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d’ailleurs le sentiment de son mérite et de son prix, il disait en toute occasion son avis avec liberté, et faisait sans ménagement ses plaintes et ses remontrances sur ce qui le blessait. Les ministres de François, peu accoutumés à ces libertés, résolurent de perdre un homme qui les traitait avec si peu d'égards; et quoique François sentit toute la valeur des services de Doria, et qu'il eût une haute idée de son caractère, les courtisans, en le représentant sans cesse comme un homme hautain, intraitable, et plus occupé de son propre agrandissement que des intérêts de la France, vinrent à bout de détruire insensiblement son crédit, et de jeter dans l'esprit du roi des soupçons et de la défiance. Bientôt Doria eut à souffrir beaucoup d’affronts et d'injustices; ses appointemens n'étaient pas régulièrement payés ; ses avis, même sur les affaires maritimes, furent souvent dédaignés; on fit une tentative pour enlever à son neveu les prisonniers qu'il avait faits dans le combat naval de Naples : tous ces procédés l'avaient déjà rempli de ressentiment, lorsqu'une nouvelle injure faite à sa patrie acheva de lasser sa patience. Les Français commençaient à fortifier Savone et à nettoyer son port; eten y transportant quelques branches de commerce dont Gènes était en possession, ils montrèrent assez que leur intention était de faire de cette ville, qui depuis longtemps était l'objet de la jalousie et de la haine des Génois, la rivale de leur commerce et de leur opulence. Doria, animé d'un zèle patriotique pour l'honneur et pour l'intérêt de son pays, s'en plaignit avec beaucoup de hauteur, et alla mème jusqu’à menacer, si l’on n'’abandonnait aussitôt ce projet. Cette démarche hardie, exagérée par la haine des courtisans, et présentée dans le jour le plus odieux, irrita si fort François, qu’il donna ordre à Barbésieux, amiral du Levant , de faire voile vers Gènes avec la flotte française pour arrêter Doria et s’emparer de ses galères. Il eût fallu le plus profond secret pour assurer l'exécution de cet ordre imprudent ; mais on prit si peu de suin de le cacher que Doria en fut instruit de bonne heure , et eut tout le temps de se retirer avec ses galères dans un lieu sùr. Du Guast, son prisonnier , qui depuis long-temps observait les progrès de son mécontentement et cherchait à l'accroitre, qui l'avait souvent sollicité d’entrer au service de
l'empereur en lui promettant les plus grands avantages, n'eut garde de laisser échapper une si belle occasion. Lorsqu'il vit que le ressentiment et l’indignation de Doria étaient à leur comble, il profita de ce moment et le détermina à envoyer un de ses officiers à la cour de l'empereur pour faire de sa part des ouvertures et des propositions. La négociation ne fut pas longue : Charles sentit toute l'importance d'une telle acquisition et consentit à toutes ses demandes. Doria renvoya aussitôt à François sa commission et le collier de Saint-Michel ; et, arborant le pavillon de l'empereur, il fit voiles avec toutes ses galères vers Naples, non pour bloquer le port de cette malheureuse ville, comme il s’y était engagé, mais pour la secourir et la délivrer.
Son arrivée rouvrit la communication de la mer, et ramena l'abondance dans Naples qui se trouvait alors réduite à la plus grande disette, Les Français, qui n'étaient plus les maîtres de la mer, ne tardèrent pas à manquer de vivres et se trouvèrent réduits aux plus fâcheuses extrémités. Le prince d'Orange, qui avait succédé an vice-roi dans le commandement de l'armée impériale, se montra, par sa bonne conduite, digne de cet honneur, que sa bonne fortune et la mort de ses généraux lui avaient procuré deux fois. Chéri des troupes qui se souvenaient des succès qu'ils avaient eus sous son commandement et qui lui obéissaient avec le plus grand zèle, il ne laissait échapper aucune occasion de harasser l'ennemi, et ne cessait de le harceler et de l'affaiblir par des alarmes et des sorties continuelles !. Pour comble d'infortunes, les maladies, si communes dans ce pays pendant les chaleurs de l'été, commencèrent à se répandre parmi les Français. Les prisonniers avaient apporté la peste de Rome à Naples; elle fit tant de ravages dans leur camp, qu’il n’y eut bientôt qu'un très petit nombre de soldats et d'officiers qui échappèrent à la contagion. De toute l'armée, il ne restait pas quatre mille hommes en état de faire le service ?, nombre qui suffisait à peine pour défendre le camp, où, bientôt assiégés à leur tour, les Francais éprouvérent tous les maux dont les impériaux venaient d'être dé-
‘ Jovius, Æist., iv. xxxvi, p. 31, etc. Sigonü Jia Doriæ, p. 1139. Du Bellay, p. 124, etc.
? Du Bellay, p. 121, etc.
livrés.
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contre tant d'obstacles et de calamités qui abattaient son âme en même temps que la peste dévorait ses entrailles, mourut en déplorant la négligence de son souverain et l'infidélité de ses alliés, dont tant de braves gens étaient les victimes !. Sa mort et la maladie des autres officiers généraux firent tomber le commandement au marquis de Saluces. Cet officier, qui n'avait pas des talens propres à soutenir un si grand fardeau, se retira en désordre à Aversa, traînant après lui des troupes découragées et réduites à un très petit nombre. La ville fut bientôt investie par le prince d'Orange, et Saluces se vit dans la nécessité de consentir à rester prisonnier de guerre, à perdre tout son bagage, et à laisser conduire, sous la garde d'un détachement, ses troupes désarmées et sans drapeaux jusqu'aux frontières de France. Cette honteuse capitulation sauva les malheureux débris de l'armée française , et l'empereur, par sa fermeté et par la bonne conduite de ses généraux, reprit sa supériorité en Italie 2.
