‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 51 sur 132 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Différentes circonstances réunies appelaient Charles en Allemagne, et y rendaient de jour en jour sa présence plus nécessaire. Les électeurs s'impatientaient d'un si long interrègne, d’ailleurs les états héréditaires de Charles commencaient à être agités par des divisions intestines et les progrès rapides que faisaient les nou doctrines sur la religion demandaient l'att la plus sérieuse; mais ce qui l'intéressai vivement encore, c'étaient les mouvemens d de France, qui lui faisaient sentir la nécessix de prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces pour se mettre en état de défense.

Charles et François, en se inettant sur les rangs pour se disputer la couronne impériale, s’engagèrent à conserver les plus grands égards l'un pour l’autre, et à ne pas souffrir qu'aucun signe d’inimitié vint déshonorer une si belle rivalité, « Nous faisons la cour à la même maitresse, dit François avec sa vivacité ordinaire, employons l’un et l’autre tous nos soins à réussir; mais, dès que le sort aura nommé le rival heureux, c'est à l’autre à se soumettre et à rester en paix !. Deux princes jeunes et généreux, qu'anime également l'espérance du succès, pouvaient bien former cette noble résolution ; mais ils reconnurent bientôt qu’ils s'étaient promis plus de modération et de désintéressement que ne le comportait la faiblesse humaine. La préférence que Charles obtint à la face de l'Europe mortifia cruellement François, et lui inspira tout le ressentiment que peut éprouver l'ambition trompée. De là cette rivalité, cette jalousie personnelle qui subsista entre les deux monarques pendant toute la durée de ‘ur règne. Une telle animosité, excitée par l'opposition des intérêts, et que venaient aigrir encore mille causes inévitables de discorde, les tint dans un état d'hostilité presque continuelle, D'un côté,

Guieh., He ue p. 150

! Charles, n'ayant aucun égard au principal ar-

ticle du traité de Noyon, s'obstina plus que jamais à refuser de rendre justice à Jean d’Albret, roi de Navarre , qui avait été chassé d'un trône où l'honneur et l'intérêt engaseaient François à le rétablir, De l’autre, le i de France avoit des prétentions sur la coude Naples, dont Ferdinand avait dépouillé décesseur par une mauvaise foi sans ex- L'empereur pouvait réclamer , comme un le l'empire, le duché de Milan, dont François s'était emparé, et qu'il continuait de retenir sans en avoir reçu l'investiture. Charles regardait le duché de Bourgogne, comme un patrimoine de ses ancêtres, injustement usurpé par la politique de Louis XI ; et il voyait avec la plus grande jalousie les étroites liaisons que François avaient formées avec le duc de Gueldres, ennemi héréditéire de sa famille.

Avec tant de sujets de division et de guerre, la paix n’eût pu durer long-temps entre deux princes sans rivalité et sans ambition. Mais comme la première rupture entre deux adversaires si puissans ne pouvait manquer d’être fatalc et sans espoir de conciliation, tous deux marquèrent la plus grande inquiétude sur les suites importantes et dangereuses qu'elle devait entrainer, et prirent tout le temps qui leur était nécessaire, tant pour réunir leurs forces respectives, et à faire à loisir la comparaison et l’examen, que pour s'assurer l'amitié et les secours des autres puissanr:e de l'Europe.

Le pape sen, qu’il devait redouter égalcment les deux rivaux ; il voyait dans le vainqueur le maître absolu de l'Italie. Il aurait bien voulu pouvoir les mettre aux prises sans exposer la Lombardie à devenir le théâtre de la guerre; ileût joui, sans danger, du plaisir de les voir consumer leurs forces mutuelles dans des querelles sans fin: mais il n’y avait pas lieu de l'espérer, Léon prévoyait qu'à la première rupture

SRE eu

"rt 2e au

entre les deux monarques, les armées de France et d'Espagne viendraient s'établir dans le Milanais, et que se trouvant si près du théâtre

d’une guerre, où le prix de la victoire était |

pour lui un objet si intéressant, il ne pourrait long-temps se maintenir dans la neutralité. Il fut donc forcé de conformer son plan de conduite à la situation où il se trouvait ; il fit également sa cour à l'empereur et au roi de France, et mit en usage la mème habileté à les flatter tous deux. Quoique vivement sollicité par les deux rois, il garda toutes les apparences d'une entière impartialité , et il s’efforça de cacher ses vrais sentimens sous cette dissimulation profonde qui semble avoir fait le caractère de la plupart des politiques italiens de son siècle.

Les intérêts et les vues des Vénitiens étaient les mêmes que ceux du pape: ils cherchaient aussi les moyens d'empêcher que l'Italie ne devint le théâtre de la guerre, et que leur république ne fût enveloppée dans cette querelle. Mais malgré les artifices de Téon, et cette neutralité absolue qu'il affectait , il était aisé de voir qu'il penchait pour l'empereur, dont il avait plus à craindre ou à espérer que de François; il était manifeste que lesVénitiens, par des motifs de la même nature, se déclareraient pour le roi de France, dès qu'ils ne pourraient plus se défendre de prendre un parti. On ne devait cependant pas attendre de grands secours des princes italiens. Jaloux à l'excès des puissances ultramontaines, la maxime favorite de leur politique était d'entretenir l'équilibre entre elles, et l’on ne pouvait réussir à les détacher de cette maxime qu’en leur présentant de grands avantages.

Mais le principal soin de Charles fut d'attirer dans leur parti le roi d'Angleterre, dont l'alliance leur promettait des secours plus efficaces, plus prompts, et qui seraient fournis sans toutes ces précautions politiques. Henri VIIL était monté sur le trône en 1509, dans des circonstances avantageuses, qui faisaient espérer le règne le plus heureux et le plus florissant. Il réunissait dans sa personne les droits opposés des deux familles d'Yorck et de Lancastre. L'émulation et la joie avec lesquelles les deux partis s'empressaient de lui obéir, le mettaient en état de déployer dans le gouvernement de son royaume une vigueur d'autorité qu'aucun de ses prédécesseurs n'aurait pu hasarder sans péril, etmème

de prendre part aux affaires du continent , dont

l'attention de l'Angleterre avait été long-temps

détournée par les malheurs de ses divisions do-

mestiques. Les immenses trésors amassés par

son père le rendaient un des plus riches mo-

narques de l'Europe. La paix, que le feu roi

avait su maintenir par la prudence de son ad-

ministration , avait assez duré pour rétablir l’é-

puisement causé par les guerres civiles, et elle n'avait pas été assez longuc pour énerver le courage de la nation. Les Angleis lassés de leurs divisions, et honteux d’avoir fait si long-temps de leur patrie un champ de carnage, étaient impatiens de montrer leur valeur dans une guerre étrangire, et de faire revivre le souveair des victoires remportées par leurs ancètres. Henri , de son côté, avait un caractère parfaitement assorti à l’état de son royaume et aux dispositions de ses sujets. Ambitieux, actif, entreprenant, il se distinguait par son adresse dans tous les exercices militaires, qui, dans ce siècle, faisaient la principale partie de l'éducation de la noblesse, et qui lui avaient inspiré de bonne heure l'amour des combats. Il brûlait de tenter une entreprise de guerre et de signaler le commencement de son règne par quelque exploit remarquable. L'occasion qu'il cherchait vint bientôt s'offrir d'elle-même. La victoire de Guinegate et le succès des siéges de Térouane et de Tournai, quoique peu utiles à l'Angleterre, couvrirent de gloire son heureux monarque, et confirmèrent la haute idée que les princes étrangers avaient conçue de sa puissance et de l'utilité dont pouvait être son alliance. Toutes ces causes réunies, l’heureuse situation de ses états qui les mettait à l'abri de toute invasion étrangire, l’avantage de posséder encore la ville de Calais qui lui donnait l'entrée de la France et lui ouvrait un passage facile dans les Pays-Bas, rendaient Henri le protecteur naturel de la liberté de l’Europe , et l'établissaient arbitre entre le roi de France et l'empereur. Henri sentait tous ces avantages, et il était convaincu que pour main-

| tenir l'équilibre, il devait empêcher que l'un

des deux rivaux n’acquit sur l’autre une supériorité de forces , fatale au vaincu, et redoutable au reste de l'Europe. Mais il n’avait ni le degré de pénétration, ni la modération de caractère qu’exigeait une entreprise si importante. Cédant trop au caprice , à la vanité, aux ressentimens ,

(1520 à ses pe de forn lier, et mesure:

bien gé elles ét:

sions, q ce quil les affai lui-mêr s'assure que lui, Ilne personn ches de l'effet d insatiab nistre et peuple , et d’élé\ Il gouve et le pl de diffé soutenir favori. 1 infatiga du roya vues de:

d’'exerce la polite versatio la magn dans le de Henr!

de ce je gné de vraie gr et preso digue à chesses.

aspirait une avi succès 1 naire, € sur l'es peine ré sa cond plus ré sey sacr et quic

nent , dont ong-temps visions domassés par riches mole feu roi le son adrétablir l’éles, et elle énerver le sés de leurs long-temps pe, étaient * dans une re le souvers ancètres.

re parfaite- » et aux disactif, entredresse dans ans ce siècle, ication de la é de bonne it de tenter aler le comelque exploit erchait vint toire de Guirouane et de leterre , courque, et cones étrangers l'utilité dont »$ Causes r'Éuétats qui les rangère, l’ale de Calais ce et lui ou- \ys-Bas, rende la liberté re entre le roi ntait tous ces Je pour maincher que l'un re une supéet redoutable ait ni le degré \ de caractère rtante. Cédant ressentimens ,

[1520] à ses penchans, il était également incapable et de former un plan de politique étendu et régulier, et de le suivre avec persévérance. Dans les mesures qu’il prenait , rarement il consultait le bien général, ou même son propre avantage; elles étaient ordinairement dictées par ses passions, qui l’aveuglaient sur son véritable intérêt; ce qui l'empècha de prendre de l’ascendant dans les affaires de l'Europe, ou de recueillir pour lui-même les avantages qu’aurait pu aisément s'assurer un prince qui, avec moins de génie que lui, eût eu plus d'art et d’habileté. Il ne faut pas cependant imputer aux défauts personnels de Henri toutes les fausses démarches de son administration. La plupart furent l'effet des passions violentes et de l'ambition insatiable du cardinal Wolsey, son premier ministre et son favori. Cet homme, de la lie du peuple , était parvenu à un degré de puissance et d'élévation auquel jamais sujet n’était arrivé. Il gouvernait en maître impérieux le plus fier et le plus intraitable des rois. De grands talens de différentes espèces le rendaient propre à soutenir les deux rôles opposés de ministre et de favori. Un jugement profond, une application infatigable, une parfaite connaissance de l'état du royaume, jointe à celle des intérêts et des vues des cours étrangères, le rendaient capable d'exercer l'autorité absolue qui lui était confiée : la politesse de ses manières, la gaîté de sa conversation, son esprit insinuant, Son amour pour la magnificence, et les progrès qu'il avait faits dans le genre de littérature qui était du goût de Henri, lui gagnèrent l'affection et la confiance de ce jeune monarque. Wolsey était bien éloigné de faire servir au bin de la nation ou à la vraie grandeur de son maître l'autorité étendue et presque royale dont il jouissait. Avide et prodigue à la fois, il ne se rassasiait point de richesses. Dévoré d’une ambition démesurée, il aspirait sans cesse à de nouveaux honneurs, avec une avidité qui n’était jamais amortie par les succès passés. Fier de son élévation extraordinaire, et de l’ascendant qu’il avait su prendre sur l'esprit d’un prince, qui n'aurait qu'avec peine reçu un conseil de tout autre, il mit dans sa conduite un orgueil extrême et la hauteur la plus révoltante. Ce fut à ces passions que Wolsey sacrifia lui-même toute autre considération ; et quiconque voulut obtenir sa faveur ou celle

de son maître, fut obligé de les flatter et de les satisfaire.

Comme, à cette époque, tous les princes de l'Europe recherchaient l'amitié de Henri, on les vit tous faire la cour à son ministre avec une attention et une bassesse incroyables. Ils n’épargnèrent ni présens, ni promesses, ni flatteries pour intéresser son avidité, son ambition ou son orgueil 1: François avait, en 1518, chargé Bonnivet, amiral de France, l’un des plus accomplis et des plus adroits de ses courtisans , d'employer tous ses soins pour gagner cet impérieux prélat. Il lui prodigua lui-même toutes sortes de marques de respect et de confiance. Il le consultait dans toutes ses affaires les plus importantes, et recevait ses avis avec une déférence aveugle. Ces égards, joints à une pension considérable, gagnèrent à François l'amitié du cardinal, qui lui en donna des preuves, .en persuadant à son maître de rendre Tournai à la France, de conclure un traité de mariage entre le dauphin et la princesse Marie sa fille, et de consentir à une entrevue avec le roi de France ?. Depuis ce temps il s'établit entre ces deux cours le commerce le plus intime. François, qui sentait tout le prix de l'amitié de Wolsey, tâchait de s’en assurer la continuation par tous les égards possibles, en lui donnant dans toutes ses lettres le titre honorable de père, de tuteur et de gouverneur.

