‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 63 sur 132 · Aist. de la æus, in-4°. Anvers · texte numérisé non relu

Aist. de la æus, in-4°. Anvers

aigris et si échauffés , qu'il resta convaincu qu'il ne fallait parler de rigueur et d'autorité qu'après avoir tenté tous les autres moyens, et lorsque le mal serait désespéré. Il fit son entrée publique dans Augsbourg avec une pompe extraordinaire, et y trouva une asecmblée qui, par l'éclat et ie nombre de ses membres, répondait à l'importance des affaires qu'on devait traiter dans la diète , et qui était digne de faire honneur à l’entrée d'un empereur, revenant après une longue absence comblé de bonheur et de gloire. On eût dit que sa présence avait communiqué à tous les partis un esprit tout nouveau de modération et d'inclination à la paix. L'électeur de Saxe ne voulut pas permettre à Luther de l'accompagner à la diète, dans la crainte d'offenser l’empereur en exposant à ses yeux un homme excommunié par le pape, et l’auteur des dissensions qui occasionaient alors tant de troubles. Tous les princes protestans , à la prière de l'empereur, défendirent aux théologiens qui 25 accompamaient de prècher en public tant qu'ils résideraient à Augsbourg. Par les mêmes raisons, ils choisirent Mélanchton, celui des réformateurs qui, avec le plus de science, avait aussi le caractère le plus doux et le plus pacifique, pour dresser leur confession de foi dans les termes les moins choquans pour les catholiques romains , sans pourtant trahir l'intérêt de la vérité. Mélanchton, qui n'avait jamais trempé sa plume dans le fiel théologique, et qui sortait rarement des bornes de la politesse, même dans ses écrits purement polémiques , se chargea de cette commission qui convenait si bien à son caractère, et s'en acquitta avec un succès digne de sa modération. Le symbole qu’il composa, connu sous le nom de confession d’Augsbourg, nom qu’il prit du lieu même où on le présenta, fut lu publiquement devant la diète. Des théologiens catholiques furent nommés pour l'examiner : ils proposèrent leurs critiques; la dispute s'engagea entre eux et Mélanchton, soutenu de quelquesuns de ses partisans; mais quoique Mélanchton adoucit quelques articles, se relâchât sur d’autres, et prit soin de donner à tous le sens le moins choquant pour ses adversaires; quoique l'empereur lui-même fit tout son possible pour rapprocher les deux partis, il se trouvait déjà tant de marques de séparation établies, tant de barrières insurmontables élevées entre les deux [R

églises, qu’on désespéra dès lors de pouvoir jamais concilier et réunir les esprits !.

Charles voyant qu’il ne pouvait rien gagner sur les théologiens s’adressa aux princes qui les protégeaient ; mais quelque désir que ceux-ci eussent d’accommoder les choses, et quelle que fût leur inclination à obliger l'empereur, il ne les trouva pas plus disposés que les théologiens à renoncer à leurs opinions. Dans ce temps-là le zèle pour la religion agitait les esprits à un degré que peuvent à peine concevoir ceux qui vivent dans notre siècle : les passions qu'excitaient la découverte de la vérité et le premier sentiment de la liberté ont aujourd’hui presque entièrement perdu leur énergie. Le zèle était alors si puissant , qu’il l'emportait même sur l’attachement aux intérêts politiques, qui est ordinairement le mobile prédominant des démarches des princes. L’électeur de Saxe, le landgrave de Hesse , et les autres chefs des protestans, quoique sollicités chacun en particulier par l’empereur , ct tentés par l'espérance et la promesse des avantages politiques qu'ils étaient le plus jaloux d'obtenir, refusèrent tous, avec un courage digne d'être imité, d'abandonner pour aucune acquisition terrestre, ce qu’ils croyaient être la cause de Dieu?.

Les moyens qu’on employa pour gagner ou pour désunir le parti protestant n'ayant eu aucun succès , il ne restait plus à l’empereur d'autre parti à prendre que d'exercer son pouvoir pour défendre, par quelque acte de vigueur, la doctrine et l’autorité de l'église établie. Campieggio, nonce du pape, n'avait cessé de représenter à l'empereur que la sévérité était la seule manière de traiter avec des hérétiques si obstinés. La diète , cédant à ses instances et à son avis, donna un décret qui condamnait la plupart des opinions soutenues par les protestans; défendait à toute personne de protéger ou de tolérer ceux qui les enseigneraient; enjoignait l’exacte observation du culte établi, et défendait toute innovation pour l'avenir sous des peines sévères. Tous les ordres étaient en même temps requis de concourir de leurs biens et de leurs personnes à l'exécution de ce décret, et ceux qui refuse-

1 Seckend, liv. 11, p. 159, etc. Abr. Sculteti annales ceangelici ap. Herm. Von der Har., Hist. lib. reform. Leips. 1717, fol., p. 159.

? Sleid.,p 132 Seultet., 4nnal.,p 158.

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raient d'obéir étaient déclarés incapables d’exercer les fonctions de juges ou de paraître comme parties à la chambre impériale , qui était la cour souveraine de l'empire. Il fut encore arrêté par ce décret, qu'on s'adresserait au pape pour le requérir de convoquer dans le délai de six mois un concile général, dont les décisions souveraines pussent terminer toutes les disputes !,

La rigueur de ce décret alarma les protestans : ils le regardèreut comme le prélude des plus violentes persécutions , et restèrent convaincus que l’empereur avait résolu leur destruction. La crainte des calamités qui menaçaient l’église accabla le faible courage de Mélanchton ; et comme si sa cause eût été déjà désespérée, il s'abandonna à la mélancolie et aux plaintes. Mais Luther, qui n'avait cessé pendant la tenue de la diète d'affermir et d'encourager son parti par différens écrits qu’il avait publiés, ne se laissa ni effrayer ni déconcerter par l'approche de ce nouveau danger. Il rassura Mélanchton et ceux de ses disciples qui étaient tombés dans le même découragement ; il exhorta les princes à ne pas abandonner des vérités qu'ils venaient de défendre avec une fermeté si digne d'éloges?. Ses exhortations firent sur leurs esprits une impression d’autant plus profonde, qu'ils venaient d'apprendre avec la plus grande inquiétude la nouvelle d'une ligue qu'avaient formée les princes catholiques de l'empire pour le soutien de la religion établie , et dans laquelle Charles était entré lui-mème 3. Ils sentirent la nécessité de se tenir sur leurs gardes, et virent que leur sûreté, aussi bien que le succès de leur cause, dépendait de leur union. Pleins des alarmes que leur inspirait la ligue catholique, mais déterminés sur la conduite qu'ils devaient tenir , ils s'assemblèrent à Smalkalde. Là, ils conclurent une ligue défensive contre tout agresseur #, par laquelle tous les stats protestans de l'empire s'unissent pour ne tormer qu'un corps; et, commençant à se considérer sous cet aspect, ils résolurent de s'adresser aux rois de France et d'Angleterre, et d'imp'orer leur secours et leur appui en faveur de leur nouvelle confédération.

Une affaire qui n'avait aucun rapport à la re-

1 Sleid., p. 139.

2 Seck., vol. 11, p. 180. Sleid., p. 140.

5 Seck., vol. 11, p. 200, 3, 2.

# Sleid., Æist., p. 142.

ligion leur fournit un prétexte pour rechercher l'assistance des princes étrangers. Charles, dont l'ambition croissait dans la même proportion que sa grandeur et sa puissance, avait formé le projet de rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille, en faisant élire son frire Ferdinand roi des Romains. Les circonstances étaient très favorables à l'exécution de ce dessein : la victoire avait suivi partout les armes de l'empereur; il venait de dicter des lois à toute l'Europe dans la dernière paix, il ne lui restait point de rival en état de contre-balancer ou d'arrêter l'exercice de ses forces; les électeurs étaient éblouis par l'éclat de ses succès, et l'étendue de son pouvoir leur en imposait ; ils osaient donc à peine contredire les volontés d'un prince dont les sollicitations avaient toute l'autorité du commandement. Charles d'ailleurs ne manquait pas de raisons plausibles pour appuyer sa demande : les affaires de ses autres royaumes l’obligeaient, disait-il, à s'absenter souvent de l'Allemagne; les désordrestoujours croissans qu'avaient excités les disputes de religion, et le voisinage redoutable des Turcs qui menaçaient contiuuellement d’entrer dans le cœur de l'empire avec ces armées innombrables qui ravageaient tous les lieux de leur passage, demandaient la continuelle présence d’un prince qui eût en mème temps assez de prudence pour apaiser les querelles théologiques, et assez de valeur et de puissance pour repousser les Ottomans. Son frère Ferdinand possédait ces qualités dans un degré éminent; sa longue résidence en Allemagne l'avait mis à portée de connaître à fonds la constitution de son gouvernement et le caractère des peuples ; comme il avait vu naître les querelles de religion, et qu'il les avait suivies depuis leur origine, il savait mieux que personne quels étaient les remèdes convenables, et quelle était la meilleure méthode de les appliquer ; enfin la position de ses états, qui touchaient aux frontières de l'empire ottoman, le rendait le défenseur naturel de l'Allemagne contre les invasions des infidèles ; et, étant roi des Romains, son intérêt se trouverait d'accord avec son devoir pour l’engager à s'opposer aux entreprises des Turcs.

Toutes ces raisons firent peu d'impression sur les protestans. Ils savaient par expérience que rien n'avait tant favorisé les progrès de leur doctrine que l'interrègne après la mort de

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Lorsque les protestans, qui s'étaient assemblés une seconde fois à Smalkalde, reçurent la nouvelle de cette élection avec celle de quelques procédures que la chambre impériale commençait contre eux à l’occasion de leurs principes religieux, ils crurent qu'il était nécessaire de renouveler leur première confédération , et d'envoyer sur-le-champ des ambassadeurs en France et en Angleterre. François avait vu avec toute la jalousie d'un rival la réputation que l'empereur s'était acquise par la modération et le désintéressement dont il avait fait parade en réglant les intérêts de l'Italie. Il fut encore plus vivement affecté de la nouvelle élection du roi des Romains, et ne put voir sans inquiétude le succès de l’empereur dans une entreprise qui tendait véritablement à augmenter et à perpé-

1 Sleid., p. 142. Seck., 11,1. P. Heuter., Rer aust. liv.x, c. vi, p 240.

tuer son autorité en Allemagne. Mais il sentit en même temps que ce serait le comble de l’imprudence que d'engager dans une nouvelle guerre sa nation épuisée par les efforts extraordinaires qu’elle avait faits, et découragée par tant de mauvais succès, avant qu'elle eût eu le temps de reprendre de nouvelles forces et d'oublier ses malheurs passés. [Il ne pouvait non plus, sans être provoqué et sans avoir de prétexte, violer un traité de paix qu’il venait de solliciter; il se fût exposé à perdre l'estime de toute l'Europe, et à être détesté comme un prince sans honneur et sans probité. C'était donc un spectacle agréable pour François, que de voir des factions puissantes commencer à se former dans l'empire. Il écouta avec le plus grand intérêt les plaintes des princes protestans, et sans paraître soutenir les opinions qu'ils avaient adoptées sur la religion, il résolut de fomenter en secret ces étincelles de discorde politique, qui pourraient bientôt produire un embrasement général. Dans cette vue il envoya en Allemagne Guillaume du Bellay, un des plus habiles négociateurs de France, qui, en visitant les cours des princes mécontens, sut, par différens artifices, exciter à propos leur ressentiment, et conclut enfin une alliance entre eux et son maître !. Cette alliance resta secrète, et ne produisit, pour le moment , aucun effet sensible; mais elle servit de base à une union qui fut souvent fatale aux projets ambitieux de Charles, et qui apprit aux princes mécontens de l'Allemagne où ils pourraient à l'avenir trouver un protecteur puissant et disposé à les défendre contre les entreprises de l'empereur.