La perte de Gênes suivit de près la ruine de l'armée française devant Naples. La première ambition de Doria avait toujours été de délivrer sa patrie de toute domination étrangère : c'était là le principal motif qui l'avait engagé à quitter le service de France pour passer à celui de l’empereur. Jamais il n'avait eu une occasion plus favorable d'exécuter cette noble entreprise. La ville de Gênes, affligée de la peste, était presque abandonnée des habitans ; la garnison française était mal payée et réduite à une poignée de soldats, sans qu'on songeàt à y faire passer des recrues; les émissaires de Doria virent que ceux des citoyens qui y restaient, également fatigués de la domination française et de la domination espagnole, dont ils avaient alternativement éprouvé la rigueur, étaient prêts à le recevoir comme leur libérateur, et à seconder toutes ses mesures. Doria, assuré que tout favorisait son dessein, fit voiles le long de la rivière de Gènes : à son approche les galères françaises se retirèrent ; ct un petit détachement qu’il mit à terre surprit pendant la nuit une des portes de la ville. Trivulce, gouverneur français, s’enferma dans la citadelle avec sa faible garnison,
1 P. Heuter., Rerum austr., iv. x, cap. n1, p. 231.
? Du Bellay, 117, etc. Jovius, Aist., liv. xxv, xxvE. LR
combat et sans verser de sang. Trivulce, à qui les vivres manquèrent, fut bientôt obligé de capituler; et les Génois, voulant abolir l'odieux monument de leur servitude , coururent en tumulte à la citadelle et la rasèrent jusqu'aux fondemens.
Doria, qui venait de délivrer si heureusement son pays de l'oppression, pouvait sans obstacle s'emparer du pouvoir absolu. La réputation qu’il s'était acquise par ses exploits, le succès de cette dernière entreprise, l'attachement qu'avaient pour lui ses amis, la reconnaissance dont ses compatriotes étaient pénétrés, l'appui de l'empereur , tout conspirait à lui aplanir le chemin de la souveraineté; tout l’invitait à s’en emparer. Mais, par une grandeur d’âme dont il est peu d'exemples, il sacrifia toute idée de s’agrandir à la vertueuse satisfaction d'établir la liberté dans sa patrie, objet le plus noble que l'ambition puisse se proposer. Ayant assemblé le peuple dans la cour qui était devant son palais, il déclara que le plaisir qu’il ressentait de voir ses compatriotes libres encore une fois était pour lui la récompense la plus douce de tous ses services; que le nom de citoyen avait pour lui plus de charmes que celui de souverain ; qu’il ne voulait ni autorité ni prééminence sur ses égaux, et qu'il les laissait entièrement les maîtres d'établir la forme de gouvernement qu'ils jugeraicnt à propos de choisir. Le peuple l'écoutait en versant des larmes d’admiration et de joie. On choisit douze personnes pour former le plan de la nouvelle république. L'exemple de Doria inspira à ses concitoyens le même enthousiasme de générosité et de vertu: les malheureuses factions qui avaient si long-temps déchiré et ruiné cet état parurent entièrement oubliées, et l'on prit toutes les précautions que dicta la prudence pour les empècher de renaître; on établit enfin, avec un applaudissement universel, la même forme de gouvernement qui a subsisté à Gènes depuis ce temps-là jusqu’à nos
jours, presque sans aucune altération. Doria vécut jusqu’à un âge fort avancé, chéri, respecté et honoré de ses compatriotes : jamais sa modération ne se démentit, et sans s'arroger aucun droit au-dessus des autres citoyens, il conserva le plus grand ascendant dans tous les conscils d’une république qui devait son existence
à sa générosité. L'autorité dont il jouissait était sans doute plus flatteuse et plus satisfaisante que celle qu'il aurait emprunté du titre de souverain : son empire, fondé sur la reconnaissance, était soutenu par l'amour et le respect qu’inspire la vertu, et non par la crainte qu’excite le pouvoir. Sa mémoire est encore révérée des Génois : dans tous leurs monumens publics comme dans tous les ouvrages de leurs historiens, son nom paraît toujours décoré des plus honorables des titres, de ceux de père de sa patrie et de restaurateur de sa liberté !.
François , jaloux de rétablir la réputation de ses armes, flétrie par tant de revers, fit de nouveaux efforts dans le Milanais. Mais le comte de Saint-Pol, officier téméraire et sans expérience, à qui il donna le commandement de son armée, n'était pas un émule à opposer à Antoine de Léve, le plus habile des généraux de l'empereur. Celui-ci, profondément instruit dans l’art de la guerre, sut repousser avec une poignée de soldats, et rendre inutiles les attaques assez vives, mais mal concertées des Français ; et malgré ses infirmités, qui l’obligeaient à se faire constamment porter dans une litière, il les surpassa toujours dans l’occasion en activité et en prudence. Par une marche imprévue, il surprit, battit, prit le comte de Saint-Pol, et détruisit l'armée française dans le Milanais, aussi complétement que le prince d'Orange avait détruit celle qui assiégeait Naples 2.