Charles observait les progrès de cette union avec le plus vif intérèt et la plus grande jalousie. Proche parent du roi d'Angleterre, il avait quelques titres à son amitié; et aussitôt après son avénement au trône de Castille, il avait essayé de gagner Wolsey, en lui faisant une pension de trois mille livres. Son premier soin fut alors de prévenir l’entrevue projetée; il en redoutait extrèmement les suitss entre deux jeunes princes dont le cœur était aussi susceptible d’amitié que leurs caractères étaient propres à l'inspirer ; mais après bien des délais occasionés par la difficulté du cérémonial, et par toutes les précautions prises par les deux cours, pour la sûreté respective de leur souverain, le temps et le lieu de l’entrevue furent enfin fixés. Des

1 Fiddes, Life of Wolsey, p. 166. Rimer, Fœdera, vol. XIII, p. 718.

3 Herbert, ist. of Henri VIII, p. 30. Rymer, vol. XII, p. 624.

he ia) LUE À huge rer rene

A te

courriers furent envoyés dans les différentes cours pour inviter tous les gentilshommes à 'se présenter aux joutes et auxtournois quidevaient se donner entre les deux monarques et leurs chevaliers. François et Henri aimaient trop l'appareil de ces spectacles, et savaient trop avec quelle grâce ils y paraissaient, pour renoncer au plaisir ou À la gloire qui les attendait dans une assemblée si singulière et si brillante. Lecardinal, de son côté, n’était pas moins jaloux de déployer sa magnificence en présence des deux cours, et de montrer aux deux nations l'étendue du crédit qu’il avait sur l’esprit des deux rois. Charles, voyant qu'il était impossible d’empècher cette entrevue, ne chercha plus qu'à la rendre inutile. Il se hâta de prendre les devans, et pour gagner le monarque et le ministre, il fit un acte de complaisance encore plus flatteur et plus extraordinaire. Étant parti, comme je l'ai déjà dit, du port de la Corogne, il fit voile directement vers l'Angleterre, et vint débarquer à Douvres, se reposant entièrement de la sûreté de sa personne sur la générosité de Henri. Cette visite inattednue surprit la nation; mais Wolsey était bien instruit des intentions de l'empereur. Dans une négociation qui s'était passée entre lui et la cour d'Espagne, et que les historiens de ce temps n'ont pas connue, cette visite avait été concertée, et Charles, pour récompenser le cardinal qu'il appelait soz très cher ami, avait augmenté sa pension de sept mille ducats !. Henri était alors à Cantorbéry, et venait en France. Il dépècha sur-le-champ Wolsey à Douvres, etravi d'un événement si flatteur pour sa vanité, il se hâta de recevoir, d'une manière distinguée , un hôte qui ne mettait aucune borne à sa confiance. Charles, pour qui le temps était précieux, ne demeura que quatre joursen Angleterre; mais pendant ce court espace, il eut l'adresse non-seulement de donner à Henri une opinion favorable de ses intentions, mais même de détacher entièrement Wolsey des intérêts du roi de France. Tous les honneurs, toutes les richesses, tout lecrédit dont le cardinal était en possession, ne pouvaient assouvir son ambition, tant qu'il restait au-dessus de lui un degré d’élévation où un ecclésiastique pût monter. La tiare avait été

+ Rymer, Fæd., vol. XWE, p. 714.

long-temps l'objet de ses désirs, et François qui savait que c'était le plus sûr moyen de s’assurer son amitié, lui avait promis d'appuyer de tout son crédit ses prétentions, à la première vacance; mais comme l'autorité de l’empereur, dans le collége des cardinaux, avait une influence bien supérieure à celle du roi de France, Wolsey saisit avidement l’ofire que lui faisait ce prince habile de le servir avec chaleur. Séduit par cette perspective qui était pourtant très éloignée, Léon X étant encore à la fleur de son âge, il épousa vivement tous les intérêts de l'empereur; il n’y eut cependant alors aucun traité de conclu entre les deux monarques ; mais Henri, en retour de l'honneur que Charles lui avait fait, lui promit dele visiter dans les Pays-Bas, immédiatement après son entrevue avec François.

Cette entrevue célèbre se fit dans une grande plaine entre Guines et Avdres, où les deux rois ct leur suite déployérent toute leur magnificence, avec une émulation et une profusion qui fit appeler cette plaine le camp du drap d'or. Des jeux de chevalerie, des fêtes galantes, tous les exercices et les amusemens qui distinguaient l'élégance et le goût de ce temps-là, occupèrent les deux cours pendant les dix-huit jours que les princes restèrent ensemble !. L'impression favorable que firent sur l'esprit de Henri les manières engageantes de François et son air de franchise et de confiance, fut bientôt effacée par les artifices de Wolsey, et par l'entrevue que Henri eut avec l'empereur à Gravelines. Charles s'y conduisit avec moins d'éclat et de pompe

1 Les historiens anglais et français crit, avec beaucoup de détails, cette entrevue et les diriérentes fêtes qu’elle occasiona, tandis que presque tous ont oublié une circonstance rapportée par le maréchal de Fleuranges, témoin oculaire, et qui paraîtra singulière aujourd’hui. Après les tournui:, dit-il, les lutteurs anglais et français se présentèrent, et luttèrent en présence des rois et des dames : le courage et la force de plusieurs de ces lutteurs divertirent beaucoup; mais le roi de France avait négligé d’en faire venir de Bretagne, et les Anglais gagnèrent le prix. Après cela les rois de France et d’Angleterre se retirèrent sous une tente, où ils burent ensemble. Là, le roi d'Angleterre saisissant le roi de France au collet : Mon frère, lui dit-il, £ faut que je lutte avec vous, et s’efforça une ou deux fois de lui donner le croc en jambe ; mais le roi de France, qui était un adroit lutteur, le prit par le milieu du corps et le jeta à terre avec une prodigieuse violence. Le roi d'Angleterre voulut recommencer le combat, mais on l’en empêcha Mémoires de Fleuranges, in-12, Paris 1783, p. 529.

que n° donna litique

L’as monar Henri qui te quit d devise, serai é

firmé « Charles les diff çois et de mor celui qu adversa tacher e au fond plus fur la suite

Char!

Bas, où long séj complinr diligen d'Orad reurs. Q plus noi vu jusq passa s reil et to dans le de l’essd Preso sur Île doutabl Magnifi réuni le d'entre] Ce fut narques däns l'E cois Ier différer suffi p rait vé

1 Hart Goldas

François n de s’asppuyer de

première empereur, > influence e, Wolsey ce prince t par cette éloignée,

son àge, il empereur; de conclu , en retour it, lui prommédialeis.

ne grande leux rois ct gnificence, qui fit apd'or. Des es, tous les stinguaient occupèrent L jours que 'impression enri les mason air de effacée par trevue que nes. Charles | de pompe

.crit, avec itiérentes fêtes us ont oublié al de Fleuranulière aujoururs anglais et ésence des rois usieurs de ces roi de France et les Anglais rance et d’Anils burent en- > roi de France t que je lutte de lui donner ?, qui était un rps et le jeta à ji d'Angleterre l'en empêcha 783, p. 92!

11520) que n'avait fait François près de Guine, mais il donna bien plns d'attention à ses intérêts politiques.

L’assiduité avec laquelle les deux plus grands monarques de l’Europe faisaient leur. cour à Henri lui parut un aveu formel que c'était lui qui tenait la balance de l’Europe, et le convainquit de plus en plus de la justesse de cette devise, qu'il avait choisie : Celui que je favoriserai est sûr de l'emporter. K fut encore confirmé dans cette opinion par l'offre que lui fit Charles de soumettre à sa seule décision tous les différends qui pourraient s'élever entre François et lui. Rien n’annonçait plus de candeur et de modération que de choisir ainsi pour juge celui qui était réputé l'ami commun des deux adversaires; mais comme l'empereur venait d’attacher entièrement Wolsey à ses intérêts, c'était au fond la plus insidieuse des propositions et la plus funeste au roi de France , comme le fit voir la suite des événemens.

Charles, malgré sa prédilection pour les Pays- Bas, où il avait reçu la naissance, n’y fit pas un long séjour ; après avoir reçu l'hommage et les complimens de ses compatriotes, il se rendit en diligence à Aix-la-Chapelle, ville que la Bulled'Or a désignée pour le couronnement des empereurs. Ce fut là qu’en présence d’une assemblée plus nombreuse et plus solennelle qu’on n’en eût vu jusqu'alors, la couronne de Charlemagne passa sur la tête de Charles V, avec tout l’uppareil et toute la pompe que les Allemands affectent dans leurs cérémonies publiques, et qu'ils croient de l'essence de la dignité impériale !.

Presque dans le même temps on vit monter sur le trône ottoman un rival opiniâtre et redoutable pour l'empereur; c'était Soliman-le- Magnifique , celui de tous les princes turcs qui a réuni les plus grandes qualités, formé le plus d'entreprises, et remporté le plus de victoires. Ce fut la gloire de ce siècle de produire les monarques les plus illustres qui aient jamais paru dans l’Europe. Si Léon X, Charles-Quint, Francois L°°, Henri VII et Soliman eussent fleuri en différens siècles, leurs talens divisés auraient suffi pour illustrer le siècle où chacun d'eux aurait vécu; mais tous les princes contemporains

1 Hartmann Maurus, Relalio coronat. Car. F, ap. Goldast. polit. imperial. Franef. 161, ©, p. 26. LR

parurent comme une constellation qui jeta sur le seizième siècle, un éclat extraordinaire ; il n'y eut point de contestation où l'on ne déployit des deux côtés de grandes forces e: de grands talens ; la valeur et la prudence, également balancées de part et d'autre, produisirent une variété d’événemens quirend l’histoire dece tempslà très intéressante; et elles servirent encore à empècher qu'aucun de ces princes ne fit de trop grands progrès, et n'acquit une supériorité de pouvoir qui aurait pu devenir fatale à la liberté et au bonheur du genre humain.

Le premier acte d'administration que fit l'empereur, fut d'indiquer une diète de l'empire à Worms pour le 6 janvier 1521. Dans les lettres circulaires qu'il adressa aux différens princes, il les informa que le but de cette assemblée était de concerter avec eux les moyens propres à arrêter les progrès des opinions nouvelles et dangereuses qui menaçaient de troubler la paix de l'Allemagne et de renverser la religion de leurs pères.

Charles avait en vue les dogmes répandus par Luther et ses disciples depuis l'an 1517. Ces opinions ont amené la réforme qui s'est faite dans la religion, réforme qui, en affranchissant une partie de l’Europe du joug papal, a rendu ce joug moins rigoureux pour l’autre partie, dans les sentimens du genre humain, la plus grande comme la plus salutaire des révolutions qui soient arrivées depuis l'établissement du christianisme ; les événemens qui ont donné naissance à ces nouvelles doctrines, et les causes qui leur ont fait faire des progrès si rapides, méritent donc d'être considérés avec attention,

Renverser un système de croyancereligieuse, fondé sur des préjugés anciens et profondément enracinés, soutenus par le pouvoir, et défendus avec beaucoup d'art et d'adresse; établir à la place une doctrine tout-à-fait opposée dans son esprit et dans ses effets ; accomplir cette entreprise sans employer la violence et la force des armes ; ce sont des opérations que les historiens les moins crédules et les moins superstitieux ne peuvent s'empêcher d'attribuer à cette divine providence qui sait, dès qu’il lui plaît, amener ces événemens que toute la saçsesse humaine rend impossibles. L'intervention du ciel en faveur de la religionchrétienne se manifesta, dans sa première origine, par des miracles et des pro-

phéties qui en confirmaient la vérité. Si aucun des réformateurs ne posséda les dons: surnaturels, on ne peut du moins s'empêcher d'admirer cette précaution merveilleuse des circonstances qui disposérent les esprits à recevoir leur doctrine, et cette singulière combinaison des causes qui assurèrent leurs succès, et firent triompher des hommes sans autorité et sans politique, de la puissance et des intrigues de leurs adversaires. Cela prouve assez que la mème main qui fonda la religion chrétienne protégea aussi la religion réformée, et de faible qu'elle était dans ses commencemens , la fit bientôt parvenir à un degré surprenant de force et de maturité !.

Des causes très légères , et produites en apparence par le hasard, préparèrent cette importante révolution. Léon X, à son avénement , trouva les revenus de l'église épuisés parles vastes entreprises de ses deux ambitieux prédécesseurs, Alexandre VI et Jules 11; il était lui-même libéral , et incapable de cette économie sévèreet patiente qui seule eût pà rétablir ses finances. Ses projets pour l'agrandissement de sa famille, son amour pour l’ostentation, son goût pour le plaisir, et la magnificence avec laquelle il récompensait les hommes de génie, l’engageaient tous les jours dans de nouvelles dépenses; pour y suffire, on eut recours à tous les expédiens que put enfanter la fertile imagination des prêtres; et entre autres moyens il imagina de vendre des indulgences.

