‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 58 sur 132 · Mém dedt · texte numérisé non relu

Mém dedt

nagea plus rien , et déclara publiquement contre François, en le traitant de prince sans foi et sans honneur. Il ne se plaignit pas moins de Clément, qu’il sollicita vainement d’abandonner ses nouveaux alliés : il l’accusa d’ingratitude, et le taxa d’une ambition indigne de son caractère. Il ne s’en tint pas à le menacer de toute la vengeance qu'on pouvait redouter du pouvoir d'un empereur; en publiant un appel à un concile général, il réveilla dans l'imagination du pape toutes les terreurs qu'inspire aux pontifes de Rome l'autorité de ces assemblées formidables. Il fallait cependant opposer quelque chose de plus que des reproches et des menates à la ligue puissante qui s'était formée contre lui. Animé par tant de passions diverses, il déploya une activité et une vigueur extraordinaires, afin de faire passer en Italie de nouvelles troupes et surtout de prompts secours d'argent qui y étaient encore plus nécessaires. Les efforts des confédérés ne répondirent point à l'animosité qu'ils avaient fait éclater contre l’empereur en entrant dans la sainte ligue. On imaginait que François allait agir avec la plus grande vigueur et communiquer le même esprit et la même activité à tous ses alliés. Il avait son honneur flétri à réparer, et plus d'un affront à venger. I lui fallait reprendre parmi les princes de l'Europe le rang qu'il avait perdu. Tant de sujets de ressentiment, fortifiés par son impétuosité naturelle, semblaient menacer son rival d’une guerre plus cruelle et plus sanglante que toutes les précédentes ; on se trompa. Les épreuves cruelles par lesquelles François avait passé avaient laissé dans son âme des impressions si profondes et si vives, qu'ilse défiait de lui-mème et de la fortune, et qu'il n'aspirait qu'au repos. Obtenir l'élargissement de ses enfars, et conserver la Bourgogne en payant un équivalent raisonnable, était le principal objet de ses vœux ; et à ce prix il eùt volontiers sacrifié à l'empereur et Sforce et la liberté de l'Italie. I se attait que la seule crainte d’une ligue puissante porterait Charles à écouter des propositions équitables; ilcraignait encore qu’en envoyant ne armée assez forte pour sauver le Milonais, ses alliés, qu'il avait vus tant de fois beaucoup plus attentifs à leurs intérêts qu'exacts à remplir leurs engagemens, ne l'abandonnassent aussitôt que les troupes de l'empereur seraient chassées Ae ce pars. défection qui

priverait ses négociations avec l'empereur de l'importance et du poids que leur donnait son influence, comme chef d’une ligue puissante.

Cependant le siége du château de Milan se pressait plus vivement que jamais, et Sfor:e se trouvait réduit à la dernière extrémité. Le pape et les Vénitiens, comptant que François les seconderait, firent marcher leurs troupes au secours de Sforce, et rassemblèrent bientôt une armée plus que suffisante pour rempiir cet objet. Les Milanais, passionnément attachés à leur prince infortuné , et indignés contre les impériaux qui les avaient si cruellement opprimés, étaient prêts à seconder les confédérés dans toutes leurs entreprises. Mais le duc d'Urbin, leur général, animé par une ancienne inimitié contre la famille des Médicis, aurait craint de faire aucune démarche qui pût contribuer à l'agrandissement ou à la gloire du pape !; et il laissa échapper ou à dessein, ou par sa lenteur et l’irrésolution naturelle de son caractère, les occasions d'attaquer avec avantage les impériaux, et de les forcer à lever le siége.

Ces délais donnèrent à Bourbon le temps de faire venir un renfort de troupes fraiches et de

se procurer de l'argent. Il prit aussitôt le commandement de l'armée, et poussa le siége avec tant de vigueur, que Sforce fut bientôt forcé de se rendre. Ce prince, en se retirant à Lodi, que les confédérés avaient surpris, laissa Bourbon paisible possesseur de ce duché, dont l’investiture lui avait été promise par l'empereur ?.

