‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 83 sur 132 · CE · texte numérisé non relu

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périaux et des confédérés. Dans le premier, elle fut reçue avec des démonstrations de joie proportionnées à l'importance dunt on avait jugé ce succès; mais l’autre parti fut saisi d'étonnement et de terreur. Le nom de Maurice devint en exécration ; on le regarda comme un apostat de sa religion, un traître à la liberté germanique, un perfide en un mot qui avait violé les droits les plus sacrés. La rage et l'esprit de parti se déchainèrent contre lui; satires, invectives, libelles, déclamations dans les chaires et dans les écrits, avec toute la grossièreté du style de ce siècle, rien ne fut épargné pour le noircir et le rendre odieux. Cependant, se confiant toujours dans son adresse ordinaire, comme si sa conduite eût pu se justifier, il publia un manifeste qui contenait toutes les raisons frivoles qu'il avait d’abord alléguées dans l'assemblée de ses états, et dans sa lettre au landgrave !. L’électeur, au premier avis qu'il reçut des mouvemens de Maurice, se proposait de marcher avec des troupes au secours de la Saxe ; mais les députés de la ligue assemblée à Ulm obtinrent de lui en ce moment qu’il préférerait la cause commune à la sûreté de ses états. Enfin, touché des souffrances et des plaintes réitérées de ses sujets, l'électeur montra la plus vive impatience d'aller les délivrer de l'oppression de Maurice et de la cruauté des Hongrois, qui faisaient la guerre avec cette espèce de barbarie qu'on croyait légitime contre les Turcs, et qui commettaient partout les plus grands excès de violence et de rapine. Le désir de l'électeur était si naturel, et il y mit tant de chaleur, que les députés d'Ulm n'osèrent refuser entièrement d'y condescendre , quoiqu'’ils prévissent les malheureuses conséquences qui résulteraient de la division de l’armée. Cependant, avant de rien arrèter, ils se rendirent au camp des confédérés à Giengen sur la Brentz, afin de les consulter. Ceux-ci ne furent pas moins embarrassés sur le parti qu'ils devaient prendre dans une conjoncture si critique. Ils voyaient d’un côté la désertion ouverte d'une partie de leurs alliés ; la froideur et l’indifférence de plusieurs autres qui n'avaient jusqu'ici contribué en rien aux charges de la guerre, et la pesanteur du fardeau qui allait tomber tout entier sur les défenseurs zélés

1 Sleid., p. 409, 410.

1546] de la cause commune : d'un autre côté, le peu de succès de tous leurs efforts pour obtenir des secours étrangers, et la rigueur de la saison qui obligeait un si grand nombre de soldats ct mème d'officiers à quitter le service. Toutes ces considérations leur firent conclure qu'il ne leur restait d'autre ressource que de forcer les impériaux au combat par une attaque soudaine, ou bien d'entrer en négociation d’accommodement avec l’empereur. Mais l'abattement et la consternation s'étaient si fort emparés de tous les es. prits, qu’entre ces deux partis ils choisirent le moins courageux, et donnèrent pouvoir au ministre de l'électeur de Brandebourg de faire en leur nom des ouvertures de paix.

Dès que l'empereur s’aperçut que cette fière ligue, qui l'avait menacé de le chasser de l’Allemagne, s’abaissait jusqu’à faire les premières avances , il jugea qu'elle avait perdu sa vigueur avec l'esprit d’union. Prenant aussitôt le ton de 'ainqueur, comme si les confédérés étaient déjà à sa merci, il ne voulut point entendre parler de négociation, à moins que, pour préliminaire, l'électeur de Saxe ne consentit à s'abandonner entièrement lui et ses états à sa disposition !, Ces honteuses conditions n'eussent pas été supportables, même dans la situation la plus désespérée ; aussi furent-elles rejetées par un parti qui était plutôt déconcerté que subjugué. Mais, en refusant de se soumettre lâchement à la volonté de l'empereur, ils n’eurent pas assez de vigueur pour prendre l'unique moyen de conserver leur indépendance ; c'était de rester unis en un seul corps : jusqu'alors cette union avait rendula confédération formidable, au point que les impériaux avaient pensé plus d’une fois à serctirer. Cependant les confédérés, qui, s'ils fussent restés unis, auraient toujours tenu l'empereur en respect, malgré leur diversion en Saxe, après avoir cédé aux instances de l'électeur, consentirent à diviser l'armée. Neuf mille hommes furent laissés dans le duché de Wittemberg pour défendre cette province, ainsi que les villes de la Haute-Allemagne. Un corps considérable marcha vers la Saxe avec l'électeur ; mais la plupart des confédérés retourntrent avec leurs chefs dans leur pays où ils se disperstrent ?.