Suivant la doctrine romaine, toutes les bonnes œuvres des saints, au-delà de celles qui étaient absolument nécessaires pour leur salut, jointes aux mérites infinis de Jésus-Christ, sont déposées dans un trésor inépuisable. Les clefs de ce trésor furent confiées à saint Pierre et aux papes ses successeurs, qui l’ouvrent quand il leur plaît, et qui en transportant , pour une certaine somme, une portion de ce mérite surabondant sur un fidèle, peuvent lui procurer, ou le pardon de ses propres péchés, ou la délivrance d’une âme du purgatoire au salut de laquelle il s’intéresse. Ce fut dans le onzième siècle qu'Urbain Il distribua le premier ces sortes d’indulgences, comme la récompense de ceux qui

1 On doit se souvenir ici que c'est un ministre protestant qui s'exprime suivant les principes de sa croyance : ces éloges de Luther et de la réformation ne peuvent ni blesser les âmes pieuses, ni ébranler les esprits faibles. (Rem. du Traduct.)

prenaient les armes pour aller conquérir la

| Terre-Sainte; ensuite elles furent accordées à ceux qui fournissaient un soldat pour la même

| expédition; enfin on les distribua sans distinction à quiconque donnait de l'argent pour ac-

| complir quelque vœu pieux, ordonné ! par le pape. Jules II les avait prodiguées à ceux qui contribuaient de quelque somme pour la construction de l’église de Saint-Pierre à Rome; et comme Léon X faisait continuer ce magnifique et dispendieux édifice , il se servit du même prétexte pour accorder des indulgences?.

Ce fut Albert, électeur de Mayence et archevêque de Magdebourg, qui fut chargé de la publication des indulgences, et on lui assigna une portion du bénéfice qui proviendrait de leur vente. Pour les distribuer en détail dans la Saxe, il employa Tetzel , moine dominicain , de mœurs licencieuses, mais d’un esprit actif, et distingué par une éloquence bruyante et populaire. Aidé des moines de son ordre, Tetzel exécuta sa commission avec le plus grand zèle et le plus grand succès, mais avec assez peu de décence et de discrétion. En vantant à l'excès les grâces attachées à ces indulgences?, et en les

1 Fra-Paolo, ist. du Conc. de Tr, p. 4.

2 Palavicini, Æist. Conc. Trident., p. 4.

5 Comme la forme de ces indulgences et les grâces qu’on y supposait attachées sont ignorées dans les pays protestans, et même très peu connues à présent dans les pays où la religion catholique romaine est établie, je vais, pour l'instruction de mes lecteurs, traduire ici la forme d’absolution employée par Tetzel.

« Que notre Seigneur Jésus-Christ vous pardonne et vous absolve par les mérites de sa très sainte passion : et moi, par son autorité, par celle des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et celle de notre saint père le pape, qui m'est donnée et confiée en ce pays, je vous absous , 1° de toutes les censures ecclésiastiques, de quelque manière que vous ayez pu les encourir ; 2° de tous vos

| péchés, transgressions et excès, quelque énormes qu’ils puissent étre, et même de ceux qui pourraient être réservés à la connaissance de sa sainteté, et aussi loin que les clefs de la sainte église peuvent s'étendre; je vous remets toutes peines que vous méritiez pour expier ces péchés dans le purgatuire , et je vous rétablis dans la participation des saints sacremens de l’église, dans l'union des fidèles, et dans cette innocence et cette pureté que vous aviez recues du baptême : en sorte qu’à l'article de votre mort les portes de l’enfer seront fermées, et celles du paradis ouvertes; et si vous ne mourez pas à présent, ces grâces demeureront dans toute leur force jusqu'au jour de votre mort : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Seckend, Comment. liv. 1, p. 14.» Les termes dans lesquels Tetzel et ses confrères parlent

donnant

un comm multitud discours citèrent à ces et les saux S'é pontife } gnaient | reposer « gences q!

croyance Les plus

étaient cl Tetzel et dans les plus infa portait ur tenir le b rent à sou fic aussi

religion.

des grâces de les obt presque in des lettres sur son 83 toire, et pd indulgence s’échappen ciel ». lis d grande, q la sainte expiés par la fois de 1 sent ineffa hommes ay d’induigen Christ mé ouverts : 8 vous? Pou toire l’âmel pas délivr vous n'avi dépouiller grandes g la même f Chermniti ap. Germ.

p. 6. Le Tetzel qui gulières n

*Tout la doctrine dd a pris les e pour la d

quérir la ordées à la même s distincpour acir lepape.

ai contristruction t comme e et dis- > prétexte

et archede la pusigna une t de leur 16 la Saxe, de mœurs distingué aire. Aidé ta sa comt le plus e décence excès les et en les

t les grâces ans les pays sent dans les ablie, je vais, ici la forme

pardonne et e passion : et ireux apôtres

saint père le ays, je vous ques, de quel- 2° de tous vos normes qu'ils aient être réaussi loin que idre; je vous ur expier ces lablis dans la », dans l'union te pureté que à l'article de nées , eL celles pas à présent, orce jusqu’au du Fils et du frères parlent

11520] LIVRE Il. 171

donnant à bas prix, ces moines en firent d'abord un commerce très étendu et très lucratif parmi la multitude crédule, mais l’extravagance de leurs discours et les irrégularités de leur conduite excitérent à la fin un scandale universel. Les princes et les nobles s'indignaient de voir leurs vassaux s'épuiser pour remplir le trésor d’un pontife prodigue. Les nersonnes pieuses plaignaient l'erreur du puple, qui, instruit à se reposer du pardon de ses péchés sur les indulgences qu'il obtenait, négligeait la pureté de la croyance et la pratique des vertus chrétiennes. Les plus indifférens et mème les plus ignorans étaient choqués de la conduite scandaleuse de Tetzel et de ses associés , qui allaient dissiper dans les excès de l’ivrognerie, du jeu et des plus infâmes débauches, l'argent que leur apportait une piété crédule, dans l'espérance d’obtenir le bonheur éternel. Tous enfin commencèrent à souhaiter qu’on mit des bornes à un trafic aussi nuisible à la société que funeste à la religion.

des grâces attachées aux indulgences et de la nécessité de les obtenir sont si extravagans, qu'ils paraissent presque incroyables. « Quiconque , disent-ils, achète des lettres d’indulgences, peut avoir l'âme en repos sur son salut. Les âmes renfermées dans le purgatoire, et pour la rédemption desquelles on acquiert les indulgences aussitôt que l'argent sonne dans le coffre, s’échappent de ce lieu de tourment , et montent droit au ciel ». Ils disaient que l’efticacité des indulgences était si grande, que les plus énormes péchés, mème le viol de la sainte Vierge, s’il était possible, seraient remis et expiés par ce moyen, et que le pécheur était affranchi à la fois de la peine et de la coulpe *; que c'était un présent ineffable de la bonté de Dieu pour réconcilier les hommes avec lui; que la croix érigée par les pécheurs d’indulgences était aussi efficace que la croix de Jésus- Christ mème : « Voyez, s’écriaient-ils, voyez les cieux ouverts : si vous n’y entrez pas, quand donc y entrerezvous ? Pour douze sous vous pouvez racheter du purgatoire l’âme de votre père. Aurez-vous l’ingratitude de ne pas délivrer votre père des tourmens qu’il endure ? Si vous n’aviez qu'un seul vêtement, vous devriez vous en dépouiller et le vendre à l'instant pour acheter de si grandes grâces, etc. » Ces expressions et mille autres de la méme force sont tirées des ouvrages de Luther par Chermaitius , dans son Examen Concilii Tridentini, ap. Germ. vander Hardt., Zist. litter. reform.,parsi, p. 6. Le même auteur a publié plusieurs discours de Tetzel qui prouvent que ces expressions n'étaient ni sinzulières ni exagérées. /bid., p. 14.

+*Tout lecteur instruit s’apercevra que cet exposé de la doctrine des indulgences n’est pas exact, et que M. Robertson a pris les exagérations de quelques moines du seizième siècle pour la doctrine de Péglise, ( Rem. du Trad.)

Martin Luther ne pouvait trouver des conjectures plus favorables, et les esprits de ses compatriotes ne pouvaient être mieux disposés à écouter ses discours, lorsqu'il commença à mettre en question l'efficacité des indulgences et à déclamer contre la conduite déréglée et la fausse doctrine de ceux qui les publiaient, 11 était né à Eisleben en Saxe. La pauvreté de ses parens n’empêcha pas qu’il ne reçût une éducation savante, pendant le cours de laquelle il donna plusieurs fois des preuves d’une vigueur de génie et d'une pénétration peu commune.

Comme son âme était naturellement susceptible d'impressions sérieuses, et portée à cette mélancolie religieuse qui se plait dans la solitude et la dévotion de la vie monastique; il se retira dans un couvent d’augustins. Tous les efforts de ses parens pour le détourner de ce dessein ne purent le faire renoncer à ce qu'il croyait sa vocation, et malgré leurs instances, il prit l’habit de cet ordre. Sa piété, son amour pour l'étude et son application infatigable, lui firent bientôt une réputation distinguée dans son couvent. Il avait appris sous de bons maîtres la philosophie et la théologie scolastiques , qui étaient alors en vogue ; et il avait assez de pénétration pour saisir toutes les subtilités et toutes les distinctions dont elles son: pleines ; mais la solidité naturelle de son jugement lui en fit sentir la frivolité, et le dégoûta bientôt de ces études inutiles et vaines. Il chercha dans l’Ecriture sainte des fondemens plus solides de science et de piété. Ayant rencontré un exemplaire de la Bible, qui restait négligé dans la bibliothèque de son monastère, il quitta les autres études pour se livrer tout entier à cette lecture , et il la suivit avec tant d’ardeur’et d’assiduité, qu’il étonna bientôt ses confrères, peu accoutumés à puiser dans cette source leurs notions théologiques. Les grands progrès qu’il fit dans un cours d'étude si nouveau augmentèrent la réputation de son savoir et de sa sainteté, au point que Frédéric, électeur de Saxe, qui venait de fonder une université dans Vittemberg, ville de sa résidence, choisit Luther pour y enseigner d’abord la philosophie, et ensuite la théologie. Le nouveau professeur s'acquitta si bien de ces deux emplois, qu’il fut bientôt regardé comme le principal ornement de l’université.

Luther était au comble de son crédit et de

sa renommée lorsque Tetzel commença à publier les indulgences dans les environs de Vittemberg, et à lui prêter toutes les vertus imaginaires qui, en d’autres lieux, en avaient déjà imposé à la crédulité des peuples. Comme la Saxe n'était pas plus éclairée que les autres provinces de l'Allemagne , Tetzel y eut d'abord un prodigieux succès. Luther voyait avec la plus grande douleur et la fourberie des vendeurs d’indulgences et la simplicité des acheteurs. Les opinions de Thomas d'Aquin et des autres scolastiques , sur lesquelles on fondait la doctrine des indulgences, avaient déjà perdu de leur autorité dans son esprit ; et l'Écriture sainte , qu'il commençait à regarder comme la grande règle des vérités théologiques , ne lui fournissait rien pour appuyer une pratique également destructive de la morale et de la foi. Son caractère ardent et impélueux ne lui permit pas de cacher longtemps cette importante découverte, et de rester spectateur tranquille de l'illusion de ses compatriotes. Il monta en chaire dans la grande église de Vittemberg, et il déclama avec la plus granc 2 amertume contre les déréglemens et les vices de ceux qui publiaient les indulgences : il osa discuter la doctrine qu’ils enseignaient , et fit sentir au peuple le danger qu'il y avait à se reposer de son salut sur d’autres moyens que ceux que Dieu lui-mème avait marqués dans l’Écriture. La hardiesse et la nouveauté de ses opinions attirèrent singulièrement l'attention publique : soutenues d’ailleurs par l’idée favorable que Luther avait inspirée de son caractère personnel, et débitées avec une éloquence populaire et persuasive , elles firent sur son auditoire l'impression la plus profonde. Encouragé par ce début favorable, ilécrivit à l'électeur de Mayence, qui, comme nous l'avons dit , avait cette partie de la Saxe sous sa juridiction, et lui peignit avec vivacité les déréglemens et la fausseté des opinions de ceux qu'il avait chargés de prècher les indulgences; mais le prélat était trop intéressé à leurs succès pour réformer leurs abus. La première tentative que fit Luther fut de se concilier les suffrages des savans. Dans cette

vue, il publia quatre-vingt-quinze thèses qui !

contenaient ses sentimens sur les indulgences. Il les proposa , non pas comme des points établis et incontestables, mais comme des matières à discuter : il indiqua des jours où tous les sa-

vans étaient invités à venir attaquer ses opinions, soit de vive voix , soit par écrit ; il joignit à tout cela une protestation solennelle de sa soumission entière et de son respect pour l'autorité du saint siége. Aucun opposant ne parut au jour qu'il avait marqué. Les thèses se répandirent dans toute l'Allemagne avec une rapidité étonnante : on les lisait avec une extrème avidité, et chacun admirait la hardiesse d'un homme qui osait révoquer en doute la plénitude de la puissance des papes, et attaquer les dominicains armés de toutes les terreurs de l’inquisition !,

Les augustins, dont Luther portait l’habit, quoique entièrement soumis au saint siége , comme les autres religieux, ne mirent aucun obstacle à la publication de ses nouvelles opinions, tant était grande l'autorité que Luther s'était acquise parmi ses confrères par son savoir et par ses mœurs. Îl faisait toujours profession de respecter l'autorité du pape, et il était sincère alors : comme il subsiste entre les différens ordres religieux de l'église romaine une inimitié secrète, qui a sa source dans l’intérèt et la jalousie , les augustins étaient fort contens des invectives de Luther contre les dominicains, et ils se flattaient de voir bientôt leurs rivaux devenir l’objet du mépris et de la haine du peuple. De son côté, l'électeur de Saxe, le plus sage prince qu'il y eût alors en Allemagne, et dont Luther était sujet , n’était pas fâché que cet obstacle vint traverser la publication des indulgences. Il encourageait secrètement le projet de Luther, et se flattait que cette dispute, qui s'échauffait entre des ecclésiastiques, pourrait mettre quelques bornes aux exactions de la cour de Rome, que depuis long- temps les princes séculiers s'étaient vainement efforcés de réprimer. Luther vit bientôt s'élever contre lui plusieurs adversaires zélés qui cherchèrent à défendre desopinions sur lesquelles étaient fondées la puissance et la richesse de la cour de Rome. Tetzel publia des contre-thèses à Francfort-surl'Oder. Eccius, ce célèbre théologien d’Augsbourg, fit ses efforts pour réfuter les principes de Luther, et Prieras, moine dominicain, maître du sacré-palais et inquisiteur général, écrivit contre

‘Lutheri Opera, denæ 1612, vol. r, prafat. 1, p. 266 Aist. du Concile de Trente , par Fra-Paols, p # Seckend, Comm. apol., p.16.