Les ltaliens commencèrent à s’apercevoir que François les avait amusés, et que malgré la finesse et l’habileté dans l’art des négociations , dont ils se vantaient comme d'un talent qui ieur était propre, ils s'étaieni pour cette fois laissé

duper par un prince ultramontain. François avait | jusque-là rejeté sur eux tout le poids de la guerre, et il tirait avantage de leurs efforts, pour donner plus de poids aux propositions qu’il faisait réitérer souvent à la cour de Madrid, afin d'obtenir la liberté de ses enfans 3. Le pape et les Vénitiens s'en plaignirent et lui en firent des reproches; mais voyant qu'ils ne pouvaient le tirer de son inaction leur zèle et leur ardeur se

? Guich., liv. xvur, p. 382.

2 Jbid., p. 376, ete, 159, 160, 16€.

5 Ruscelli, Leftere de princip., M, 157, ete.

ralentirent par degrés. et Clément, qui avait déjà passé les bornes de la circonspection ordinaire, ne tarda pas à s'accuser d'imprudence, et à retomber dans l’irrésolution qui lui était si naturelle.

Tous les mouvemens de l'empereur ne dépendant que de jui seul, furent par-là même beaucoup plus prompts et mieux concertés. La modicité de ses revenus ne lui permettait pas de mettre dans ses opérations de guerre beaucoup de vigueur et de célérité ; mais il y suppléa par ses intrigues et ses négociations. La famille des Colonne, la plus puissante de toutes les maisons romaines, avait constamment suivi le parti de la faction Gibeline ou impériale, pendant toutes ces querelles sanglantes des papes avec les empereurs, qui, durant plusieurssiècles ,remplirent l'Aliemagne et l'Italie de trouble et de carnage. Les causes qui avaicnt donné naissance à ces factions meurtrières n’existaient plus alors, et la rage qui les avait animées était presque épuisée; mais les Colonne n'en conservaient pas moins le même attachement pour les intérêts de l'empereur : d’ailleurs en se mettant sous sa protection , ils s'assuraient la possession tranquille de leurs terres et de leurs priviléges. Le cardinal Pompée Colonne , homme remuant et ambitieux, alors le chef de sa famille, était depuis long-temps l'ennemi de Clément. Il aspirait à la tiare, et s'était flatté au dernier conclave que son étroite liaison avec l'empereur lui assurerait la préférence sur Clément ; et lorsqu'il se vit trompé dans ses espérances , il n'attribua ce mauvais succès qu'aux intrigues de son rival. C'était une espèce d'injure que ne pouvait jamais pardonner un ambitieux ; il avait pourtant dissimulé son ressentiment jusqu'à donner sa voix pour l'élection de Clément, et accepter de grands emplois dans sa cour , mais il n'en était pas moins impatient de trouver l’occasion de se venger. Don Hugues de Moncade , ambassadeur de l’empereur à Rome , qui connaissait les sentimens de Colonne, n'eut pas de peine à lui persuader de nrofiter de l'absence des troupes du pape , alors employées en Lombardie, pour tenter une entreprise qui, en remplissant sa vengeance personnelle, servirait essentiellement les intérêts de l'empereur. Cependant le pape, que sa timidité personnelle rendait elairvoyant , veillait de près sur toutes les démarches de ses