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1 Hortensius, ap. Scard., vol. 1, p. 485.

2 Sleid ,p 411.

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et de profiter d’une conjoncture favorable qu'il attendait depuis si long-temps. Quelques petites places où l'ennemi avait laissé des garnisons lui ouvrirent leurs portes. Nordlingen, Rothenberg et Halle, villes de l'empire, se soumirent bientôt après. Cependant Charles ne put empêcher l’électeur de lever en se retirant de fortes contributions sur l'archevêque de Mayence, l'abbé de Fulde, et d’autres ecclésiastiques !. Mais ce désagrément fut plus que compensé par la reddition d'Ulm, l’une des principales villes de la Souabe, et distinguée par son zèle pour la ligue. Ilne fallut qu’un exemple de désertion dans la cause commune pour entraîner le reste des membres ; chacun voulut rentrer des premiers dans son devoir, afin d'obtenir une meilleure composition. L’électeur palatin, malgré sa promesse de rester neutre, avait envoyé aux confédérés quatre mille chevaux : c'était un secours si léger, qu’à peine pouvait-il être compté; mais ce fut une assez grande faute aux yeux de l’empereur, qui obligea 2e prince faible à en faire la réparation la plus humiliante. Les habitans d'Augsbourg, ébranlés par la déroute générale, chassèrent de leur ville le brave Shertel, et subirent les conditions que leur prescrivit le chef de l'empire.

Le duc de Wittemberg, quoiqu'il eût été des premiers à se soumettre, fut obligé d’implorer son pardon à genoux; encore ne l'obtint-il qu’avec peine ?.

Memmingen et d’autres villes libres dans le cercle de la Souabe, se voyant abandonnées de leurs premiers associés, ne virent de sûreté qu’à sesoumettre à la discrétion de l’empereur. Strasbourg et Francfort-sur-le-Mein , places éloignées du danger, n’en montrèrent pas plus de fermeté. Ainsi cette ligue, dont la puissance menaçait d'ébranler le trône impérial mûne, fut dispersée

1 Thuan., p. 88.

? Mémoires de Ribier, tom. }, p. 589.

et détruite en peu de semaines. Presque aucun des confédérés ne resta sous les armes , excepté l'électeur et le landgrave , que l'empereur ne se mit pas en peine de ramener, les ayant dès le commencement dévoués à ses vengeances. Mais ceux mêmes qui se soumirent n'obtinrent pas un pardon généreux et sans condition; Charles abusa de sa supérivrité pour les traiter avec hauteur et sans ménagement. Tous les princes et les députés des villes se virent forcés d’implorer sa clémence dans la posture humiliante de supplians. Comme il avait alors le plus grand besoin d'argent, il leur imposa de grosses ameudes qu’il leva sans la moindre remise. Le duc de Wittemberg paya trois cent mille écus; la ville d’Augsbourg, cent cinquante mille; Ulm, cent mille ; Francfort, quatre-vingt mille; Memmingen, cinquante mille, et les autres états à proportion de leurs richesses et selon le degré de leur faute. De plus ils furent obligés de renoncer à la ligue de Smalkalde; de fournir des secours, s'ils en étaient requis, pour l'exécution du ban de l'empire contre l'électeur et le landgrave; d'abandonner à Charles toute leur artillerie et toutes leurs munitions; de recevoir garnison dans leurs principales villes et forteresses : et dans cet état de dépendance et de désarmement il leur fallut attendre la dernière sentence que l'empereur s'était réservé de prononcer à la fin de la guerre!. Mais en leur dictant ainsi des lois à son gré, ce prince eut toujours l'adresse de ne rien déclarer qui intéressât la religion; et les confédérés, dans leur consternation, oubliant le zèle dont ils avaient été jusqu'alors animés, ne s'occupèrent que de leur sûreté particulière, sans oser faire mention d’un article sur lequel l'empereur leur imposait silence par son exemple. Les habitans de Memmingen furent les seuls qui risquèrent quelques faibles efforts pour obtenir la promesse d'être protégés dans l'exercice du protestantisme; mais les ministres de l'empereur reçurent leur demande d’une manière qui les en fit bientôt désister.

L'électeur de Cologne, qui, malgré la sentence que le pape avait portée contre lui, était resté, du consentement de Charles, en possession de son archevèché, fut alors sommé par l'empereur même de se soumettre aux censures

* Sleid., p. 411, etc. Thuan., lib. 1v, p. 125. Hém. de Ribier, tom. 1, p. 606.