Le roi d'Angleterre, plein de ressentiment contre Charles, parce qu'il savait que par complaisance pour ce prince le pape avait si longtemps retardé son divorce, et venait enfin de s’y opposer ouvertement, n'était pas moins disposé que Francois à soutenir une ligue qui pouvait devenir si formidable à l'empereur. Mais le divorce, qui était son objet essentiel, le jeta daus un tel labyrinthe de projets et de négociations , il était en même temps si occupé d'abolir en Angleterre la juridiction papale. qu'il ne lui restait aucun loisir pour s'occuper des affaires du dehors. Il se contenta de donner des promesses vagues, et d'envoyer un secours mé-

1 Du Bellay, p. 129. A. 130. B. Seck.., liv. ant, p. #1.

diocre d'argent aux confédérés de Smalkalde !.

Cependant Charles voyait de plus en plus que ce n'était pas encore le moment d'employer la rigueur et la violence pour extirper l'hérésie; que sa complaisance pour les vues du pape lui avait déjà fait faire une démarche imprudente et précipitée, et qu'il était bien plus de son intérèt de réunir toutes les parties de l'Allemagne pour en former un corps vigoureux et bien uni, que de la diviser et de l’affaiblir par une guerre civile. Les protestans , qui pouvaient déjà se faire craindre par leur nombre et par le zèle qui les animait, étaient devenus encore plus forts et plus redoutables par la confédération que le décret rigoureux de la diète d'Augsbourg les avait forcés de former. Enhardis par le sentiment de leurs forces, ils méprisèrent les décisions de la chambre impériale; et sûrs d’être appuyés par les puissances étrangères , ils étaient prèts à braver le chef de l'empire. D'ailleurs sa paix avec la France était peu solide ; il ne pouvait compter sur l'amitié d’un pape irrésolu et intéressé; il savait que Soliman, pour réparer la honte et les pertes de sa dernière campagne, se disposait à entrer en Autriche avec une armée encore plus nombreuse. Toutes ces raisons, surtout la dernière, lui firent sentir la nécessité d’un prompt accommodement avec les princes mécontens, s’il voulait préparer l'exécution de ses desseins futurs, et pourvoir même à sa sûreté présente. Il commença en conséquence à négocier avec l'électeur de Saxe et ses associés. La jalousie mutuelle de ces princes et celle qui les animait tous contre l’empereur occasiona de grands délais, qui prolongèrent encore les difficultés innombrables qu'entraine nécessairement la nature infleyible des opinions religieuses, qu'on ne peut ni altérer, ni modifier, ni abandonner aussi aisément que des objets d'intérêt politique. Cependant la négociation se termina enfin, et l’on convint à Nuremberg des termes d'une pacification qui fut ratifiée solennellement à la diète de Ratishonne. Dans le traité, il fut stipulé qu'il y aurait une paix universelle en Allen:agne jusqu'au concile général, dont l'empereur tâcherait de procurer la convocation dans l'espace de six mois; qu'on n'inquièterait personne pour cause de religion; qu'on

1 Herbert, p. 152, 154.

arrèterait les procédures commencées par la chambre impériale contre les protestans, et que toutes les sentences qui se trouveraient déjà portées contre eux resteraient nulles et sans exécution. De leur part, les protestans s'engagèrent à aider l’empereur de toutes leurs forces pour repousser l'invasion des Turcs !. Ainsi, par leur fermeté dans leurs principes, par leur unanimité à soutenir leurs prétentions, par leur habileté à se prévaloir de l'embarras de l'empereur, les protestans obtinrent des conditions qui équivalaient presque à la tolérance de leur religion. L'empereur fit tous les sacrifices , et ils n'en firent aucun : il n’osa pas même leur proposer d'approuver l'élection de son frère, quelque importance qu'il mit à cette affaire ; et les protestans, qui jusque-là n'avaient encore été regardés que comme une secte religieuse, acquirent dès lors le rang et le crédit d’un corps politique qu'il fallait ménager 2.

Charles apprit peu de temps après que Soliman était entré en Hongrie à la tête de trois cent mille hommes. Cette nouvelle termina bientôt les délibérations de la diète de Ratisbonne , où lon avait déjà fixé le contingent de troupes et d'argent que chaque prince devait fournir pour la défense de l'empire. Les protestans, pour marquer leur reconnaissance à l'empereur, le servirent avec un zèle extraordinaire, et mirent en campagne beaucoup plus de trounes qu'ils n'étaient obligés d'en donner; et les catholiques ayant imité leur exemple , Vienne vit rassembler près de ses murs une des plus grandes et des plus belles armées qui eussent jamais été levées en Allemagne. Après la jonction d'un corps de vieilles troupes espagnoles et italiennes, conduites par le marquis du Guast, de quelques escadrons de cavalerie pesante tirés des Pays- Bas , et des troupes que Ferdinand avait levées dans la Bohème, dans l'Autriche et dans ses autres états, cette armée montait à quatrevingt-dix mille hommes d'infanterie réglée, et àätrente mille chevaux , sans compter un nombre prodigieux de troupes irrégulières. Ce corps redoutable méritait d'avoir à sa tête le premier monarque de la chrétienté; l'empereur voulut le commander en personne, et l'Europe en

Dumont, Corps diplomat., tom. IV, partie n p. #87, 88.

*Sleid., p. 149, etc. Scek., iv. ne, p, 19.

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AV, partie n1

[1532] suspens attendit l'issue d’une bataille décisive entre les deux plus grands princes du monde ; mais redoutant mutuellement les forces et la boone fortune l'un de l’autre, ils se conduisirent tous les deux avec tant de circonspection , que cette campagne , après des préparatifs immenses, finit sans aucun événement mémorable.

Soliman , voyant l'impossibilité d'obtenir aucun avautage sur un ennemi toujours attentif et sur ses gardes , retourna à Constantinople vers la fin de l’automne t. Dans un siècle si belliqueux, où tout gentilhomme était soldat et tout prince général, il est à remarquer que ce fut la première fois que Charles parut à la tête de ses troupes, quoiqu'il eùt déjà soutenu de si longues guerres, et remporté tant de victoires. Ce ne fut pas un honneur médiocre pour Jui que d’avoir osé, pour le premier essai de ses armes , se mesurer avec Soliman, et il se couvrit de gloire par le succès de ses opérations.

Vers le commencement de cette campagne, l'électeur de Saxe mourut et fut remplacé par Jean Frédéric, son fils et son héritier. La réforme gagna plus qu'elle ne perdit à cette mort. Le nouvel électeur, non moins attaché aux opinions de Luther que ses prédécesseurs , prit leur place à la tête du parti protestant, et défendit avec toute l'audace que ses ancêtres avaient, pour ainsi dire, nourrie et entretenue, avec toute la prudence que peut donner l’expérience de l’âge.

Immédiatement après la retraite des Turcs, Charles , impatient de revoir l'Espagne , partit pour ce royaume , et prit sa route par l'Italie. Il désirait vivement d’avoir une seconde entrevue avec le pape : ils se virent encore à Bologne , et se traitérent avec les mêmes démonstrations extérieures de respect et d'amitié ; mais ils n’avaient plus l’un pour l’autre cette confiance qui régnait entre eux lors de leurs dernières négociations dans cette ville. Clément était très mécontent de la conduite que l'empereur avait tenue à Augsbourg ; en consentant à la convocation prochaine d'un concile, ce prince avait perdu tout le mérite qu'il s'était fait auprès du pontife par le décret rigoureux qui avait été porté d’abord contre la doctrine des réforma-

1 Jovius, Æést., iv. xxx, p. 100, etc. Barre, Æist. de l'empire, VON. À, iv vin, p. 347.

i eux-mêmes ne promettaient auparavant , par

teurs. Le pape était encore plus offensé de la tolérance qu’accordait aux protestans la diète de Ratisbonne , et de la promesse positive que Charles avait faite de demander un concile. Cependant l'empereur , convaincu que la tenue d'un concile général produirait de bons effets, et d’ailleurs désirant de plaire aux Allemands , renouvela de vive voix à Bologne les sollicitations qu'il avait déjà fait faire au pape par ses ambassadeurs , et le pressa de convoquer ce concile sans délai. Clément fut très embarrassé sur la réponse qu'il devait faire à une requête qu'il ne pouvait ni refuser décemment ni accorder sans d'anger. Il tâcha d'abord de détourner Charles de cette idée ; mais le trouvant inflexible , il eut recours à des artifices qui, s'ils ne pouvaient pas faire échouer entièrement ce projet , devaient du moins lui faire gagner du temps. Sous le prétexte plausible qu’il fallait commencer par régler avec toutes les parties intéressées le lieu de l'assemblée , la forme de ses opérations , le droit des personnes qui y auraient voix, et le degré d'autorité de leurs décisions , il nomma un nonce qui, accompagné d'un ambassadeur de l’empereur, fut dépêché à l'électeur de Saxe, comme au chef des protestans. Chacun de ces articles fit naître des difficultés et des contestations sans fin. Les protestans voulaient que le concile se tint en Allemagne ; le pape voulait que ce fût en Italie. Ils exigeaient que le texte de l'Écriture sainte servit seul de règle de décision pour tous les points contestés : Clément accordait une égale autorité aux décrets de l'église et aux sentimens des pères et des docteurs. Ils demandaient un concile libre où les théologiens députés par les différentes églises eussent droit de suffrage : Clément se proposait de donner au concile une forme qui le rendit entièrement dépendant de son autorité. Il y avait un autre point sur lequel les protestans insistaient encore davantage : ils prétendaient qu'il était déraisonnable de vouloir les engager à se soumettre aux décrets d’un concile, avant qu'ils sussent sur quels principes seraient fondés ces décrets, par quelles personnes ils seraient prononcés, et quelles seraient les formalités qu’on observerait. Le pape répondit qu'il serait parfaitement inutile d'assembler un concile , si ceux qui le demandaient

une déclaration expresse, de s'en rapporter à ses décisions. On proposa plusieurs expédiens pour concilier tous ces préliminaires, et les négociations trainèrent tant en longueur, qu'elles remplirent en effet les vues de Clément, dont le but était d’éloigner la tenue du concile, sans s'attirer le reproche flétrissant de s'être opposé seul à une mesure que toute l’Europe croyait si. essentiellement utile au bien de l’église 1.

Il y avait un autre objet de negociation qui intéressait l'empereur plus encore que la convocation d'un concile ; c'était d'assurer la tranquillité de l'Italie. Il savait que François n’avait renoncé aux prétentions qu'il avait dans cette contrée, qu'à la dernière extrémité, et il ne pouvait pas douter que ce prince ne saisît le premier prétexte et la première occasion de recouvrer ce qu’il avait perdu. Il fallait donc songer à prendre des mesures pour assembler une armée en état de résister aux forces de cet ennemi. Comme le trésor de Charles , épuisé par une longue guerre, ne pouvait fournir les fonds nécessaires pour entretenir une armée assez forte , il essaya de se décharger de ce fardeau sur ses alliés, et de pourvoir, à leurs dépens, à la sûreté de ses propres domaines, en proposant aux puissances d'Italie de former une ligue défensive contre tout agresseur, et pour cet effet de lever à la première apparence du danger, une armée qu’elles entretiendraient à frais communs, et dont Antoine de Léve serait nommé généralissime. Le pape goûta cette proposition, mais par des raisons trés différentes de celles qui l'avaient inspirée à l'empereur. Il espérait par ce moyen délivrer l'Italie des vieux corps de troupes allemandes et espagnoles qui avaient fait si long-temps la terreur de ce pays, et qui le tenaient encore sous le joug de l’empereur. La lizue fut conclue: tous les états d'Italie, excepté les Vénitiens, y accédèrent: on régla la somme que chacun des alliés devait fournir pour l’entretien de l'armée; et l’empereur se voyant hors d'état de soudoyer plus long-temps ses troupes qui leur donnaient tant d'ombrage, consentit à les retirer. Après en avoir licencié une partie , et distribué le reste dans la Sicile et en Espagne, il s’embarqua sur les galères de Doria et arriva à Barcelone 2.

