ES LEE
se |
SÈE
o ni
HAAIIa11:
ses efforts contre le Milanais, Antoine de Léve,
qui le défendait avec un petit corps de troupes |!
qu'il ne conservait et n’entretenait qu'à force d'adresse et d'industrie, eût bientôt été forcé de céder ; mais Lautrec n’osa pas achever une conquête qui lui eût fait tant d'honneur, et dont la ligue eût retiré de si grands avantages. François savait que ses alliés étaient bien moins jaloux de !e voir étendre ses possessions dans l’Italie que d'affaiblir le pouvoir de l’empereur ; et ilcraignait que si une fois Sforce venait à être rétabli dans Milan, ils ne secondassent que très faiblement l'invasion qu’il méditait de faire dans le royaume de Naples; en conséquence Lautrec eut ordre de ne nas pousser trop ioin ses conquêtes dans la Lombardie. Heureusement les importunités du pape qui le sollicitait d'aller à son secours, et celles des Florentins qui le priaient de les protéger, furent si pressantes qu'elles lui fournirent un prétexte honnête de marcher en avant, sans avoir égard aux instances des Vénitiens et de Sforce , qui insistaient pour aller mettre le siége devant Milan !.
Tandis que Lautrec avançait lentement vers Rome, l'empereur eut le temps de délibérer sur ce qu'il devait faire de la personne du pape, toujours prisonnier au château Saint- Ange. Malgré le voile spécieux de la religion dont Charles s’efforça toujours de couvrir ses démarches, il prouva en plusieurs occasions qu’il était peu touché des considérations religieuses : dans celle-ci, en particulier, il avait souvent marqué le désir de faire transporter le pape en Espagne, afin de satisfaire l’orgueil de son ambition par le spectacle des deux plus illustres personnages de l’Europe successivement prisonniers à sa cour. Mais la crainte d'offenser encore davantage toutes les puissances de la chrétienté et de se rendre odieux à ses sujets mêmes le força de sacrifier la vanité à la prudence 2. Les progrès des confédérés le mettaient dans la nécessité de rendre promptement la liberté au pape, ou de le faire conduire dans quelque retraite plus sûre que le château Saint-Ange. Parmi tes différentes raisons qui lui firent préférer le premier parti, la plus forte était le défaut d'argent ; et il en avait un besoin pressant pour recruter son ar-
1 Guich,, liv. xvun, p. 461. Du Bellay, 107, etc. Mauroc, Æist. 'enet., liv. nn, p. 238.
* Guich., liv, xun, p. 457.
mée et pour payer les arrérages immenses qu'il lui devait. 11 avait assemblé les états de Castille à Valladolid, vers le commencement de l’année, pour lui exposer l’état de ses affaires ; il leur représenta la nécessité de faire de grands préparatifs pour résister à tous ses ennemis que la jalousie de ses succès allait réunir contre lui, et il demanda dans les termes les plus pressans des subsides considérables. Mais les états refusèrent de charger d’un nouveau fardeau la nation déjà épuisée par des dons extraordinaires, et persistèrent dans leurs refus !, malgré tous les efforts qu'il fit pour séduire ou pour intimider les membres de l'assemblée. Il ne lui restait donc plus d'autre ressource que d’extorquer de Clément, par forme de rançon, une somme suffisante pour acquitter ce qu’il devait à ses troupes, à qui il eût été fort inutile de proposer de sortir de Rome avant de les avoir payées.
Le pape, de son côté, ne restait pas dans l’inaction, et il intriguait avec assez de bonheur pour hâter sa délivrance. Ilvint à bout par ses flatteries et les démonstrations d’uneconfiancesans réserve de désarmer le ressentiment de Colonne, et il sut intéresser la vanité de ce cardinal, jaloux de montrer à l’Europe qu'après avoir eu le pouvoir d'humilier le pape, il avait encore celui de le rétablir dans sa dignité. Il gagna aussi Moron par des distinctions et des promesses : cet homme, par une de ces révolutions bizarres assez ordinaires dans la vie et qui fait bien connaître son caractère, avait repris toute l'autorité et tout le crédit qu'il avait eu sur les impériaux. L'adresse et l’ascendant de Colonne et de Moron aplanirent aisément toutes les difficultés que purent élever les ambassadeurs de l'empereur, et terminèrent bientôt le traité de la délivrance de Clément à des conditions dures à la vérité, mais aussi raisonnables qu'il pouvait l’attendre dans la situation où il se trouvait. Il fut obligé d'avancer argent comptant une somme de cent mille écus pour payer l’armée, de s'engager à en payer autant dans quinze jours, et cent cinquante mille autres au bout de trois mois. On lui fit promettre de ne prendre aucune part à la guerre qui se faisait contre l’empereur, soit en Lombardie, soit dans le royaume de Naples: il accorda à Charles une croisade et le dixième des revenus