Malgré la vigueur avec laquelle on continuait la guerre, chaque parti laissait voir le plus grand désir de la paix, et l’on ne cessait de négocier pour y parvenir. Le roi de France , découragé et presque entièrement épuisé par tant d’entreprises malheureuses , n’espérait plus de se procurer, par la force de ses armes, l'élargissement de ses enfans, et il était réduit à proposer des dédommagemens pour l'obtenir. Le pape comptait regagner par un traité ce qu’il avait perdu dans la guerre. Charles, malgré tous ses succès, ne manquait pas non plus de raisons pour souhaiter un accommodement. Soliman, après avoir ravagé la Hongrie, était près de fondre sur l'Autriche avec toutes les forces de l'Orient. La
* Guich., liv. xx, p. 498. Sigon., J'ita Doriæ, p. 1146. Jov., ist. liv. xxvs, p. 36, etc.
? Guich., liv. x1X, p. 520. P. Heuter., Rerum aust., div. x,cuu, p. 233. Du Bellay, p. 121.
réformation gagnait tous les jours du terrain en Allemagne , et les princes qui la favorisaient avaient formé une confédération qui alarmait l'empereur pour la tranquillité de l'empire. Les Espagnols murmuraient d'une guerre dont ils portaient presque seuls tout le poids ; et la modicité des revenus de Charles ne pouvait suffire à la multiplicité et à l'étendue de ses opérations. Tous les succès qu'il avait eus jusqu'alors , il les devait principalement à son bonheur et à l'habileté de ses généraux, et il ne pouvait pas se flatter que des troupes qui manquaient de tout eussent toujours l'avantage sur des ennemis qui étaient en état de renouveler leurs attaques. Cependant toutes les puissances étaient également embarrassées pour cacher ou pour dissimuler leurs véritables sentimens. L'empereur, afin qu'on ne le soupçonnât pas d’être hors d'état de continuer la guerre , exigeait des conditions dures , et d’un ton de conquérant. Le pape ne voulant pas perdre ses alliés actuels avant d’avoir fait quelque accommodement avec Charles, continuait de leur faire mille protestations de fidélité, et négociait secrètement avec l’empereur. François , dans la crainte que ses alliés ne le prévinssent et ne fissent avec l’empereur leur traité particulier, eut recours à plusieurs artifices peu honorables, afin de détourner leur attention des mesures qu'il prenait pour concilier ses différends avec son rival.
Dans cette situation des affaires , tandis que tous les partis désiraient la paix, et n'osaient pourtant se hâter de faire les avances nécessaires pour l'obtenir, deux femmes entreprirent de remplir les vœux de toute l’Europe , et de lui procurer ce bien tant désiré. Marguerite d'Autriche , douairière de Savoie et tante de l'empereur ; et Louise, mère de François, convinrent d'une entrevue à Cambray ; s'étant logées dans deux maisons contiguës, auxquelles on ouvrit une communication , elles s'y abouchtrent sans cérémonial ni formalités, et y tinrent seules des conférences journalières, où personne n'était admis. Comme elles étaient toutes deux très versées dans les affaires, parfaitement instruites des secrets de leurs cours respectives, et qu’elles avaient l'une pour l’autre une confiance sans réserve, elles firent bientôt des progrès rapides vers un accommodement définitif ; tous les ambassadeurs des alliés attendirent avec la plus
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11599] LIVRE Il. 267
grande inquiétude que ces deux princesses eus- | servant cependant de faire valoir, dans toute sent prononcé sur le destin de l'Europe !. leur force, ses droits et ses prétentions à ce du- Mais quelque diligence qu'elles pussent faire | ché; que François paierait deux millions d'écus pour accélérer la conclusion d'une paix géné- | pour la rançon de ses fils, et qu'avant leur rale, le pape eut encore le secret et l'adresse de | élargissement il rendrait toutes les villes qu'il prévenir ses alliés, et de conclure à Barcelone | tenait encore dans le Milanais ; qu’il cèderait la son traité particulier. L'empereur . impatient de | souveraineté de la Flandre et de l'Artois; qu'il visiter l'Italie en allant en Allemagne, voulut | renoncerait à toutes ses prétentions sur Naples, rétablir la tranquillité dans la première de ces | Milan , Gènes, et sur toutes les autresvilles sicontrées, avant que de travailler à apaiser les | tuées au-delà des Alpes; qu'aussitôt après le troubles dont la seconde était remplie; il crut | traité, il épouserait, comme il en avait déjà été donc nécessaire de s'assurer du moins, avec quel- | convenu, Éléonore, sœur de l'empereur !. que puissance d'Italie, une alliance sur laquelle Ce fut ainsi que François, par l'excessive imil pût compter. Celle du pape, qui ne cessait de | patience qu’il avait de revoir ses enfans en lile solliciter, lui parut préférable à toutes les | berté, sacrifia tout ce qui l'avait d’abord porté autres. Charles désirait vivement une occasion | à prendre les armes et à continuer les hostilités de réparer, en quelque sorte, les insultes qu’il | pendant neuf années consécutives; ce qui faisait avait faites au caractère sacré du chef de l'église, | une guerre d’une longueur presque inconnue à et de lui faire oublier le passé par quelques ser- | l'Europe, avant que l'établissement des troupes vices présens; en conséquence il traita Clément, | réglées, et l'imposition des taxes extraordinaires après toutes ses infortunes, beaucoup plus fa- | fussent devenus universels. Par ce traité, l’'emvorablement que ce pape n’eût pu l’attendre | pereur