‘ Fra-Paolo, Æist., p. 61. Seck.. liv. mn, p. 73. 2 Guich., liv. xx, p. 551. Fevreras, liv. 1x, p. 149.

Malgré toutes les précautions qu'il venait de prendre pour affermir la paix de l'Allemagne, et maintenir le système qu'il avait établi en Italie, il n'était pas encore tranquille. I craignait, et ses alarmes s'augmentaient de jour en jour, que ses mesures ne fussent bientôt troublées par les intrigues ou par les armes du roi de France, Ses craintes étaient fondées : le désespoir seul et la nécessité avaient arraché à François le consentement qu'il avait donné à un traité aussi désavantageux et aussi déshonorant pour lui que celui de Cambray : lors même qu'il le ratifia, il avait déjà formé la résolution de ne l’observer que tant qu'il y serait contraint, et il fit une protestation en forme, quoique dans le plus grand secret, contre plusieurs des articles du traité, particulièrement contre la renonciation à toutes ses prétentions sur le duché de Milan, clause qu'il regardait comme injuste, injurieuse pour ses successeurs et nulle par elle-même. Un des jurisconsultes de la couronne fit par l’ordre du roiune protestation semblable et avec le mème secret , lorsque la ratification du traité fut enregistrée au parlement de Paris t. On dirait que François croyait de bonne foi, qu'en employant un artifice indigne d’un roi, tendant à détruire la foi publique et la confiance réciproque qui sert de base à tous les contrats entre les nations, il était réellement dispensé de toute obligation d'accomplir ses promesses les plus solennelles, et de remplir ses engagemens les plus sacrés. Dès le moment que François eut conclu la paix de Cambray , il désira et chercha l'occasion de la violer avec impunité. C'était dans cette vue qu'il cultivait avec la plus grande assiduité l'amitié du roi d'Angleterre, et ne ntgligeait rien pour s'assurer de plus en plus de son alliance ; qu’il mettait les forces militaires de son royaume sur un meilleur pied que jamais, et qu’il fomentait adroitement la jalousie et le mécontentement des princes d'Allemagne.

Mais ce que François avait le plus à cœur, c'était de rompre l'étroite union qui subsistait entre Charles et Clément: il vit bientôt avec satisfaction des germes de dégoût et d'éloignement pour l’empereur se développer dans l'âme soupçconneuse du pontife intéressé, et il commença à se flatter que leur union ne serait pas durable. Le pape ne pouvait pardonner à l'empereur la

1! Dumont, Corps diplomat., tom. IV, part. n, p. 2.

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| venait de llemagne, abli en Ita- | craignait, ar en jour, oublées par de France.

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l'empereur la

V, part. n, D. 92.

décision qu'il avait portée en faveur du duc de Ferrare. François exagéra l'injustice de ce procédé, et fit entendre au pape qu'il pourrait trouver en lui un protecteur aussi puissant et plus impartial ; et comme Clément voyait avec impatience les sollicitations importunes de Charles pour l'engager à convoquer un concile, François eut l’art de créer des obstacles pour différer cette convocation , et fit ses efforts pour empêcher les Allemands, ses alliés, d’insister avec tant d'obstination sur cet article !. C'était en partie en contribuant à l'agrandissement et à l'élévation de la famille de Médicis, que Charles avait pris sur le pape un si grand ascendant ; François lui présenta le même appât, en lui offrant de marier son second fils Henri, duc d'Orléans, à Catherine, fille de Laurent de Médicis, cousin de Clément. L'empereur, en apprenant les premières ouvertures de ce mariage , ne put se persuader que François voulût sérieusement avilir le sang royal de France par une alliance avec Catherine, dont les ancêtres n'étaient, quelque temps auparavant, que de simples citoyens et négocians de Florence; il crut que cette proposition n’avait d'autre objet que de fatter et d’amuser l'ambition du pontife. Il crut pourtant devoir travailler à effacer l'impression qu'avait pu faire sur son esprit une offre si éblouissante; et pour cet effet il promit de rompre le mariage qui avait été arrèté entre sa nièce, la fille du roi de Danemarck, et le duc de Milan, et de substituer Catherine à sa place. Mais les ambassadeurs de France ayant montré, contre toute attente, le plein pouvoir dont ils étaient munis pour conclure les articles du mariage de Catherine avec le duc d'Orléans, l'expédient de Charles n’eut aucun effet. Clément fut si flatté d’un honneur qui relevait si fort l'éclat et la dignité de la maison des Médicis, qu’il offrit de donner à Catherine par forme de dot l'investiture de plusieurs terres considérables de l'Italie ; il parut mème disposé à se joindre à François pour faire valoir ses anciennes prétentions dans ce pays, et consentit à une entrevue avec ce monarque ?.

Charles mit tout en œuvre pour empècher une entrevue dont il y avait lieu de croire que l'objet et le résultat ne Jui seraient pas favora-

"Du Bellay, pag. 141, etc. Seck., liv. 111, pag. 48. Fra-Paolo, p, 63.

2 Guich., iv. xx, p. 551, 553. Du Bellay, p. 138.

bles. Ce prince, qui avait eu deux fois la complaisance d'aller visiter le pape, ne pouvait se consoler de voir Clément donner à son rival une marque si singulière de distinction, que d’entreprendre un voyage par mer dans une saison défavorable, pour aller faire la cour à ce monarque dans son propre royaume. Mais l’impatience de conclure une alliance brillante étouffa tous les scrupules d'orgueil, de crainte et de jalousie, qui auraient arrêté Clément en toute autre occasion. Malgré toutes les manœuvres que fit jouer l’empereur, l'entrevue qu’il redoutait se fit à Marseille avec une pompe extraordinaire, et l'on sy donna de part et d'autre les plus grands témoignages de confiance ; ce mariage qui, par l'ambition et les talens de Catherine, fut dans la suite aussi funeste à la France qu'il était alors déshonorant pour elle, fut enfin consommé. Le pape et François concertèrent ensemble plusieurs arrangemens en faveur du duc d'Orléans , et son père offrit de lui abandonner tous ses droits sur l'Italie ; mais tout se passa dans le secret, et ils évitèrent avec tant de soin d'offenser l'empereur, qu’il n’y eut entre eux aucun !{ traité de conclu ; même dans le contrat de mariage , Catherine renonça à tous ses droits et prétentions en Italie, à la réserve du duché d'Urbin?,.

Dans le temps que Clément négociait avec le roi de France , et formait avec lui ces liaisons qui donnaient tant d'ombrage à l’empereur, il laissait Charles diriger à son gré toute l'affaire du divorce du roi d'Angleterre, et ilse montrait aussi porté à le satisfaire sur cet objet que si l'union la plus intime eût encore régné entre eux : tant la mauvaise foi et la duplicité lui étaient naturelles. Il y avait déjà près de six ans que Henri sollicitait ce divorce, et le pape avait passé ces six années à négocier, à promettre, à se rétracter , et à ne rien conclure. On pourrait s'étonner qu’un prince d’un caractère si impétueux et si fecile à s'irriter, eût pu supporter tant de délais et de dégoûts : aussi sa patience en fut épuisée , et il s'adressa à un autre tribunal pour en obtenir le décret qu’il avait vainement sollicité à la cour de Rome. Cranmer, archevèque de Cantorbéry , par une sentence fondée sur l'autorité des universités, des docteurs et

* Guich., liv. xx, p. 555.

? Dumont, Corps diplom., vol. AV, art. 2, p. 101.

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question , annula le mariage du roi avec Catherine , déclara illégitime la fille qui en était née, et reconnut Anne de Boulen pour reine d'Angleterre. Dès ce moment, Henri cessa de faire sa cour au pape ; il commença à le négliger, à le menacer même, et à faire des innovations dans l'église qu'il avait auparavant défendue avec tant de zèle. Clément , qui avait déjà vu tant de provinces et de royaumes se séparer du saint siége, craignit à la fin que l'Angleterre n’imitt leur exemple. L'intérêt qu'il avait à prévenir ce coup fatal , joint à sa déférence pour les sollicitations du roi de France, le détermina à donner à Henri toutes les satisfactions qu'il jugea propres à le retenir dans le sein de son église. Mais la violence de ceux des cardinaux qui étaient dévoués à l'empereur ne donna pas au pape le temps d'exécuter cette sage résolution, et le précipita dans une démarche imprudente qui fut fatale au siége de Rome; on l'obligea de publier une bulle qui cassait la sentence de Cranmer , confirmait le mariage de Henri avec Catherine, et déclarait ce prince excommunié, si, dans un temps prescrit, il ne quittait pas sa nouvelle femme pour reprendre celle qu'il avait abandonnée. Irrité de ce décret , auquel il était loin de s'attendre, Henri ne garda plus aucune mesure avec la cour de Rome : ses sujets secondèrent son ressentiment, et partagèrent son indignation. Le parlement passa un acte qui abolit le pouvoir et la juridiction du pape en Angleterre; et par un autre acte, le roi fut déclaré chef suprème de l'église anglicane, et fut revêtu de toute l’autorité dont on dépouillait le pape. Ce vaste édifice de la domination ecclésiastique, élevé avec tant d'art , et dont les fondemens paraissaient si profonds , s'écroula en un moment, dès qu'il ne fut plus appuyé sur la vénération des peuples. Henri, par une bizarrerie qui était dans son caractère, continua de défendre la doctrine de l’église de Rome avec la même chaleur qu'il mettait à attaquer sa juridiction. Il

persécuta tour à tour les protestans et les catho- |

liques; les premiers , parce qu'ils rejetaient les opinions de l’église romaine ; les seconds, parce qu'ils reconnaissaient son autorité civile : mais ses sujets ayant eu la liberté d'entrer dans une

nouvelle route ne jugèrent pas à propos de s'ar- |

rèter au terme précis qu'il leur marquait. En-

partie de leurs entraves, ils étaient si impatiens de s’en délivrer tout-à-fait ! , que sous le règne suivant , il se fit, avec l’applaudissement général de la nation, une séparation totale de l’Angleterre et de l'église de Rome, dans les points de doctrine, comme dans les matières de discipline et de juridiction.

Quelques délais de plus eussent pu épargner au siége de Rome les suites fâcheuses qu'eut la démarche imprudente de Clément. Peu de temps après la sentence qu'il avait rendue contre Henri, il tomba dans une maladie de langueur qui, minant par degrés sa constitution, mit enfin un terme à son pontificat, le plus funeste par sa longue durée et par ses effets que la cour de Rome eût vu depuis plusieurs siècles. Le jour même que les cardinaux entrèrent au conclave, ils élevèrent au trône papal Alexandre Farnése, doyen du sacré collége, et le plus ancien des cardinaux, lequel prit le nom de Paul II. Le peuple de Rome fit éclater les plus grands transports de joie en apprenant cette promotion. Il

| étäit ravi de voir, après un intervalle de plus | d'un siècle, la couronne de saint Pierre orner la tête d’un citoyen romain. Les hommes les plus éclairés augurèrent favorablement de son admiuistration : ils fondaient leur jugement sur l'expérience qu'il avait acquise sous quatre pontificats. et sur le caractère de prudence et de modération qu'il avait constamment soutenu dans un | poste éminent, et pendant un temps de trouble et de crise qui demandait à la fois des talens et de l'adresse 2.

