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Malheureusement pour la réputation de Fran-
çois Le", la conduite qu'il tint alors parut à ses |
contemporains former un contraste frappant avec celle de son rival. Ils ne lui pardonnaient pas de profiter du moment où l'empereur avait tourné toutes ses forces contre l'ennemi commun, pour faire revivre ses prétentions sur l'Italie et replonger l’Europe dans une nouvelle guerre. J'ai déjà observé que le traité de Cambray n'avait pas étouffé les germes de l'inimitié qui animait les deux princes l’un contre l'autre, et qu'il avait tout au plus couvert, mais non éteint les feux de la discorde. François surtout, qui n’aspirait qu'au moment favorable de recouvrer la réputation et les territoires qu'il avait perdus, continuait de négocier avec les cours étrangères; il faisait tous ses efforts pour irriter la jalousie que la plupart avaient conçue de la puissance et des desseins de l'empereur, et pour faire naître dans le cœur des autres les soupçons et les alarmes dont le sien était dévoré. Il s’adressa surtout à François Sforce, qui était , il est vrai, redevable à Charles de la possession du duché de Milan, mais qui le tenait à des conditions si dures , qu’elles le rendaient non-seulement le vassal de l'empire, mais encore tributaire et dépendant de l’empereur. L'honneur d’avoir épousé la nièce du plus grand souverain de l'Europe ne pouvait lui faire oublier la honteuse servitude à
laquelle il se trouvait abaissé, et cet état lui parut si insupportable , que, tout faible et timide qu'il était, il prêta avidement l'oreille aux pre-
mières propositions que lui fit François de l’affranchir du joug. Les ouvertures lui furent
portées par Merveille, gentilhomme milanais, résident à Paris; et quelque temps après, afin d'avancer la négociation, Merveille fut envoyé à
Milan sous prétexte de visiter ses parens , mais avec des lettres de créance secrètes, qui lui
donnaient le titre d'ambassadeur de François.
Ce fut en cette qualité que Sforce le reçut;
mais malgré tous les soins qu'on prit pour em-
pêcher ce secret de transpirer, Charles le péné-
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tra, soit qu'il en eût des avis positifs, soit qu'il n'eût que des soupçons. Il fit au duc des réprimandes et des menaces si sévères, que ses ministres et lui-même, également intimidés, donnèrent à l’Europe la preuve la plus ignominieuse pour eux de la crainte servile qu’ils avaient d’of- | fenser l’empereur. Ils vinrent à bout d'engager | Merveille dans une querelle avec un des domestiques du duc; l'ambassadeur, qui n’avait ni la prudence ni la modération qu'aurait exigé l’emploi qui lui était confié, tua son adversaire; on l’arrêta sur-le-champ, on lui fitson procès, il fut condamné à perdre la tète, et la sentence fut exécutée au mois de décembre 1533. François, étonné qu'on eût ainsi violé un caractère qui était sacré parmi les nations les plus barbares, et indigné de l’affront fait à la majesté de sa couronne, menaça Sforce des effets de son ressentiment, et porta ses plaintes à l'empereur, qu'il regardait comme le véritable auteur de cet outrage inoui. Mais n'ayant pu obtenir aucune satisfaction de l’un ni de l’autre, il en appela à tous les princes de l'Europe, et se crut alors en droit de tirer vengeance d’une insulte qu'il ne pouvait laisser impunie sans avilir son caractère et sans déshonorer son rang.
Armé de ce prétexte pour commencer une guerre à laquelle il était résolu , il redoubla d'efforts pour engager les autres princes à prendre part dans sa querelle; mais des événemens imprévus rendirent toutes ses mesures inutiles. Après avoir sacrifié l'honneur de sa maison en mariant son fils à Catherine de Médicis, dans la vue de s'attacher Clément, la mort de ce pontifie le priva de tous les avantages qu'il attendait de cette alliance. Paul III, successeur de Clément , quoique disposé par inclination à servir les intérêts de l'empereur, parut déterminé à garder la neutralité qui convenait à son caractère de père commun des princes divisés. Le roi d'Angleterre, occupé de projets et de soins domestiques, évita, pour cette fois, de s'engager dans les affaires du continent, et re-
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fusa de secourir François, à moins qu'il ne voulût suivre son exemple et secouer le joug de l'autorité des papes.