ennemis ; il avait démêlé leurs desseins d'assez bonne heure pour avoir le temps de rappeler un corps de troupes suffisant et se mettre en état de rompre toutes les mesures de Colonne ; mais Moncade sut si bien l’amuser par ses négociations , ses promesses et ses fausses confidences, qu'il endormit tous ses soupçons, et lui ôta l’idée de prendre les précautions nécessaires à sa sûreté. À la honte éternelle d’un pape puissant et renommé par sa politique, Colonne, à la tête de trois mille hommes, se saisit d’une des portes de Rome, au moment même où Clément était dans la plus parfaite sécurité , et se croyait hors d’état de résister à un si faible ennemi. Les Romains, qui n'avaient aucune insulte à craindre des troupes de Colonne, les laissèrent entrer sans obstacle : les gardes du pape furent dispersés en un moment ; et Clément, épouvanté du danger qui le menaçait, confus de sa crédulité, et presque abandonné de tout le monde, s'enfuit avec précipitation au château Saint-Ange, qui fut aussitôt investi. Le palais du Vatican, l’église de Saint-Pierre, les maisons des ministres et des gens du pape furent livrés sans ménagement au pillage; le reste de la ville ne souffrit aucun dommage. Clément , privé de tout ce qui lui était nécessaire, soit pour se défendre, soit pour subsister , fut bientôt forcé de demander à capituler ; et Moncade, introduit dans le château, lui imposa , avec toute la hauteur d’un conquérant , des conditions qu’il n’était pas en son pouvoir de refuser. Le principal article fut que Clément ne se bornerait pas à pardonner aux Colonne, mais qu'il les admettrait même à sa faveur, et qu'ilretirerait sur le champ'de l'armée des confédérés toutes les troupes qui étaient à sa solde !.

Les Colonne, qui ne parlaient de rien moins que de déposer Clément et d'élever à sa place, sur la chaire de saint Pierre, Pompée, leur parent, se récrièrent contre un traité qui les laissait à la merci d’un pontife justement irrité contre eux; mais Moncade, qui ne s’occupait que des intérêts de son maître, eut peu d’égards à leurs plaintes, et par cette heureuse opération désunit entièrement les forces des confédérés.

Dans le temps même que l’armée des confédérés s’affaiblissait par une diminution si consi-

1 Jovii, Vita Pomp. Colonn. Guich. liv.xvu, p. 407 Ruscelli,Lettere de princip., \,p. 104.

dérable l'un, co:

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es confé- 1 si consixv11, p. 407

dérable, les impériaux reçurent deux renforts ; l'un, composé de six mille hommes, venait d'Espagne sous la conduite de Lannoy et d’Alarçon ; l’autre avait été levé dans l'empire par Georges Frondsperg, gentilhomme allemand, qui, après avoir servi avec beaucoup de réputation dans les guerres d'Italie, avait acquis tant de faveur et de crédit parmi ses compatriotes, qu'ils venaient en foule se ranger sous ses étendards, ne cherchant que l’occasion de s'engager dans quelque entreprise militaire; et impatiens alors de se délivrer du joug du despotisme civil et religieux, il s'en enrôla jusqu'à quatorze mille au service de Frondsperg, sansautre grat.fication qu’un écu par chaque soldat. L’archiduc Ferdinand y ajoutaencore deux mille hommesde cavalerie levés en Autriche. L'empereur ne manquait donc pas de troupes; mais il ne pouvait trouver les fonds nécessaires à leur entretien. Ses revenus ordinaires étaient épuisés : dans l'enfance du commerce, le crédit des princes n’était pas fort étendu, et les cortès de Castille, malgré tous les artifices auxquels on eut recours pour les gagner, malgré quelques changemens qu'on fit dans leur constitution pour s'assurer de leurs suffrages, refusèrent constamment d'accorder à Charles aucun subside extraordinaire ! ; en sorte que plus l’armée devenait nombreuse, plus les généraux voyaient augmenter leur embarras. Bourbon, en particulier, se trouva dans une situation si critique, qu'il eut besoin de tout son courage pour s’en tirer. On devait des sommes immenses aux troupes espagnoles qui étaient déjà dans le Milanais, lorsque Frondsperg arriva encore avec six mille Allemands affamés et dépourvus de tout. Les premiers demandaient ce qu’on leur devait , les autres la payc qu’on leur avait promise à leur entrée aans le Milanais; et les uns et les autres parlaient avec beaucoup de hauteur. Bourbon était hors d'état de les satisfaire ; dans cette extrémité, il se vit forcé de commettre des gctes de violence qui répugnaient à son caractère, naturellement doux et humain. Il fit prendre les principaux citoyens de Milan, et, à force de menaces et même de tourmens, il en tira une somme considérable; il dépouilla les églises de toute leur argenterie et de tous leurs ornemens. Le produit de ces violences n’était pas encore suffi-