1 Sandov., 1, p. 814.
ecclésia
il donn tion de plus gre session Lorsc
en vend tiques, € peu can en libert liberté a et agité aux mal riaux ne délivran en habit qu'Alarc conclusi connu. | suite et d'où iléc à Lautre liberté 2, Penda
de Franc Espagne avait con voulait p ces deux relâcher € de Madri tré inflex lions d’éc valent d enfans e son armé autres co À l'égard mander q des juges sitions fu roi de Fra plus près été dispo mettre de r'ait pas positions
? Guich., * Jbid., Hist. V'ene
(1527 nenses qu'il s de Castille t de l’année, s: il leur reauds prépais que la jatre lui, et il ressans des s refusèrent nation déjà es, et persisus les efforts der les memait donc plus de Clément, ffisante pour pes, à qui il de sortir de
as dans l’inacbonheur pour r ses flatteries € sans réserve 3olonne, et il nal, jaloux de eu le pouvoir lui de le rétaoron par des homme, par sez ordinaires tre son caractout le crédit L'adresse et on aplanirent purent élever t terminèrent de Clément à jais aussi raidans la situad'avancer arent mille écus er à en payer ent cinquante bis. On lui fit art à la guerre it en Lombars; il accorda à e des revenus
ecclésiastiques de l'Espagne; et non-seulement il donna des otages pour répondre de l’exécution de ces articles, il fut encore obligé, pour plus grande sûreté, de mettre l’empereur en possession de plusieurs villes !.
Lorsque le pape eut levé la première somme en vendant les diguités et les bénéfices ecclésiastiques, et en employant d'autres expédiens aussi peu canoniques, on fixa un jour pour le mettre en liberté. Mais Clément, impatient de se voir en liberté après les ennuis d’une prison de six mois, et agité par les soupçons et la défiance naturelle aux malheureux, craignait tant que les impériaux ne missent de nouveaux obstacles à sa délivrance, qu’il se déguisa la nuit précédente en habit de marchand, profita du relâchement qu'Alarçon avait mis dans sa vigilance depuis la conclusion du traité, et s'évada sans être reconnu. Il arriva devant le point du jour, sans suite et avec un seul de ses officiers, à Orvietto, d'où il écrivit aussitôt une lettre de remerciment à Lautrec, comme au principal instrument de sa liberté 2.
Pendant ces négociations , les ambassadeurs de France et d'Angleterre s'étaient rendus en Espagne, en conséquence du traité que Wolsey avait conclu avec François. L'empereur, qui ne voulait pas attirer sur lui les forces réunies de ces deux monarques, ne parut pas éloigné de se relâcher en quelque chose de la rigueur du traité de Madrid , sur lequel il s'était jusque-là montré inflexible. 11 offrit d'accepter les deux millions d’écus que François avait proposés en équivalent du duché de Bourgogne, et de mettre ses enfans en liberté, à condition qu’il rappellerait son armée d'Italie et lui rendrait Gênes avec les autres conquètes qu'il avait faites dans ce pays. A l'égard de Sforce, il persistait toujours à demander qu’on décidât de son sort, en nommant des juges pour lui faire son procès. Ces propositions furent faites à Henri, qui les fit passer au roi de France, son allié, qu'elles intéressaient de plus près, pour avoir sa réponse. Si François eût été disposé de bonne foi à conclure la paix et à mettre de l’uniformité dans sa conduite, il n’aurait pas hésité à accepter sur-le-champ ces propositions, qui différaient très peu des offres
? Guich., liv. xvunt, p. 467
* Jbid., p. 467, etc. Jov., lila Colonn., 169. Mauroc., Hist. Venet., iv. ui, p. 252.
