‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 54 sur 132 · CS · texte numérisé non relu

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11692) cause, Après avoir délivré la ville de Ségovie, il marcha droit à Tordesillas, où résidait la malheureuse Jeanne depuis la mort de son époux; et, secondé par les habitans, il fut introduit dans la ville et se rendit maître de la personne de la reine, pour la sûreté de laquelle Adrien avait négligé de prendre les précautions eonvenables !. Padilla alla sur-le-champ lui rendre visite, et, l'abordant avec le profond respect qu'elle exigeait du petit nombre de personnes qu'elle daignait admettre en sa présence, il lui fit un récit détaillé de l'état misérable où ses sujets castillans étaient réduits sous le gouvernement de son fils, qui, n'ayant encore aucune expérience, permettait à des ministres étrangers de les traiter avec tant de rigueur , qu'ils avaient été enfin obligés de prendre les armes pour défendre les libertés de leur pays. La reine, paraissant se réveiller d'une longue léthargie, marqua le plus grand étonnement à ce récit, et dit à Padilla que, n'ayant encore rien appris ni de la mort de son père ni de ce que souffrait son peuple, on ne pouvait lui faire aucun reproche; mais qu'elle allait désormais s'occuper du soin de remédier à tous les maux : «Et vous, ajouta-t-elle, songez à faire tout ce qui est nécessaire pour le bien général. » Padilla, trop prompt à croire ce qui favorisait ses désirs, prit ce faible intervalle de bon sens pour le retour parfait de sa raison , et instruisant la ligue de ce qui venait d'arriver, leur conseilla de venir s'établir à Tordesillas et de tenir leurs assemblées dans cette ville. Les députés s’y rendirent aussitôt : Jeanne recut favorablement une requête que lui adressa la ligue, pour la conjurer de prendre les rènes du gouvernement , et, pour marque de son acquiescement, elleadmit les députés à lui baiser la main ; elle assista même au tournoi qui se fit à cette occasion , et parut prendre beaucoup de plaisir à ces cérémonies, où, pour lui plaire, l’on eut soin de déployer la plus grande magnificence; mais elle retomba bientôt dans son premier état de sombre mélancolie, et, quelques raisons, quelques prières qu'on employât ensuite, on ne put jamais obtenir d'elle aucune signature pour l'expédition des affaires 2.

La ligue prit soin de cacher cette circonstance ! Vila dell” imper, Carl. F, dall. Alf. Ulloa. F'en.

1509, p. 67. Miniana, Continuat., p. 17.

? Sandov., p. 164. P. Mart., Ep., p. 685, 686.

avec la plus grande précaution , et continua ses délibérations au nom de la reine : les Castillans, qui idolätraient encore la mémoire d'Isabelle , avaient conservé le plus grand attachement pour sa fille; dès que le peuple apprit qu'elle venait de consentir à prendre les rênes du gouvernement , il fit éclater la joie la plus universelle et la plus immodérée ; et croyant que sa santé était parfaitement rétablie, il attribua cet événement à l'intervention miraculeuse du ciel, qui voulait affranchir leur pays de l'oppression des étrangers. La ligue, frappée elle-même du degré de réputation et de puissance qu'elle avait acquis en paraissant agir au nom de l'autorité royale, ne se contenta plus de requérir Adrien de résigner son office de régent , elle envoya Padilla à Valladolid, avecun détachement assez nombreux, pour se saisir de tous les membres du conseil qui se trouveraient encore dans la ville, les amener à Tordesillas , et apporter avec lui les sceaux du royaume, les archives publiques et les registres du trésor. Padilla fut reçu par les habitans comme le libérateur de sa patrie, et exécuta ponctuellement sa commission; il permit cependant à Adrien de demeurer à Valladolid, mais seulement comme tout autre particulier , et sans aucun pouvoir !.

L'empereur recevait en Flandre , où il était alors, de fréquentes nouvelles de tout ce qui se passait en Espagne ; il sentit toute l'imprudence que ses ministres avaient commise en méprisant trop long-temps les murmures et les plaintes des Castillans ; il voyait avec la plus grande inquiétude un royaume, le plus précieux de tous ceux qu'il possédait, celui dans lequel résidaient la force et le principe de sa puissance , prêt à méconnaître son autorité , et sur le point de se plonger dans toutes les horreurs d'une guerre civile. Sa présence eût pu prévenir cette calamité ; mais il ne pouvait alors retourner en Espagne sans s'exposer à perdre la couronne impériale, et sans laisser au roi de France le loisir d'exécuter ses projets ambitieux. Il ne lui restait qu'à choisir entre deux partis, ou de ramener les mécontens par les voies de douceur et par des concessions , ou de se préparer sur-le-champ à les réduire par la force. Après y avoir réfléchi, il résolut de tenter

‘ Sandov., p. 193. P. Mart., Ep., p. 791.