! Sandov., 1, 514

sant pour compléter la somme dont il avait besoin; mais en distribuant ce qu'il avait aux soldats, il sut si bien les adoucir par ses caresses et ses témoignages d'amitié, qu'il apaisa pour le moment tous les murmures, quoiqu'il fût bien loin d’avoir acquitté tout ce qui leur était dà !.

Bour bon, obligé de chercher d’autres expédiens pour se procurer de l’argent, accorda pour vingt mille ducats la vie et la liberté à Moron, qui avait été détenu en prison depuis la découverte de sa conspiration, et qui avait été condamné à mort par les juges espagnols nommés pour lui faire so procès. Tels étaient l'esprit et l'adresse de cet homme, et l’ascendant extraordiraire qu'il avait sur l'esprit de tous ceux qu'il approchait, qu’en peu de jours, de prisonnier qu'il était, il devint le plus intime confident de Bourbon, qui le consulta sur toutes les affaires importantes. Ce furent certainement ses insinuations qui firent naître dans l'esprit du connétable le soupçon que l’empereur n'avait jamais eu dessein de lui donner l'investiture du duché de Milan , et que Léve et les autres gnéraux espagnols étaient moins des adjoints ‘lestinés à le seconder de bonne foi dans l’exécuion de ses projets, que des espions apostés pour veliier sur sa conduite. Comme il conservait à l’âge de quatre-vingts ans toute l’audace de la jeunesse , on peut encore lui attribuer l’idée du projet hardi et inattendu que Bourbon osa tenter quelque temps après ?.

Les demandes et les besoins des troupes du Milanais devinrent si pre cas, qu'il fallut nécessairement songer à trouve: quelque expédient pour les satisfaire. Les arrérages de leur solde s'accumulaient tous les jours; l'empereur ne faisait passer aucune remise à ses généraux, et toute la rigueur ‘es exaetions militaires ne pouvait plus rien tirer d’un pays entièrement ruiné et épuisé. Dans cette situation, il ne restait plus que deux partis à prendre, ou de licencier l’armée, ou de la conduire dans le pays ennemi pour y subsister. Le territoire des Vénitiens était le plus voisin; mais ils avaient su, par leur prévoyance ordinaire, mettre leur pays à l'abri de toute insulte. Il fallait donc envahir les états de l’église ou ceux de Florence ; et Clément avait

* Ripamont., Æist. Mediol., lib. 1x, p. 716.

3 Guich, liv, xvu, p. 419.

mérité par ses dernières démarches que l'empereur en tirät la vengeance la plus sévère.

Ses troupes n'étaient pas plus tôt rentrées dans Rome, après le soulèvement des Colonne, que, sans aucun égard pour le traité conclu avec Moncade, il dégrada le cardinal, excommunia le reste de cette famille, s'empara de toutes les places fortes qu'elle occupait et fitravager ses terres avec toute la fureur que peut inspirer le ressentiment d'une injure récente : il tourna ensuite ses armes contre Naples; et comme il était secondé par la flotte française , il fit quelques progrès dans la conquête de ce royaume, avec d'autant plus de facilité que le vice-roi, ainsi que les autres généraux de l’empereur, manquait de l'argent dont il aurait eu bescin pour faire une vigoureuse résistance !,