(1520 lui ave Mais la

troverse les indu la raison ne lui © tiques,

décrets

tiaux et

point le l'autorit qu'il la t de la dr divine ?.

La co nouvelle l'Allemas livré au £ zrands p théologic voyait a ches d'u l'Allemag

1 Fra-Pa ? Secken relativeme 1° Que Lé Francesche la vente de vinces adj 2° Qu’Arce par être m artifices de pour lever Fra-Paolo, ajoute qu'’e mémorialel boldo et se donnant cé leur marc à Tetzel et dre de l'in Conc. de venus de adopté ces de Guicha ;nages ré leur exacti Felix Con lesarchive cession dai mentètre dela vente cens ne fu archevèqu de ceux q

opinions, rnit à tout pumission é du saint jour qu'il rent dans tonnante :

et chacun i osait répuissance s armés de

hit l’habit, int siége , ent aucun velles opiue Luther

r son Sajours proape, et il e entre Îles se romaine dans l’intént fort conles dominijentôt leurs de la haine de Saxe, le Allemagne, s fâché que tion des inent le projet lispute, qui 5 , pourrait 1s de la cour s les princes és de réprintre lui pluérent à déjent fondées ur de Rome.

ancfort-surrien d'Augsprincipes de n,maître du crivit contre

, prafat. 11, par Fra-Paolo,

[1520] lui avec tout le fiel d'un champion de l'école, Mais la méthode qu'ils suivirent dans cette controverse servit mal leur cause. Luther attaquait les indulgences par des argumens ou fondés sur la raison ou tirés de l'Écriture ; et ses adversaires ne lui opposaient que les opinions des scolastiques , les préceptes du droit canonique et les décrets des papes !. La décision de juges si partiaux et intéressés à leur propre cause ne satisfit point le peuple, qui commençait à douter de l'autorité même de ces guides vénérables, lorsqu'il la trouvait en opposition avec les maximes de la droite raison, et avec la décision de la loi divine ?.

La cour de Rome, loin de s'alarmer de cette nouvelle doctrine de Luther, qui agitait toute l'Allemagne, y faisait à peinc attention. Léon X, livré au goût des plaisirs et des arts, occupé de grands projetsde politique, ennemi des disputes théologiques et assez sage pour les mépriser, voyait avec la dernière indifférence les démarches d'un moine obscur qui, dans le fond de l'Allemagne, soutenait une dispute scolastique

1 Fra-Paolo, p. 6. Seckend, p. 40. Palavic., p. 8.

2 Seckend, p. 30. Guichardin a affirmé deux choses relativement à la première publication des indulgences : 1° Que Léon X fit don à sa sœur Madeleine, femme de Franceschetto Cibo, des revenus qui proviendraient de la vente des indulgences tant en Saxe que dans les provinces adjacentes de l’Allemagne. (Guich., lib. xut, 168.) 2° Qu'Arcemboldo, prêtre génois qui avait commencé par être marchand, et qui avait toujours conservé les artifices de sa profession, fut commis par cette femme pour lever l'argent que produiraient les indulgences. Fra-Paolo, qui à suivi Guichardin dans ces deux faits : ajoute qu’en Saxe les augustins étaient en possession immémoriale de prêcher les indulgences, mais qu’'Arcemboldo et ses députés, espérant de gagner davantage , en donnant cette commission aux dominicains, avaient fait leur marché avec Tetzel , et que Luther s’opposa d’abord à Tetzel et à ses associés par le désir de venger son ordre de l'injustice qu’on lui faisait. Fra-Paolo, Æist. du Conc. de Tr., p. 5. Presque tous les historiens qui sont venus depuis, soit catholiques, soit protestans, ont adopté ces deux assertions sans examen , et sur la parole de Guichardin et de Fra-Paolo ; mais malgré les témoi- {ynages réunis de deux auteurs si recommandables par leur exactitude et leur véracité, nous observons : 1° Que Felix Contolori, qui a fait à dessein des recherches dans les archives de Rome, n’a pu trouver cette prétendue concession dans aucun des registres où elle eût dû nécessairementètre portée. (Palav., p.5.)2° Que les profits provenant dela vente des indulgences en Saxe et dans les pays adja- “ens ne furent point donnés à Madeleine, mais à Albert , archevêque de Mayence, à qui appartenait la nomination de ceux qui les devaient publier. { Seck., p. 12. futh

dans un style barbare. Il était bien loin de pressentir, et Luther lui-même prévoyait peu sans doute combien les suites de cette querelle seraient fatales au saint siége. Léon X ne voyait dans toute cette querelle que les effets de la haine et de la jalousie monastique, et paraissait disposé à ne pas y entrer et à laisser les augustins et les dominicains disputer à loisir avec leur animosité ordinaire.

Cependant les sollicitations des adversaires de Luther, irrités de la hardiesse et de la sévérité avec laquelle il avait traité leurs écrits, jointes aux progrès étonnans que ses opinions avaient déjà faits dans les différentes parties de l’Allemagne, réveillèrent à la fin l'attention de la cour de Rome, et Léon X se vit obligé de prendre des mesures pour défendre l’église contre une attaque qui était devenue trop sérieuse pour ne mériter que le mépris. Dans cette vue, il fit sommer Luther de comparaître à Rome , dans le délai de soixante jours, devant l’auditeur de la chambre et devant le mème Prierias qui avait écrit contre lui, et qui fut nommé pour exami-

Oper.., À, præf., p. 1. Palavic., p. 6.) 3° Qu'Arcemboldo ne fut jamais intéressé dans la publication des indulgences de Saxe ; son district étant la Flandre, et les pays du haut et du Bas-Rhin. (Seck., p. 15. Palav., p. 6.) # Que Luther et ses adhérens ne font mention nulle part de ce don de Léon X à sa sœur, circonstance cependant qu'il n’est guère possible qu’ils aient ignorée , et qu’ils auraient eu grand soin de ne pas omettre. 5° Ce n’était pas ordinairement aux augustins que la publication des indulgences dans l'Allemagne était confiée; les francis cains en furent chargés en trois occasions différentes sous Jules Il; et peu de temps avant Luther, le même emploi avait été donné aux dominicains. (Palav., 46.) 6° La publication des indulgences qui excita l’indignation de Luther fut confiée à l’archevêque de Mayence, conjointement avec le gardien des franci 73; mais celui-ci ayant refusé d’accepter cette comniäxion, tout le droit en demeura à l'archevêque. (Palav., p.6. Seck., xvi, xvu.) 7° Ce ne furent point les supérieurs augustins qui engagèrent Luther à attaquer les dominicains leurs rivaux ou à déprimer les indulgences, uniquement parce qu’ils n'étaient pas chargés de les publier ; ce fut par des motifs plus louables que Luther s’opposa à leurs opinions et à leurs vices. (Seck., p. 15, 32. Luth. Opera, |, 64, 6.)8011 y a un'diplôme d’indulgences qui a été publié par Germ. vander Hardt, et dans lequel on voit le nom du gardien des franciscains joint à celui de l'archevêque, quoique le premier ne se soit point mêlé de cette affaire. Le même diplôme fait aussi mention des limites dans lesquelles s'étendaient leurs commissions ; savoir, les diocèses de Mayence, de Magdebourg , d'Halberstadt et les domaines du marquis de Brandeboury. ‘ist. lille raria reformat, purs in, pe MT.

ner sa doctrine et la juger. Léon écrivit en même temps à l'électeur de Saxe, pour le prier de ne pas protéger un homme dont les sentimens hérétiques et profanes scandalisaient les fidèles , et il enjoignit au provincial des augustins de réprimer, par son autorité, l'insolence d'un moine téméraire qui déshonorait l’ordre entier de Saint-Augustin, et mettait le trouble dans toute l'église,

Le ton de ces lettres et la nomination d'un juge aussi prévenu et aussi partial qu'était Prierias fit aisément pressentir à Luther la nature du jugement auquel il devait s'attendre s’il allait à Rome.

Il témoigna en conséquence le plus grand désir d'être jugé en Allemagne par un tribunal moins suspect. L'université de Vittemberg , inquiète et alarmée sur le sort d'un homme qui faisait tant d'honneur à son corps, écrivit au pape ; et après avoir employé plusieurs raisons pour faire dispenser Luther de comparaître à Rome , elle supplia Léon de nommer, pour examiner ses opinions , quelques personnes de l’Allemagne distinguées par leur autorité et par leur savoir. L’électeur fit la même demande au légat du prince, à la diète d'* bourg. Luther, qui dans ce temps-là avait si peu l'intention de récuser l'autorité papale, qu’il n'avait pas même les moindres doutes sur la divinité de son origine, écrivit lui-même à Léon X une lettre très soumise , où il lui promettait d’obéir sans réserve à ses volontés. Léon eut la complaisance de se rendre à ces instances, et donna pouvoir à son légat en Allemagne, le cardinal Cajétan, dominicain distingué par son savoir scolastique et passionnément dévoué au saint siége, de prendre connaissance de cette affaire et d'en juger.

Malgré toutes les raisons qu'avait Luther pour récuser un juge choisi parmi ses ennemis déclarés, il ne fit pas la moindre difficulté de comparaître devant Cajétan ; et après avoir pris un sauf-conduit de l’empereur, il se rendit surle-champ à Augsbourg. Le cardinal lui fit un accueil honorable, etchercha d'abord à le gagner par la douceur; mais croyant qu'il ne convenait pas à sa dignité d'entrer dans une dispute en forme, il le somma , en vertu des pouvoirs apostoliques dont il était revêtu, d'abjurer les erreurs qu'il avait annoncées sur les indulgences et sur

la nature de la foi, et de s'interdire à l'avenir

toute publication d'opinions nouvelles et dan-

gereuses. Luther, intimemeri persuadé de la

vérité de ses principes , et coufirmé dans cette

croyance par l'approbation qu'il avait reçue des

personnes les plus distinguées par leur savoir et

par leur piété, parut étonné de la proposition

qu'on lui faisait de se rétracter, avant qu'on eût

rien fait pour le convaincre de ses prétendues erreurs. Îl s'était latté que dansune conférence de controverse avec un prélat d'un si grand

mérite, il fui serait facile de se laver des impu-

tations dont l'ignorance ou la malice de ses

adversaires l'avait chargé ; mais le ton d'autorité

que prit le cardinal, le détrompa et lui ôta toute espérance de retirer de cette entrevue les avantages qu'il s'en était promis. L’intrépidité natu-

relle de son âme ne l’abandonna cependant pas. IL déclara au cardinal, avec la plus grande fermeté, que sa conscience ne lui permettait pas de désavouer des opinions dont la vérité lui était démontrée, et qu'il n’y avait point de considération qui pôt le forcer à faire un désaveu aussi lâche en lui-même qu'injurieux à Dieu. En même temps il protesta, comme auparavant, de son entière soumission au sint siége ! : il fit entendre que son intention était de soumettre toute cette affaire à la décision de certaines universités qu’il nomma, et promit de ne rien prèécher ni écrire à l'avenir sur les indulgences, pourvu qu’on se chargeât d'imposer silence à ses adversaires sur le même objet ?. Le cardinal n'eut point d'égard à ces propositions, et continuad’insister d’un ton absolu sur une rétractation pure et simple; il menaça Luther des censures ecclésiastiques, et lui défendit de se présenter devant lui s’il ne se soumettait sur-le-champ à ce qu'il lui prescrivait. La hauteur et la violence de ce procédé , jointes à d’autres circonstances firent craindre aux amis de Luther que le saufconduit de l'empereur ne fût pas suffisant pour le prot'ger contre le pouvoir et le ressentiment du légat, et ils le déterminèrent à sortir secrètement de la ville d’Augsbourg et à retourner dans sa patrie. Mais avant son départ, il eut recours à une formalité dont il y avait déjà eu quelques exemples; il prépara un appel solennel

1 Luther.i Oper., vol. L, p. 161.

* bid., p. 169.

[1598] du pape mieux in

Cajéta Luther, € par l’inté à l’autori ditieux p ses états, rations t| lors soute toujours | et qu'il y presque t comme 01 ther, et i précautio mon de c Quoique sa renom admis en que le cal nécessité avait fait de sa nou soins à ce importan il presse terait un université textes, de

du cardi grand int testant ce nal et de La ri persista simple, c Luther, @ écrivains légat d'ag vant les étaient si ses erreu délai de sl ils l’avai ! Sleidan| Luth. Ope ? Secken 3 Secken 4 Sleid., 5 Luther!