d'abord le premier moyen, et de se disposer en mème temps, s’il était sans effet , à recourir à l'autre. En conséquence il adressa des lettres circulaires à toutes les villes de la Castille, les exhortant, dans les termes les plus doux avec l'assurance d'un pardon général, à mettre bas les armes, promettant de ne point exiger des villes qui lui étaient restées fidèles le subside arrêté dans la dernière assemblée des états, et offrant la même exemption à celles qui rentreraient dans le devoir, il s'engageait encore à ne conférer désormais aucun office qu'aux Castillans. En même temps, il écrivit aux nobles, pour les exciter à défendre avec vigueur leurs droits et ceux de la couronne contre les prétentions exorbitantes des communes. Il nomma régens du royaume, conjointement avec Adrien, le grand amiral , don Fadrique Henriquez , et le grand connétable de Castille, don Inigo de Velasco, deux gentilshommes qui joignaient à beaucoup de mérite un très grand crédit ; il leur donna des instructions et un plein pouvoir pour les autoriser, au cas que l'obstination des rebelles les y forcàt, à prendre les armes pour soutenir l’autorité royale !.

Les concessions qu'il était disposé à faire auraient pu satisfaire entièrement le peuple dans le temps qu'il partit d'Espagne , mais alors elles venaient trop tard pour produire aucun effet. La ligue, se reposant sur l'unanimité avec iaquelle toute la nation avait reconnu son autorité, enflée par les succès qui avaient jusque-là couronné ses entreprises, et ne voyant point autour d'elle de force militaire en état de s'opposer à ses desseins, voulait une réforme plus étendue des abus du gouvernement. Elle s’occupa quelque temps à préparer une remontrance qui contenait une longue énumération, nonseulement des griefs dont elle désirait le redressement, mais encore de tous les règ'emens nouveaux qu'elle jugeait nécessaires pour assurer les priviléges des communes. Cette remontrance, qui est divisée en plusieurs articles relatifs aux différens membres dont le gouvernement était composé , et aux differens départemens de l'administration, nous instruit des intentions de laligue d'une msxière bien plus précise et bien plus authentique que les témoignages |

1P, Heuter., Rer. aust., b, va, chap. vi, p. 188

des historiens espagnols plus modernes, lesquels

vivaient dans un temps où ilétait d'usage et

même indispensable de peindre la conduite des

mécontens sous le point de vue le plus odieux,

et de prèter à leurs démarches les motifs les plus

coupables. Après un long préambule sur les

nombreuses calamités qui affligeaient la nation,

et sur les vices et la corruption du gouverne-

ment, auxquels on attribuait tous ces maux, on

y fait remarquer la patience exemplaire avec

laquelle le peuple les a endurés, jusqu'à ce

qu’enfin l'intérêt de sa propre conservation et

la considération de ce qu'on doit à la patrie

l'aient obligé de s'assembler afin de pourvoir d une manière légale à sa propre sûreté et à celle de la constitution. En conséquence on demandait qu'il plût au roi de revenir dans son royaume d'Espagne, et d'y fixer sa résidence, à l'exemple des rois ses prédécesseurs; qu’il ne püût se marier sans le consentement des états ; que, dans le cas où il serait obligé de quitter le royaume, il s'engageàt à n'en jamais donner la régence à un étrang”"; que la nomination du cardinal Adrien à cet office fût sur-le-champ déclarée nulle; que le roi, à son retour, n’amenât avec lui ni Flamands ni d’autres étrangers; qu'on n’introduisit jamais de troupes étrangères dans le royaume sous quelque prétexte que ce fût; qu'il n'y eût que les sujets naturels qui pussent posséder les charges et les bénéfices dans l'état et dans l'église ; qu'on n’accordât à aucun étranger des lettres de naturalisation; qu'on ne donnât plus aux troupes de logemens gratuits. et que la maison du roi ne fût logée que pendant l'espace de six jours, et seulement quand la cour voyagerait ; que toutes les taxes fussent rétablies sur le pied où elles étaient à la mort d'Isabelle ; qu'on rentrât dans toutes les aliénations des domaines ou revenus royaux qui s'étaient faites depuis la mort de cette princesse : qu'on abolit tous les nouveaux offices créés depuis cette époque; qu'on ne levât point en Galice le subside accordé par les derniers états; qu'aux états qui se tiendraient par la suite chaque ville envoyât un représentant du clergé, un de là noblesse etun du tiers-état, élus chacun par leur ordre ; que la cour ne gênàt ni directement ni indirectement le choix de ces représentans ; qu'aueun membre des états ne pèt recevoir ni office ni pension du roi, soit pour lui, soit pour des per-