Il'est vraisemblable que l'Europe dut la con- | tinuation de la paix à la mort de Clément. Quoi- , qu'il ne reste dans l'histoire aucune trace ! d’une ligue conclue entre François et lui, il ne

faut pas douter qu'il n’eût secondé les opéra- . tions des armées françaises en Italie. Son ambition n'aurait pas résisté au plaisir de voir sa | famille donner un maître à Florence et un autre : à Milan; mais l'élection de Paul I , qui jusqu'alors était demeuré constamment attaché aux intérêts de l'empereur , mit François dans là nécessité de suspendre pour quelque temps ses . opérations , et de différer encore l'exécution du

1 Herbert. Burnet, Æist. de la Réform.

? Guich., liv xx, p. 556. Fra-Paolo, p. 61.

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11534] essein qu'il avait formé de commencer les hostilités contre l'empereur.

Tandis que François épiait l'occasion de recommencer une guerre qui jusqu'alors avait été si fatale à ses sujets et à lui-même , il se passait en Allemagne un événement d’une nature très singulière. Parmi plusieurs effets salutaires , dont la réformation fut la cause immédiate, elle en produisit quelques autres tout opposés; et c'est une fatalité inévitable dans toutes les affaires et dans tous les événemens qui dépendent des hommes. Lorsque l'esprit humain est remué par de grands objets, et agité par des passions violentes, il acquiert ordinairement dans ses opérations une surabondance de force qui le jette dans des écarts et des extravagances. Dans toute révolution importante qui arrive dans la religion , ces écarts sont plus fréquens , surtout à ce période où les hommes, en secouant le joug de leurs anciens principes, ne conçoivent pas encore clairement la nature du nouveau système qu'ils embrassent , et n’ont pas un sentiment distinct des obligations nouvelles qu'il leur impose. Alors l'esprit marche toujours en avant avec la même audace qui lui a fait rejeter les opinions établies; comme il n’est point guidé par une connaissance éclairée de la doctrine qu’il a mise à la place, il ne peut souffrir aucun frein, et il se livre à des idées bizarres d'où résultent souvent la corruption des principes et la licence des mœurs. Ainsi, dans les premiers siècles de l'église , on vit une foule de nouveaux chrétiens , après avoir renoncé à leur ancienne croyance, adopter les opinions les plus absurdes, également destructives de toute piété et de toute vertu, faute de bien connaître encore les dogmes et les préceptes du christianisme. On vit ensuite ces mêmes erreurs proscrites, se dissiper d’elles-mêmes , à mesure que les vrais principes de la religion furent mieux connus et plus généralement répandus. De même, quelque temps après que Luther eut paru , la témérité ou l'ignorance de quelques-uns de ses disciples les porta à publier des maximes absurdes et pernicieuses qui furent trop facilement adoptées par les hommes ignorans , mais passionnés par toutes les nouveautés, et dans un temps où tous les esprits étaient tournés vers les spéculations religieuses. C'est à ces causes qu'il faut attribuer la naissance des opinions extravagantes que

répandit Muncer dans l'année 1525, et les rapides progrès qu’elles firent parmi les paysans. Le soulèvement qu'avait excité ce fanatique fut bientôt étouffé : mais plusieurs de ses sectateurs se cachèrent en différentes retraites, d'où ils s’efforcèrent de répandre leurs opinions.

Dans les provinces de la Haute-Allemagne, où la rage de ces fanatiques avait déjà fait tant de ravages, les magistrats veillèrent sur eux de si près, et les traitérent avec tant de sévérité, qu'après en avoir puni quelques-uns , banni d’autres, et forcé un grand nombre à se retirer en d’autres pays, on vint à bout d’extirper entièrement leurs erreurs. Mais dans les Pays- Bas et dans la Westphalie, où l'on était moins en garde contre leurs opinions, parce qu’on n'en sentait pas les dangereuses conséquences, ils s'introduisirent dans plusieurs villes et y répandirent la contagion de leurs principes. Le plus remarquable de leurs dogmes religieux regardait le sacrement de baptème : ils soutenaient qu'on ne devait l'administrer qu'aux personnes qui avaient atteint l’âge de raison , et qu'il ne fallait pas le donner par aspersion, mais par immersion. En conséquence ils condamnaient le baptème des enfans, et rebaptisaient tous ceux qui entraient dans leur société : c'est de là que leur secte a reçu le nom d'anabaptistes. Cette idée particulière sur le baptème paraissait fondée sur l'usage de l’église du temps des apôtres, et n'avait rien de contraire à la paix et au bon ordre de sa société; mais ils avaient d’autres principes d’un enthousiasme plus exalté, et bien plus dangereux. lis prétendaient que parmi les chrétiens qui avaient les préceptes de l'Évangile pour règle de leur conduite, et l'esprit de Dieu pour guide, l'office éu magistrat n'était pas seulement inutile, mais que c'était un empiétement illégitime sur leur liberté spiritueuse; qu'il fallait anéantir toute distinction de naissance , de rang et de fortune, comme contraire à l'esprit de l'Évangile qui ne voit dans tous les hommes que des êtres égaux ; que tous les chrétiens devaient mettre en commun tous leurs biens , et vivre ensemble dans cette parfaite égalité qui convient aux membres d’une même famille ; enfin , que la loi naturelle et le Nouveau-Testament n'ayant établi aucune règle sur le nombre des femmes qu'un homme pouvait épouser, on pouvait user de la liberté que Dieu

même avait accordée aux anciens patriarches.

De pareils principes, répandus et soutenus avec tout le zèle et toute l'audace du fanatisme, ne tardèrent pas à produire les effets qui en étaient la suite naturelle. Deux prophètes anabaptistes, Jean Mathias, boulanger de Harlem, et Jean Boccold ou Beükels, compagnon tailleur de Leyde, possédés de la rage du prosélytisme, établirent leur résidence à Munster, ville impériale du premier ordre en Westphalie, soumise à la domination de son évêque, mais qui se gouvernait par son propre sénat et ses consuls, Comme ces deux fanatiques ne manquaient ni l'un ni l’autre des talens nécessaires pour réussir dans leur entreprise , leur audace, une apparence de sainteté, la prétention ouverte d'être inspirés par le Saint-Esprit, de la facilité et de la confiance pour parler en public, tous ces moyens réunis leur firent bientôt des sectateurs. De ce nombre furent Rothman, qui avait d'abord prèché le protestantisme à Munster, et Cnipperdoling, citoyen qui avait de la naissance et de la considération personnelle. Enhardis par le crédit de ces disciples, ils commencèrent à enseigner publiquement leur opinion; et non contens de cette liberté, ils firent plusieurs tentatives pour se rendre maîtres de la ville afin de donner à leur doctrine le sceau de l'autorité publique. Ils échouèrent dans leur première entreprise ; mais ayant appelé secrètement un grand nombre de leurs associés répandus dans les contrées voisines, ils se saisirent pendant la nuit de l'arsenal et de l'hôtel du sénat, et se mirent à parcourir les rues, armés d'épées nues, poussant des hurlemens horribles et criant alternativement , tantôt : Repentez-vous et soyez baptisés ; tantôt, Retirez -vous , impies ! Les sénateurs , les chanoines, la noblesse, la plus saine partie des citoyens, et catholiques et protestans , effrayés de leurs cris et de leurs menaces, s'enfuirent en désordre et abandonnirent leur ville à la discrétion de cette multitude frénétique, composée pour la plus grande partie d'étrangers. Comme il ne restait personne en état de les contenir ou de leur en imposer, ils tracèrent le plan d’un nouveau gouvernement , conforme à leurs extravagantes idées. S'ils parurent d’abord respecter assez l’ancienne constitution pour élire des sénateurs de leur secte et pour établir consuls Cnipperdoling et un autre de leurs prosélytes,

ce ne fut que pour la forme. Toutes leurs dé marches étaient dirigées par Mathias, qui, prenant le ton et l'autorité d'un prophète, dictait ses ordres et punissait de mort dans l'instant ceux qui osaient y désobéir, Il commença par exhorter la multitude à piller les églises, et à en détruire les ornemens; il leur enjoignait ensuite de brûler tousles livres, comme étant inutiles ou impies, et de ne conserver que la Bible; il confisqua les biens de ceux qui s'étaient enfuis de la ville et les vendit aux habitans des cantons voisins: il ordonna à chaque habitant d'apporter à ses pieds son or, son argent et tous ses effets précieux ; il déposa ses richesses dans un trésor public, et nomma des diacres chargés de les distribuer pour l'usage commun de tous. Après avoir ainsi établi, parmi les membres de sa république, une parfaite égalité, il leur ordonna de manger ensemble à des tables dressées en public, et alla même jusqu’à régler les mets qu'on devait servir chaque jour. Dès qu'il eut achevé sa réforme sur ce plan , son premier soin fut de pourvoir à la défense de la ville; et les mesures qu'il prit pour cet effet montraient une prudence qui ne tenait point du fanatisme. 11 forma de vastes magasins de toute espèce, répara les anciennes fortifications et y en ajouta de nouvelles, obligeant chaque habitant sans distinction d’y travailler à son tour; il forma de ses disciples de bons soldats et des troupes réglées , et n'épargna rien pour ajouter la vigueur de la discipline à la fougue de l’enthousiasme. Il envoya des émissaires aux anabaptistes des Pays-Bas pour les inviter à se rendre à Munster, qu'il qualifiait du nom de Montagne de Sion, afin d'en sortir ensuite, disait-il, pour aller soumettre à leur puissance toutes les nations de la terre. Il ne se permettait presque aucun repos, et ne négligeait rien de tout ce qui pouvait servir à la sûreté ou à la propagation de sa secte; il donnait à ses disciples l'exemple de ne refuser aucune espèce de travail, et de supporter toutes sortes de peines. Ainsi l’enthousiasme de ses sectaires exaltés sans cesse par une suite non interrompue d’exhortations, de révélations et de prophéties, les animait à tout entreprendre et à tout souffrir pour la défense de leurs opinions.

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assiéger la ville. A son approche, Mathias en sortit à la tête de quelques troupes choisies, attaqua un des quartiers de son camp, le força, et après l'avoir rempli de carnage, il rentra dans la ville chargé de dépouilles et couvert de gloire. Enivré de ce succès, il parut le lendemain devant le peuple une lance à la main, et déclara qu'à l'exemple de Gédéon, il irait avec une poignée de soldats exterminer l'armée des impies, Trente personnes qu'il nomma le suivirent sans balancer dans cette entreprise extravagante, et allèrent se précipiter sur les ennemis avec une rage insensée : ils furent tous mis en pièces sans qu'il en échappât un seul. La mort du prophète jeta la consternation dans le cœur de ses disciples; mais Boccold , par les mêmes dons prophétiques et les mèmes artifices qui avaient donné tant de crédit à Mathias, ranima bientôt leur courage et leurs espérances, au point qu'ils le laissèrent prendre le mème rangs et la même autorité absolue. Mais comme il n'avait pas le courage audacieux qui distinguait son prédécesseur, il se contenta de faire une guerre défensive; et sans hasarder aucune sortie sur l'ennemi, il attendit tranquillement les secours qu'il espérait des Pays-Bas, et dont l’arrivée était souvent prédite et promise par ses prophètes. Mais s’il n'était pas aussi entreprenant que Mathias, il était encore plus fanatique que lui, et d’une ambition plus démesurée. Quelque temps après la mort de son prédécesseur , quand il eut , par des visions mystérieuses et des prophéties équivoques, préparé la multitude à l'attente d’un événement extraordinaire, il se dépouilla, et courut tout ou dans les rues, criant à haute voix : Que le royaume de Sion était proche ; que tout ce qui était élevé sur la terre serait abaissé , et que tout ce qui était abaissé serait élevé.

