‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 60 sur 132 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Les détails de la manière inhumaine dont le pape avait été traité remplirent toute l'Europe d'étonnement et d'horreur. L'audace inouïe d'un empereur chrétien , à qui sa dignité même imposait le devoir de protéger et de défeudre le saint siége, et qui , portant des mains violentes sur celui qui représentait Jésus-Christ sur la terre , retenait sa personne sacrée dans une captivité rigoureuse, parut généralement un acte d'impiété qui méritait la vengeance la plus éclatante, et qui sollicitait la prompte réunion de tous les fidèles enfans de l'église contre le coupable. François et Henri, alarmés des progrès que l'empereur faisait en Italie, s'étaient déjà étroitement liés avant la prise de Rome; et pour mettre un frein à l'ambition de l'empereur, ils étaient convenus de faire une puissante diversion dans les Pays-Bas. Les différens motifs qui les avaient déterminés d'abord n'avaient fait que se fortifier depuis ; il s'y joignit encore le dessein de délivrer le pape des mains de Prius reur, acte de politique qui favorisait {eus intéréis en faisant honneur à leur piété. Mais pour parvenir à leur but, il fallait abandonner les projets qu'ils avaient formés sur les Pays-Bas , et aller porter ie théâtre de la guerre dans le sein de l'Italie ; car ce n'était que par les opérations les plus vigoureuses qu'ils pouvaient se promettre avec certitude de délivrer Rome, et de mettre Clément en

liberté. François commençait à comprendre que | l'esprit de raffinement qu'il avait porté dans ses | vues politiques sur l'Italie l'avait entrainé trop |

loin; et que pour s'être trop relâché , il avait laissé prendre à Charles des avantages qu'il lui eût été facile de prévenir : il voulut se hâter de réparer , par une activité plus conforme à son caractère , une faute qu'il n'avait pas eu souvent à se reprocher. Henri pensait qu'il était temps de se joindre au roi de France pour empêcher l'empereur de devenir le maître absolu de l'Italie et d'acquérir par-là une supériorité de puissance

qui l'eût mis en état de donner ensuite des lois à tous les autres princes de l'Europe. Wolsey, dont François avait eu soin d'entretenir l'amitié par des caresses et des présens, moyens infaillibles de se l'attacher, ne négligea rien de ce qui pouvait animer son maître contre l'empereur.

Outre ces considérations publiques, Henri était encore excité par un motif particulier : c'était à peu près vers ce temps qu'il formait le grand projet de son divorce avec Catherine d’Arragon; il savait qu'il aurait besoin de l'autorité du pape, et il était jaloux d'acquérir des droits à sa reconnaissance, en paraissant le principal instrument de sa liberté.

Avec ces dispositions de la part des deux rois, la négociation ne fut pas longue. Wolsey avait reçu de son maître des pouvoirs sans bornes.

François traita en personne avec lui à Amiens, où le cardinal se rendit , et où il fut reçu avec une magnificence royale. Le mariage du duc d'Orléans avec la princesse Marie fut l’article fondamental de cette ligue : il fut arrèté que l'Italie serait le théâtre de la guerre ; on régla les forces de l’armée qu'on mettrait en campagne, et la quantité de troupes et d'argent que fournirait chaque prince ; et si l'empereur n'acceptait pas les propositions qu'on devait lui faire au nom des deux rois, ils s'engageaient à lui déclarer sur-le-champ la guerre, et à commencer aussitôt les hostilités. Henri, toujours impétueux dans ses résolutions, s'engagea avec tant de zèle et d’ardeur däus cette nouvelle aliiance, que, pour donner à François la plus grande preuve de son amitié et de son estime, il renoncça formellement à toutes les prétentions anciennes des rois d’Angleterre sur la couronne de France, prétentions quiavaient fait si long-temps l'orgueil et la rune de sa nation ; et il accepta par forme d'indemnité une pension de cinquante mille écus qui lui serait payée annuellement à lui et à ses successeurs !.

