenu la franchise personnelle et la juridiction municipale, ils acquirent bientôt la liberté civile et quelque influence dans le gouvernement. C'était un principe fondamental dans le système féo-
l Ordonnances des Rois de France, t. 1, 602, 785, 1. 11, 318, 422.
dal, qu'aucun homme bre ne pou sit tre gouverné et taxé que de où propre © asentemer En conséquence, chaque baron appelait tous vassaux à sa cour, pour y former, d'un coms accord , les règlemens qu'ils jugeraient les } avantageux à leur petite société; et ils accord en même temps à leur seigneur des subsides proportionnés à leurs moyens et à ses besoins. Les barons eux-mêmes, en vertu du même principe de gouvernement, étaient admis à l'assemblée suprème de la nation, et concouraient avec le souverain à la formation des lois et à l'imposition des taxes. Selon le système primitif de la police féodale, le seigneur suzerain conservait la propriété directe des terres dont il avait accordé pour un temps la jouissance à ses vassaux : lorsque, dans la suite, les fiefs devinrent héritaires, la loi supposa toujours l'existence de cet usage primitif, et un baron continua d'être regardé comme le tuteur de tous ceux qui résidaient dans ses domaines. Le conseil général de chaque nation, soit qu’il prit le titre de parlement , de diète, de cortès, ou d'états généraux, était d’abord uniquement composé des barons et des ecclésiastiques en dignité, qui tenaient immédiatement de la couronne, Les villes, soit qu’elles fussent situées dans les domaines du roi, ou sur les terres d’un sujet, avaient besoin de la protection du seigneur de qui elles relevaient. Elles n'avaient ni un titre légal, ni une existence politique qui pôt les faire admettre dans l'assemblée législative, ou leur y donner quelque autorité : mais dès qu'elles furent affranchies et qu'elles formèrent des corporations, elles devinrent des parties légales et indépendantes de la constitution, et jouirent de tous les droits appartenans aux hommes libres. Le plus essentiel de ces droits était celui de donner sa voix pour faire de nouvelles lois et pour accorder les subsides ; et il était naturel qu'un privilége si important fût recherché par des villes accoutumées à une forme de gouvernement municipal, suivant lequel on ne pouvait sans leur consentement ni établir aucun règlement nouveau ni lever de l'argent. La richesse, le pouvoir et la considération qu'elles acquirent en recouvrant leur liberté , donnèrent un grand poids à leurs prétentions; plusieurs événemens heureux et différentes circonstances favorables concoururent à en assurer le succès.
L'Angleterre fut un des premiers royaumes où les représentans des bourgs furent admis au grand conseil de la nation. Les barons qui prirent les armes contre Henri IT, voulant attacher davantage le peuple à leur parti, et élever une plus forte barrière contre l'accroissement de la puissance royale, invitèrent ces représentans à venir au parlement. En France, Philippele-Bel, monarque qui joignait beaucoup d'audace à une grande sagacité, regarda les députés des villes comme des instrumens dont il pourrait se servir avec un égal avantage pour étendre la prérogative royale, pour contre-balancer le pouvoir exorbitant des nobles, et pour faciliter l'imposition de nouvelles taxes : ce fut dans cette vue qu'il introduisit aux états généraux de la nation, les représentans des villes qui avaient été établies en communautés !, En Allemagne, la richesse et les immunités des villes impériales les mirent bientôt de niveau avec les membres les plus considérables du corps germanique : enhardies par le sentiment de leurs forces et de leur propre importance, elles demandèrent ensuite le privilége de former un banc séparé dans la diète, et l'obtinrent ?.
De quelque manière que les députés des villes eussent été admis dans les assemblées législatives, cette innovation influa beaucoup sur le gouvernement. Elle tempéra la rigueur de l'oppression aristocratique par un mélange de liberté populaire; elle procura au corps de la nation, qui jusques-là n'avait point eu de représentans, des défenseurs actifs et puissans, chargés de veiller à la conservation de ses droits et de ses priviléges ; elle établit entre le roi et les nobles une puissance intermédiaire, à laquelle ils eurent alternativement recours; et cette puissance arrèta tour à tour les usurpations de la couronne et réprima l'ambition de la noblesse. Dès que les représentans des communautés eurent acquis un certain degré de crédit et d'influence dans le gouvernement, les lois commencèrent à prendre un caractère différent de celui qu’elles avaient eu jusqu'alors. Les législateurs éclairés par de meilleurs principes, dirigèrent leurs vues vers d’autres objets. L'éga-
? Pasquier, Recherches de la France, pag. 81. Paris,
? Pfeffel, 4brégé de l'Histoire et du droit public d'Allemagne, pa. 108, 451.