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sonnes de sa famille, sous peine de mort et de confiscation de ses biens; que chaque ville ou communauté payât à son représentant le salaire convenable pour son entretien pendant le temps qu'il assisterait aux états ; que les états s'assemblassent au moins une fois tous les trois ans, soit que le roi les convoquât ou non; qu'ils examinassent si les articles de la présente remontrance s'observaient, et qu'ils délibérassent sur les affaires publiques; que les récompenses qui avaient été données ou promises aux membres des états de la Galice fussent révoquées ; qu'on ne fit sortir du royaume ni or, ni argent, ni bijoux sous peine de mort; qu'on assignât aux juges des honoraires fixes, et qu'il ne reçussent plus aucune part des amendes et confiscations sur les biens des condamnés; que toute donation des biens des personnes accusées fût nulle si elle n’était faite avant leur jugement ; que tous les priviléges obtenus par les nobles, en quelque temps que ce fût, au préjudice des communes, fussent révoqués ; qu'on ne donnât plus à la noblesse le gouvernement des villes; que les terres des nobles fussent assujetties à toutes les taxes publiques comme celles des communes ; qu'on examinât la conduite de ceux qui avaient été chargés de l'administration du patrimoine rayal depuis l’avénement de Ferdinand à la couronne, et que si dans trente jours le roi ne nommait pas des personnes propres à cet emploi, les états fussent en droit de les nommer; que les indulgences ne fussent ni prèchées ni répandues dans le royaume avant que les états eussent examiné et approuvé la cause pour laquelle elles étaient publiées; que tout l'argent qui proviendrait de la vente des indulgences fût fidèlement employé à faire la guerre aux infidèles ; que les prélats qui nerésideraient pas six mois de l’année dans leurs diocèses fussent privés de leurs revenus pendant tout le temps de leur absence; que les juges ecclésiastiques et leurs officiers n’exigeassent exactement que les mèmes honoraires qui se payaient dans les cours séculières ; que l'archevêque actuel de Tolède, en qualité d'étranger , fût oblige de se démettre, et que son archevèché fût donné à un Castillan ; que le roi ratifiât tous les actes de la ligue , et les tint pour bons offices rendus à lui et à toute la nation ; qu'il pardonnât toutes les irrégularités que les villes auraient pu commettre par

un excès de zèle pour une cause juste; qu'il promit et jurât dans la forme la plus solennelle d'observer tous ces articles, qu'il ne cherchât en aucune occasion à les éluder ni à les révoquer, et que jamais il ne sollicitât auprès du pape ou d'aucun autre prélat la dispense ou l'absolution de cette promesse et de ce serment !.

Tels furent les principaux articles de la remontrance présentée par la ligue à son souverain. Comme les institutions féodales étaient originairement les mêmes dans les différens royaumes de l’Europe, l'esprit des gouvernemens formés sur ce système était à peu près le même partout; les règlemens que les Castillans s’efforçaient d'établir dans cette conjoncture différent très peu de ceux que lesautres nations tâchtrent d'introduire dans les débats qu'ils eurent avec leurs rois pour leur liberté. Les abus qui furent cités et les remèdes qui furent proposés par les communes d'Angleterre, dans leurs contestations avec les princes de la maison de Stuart, ressemblent beaucoup aux articles sur lesquels insistait alors la sainte ligue d'Espagne. Mais les Espagnols avaient dès ce temps-là acquis des idées de liberté et d'indépendance, des principes hardis de gouvernement, et une étendue de vues politiques auxquels les Anglais ne sont arrivés que plus d’un siècle plus tard.

Il y a apparence pourtant, que l'esprit de réforme qui s'était répandu parmi les Castillans, étant encouragé par les succès et n'étant point réprimé par l'autorité, devint trop impétueux et porta la ligue à proposer des innovations qui, en alarmant les membres des autres ordres, furent par-là funestes à sa cause. La noblesse . au lieu de s'opposer aux communes , avait favorisé leurs démarches , ou fermé les yeux sur leurs entreprises, tant qu’elles se bornèrent à demander la réforme des abus occasionés par le défaut d'expérience du jeune monarque, ou par l’imprudence et l'avidité des ministres étrangers ; mais dès que les communes commencèrent à entreprendre sur les priviléges des nobles, ils s’indignèrent et virent clairement que les mesures de la ligue ne tendaient pas moins à anéantir le pouvoir aristocratique qu’à resserrer les prérogatives de la couronne. Le ressentiment qu'avait excité parmi la noblesse la promotion d'Adrien

? Sandov., p. 206. P. Mart., £p., p. 686.

à la régence, s'était fort affaibli, depuis que l’empereur avait nommé le connétable et l'amiral pour adjoints à cette charge ; et comme l'orgueil des nobles se trouvait moins choqué de l'étendue des prérogatives du roi que des prétentions outrées du peuple, ils se déterminèrent à donner au souverain l'assistance qu'il demandait, et commencérent dans cette vue ‘à rassembler leurs vassaux.

Cependant la ligue attendait avec la plus grande impatience la réponse que ferait le roi à sa requête, et elle nomma des membres de son corps pour aller la lui présenter. Les députés chargés de cette commission partirent sur-lechamp pour l'Allemagne ; mais ayant reçu avis, à différentes distances, qu'ils ne pouvaient paraître à la cour sans exposer leur vie au plus grand danger, ils s'arrêtèrent et informèrent la ligue des avis qu’on leur donnait !. Cette nouvelle transporta tous les confédérés d’une fureur qui leur fit passer toutes les bornes de la prudence et de la modération.