devint le seul arbitre du sort de l'Italie ; d'une longue suite de succès. Entre autres ar- | il affranchit ses domaines des Pays-Bas d'une ticles, l'empereur s'engagea à lui rendre tous | marque honteuse de servitude; et après avoir les territoires qui appartenaient à l’état ecclé- | vaincu son rival les armes à la main, il lui imsiastique ; à rétablir dans Florence la domination | posa en maître les conditions de la paix. La des Médicis ; à marier sa fille naturelle à Alexan- | guerre devait naturellement finir ainsi, à en dre, chef de cette famille ; à laisser le pape l'ar- | juger par la conduite différente que les deux bitre absolu de la destinée de Sforce et de la | roisavaient tenue dans leurs opérations. Chartes , souveraineté du Milauais. En retour de ces im- | par caractère, autant que par la nécessité de sa portantes concessions, Clément donna à l’empe- | situation', combinait tous ses plans avec la plus reur l'investiture du royaume de Naples, sans se | grande prudence, et les suivait avec fermeté : réserver d'autre tribut que le présent d’une ha- | toujours attentif à observer les circonstances et quenée blanche, en reconnaissance de sa suze- | les événemens, il ne laissait échapper aucune des raineté ; il donna de plus une absolution générale | occasions ui pauvaient lui procurer quelque à tous ceux qui avaient ‘eu part à l'assaut et au | avantage. Frar sois, plus entreprenant que conspillage de Rome; il ‘permit à Charles et à son | tant dans ses projets, s'engageait avec ardeur frère Ferdinand de lever dans leurs états un | dans de grandes entreprises , et se refroidissait quart des revenus ecclésiastiques à. dans l'exécution : distrait par ses plaisirs, ou La nouvelle de ce traité accéléra les négocia- | trompé par ses courtisans , il perdait souvent tions de Cambray , et détermina Marguerite et | les occasions les plus favorables. Les qualités Louise à conclure sur-le-champ. Le traité de | opposées des généraux qu’employèrent les deux Madrid servit de base à celui qu'elles firent , et | rois n'influtrent pas moins sur les succès de la mt dont l'objet fut d’adoucir la rigueur des condi- | guerre que la différence du caractère de leurs tions du premier. Les articles principaux furent, | maîtres. On vit toujours dans les généraux de que l’empereur ne demanderait pas, pour le | l'empereur la valeur tempérée par la prudence ; présent , la restitution de la Bourgogne, se ré- | un esprit fertile en ressources et éclairé par l'ex-
© 1P. Heuterus, Rer. austr.,liv. x, eut, p. 133. Du Bellay, p. 122.
2 QGuich.. div. sv, p. 522.
1 P, Heuter., Rer. aust., iv. x, ©. us, p. 234, Sandov., vol. 1, p. 28.
périence; une grande sagacité à pénétrer les vues de l'ennemi ; une grande habileté à conduire leurs propres desseins, tous les talens enfin qui forment les grands capitaines, et qui assurent la victoire. Les généraux français manquérent de toutes ces qualités, et avaient la plupart les défauts contraires; si l'on excepte Lautrec, qui fut toujours malheureux, il n’y en eut pas un seul qui pôt se vanter d'égaler le mérite de Pescaire, de Léve, de du Guast, du prince d'Orange, et des autres chefs que Charles opposa aux Français. Bourbon, Moron et Doria, qui, par leurs grands talens et par leur conduite, eussent pu balancer la supériorité que lesimpériaux avaient acquise, furent perdus pour la France par la négligence du roi, ou par la méchanceté et l'injustice de ses courtisans; et l'on a dû remarquer que les plus grands coups qui furent portés à la France pendant toute la durée de la guerre, furent dirigés par le ressentiment et le désespoir de ces trois hommes, qui s'étaient vus forcés d'abandonner son service,
Les rigoureuses conditions que François fut obli( : subir ne furent pas ce qu'il y cut de plus mortifiant pour lui dans letraité de Cambray. Il perdit encore sa réputation et la confiance de toute l'Europe, en sacrifiant ses alliés à son rival. Comme il ne voulait pas entrer dans tous les détails nécessaires pour concilier leurs intérêts, et qu'il craignait peut-être d'être obligé d'acheter, par de plus grands sacrifices de sa part, ce qu'il aurait réclamé pour eux, il les abandonna tous également , et laissa , sans aucune stipulation , à la merci de l'empereur, les Vénitiens, les Florentins, le duc de Ferrare et quelques barons napolitains qui s'étaient joints à son armée. Aussi se récrièrent-ils contre la làcheté et la perfidie de ce procédé; et François en fut si confus lui-même que, ne pouvant se 1ésoudre à entendre, de la bouche d: leurs ambassadeurs, les justes reproches qu'il méritait , il laissa passer quelque temps sans vouloir leur donner audience. Charles au contraire avait eu la plus grande attention à ménager les intérêts de tous ceux qui s'étaient attachés à son parti: il avail assuré jusqu'aux droits de quelques-uns de ses sujets flamands qui avaient des biens ou des prétentions en France; il avait fait insérer un article qui obligeait Francois à réhabiliter la Fa-
mille et la mémoire du connétable de Bourbon , et à reridre à ses héritiers les terres qui avaient été confisquées; par un autre article, il avait stipulé une indemnité pour les gentilshommes français qui avaient suivi Bourbon dans son exil!, Cette conduite, louable par elle-même, et que le contraste de celle de François relevait d'une manière encore plus frappante, procura à Charles autant d'estime que le succès de ses armes lui avait acquis de gloire.