Pour commencer l’accomplissement de cette prédiction , il fit raser jusqu'aux fondemens les églises, qui étaient les édifices les plus hauts de la ville; il dégrada les sénateurs que Mathias avait choisis, et dépouillant Cnipperdoling du cousulat, la première charge de la république, il le réduisit à la plus vile et à la plus infâme des professions, celle de bourreau, que celui-ci accepta non-seulement sans murmurer, mais avec les marques de la plus grande joie; et tel était l'excès du despotisme et la rigueur de l'admipistration de ce Boccold , que Cnipperdoling fut

| appelé presque chaque jour pour exercer quelques-unes des fonctions de son horrible ministère. A la place des sénateurs qu'il avait déposés, il nomma douze juges pour présider à toutes les affaires, à l'imitation des douze tribus d'Israël, retenant pour lui la même autorité dont Moïse jouissait anciennement comme législateur de son peuple.

Cependant ce degré de puissance et ces titres n'étaient pas assez pour l'ambition de Boccold; il voulait la souveraineté absolue , et il y parvint. Un prophète, qu'il avait gagné et instruit, assembla un jour le peuple, et déclara que la volonté de Dieu était que Jean Boecold fût roi de Sion, et s'assit sur le trône de David. Jean se prosternant à terre, se résigna humblement à la volonté du ciel, et protesta solennellement qu'elle lui avait déjà été annoncée dans une révélation. Il fut sur-le-champ reconnu roi par cette multitude crédule ; et dès ce moment il déploya l'appareil et la pompe de la royauté. Il avait une couronne d’or, et les habits les plus somptueux. À l’un de ses côtés on portait ur Bible, et de l’autre une épée nue. Il ne paraissait jamais en public, sans une garde nombreuse. 1l fit frapper de la monnaie avec son portrait, et créa de grands officiers de sa maison et de son royaume, parmi lesquels Cnipperdoling fut nommé gouverneur de la ville en récompense du dernier acte de son obéissance.

Parvenu au faîte du pouvoir, Boccold commença à donner carrière à des passions qu'il avait jusqu'alors contenues, ou qu'il ne satisfaisait qu’en secret. On a remarqué dans tous les temps que les excès de l'enthousiasme accompagnent d'ordinaire le penchant à l'amour , et que le mème tempérament porte également à ces deux passions. Boccold chargea des prophè.es et des docteurs de haranguer le peuple plusieuïs"" jours de suite, sur la légitimité et la nécessité même d'épouser plus d'une femme; ce qu'ils prétendirent être un des priviléges que Dieu réserve à ses saints. Quand il eut accoutumé les oreilles de la multitude à cette doctrine licencieuse , et enflammé les imaginations par l'attrait d’un libertinage sans frein , il donna le premier l'exemple de ce qu'il appelait la liberté chrétienne, en épousant à la fois trois femmes, dont une était la veuve de, Mathias, femme d'une beauté extraordinaire. Comme l'amour de la

beauté et le goût de la variété l'entralnaient sans cesse , il augmenta par degrés le nombre de ses femmes jusqu'à quatorze ; mais il n'y avait que la veuve de Mathias qui eût le titre de reine, et qui partageat avec lui l'éclat de la royauté. À l'exemple de leur prophète, la multitude s'abandonna sans réserve à la débauche la plus effrénée, Il ne resta pas un seul homme qui se contentât d'une seule femme, On regarda comme un crime de ne pas user de la liberté chrétienne. Il y avait des gens employés à chercher dans les maisons les jeunes filles nubiles, ct on les forçait aussitôt à se marier. À la suite de la polygamie, la liberté du divorce qui en est inséparable, s'introduisit et devint une nouvelle source de corruption. Ces insensés se portèrent à tous les excès dont les passions humaines sont capables lorsqu'elles ne sont point réprimées par l'autorité des lois, ou par le sentiment de la pudeur; enfin l'on vit, par un alliage monstrueux et presque incroyable, la débauche entée sur la religion, et tous les excès du libertinage accompagnés des austérités de la superstition.

Cependant les princes d'Allemagne voyaient avec la plus vive indignation un fanatique obscur insulter à leur dignité, en usurpant avec tant d'insolence les honneurs de la souveraineté ; d’ailleurs les débordemens de ces sectaires étaient l'opprobre du christianisme, et révoltaient les hommes de tous les états. Luther, qui, dès l'origine , avait désavoué leur fanatisme , en déplorait alors les progrès ; il écrivit avec autant d'amertume que de solidité contre leurs extravagances, et il exhorta vivement tous les états de l'Allemagne à arrêter le cours d'une manie aussi funeste à la société que fatale à la religion.

‘‘rophetæ et concionatorum autoritate juxtà et exemplo totà urbe ad rapiendas pulcherrimas quasque fœminas discursum est. Nec intrà paucos dies, in tant hominum turbdà, ferè ulla reperta est suprà annum 14, quæ stuprum passa non fuerit. Lamb. Horteus, p. 403. V’ulgô viris quinas esseuxores, pluribus senas , nonnullis septenas et octonas. Puellas suprà duodecimum ætatis annum statim amare.

Id. 305. Nemo und contentus fuit, neque cuiquam extra effatas et viris immaturas conlinenti esse acuit V., 327. Tacebo hic, ut sit suus honor auribus, qguantà bal:1rie et malitià usi sint in puellis vitiandis no”dum “puis matrimonio , in quod mihi neque ex vany, neÇs + © gui sermonibus haustum est, sed ex ex vetur. , cui cr: sic vitia: arm demandata fuit ,aucitumi. 108 Job. Corvinus, 316.

L'empereur était trop occupé d'autres soins et d'autres projets pour avoir le loisir de donner son attention à un objet si éloigné de lui, Mais les princes de l'empire , assemblés par le roi des Romains, convinrent de fournir un secours d'hommes et d'argent à l'évêque de Munster qui, ne pouvant entretenir assez de troupes pour con. tinuer le siége, se bornait à bloquer la ville, Les troupes qui furent levées en conséquence de cette résolution furent mises sous la conduite d'un capitaine expérimenté, lequel s’approcha de Munster vers la fin de l'année 1535 , et pressa le siége plus vivement; mais il trouva la ville si bien fortifiée et si bien gardée qu'il n’osa hasarder un assaut, Îl y avait alors plus de quinze mois que les anabaptistes avaient établi leur domination à Munster , et pendant tout ce temps ils avaient souffert des fatigues excessives, soit : travailler aux fortifications , soit à faire ‘e service militaire. Malgré les soins et l'attention de Boccold pour se procurer tout ce qui était nécessaire à la subsistance des assiégés, malgré son économie frugale et régulière dans la distribution des alimens , ils commencçaient à sentir les approches de la famine. Plusieurs petits détachemens de leurs frères, qui venaient des Pays-Bas à leur secours, avaient été enlevés ou taillés en pièces ; ils voyaient toute l'Allemagne prête à se réunir pour les accabler, sans avoir aucun secours à espérer, Mais tel était l'ascendant que Boccold avait sur la multitude, tels sont la force et l'aveuglement du fanatisme, qu'ils étaient toujours pleins de la plus vive confiance dans leur cause et dans leur zèle; ils ajoutaient foi, avec la plus crédule simplicité , aux visions et prédictions de leurs prophètes, qui les assuraient que le Tout-Puissant étendrait bientôt son bras pour délivrer leur ville, Il s'en trouva pourtant quelques-uns dont la foi, violemment ébranlée par la rigueur et la longue durée de leurs sonffrances,commen:ait 1 chanceler ; mais dès qu'ils furent soupçonné: «dir l'intention de se rendre à l'ennens 5 ir 1 unis de r "1 sur-lechamp, comic coupables d'impiété en se défiant de la puissance de Dieu. Une des femmes du roi laissa échapper quelques mots qui annonçaient des doutes sur la divinité de sa mission; cet imposteur audacieux les fit toutes assembler sur-lechamp, et ayant ordonné à la blasphématrice, c'était le nom qu'il lui donna, de se mettre

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et avait trémités maux h l'human capitulat déserteu le moyer vresse di eût pu frauces, au géuér marqué € assiégés, daient av un détact propositic leures tre promis, L être aperç duisit le quoique s du march désespoir veloppés q furent tud prisonnie Cnipperd conduit dd à la curios d'outrages destinée n demeura une ferm Munster, crimes , il les plus lo fit avec u traordinai empire si de faire « société, a

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faire ‘e sert l'attention ce qui était gés, malgré ans la distriit à sentir les tits détachedes Pays-Bas ou taillés en ne prête à se ir aucun secendant que sont la force w'ils étaient fiance dans outaient foi, ux visions et les assuraient ntôt son bras uva pourtant nent ébranlée le leurs soufhais dès qu’ils on de se renport sur-leen se défiant :mmes du roi i annonçaient ssion ; cet immbler sur-leisphématrice , » se mettre

(1535) genoux , il lui trancha la tête de sa propre main. Les autres femmes, loin de marquer aucun sentiment d'horreur à la vue de cette barbarie, prirent Boccold par la main, et dauserent en rond avec une joie frénétique autour du corps sanglant de leur compagne.

La famine augmentait cependant [bujours , et avait réduit les assiégés aux plus cruelles extrémités; mais ils aimaient miewx souffrir des maux horribles, dont le seul récit affligerait l'humanité, que d'accepter les conditions de la capitulation que leur offrait l'évèque. Enfin un déserteur qu'ils avaient pris à leur service trouva le moyen de s'évader de la ville; et soit que l'ivresse du fanatisme se fût dissipée, soit qu'il

eût pu résister plus long-temps à ses souf-

frauces, il passa chez les assiégés. Il fit connaître au géucral ennemi un côté faible qu'il avait remarqué dans les fortifications , l'assura que les assiégés, épuisés de fatigue et de faim, le gardaient avec peu de soin, et offrit d'y conduire un détachement pendant la nuit. On accepta sa proposition , et on lui donna un corps de meilleures troupes. Tout réussit comme il l'avait promis. Le détachement escalada les murs sans être aperçu, se saisit d’une des portes, et introduisit le reste de l'armée. Les anabaptistes, quoique surpris, se défendirent daus la place du marché avec tout le courage qu'inspire le désespoir ; mais accablés par le nombre, et enveloppés de toutes parts, la plupart d’entre eux furent tués sur la place ; les autres furent faits prisonniers, et de ce nombre furent le roi et Cnipperdoling. Boccold, chargé de chaînes et conduit de ville en ville, fut donné en spectacle à la curiosité du peuple et exposé à toutes sortes d'outrages. Cette étrange révolution dans sa destinée ne parut ui l'humilier ni l'abattre : il demeura attaché aux maximes de sa secte avec une fermeté inébranlable ; ensuite conduit à Munster, le Qhéâtre de sa grandeur et de ses crimes , il y fut mis à mort après les tourmens les plus longs et les plus recherchés, qu'il souffrit avec un courage héroïque. Cet homme extraordinaire, qui avait eu l'art d'acquérir un empire si absolu sur les âmes de ses sectateurs et de faire une révolution si dangereuse pour la société , avait à peine vingt-six ans !.

‘Sleid, p. #90, etc. Tumultuum anabaptistarunt liber uxus. Ant. Lamberto Hortentio autore ap.