Qu'un roi de Castille refusät de donner audience à ses sujets et d'écouter leurs humbles remontrances, c'était à leurs yeux un acte de tyrannie inouï et intolérable ; ils ne virent plus de ressource qu'à se servir des armes qu'ils avaient entre les mains pour écarter du trône cette troupe d'étrangers rapaces qui l'obsédaient , et qui, après avoir dévoré les richesses du royaume , voulaient encore empêcher les cris d'un peuple outragé de parvenir jusqu'aux oreilles de son souverain. Quelques-uns insistèrent avec chaleur sur une proposition qui avait déjà ét faite pour dépouiller le roi, tant que sa mère vivrait, du titre et de l'autorité de roi, qu'on lui avait conférés trop légèrement sur la fausse supposition que la malheureuse Jeanne était dans une incapacité absolue de gouverner. D'autres proposaient de donner à la reine un adjoint pour l'aider dans l'administration des affaires publiques, en la mariant au prince de Calabre , héritier des rois de Naples de la maison d'Arragon , et qui était détenu dans les prisons depuis que Ferdinand avait chassé ses ancêtres de leur trône. Tous se réunirent à penser que l'espérance qu'ils avaient conservée d'obtenir satisfaction du roi et d'assurer leur liberté, en

1 Sandov,, p. 143.

se contentant de lui présenter des requêtes, les avait trop long-temps abusés et tenus dans l’inaction ; qu'il était temps d’en sortir et de réunir toutes leurs forces pour opposer une vigoureuse résistance à l'union de la noblesse et du roi, conjurés contre les libertés !.

Ils se mirent en campagne avec vingt mille hommes. Il s'éleva de vives disputes entre eux sur le commandement de l'armée. Padilla, le favori du peuple et des soldats, était le seul qu'ils jugeaient digne de cet honneur ; mais don Pedro Giron , fils aîné du comte d'Uruena , jeune homme du premier rang, s'était récemment jeté dans le parti des communes , par un mécontentement personnel contre l’empereur : les égards dus à sa naissance , joints au désir secret de mortifier Padilla, dont la popularité avait excité la jalousie de plusieurs membres de la ligue, lui firent déférer l'emploi de général. Il leur apprit bientôt à leurs dépens qu'il n'avait ni l'expérience, ni les talens, ni la fermeté nécessaires pour un poste de cette importance.

Cependant les régens du royaume avaient indiqué Rioseco pour le rendez-vous de leurs troupes, qui étaient bien inférieures en nombre à celles des communes, mais qui les surpassaient de beaucoup par la valeur et la discipline. Ils avaient tiré de la Navarre un corps considérable de vieilles troupes d'infanterie réglée; leur cavalerie faisait la principale force de leur armée ; elle était composée de gentilshommes accoutumés à la vie militaire, et animés de l'esprit belliqueux qui distinguait la noblesse de ce siècle. L'infanterie de la ligue n’était qu’un ramas de bourgeois et d'artisans qui savaient à peine se servir de leurs armes. Le petit corps de cavalerie qu'ils avaient pu rassembler n'était composé que de gens de la lie du peuple entièrement étrangers au métier qu'ils embrassaient, Il n'y avait pas moins d’inégalité dans les talens des généraux des deux partis que dans la nature des troupes. Les royalistes avaient à leur tête le comte de Haro, fils aîné du connétable, qui joignait à beaucoup d'expérience la plus grande capacité.

Giron marcha avec son armée droit à Rioseco, et s'emparant des villages et des avenues des environs, il se flattait de réduire bientôt les

1 P, Martyr., Ep., p. 688.

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1 Misc p. 278.

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11522] royalistes, ou à se rendre faute de vivres, ou à accepter un combat désavantageux, avant qu'ils eussent pu rassembler toutes leurs troupes. Mais il aurait fallu au général plus de talens, et aux soldats plus de patience et de discipline, pour exécuter ce plan avec succès. Le comte de Haro fit, sans beaucoup de peine, entrer dans la ville un renfort considérable, qui passa à travers tous les postes de Giron, et celui-ci, désespérant de la réduire, s’avança avec précipitation vers Villalpanda, place qui appartenait au connétable, et qui était le principal magasin des provisions de l'ennemi. Cette marche, mal combinée, ouvrit la route de Tordesillas aux royalistes, et le comte de Haro les y conduisit pendant la nuit avec le plus grand secret et la plus grande diligence; il attaqua la ville, où Giron n’avait laissé pour toute garnison qu'un régiment de prêtres levé par l’évêque de Zamora; il y entra de vive force au point du jour, après une résistance très opiniâtre ; il s’assura de la personne de la reine, fit prisonniers plusieurs des membres de la ligue, et reprit le grand sceau et les autres marques de l'autorité royale.