à l'avenir es et danuadé de la dans cette | reçue des ir savoir ct oposition t qu'on eût prétendues conférence n si grand " des impuice de ses n d'autorité ui Ôta toute ieles avanpidité natuendant pas.

grande ferttait pas de ité lui était de considéésaveu aussi u. En même ant, de son t: ilfit ene soumettre certaines unine rien prèindulgences , silence à ses Le cardinal ms, et contierétractation des censures se présenter r-le-champ à et la violence irconstances , que le saufsuffisant pour ressentiment sortir secrète- L à retourner art , il eut reavait déjà eu appel solennel

du pape mal informé sur sa cause, au pape mieux informé !.

Cajétan, indigné de l'évasion précipitée de Luther, écrivit à l'électeur de Saxe . et le pressa, par l'intérêt qu'il prenait à la paix de l'église et à l'autorité de son chef, d'envoyer le moine séditieux prisonnier à Rome, ou de le bannir de ses états, Mais ce n'était pas pour des considérations théologiques que Frédéric avait jusqu'alors soutenu Luther; il paraît que ce prince fut toujours très étranger à ces sortes de disputes, et qu'il y prenait très peu d'intérêt : c'était donc presque uniquement par des motifs politiques, comme on l'a déjà observé, qu'il protégeait Luther, et ille faisait en secret et avec de grandes précautions, Il n'avait jamais entendu aucun sermon de ce moine, ni lu aucun de ses ouvrages. Quoique toute l'Allemagne retentit du bruit de sa renommée , Frédéric ne l'avait même jamais admis en sa présence ?; mais, sur la demande que le cardinal venait de lui faire, il sentit la nécessité de quitter cette extrême réserve. il avait fait de grandes dépenses pour la fondation de sa nouvelle université, et donné beaucoup de soins à cet établissement, qui était d’une grande importance pour tous les princes d'Allemagne; il pressentit que l'éloignement de Luther porterait un coup funeste à la réputation * de cette université ; il refusa donc, sous différens prétextes, de se prêter à l'alternative des demandes du cardinal, et montra ouvertement le plus grand intérèt pour la sûreté de Luther 4, en protestant cependant de son estime pour le cardinal et de son respect pour le pape.

La rigueur inflexible avec laquelle Cajétan persista à demander une rétractation pure et simple, choqua dès ce temps-là les sectateurs de Luther, et a depuis été blâmée par plusieurs écrivains catholiques; mais il était impossible au légat d'agir autrement. Les juges de Rome, devant lesquels Luther avait été cité d'abord, étaient si impatiens de déployer leur zèle contre ses erreurs, que sans attendre l’expiration du délai de soixante jours qui lui avait été accordé, ils l'avaient déjà condamné comme hérétique 5.

1 Sleidan , ist. de la Réform., p. 7. Seckend, p. 45. Luth. Oper., vol. 1, p. 163.

? Seckend, p. 27. Sleid., Æist., p. 12.

5 Seckend, p. 59.

4 Sleid., Æist., p. 10. Luth. Oper., vol. 1, p. 172.

5 Luther. Op. vol. E, p. 161.

; Léon X, dans plusieurs de ses brefs et dans différentes lettres, l'avait aussi désigné comme un enfant d'iniquité , et comme un homme abandonné à un sens réprouvé. Il n'y avait donc plus qu'une rétractation qui pût sauver l'honpeur de l'église romaine, dont la maxime est de ne jamais se relâcher sur rien de ce qu'elle a une fois avancé , et qui s'est même interdit jusqu'au pouvoir de le faire, par ses prétentions à l'infaillibilité.

Cependant Luther se trouvait dans une situation qui aurait pu inspirer à tout autre les plus vives inquiétudes. I1ne pouvait pasespérer qu'un prince aussi prudent et aussi circonspect que l'était Frédéric voulût, pour le défendre, braver les foudres de l’église et la puissance papale qui avait écrasé quelques-uns des plus puissans empereurs de l'Allemagne. Il savait quelle vénération on avait alors pour les décisions de l’église, quelle terreur inspiraient les censures ecclésiastiques, et combien il serait aisé d’intimider et d'ébranler un prince qui était plutôt son protecteur par politique que son disciple par conviction. S'il était forcé de quitter la Saxe, il se voyait sans asile, et demeurait exposé à tout le ressentiment que la rage ou la bigoterie de ses ennemis pourrait exercer sur lui, Quoiqu'il sentit tout le danger de sa situation, il ne donna cependant aucune marque de timidité et de faiblesse; et il continua de justifier sa conduite et ses opinions, et de déclamer contre celles de ses adversaires, avec plus de véhémence qu'auparavant !,

Mais comme tousles pas qu'avait faits la cour de Rome, et surtout la sentence irrégulière qui venait de condamner si précipitamment Luther comme hérétique, l'avaient convaincu que Léon prendrait bientôt contre lui les mesures les plus

| vivlentes, il eut recours au seul expédient qui lui

restait pour prévenir l'effet des censures papales; il forma un appel à un concile général, comme représentant l'église catholique, et ayant une autorité supérieure à celle du pape, qui n'étant qu’un homme sujet à se tromper, peut errer comme avait erré saint Pierre, le plus parfait de ses prédécesseurs 2,

Il parut bientôt que Luther ne s'était point trompé sur les intentions de la cour de Rome.

1 Seckend, p. 59.

2 Idem, Hist., p. 12, Luth. Op., vol. 1, p. 179.

Le pape donna une bulle, dont la date était antérieure à l'appel de Luther, et dans laquelle il relevait la vertu et l'efficacité des indulgences

en termes aussi extravagans qu'en eût jamais |

employé aucun de ses prédécesseurs dans les siècles de la plus grossière ignorance, et sans même user des palliatifs et des ménagemens que semblaient exiger les conjonctures; il enjoignait à tousles chrétiens de donner leur croyance à ce qu'il leur annonçait, comme à la doctrine de l'église catholique, et menaçait de l'excommunication la plus grave ceux qui soutiendraient et enseigneraient des opinions contraires.

Cette bulle fit très peu d'impression sur les sectateurs de Luther : ils la regardèrent comme une démarche qu'on ne pouvait justifier, et à laquelle le pape ne s'était porté que pour se conserver les grands revenus qu'il retirait des indulgences. Mais une décision si précise, prononcée contre Luther par le souverain pontife,

et armée de peines si terribles, aurait sans doute |

produit, dans l'esprit du reste de ses compatriotes, des impressions funestes pour sa cause, si elles n’eussent été prévenues en grande partie par la mort de l'empereur Maximilien, qui, par principe antant que par intérêt, était disposé à soutenir l'autorité du saint siége. En conséquence de cette mort, le vicariat de cette partie de FAllemagne qui était gouvernée par les lois saxomfes fut commis à l'électeur de Saxe. Luther, sous l'abri de l'administration d’un prince qui le favorisait, jouit non-seulement de la plus trande tranquillité, il vit encore ses opinions tolérées durant l'interrègne qui précéda l'élection de Charles, prendre ensuite racine en différens endroits et acquérir plus de consistance et de vigueur. Léon X, de son côté, pour qui l'élection d'un empereur était infiniment plus importante qu'une dispute théologique, qu'il n’entendait pas et dont il ne pouvait prévoir les suites, voulut éviter avec soin d'irriter un prince qui avait autant d'influence que Frédéric dans le collége des électeurs; il montra une grande répugnance à prononcer la sentence d'excommunication contre Luther, quoiqu'il en fût sollicité sans cesse par les clameurs importunes des adversaires de ce novateur.

Ce fut à ces vues politiques du pape, autant qu'à son aversion naturelle pour les partis vio-

lens, que Luther dut un sursis de dix-huit mois. |

zependant cet intervalle se passa en perpétuelles négociations pour tâcher de terminer cette affaire à l'amiable, La manière dont ces négociations furent traitées mit Luther a portée d'observer la corruption de la cour de Rome, son obstination dans les erreurs établies et son indifférence pour la vérité, de quelque manière qu'on la proposit, et quelque fortes que fussent les preuves qu'on en donnait, Il commenca à laisser entrevoir quelques doutes sur la divinité de l'origine de l'autorité papale. Il y eut à Leipsick une dispute publique sur cette question importante, entre Luther et Eccius, un de ses plus savans et de ses plus redoutables antagonistes; mais elle finit comme toutes les querelles scolastiques, sans rien décider. Les deux partis crièrent victoire et restèrent dans leurs opinions, sans qu'on eût fait un pas de plus vers la décision des points contestés !.

La Saxe ne fut pas le seul pays où l'on vit éclater cet esprit de révolte contre les dogmes et les usurpations de l'église romaine; les mêmes canses suscitèrent en Suisse, environ dans le même temps, une attaque non moins vigoureuse. Les franciscains , chargés de publier les indulgences dans ce pays, exécutèrent leur commission avec la même indiscrétion et la même capacité qui avait rendu les dominicains si odieux en Allemagne. Is poursuivirent sans aucun obstacle leur expédition jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à Zurich ; ce fut là que Zuingle, homme qui ne cédait en rien à Luther pour le zèle et l'intrépidité, osa s'opposer à leurs progrès. Animé par la hardiesse d'un républicain, libre de toutes les entraves que l'autorité d’un souverain imposait au réformateur allemand, Zuingle marcha à son but avec plus d'audace et de célérité, et se proposa de renverser l'édifice entier de la religion établie ?. Luther s'applaudit d'abord de se voir secondé par un si vigoureux auxiliaire, et vit avec joie la rapidité de ses progrès; d’un autre côté ses ennemis triomphaient d’un avantage qu'ils venaient de remporter aux universités de Cologne et de Louvain, lesquelles avaient condamné par deux décrets ses opinions comme erronées.

Mais le caractère intrépide de Luther ne faisait que s'irriter par la résistance; poussant ses

1 Lutheri Op., vol. 1, p. 199.

iSlcidan, Æist., p. 22. Seckend, p. 59.

recherc] à un aul mens le blies la Rome, I plus d'e:

ceur, P commen tes à cell contre l encore 6 corrigibl tières, 1 pour dét ble et d du saint poursuit lieu d’es, drait l’a tait pas \ cartât di vouloir !

réunies.

plusieurs mûr exai y cherch et la plu parut ce Rome, Q ouvrages comme aux bon de lire s tion; inj ques exe le délai pas pub ses ouvr on l’exc Satan; 4 se saisir la puniti La pu naître d rens end phaient sent ét sectateu

1 Pala

erpétuelles er cette afes négociaortée d'ob- Rome, son et son indifnière qu'on fussent les enca à laisdivinité de t à Leipsick tion imporde ses plus ntagonistes; xerelles scodeux partis ars opinions, rs la décision

| l'on vit éclalogmes et les nèmes canses ns le même oureuse. Les indulgences ission avec la cité qui avait \lemagne. Îls ur expédition Eurich ; ce fut dait en rien , OSa S'Oppoiardiesse d'un entraves que t au réforma- | son but avec se proposa de rion établie * e voir secondé vit avec joie la autre côté ses age qu'ils vetés de Cologne condamné par erronées.

Luther ne fai- >; poussant ses

recherches et ses attaques d'un point de doctrine à un autre, il commença à ébranler les fondemens les plus solides sur lesquels étaient établies la richesse et la puissance de la cour de Rome, Léon X fut enfin convaincu qu'il n'y avait plus d'espérance de ramener Luther par la douceur. Plusieurs prélats d'une grande sagesse commencèrent à joindre hautement leurs plaintes à celles des ennemis personnels de Luther, contre l'indulgence inouïe du pape qui souffrait encore dans le sein de l'église un hérétique incorrigible, lequel, pendant trois années entières, n'avait cessé de faire tous ses efforts pour détruire ce qu'il y avait de plus respectable et de plus sacré ; ils disaient que la dignité du saint siége exigeait qu'on fit contre lui les poursuites les plus rigoureuses; qu'il y avait lieu d'espérer que le nouvel empereur soutiendrait l'autorité du chef de l'église, et qu'il n'était pas vraisemblable que l'électeur de Saxe s'écartât de sa prudence ordinaire, au point de vouloir résister en face à ces deux puissances réunies. Le collége des cardinaux s'assembla plusieurs fois pour préparer la sentence avec un mûr examen , et l’on consulta les canons pour y chercher la forme de rédaction la plus exacte et la plus rigoureuse. Enfin, le 15 juin 1520, parut cette bulle fameuse si fatale à l'église de Rome. Quarante-une propositions, extraites des ouvrages de Luther, y étaient condamnées comme hérétiques, scandaleuses et contraires aux bonnes mœurs ; défense à toutes personnes de lire ses écrits, sous peine d’excommunication ; injonction à tous ceux qui en avaient quelques exemplaires de les jeter au feu; et si dans le délai de soixante jours Luther ne rétractait pas publiquement ses erreurs et ne brûlait pas ses ouvrages, on le déclarait hérétique obstiné, on l’excommuniait, et son corps était livré à Satan; enfin on ordonnait à tous les princes de se saisir de sa personne, afin de lui faire subir la punition que méritaient ses crimes !,

La publication de cette bulle en Allemagne fit naître des sentimens divers, suivant les différens endroits. Les adversaires de Luther triomphaient , comme si ses opinions et son parti eussent été exterminés par ce coup décisif, Ses sectateurs, dont le respect pour l'autorité du

1 Palavicini, Luther. Op., vol. |, p. 234.

pape allait tous les jours en diminuant , lurent les anathèmes de Léon avec plus d'indignation que de terreur, Dans quelques villes, le peuple s'opposa, même avec violence, à la promulgation de la bulle; en d'autres villes, ceux qui tentèrent de la publier furent insultés, et la bulle elle-même fut mise en pièces et foulée aux pieds !.

