LIVRE VIE À aucun soupçon de ses desseins. L'électeur de
gers s'établir dans la Saxe; enfin , dit-il, comme ses sujets n'y étaient pas moins intéressés que lui-même, il voulait régler sur leurs avis la conduite qu’il tiendrait dans cette conjoncture épineuse et délicate. Les états, toujours soumis et complaisans , se fiant aux promesses de l’empereur pour la liberté de conscience, proposérent, avant de venir à des mesures violentes, d'écrire au nom de l’assemblée à l'électeur , pour lui représenter que le meilleur moyen d'apaiser l’empereur et de garantir ses domaines d’être saisis par voie de confiscation ou de conquête, était de consentir que Maurice en prit possession paisiblement et à l'amiable. Ce prince seconda luimême leurs instances, dans une lettre qu'il écrivit au landgrave son beau-père. Une proposition si extravagante fut rejetée avec le dédain et l'indignation qu’elle méritait. Le landgrave, dans sa réponse à Maurice , lui reprocha sa trahison et son injustice envers un bienfaiteur , et lui montra le plus grand mépris pour son affectation à exécuter le ban de l'empire, dont la forme illégale et arbitraire ne pouvait pas lui laisser douter de sa nullité ; enfin il le pria de ne pas se laisser aveugler par l'ambition jusqu'à oublier tout ce qu'il devait à l'honneur et à l’amitié, ou jusqu’à trahir la religion protestante, qu’on se proposait dans cette guerre, de l’aveu même du pape, d'éteindre et d'abolir par toute l'allemagne !.
Mais Maurice s'était engagé trop avant pour être arrêté par des raisons ou par des reproches. Le seul parti qu’il eût à prendre était d'exécuter par l’artifice ce qu'il avait préparé par l’artifice et la dissimulation. Aussi hardi à consommer son projet qu'il avait été adroit à le former ; il assembla environ douze mille hommes. Il envahit une partie de l'électorat, tandis que Ferdinand avec une armée de Bohémiens et de Hongrois se jetait sur l’autre. Maurice en deux combats sanglans défit les troupes que l'électorat avait laissées pour la garde de ses états; et, profitant de ses avantages, il se rendit maître en personne de tout l'électorat, à l'exception de Wittemberg, Gotha et Eisenach, places fortes qui, défendues par de bonnes garnisons, refusérent d'ouvrir leurs portes. La nouvelle de ces conquêtes rapides parvirit bientôt aux deux camps des im-
1 Sleid., p. 405, etc Thuan., p. 85. Camerar., p. 484.
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