Ce coup fut fatal à la ligue, et lui fit perdre la réputation et l'autorité dont elle jouissait en paraissant n’agir que sous les ordres de la reine; tous les nobles, qui étaient restés jusqu'alors irrésolus et incertains dans leur choix, se joignirent aux régens et leur amentrent toutes leurs forces: une consternation universelle saisit les partisans des communes; elle fut encore augmentée par les soupçons qu’ils commencèrent à former contre Giron qu'on accusait hautement d’avoir livré Tordesillas à l'ennemi. Cette imputation était destituée de fondement; car les royalistes devaient leurs succès à la mauvaise conduite de Giron, plutôt qu’à sa perfidie; mais il n’en perdit pas moins tout le crédit qu’il avait dans son parti, et il se vit obligé de se démettre du commandement et de se retirer dans un de ses châteaux !,

Ceux des membres de la ligue qui avaient échappé à l'ennemi à Tordesillas se réfugièrent à Valladolid; comme il eût fallu perdre beaucoup de temps pour remplacer par une nou-

* Miscellaneous tracts by Dr.Mich. Greddes, vol. 1, p. 278.

velle élection ceux qui étaient prisonniers, ils firent choix de quelques-uns d’entre eux, qu'ils chargtrent de l'administration suprême. Leur armée grossissant de jour en jour par l’arrivée des troupes qui venaient des différentes parties du royaume marcha vers Valladolid, et Padilla ayant été nommé commandant en chef, le courage des soldats se ranima, et tout le parti, ovbliant ses derniers revers, continua de montrer la même ardeur pour défendre les libertés de Ja patrie , et la même animosité contre ses oppresseurs.

Le plus grand embarras de la ligue était de trouver l'argent nécessaire pour payer ses troupes. Une grande partie de la monnaie courante avait été emportée hors du royaume par les Flamands ; les taxes réglées qui se levaient en temps de paix étaient très modiques, et comme la guerre avait interrompu toute espèce de commerce, leur produit diminuait tous les jours; la ligue craignait aussi de défroûter le peuple en le chargeant de nouveaux impôts, auxquels, dans ce temps-là, il n'était guère accoutumé. Le parti fut heureusement délivré de cet embarras par dona Maria Pacheco, épouse de Padilla, femme d'extraction noble, qui avait de grands talens, une ambition démesurée et le plus grand zèle pour la cause de la ligue. Cette femme, animée d’une audace supérieure aux craintes superstitieuses ordinaires à son sexe, proposa de s'emparer des riches et magnifiques ornemens de la cathédrale de Tolède, mais pour ôter à cette action l'apparence d’impiété qui aurait pu offenser le peuple, dona Maria et les personnes de sa maison se rendirent à l'église en procession solennelle , vêtues d'habits de deuil, les yeux en larmes, se frappant le sein ; et là, se prosternant à genoux , elles implorèrent le pardon des saints dont elles allaient dépouiller les autels. Cet artifice prévint l'imputation de sacrilége, et fit juger au peuple que la nécessité seule et le zèle de la bonne cause avaient pu déterminer cette femme, malgré sa répugnance, à se porter à une si étrange extrémité : la ligue se procura par-là un secours considérable 1, Les régens n’étaient pas moins embarrassés pour trouver les moyens d'entretenir leurs troupes, parce que les revenus de la couronne avaient été ou dissi-

1 Sandov., p. 308. Dict. de Paye , art. Padilla,

pés par les Flamands, ou saisis pur les communes ; ils furent obligés de prendre les joyaux de la reine et l'argenterie de la noblesse pour en faire frapper de la monnaie; et quand cette ressource fut épuisée, ils obtinrent encore du roi de Portugal une somme modique à titre d'emprunt f,

La noblesse montrait la plus grande répugnance à en venir aux mains avec la ligue. La

haine des nobles contre les Flamands était |

égale à celle des communes; ils approuvaient

plusieurs articles de leur requête ; ils pensaient |

que les circonstances étaient très favorables non-seulement pour obtenir la réforme des anciens abus, mais aussi pour faire de nouveaux

règlemens qui rendissent la constitution de l'é- |

tat plus parfaite et plus stable; ils craignaient

que, tandis que les deux ordres qui formaient le |

corps législatif consumaient leurs forces en hostilités réciproques, l'autorité royale, profi-

tant de l'affaiblissement des deux partis, ne s'é- |

levât sur leurs ruines, et n’empiétât autant sur l'indépendance des nobles que sur les priviléges des communes. Ces dispositions des nobles don-

nèrent lieu aux fréquentes ouvertures de paix |

que les régens firent à la ligue, et aux négociations continuelles qui se traitèrent dans tout le cours des opérations militaires. Les conditions

qu'ils offraient n'étaient pas déraisonnables: en effet , si la ligue eût voulu se désister de quel- |

ques articles destructifs de l'autorité royale, où

incompatibles avec les droits de la noblesse, les régens promettaient de faire accepter par l’empereur les autres propositions; et si, par l'influence pernicieuse de quelques ministres, il s'obstinait à y refuser son consentement, plusieurs des nobles s'engageaient à se joindre aux confédérés pour l'y forcer !.