Luther ne fut ni déconcerté ni intimidé par cette sentence à laquelle il s'attendait depuis quelque temps. Après avoir renouvelé son appel au concile général, il publia des remarques sur la bulle d'excommunication; et persuadé pour lors que Léon avait été tout à la fois coupable d’injustice et d’impiété dans ses procédés contre lui, il déclara hautement que ce pape était l'homme de péché, ou l'Antechrist , dont l'apparition était prédite dans le Nouveau-Testament ; ilse déchaîna contre sa tyrannie et ses usurpations avec plus de violence que jamais; il exhorta tous les princes chrétiens à secouer un joug si ignominieux, et s'applaudit publiquement du bonheur d'avoir mérité d'être l’objet de l'indiguation ecclésiastique, pour avoir osé réclamer et défendre la liberté du genre humain. Il ne se contenta pas de témoigner par des discours son mépris pour la puissance du pape : comme Léon avait, en exécution de la bulle, condamné les ouvrages de Luther à être brûlés à Rome, celui-ci, pour user de représailles, assembla les professeurs et les écoliers de l'université de Vittemberg ; en présence d’une grande multitude de spectateurs , et avec beaucoup d'appareil, il jeta dans les flammes les volumes du droit canon avec la bulle «’excommunication ; cet exemple fut imité dans plusieurs villes d'Allemagne. La manière dont il justifia cette action était encore plus insultante que l’action mème. Il tira du droit canon quelques-unes des propositions les plus extravagantes sur la plénitude de la toute-puissance du pape, et sur la subordination de toute autorité séculière à son autorité, et les publia avec un commentaire, où il faisait sentir l'impiété de pareilles maximes, et combien elles tendaient à renverser tous les fondemens du gouvernement civil 2.

Tels étaient les progrès qu'avait faits Luther,

1 Seckend, p. 116.

? Luther. Op., vol. Il, p. 316.

et l'état où était son parti, lorsque Charles arriva en Allemagne. Aucun prince séculier n’y avait encore embrassé les nouvelles opinions ; il ne s'était fait aucun changement dans la forme du culte; on n'avait porté aucune atteinte ni aux possessions ni à la juridiction du clergé; aucun des deux partis n’en était encore venu aux voies de fait; et quoique la dispute fût très échauffée des deux côtés, on n’avait encore employé que les armes théologiques, c’est-à-dire des thèses, des argumens et des réponses. Cette querelle avaii fait cependant sur l'esprit des peuples des impressions profondes; leur respect pour les doctrines et les institutions anciennes était fort affaibli, et les matériaux de l'incendie qui devait embraser l'Allemagne étaient déjà rassemblés. Les étudians accouraient en foule de toutes les provinces de l'empire à Vittemberg. Mélanchton, Carlostad et d’autres maîtres d’une réputation distinguée, allèrent puiser sous Luther des opinions qu’ils répandirent à leur retour parmi leurs compatriotes, et ceux-ci les reçurent avec cette vive attention que s’attire la vérité relevée du charme de la nouveauté !.

Pendant tout le cours de ces événemens, la cour de Rome, quoique gouvernée par un de ses plus habiles pontifes, ne montra ni cette profonde sagacité dans ses projets, ni cette constance dans l'exécution, qui l'avait rendue aux yeux de l’Europe le plus parfait modèle de sagesse et de politique. Lorsque Luther commença à déclamer contre les indulgences, le pape avait deux routes à choisir : en suivant l’une, il étouffait dans sa naissance l’entreprise de Luther ; en prenant l’autre, il la rendait innocente , et n'avait plus de coupable à punir. Au premier éclat de Luther, il fallait sur-le-champ l'arrêter et faire tomber sur lui tout le poids des censures ecclésiastiques ; la terreur qu’elles inspiraient aurait pu contenir l'électeur de Saxe, et l'empêcher d'accorder sa protection à un sujet excommunié, éloigner le peuple de ses prédications, et même en imposer à Luther lui-même; et son nom, comme celui de tant d'hommes de bien qui l’avaient précédé, ne serait aujourd’hui connu de l'univers que par l'effort louable, mais prématuré , qu’il aurait tenté pour réformer les abus de la cour de Rome. L'autre moyen qui restait

1 Seckend, p. 59.

au pape était de marquer de bonne heure son mécontentement des vices et des excès de ceux qui avaient été chargés de publier les indulgences, de défendre de parler des points contestés dans les prédications publiques, d'imposer silence aux deux partis, et de se garder de compromettre l'autorité de l'église en décidant des articles qui jusqu'alors étaient restés indécis : alors il est probable que Luther n’eût pas poussé plus loin ses recherches, et que n'étant pas forcé à cher cher de nouvelles ressources par la nécessité de se défendre, toute cette dispute se serait insensiblement assoupie, ou aurait été reléguée dans l'obscurité des écoles. Elle eût pu s’y entretenir sans faire plus de tort à l'autorité et à la paix de l'église romaine, que n’en a fait celle qui subsiste entre les franciscains et les dominicains sur l'Immaculée conception, ou celle qui divise les jansénistes et les jésuites sur les opérations de la grâce. Mais Léon, toujours flottant entre les deux systèmes opposés, et revenant sans cesse de l’un à l'autre, sans en suivre un avec persévérance, manqua l'effet de l’un et de l’autre. Une sévérité déplacée ne servit qu'à aigrir Luther sans le réprimer. L'indulgence employée à contre-temps donna le temps à ses opinions de se propager sans le ramener au sein de l’église; et la sentence mème d’excommunication, qui dans un autre moment aurait pu être décisive, fut si long-temps différée qu'elle devint à peine un objet de crainte.

Tant de fausses démarches de la part de cette cour, à qui on a rarement reproché de se méprendre sur ses vrais intérêts, ne sont pas plus étonnantes que la sagesse que montra Luther dans toute sa conduite; quoiqu'il fût très peu instruit des maximes de la prudence humaine, et que l’impétuosité de son caractère le rendit incapable de les suivre, l'ordre dans lequel il fit ses découvertes successives, conduisit naturellement ses opérations d’une manière qui contribua beaucoup plus à leurs succès que si toutes ses démarches eussent été dirigées par la politique la plus étudiée. La première fois qu'il s’avisa de s'opposer à Tetzel, il était loin de songer à cette réforme générale qui en fut la suite ; il eût alors frémi d'horreur à la seule idée de l'ouvrage qu’ensuite il se fit gloire d’avoir accompli. La science de la vérité ne fut pas versée tout à la fois dans son Ame par une révéla-

. crain

(1620 tion p:

etde s degrés.

est si é premiè découv les par!

semble ler les une rui extrava il fut ol justific en dédu de l’int leur rer et la no de tout examin( gnait. I corrupt la loi sé la rigue là il n’e en dout sance p système saire il rejeter autorité Dieu co giques.

Luther audite opposé gnées insensi autre; d'un p la caus premie laquell attaqu l'église

de 5 loin à le plu

même ses dé

heure son ès de ceux s indulgens contestés mposer side compront des arti- Écis : alors il ssé plus loin rcé à cher nécessité de erait insenléguée dans y entretenir à la paix de lle qui subhinicains sur ui divise les pérations de ant entre les

t sans cesse h avec persét de l’autre.

à aigrir Lue employée à ; opinions de n de l'église; nication, qui ètre décisive, levint à peine

part de cette hé de se mésont pas plus ontra Luther

fût très peu nce humaine, tère le rendit ns lequel il fit uisit naturelière qui conuccès que si lirigées pur la aière fois qu'il

était loin de qui en fut la à la seule idée gloire d’avoir e fut pas verar une révéla-

A ot 7

tion particulière. Elle fut le fruit de ses études et de ses méditations, et il n’y avança que par degrés. Tout le système de la doctrine romaine est si étroitement lié, que la découverte d’une première erreur le conduisit naturellement à la découverte de toutes les autres; et comme toutes les parties de cet édifice artificiel se tenaient ensemble, il lui suffit d’en abattre une pour ébranler les fondemens des autres et les préparer à une ruine entière. Afin de réfuter les opinions extravagantes qu'on avait sur les indulgences, il fut obligé de chercher la vraie cause de notre justification. De cette cause une fois connue, il en déduisit par degrés l’inutilité des pèlerinages, de l’intercession des saints :t du culte qu'on leur rendait, l'abus de la confession auriculaire et la non-existence du purgatoire. La recherche de toutes ces erreurs le porta naturellement à examiner le caractère du clergé qui les enseignait. IL crut voir les sources principales de sa corruption dans ses richesses excessives , dans la loi sévère que lui imposait le célibat, et dans la rigueur intolérable de vœux monastiques. De là il n’eut plus qu’un pas à faire pour révoquer en doute la divinité de l’origine de cette puissance papale qui autorisait et soutenait un tel système d'erreurs; par une conséquence nécessaire il en vint à nier l'infallibilité du pape, et à rejeter les décisions de l’école et toute autre autorité humaine, pour s’en tenir à la parole de Dieu comme à la seule règle des vérités théologiques. Ce fut à cette progression d'idées que Luther dut ses succès; il ne révoltait point ses auditeurs par des propositions trop directement opposées à leurs anciens préjugés ou trop éloignées des opinions établies; il les conduisait insensiblement, et pas à pas, d’un dogme à un autre; leur foi et leur conviction marchaient d'un pas égal avec ses découvertes. Ce fut aussi la cause du peu d’attention que Léon fit aux premiers pas de Luther et de l'indifférence avec laquelle il vit ses progrès. Si ce réformateur eût attaqué directement et avec éclat l'autorité de l'église, il eût attiré sur sa tête tout le poids de sa vengeance; mais comme ce projet était loin de sa pensée, et qu’il témoigna long-temps le plus frand respect pour le pape , qu’il réitéra même plusieurs fois ses offres de se soumettre à ses décisions, il ne paraissait pas qu’on dût

. craindre de le voir un jour se porter à une ré-

volte ouverte. On le laissa donc avancer pas à pas , et miner lentement la constitution de l'église : on sentit à la fin la nécessité d'arrêter le mal; mais le remède vint trop tard pour produire aucun effet.

Quelques avantages que la cause de Luther ait retirés des fausses démarches de ses adversaires et de la prudence de sa conduite, il ne faut pourtant pas attribuer à ces deux seules causes les rapides progrès et l'établissement de sa doctrine. La même corruption qu’il condamnait dans le clergé de Rome avait été attaquée long-temps avant sa naissance, et les mêmes opinions qu’il répandait avaient été publiées en divers lieux et soutenues des mêmes argumens. Valdus, dans le douzième siècle, Wiclef, dans le quatorzième, et Jean Hus, dans le quinzième, avaient successivement attaqué les erreurs de l'église romaine avec beaucoup de hardiesse, et les. avaient réfutées avec plus de science et d'adresse qu’on avait lieu d’en attendre des siècles d'ignorance où ils vivaient. Maistoutes ces tentatives de réivrme échouèrent, parce qu’elles étaient prémaiurées, Ce ne furent que des lueurs faibles, incapables de dissiper les ténèbres profondes dont l'église était alors couverte, et qui s’éteigairent bientôt ; si la doctrine de ces hommes pieux fit quelque impression et laissa quelques traces dans les pays où elle fut enseignée , elles ne furent ni profondes ni étendues. De leur temps, plusieurs des causes qui facilitèrent les progrès de Luther, ou n’existaient point encore, ou n'agirent point dans toute leur force : au lieu que Luther parut dans un moment de crise et de maturité où des circonstances de toute espèce concoururent au succès de toutes ses entreprises.

La longue durée du schisme scandaleux qui divisa l’église pendant le quatorzième siècle et le commencement du quinzième affaiblit beaucoup les idées de vénération et de respect sous. lesquelles le monde était accoutumé à considérer la dignité papale. Deux ou trois pontifes, errant à la fois dans l’Europe, flattant les princes qu'ils voulaient gagner, opprimant les pays qui reconnaissaient leur autorité, excommuniant et chargeant de malédiction leurs rivaux et tous ceux de leur parti, décréditèrent singulièrement leur infaillibilité prétendue, ct expostrent au mépris et leur personne et leur .

dignité. Les laïques, au tribunal desquels toutes les parties en appelaient, apprirent par-là qu’il leur restait encore quelque droit de s’en rapporter à leur propre jugement, et exercérent cette liberté jusqu’à choisir parmi ces guides infaillibles celui qui leur plaisait le plus. Les actes des conciles de Constance et de Bâle augmentérent de plus en plus ce mépris pour le siége de Rome, et par l'usage hardi qu'ils firent de leur autorité, en déposant et en élisant les papes, ils apprirent à l'univers qu'il était dans l'église une juridiction supérieure à l'autorité papale , qu’on avait long-temps regardée comme suprême.