François ne traita pas le roi d'Angleterre avec la mème indifférence que ses autres alliés. Il ne faisait pas un pas dans la négociation de Cambray sans en faire part à son allié, et heureusement pour lui Henri se trouvait alors dans une situation qui ne lui laissait d’autre parti à prendre que d'approuver sans réserve toutes les démarches du roi de France, et d’y concourir avec lui. Le roi d'Angleterre sollicitait depuis quelque temps le pape pour obtenir la permission de répudier sa femme, Catherine d'Arragon. Plusieurs motifs lui faisaient désirer ce divorce : d’abord Catherine était la veuve de son frère ; et comme il y avait certains temps de l’année où les idées religieuses faisaient une plus vive impression sur son esprit, il avait des scrupules sur la légitimité de son mariage; il y avait déjà long-temps qu'il n'aimait plus la reine, qui était beaucoup plus âgée que lui, et qui avait perdu tous les agrémens de sa jeunesse ; il avait d’ailleurs un désir extrême d’avoir des enfans mâles. Wolsey, qui ne cherchait qu'à fortifier la mésintelligence de son maître avec l'empereur, neveu de Catherine , employait tout son art pour nourrir les scrupules de Henri, et l’encourager dans le projet de son divorce. Enfin un dernier motif, peut-être plus puissant que tous les autres ensemble, était la passion violente que Henri avait conçue pour la célèbre Anne de Boulen, jeune dame d’une grande beauté et d'un mérite plus éclatant encore : ce prince, voyant qu'il ne pouvait obtenir ses faveurs qu'en lui donnant sa main, se détermina à l’élever au trône. Les papes avaient souvent usé de leur autorité pour permettre des divorces sur des raisons moins spécieuses que celles que Henri alléruait en faveur du sien. Lorsque la première
1 Guich., div. xx, pag. 525. P. Heuter., Rer. austr., iv. x, Cv, p. 235
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Cependant l'empereur aborda en Italie, suivi
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n'espérait alors sa liberté que du roi d'Angleterre et du roi de France ses alliés , il témoigna la plus grande inclination à favoriser le divorce du premier ; mais dès qu'il se vit libre, il laissa voir des sentimens tout opposés. Charles, qui épousait le parti de sa tante avec ""1 zèle «uimé par le ressentiment , intimida le poas sv par des menaces qui alarmèrent vivement son âme craintive, et le flatta d'un autre côté par les promesses qu'il lui fit à l'avantage de sa famille; promesse qu’il réalisa en effet quelque temps après. Ces considérations firent oublier à Clément toutes les obligations qu'il avait à Henri, et son zèle pour les intérêts de l'empereur alla jusqu'à exposer l'intérêt de la religion romaine en risquant de détacher pour jamais l'Angleterre de la dépendance du saint siége. Après avoir amusé Henri pendant deux années entières par toutes les subtilités et toutes les chicanes que la cour de Rome sait employer avec tant d'adresse pour prolonger ou faire échouer une affaire ; après avoir déployé toutes les ressources de sa politique équivoque et artificieuse, dont les historiens anglais qui ont traité ce sujet ont eu bien de la peine à suivre et à démèler les détours, il finit par retirer les pouvoirs donnés aux juges qu'il avait commis pour juger cette question ; il évoqua la cause à Rome , et ne laissa plus au roi d'autre espérance d'obtenir un divorce que de ia décision du pape lui-même. Comme Clément était alors étroitement lié avec l'empereur, qui avait acheté son amitié par des sacrifices sans bornes, Henri désespéra d'obtenir d’autre jugement que celui que l’empereur prouoncerait par la bouche du pape. Cependant l'intérêt de son honneur et celui de ses passions ne lui permettaient pas de renoncer à son projet : il résolut d'employer d’autres voies et de réussir à quelque prix que ce fût. Il avait donc besoin, pour balancer le pouvoir de l’empereur, de s'assurer l'amitié de Francois : dans cette vue, loin de lui faire aucun reproche sur ce qu’il avait abandonné ses alliés dans le traité de Cambray, il lui fit présent d’une somme considérable qu'il lui offrit comme une contribution fraternelle pour payer la rançon de ses enfans !.