Mais les divisions qui agitaient les membres de la ligue entre eux ne leur permirent ni de délibérer ni de décider avec prudence. La plupart des cités qui étaient entrées dans la confédération étaient dévorés de cette basse jalousie et de cette défiance mutuelle qu'inspirent trop souvent les rivalités de commerce et d'ambition, Le connétable avait su par son crédit et ses promesses détacher de la ligue les habitans de Burgos, et

1 P. Mart., Ep, p. 718.

2P Martyr., Ep., p. 695,713 Miscell., traduct. o/ Geddes, p. 1, 2651.

d’autres gentilshommes avaient ébranlé la fidélité de quelques-unes des petites villes ; il ne se trouva dans les communes personne qui eût l'âme assez élevée et des talens assez distingués pour être en état de gouverner les affaires du parti, Padilla , leur général, avait bien toutes les qualités propres à se concilier la faveur du peuple, mais cette raison roème lui ôtait la confiance des personnes du premier rang qui s'étaient jointes à la ligue. D'un autre côté, le peuple, depuis la mauvaise conduite de Giron, se défiait de tous les nobles qui s'étaient réunis à lui : on ne vit dans toutes les démarches de la ligue qu'irrésolution, défiance réciproque et défaut de génie. Après bien des conférences tenues sur les conditions que proposaient les régens, les commuues se laissèrent tellement aveugler par leur ressentiment contre la noblesse, que rejetant toute idée d'accommodement, ils la menacèrent encore de la dépouiller de tous les biens de Jà couronne que les nobles ou leurs ancètres avaient usurpés , et de les réunir au domaine du roi. La ligue s’attacha avec la plus grande obstination à ce plan insensé, dont l'effet eût été d'anéantir ces mêmes libertés qu'elle voulait défendre, en rendant les rois de Castille absolus et indépendans de leurs sujets; de sorte qu’elle se récriail avec moins de véhémence contre les exactions des ministres étrangers que contre les richesses et le pouvoir immense des nobles, et qu’elle semblait former l'espérançe de faire sa paix avec Charles en lui offrant les dépouilles de cet ordre.

Quelques succès que Padilla avait eus dans de légères rencontres , et la prise de quelques villes de peu d'importance, précipitèrent la ligue dans cette fausse démarche, en lui inspirant une si grande confiance dans la bravoure de ses troupes, qu'elle ne douta pas qu'il ne lui fût aisé de remporter la victoire sur les royalistes. Padilla , pour ne pas laisser son armée dans l’inaction, tandis qu'elle était animée par la prospérité, mit le siége devant Torrelobaton, place plus importante et plus forte qu'aucune de celles qu’il avait attaquées jusqu'alors, et qui était défendue par une garnison suffisante. Malgré la résistance extraordinaire des assiégés et les cfforts que fit l'amiral pour la secourir, Padilla prit la ville d'assaut et la livra au pillage : s'il eùt marché sur-le-champ ave son armée victo-

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11522] rieuse à Torgesillas, où était le quartier principal des royalistes , il ne pouvait manquer d’avoir un grand avantage sur leurs troupes, que la promptitude de ses opérations aurait déconcertées, et qui n'avaient pas à beaucoup près des forces suffisantes pour donner bataille. Mais l'irrésolution et l'imprudence de la ligue empèchèrent encore cette opération décisive. Également incapable et de continuer la guerre et üe conclure la paix, elle écouta de nouvelles propositions d’accommodement, et consentit même à une cowrte suspension d'armes. Tandis qu’elle perdait le temps à cette négociation qui ne termina rien, un grand nombre des soldats de Padilla, peu accoutumés aux lois de la discipline militaire, quittèrent l’armée et se retirèrent ave: le butin qu'ils avaient fait à Torrelobaton ; d’autres, fatigués de la longueur extraordinaire de la campagne, désertèrent. Le connétable avait eu le temps d’assembler ses troupes ! à Burgos, et de tout préparer pour se mettre en marche; dès que la trève fut expirée, il se joignit au corps du comte de Haro, malgré tous les efforts de Padilla pour empêcher cette réunion : ces deux généraux s’avancérent aussitôt vers Torrelobaton. Padilla, affaibli par la désertion d’une partie de ses troupes, n'osa risquer une bataille, et essaya de se retirer à Toro : s’il eût pu y réussir, l'invasion que les Français faisaient alors dans la Navarre, et la nécessité où se seraient alors trouvés les régens d'envoyer un détachement dans ce royaume , auraient pu le sauver du danger qui le menaçait ; mais Haro, qui sentait combien il était dangereux de le laisser échapper, marcha avec tant de célérité à la tète de sa cavalerie, qu'il l’atteignit près de Villalar, et commença l'attaque sans même attendre l’arrivée de son infanterie. L'armée de Padilla, fatiguée ct découragée par sa retraite précipitée qui ressemblait à une fuite, traversait alors un champ labouré ; la terre avait été tellement détrempée par une pluie abondante qui était tombée, que les soldats enfonçaient à chaque pas jusqu'aux genoux; et dans cet état, ils demeurèrent exposés au feu de quelques pièces de campagne que les royalistes avaient amenées avec eux. Toutes ces circonstances réunies déconcertèrent et intimidèrent tellement ces soldats mal

1 Sandov., p. 336.

aguerris que, sans faire face à l'ennemi, et sans faire aucune résistance, ils prirent la fuite dans le plus grand désordre. En vain Padilla, avec un courage et une activité extraordinaires, s'efforçait de les rallier, la frayeur ne leur permit d'écouter ni ses instances ni ses menaces; enfin ne voyant plus aucune ressource, il résolut de ne pas survivre au malheur de cette journée et à la ruine de son parti ; il se précipita au milieu des ennemis; mais étant à la fois blessé et démonté, il fut fait prisonnier. Ses principaux officiers eurent le même soit; et les nobles, trop généreux pour égorger des hommes qui mettaient bas les armés, renvoyèrent les simples soldats , sans leur faire de mal 1.