La blessure que reçut à cette occasion l’autorité des papes n'était pas encore fermée, lorsque les pontificats d'Alexandre VI et de Jules II, qui furent des princes habiles, mais des ecclésiastiques détestables, excitérent un nouveau scandale dans toute la chrétienté. Le libertinage du premier dans sa vie privée, les fraudes, les injustices et les cruautés de son administration publique , l'ont fait mettre au rang des tyrans qui ont le plus déshonoré la nature humaine. Le secona, quoique exempt des passions odieuses qui avaient fait commettre à son prédécesseur tant de crimes révoltans, s’'abandonnait aux impulsions d’une ambition effrénée, qui méprisait tous les droits de la reconnaissance , de la décence et de la justice, dès qu'ils traversaient l'exécution de ses desseins. Il était difficile de rester convaincu que la connaissance infaillible d’une religion dont les premiers préceptes sont la charité et l'humanité, fût déposée dans le cœur de l’impie Alexandre et de l’insolent Jules. L'opinion de ceux qui mettaient l'autorité d'un concile général au-dessus du pape fit de grands progrès sous ces deux pontificats. L'empereur et les rois de France, qui se trouvèrent alternativement aux prises avec la cour de Rome, permirent à leurs sujets de s'élever contre les vices de ces pontifes entreprenans avec toute la violence et toute l'amertume de la satire; de sorte que les oreilles des peuples, accoutumées aux invectives contre les papes, ne furent point choquées des déclamations hardies, ni des railleries de Luther ct de ses sectateurs contre l'église de Rome.

Ces excès n'étaient pas particuliers au chef de l'église. La plupart des chefs du clergé, tant

régulier que séculier, étant des cadets de familles nobles qui n'avaient choisi l’état ecclésiastique que dans l'espérance d'arriver aux grandes dignités et d'en posséder les revenus, étaient accoutumés à négliger totalement les devoirs de leurs places, et se livraient sans réserve à tous les vices qui sont les suites naturelles de l’opulence et de l’oisiveté. A l'égard du bas clergé, sa ‘pauvreté l’empéchait d’imiter le luxe dispendieux de ses supérieurs ; mais son ignorance grossière et ses débauches crapuleuses le rendaient aussi méprisable que les premiers étaient odieux !. La loi du célibat, cette loi rigoureuse et contre nature qui assujettissait tous les ordres, causa tant d’excès, qu’en plusieurs endroits de l’empire on se vit obligé, nonseulement de permettre , mais même d’ordonner aux prêtres le concubinage. L'emploi d’un remède si contraire à l'esprit du christianisme est la preuve la plus forte de la multitude et de l'énormité des crimes qu’on voulait arrêter par ce moyen. Long-temps avant le seizième siècle, plusieurs auteurs célèbres et respectables avaient fait, des mœurs dissolues du clergé, des peintures qui paraissent presque incroyables dans le nôtre ?. Le libertinage des ecclésiastiques cau-

* La corruption du clergé avant la réformation est avouée par un auteur qui était bien en état d’en juger, et dont l’aveu n’est certainement pas suspect. « Quelques années avant les hérésies de Luther et de Calvin, dit Bellarmin , il n’y avait plus, suivant les témoignages de tous les auteurs contemporains, ni sévérité dans les tribunaux ecclésiastiques, ni discipline dans les mœurs du clergé, ni connaissance des sciences sacrées, ni respect pour les choses divines ; il ne restait enfin presque plus de religion.» (Bellarmin, Concio XXV1II, oper., t. Vi, col. 296, edit. Colon. 1617; apud Gerdesii Hist, Evang. renovati. vol À, p. 25.)

3? Centum gravamina. Nat. German. in fasciculo rer. expet. et fugiend. per Ortuinum Gratium, vol. 1, p. 361. Voyez un grand nombre d’autres passages sur le même sujet, dans l’appendice ou deuxième volume publié par Ed. Brown. Voyez aussi Herm. Vonder Harut., Aist. litt. reform., pars im, et les volumineuses coliections de Walchius, dans ses quatre volumes de #onumcenta Medii Ævi. Gotting. 1767. Les auteurs que j'ai ciés font l'énumération des vices du clergé. Lorsque les ecclésiastiques ne craignaient pas de commettre des crimes, ils ne devaient pas être fort scrupuleux sur la décence.

Une conduite si contraire au caractère de leur profession paraît avoir excité une indignation générale. Pour le prouver, je vais transcrire le passage d’un auteur qui nese proposait pas d'attaquer les déréglemens des prétres, ct qu’on ne peut pas soupconner d’avoir exagéré les choses par prévention ou par artifice, pour les rendre

sait leF seulemei pouvaiet de leur € sieurs e sesse au pas pour même in dans la r ils voyai premiers avec plus donc pl ther que contre l l'écoutai tions des

Le sca considér:

obtenir 1 rope, le torité; « singulièr relâcher remettre alroces, fixée par.

tentive suivait € trueux,i les affair à tous le Comme positions étrange l'usage e fraudes q de la ch qui con

odieux. L’ à l'arche réformer mes : De torneama texlis au dares ; co vilam et Dilitarib et morib populi scd ancecdot vol. I, p

bts de faétat ecclériver aux s revenus, ement les nt sans réites natul'égard du d’imiter le L mais son es crapuue les preibat, cette sujettissait qu’en plubligé, nond’ordonner bi d’un reianisme est le et de l’éêter par ce ème siècle, bles avaient , des peinbles dans le tiques cau-

formation est d’en juger, et ct. « Quelques e Calvin, dit moignages de dans les triles mœurs du es, ni respect | presque plus , oper., t. Vi, Hist, Evansg.

fasciculo rer.

lium, vol. À, assages sur le volume publié Harut., Hist.

es coliections Monumenta que j'ai ciés sque les ecclée des crimes, r la décence.

e leur profesénérale. Pour un auteur qui ns des prêtres, r exagéré les ar Îcs rendre

sait le plus grand scandale; et ce n'était pas seulement parce que de pareilles mœurs ne pouvaient pas s'accorder avec le caractère sacré de leur état ; les laïques, accoutumss ‘x plusieurs ecclésiastiques s’élevez du seit. ‘a bassesse aux dignités et à l’opulence, i’avaient pas pour les excès de ces nouveaux parvenus la même indulgence que pour ceux qui étaient nés dans la richesse et dans la grandeur; et comme ils voyaient avec plus de jalousie la fortune des premiers, ils censuraient aussi leur conduite avec plus de rigueur et d'amertume. Rien n'était donc plus propre à plaire aux auditeurs de Luther que la violence avec laquelle il déclamait contre les excès du clergé; chacun de ceux qui l'écoutaient trouvait dans ses propres observations des preuves de la justice de ses censures. Le scandale des crimes du clergé était encore considérablement augmenté par la facilité d’en obtenir le pardon. Dans tous les états de l’Europe, le magistrat n'avait presque plus d’autorité; sous une forme de gouvernement si singulière et si tumultueuse , il était forcé de se relâcher des rigueurs d’une exacte justice, et de remettre la peine des crimes mème les plus atroces, moyennant une amende ou composition fixée par la loi. La cour de Rome , toujours attentive aux moyens d'accroître ses revenus, suivait cette pratique, et par un alliage monstrueux, introduisant ces sortes d’indemnités dans les affaires de religion , elle accorda ses pardons à tous les coupables qui pouvaient les acheter. Comme l’idée de racheter les crimes par ces compositions pécuniaires était alors familière, cet étrange trafic choqua si peu les esprits, que l'usage en devint universel; et pour prévenir les fraudes qui pourraient se commettre, les officiers de la chancellerie romaine publièrent un livre qui contenait un tarif exact des sommes néces-

odieux. L'empereur Chariss 1V, dans une lettre qu’il écrit à l’archevêque de Mayence, en 1359, et où il l'exhorte à réformer les désordres du clergé, s'exprime en ces termes : De Christi patrimonio, ludos, hastiludia ct torncamentaexercent ; habitum militarem cumprætextis aureis et argenteis gestant , et calceos militares ; comam ct barbam nutriunt ; et nihil quod ad vilam et ordinem ecclesiasticum spectat,ostendunt. Alilitaribus se duntaxat el secularibus actibus, vilà ct moribus , in suæ salutis dispendium, et generale populi scandalum, immiscent. (Codex diplomaticus anecdotorum, per Val. Ferd. Gudenum, in-#°, vol. I, p.438.)

saires pour obtenir le pardon de chaque péché. Un diacre coupable de meurtre était absous pour vingt écus : un évêque et un abbé pouvaient assassiner pour trois centslivres.Tout ecclésiastique pouvait s'abandonner aux excès de l’impureté, mêmeavec les circonstances les plus aggravantes, pour le tiers de cette somme. Ces crimes monstrueux, dont la vie humaine ne fournit que des exemples très rares, et qui peut-être n'existent que dans l'imagination impure d’un casuiste, étaient taxés à fort bas prix. Mais lorsque enfin la justice s'administra d’une manière plus parfaite et mieux réglée dans les cours séculières, l'usage de ces amendes pour racheter les crimes s'éteignit peu à peu ; et dès que les hommes eurent acquis des notions plus saines et plus exactes sur les principes de la religion et de la morale, les conditions auxquelles Rome accordait ses pardons parurent impies, et furent regardées comme la principale source de la corruption du clergé 1.

On eût peut-être toléré avec plus d’indulgence cette dépravation des mœurs du clergé, si leurs richesses et leur pouvoir exorbitant ne l’eussent mis en état d’opprimer toutes les autres classes de la société. C'est un des caractères de superstition que d’aimer la pompe et la grandeur, de ne mettre aucune borne à sa libéralité envers les personnes qu’elle regarde comme sacrées , et de croire qu’il manque toujours quelque chose aux marques de son respect pour elles, jusqu’à ce qu'elle les ait élevées au comble de l’opulence et de l'autorité. Telle fut la source de ces immenses richesses et de cette juridiction illimitée que possédait l’église dans tous les pays de l’Europe, et qui devinrent à la fin insupportables aux laïques, quoiqu'’elles dussent leur première origine à leur aveugle générosité.

C'était sur les Allemands qu'était tombé le plus grands poids de l'oppression ecclésiastique; et par cette raison, malgré la constance de leur caractère et leur attachement à leurs anciens usages , ils furent plus disposés qu'aucune autre nation de l’Europe à écouter ceux qui leur proposaient des moyens de recouvrer leur liberté. Pendant la longue durée des contestations qui

1 Fascicul. rer. expetend. et fugiend., vol. |, p. 355. J. G. Schelhornii 4mæunit. liller. Francof. 1725, vol. 11, p. 369. Dict. de Bayle, art. Banck et Tuppius. Taxa cincellor. Roman. Xd. Francf., 1651, passim.

s'élevèrent entre les papes et les empereurs sur le droit d’investiture, et des guerres qui en furent la suite, la plupart des plus puissans prélats de l'Allemagne prirent le parti du pape; et tant que dura leur révolte contre le chef de l’empire, ils se saisirent des revenus de l’empereur , et exercèrent sa juridiction dans leurs diocèses. Quand la paix fut rétablie, ils continuérent de retenir ce qu'ils avaient usurpé, comme si la longue durée d’une possession injuste avait pu former en leur faveur un droit légitime. Les empereurs, trop faibles pour arracher leur propre bien des mains de ces usurpateurs, furent obligés de leur céder en fiefs ces vastes territoires, et de les laisser jouir de toutes les immunités et prérogatives qui appartenaient aux barons dans le système féodal. Par-là un grand nombre d’évêèques et d’abbés d'Allemagne furent non-seulement des ecclésiastiques, mais encore des princes, et leur caractère et leurs mœurs participèrent beaucoup plus de la licence, qui réguait trop généralement alors dans les cours laïques, que de la piété et des vertus qui convenaient à la sainteté du sacerdoce!.

D'ailleurs, l'état toujours flottant du gouvernement d'Allemagne, qui n'avait encore pris aucune consistance fixe, et les guerres fréquentes qui désolaient cette contrée, contribuaient encore à l'agrandissement des ecclésiastiques. Il n'y avait que les domaines de l’église qui pendant ce temps d’anarchie fussent à l'abri de l'oppression des grands et des ravages de la guerre. On les épargnait autant par le respect profond qu'on avait alors pour le caractère ecclésiastique que par la crainte superstitieuse de l’excommunication , que le clergé était toujours prèt à lancer contre ceux qui envahissaient ses possessions. C'est ce qui détermina plusieurs seigneurs à céder leurs terres aux ecclésiastiques, pour les tenir ensuite en fiefs de l’église : en devenant ses vassaux, ils acquéraient une sûreté qu'ils ne pouvaient se procurer par leurs propres forces.