lité, le bon ordre, le bien publie, la réforme des abus, devinrent des idées communes et familières dans la société, et s'introduisirent bientôt dans les règlemens et la jurisprudence des nations européennes. C'est à cette nouvelle puissance introduite dans le corps législatif, qu'on doit presque tous les efforts qui se sont faits en faveur de la liberté, dans les différens états de l'Europe. À mesure que les communes acquirent du crédit et de la considération, la rigueur de la domination aristocratique s'affaibit; et les priviléges du peuple s'étendirent par degrés en proportion du décroissement de l'ancienne et excessive autorité des nobles (19),
Les habitans des villes ayant été déclarés libres par les chartes de communauté, la portion du peuple qui habitait dans la campagne et qui était occupée aux travaux de l'agriculture, commença à obtenir sa liberté, par la voie de l'affranchissement. Tant que le gouvernement féodal subsista dans toute sa rigueur, la masse entière du bas peuple était, comme on l'a déjà remarqué, réduite à l'état de servitude. C'étaient des esclaves, attachés à la terre qu'ils cultivaient, et qu'on pouvait céder ou vendre avec la terre même, à un nouveau propriétaire. L'esyr i, du système féodal n'était pas favorable à l'affranchissement, même de cette classe d'hommes : suivant une maxime généralement établie, il n'était pas permis à un vassal de diminuer la valeur d’un fief, au préjudice du seigneur de qui il l'avait reçu ; en conséquece , on ne regarda pas comme valides les affranchissemens accordés par l'autorité du maître immédiat ; et si l'acte n'était confirmé par le seigneur suzerain de qui le maître même tenait sa terre, l'esclave n'acquérait pas un droit légitime à sa liberté. Il était donc nécessaire de remonter par toutes les gradations de la tenance féodale, jusqu'au roi qui était seigneur supérieur !, Une forme de procédure si longue et si embarrassée ne pouvait manquer de décourager la pratique des affranchissemens. Les esclaves domestiques ou personnels durent souvent leur liberté à l'humanité ou à la bienfaisance des maîtres à qui ils appartenaient en propriété absolue, mais la condition des serfs attachés à la glèbe était beaucoup plus difficile à changer.
1 Établissement de saint Louis, iv. u. Chap. xxx1V Ordonnances, tom. tt, 283; note a.
.d'affranchi
L'indér peuple s'c communa le plus vif seigneurs cux-même qu'ils avai à accorde:
chissemen Les rois d qu'au dés s'occupère Louis X, ordonnanc la nature que leur Francs, ils de nom; q les affranc!
l'étendue « ct modéré champ da!
grand non de leurs s0 sommes CO curer par | berté à leu insensiblen de France (
Le gouv bli dans 1 avait répa fort différe principes, les progrès milières, d
Dans quelq sonnes qui de servitu d'autres p adouci, L’es progrès en même de anéantis sa législative.
Un chan; dition de la
! Ordonna
| réforme es et fuent bienence des nouvelle égislatif, i se sont différens mmunes on, la rie s'affaiirent par t de l’an- (19).
déclarés , la porampagne l'agricul- , par la gouverrigueur, omme on ervitude.
rre qu'ils u vendre priétaire.
poses e classe ralement sal de dire du sei- Le:ice , On anchissere imméseigneur sa terre, gitime à remonter : féodale, ur !. Une barrassée pratique estiques liberté à maîtres à ue, mais èbe était
Iap. XXXIY
INTRO DUCTION. 17
L'indépendance et la liberté qu'une partie du peuple s'était procurées par l'établissement des communautés, inspira à l'autre portion le désir le plus vif d'obtenir les mêmes priviléges ; et les seigneurs , frappés des avantages qu'ils avaient eux-mêmes retirés des premières concessions qu'ils avaient faites, se montrérent très disposés à accorder des immunités nouvelles. L'affranchissement des esclaves devint plus fréquent. Les rois de France, cédant à la nécessité autant qu'au désir d'abaisser le pouvoir des nobles, s'occupèrent à en rendre la pratique universelle. Louis X, et son frère Philippe, rendirent des ordonnances, par lesquelles ils déclarèrent :« Que la nature avait fait tous les hommes libres, et que leur royaume étant appelé le royaume des Francs, ils voulaient qu'il le fût en réalitécomme de nom; qu'en conséquence ils ordonnaient que les affranchissemens fussent accordés dans toute l'étendue de leurs états, à des conditions justes et modérées !. » Ces édits furent exécutés sur-lechamp dans les domaines de la couronne. Un grand nombre de nobles, excités par l'exemple de leurs souverains, et surtout par l'appât des sommes considérables qu'ils pouvaient se procurer par les affranchissemens, donnèrent la liberté à leurs serfs, et l'esclavage s’abolit enfin insensiblement dans presque toutes les provinces de France (20).
Le gouvernement républicain qui s'était établi dans les plus grandes villes de l'Italie, y avait répandu des principes de gouvernement fort différents de ceux du système féodal; ces principes, fortifiés par les idées d'égalité que les progrès du commerce y avaient rendues familières, concoururent à y introduire l'usage
d'affranchir les anciens esclaves prédiaux.