Cette conduite du pape justifa en apparence les mesures que la nécessité fit prendre à Bourbon : le désavantage des circonstances dans lesquelles il entreprit d'exécuter son projet est une preuve incontestable et du désespoir où il était réduit, et de la supériorité des talens qui lui firent surmonter tant d'obstacles. Après avoir confié le gouvernement de Milan à Léve, qu'il n'était pas fâché de laisser derrière lui, il se mit en marche au fort de l'hiver à la tête d'une armée de vingt-cinq mille hommes, de nations , de mœurs et de langues différentes, sans argent, sans magasins, sans arlillerie, sans bagages; enfin sans aucune des choses nécessaires au plus petit détachement, et par conséquent essentielles pour faire mouvoir et même exister

une grande armée. Il avait à traverser un pays’

coupé de rivières et de montagnes, dont les chemins étaient impraticables; et pour mettre le comble à toutes ces difficultés, il voyait l'armée ennemie, supérieure en nombre, à portée d'épier tous ses mouvemens et de profiter de tous les avantages qui se présenteraient. Heureusement ses troupes, lassées de leurs souffrances présentes, n'en cherchaient que la fin : animées

d'ailleurs par l'espérance d'un butin immense, | elles ne firent pas seulement attention au mau- |

vais état dans lequel elles entreprenaient une marche si pénible, et suivirent leur chef avec allégresse. Son premier but était de se rendre

maitre de Plaisance, et d'accorder à ses soldats !

1 Jovius, Zita Ponp Colon. Guieh Hi vm, p.127.

le pillage de cette ville; mais la vigilance des généraux des alliés fit échouer ce projet. Bourbon ne réussit pas mieux dans le dessein de s'emparer de Bologne; cette ville se trouva pourvue à temps d'une garnison assez forte pour la mettre à couvert des insultes d'une armée qui n'avait ni munitions ni artillerie. Le mauvais succès de ces deux tentatives ne lui permettant plus d'espérer de conquérir aucune ville considérable, il fut forcé de marcher en avant ; mais il y avait déjà deux mois qu'il était en route; ses troupes avaient souffert tous les maux qu'une longue marche et li rigucur extraordinaire de la saison multipliaient sous les pas d’une armée qui se trouvait dépourvue de tout dans un pays ennemi. Les magnifiques promesses qui les avaient éblouies d’abord n'avaient eu aucun effet : elles ne voyaient aucune espérance d’un soulagement prochain : poussées à bout, elles commencèrent à murmurer, et en vinrent bientôt à une révolte déclarée. Quelques officiers, qui eurent la témérité de vouloir les réprimer, furent la victime de leur furié : Bourbon lui-même n’osa s'exposer au premier transport de leur rage, il fut obligé de s'enfuir secrètement de ses quartiers !. Mais leur fureur, après les premiers transports, commenca à se calmer peu à peu :

Bourbon, qui possédait au suprème degré l'art de manier l'esprit des soldats, en profita pour leur renouveler ses promesses avec un ton de confiance plus ferme encore qu'auparavant, et leur assura qu'ils en verraient bientôt l'accomplissement. Il tàchait de les engager à supporter leurs peines avec plus de patience, en les partageant lui-mème : il ne se ménageait pas plus que le dernier fantassin : il marchait avce eux à pied ; il joignait sa voix aux chansons qu'ils composaient, et dans lesquelles. au miliru des éloges qu'ils donnaient à sa valeur, ils mêlaient quelques railleries militaires sur sa pauvreté. Partout où ils passaient , il leur permettait de piller avec discrétion les villages voisins, comme pour commencer à s'acquitter avec eux des promesses qu'il leur avait faites : encouragés par ces adroites complaisances. ils oublièrent entièrement leurs souffrances et leurs plaintes, et continuérent de le suivre avec une confiance aussi aveugle qu'ilsluien eussent jamais montré?