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Cepcrdant le pape, se trouvant hors d'état de satisfaire aux conditions de la capitulation , restait tosjours prisonnier sous la garde sévère d'Alurçon. Les Florentins n'eurent pas plus tôt appris le désastre de Rome , qu'ils coururent aux armes en tumulte, chassèrent le cardinal de Cortone qui gouvernait leur ville au nom du pape, mutilèvent les armoiries des Médicis, mirent en pièces les statues de Léon et de Clément, se déclarèrent un état libre, et rétablirent leur ancienne forme de gouvernement populaire. Les Vénitiens, voulant aussi profiter des malheurs du pape, leur allié, sesaisirent de Ravenneet d’autres places qui appartenaient à l'état ecclésiastique, sous prétexte de les garder en dépôt. Les ducs d'Urbin et de Ferrare prirent aussi leur part des dépouilles de cet infortuné pontife, qu'ils croyaient perdu sans ressource !,

Lannoy, d'un autre côté, cherchait à retirer quelques avantages solides de cet événement imprévu , dont le succès et l'éclat avaient donné tant de supériorité aux armes de son maitre.

Dans ce dessein , il marcha sur Rome avec Moncade et le marquis du Guast , à la tête de toutes les troupes qu'ils peuvent rassembler dans le royaume de Naples. L'arri ée de ce renfort fut un surcroît de calamité pour les malheureux habitans de Rome : les nouveau-venus, jaloux du riche butin qu'avaient fait leurs compagnons, imitérent leur licence , et dévortrent avec avidité les misérables restes qui avaient échappé à la rapacité des Espagnols et des Allemands,

Il n'y avait point alors en Italie d'armée capable de tenir tête aux impériaux, et pour réduire Bologne et les autres villes de l'état ecclésiastique , il ne fallait que se présenter devant leurs murailles. Mais les soldats accoutumés depuis si long-temps sous Bourbon à secouer toute discipline, et ayant goûté la douceur de vivre à discrétion dans une grande ville, sans reconnaitre presque l'autorité d’un maître, étaient devenus si ennemis de la subordination militaire et du service qu'ils refustrent de sortir de Rome avant qu'on leur eût payé les arrérages de leur solde ; condition qu'ils savaient bien qu'on ne pouvait pas leur accorder. I!s déclarèrent de plus qu'ils n'obéiraient qu'au prince d'Orange, que l'armée avait choisi pour général. Lannoy ,

tGuich., Liv. xvan, p. 453.

voyant qu'il n'y avait pas de sûreté pour lui à rester plus long-temps au milieu d'une armée sans subordination , qui méprisait sa dignité et haïssait sa personne, retourna à Naples où le suivirent bientôt, par les mêmes raisons de prudence, le marquis du Guast et Moncade, Le prince d'Orange, qui n'avait que le titre de général, et qui ne tenait son autorité que de la volonté d'une soldatesque que le succès et la licence avaient rendue insolente, était obligé de respecter leurs fantaisies beaucoup plus qu'ils ne respectaient ses ordres. Ainsi l'empereur, loin de recueillir aucun des avantages qu'il pouvait se promt \ réduction de Rome, eut

la mortificati ée la plus formidable qu'il eût jo pied rester dans un état d'inactior possible de la tirer !.

Le roi de France ct Vénitiens eurent tout le loisir de former de nouveaux projets , et de prendre de nouveaux engagemens pour délivrer le pape et défendre les droits de l'Italie. La nouvelle république de Florence eut l'imprudence de se joindre à eux ; et Lautrec, aux talens duquel les Italiens rendaient plus de justice que François, fut nommé généralissime de la ligue. Il n’accepta cet office qu'avec la plus grande répugnance, craignant de s’exposer une seconde fois aux embarras et aux disgrâces que pourraient lui attirer la négligence du roi, ou la malice de ses favoris. Les meilleures troupes de France marchèrent +ous ses ordres et le roi d’Angleterre, avant d’avoir encore déclaré la guerre à l'empereur, avança une somme considérable pour subvenir aux frais de l'expédition. Les opérations de Lautrec furent conduites avec prudence, avec vigueur et avec succès. Secondé d'André Doria , le plus grand homme de mer de ce siècle, il se rendit maître de Gênes, et rétablit dans cette république la faction de" “roses et la domination française. Il obligea \i:,andrie de se rendre après quelques jours de siége, et soumit € at le pays qui est en decà du Tésin. Il prit d'assaut Pavie qui avait si long -temps tenu contre les armes de son maître, et la laissa piller avec toute la cruauté qu’inspirait naturellement aux troupes françaises le souvenir du fatal désastre qu'elles avaient essuyé devant les murs de cette ville, S'il eût continué de tourner

tGuich., iv. xvus, p. 454.

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