Le royaume des anabaptistes finit avec la vie de leur rui; mais leurs principes avaient jeté de profondes racines dans les Pays-Bas, et cette secte y subsiste encre sous le nom de mennonites. Par un changement bien étrange, cette secte, qui fut si factieuse et si sanguinaire à #a üwissance , est devenue singulièrement innocente et pacifique. Ces mennonites regardeut comme un crime de faire la guerre et d'exercer les emplois civils; ils se dévouent entièrement aux devoirs de simples citoyens, et par leur industrie et leur charité ! ils semblent vouloir faire à la société une sorte de réparation des violences commises par leurs fondatemrs. Quelques-uns se sont établis en Angletobre, et y ont conservé des maximes anciennes de la secte sur le baptème mais sans aucun mélange dangereux de fana tisme,

Quoique la révolte des anabaptistes eût attiré l'attention générale, elle n'occupa cependant pas assez les princes d'Allemagne pour les empeeher de songer à leurs intérêts politiques. L'alliance secrète qui s'était formée entre le roi de France et les confédérés de Smalkalde, commença vers cc temps à produire de grands effets. Ulric, duc de Vittemberg , ayant été chassé de ses états em 1519, par ses propres sujets, révoltés des violences et de l'oppression qu'il exerçait sur eux, la maison d'Autriche avait pris possession de ce duché. Ce prince, après avoir expié par un long exil des fautes qui étaient plutôt l'effet de son inexpérience que d'un caractère tyrannique , était devenu à la fin l’objet de la compassion générale. Le landgrave de Hesse, en particulier, son proche parent, embrassa avec la plus grande vivacité ses intérêts , et fit plusieurs efforts pour lui faire rendre l'héritage de ses pères: mais le roi des Romains refusa constamment de se dessaisir d'une riche province, dont l'acquisition avait si peu coûté à sa famulle. Le landgrave, trop faible pour reprendre le Vittemberg par la force des armes, s'adressa au roi de France son nouvel allié. François, qui ne cherchait que l’ocasion d'embarrasser la maison d'Autriche, et qui avait un grand désir de lui ôter un terri- Scardium, vol. 1, p. 298, etc. De miserabili monasleriensium obsidione, etc. Libellus Anton.Corvini ap. Scard., 313. Anales Anabaptistici à Joh. Henrico Oltio , in-4°. Basileæ 1672. Gor. Heersbachius, /isf.

Anab., édit. 1637, p. 140 1 Bayle, Diclionn., art, Anabaptistes.

toire qui, en lui donnant de l'influence dans une partie de l'Allemagne très éloignée de ses autres états, la mettait à portée d'y dominer, encouragea le landgrave à prendre les armes, et lui fournit en secret une somme considérable. Le landgrave ayant levé des troupes, marcha en diligence à Vittemberg , attaqua, défit et dispersa un corps considérable d'Autrichiens qui gardaient ce pays. Tous les sujets du duc reçurent à l’envi leur prince naturel, et lui rendirent avec joie l’autorité souveraine dont jouissent encore aujourd'hui ses descendans. L'exercice de la religion protestante fut en même temps établi dans ses états !.

Quelque sensible que fût Ferdinand à ce coup imprévu, il n'osa attaquer un prince que tout le parti protestant d'Allemagne se disposait à soutenir, et il jugea qu'il était plus prudent de conclure un traité par lequel il reconnût, de la manière la plus solennelle, les droits d'Ulric au duché de Vittemberg. Ferdinand, convaincu , par le succès des opérations du landgrave en faveur du duc de Vittemberg, qu’il fallait éviter avec le plus grand soin toute rupture avec une ligue aussi formidable que celle de Smalkalde, entra aussi en négociation avec l'électeur de Saxe qui en était le chef; et moyennant quelques concessions en faveur de la religion protestante, il vint à bout de se faire reconnaître roi des Romains par l'électeur et les confédérés. Mais pour prévenir dans la suite une élection aussi précipitée et aussi régulière que l'avait été celle de Ferdinand, il fut convenu que personne désormais ne serait élevé à cette dignité que du consentement unanime des électeurs , article qui fut peu de temps après confirmé par l'empereur ?.

Cette indulgence pour les protestans et l’étroite liaison que le roi des Romains commençait à former avec les princes de ce parti déplurent beaucoup à la cour de Rome. Paul III n'avait pas adopté la résolution où était son prédécesseur de ne jamais consentir à la convocation d'un concile général ; il avait même promis, dans le premier consistoire qui suivit son élection , de convoquer cette assemblée que désirait toute la chrétienté; mais il était aussi irrité que Clément des innovations qui se faisaient dans l'Allemagne, et il n'était pas moins éloigné

1 Sleid., p. 172. Du Bellay, p. 159, etc.

3 Sleid., 1737. Corps diplom., tom. IV, p. 2, 119.

[1535] d'approuver aucun plan pour réformer la doctrine de l'église et les abus de la cour de Rome. Seulement, comme il avait été témoin du blâme universel que Clément s'était attiré par son obstination sur l'assemblée d’un concile, il espérait échapper au mème reproche en affectant de la proposer lui-même avec empressement, bien convaincu qu'il s'élèverait toujours assez de difficultés sur le temps et ke licu de cette assemblée, sur les personnes qui auraient droit d'y assister, et sur la forme dans laquelle on devait y procéder, pour frustrer l'intention de ceux qui demandaient ce concile, sans s'exposer luimème aux reproches qu'ils ne manqueraient pas de lui faire, s'il refusait d’y consentir. Plein de cette confiance, il députa des nonces aux différentes cours, pour leur faire part de ses intentions et leur annoncer qu’il avait choisi Mantoue comme le lieu le plus propre à la tenue du concile. Les difficultés que le pape avait prévues se présentèrent en foule. Le roi de France désapprouva le choix que le pape avait fait, sous prétexte que le pape et l’empereur auraient trop d'autorité dans une ville située dans cette partie de l'Italie. Le roi d'Angleterre se réunit à Francois et fit la même objection ; il déclara de plus qu'il ne reconnaîtrait aucun concile convoqué au nom et par l'autorité du pape. Les protestans d'Allemagne, assemblés à Smalkalde, insistérent sur leur première proposition, et demandèrent que le concile se tint en Allemagne :

ils s’autorisaient de la promesse que leur avait faite l’empereur , et de la résolution qui en avait été faite à la diète de Ratisbonne, et ils déclarèrent qu'ils ne regarderaient point l'assemblée de Mantoue comme un cuncile légal tenu en pleine liberté et représentant véritablement l'église. Cette diversité de sentimens et d’intérèts ouvrit un champ si vaste aux intrigues et aux négociations, qu'il fut aisé au pape de se faire un mérite de son feint empressement à assembler ce concile, dont il mettait tous ses soins à éloigner la convocation. Les protestans, d'un autre côté, soupçonnant ses desseins et connaissant la force que leur donnait leur union, renouvelèrent pour dix ans la ligue de Smalkalde, que l'accession de plusieurs nouveaux membres rendit encore plus puissante et plus formidable !.

| 1 Cette ligue fut conclue au mois de décembre de l'an À née 1535; mais elle ne fut signée en forme qu'au mois de

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Ce fut à cette époque que l'empereur entreprit sa fameuse expédition contre les pirates d'Afrique. La partie du continent d'Afrique qui borde les côtes de la Méditerranée, et qui formait anciennement les royaumes de Mauritanie et de Massylie , et la république de Carthage, est connue aujourd’hui sous le nom général de Barbarie. Ce pays avait subi plusieurs révolutions : subjugué par les Romains , il fut d'abord une province de leur empire ; il fut ensuite conquis par les Vandales, qui y fondèrent un royaume. Bélisaire l'ayant détruit, toute cette contrée demeura sous la domination des empereurs grecs jusqu'à la fin du septième siècle : elle fut alors envahie par les Arabes , dont les armes ne trouvaient de résistance nulle part, et pendant quelque temps elle fit partie du vaste empire que gouvernèrent les califes. L’éloignement du centre de l'empire encouragea dans la suite les descendans des guerriers qui avaient anciennement subjugué ce pays , ou des chefs des Maures ses anciens habitans, à secouer le joug et à se rendre indépendans. Les califes, dont l'autorité n’était fondée que sur un respect de fanatisme, plus propre à favoriser les conquêtes qu’à les conserver, furent obligés de fermer les yeux sur ces révoltes, qu'ils n'étaient pas en état de réprimer ; et la Barbarie fut divisée en plusieurs royaumes , dont les plus considérables furent Maroc, Alger et Tunis. Les habitans de ces royaumes étaient un mélange de familles arabes , de races nègres des provinces méridionales, et de Maures ués en Afrique ou chassés de l'Espagne, tous scctateurs zélés de la religion mahométane, et animés contre les chrétiens d’une haine superstitieuse digne de leur ignorance et de leurs mœurs barbares.

Chez ce peuple , non moins hardi, inconstant et perfide que l’étaient, si l’on en croit les historiens romains , les anciens habitans du même

| pays , les séditions furent fréquentes ; le gou-

E septembre de l’année suivante. Les princes qui y accédè- } rent, étaient Jean, électeur de Saxe; Ernest, duc de E Brunswick ; Philippe, landgrave de Hesse: Ulric, duc de

Vittemberg ; Barnin et Philippe, ducs de Poméranie; … Jean George et Joachim , princes d’Anbalt ; Gerhard et Albert, comtes de Mansfeld ; Guillaume, comte de Nassau ; les villesétaient Strasbourg, Nuremberg , Constance,

Un, Magdebourg , Brême, Reutlingue, Hailbron, Mem- |

mingen, Lindau, Campen, Isne, Bibrac, Vindsheim, Augsbourg, Francfort, Esling, Brunswick, Goslar, Hanovre, Gottingue, Eimbeck, Hambourg, Minden.

vernement passa par un grand nombre de révo-

lutions successives ; mais comme elles étaient

renfermées dans l’intérieur d’un pays barbare,

elles sont peu connues, et méritent peu de

l'être. Cependant, versle commencement du seizième siècle, il s’y fit une révolution qui rendit les états barbaresques redoutables aux Euro-

péens , et leur histoire plus digne d'attention.

Les auteurs de cette révolution étaient des hommes qui par leur naissance ne paraissaient pas destinés à jouer un grand rôle. Horuc et Chairadin , tous deux fils d’un potier de l'ile de Lesbos , entraînés par l'impulsion d’un caractère inquiet et entreprenant, abandonnèrent la profession de leur père, coururent la mer et se joignirent à une troupe de pirates. Ils se distinguèrent bientôt par leur valeur et leur activité, et s'étant emparés d’un petit brigantin , ils centinuërent ce vil métier avec tant d’habileté et de succès, qu'ils rassemblèrent une flotte, composée de douze galères et de plusieurs autres vaisseaux moins considérables. Horuc , qui était l'aîné , et qu’on appela Barberousse , à cause de la couleur de sa barbe, fut l'amiral de cette flotte ; Chairadin était son second, maïs il avait à peu près la mème autorité. Ils se donnèrent le titre d'amis de la mer, et d'ennemis de tous ceux qui voguaient sur ses eaux. La terreur de leurs noms se répandit bientôt depuis le détroit des Dardanelles jusqu’à celui deGibraltar, Leurs projets d’ambition s'étendirent à mesure que leur puissance et leur renommée s’accroissaient ; et ils effacèrent l'infamie de leurs brigandages par des talens et des vues dignes de conquérans. Ils conduisaient souvent dans les ports de Barbarie les prises qu’ils avaient faites sur les côtes d'Italie et d'Espagne; et comme ils enrichissaient les habitans de ces ports par la vente de leur butin et par les extravagantes profusions de leurs matelots, ils étaient bien reçus dans tous les lieux où ils abordaient. La situation avantageuse de ces ports, voisins des grands états de la chrétienté qui faisaient alors le commerce, inspira aux deux frères l’idée de faire un établissement dans ce pays. L'occasion d’exécuter leur projet se présenta bientôt , et ils ne la laissèrent pas échapper. Eutemi, roi d'Alger, qui avait plusieurs fois tenté sans succès de