Guich., Liv. xvus, p.34. dovius, a Colonr. 165

P. 245, et

2 OŒuc. de Brant, Vol

11527] Cependi:

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Guicbh., hi

[1526] gilance des rojet. Bour-

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on. 163

Cependant Bourbon cachait avec suin ses intentions. Rome et Florence , ne sachant de quel côté allait fondre l'orage, étaient dans l’incertitude la plus inquiétante, Clément, qui s'intéressait à la sûreté des deux villes, était plus irrésolu que jamais, et lorsque les approches rapides du danger exigeaient les mesures les plus promptes et les plus décisives, il perdait le temps à ‘élibérer sans rien conclure, ou à prendre un jour des résolutions que son esprit inquiet et plus adroit à découvrir les difficultés qu'à en trouver le remède, abandonnait le lendemain, sans pouvoir se fixer à aucun autre parti. Tantôt il était résolu de s'unir plus étroitement que ‘amais à ses alliés, et de pousser la guerre avec : igueur; tantôt il était d'avis de terminer à l'amiable tous les différends, en faisant un traité avec Lannoy qui, connaissant la passion du pape pour les négociations, lui faisait chaque jour, dans cette vue, de nouvelles propositions, A la fin sa timidité l'emporta et le détermina à conclure avec Lannoy un accommodement, dont les principaux articles étaient qu'il y aurait une suspension d'armes de huit mois entre les troupes du pape et celles de l’empereur ; que Clément avancerait une somme de soixante mille écus pour payer les troupes impériales ; que les Colonne seraient relevés des censures ecclésiastiques , et remis en possession de leurs terres et de leurs dignités; et que le vice-roi irait à Rome, et empècherait Bourbon de s'approcher plus près de cette ville, ainsi que de Florence !. Quoique ce traité ne laissat plus à Clément aucune espérance d'être soutenu par ses alliés, et ne lui donnât cependant aucun garant solide de sa sûreté, il se crut par-là délivré tout d’un coup de tous les embarras qui l'etfrayaient ; et, dans l'excès de sa confiance, il iicencia toutes ses troupes, à la réserve de ce qui était nécessaire pour la garde de sa personne. Guichardin, qui se trouvait alors au milieu de l'armée des :Îliés en qualité de commissaire général du pape, et que ce poste ainsi que ses grands talens mettaient à portée de voir toute l'illusion des espérances dont Clément se laissait abuser, ne pouvait concevoir cette étonnante confiance dans un pape qui, en toute aule occasion, #élait montré excessivement timide

MGoicb., is, xvn, p. #36.

et soupçonneux; il ne pouvait expliquer cette conduite qu'en l’attribuant à l'esprit d'aveuglement dont sont frappés ceux que le ciel a condamnés à une ruine inévitable !.

Il paraît que l'intention de Lannoy était d'exécuter de bonne foi le traité qu’il venait de faire ; ayant réussi à détacher Clément de la ligue. il eût voulu que Bourbon tournât ses arraes contre les Vénitiens, qui, de toutes les puissances en guerre avec l'empereur, étaient ceux qui avaient montré le plus de vigueur. Dans cette vue, il dépècha un courrier à Bourbon povx l’informer de la suspension d'armes qu'il venait de conclure avec le pape, au nom de leur commun maître.

Bourbon avait d'autres projets: et il était trop avancé dans son entreprise pour l'abandonner. Il'eût été dangereux de parler de retraite à ses soldats ; d’ailleurs il était bien aise de mortifier un homme qu'il avait tant de raisons de haïr.: et comme son crinmandement ne dépendait en rien de Lannoy, il ne tint aucun compte de son messaye, et continua de rayager les états ecclésiastiques et de s’avancer vers Florence. Son approche fit renaître toutes les terreurs et toutes les inquiétudes de Clément , qui eut recours à Lannoy et le conjura d'arrêter la marche de Bourbon. En conséquence Lannoy partit pour se rendre à l'armée , mais il n'osa s’en approcher. Dès que les soldats de Bourbon eurent connaissance de la tréve, ils entrèrent en fureur , se répandirent en menaces, et demandèrent l’accomplissement des promesses auxquelles ils s'étaient fiés : leur général même pouvait à peine les contenir; et tous les habitans de Rome virent bien qu'il ne restait plus d'autre parti que de se préparer à résister à l'orage qu'il n'était plus possible de détourner. Clément seul, comptant toujours sur quelques protestations équivoques et trompeuses que faisait Bourbon de son inclination pour la paix , retomba dans sa première sécurité ?.