qu'il avait faites lui-même auparavant !. Mais ses vues étaient bien changées. L'alliance de Henri, les progrès de Lautrec en Italie et la supériorité de son armée sur celle de l’empereur, ne lui permettaient pas de douter des succès de son entreprise sur Naples. Plein de ces hautes cspérances, il ne fut pas embarrassé de trouver des prétextes pour refuser ou pour éluder les propositions de l’empereur sous une apparence de pitié en faveur de Sforce, dont les intérêts n'avaient pas paru l’occuper jusqu'alors. Il demanda de nouveau que ce prince infortuné fût entièrement et sans aucune condition rétabli dans la pleine possession de ses états; et sous prétexte qu'il y aurait de l'imprudence à se reposer absolument sur la bonne foi de l'empereur, François exigeait qu'on lui rendit ses enfans avant que ses troupes quittassent l'Italie et rendissent Gènes. Des demandes si peu raisonnables et l'air de reproche qui les accompagnait , irritèrent Charles à un tel point qu'il eut dela peine à retenir son emportement ; il se repentit d'avoir montré une modération qui faisait si peu d'effet sur l'esprit de ses ennemis, et déclara qu’il ne se départirait pas du plus petit article des conditions qu’il venait d'offrir. Il est inconcevable que Henri ait voulu prêter son nom à des propositions si étranges : on était pourtant venu à bout de l'y déterminer, et sur la déclaration de l’empereur, les ambassadeurs de France et d’Angleterre demandèrent et obtinrent leur audience de congé ?.
Le lendemain, deux hérauts qui avaient accompagné à dessein les ambassadeurs, et qui jusque-là avaient caché leur caractère, parurent à la cour de l'empereur avec les attributs de leur office , et dès qu'ils furent introduits, ils lui déclaréreut la guerre au nom de leurs maîtres dans toutes les formes accoutumées. Charles les reçut l’un et l'autre avec la dignité qui convenait à son rang; mais il répondit à chacun en particulier avec un ton qui exprimait la différence des sentimens qu’il avait pour les deux souverains. Il accepta le défi du monarque anglais avec une fermeté tempérée de quelques marques d'égard et de respect. Sa réponse au roi de France était pleine de cette amertume d’expression que devait lui inspirer une rivalité person-
" Recueil des Traités, M, p. 249.
2 Ryin ,x1v, 200. Herbert , 85. Guich., liv. xvant, p. 47.
nelle, irritée encore par le souvenir de plusieurs outrages réciproques. Il chargea le héraut français d'avertir son maître qu'il ne le regarderait plus désormais que comme un vil infracteur de la foi publique, étranger aux sentimens d'honneur et de probité qui distinguent un gentilhomme. François, trop fier pour souffrir patiemment une imputation si insultante , s'avisa d'un expédient singulier pour soutenir son caractère el venger son honneur. Il renvoya sur-le-champ son héraut avec un cartel en règle, par lequel il donnait à l’empereur un démenti formel, le défiait en combat singulier, le sommait de fixer le temps et le lieu du rendez-vous, et lui donnait le choix des armes. Charles, aussi vif et aussi brave que son rival, accepta le défi sans balancer: mais après divers messages de part et d'autre pour régler toutes les circonstances du combat, messages toujours accompagnés de reproches mutuels, qui dégénérèrent presque en iojures, le projet de ce duel, qui convenait en effet beaucoup mieux à des héros de roman qu'aux deux plus grands monarques du siècle, fut entièrement oublié !.
L'exemple que venaient de donner deux si grands rois attira l'attention générale; il eut tant d'autorité sur les esprits, qu'il produisit une révolution sensible dans les mœurs de toute l'Europe. J'ai déjà dit que les duels avaient été permis long-temps par les lois de toutes les nations européennes, qu'ils faisaient partie de leur jurisprudence, et qu’ils étaient autorisés par le magistrat en plusieurs occasions, comme le moyen le plus sûr de décider des questions, tant civiles que criminelles. Mais comme ces combats singuliers étaient regardés comme des appels solennels faits à la justice et à la toute-puissance de l'Étre suprème, la loi ne les autorisait que dans les causes publiques, et fixait des formes juridiques pour y procéder. Les hommes, accoutumés à voir employer cette méthode de juger par les cours de justice, ne tardèrent pas à l'employer aussi dans leurs querelles particulières et personnelles, et ce second pas ne fut pas éloigné du premier. Dès lors les duels, qui d’abord ne pouvaient avoir lieu que par l'ordonnance du magistrat civil, s’engagérent bientôt sans l'intervention de ce magistrat , et s'étendirent à
‘ Recueil des Traités, W. Mém. de du Bellay, 103, ete, Sandov., Æist., V, 837.