Le ressentiment des ennemis de Padilla ne le laissa pas languir long-temps dans l'incertitude de son sort. Dès le lendemain ils le condamntrent à perdre la tête sans aucune procédure réglée, supposant la notoriété de son crime suffisante pour dispenser de toute forme de procès. Il fut aussitôt conduit au supplice avec don Jean Bravo ct don François Maldonada qui commandaient , l’un les troupes de Ségovie, l’autre celles de Salamanque. Padilla vit les approches de la mort avec la plus grande tranquillité et le plus grand courage; et lorsque Bravo, le compagnon de ses malheurs, laissa éclater son indignation en s'entendant donner publiquement le nom de traître, Padilla le reprit, en lui disant «C'était hier le moment de montrer le courage d’un gentilhomme; aujourd’hui, il faut mourir avec la douceur d'un chrétien. » On lui permit d’écrire à sa femme et à la communauté de Tolède, lieu de sa naissance : la première lettre est pleine d'une tendresse mâle et vertueuse; la seconde respire la joie et le transport que ressent un homme qui se regarde comme martyr de la liberté de son pays ?. Après avoir écrit ces deux

1 Sandov., p. 345, etc. P.Mart., Ep., p.720. Miniana, Contin., p.26.Epitome de la vida y hechos del emper. Carlos P, por D. Juan, Ant. de Vera y Zuniga, in-4°. Madrid , 1627, p. 19.

8 Ces deux lettres sont d'un style si éloquent et si noble , que j'ai cru faire plaisir aux lecteurs en leur en donnant ici la traduction.

Lettre de don Juan de Padilla à sa femme.

Madame,

Si vos peines ne m'affligeaient pas plus que ma mort , je me trouverais parfaitement heureux. 11 faut cesser de

lettres, il se soumit tranquillement à sa destinée. La plupart des historiens espagnols, accoutumés à des idées sur le gouvernement et la puissance royale bien différentes de celles qu'on avait du temps de Padilla, ont montré tant de zèle pour blâmer la cause qu’il avait embrassée, qu'ils ont négligé ou craint de rendre justice à ses vertus; et en flétrissant sa mémoire, ils ont cherché à lui dérober ce sentiment mème de pitié qu'on refuse rarement aux illustres malheureux.

La victoire de Villalar fut aussi décisive que complète. Valladolid , la plus zélée de toutes les villes liguées, ouvrit aussitôt ses portes aux vainqueurs , et la douceur avec laquelle les régens la traitérent, engagtrent Medina -del- Campo, Ségovie et plusieurs autres villes à suivre son exemple. Cette dissolution soudaine d’une ligue qui ne s'était pas formée pour de légers mécontentemens ni pour des motifs frivoles , dans laquelle était entré tout le corps du peuple, et qui avait eu le temps de prendre un certain degré de consistance et de solidité en établissant un plan régulier de gouvernement, est une preuve frappante de l'incapacité de ses chefs, ou l'effet de quelques divisions secrètes qui désunirent ses membres. Quoiqu'une partie de l’armée qui venait de triompher des confédérés fût forcée, quelques jours après sa vic-

vivre; c'est une nécessité commune à tous les hommes; mais je regarde comme une faveur distinguée du Tout- Puissant une mort comme la mienne, qui ne peut manquer de lui plaire, quoiqu'elle paraisse déplorable aux hommes. 1lme faudrait plus de temps que je n'en ai pour vous écrire des choses qui pussent vous conscler; mes ennemis ne me l’accorderaient pas, et je ne veux pas différer de mériter la couronne que j'espère. Pleurez la perte que vous faites, mais ne pleurez pas ma mort ; elle est trop honorable pour exciter des regrets. Je vous lègue mon âme ; c’est le seul bien qui me reste, et vous le recevrez comme la chose que vous estimiez la plus dans ce monde. Je n'écris point à mon père Pero Lopez; je n'ose le faire; car quoique je me fusse montré digne d’être son fils en sacrifiant ma vie, je n'ai pas hérité de sa bonne fortune. Je n'ajouterai rien de plus : je ne veux pas fatijuer la patience du bourreau qui m'attend, ni me faire soupconner d'allonger ma lettre pour prolonger ma vie. Mon domestique Soffa, témoin oculaire de tout, et à qui j'ai confié mes plus secrètes pensées, vous dira ce que je ue peux vous écrire. C’est dans ces sentimens que j'attends le coup qui va vous affliger et me délivrer.

Lettre de Padilla à la ville de Tolède.