Bourbon , de son côté , n'était pas sans inquiétude. Jusqu'ici toutes ses tentatives sur les places de quelque importance avaient échoué, et Florence, qu'il avait menacée quelque temps, se trouvait, par l’arrivée des troupes du duc d’Urbin , en état de braver une attaque. Il fallut alors changer nécessairement de route, et prendre

EGuiech, Liv. xvin, p, 446.

bi, p. #57, ete. Mém. de du Bellay, p. 100.

sur-le-champ une résolution nouvelle : il s'arrêta sans hésiter à un parti qui était aussi hardi qu’il parut impie à ses contemporains ; c'était d’attaquer Rome et de la livrer au pillage. H avait en effet plusieurs raisons pour s’y déterminer. Il était jaloux de traverser Lannoy qui avait entrepris de mettre cette ville en sûreté; il s'imagina que l'empereur serait très satisfait de voir humilier Clément , le premier auteur de la ligue qui s'était formée contre lui; il se flattait qu'en contenant l’avidité de ses soldats par l'immense butin de cette capitale, il les attacherait pour toujours à ses intérêts; ou, ce qui est plus vraisemblable encore , il espéra que la puissance et la gloire que lui promettait la prise de la première ville de la chrétienté le mettraient en état de jeter les fondemens d’un pouvoir irdépendant ; et qu'après avoir rompu toute liaison avec l'empereur, i! pourrait posséder en son nom seul Naples où quelques autres états d'Italie 1.

Quels c: ‘ssent ses motifs, il exécuta son projet a‘ ne célérité égaiz à l'audace qui l'avait conçu. Ses :cHats, qui avaient leur proie sous les yeux, ne se jlaignaient plus ni de leurs fatigues . ni de la fainine, ni du défaut de paye. Quand le pape les vit s'avancer de la Toscane vers Rome, il sentit la frivolité des espérances dont il s'était bercé ,et se réveilla tout à coup de son assoupissement ; mais il était trop tard. Un pontife, mème hardi et prompt à se décider, n'aurait plus eu assez de temps pour prendre les mesures efficaces et former avec succès un plan de défense. Sous la faible administration de Ciément, tout ne fut que consternation, désordre et irrésolution, Il rassembla cependant ceux de ses soldats licenciés qui étaient restés dans Rome; il arma les artisans et les domestiques des cardinaux; il fit réparer les brèches des murail! 5, commença de nouvelles fortifications, et excommunia Bourbon et ses soldats, flétrissant les Allemands du nom de luthériens, et les Espagnols de celui de Maures ?. Se reposant ainsi sur ces préparatifs imparfaits, et sur la terreur de ses armes spirituelles, que méprisaient encore plus des soldats affamés de butin, il parut quitter sa timidité naturelle, et, contre l'avis de son conseil, il résolut d'attendre l'ap-

? Brant, IV, 271; VI, 189 Belcavius, Concent., 591. : Seckend, liv. nu, p. 68

proche d’un ennemi qu'il aurait pu éviter s'il eût voulu se retirer à temps.

Bourbon, qui vit la nécessité de ne perdre aucun instant, puisque ses intentions étaient connues, marcha avec tant de vitesse qu’il devança de plusieurs journées l’armée du due:

d'Urbin, et vint camper dans les plaines de Rome, vers le soir du 5 de mai. De là il montra à ses soldats les palais et les églises de cette ca- Pitale de la république chrétienne, où les richesses de toute l’Europe étaient allées s’engloutir pendant tant desiècles, sans avoir jamais été entamées par une main ennemie: il les exhorta à prendre quelque repos pendant la nuit, pour se préparer à donner assaut le lendemain, et leur promic, pour prix de leur valeur et de leurs travaux, la possession de tous les trésors qui étaient rassemblés dans Roc.