plusieurs cas que la loi n'avait pas marqués. Ce qui venait de se passer entre Charles et Francois accrédita singulièrement cette pratique. Au premier affront, à la moindre insulte qui touchait l'honneur, un gentilhomme se croyait en droit de tirer l'épée et d'appeler son adversaire en duel pour lui faire raison. Une pareille opinion, introduite parmi des peuples qui joignaient le courage et la fierté à des mœurs grossières et féroces, chez qui les insultes étaient fréquentes ct le ressentiment actif, ne pouvait manquer de produire les effets les plus funestes; le plus beau sang de l'Europe fut versé dans les duels ; mille vies utiles furent sacrifiées , et il y eut des temps où ces querelles d'honneur furent plus destructives que les guerres nationales. Tel est d'ailleurs l'empire de la mode, que ni la terreur des lois pénales , ni le respect pour la religion n'ont pu entièrement abolir une coutume inconnue aux anciens et contraire à tous les principes de la droite raison : il faut pourtant avouer aussi que nous devons en partie à cet usage absurde la politesse et la douceur remarquable des mœurs modernes, ces égards attentifs qu’un homme à pour un autre, et qui rendent aujourd'hui le commerce de la société beaucoup plus agréable et bien plus décent qu'il ne l’a jamais été chez les nations de l’antiquité les mieux civilisées. Tandis queles deux monarques paraissaient si jaloux de terminer leur querelle par un combat singulier, Lautrec continuait en Italie ses opérations, a°* nromettaient d’être plus décisives. Son armt \ s'était grossie , et qui était alors de trente : ., mille hommes, marchait à grandes journées vers Naples. La terreur qu'inspira son approche, jointe aux représentations et aux instances du prince d'Orange, détermina à la fin, mais après beaucoup de résistance, les troupes impériales à sortir de Rome, qu’elles opprimaient depuis dix mois entiers. Mais de cette armée florissante qui était entrée dans cette ville, à peine en restait-il la moitié; l'autre, détruite par la peste, ou par les maladies qui étaient le fruit d’une longue inaction , de l'intempérance et de la débauche, fut la victime de ses propres crimes !. Lautrec fit les plus grands efforts pour attaquer les impériaux dans leur retraite, vers le territoire de Naples; dans ce moment un seul succès aurait terminé la
"Guich., div. «vu p. 478.
zuerre; | certa tou à Naples ce royau plus actil le joug e:
ver(s, et s'établir, peine res portante.
la force n Naples à trec cepe ples ; mai réduire p de troupe plus lent.
avoir pris certaines que la fan capituler.
le mauvai les ennerr maitres d command l'entrée d Lannoy e de clé barquant l'élite des attaqua D çaises et v rité dans ment et dl Le vice-ra sa flotte d tion ayan fil embard ct les env de sa victs Malgré succès pro nirent po espérance fois qu'il
conduite «
Guich.,
narqués. Ce et Francois ue. Au prequi touchait ait en droit versaire en lle opinion, ignaient le ssières et féréquentes ct manquer de tes; le plus ns les duels; | il y eut des furent plus ales. Tel est ni la terreur r la religion atume inconles principes avouer aussi sage absurde le des mœurs ‘un homme à ujourd'hui le plus agréable mais été chez civilisées.
baraissaient si bar un combat talie ses opélus décisives.