À toi, la couronne d'Espagne, et la lumière du monde cutier ; à toi qui fus libre dès le temps des puissans Goths,

toire, de marcher vers la Navarre pour arrêter les progrès que faisaient les Français dans ce royaume, rien ne put ranimer le courage des communes de Castille ni les déterminer à reprendre les armes pour profiter d'une si belle occasion d'obtenir enfin ces priviléges et ces droits dont elles s'étaient montrées si jalouses. Il faut en excepter la seule ville de Tolède qu’animait dona Maria Pacheco , veuve de Padilla : cette femme, au lieu de s'abandonner à une douleur pusillanime et à verser des larmes stériles sur la mort de son époux, se préparait à le venger et à soutenir la cause dont il avait été la victime. Les égards qu’on avait pour son sexe, ou plutôt l'admiration qu'inspiraient son courage et ses grandes qualités, la compassion qu'excitaient ses malheurs et la vénération que l'on conservait pour la mémoire de Padilla, firent passer à la veuve tout l’ascendant que son mari avait eu pendant sa vie sur le peuple. La prudence et la vigueur de sa conduite justifiérent la confiance qu'on lui avait donnée. Elle s’adressa au général francais, dans la Navarre, pour l’engager à envahir la Castille, en lui promettant des secours puissans. Elle écrivit des lettres, elle fit partir des émissaires pour ranimer le courage et les espérances des autres cités !, Elle leva des soldats, et exigea du clergé

et qui, en versant le sang des étrangérs et celui des tiens, as recouvré ta liberté pour toi et pour lescités voisines : ton enfant légitime , Juan de Padilla , L’informe comment par le sang de ses veines tu dois renouveler tes anciennes victoires. Si le sort n'a pas voulu que mes actions soient placées au nombre des exploits fortunés et fameux de tes autres enfans, il faut l'imputer à ma mauvaise fortune, et non pas à ma volonté. Je te prie, comme ma mère, d'accepter la vie que je vais perdre , puisque Dien ne m'a rien donné de plus précieux que je puisse perdre pour toi. Je suis bien plus jaloux de ton estüne que je ne le suis de la vie. Les révolutions de la fortune, toujours inconstante et mobile, sont infinies. Mais ce qui me donne là consolation la plus sensible, c’est de voir que moi, le dernier de tes enfans, je vais souffrir la mort pour toi, et que tu en as nourri d’autres dans ton sein qui seront en état deme venger. Plusieurs langues feront le récit du genre de mort qu'on me destine et que j'ignore encore ; ce que je sais, c’est que ma fin est prochaine : elle montrera quel était mon désir. Je te recommande mon âme comme! à la patronne de la chrétienté. Je ne parle point de mon corps, il n’est pas à moi. Je ne peux en écrire davantage ; car dans ce moment même je sens le couteau près de mon sein, plus touché du déplaisir que tu vas ressentir que de mes propres maux. ( Sandov., Æist., vol. |. 1P.Mart,, Ep., 727

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2 P, Mart

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de la cathédrale une grande somme d'argent pour fournir à leur entretien. Elle ne négligea rien de tout ce qui pouvait exciter et échauffer le peuple. Elle ordonna que ses troupes porteraient des crucifix au lieu de drapeaux , comme si elles eussent eu à combattre les infidèles et les ennemis de la religion. Elle marchait dans les rues de Tolède montrant son fils, encore enfant, vêtu d'habits de deuil, monté sur une mule, précédé d’une enseigne où était peint le tableau du supplice de son père !. C'est par de semblables artifices qu'elle sut tenir l'esprit des habitans dans un état d’agitation continuelle qui empèchait les passions de se refroidir, et qui les aveuglait sur le danger où ils s’exposaient en tentant de résister seuls à tout le poids de l’autorité royale. Tant que l’armée fut occupée dans la Navarre, les régens ne furent pas en état de réduire Tolède par la force; et ils bornèrent leurs efforts , soit à tâcher de diminuer le crédit de dona Maria sur le peuple, soit à la gagner par de grandes promesses et par les sollicitations de son frère, le marquis de Mondejar ; mais rien ne put la fléchir. Après que les Français curent ëté chassés de la Navarre, une partie de l’armée revint dans la Castille et investit Tolède : le courage indomptable de l’intrépide Maria n’en fut pas alarmé. Elle défendit la ville avec la plus grande vigueur; ses troupes battirent les royalistes dans plusieurs sorties ; le siége n’avançait point , lorsque le clergé se déclara contre elle, à la nouvelle de la mort de Guillaume de Croy, archevèque de Tolède. Les ecclésiastiques ne pouvaient pardonner à dona Maria de s'être emparce de leurs biens ; et comme la seule plainte qu'ils formaient contre l'empereur était fondée sur ce que cet archevèché avait été donné à un étranger, Charles, en y nommant un Castillan, détruisit le principe de leur mécontentement. Ils pcrsuadèrent au peuple que Maria n'avait acquis sur lui tant d'ascendant que par ses sortiléges, qu'elle avait un démon familier qui la suivait sans cesse sous la Forme d’une négresse, et que les inspirations de ce démon réglaient toutes ses démarches ?, Ce peuple crédule, fatigué de la longueur du siége, désespérant d'obtenir aucun secours des autres villes qui s'étaient d'abord liguées avec elle, et commençant à sen-

1 Sandov., p 375.

2 P. Mart., Ep., p. 727. '

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