Bourbon, résolu de rendre cette journée mémorable, ou par le succès de son entreprise ou par sa mort, parut dès le matin à la tête de ses troupes, armé de toutes pièces et portant pardessus son armure un habit blanc, pour être mieux vu de ses amis et de ses ennemis; et comme tout dépendait de ja vigueur de l'attaque, il mena sur-le-champ ses soldats à l'escalade des murailles Il tira des trois nations qui coniposaient son armée, rois corps séparés,

| l'un d’Allemands, l’autre d'Espagnols, et le

troisième d'Italiens; chacun d'eux fut chargé d'un? attaque différente, et le gros de l’armée s'avança pour les soutenir suivant les circonstances. Un épais brouillard déroba leur approche jusqu'à ce qu'ils eussent presque atteint le bord du fossé qui environnait les faubourgs. Les échelles furent plantées en un moment, et chaque détachement monta à l'assaut avec une impétuosité qu'animait encore l'émulation nationale, Ils furent d'abord reçus avec un courage égal au leur ; les gardes suisses du pape et les vieux soldats qu’il avait rassemblés, combattirent avec une bra-oure digne de guerriers à qui la défonse de la plus fameuse ville du monde était confiée. Les troupes de Bourbon, malgré toute leur valeur, ne faisaient aucun progres et commencaient mème à plier : Bourbon, qui sentit que ce moment critique allait décider du succès de la journée, se précipite de son cheval. court à la tête des assaillans, et arrachant une échelle des mains d'un soldat, il la plante con-

tre le mur,

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rachant une plante con-

tre le mur, et commence à y monter, encoura- | Biner le désastre et les horreurs qui suivirent

geant de la voix et du geste ses troupes à le suivre.Mais au mèmeinstant un coup de mousquet tiré des remparts lui perça les reins d'une balle, Il sentit aussitôt que la blessure était mortelle, mais il conserva assez de présence d'esprit pour recommander à ceux qui se trouvaient près de lui de couvrir son corps d’un manteau, afin que sa mort ne décourageàt pas ses troupes ; et quelques instans après il expira avec un courage digne d’une meilleure cause, et qui aurait couvert son nom de la plus grande gloire, s’il eût péri ainsi en défendant son pays, et non pas à la tête des ennemis de sa patrie.

Il fut impossible de cacher long-temps ce funeste événement : les soldats s’aperçurent bientôt de l'absence de leur général, qu'ils étaient accoutumés à voir partout où il y avait du danger; mais loin d'être abattus par cette perte, elle ne fit que changer leur courage en fureur. Le nom de Bourbon retentissait dans tous les rangs avec les cris de sang et de vengeance.

Les vieux soldats qui défendaient les remparts furent accablés par le nombre ; les nouvelles recrues de la ville prirent la fuite à la vue du péril, et l'ennemi pénétra dans Rome avec une violence irrésistible.

Durant le combat, Clément était au pied del'autel de Saint-Pierre, où il adressait au ciel des prières inutiles pour la victoire. Dès qu'il eut appris que ses troupes commençaient à reculer, il s'enfuit avec précipitation, et par un aveuglement plus étonnant encore que ses fautes précédentes, au lieu de s'évader par la porte opposée, où il n’avait à craindre la rencontre d'aucun ennemi, il alla se renfermer avec treize cardinaux, les ambassadeurs des cours étrangères, et plusieurs personnes de distinction, dans le même château Saint-Ange que son dernier malheur eût dû lui faire envisager comme un asile peu sûr. Tandis qu'il allait du Vatican à cette forteresse, il vit ses soldats fuyant devant un ennemi qui les poursuivait sans faire de quartier ; il entendit les cris et les gémissemens des citoyens . et vit commencer les maux que sen imprudenee et sa crédulité avaient attirés sur ses sujets?

Il est impossible de décrire, et même d'ima-

‘ Mém. de du Bellay, p. 101. Guich., liv. xvin,

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