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de l’église. Mais ce prélat vertueux et désintéressé, craignant d'exposer ses sujets aux malheurs de la guerre, résigna volontairement sa place. Par un esprit de modération, convenable à son âge et à son ministère , il aima mieux jouir de la vérité et de l'exercice de sa religion dans la solitude d'une vie privée, que de troubler la société en risquant le sort douteux des combats pour conserver son rang !.

Cependant l'électeur de Saxe se présenta aux frontiéres de ses états; et comme Maurice ne put assembler assez de troupes pour l'arrêter, il recouvra promptement la possession de ses domaines, prit sur son rival la Misnie, et le dépouilla de tous ses territoires, à l'exception de Dresde et de Leipsick, villes assez fortes pour résister quelque temps. Obligé de quitter la campagne et de s’enfermer dans sa capitale, Maurice dépècha courrier sur courrier à l’empereur pour l’informer du danger où il se trouvait et le presser vivement de marcher à son secours. Mais Charles, occupé pour lors à prescrire des conditions aux membres de la ligue qui rentraient successivement dans leur devoir, crut qu’il suffisait de détacher vers la Saxe Albert, marquis de Brandebourg-Anspach, à la tête de trois mille hommes. Cet officier, quoique très propre à une pareille expédition, se laissa surprendre par l'électeur, qui lui tua la plus grande partie de ses troupes, mit en fuite le

reste, et le fit lui-mème prisonnier ?. Ainsi Mau- | rice se trouvait plus en danger que jamais, et sa |

ruine était inévitable, si son ennemi eût su profiter de l’occasion. Mais l’électeur, toujours arrêté par sa lenteur et son irrésolution, soit qu'il eût seul ou qu'il partageât le commandement, ne donna d'autre preuve d'activité que celle d’avoir surpris Albert. Au lieu de marcher droit à Maurice, que la défaite de son renfort avait déconcerté, il eut l’imprudence d'écouter des ouvertures d’accommodement de la part d'un ennemi insidieux, qui ne voulait que l'ainuser et trainer la guerre en longueur.

La situation des affaires de l'empereur ne lui | permettait pas en ce moment d'aller au secours |

de son allié. Pour se dispenser d'entretenir un nombre superflu de troupes, il avait, après la

dispersion de l'armée des confédéres, congédié |

1 Sleid., p. 418. Thuan., lib. av, p. 428.

3 D'Avila, p. 836. Mém. de Ribier, tom. W, p. 592.

le comte de Buren avec ses Flamands !, croyant que les Espagnols et les Allemands, joints aux forces du pape, suffiraient pour réprimer les derniers efforts des membres de la ligue. Mais Paul commençait, quoique trop tard, à se re.

pentir d’avoir fait une alliance dont les plus sages Vénitiens s'étaient efforcés en vain de le détourner. Ce furent les rapides progrès de l’ar. mée impériale et la prompte destruction de la ligue protestante qui lui firent ouvrir les yeux, Dès ce moment, il oublia tous les avantages qu'il s'était promis d’un triomphe complet sur l’hérésie, et ne vit plus que la faute qu'il avait faite en contribuant à étendre la puissance de l'empereur au point de lui frayer par loppression de la liberté de l'Allemagne un chemin à la domination absolue sur toute l'Italie. Dès qu'il se fut aperçu de son imprudence , il tâcha de la réparer. Sans informer l’empereur de ses intentions , il ordonna à Farnèse, son petit-fils, de revenir au plus tôt avec les troupes qu'il commandait, et il retira la permission qu’il avait donnée à Charles de s'approprier en Espagne une grande portion des terres du clergé. Il ne manquait pas de prétextes pour justifier cette brusque désertion. Le terme de six mois, auquel se bornaient les stipulations de son traité avec l'empereur, venait d’expirer. La ligue que leur alliance avait pour but de déti aire semblait être entièrement dissipée. D'un autre côté, Charles, dans toutes ses négociations avec les villes et les princes qui s'étaient soumis, n'avait jamais consulté ie pape, ni pensé à lui assigner la moindre part dans ses conquêtes et dans les énormes contributions qu'il avait levées. Eufin il n'avait fait aucune démarche pour la destruction de l’hérésie ou pour le rétablissement de la religion catholique, deux objets que Paul s'était proposés en lui ouvrant si libéralement les trésors de l'église. Ces prétextes, quelque spécieux qu'ils fussent , n’en imposèrent point à l’empereur sur la secrète jalousie qui était le vrai motif de la conduite du pontife. Mais, comme l'ordre expédié pour le rappel des troupes d'Italie était aussi absolu qu'imprévu, il fut impossible de les retenir. Charles se récria hautement contre la trahison du pape qui l’abandonnait sans sujet au moment de terminer une guerre entreprise

1 D'Avila, p. 836, Mém. de Ribier, tom. W, p. 592.

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À rintages à l’église. A ces plaintes, il ajouta les

menaces et les reproches; mais Paul n’en fut pas moins inflexible : ses troupes continuèrent leur marche vers l’état ecclésiastique; il publia en même temps un mémoire fait avec art pour son apologie, dans lequel on voyait encore plus wmbien il était détaché de l’empereur , et combien il redoutait sa puissance !. Charles , dont l'armée était déjà diminuée de toutes les garnisons qu’il avait été obligé de mettre dans les villes qui s'étaient rendues, la voyant encore affiblie par la retraite des Italiens, jugea nécessaire de se renforcer par de nouvelles levées, sant de se hasarder à marcher en personne vers la Saxe.