. s'emparer d'un fort que les gouverneurs espa-

gnols d'Oran avaient bâti assez près de cette

capitale , fut assez imprudent pour implorer le secours de Barberousse, dont les Africains regardaient la valeur comme invincible. Le corsaire actif reçut avec joie cette invitation, et laissant à son frère Chairadin le commandement de la flotte, il marcha à la tète de cinq mille hommes à Alger, où il fut reçu comme un libérateur. Une troupe si considérable le rendait le maître de la ville ; ayant observé que les Maures ne le soupçonnaient d'aucun mauvais dessein , et que d'ailleurs ils étaient hors d'état, avec leurs troupes armées à la légère, de résister à de vieux soldats aguerris, il assassina secrètement le prince qui l'avait appelé à son secours, et se fit proclamer roi d'Alger à sa place. Après avoir usurpé l'autorité par ce meurtre audacieux, il chercha à la maintenir par une conduite assortie au génie du peuple qu'il avait à gouverner. Libéral à l'excès pour tous ceux quise

déclaraient les partisans de son usurpation , il exerçait une cruauté sans bornes contre ceux

dont il avait lieu de craindre les dispositions. Non content du trône qu'il avait conquis, Horuc attaqua le roi de Tremisen , son voisin, et l'ayant vaincu dans une bataille, il joignit ses états à ceux d'Alger. Il continuait en même temps d’infester les côtes d'Espagne et d'Italie, avec des flottes qui ressemblaient plus aux armemens d'un grand monarque qu'aux petites escadres d'un corsaire. Les déprédations de ces brigands déterminérent Charles, dès le commencement de son règne, à envoyer au marquis de Comares, gouverneur d'Oran , un nombre de troupes suffisant pour attaquer Horuc. Cet officier , secondé par le roi détrôné de Tremisen, exécuta sa commission avec tant de vigueur et d’habileté, que les troupes de Barberousse furent battues en plusieurs rencontres, et qu'il se trouva lui-même enfermé dans Treraisen. Après s'y être défendu jusqu'à la dernière extrémité , il fut surpris dans le moment qu'il cherchait à s'échapper, et il périt en combattant avec une valeur opiniâtre, digne de ses exploits et de sa renommée.

Chairadin, connu de mème sousle nom de Barberousse, prit le sceptre d'Alger avec la mème ambition et les mêmes talens, et fut plus heureux que son frère aîné. Son règne n'étant point troublé par les armes des Espagnols, à qui les guerres d'Europe donnaient assez d'oc-

cupation , il régla avec une prudence admirable la police intérieure de son royaume, continua ses expéditions maritimes avec la plus grande vigueur, et étendit ses conquêtes dans le continent de l'Afrique. Mais voyant que les Maures et les Arabes ne se soumettaient à son gouvernement qu'avec la plus grande répugnance, et craignant que ses pirateries continuelles n’attirassent un jour sur lui les armes des chrétiens, il mit ses états sous la protection du grand-seigneur , qui lui donna un corps de soldats turcs assez considérable pour le mettre en sûreté contre les révoltes de ses ennemis domestiques, et contre les attaques des étrangers. A la fin, la renommée de ses exploits croissant de jour en jour , Soliman lui offrit le commandement de la flotte turque, comme au seul homme qui, par sa valeur et son expérience maritime, méritât d'être opposé à André Doria, le plus ;;"and homme de mer de son siècle. Fier de cette distinction , Barberousse se rend à Constantinople: soncaractère souple sut si bien mêler l'adresse du courtisan à l'audace du corsaire, qu'il gagna l’entière confiance du sultan et de son visir. IL leur fit part d’un plan qu'il avait formé pour se rendre maître de Tunis, qui était alors le royaume le plus florissant de la côte d'Afrique ; le sultan et son visir approuvérent son projet, et ne lui refusèrent rien de ce qu’il demanda pour l'exécuter.

11 fondait les espérances du succès de cette entreprise sur les divisions intestines qui déchiraient le royaume de Tunis. Mahmed, le dernier roi de cet état , avait eu, de plusieurs femmes différentes, trente-quatre enfans, parmi lesquels il avait pour son successeur Muley-Assan, le plus jeune de tous. Ce prince faible ne devait point cette préférence à son mérite, mais à l’ascendant que sa mère avait pris sur l'esprit affaibli du vieux monarque; il commença par empoisonner Mahmed son père, afin de prévenir un changement de résolution. Ensuite, suivant cette politique barbare en usage dans tous les pays où la polygamie est permise sans que l'ordre de la succession soit bien marqué, il mit à mort tous ceux de ses frères qui tombèrent entre sesmains. Alraschild, un des aînés, eut le bonheur d'échapper à sa rage, et trouva une retraite chez les Arabes errans. Aidé de quelques-uns de leurs chefs, il fit plusieurs tentatives pour recouvrer

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le trône , qui lui appartenait de droit; mais aucune ne réussit : les Arabes, par une suite de leur inconstance naturelle, étaient même prêts à le livrer à son impitoyable frère, lorsqu'il s’enfuit à Alger, le seul asile qui lui restât. Là, il implora la protection de Barberousse, qui, voyant d’uu coup d'œil tous les avantages qu’il pourrait retirer pour lui-même en soutenant les droits de ce malheureux prince , le reçut avec toutes sortes de démonstrations d'amitié et de respect. Comme Barberousse était alors sur le point de partir de Constantinople, il persuada aisément à Alraschild de l'y accompagner, en lui promettant les plus grands secours de la part de Soliman, qu’il lui peignit comme le plus généreux et le plus puissant monarque de l'univers. Alraschild , séduit par l'espoir d’une couronne, était disposé à tout croire et à tout entreprendre pour l'obtenir. Mais à peine furent-ils arrivés à Constantinople, que le perfide corsaire donna au sultan l’idée de conquérir Tunis, et d'annexer ce royaume à son empire, en profitant du nom du prince détrôné, et des dispositions du parti qui était prêt à se déclarer en sa faveur. Soliman se prèta trop facilement à cette perfidie, bien digne du caractère de son auteur, mais indigue de celui d’un grand monarque. Le sultan eut bientôt assemblé une armée nombreuse et équipé une flotte considérable ; le trop crédule Alraschild , en voyant ces grands préparatifs, se flattait déjà d'entrer bientôt triomphant dans sa capitale.

Mais au moment où ce prince infortuné allait s'embarquer , il fut arrèté par l’ordre du sultan ctenfermé dans le sérail : on n’en a jamais entendu parler depuis. Barberousse fit voile vers l'Afrique avec une flotte de deux cent cinquante vaisseaux : après avoir ravagé les côtes de l'Italie, et répandu la terreur dans toutes les parties de cette contrée , il parut devant Tunis. En débarquant ses troupes , il annonça qu'il venait soutenir les droits d’Alraschid, qu’il disait avoir laissé malade à bord de la galère amirale. Il fut bientôt maître du fort de la Goulette, qui commande la baie, et dont il s’'empara en partie par son adresse, en partie par la trahison du commandant. Les habitans de Tunis, dégoûtés du gouvernement de Muley-Assan , prirent les armes et se déclarèrent pour Alraschild avec un zèle si vif et si universel, qu'ils obligèrent son

frère de fuir avec précipitation, sans avoir même le temps d'emporter ses trésors. Les portes furent aussitôt ouvertes à Barberousse, comme au restaurateur de leur souverain légitime ; ‘mais quand on vit qu’ Alraschild ne ‘paraissait point , et qu’au lieu de son nom, celui de Soliman seul retentissait au milieu des acclamations des soldats turcs, le peuple de Tunis commença à soupçonner la trahison du corsaire. Leurs soupçons s'étant bientôt changés en certitude, ils coururent aux armes avec la plus grande furie , et environnèrent la citadelle où Barberousse avait conduit ses troupes; mais cet habile brigand avait prévu cetterévolution et s'y était préparé : il fit aussitôt pointer contre eux l'artillerie des remparts, et par une vive canonnade, accompagnée des décharges de la mousqueterie , il dispersa les assaillans, qui étaient en grand nombre, mais sans chef et sans ordre , et les forca à reconnaître Soliman pour leur souverain et lui pour vice-roi.

Son premier soin fut de mettre le royaume dont il venait de s'emparer en état de défense. Il fit faire à grands frais des fortifications régulières au fort de la Goulette, qui devint l'abri principal de sa flotte , et son grand arsenal de mer et de guerre. Maître d'une si grande étendue de pays, il continua d’exercer ses brigandages contre les états chrétiens, et il se trouva en état de porter encore plus loin et avec plus d'impunité ses déprédations et ses violences. L'empereur recevait chaque jour de ses sujets d'Espagne et d'Italie des plaintes sur les outrages continuels que commettaient les vaisseaux de ce pirate. Toute la chrétienté jetait les yeux sur lui : c'était au prince le plus puissant et le plus heureux qui régnât alors à mettre fin à ce genre d'oppression si odieux et si nouveau. De son côté, Muley-Assan , chassé de Tunis, et ne trouvant aucun des princes mahométans d’Afrique qui eût la volonté ou le pouvoir de l'aider à reconquérir son trône , s’adressa à Charles, comme à la seule puissance qui pût défendre ses droits contre un usurpateur si formidable. L’empereur, également jaloux de délivrer ses états d’un voisin aussi dangereux que Barberousse, et de paraître le protecteur d’un prince malheureux, voulait aussi recueillir la gloire qu’on attachait alors à toute expédition contre les mahométans : il conclut aussitôt un traité avec

Muley-Assan, et se disposa à faire une descente à Tunis. Depuis l'essai qu'il avait fait de ses talens pour la guerre dans la dernière campagne de Hongrie, il était devenu si avide de réputation militaire qu'il résolut de commander ses troupes en personne. Il rassembla toutes les for-

ces réunies de ses états pour une entreprise où il | | distribuant à propos des présens, entretenait

allait exposer sa gloire, et qui fixait l'attention de toute l'Europe. Une flotte flamande amena des Pays-Bas un corps d'infanterie allemande ! : les galères de Naples et de Sicile prirent sur leur bord les bandes espagnoles et italiennes com-

posées de vieux soldats qui s'étaient distingués |

par tant de victoires remportées sur les Français. L'empereur s'embarqua à Barcelone avec l'élite de la noblesse espagnole que joignit un détachement considérable venu du Portugal, sous la conduite de l’infant don Louis, frère de Charles. André Doria fit voile avec ses galères

les mieux équipées de tous les vaisseaux de l'Eu- , rope , et commandées par les plus habiles offi- |

ciers. Le pape fournit tous les secours qui furent en son pouvoir pour concourir au succès de cette pieuse entreprise ; et l’ordre de Malte, éternel ennemi des infidèles, équipa aussi une flotte peu considérable, mais formidable par la valeur des chevaliers qu’elle portait. Le port de Cagliari, en Sardaigne, fut le rendez-vous général. Doria fut nommé grand-amiral de la flotte ; et le commandement en chef des forces de terre fut donné au marquis du Guast.