! Herbert. Pu Bellay, p. 122.
et d'un corps considérable de troupes; il avait laissé le gouvernement de l'Espagne, pendant le temps de son absence, à l'impératrice Isabelle. Le long séjour qu'il avait fait dans le royaume l'avait mis à portée de connaître à fond le caractère des Espagnols, et il avait appris à les gouverner par des maximes assorties à leur génie. Il sut même en quelques occasions prendre des manières populaires qui flattaient singulièrement la nation. Quelques jours avant qu'il s'embarquât pour l'Italie, il donna un exemple frappant des soins qu'il prenait de lui plaire. Il allait faire son entrée publique dans la ville de Barcelone, et les habitans étaient embarrassés de savoir s'ils le recevraient sous le titre d'empereur ou de comte de Barcelone. Charles donna sur-lechamp la préférence au dernier, déclarant qu'il se tenait plus honoré de ce titre ancien , que de la couronne impériale. Enchantés de cette préférence qui les flattait infiniment , les habitans le reçurent avec des acclamations de joie, et les états de la province prêtèrent serment d'obéissance à son fils Philippe, en qualité d'héritier du comte de Barcelone. Tous les royaumes d'Espagne avaient déjà prêté le même serment avec la même satisfaction.
L'empereur parut en Italie avec toute la pompe et tout l'appareil d’un conquérant : les ambassadeurs de tous les princes et de tous les états de ce pays suivaient sa cour et attendaient leur sort de sa décision. A Gènes, où il débarqua d'abord, il fut reçu avec les transports que devait inspirer le protecteur de la liberté, Après avoir honoré Doria de plusieurs marques de distinction, et gratifié la république de nouveaux priviléges, il s’avança vers Bologne , lieu fixé pour son entrevue avec le pape. Dans son entrée publique en cette ville, il affecta de joindre toute la magnificence et la majesté d’un empereur à l'humilité d’un enfant soumis de l'église; et à la tête de vingt mille soldats qui le mettaient en état de donner des lois à toute l'Italie, il baisa à genoux les pieds de ce même pape, qui, quelques mois auparavant, était son prisonnier !. Les Italiens, qui avaient tout souffert de la licence et de la férocité de ses troupes, s'étaient accoutumés à
* Sondov., vol. Il, p. 50. Perrer, 1x, p. 116.
se former, dans leur imagination, un portrait de l'empereur assez ressemblant à l'idée qu'ils avaient des souverains barbares des Goths ou des Huns, qui n'avaient pas fait plus de mal que lui à leur pays. Ils furent très surpris de voir un prince aimable et plein de grâce, affable et prévenant dans ses manières, régulier dans sa conduite et dans ses mœurs, et donnant l'exemple d'une attention scrupuleuse à remplir tous les devoirs de la religion !. Ils furent encore plus étonnés quand ils le virent concilier les intérêts de tous les princes et de tous les états qui dépendaient alors entièrement de lui, avec une modération et une équité à laquelle ils étaient bien loin de s'attendre,
Lorsque Charles partit d'Espagne, il ne sonfeait guère à donner des preuves si extraordinaires de désintéressement. Il parait même qu'il était décidé à tirer le plus d'avantages qu'il pourrait de la supériorité qu'il avait acquise en Italie : mais différentes circonstances lui firent sentir la nécessité de changer de plan. Les progrès du sultan , qui de la Hongrie avait pénétré daus l'Autriche et mit le siége devant Vienne avec une armée de cent cinquante mille hommes, le pressaient de rassembler toutes ses forces pour résister à ce torrent. Quoique la valeur des Allemands, la conduite prudente de Ferdinand et la trahison du visir eussent bientôt obligé Soliman d'abandonner son entreprise avec non moins de honte que de désavantage, la présence de l'empereur n'en était pas moins nécessaire ? en Allemagne pour y arrêter le cours et les progrès sensibles des troubles qu'avaient excités les disputes de religion. Les Florentins, loin de consentir au rétablissement des Médicis, article auquel l’empereur s'était engagé par le traité de Barcelone, se préparaient à défendre leur liberté par la voie des armes. Les grands préparatifs qu'il avait faits pour son voyage l'avaient engagé dans des dépenses extraordinaires; et danscette occasion comme dans plusieurs autres, la multiplicité de ses affaires et l'extrême médiocrité de ses revenus l'obligeaient à resserrer les plans trop vastes de son ambition, et à sacrifier des avantages certains et présens pour prévenir des dangers plus éloignés, mais inévitables. Tous ces motifs réunis firent sentir à Charles
* Sandov., vol. I, p. 50, 53, etc.
? Sleidan. p. 421. Guieh., liv. xx, p. 350
la nécessité de prendre un air de modé: ation et de désintéressement, et il joua son rôle avec beaucoup de naturel. Il permit à Sforce de venir le voir à sa cour; et au pardon de toutes les offenses qu'il en avait reçues, il joignit l'invest:ture du duché de Milan et lui donna encore en mariage la Alle du roi de Danemark, sa nièce, Il consentit à ce que le duc de Ferrare prit possession de tous ses domaines, et termina tous les différends qui restaient à vider entre ce due et le pape avec une impartialité qui ne plut pas beaucoup au dernier. 11 en vint aussi à un accommodement définitif avec les Vénitiens, sous la condition assez juste qu'ils lui rendraient tout ce qu'ils avaient usurpé pendant la dernière guerre, soit dans le royaume de Naples, soit dans le territoire du pape. En dédommagement de tant de concessions , il exigea des sommes considérables de chacune des puissances avec lesquelles il traita. Ces sommes lui furent payées sans délais et lui fournirent le moyen de continuer son voyage en Allemagne avec la magnificence qui convenait à son rang !.