Cette multiplicité de vassaux donna à la puissance du clergé un accroissement réel et permanent ; et comme les terres possédées en fiefs, suivant les lois des tenures limitées, en usage dans ce temps-là, retournaient souveut aux personnes dont relevait le fief, les domaines du

1 Fra-Paolo, de Bencjiviis

(1520) clergé reçurent par cette voie des augmentations considérables et rapides !,

Les ecclésiastiques se donnèrent encore plus de soins pour la sûreté de leurs personnes qu'ils n'en prirent pour celle de leurs biens, et ils y réussirent encore mieux. Consacrés au ministère sacerdotal avec beaucoup d'appareil et de solen. nité, distingués du reste des hommes par leur habit et par leur manière de vivre, et jouissant par leur état de plusieurs priviléges exclusifs que ne partageaient point les autres chrétiens , ils devinrent nécessairement les objets d'une vénération particulière. À mesure que l'esprit de superstition fitdes progrès, on vint à les regarder comme des êtres d’une espèce supérieure à de profanes laïques, qu’on ne pouvait sans impiété juger par les mêmes lois, ni soumettre aux mêmes punitions. Cette exception de la juridiction civile , accordée d’abord aux ecclésiastiques comme une marque de respect, fut bientôt réclamée par eux comme un droit inséparable de leur personne. Cette précieuse immunité du sacerdoce ne fut pas seulement appuyée par les décrets du pape et des conciles ; les plus grands empereurs ? la confirmèrent dans la forme la plus étendue et la plus solennelle. Tant qu'un ecclésiastique était revêtu du caractère clérical, sa personne était sacrée; et à moins qu'il ne fût dégradé, la main profane du juge civil n'osait attenter à sa personne. Le pouvoir de dégrader n'appartenait qu'aux cours ecclésiastiques : il arrivait nécessairement que les coupables de-

meuraient presque toujours impunis, attendu la difficulté d'obtenir cette sentence , et les grands frais qu’elle occasionait. Aussi vit-on beaucoup de scélérats prendre les ordres uniquement pour jouir de ce privilége et s'affranchir de la punition que méritaient leurs crimes 3. La noblesse d'Allemagne se plaignait hautement de ce que ces malfaiteurs oënts 5, pour me servir de son expression, échappaient presque toujours au dernier supplice, même après avoir commis les forfaits les plusatroces , et dans sesremontrances, on voit qu’elle parle souvent de l’indépendance

1 Fra-Paolo, de Beneficiis. Boulainvilliers, État de la France, tom. 1, p. 169. Lond. 1737.

2 Goldasti, Constit. imperial. Francof, 1673, vol. ll, p. 92, 107.

5 Rymer, Fæder., vol. XI, p. 532.

4 Centum gravam., S 31.

où les cl d'un pri aux mæ Tandi zèle à as piéter su tes les a aux test naissanc les reve près à la les tribt dre conr tion, de moitié d tre les ç prétexte à ses tril que se t:

dans ces tiques a connaiss laïques, à favoris dait à pc les lumi Ainsi le du clerg séculièré Ce fut u la puiss payait a lui proc sidérabl La te augmen L’excom origine de l'égl la socié dont le faisaien les eccl arme ré disseme en abus Quicond décisio ! Gian

? Cent

(1520) mentations

ncore plus bnnes qu'ils ens , et ils y u ministère et de solenes par leur jouissant par sifs que ne ens , ils ded'une vénél'esprit de les regarder rieure à de sans impiété mettre aux de la jurix ecclésiasti- ,fut bientôt inséparable immunité du puyée par les s plus grands la forme la . Tant qu'un tère clérical, is qu’il ne fût e civil n'osait de dégrader iastiques : il oupables deis, attendu la et les grands -on beaucoup quement pour r de la puni- 3, La noblesse ent de ce que : servir de son toujours au ir commis les remontrances, indépendance

lliers, État de la

cof, 1673, vol. Il,

où les clercs étaient du magistrat civil, comme d'un privilége également funeste à la société et aux mœurs du clergé.

Tandis que le clergé cherchait avec tant de zèle à assurer ses priviléges , il ne cessait d’empiéter sur ceux des laïques. Il prétendit que toutes les affaires qui avaient rapport au mariage , aux testamens, à l'usure, à la légitimité des naissances , ainsi que les causes qui concernaient les revenus ecclésiastiques, tenaient de trop près à la religion pour que d’autres cours que les tribunaux ecclésiastiques pussent en prendre connaissance. Peu satisfait de cette juridiction, dont l'étendue embrassait cependant la moitié des contestations qui peuvent naître entre les citoyens, il n’est point de ruses ni de prétextes qu’il n’inventât pour attirer les autres ! à ses tribunaux ; et comme c'était dans cet ordre que se trouvait le peu de lumières qu’il y avait dans ces siècles d’ignorance , les juges ecclésiastiques avaient ordinairement des talens et des connaissances si supérieures à celles des juges laïques , que le peuple se crut d’abord intéressé à favoriser l'extension d’une juridiction qui tendait à porter ses causes devant des juges dont les lumières lui inspiraient plus de confiance. Ainsi le penchant du peuple s’unit à l'intérêt du clergé pour éluder sans cesse la juridiction séculière, qui par-là se vit presque anéantie?. Ce fut une nouvelle source d’accroissement pour la puissance du clergé; et ies sommes qu'on payait alors à ceux qui administraient la justice lui procurèrent de plus une augmentation considérable de revenus.

La terreur des sentences ecclésiastiques était augmentée par les peines qui y étaient attachées. L’excommunication n’avait été établie dans son origine que dans la vue de conserver la pureté de l'église : on s’en servait pour retrancher de la société des fidèles les pécheurs obstinés, dont les opinions impies et la vie scandaleuse faisaient la honte du christianisme. Dans la suite, les ecclésiastiques en firent sans scrupule une arme redoutable qu'ils employtrent à l’agrandissement de leur puissance temporelle, et ils en abusèrent pour les sujets les plus frivoles. Quiconque méprisait quelques-unes de leurs décisions, mème dans les matières purement ci-

! Giannone, Zst. di Napoli, lib. xix, $ 3.

? Centum gravamina, $ 9, 56, 61.

viles, encourait immédiatement cette terrible censure, qui non-seulement le dépouillait de tous les priviléges de chrétien, mais lui Ôtait encore tous les droits de citoyen et d’hommet.

Ainsi les conséquences effrayantes de l’excommunication domp‘aient les esprits les plus remuans et les plus intrépides, et les tenaient soumis à l'autorité du clergé.

Si le clergé employa tant d'adresse et tant d'art pour augmenter ses ‘richesses et son crédit, il ne négligea pas non plus les moyens qui pouvaient lui en assurer la conservation. Les domaines de l’église furent déclarés inaliénables, comme étant consacrés à Dieu; il était impossible que les revenus d’une société qui acquérait tous les jours, et qui ne pouvait jamais perdre , ne devinssent immenses. Suivant des calculs faits en Allemagne, on trouva que les ecclésiastiques avaient dans leurs mains ? plus de la moitié des biens de la nation. La proportion variait chez les autres peuples ; mais partout la portion de l'église était prodigieuse. Ces vastes domaines n'étaient pas d’ailleurs soumis aux charges imposées sur les biens laïques. Le clergé allemand était affranchi de toutes taxes, par la loi : et si, dans des occasions extraordinaires, il plaisait aux ecclésiastiques d'accorder quelque secours pour les besoins de l’état, c'était de leur part un don absolument libre et de pure générosité, que le magistrat civil n’avait aucun droit de demander, ercore moins d'exiger. Par cette étrange absurdité dans le gouvernement , les laïques d’Allemagne se trouvaient chargés de tout le poids des impôts, tandis que les plus riches propriétaires étaient dispensés de toute obligation de secourir et de défendre l’état.

Quelque onéreuses que les prérogatives et les richesses énormes du clergé dussent paraître aux autres membres du corps germanique, ils auraient trouvé ce mal moins insupportable, si du moins ces avantages n’eussent été possédés que par des ecclésiastiques qui, résidant en Allemagne, eussent été, par - là même, moins portés à abuser de leurs richesses, et à exercer

1 Centum gravamina , K 34.

* Zbid., $ 28.

5 Zbid. Goldast., Constit. imperial., vol. 11, p. 79,

108. Pfeffel, 4brégé de l’hist. et du droit public d'Allemagne.

leurs droits avec une excessive rigueur. Mais les évèques de Rome avaient de bonne heure manifesté la prétention la plus hardie qu'ait jamais inspirée l'ambition humaine, celle d’être les chefs suprêmes et infaillibles de l'église chrétienne. Leur politique profonde et leur constance infatigable , leur habileté à profiter de toutes les occasions favorables pour se prévaloir de la superstition de quelques princes, des besoins de quelques autres et de la crédulité des peuples , les avaient enfin mis en état de faire valoir avec, succès cette prétention, quelque opposée qu’elle fût à la raison et à l'intérêt général. L'Allemagne était le pays que ces souverains ecclésiastiques gouvernaient avec l'autorité la plus absolue. Ils excommuniaient, ils déposaient à leur gré les empereurs les plus puissans; ils soulevaient leurs sujets et leurs ministres, et armaient contre eux leurs propres enfans. Au milieu de ces querelles, les papes étendaient continuellement leurs priviléges et dépouillaient par degrés les princes séculiers de leurs plus précieuses prérogatives. L’église d'Allemagne ressentit toute la rigueur de l'oppression et de l'avidité d’une domination étrangère.

Le droit de conférer les bénéfices, que les papes avaient usurpé pendant ces temps de trouble et de confusion, fut une nouvelle conquête, qui acheva d'élever et d'établir leur puissance sur les ruines de la puissance temporelle. Les empereurs et les autres princes d'Allemagne avaient été long-temps en possession de ce droit, qui fortifiait leur autorité et accroissait leurs revenus. Mais les papes, en l’arrachant de leurs mains, se trouvèrent en état d’inonder de leurs créatures tout l'empire; ils accoutumèrent un corps nombreux de sujets dans chaque province à ne plus dépendre de leur souverain naturel, mais seulement du saint siége. Dans chaque pays, c'était à des étrangers qu'ils donnaient les plus riches bénéfices, et ils épuisaient les trésors des royaumes de l’Europe pour entretenir le luxe de leur cour. Dans les siècles même les plus superstitieux, les peuples se révoltèrent contre ce genre d’oppression ; et les plaintes des Allemands devinrent si fortes cet si fréquentes, que les papes, craignant à la fin de pousser leur patience à bout, consentirent pour cette fois, contre leurs principes ordinaires, à rabattre un

peu de leurs prétentions, et à se contenter du droit de nommer aux bénéfices qui viendraient à vaquer pendant six mois de l’année, laissant la disposition des autres aux princes et aux patrons légitimes !.

Mais la cour de Rometrouva bientôt lesmoyens d'éluder une convention qui gènait si fort son pouvoir, L'usage introduit de réserver dans chaque pays certains bénéfices à la nomination du pape , usage connu depuis long-temps et contre lequel il s’éleva de fréquens murmures, fut étendu bien au-delà de ses anciennes limites. On comptait dans cette classe tous les bénéfices possédés par les cardinaux, ou par quelqu'un des nombreux officiers de la cour de Rome ; ceux que possédaient les ecclésiastiques qui mouraient à Rome, ou dans l’espace de quarante milles de cette distance, soit en allant à cette ville, soit à leur retour; ceux encore qui devenaient vacans par la translation du titulaire , et une infinité d’autres. Enfin, Jules Il et Léon X poussérent cette extension le plus loin qu'ils purent, et conférèrent souvent des bénéfices qui n'avaient jamais été compris dans le nombre de ceux qui leur étaient expressément réservés, sous le vain prétexte qu'ils s'étaient eux-mêmes mentalement réservé ce privilége. Cependant le droit de réserve, malgré cette extension extraordinaire, avait encore certaines bornes, car il ne pouvait être exercé que sur les bénéfices actuellement vacans; et ce fut pour achever de s’en affranchir que les papes introduisirent les grdces expectatives, ou les mandats qui désignaient une personne pour posséder un bénéfice dès qu'il viendrait à vaquer. Par ce moyen, l'Allemagne se trouvait remplie d’ecclésiastiques qui ne dépendaient que de la cour de Rome, et que ces survivances lui attachaient ; les princes étaient frustrés de la plupart de leurs prérogatives, et les droits des patrons laïques étaient presque toujours ou prévenus, ou rendus inutiles 2.

La manière dont s'exerçaient ces droits extraordinaires les rendait encore plus odieux et plus intolérables. L’avarice et les exactions de la cour de Rome devinrent si excessives, qu'elles

1 Fra-Paolo, de Beneficiis. Goldast., Const. imper.. 1, p. 408.

2 Centum gravamina, $ 22. Fascicul. rer.expet. et fugiend., p. 334. Goldast,, Constit. imper., vol. |, p. 391 , 404, 405. Fra-Paolo, de Beneficiis.

passère néfices même ser. De en gros divers daient Les ge chés si d'une é plaigna l'export ce comr En ef Rome t sur tou rité ét étrange gère qu apparet clésiast fice, pa; dureve la plus digieux que les clergé, dixièm texte d tait rar n'avait rassem| l'imme lement On ] mœurs ses pri mation papes l’idée q cement tableau siècle ; géré, d de l'Ég de ceu:

pièces et les 1

' Fas |

ontenter du viendraient ée, laissant s et aux pa-

tlesmoyens si fort son er dans chamination du ps et contre mures , fut nes limites.

les bénéfices r quelqu'un Rome ; ceux 8 qui moude quarante llant à cette re qui devetitulaire, et ILet Léon X > loin qu'ils bénéfices qui e nombre de nt réservés, t eux-mêmes ependant le sion extraornes, Car il ne éfices actueler de s'en afnt les grdces i désignaient éfice dès qu'il , l'Allemagne s qui ne dée, et que ces inces étaient rogatives, et ient presque utiles ?.

es droits exlus odieux et xactions de la ives, qu'elles

Const. imper..

Page 1