Cette flotte, composée de près de cinq cents navires, à bord desquels étaient plus de trente mille hommes de troupes réglées, partit de Ca-

gliari le 16 juillet, et après une heureuse navi- |

gation prit terre à la vue de Tunis. Barberousse, qui avait été informé de bonne heure de l'armement immense que faisait l'empereur, et qui en

avait aisément démèêlé l'objet, s'était préparé |

avec autant de prudence que de vigueur à bien

défendre sa nouvelle conquête. Il rappela ses. corsaires de tous les lieux où ils croisaient ; il fit

venir d'Alger toutes les troupes qu'il put en retirer sans dégarnir cette ville; ilenvoya des messagers à tous les princes d'Afrique, maures et arabes, à qui il peignit Muley-Assan comme un infâme apostat, qui, excité par l'ambition et le désir dela vengeance, s'était rendu le vassal d’un

1 Hardi, Annales Brabant , vol. 1, p. 599.

prince chrétien avec qui il se joignait pour détruire la religion de Mahomet ; il sut avec tant d'art enflammer le zèle de ces princes ignorans et superstitieux qu’ils prirent les armes comme pour défendre une cause commune, Vingt mille

| chevaux avec un corps rombreux d'infanterie

s’assemblèrent à Tunis; et Barberousse, en leur

leur ardeur et l'empèchait de se refroidir. Mais il connaissait trop bien l'ennemi à qui il avait affaire pour espérer que des troupes légères

| pussent tenir contre la cavalerie pesamment ar-

mée et la vieille infanterie de l’armée impériale : sa principale confiance était dans le fort de la Goulette et dans son corps de soldats turcs qui étaient armés et disciplinés à la manière européenne, Il jeta dans le fort six mille de ces Turcs sous le commandement de Sinan, renégat juif, le plus brave et le plus expérimenté de tous ses pirates. Le fort fut aussitôt investi par l'empereur, Comme ce prince était maître de la mer, son camp était pourvu de toutes les denrées nécessaires , et mème de toutes les commodités de la vie en si grande abondance, que Muley-Assan, qui n'était pas accoutumé à voir faire la guerre avec tant d'ordre et de luxe , ne pouvait se lasser d'admirer la puissante de l’empereur. Ses troupes, animées par sa présence , et se faisant un mérite de verser leur sang pour une cause si sainte, se disputaient à l’envi tous les postes où il y avait de l'honneur et du péril. IL ordonna

trois attaques distinctes, et en chargea séparément les Allemands, les Espagnols et lesltaliens, qui les poussèrent avec toute l’ardeur qu'inspire l'émulation nationale. Sinan déploya de son côté | une fermeté et une habileté qui justifièrent la | confiance dont son maitre l'avait honoré : la | garnison supporta avec le plus grand courage | la fatigue d’un service pénible et continu ; mais , malgré les fréquentes sorties qui interrompaient | les travaux des assiégeans, malgré les alarmes

que les Maures et les Arabes donnaient au camp

de l’empereur par leurs incursions continuelles,

les brèches devinrent si considérables du côté . de la terre, tandis que la flotte battait avec la mème vigueur et le mème succès les fortifications construites du côté de la mer, que la place fut emportée dans un assaut général, Sinan, après la résistance la plus opiniâtre, se retira avec les débris de sa garnison vers la ville, en traversant

(1635 les bas- Goulett de Barb el galiot cents ca placés s uons éta égaleme

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les bas-fonds de la baie. La prise du fort de la Goulette rendit l'empereur maître de la flotte | de Barberousse, composée de dix-huit galères et galiotes, ainsi que de son arsenal et de trois cents canons, la plupart de fonte, qui étaient placés sur les remparts; un tel nombre de cauons était étonnant pour ce temps-là , et prouve également l'importance de ce fort et la puissance de Barberousse. L'empereur entra dans la Goulette par la brèche, et se tournant vers Muley- Assan : Voici, lui dit-il, #re porte ouverte par laquelle vous rentrerez dans vos états.

Barberousse sentit toute l'étendue de la perte qu'il venait de faire ; mais loin de se décourager, il n'en fut pas moins déterminé à bien défendre Tunis. L’enceinte de cette ville était trop vaste et les murs étaient en trop mauvais état pour qu'il pût espérer de la défendre avec avantage ; comme d’ailleurs il ne pouvait compter sur la fidélité des habitans, ni espérer que les Maures etles Arabes soutinssent les travaux et les fatigues d’un siége, il prit! la résolution hardie de s'avancer vers le camp des ennemis à la tête de son armée, qui montait à cinquante mille hommes, et d'abandonner la destinée de son royaume au sort d’une bataille. Il fit part de son dessein à ses principaux officiers : en {eur représentant le danger de laisser dans la citadelle dix mille esclaves chrétiens qu'il y avait enfermés, et qui pourraient fort bien se révolter pendant l'absence de ses troupes, il leur proposa, comme une précaution nécessaire à la sûreté commune, de massacrer sans miséricorde ces esclaves avant de se mettre en marche. Les officiers applaudirent avec joie au dessein qu’il avait de hasarder une bataille; mais quoique leur métier de pirates les eût familiarisés avec toutes les scènes de carnage et de barbarie , l'affreuse proposition d'égorger dix mille hommes à la fois leur fit horreur; et Barberousse, plutôt par la crainte de les irriter que par aucun sentiment d'humanité, consentit à laisser la vie aux esclaves. Pendant ce temps-là, l'empereur commenicait à s'avancer vers Tunis , et quoique ses troupes souffrissent des fatigues incroyables en marchant sur les sables brûlans qu’il leur fallait traverser, sans trouver d’eau et sous le poids d’un soleil brûlant, elles se trouvèrent bientôt à portée de l'ennemi. Les Maures et les Arabes, enhardis

1 Ruscelli, Zetlere dei principi, p. 119, ete.

| par la supériorité de leur nombre, attaquèrent les troupes impériales dès qu’elles parurent, et se précipitèrent sur elles avec de grands cris; mais leur impétuosité sans discipline ne put tenir un seul instant contre le choc soutenu de ces troupes réglées ; et malgré la présence d'esprit de Barberousse et tous les efforts qu'il fit pour les rallier, malgré l'exemple qu'il leur donnait en s’exposant aux plus grands périls , la déroute fut si générale qu'il se trouva entraîné luimême dans la fuite de ses soldats vers la ville. I la trouva dans la plus grande confusion : une partie des habitans en sortaient avec leurs familles et leurs effets; d'autres étaient prêts à en ouvrir les portes au vainqueur ; les soldats turcs se disposaient à la retraite, et les esclaves chrétiens étaient déjà maitres de la citadelle, qui dans ce désastre eût pu lui servir d'asile. Ces malheureux captifs, animés par le désespoir , avaient profité de l'absence de Barberousse , comme il l'avait bien prévu : dès qu’ils sentirent que son armée était éloignée de la ville, ils corrompirent deux de leurs gardes, brisèrent leurs fers, et forçant leurs prisons, ils repousstrent la garnison turque et tournèrent l'artillerie du fort contre leurs tyrans. Barberousse, furieux et désespéré, s'enfuit avec précipitation à Bona, reprochant à ses officiers leur fausse compassion, et se reprochant à lui-même la faiblesse qu'il avait eue de céder à leur avis.

Cependant Charles, satisfait d’une victoire aisée, qui ne lui avait presque pas coûté de sang, s'avançait vers Tunis lentement et avec toutes les précautinns nécessaires dans un pays ennemi. Il ne connaissait pas encore toute sa bonne fortune. Un courrier, député par les esclaves révoltés, vint lui apprendre le succès de leurs nobles efforts et la nouvelle de leur liberté; en même temps arrivèrent des députés de la ville qui lui en présentérent les clefs, et implorérent sa protection pour les préserver des insultes de son armée. Tandisqu'ils’occupait des moyens de prévenir le désodre et le pillage , ses soldats , qui craignaient d’être frustrés du butin qu'ils s'étaient promis, fondirent soudain et sans aucun ordre dans la ville, et commencèrent à tuer et à piller sans aucun ménagement. Il était trop tard alors pour songer à réprimer leur cruauté, leur avarice et leur licence. Tunis fut en proie à tous les outrages que le soldat est capable de

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commettre dans une ville prise d'assaut, et à tous les excès où peuvent porter les passions, quand elles sont irritées par le mépris et la haine qu'inspire la différence de mœurs et de religion. Plus de trente mille habitans innocens périrent dans ce jour funeste, et dix mille furent emmenés en esclavage. Muley-Assan remonta sur son trône au milieu du sang et du carnage, en exécration à ses sujets sur lesquels il avait fait tomber tant de calamités; il fut un objet de pitié pour ceux-mêmes dont la fureur était la cause de tous ces maux. L'empereur gémit de l'accident fatal qui avait souillé l'éclat de sa victoire; cependant au milieu de cette scène d'horreur, un spectacle intéressant lui fit éprouver un sentiment consolant et agréable : dix mille esclaves chrétiens, parrni lesquels se trouvaient plusieurs personnes de distinction, vinrent au-devant de lui lorsqu'il entra dans la ville, et tombant à ses pieds, le remercièrent et le bénirent comme leur libérateur.

Charles, en accomplissant la promesse qu'il avait faite au roi maure de le rétablir dans ses états, ne négligea pas de prendre les précautions nécessaires pour réprimer le pouvoir des corsaires africains, et pour assurer la tranquillité de ses sujets et les intérèts de la couronne d'Espagne; il conclut un traité avec Muley-Assan, aux conditions suivantes : que le roi maure tiendrait le royaume de Tunis en fief de la couroune d'Espagne, et en ferait hommage à l'empereur comme à son seigneur suzerain; que tous les esclaves chrétiens qui se trouvaient alors dans ses états, de quelque nation qu'ils fussent, seraient remis en liberté sans rançon; que les sujets de l'empereur auraient dans son royaume la liberté de faire le commerce, et de professer publiquement la religion chrétienne; qu'outre le fort de la Goulette, dont l’empereur resterait er possession, tous les ports du royaume qui étaient fortifiés, lui seraient encore remis ; que Muley-Assan paierait tous les ans douze mille écus pour l'entretien de la garnison espagnole qui resterait dans le fort de la Goulette; qu'il

[1535] ne ferait aucune alliance avec les ennemis de l'empereur, et qu'il lui ferait présent tous les ans, en reconnaissance de sa vassalité, de six chevaux maures et d'autant de faucons!. Après avoir ainsi réglé les affaires d'Afrique, chtié l’insolence des corsaires, assuré à ses sujets une retraite, et à ses flottes une rade favorable sur les côtes mème d'où tant de pirates étaient venus ravager ses états, Charles se rembarqua pour retourner en Europe, la saison orageuse et les maladies de son armée ne lui permettant pas de poursuivre Barberousse 2.

Cette expédition, dont il paraît que les contemporains mesurèrent plutôt le mérite sur la générosité apparente de l’entreprise, sur la magnificence avec laquelle elle fut conduite, et sur le succès qui la couronna, que sur l'importance des suites qu’elle eut, éleva l'empereur au comble de la gloire, et fit de cette époque la plus éclatante de toutes celles de son règne. Vingt mille esclaves qu'il arracha à la captivité, tant par ses armes que par son traité avec Muley-Assan 5, et à qui il fournit des habits et de l'argent pour les mettre en état de retourner chacun dans leur patrie, publièrent dans toute l’Europe les éloges de la générosité de leur bienfaiteur, et exaltèrent sa puissance et ses talens avec l’exagération naturelle aux sentimens de la reconnaissance et de l'admiration. La renommée de Charles éclipsa alors celle des autres monarques de l’Europe, Tandis que tous ces princes ne s’occupaient que d'eux-mêmes et de leurs intérèts particuliers, il se montra digne d'occuper le rang de premier prince de la chrétienté, en paraissant ne songer qu'à défendre l'honneur du nom chrétien et à assurer le bien-être et la tranquillité de l'Europe.

? Dumont, Corps diplom., vol. 11, p. 128. Summonte, /st. di Napoli, vol. IV, p. 89.

2 Job. Etropii Diarium expedition. Tunetanæ, ap. Scard., V, n, p. 320, etc. Jovius, Æist., liv. xxxiv, p. 153, etc. Sandov., vol. Il, p. 154, etc. Vertot, His. des Cheval. de Malte. Épitres des princes, par Ruscelli, traduites par Belleforest, p. 119, 120, etc.

5 Summonte, /st. di Nap., vol. IV, p. 103.

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A, p. 128. Sum-

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