Tous ces traités , qui rendaient la paix et la tranquillité à l'Italie, après une guerre si longue dont le poids s'était particulièrement fait sentir à ce pays, furent publiés à Bologne avec la plus grandesolennité, le premier jour de l'année 1530, au milieu des acclamations unanimes des peuples. On combla d’éloges l'empereur, et l'on fit honneur à sa modération et à sa générosité de l'avantage de jouir enfin de la paix qu'on désirait depuis si long-temps. Les Florentins furent les seuls qui ne partagèrent point la joie universelle : animés d’un zèle pour leur liberté, plus louable que prudent, ils prirent la résolution de s'opposer au rétablissement des Médicis. L'armée impériale était déjà entrée dans leur territoire et formait le siége de leur capitale : abandonnés de tous les alliés, et sans espoir d'aucun secours , ils se défendirent plusieurs mois avec une ardeur opiniâtre et digne d'un meilleur succès; et lorsqu'ils se rendirent , ils obtinrent encore une capitulation qui leur laissait l'espérance de sauver quelques restes de leur liberté. Mais l'empereur, ne songeant qu’à favoriser le pape, frustra leur attente, abolit l'ancienne forme de leur gouvernement, et remit dans les mains d'Alexandre Médicis le même
1 Sandov., vol. IE p.65, ete.
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Philibert de Châlons, prince d'Orange, général de l'empereur, fut tué pendant le siége : ses biens et ses titres passèrent à sa sœur Claude de Châlons, qui était mariée à René, comte de Nassau, et qui, par ses enfans , transmit le titre de prince d'Orange à cette famille qui l'a rendu depuis si illustre !,
Après la publication de la paix à Bologne, et la cérémonie du couronnement de Charles, roi de Lombardie et empereur des Romains, cérémonie que le pape fit avec les formalités accoutumées , ce prince, que rien ne retenait plus en Italie ?, se disposa à prendre le chemin de l'Allemagne. Sa présence y devenait de jour en jour plus nécessaire : les catholiques et les partisans des nouvelles opinions le pressient de s’y rendre avec une égale importunité. L'absence de l'empereur, ses contestations avec le pape, les soins qu'exigeait la guerre de France , avaient donné aux réformateurs un long intervalle de tranquillité pendant lequel leurs doctrines avaient fait des progrès sensibles. La plupart des princes qui avaient embrassé les opinions de Luther ne s'étaient pas contentés d'établir dans leurs territoires la nouvelle forme de culte, ils avaient encore entièrement aboli les rits de l’église romaine. Plusieurs des villes libres avaient suivi leur exemple : la moitié du corps germanique avait presque entièrement abandonné le saint siège , et dans les pays même qui n'avaient pas encore secoué le joug du pape, sa puissance était considérablement affaiblie par l'exemple des états voisins ou par les progrès cachés de la nouvelle doctrine qui en minait sourdement les fondemens. Quelque satisfaction que l'empereur eût pu ressentir des événemens qui tendaient à mortifier ou à embarrasser le pape dans le temps de sa rupture déclarée avec le saint siége, il ne pouvait se dissimuler alors
| que les troubles dont la religion avait rempli
l'Allemagne’ pouvaient à la fin devenir très funestes à l'autorité impériale. La faiblesse de ses prédécesseurs avait encouragé les grands vassaux de l'empire à étendre leur pouvoir aux dé-
* Guich., liv. xx, p. 541, etc. P. Heuter., Rer. austr., lv. x, C. IV, p. 246.
21, Cornel. Agrippa, Le duplici Coronatione Car, F ap. Scard., M, p. 266.
peus des droits et «les prérogatives du souverain ; de sorte que dans tout le cours d'une guerre qui demandait les plus grands efforts, Charles n'avait tiré presque aucun secours effectif de l'AIlemagyne , et n'avait guère trouvé d'autres avantages dans sa dignité d'empereur que des titres fastueux et vains et des prétentions surannées; il sentit vivement que, s'il ne recouvrait une partie des prérogatives que ses prédécesseurs avaient laissé perdre, et s'il n'avait que le titre de chef de l'empire, sans en avoir l'autorité, cette grande dignité l'embarrasserait plus dans ses projets ambitieux qu'elle ne lui servirait. Pour parvenir à cet objet, rien ne lui parut plus essentiel que d'étouffer promptement des opinions qui pouvaient former entre les princes de l’empire une ligne redoutable dont les liens seraient plus forts et plus sacrés que tous ceux de la république. Rien aussi ne lui parut plus propre à le conduire au but qu'il se proposait que de faire servir à l'agrandissement de son autorité civile un zèle constant pour la religion établie, dont il était le protecteur naturel.