Dans quelques provinces d'Allemagne, les personnes qui avaient été soumises à cette espèce de servitude, furent mises en liberté, et dans d'autres provinces, l'état de ces esclaves fut adouci. L'esprit de liberté avait déjà fait tant de progrès en Angleterre, que le nom et l'idée même de la servitude personnelle y furent anéantis sans aucun acte formel de la puissance législative.
Un changement si considérable dans la condition de la partie la plus nombreuse du peuple
‘Ordonnances des Rois, tom. 1, pag. 583, 653.
ne pouvoit manquer d'avoir les suites les plus importantes. Le laboureur, disposant alors de sa propre industrie, et assuré de recueillir pour lui-même les fruits de son travail, devint le fermier des anciennes terres qu'il avait été forcé de cultiver auparavant pour le bénéfice d'un autre. Les noms odieux de maître et d’esclave, les plus humiliantes de toutes les distinctions pour la nature humaine furent enfin anéantis. La liberté ouvrit une nouvelle carrière à l'industrie des affranchis, et leur fournit de nouveaux moyens de l'exercer et de l'étendre: l'espérance d'augmenter leur fortune et de s'élever à un état plus honorable, devint un aiguillon puissant pour animer leur activité et leur génie. Ainsi cette classe nombreuse d'hommes qui n'avaient auparavant aucune existence politique et n'étaient employés que comme de simples instrumens de travail, devinrent d'utiles citoyens, et servirent à augmenter la force ou les richesses de la société qui les avait admis au nombre de ses membres.
Les différens moyens auxquels on eut recours pour introduire plus de régularité , d'égalité et de vigueur dans l'administration de la justice , concoururent efficacement à perfectionner l'état civil de la société. Il est difficile de déterminer avec certitude quelle était la manière particulière de dispenser la justice, en usage chez les différentes nations barbares qui inondèrent l'empire romain. Si nous en jugeons par la forme de gouvernement qu'elles avaient adoptée , et par les idées qu'elles s'étaient faites de la nature de la société, nous avons lieu de croire que l'autorité du magistrat y était fort limitée, et par conséquent que les individus y jouissaient d’une indépendance fort étendue, La tradition et les monumens qui remontent vers ces temps obscurs et éloignés, justifient cette conjecture; on peut en conclure que les idées qu'on avait alors de la justice et la manière dont on l'exerçait dans toutes les parties de l’Europe, ne différaient guère de ce qu'on trouve à cet égard chez les sauvages qui sont encore dans l'état de nature. L'idée de maintenir l'ordre et la tranquillité de la société , en faisant exécuter régulièrement des lois connues ; de faire poursuivre, au nom et sous l'autorité de la république, la vengeance des crimes qui attaquent la sûreté et la paix des individus; de considérer la puni-
tion des coupables comme un exemple publie, destiné à prévenir les mêmes infractions aux lois; cette idée, dis-je, tient à des principes de gouvernement, trop déliés pour être saisis et surtout pour être mis en pratique par des barbares. On ne pouvait pas regarder le magistrat comme dépositaire du glaive de la justice; ce glaive était abandonné aux mains des particulicrs. Le ressentiment personnel était presque le seul motif qui engageait à rechercher et poursuivre les crimes, et qui réglait le châtiment des coupables. L'offensé était le seul qui eût droit de poursuivre l'agresseur, et d'exiger la punition, ou d'en dispenser. Un système de procédure judiciaire si barbare et si défectueux, qu'il parait presque incompatible avec l'existence de toute société civile, ne pouvait pas manquer d'être une source de désordre et d’anarchie. La superstition concourut, avec cette ignorance profonde sur la nature du gouvernement, à gêner l'administration de la justice, ou à en rendre l'exercice arbitraire et variable. Le principal objet de la législation et de ia politique, pendant plusieurs siècles, fut de chercher des remèdes à de si grands maux, en donnant à la justice un cours plus constant ct plus régulier. Les règlemens qu'on a faits pour remplir cet objet peuvent se réduire à trois moyens principaux, dont l'explication, le développement et l'influence forment un des articles les plus intéressans de l'histoire de la société politique parmi les nations de l'Europe.
I. La première opération importante qui contribua à établir de l'égalité dans l'administration de la justice, fut l'abolition du droit barbare, que les particuliers prétendaient avoir, de se faire la guerre les uns aux autres, en leur propre nom et de leur propre autorité. Il est aussi naturel à l'homme de repousser les injures et de chercher un dédommagement aux torts qu'on lui fait, que de cultiver l'amitié. Tant que la société reste dans son état de simplicité primitive, le premier sentiment est regardé comme un droit personnel, aussi inaliénable que le dernier, Le sauvage ne croit pas même avoir seulement le droit de venger ses propres injures: il embrasse avec ia même vivacité les querelles de ses parens, de ses amis, de ses compagnons. de ceux avec qui l'honneur, l'intérêt, ou le sang l’a lié. Il n'a que des idées obscures et grossitres sur les