qui était alors hait à graneur qu'inspira iations et aux termina à la nce, les trouqu’elles op- Mais de cette ie dans cette moitié ; l’aules maladies + inaction , de fut la victime cfit les plus npériaux dans Naples ; dans it terminé là
guerre ; mais la prudence de leurs chefs déconcerta toutes ses mesures , et ils arrivèrent enfin à Naples sans beaucoup de perte. Le peuple de ce royaume, qui avait toujours été la proie du plus actif et du plus fort, impatient de secouer le joug, espagnol, reçut les Français à bras ouverts, et partout où ils voulurent se montrer et s'établir, à la réserve de Gaëte et de Naples, à peine resta-t-il aux impériaux quelque place importante. Ils durent la conservation de Gaëte à la force naturelle de ses fortifications , et celle de Naples à la présence de l'armée impériale. Lautrec cependant se présenta sous les murs de Naples; mais voyant qu'il ne pouvait espérer de réduire par la force une ville défendue par tant de troupes, il fut obligé de la bloquer, méthode plus lente, mais moins dangereuse; et après avoir pris les mesures qui lui parurent les plus certaines , il assura avec confiance à son maître que la famine obligerait bientôt les assiégés de capituler. Cette espérance se fortifia encore par le mauvais succès d’une tentative vigoureuse que les ennemis venaient de faire pour se rendre maîtres de la mer. Les galères d'André Doria, commandées par son neveu Philippin, gardaient l'entrée du port. Moucade, qui avait succédé à Lannoy en qualité de vice-roi, arma un nombre de galères supérieures à celles de Doria, et s'embarquant lui-même avec le marquis du Guast et l'élite des officiers er des soldats espagnols, il attaqua Doria avant la jonction des flottes françaises et vénitiennes. Mais Doria, par sa supériorité dans l’art des manœuvres, triompha aisément et de la valeur et du nombre des Espagnols. Le vice-roi fut tué, et la plus grande partie de sa flotte détruite: plusieurs officiers de distinction ayant été faits prisouniers, Philippin les fil embarquer sur les galères qu’il avait prises, ct les envoya à son oncle, comme des trophées de sa victoire !.
Malgré cet avantage, qui flattait Lautrec d’un succès prochain , plusieurs circonstances se réunirent pour traverser ses vues et tromper ses espérances. Quoique Clément eût reconnu mille fois qu'il devait à François sa liberté, et qu'il se fût plaint souvent de la manière cruelle dont l'empereur l'avait traité, il ne réglait plus sa conduite sur sa reconnaissance, et ce qui est
* Guich., liv, xix, p. 487. P. Heuter., liv. x, cap. 11, p.251.
plus extraordinaire, il ne songeait plus à se venger de l’empereur. Ses malheurs passés l’avaient rendu plus circonspect que jamais ; il repassa dans sa mémoire toutes les fautes qu'il avait faites, et ses réflexions ne firent qu’augmenter l’irrésolution naturelle de son caractère. Tandis qu’il amusait François par des promesses, ilnégociait en secret avec Charles; jaloux de rendre à sa famille l’autorité qu’elle exerçait auparavant à Florence, il sentait qu'il ne pouvait attendre ce service de François, qui avait formé une alliance des plus étroites avec la nouvelle république: il penchait donc beaucoup plus du côté de son ennemi que du côté de son bienfaiteur, et il ne seconda en rien les opérations de Lautrec. Les Vénitiens de leur côté voyaient avec jalousie les progrès de l’armée française : occupés uniquement à reprendre pour eux-mèmes quelques villes maritimes du royaume de Naples, ils ne prenaient aucun intérêt à la reduction de Naples, d’où dépendait le succès de la cause commune.
Le roi d'Angleterre ne put exécuter le projet qu'il avait formé d’embarrasser l'empereur en l'attaquant dans les Pays-Bas. Il avait trouvé dans ses sujets la plus grande aversion pour une guerre inutile, qui ne tendait qu'à ruiner le commerce de la nation; afin de prévenir une révolte prête à éclater, il fut mème forcé de conclure une trève de huit mois avec la gouvernante des Pays-Bas ?. François lui-même, parune suite de cette inattentiun inexcusable, qui lui avait déjà été si souvent fatale, négligea de faire passer à Lautrec les fonds nécessaires 3 pour l'entretien de son armée.
Ces événemens imprévus retardaient le progrès des Français et décourageaient à la fois les soldats et le général, lorsque la révolte inattendue d'André Doria vint achever de renverser toutes leurs espérances. Ce brave officier , citoyen d’une république, et élevé dès son enfance dans le service maritime, avait conservé l'esprit d'indépendance naturel à un républicain, avec toute la franchise et la simplicité de mœurs qui distinguent les gens de mer. Incapable de se plier à l'esprit d’intrigue et de flatterie, nécessaire pour réussir dans les cours, et ayant
! Guich., liv. x1x, p. 491.
? Herbert , 90. Rymer, x1v, p. 258.
# Guich., liv. xvnr, p. 478.