Dans cette idée , dès qu'il avait vu jour à traiter d'un accommodement avec le pape, il avait convoqué à Spire une diète de l'empire, dont l'objet fut de délibérer sur l'état actuel de la religion. Le décret de la diète qui s’y était tenue en 1526 établissait à peu près la tolérance des opinions de Luther, et avait par-là choqué le reste de la chrétienté. 11 fallait pourtant beaucoup d'art et une conduite bien délicate pour procéder à une décision plus rigoureuse contre les novateurs. Les esprits, qui avaient été tenus dans une agitation perpétuelle par une dispute qui durait depuis douze années sans interruption et sans qu'aucun des deux partis se fût refroidi, se trouvaient alors portés au plus haut degré de fermentation. On était accoutumé aux innovations, et on avait vu les plus hardies entreprises couronnées par le succès. En abolissant l'ancien culte, les peuples y avaient substitué des formes de culte nouveau, et leur haine pour le culte qu'ils avaient abandonné se fortifiait encore par l'attachement qu'ils avaient pris pour celui qu'ils avaient adopté. Luther n'était pas d'un caractère à se rebuter par la longueur ou l'opiniâtreté de la résistance, ou à s'endormir sur ses succès , et il continuait ses attaques avec li même vigueur qu'il avait montrée dès le com-
mencement. Ses disciples, dont plusieurs avaient autant de zèle, et quelques-uns même plus de lumières que leur maître, n'étaient pas moins en état de soutenir la dispute avec courage et avec habileté. Plusieurs laïques, quelques princes mème, en vivant au milieu de ces disputes éternelles, s'étaient accoutumés à discuter les argumens des deux partis, qui s’en rapportaient tour à tour à leur décision; ils s’instruisirent à fond de toutes les questions qui étaient agitées, et se mirent en état de les soutenir eux-mêmes avec honneur et de manier avec succès les armes scolastiques employées dans ces guerres de théologie. Il était évident que dans ces circonstances une décision trop rigoureuse de la diète aurait sur-le-champ produit une confusion générale, et aurait pu allumer une guerre de religion en Allemagne. Dans ceite crainte, tout ce que l’archiduc et les autres députés de l’empereur demandèrent à la diète fut donc d’enjoindre aux états de l'empire, qui avaient jusqu’alors obéi au décret de la diète de Worms, lancé contre Luther en 1524, de continuer à s’y conformer et de défendre aux autres états de faire à l'avenir aucune innovation dans la religion , et surtout d’abolir la messe, avant la convocation d’un concile général. Après bien des débats, ce décret passa à la pluralité des voix !.
L'électeur de Saxe, le marquis de Brandebourg , le landgrave de Hesse, les ducs de Lunebourg, le prince d’Anhalt avec les députés des quatorze villes? libres ou impériales, firent contre ce décert une protestation solennelle, par laquelle ils le déclaraient injuste et impie. De là vint le nom de protestans, nom qui est devenu mieux connu, et bien plus honorable depuis qu'il a été donné indistinctement à toutes les sectes qui se sont séparées de l’église de Rome. Les protestans n’en restèrent pas là, ils envoyèrent des ambassadeurs en Italie pour faire leurs plaintes à l'empereur, qui les recut de la manière la plus propre à les décourager 3. Charles était alors étroitement lié avec le pape, et ne
1 Sleid., Æist., p. 117.
3 Ces quatorze villes étaient Strasbourg, Nuremberg, Ulm, Constance, Reutlingen, Windsheim, Meinungen, Landau, Kempten, Heilbron, Isne, Weissembourg , Nordiingen et Saint-Gal.
* Sleid., Zist., p. 119. F. Paolo, Zist., p. 45. Seckend, vol. {l, p. 117.
songeait qu’à l’attacher inviolablement à ses intérêts. Pendant le long séjour qu'ils firent tous les deux à Bologne, ils eurent ensemble plusieurs conférences sur les moyens les plus efficaces d’extirper les hérésies qui avaient germé en Allemagne. On sait que tous les papes ont constamment redouté etéluigné, autant qu'il était en eux, la convocation des conciles généraux : le timide Clément, qui les redoutait encore plus qu'aucun autre pape, ne pouvait, sans frémir, écouter la proposition d’en assembler un. Il n’est point de raisons qu’il n’employät pour dissuader l'empereur de ce projet. Il lui peignit les conciles généraux comme des assemblées de Factieux intraitables, remplis de présomption, redoutables par leur union à l’autorité des princes, et trop lents dans leurs opérations pour remédier aux maux qui demandaient un prompt secours. L'expérience, lui disait-il, nous a appris à tous deux que la tolérance et la douceur, loin d’adoucir l'esprit des novateurs, n’a fait que les enhardir : il en concluait qu'il fallait recourir aux voies de rigueur qu'exigeait le danger pressant de la religion; qu’il fallait faire exécuter la sentence d’excommunication lancée par Léon X, et le décret de la diète de Worms, et que c'était à l'empereur d'employer toute sa puissance pour réduire des rebelles qui ne respectaient plus ni l'autorité ecclésiastique ni l'autorité civile. Charles, qui avait d’autres vues que le pape et qui voyait de plus en plus combien le mal était profondément enraciné, songeait au contraire à ramener les protestans par des moyens moins violens, et regardait la convocation du concile comme un expédient propre à conduire à ce but. Il promit cependant an pape que si les voies de douceur étaient sans effet, il déploierait toute la vigueur de son autorité pour réduire ces ennemis obstinés de la foi catholique t.
Tels furent les sentimens dans lesquels l'empereur partit d'Italie pour l'Allemagne, ayan: déjà indiqué à Augsbourg la diète de l'empire.
| Dans sa route il fut à portée d'observer quelle: | étaient les dispositions des Allemands sur le: | points contestés. Il trouva partout les esprits si
{1 Fra-Paolo, p. 47. Seckend, liv. n1, p.142. Æist. de la | Confess. d’Augsbourg, par D.Chystræus, in-4°. Anvers, \ 1572, p. 6.
[1530 aigris ne fallai avoir te le mal se dans Au et y tro!
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