Ces refus inattendus obligèrert François à solliciter plus vivement le secours des princes protestans qui formaient la ligue de Smalkalde. Pour gagner plus aisément leur confiance , il chercha à flatter le zèle qu'ils avaient pour leurs nouvelles doctrines, et qui était leur passion dominante. Il affecta une modération particulière sur tous les points contestés. Il permit à du Bellay, son envoyé en Allemagne , d'exposer ses sentimens sur les articles les plus importans dans des termes qui ne différaient pas beaucoup de ceux qu'employaient les protestans !. Il poussa même la condescendance jusqu'à inviter Mélanchton, que la douceur de ses mœurs et son caractère pacifique distinguaient parmi les réformateurs, à se rendre à Paris, sous prétexte de vouloir prendre avec lui les mesures les plus propres à réconcilier les sectes opposées , qui divisaient si malheureusement l’église ?. Toutes ces complaisances étaient plutôt des artifices de la politique de ce prince que l'effet de sa conviction : car, quelque impression que les nouvelles opinions eussent faite sur l'esprit de ses sœurs, la reine de Navarre , et la duchesse de Ferrare, la gaîté et l'amour du plaisir, qui formaient le caractère de François, ne lui laissaient guère le temps d'approfondir des disputes théologiques.
Il perdit bientôt tout le fruit de ces artifices peu honorables, par une démarche qui ne s'accordait guère avec les déclarations qu'ilavait faites aux princes allemands. Il ne faut cependant pas oublier qu'il fut forcé à cette démarche par les préjugés de son siècle, et par les idées superstitieuses de ses propres sujets. Son étroite liaison avec le roi d'Angleterre, hérétique excommunié, ses fréquentes négociations avec les protestans d'Allemagne, et l'audience publique qu'il donna à un envoyé du sultan Soliman , avaient fait naître de violens soupçons sur la sincérité de son attachement à la religion; et ces soupçons s'étaient encore singulièrement fortifiés par la résolution prise par François d’atta-
1 Freheri, Serip. rer. Germ., vol. I, p. 355, etc. Sleid., Æist., p. 178, 183. Seckend, liv. nr, p. 103.
? Camerariü, Zita Ph. Melanchtonis , in-12. Hag., 1655, p. 12.
quer l'empereur, qui dans toutes les occasions avait montré le plus grand zèle pour la défense dela religion, et dans le moment mème où il se préparait à une expédition contre le corsaire Barberousse, expédition qu'on regardait alors comme une sainte entreprise. Le roi de France avait donc besoin de justifier ses sentimens par quelque preuve éclatante de son respect pour la doctrine reçue dans l'église. Le zèle indiscret de quelques-uns de ses sujets, qui avaient adopté les opinions du protestantisme , lui présenta l’occasion qu'il cherchait. Ils avaient affiché aux portes du Louvre, et dans toutes les places publiques, des placards qui contenaient des satires indécentes sur les dogmes et les cérémonies de l'église romaine. Six des auteurs ou complices de ces placards téméraires furent découverts et arrêtés. Le roi, pour conjurer les malheurs qu'on supposait que ces blasphèmes pourraient attirer sur la nation, ordonna une procession solennelle: lesaint-sacrement fut porté en grande pompe dans les principales rues de la ville.
François marchait devant , la tête nue, une torche à la main : les princes du sang portaient le dais , et toute la noblesse marchait en ordre à la suite. En présence de cette nombreuse assemblée, le roi, qui s’exprimait ordinairement dans un langage énergique et animé, déclara que si une de ses mains était infectée d'hérésie, il la couperait avec l’autre, et qu'il n'épargnerait pas même ses propres enfans, s’il les trouvait coupables de ce crime; et pour prouver que cette protestation était sincère, il condamna les six malheureux qu'on avait pris, à être brûlés publiquement avant la fin de la procession, et leur exécution fut accompagnée des traitemens les plus barbares et les plus révoltans !.
Les princes de la ligue de Smalkalde, pleins du ressentiment et de l'indignation que leur avait inspiré la cruauté avec laquelle on avait traité leurs frères, ne pouvaient plus ajouter de foi aux déclarations du roi de France, lorsqu'il offrait de protéger en Allemagne les mêmes opinions qu’il persécutait avec tant de rigueur dans ses propres états; en sorte que tout l'art et tonte l'éloquence qu'employa du Bellay pour
| justifier son maître, et faire l'apologie de sa conduite , ne firent aucune impression sur leurs
1 Belcari, Comment. rer. gallic., p. 646. Sleid.. D yist.,p. 175, ete.
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