Le bruit et l'éclat des succès de l'empereur lui auraient sans doute attiré , de tous les pays qui venaient de reconnaitre son autorité , assez de soldats pour le mettre en état de marcher «ontre l'électeur; mais il fut arrêté par une conspration qui éclata tout à coup à Gènes. Les grandes révolutions que semblait présager cet événement, enveloppé de mystère , l'obligèrent d'en découvrir la source et d’en pénétrer le but, avant d'entamer de nouvelles opérations en Allemagne. Quoique la forme de gouvernement établie à Gènes, dans le temps où André Doria rendit la liberté à sa patrie, fût propre à y faire oublier les premières dissensions, et que d’abord elle y eût été reçue avec une approbation universelle , cependant, après une épreuve de plus de vingt années . elle ne put satisfaire l'inquiétude de ces républicains turbulens et factieux. L'administration des affaires se trouvant alors restreinte à un certain nvmbre de familles nobles, les autres leur envièrent cette prééminence et désirèrent le rétablissement du gouvernement populaire auquel ils avaient été accoutumés. Le respect mème qu’imprimait la vertu désintéressée de Doria , et l'admiration qu'on avait pour

ses talens, n’empèchaient pas qu'on ne fût ja-

loux de l'ascendant qu'il avait pris dans tous les conseils de la république. Cependant son âge, sa modération et son amour de la liberté, devaient

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‘Fra-Paolo, p. 208. Pallavic., part. 11, p. 5. Thuan., p. 126.

souiller la fin de ses jours en renversant cet édifice qui avait été le travail et la gloire de toute sa vie : mais les Génois prévoyaient que cette autorité et cette influence , toujours pures dans ses mains, deviendraient aisément funestes à la nation , si quelque citoyen s'en emparait avec plus d’ambition et moins de vertu; et un homme en effet avait déjà formé cette prétention, avec quelque espoir de succès. Giannetino Doria, à qui son grand oncle André avait destiné ses biens, espérait en même temps de lui succéder dans sa place. Son caractère hautain, insolent et tyrannique, qu’à peine on eût pu tolérer dans l'héritier d’un trône , était encore plus insupportable dans le citoyen d’une république; et les plus clairvoyans des Génois le craignaient et le haïssaient comme l'ennemi de cette liberté dont ils étaient redevables à son oncle. Cependant André lui-même , aveuglé par cette affection forte et involontaire qui attache souvent les vieillards aux plus jeunes rejetons de leur race , ne mettait point de bornes à son indulgence pour lui, et ilsemblait moins occupé d'assurer et de perpétuer le bonheur de l'état que de favoriser l'élévation de cet indigne neveu.

Mais quoiqu'on suspectàt les desseins de Doria, et qu’on blamât le système actuel de l'administration, tous ces motifs n’auraient sans doute produit que des plaintes et des murmures , si Jean-Louis de Fiesque , comte de Lavagne, qui observait les progrès du mécontentement pour en profiter , n’eût tenté une entreprise des plus hardies dont l’histoire fasse mention. Ce jeune gentilhomme , le plus riche et le plus distingué des sujets de la république, possédait au plus haut degré toutes les qualités qui gagnent les cœurs, impriment le respect, et se concilient l’attachement. La grâce et la noblesse brillaient dans sa personne ; magnifique jusqu’à la profusion , sa générosité prévenait les désirs de ses amis et surpassait l’attente des étrangers ; à une adresse insinuante , il joignait des manières aimables et une affabilité sans affectation. Mais sous l'apparence de ces qualités intéressantes , faites pour être l'ornement et les délices de la société , il cachait toutes les dispositions qui peuvent mettre un homme à la tête des conspirations les plus dangereuses; c'était une ambition inquiète et insatiable, un courage au-

ee

dessus de toute crainte, un esprit ennemi de la subordination. Un pareil caractère n'était pas fait pour l'état de dépendance où le sort l'avait placé. Fiesque, enviant l'autorité que le vieux Doria s'était acquise, ne pouvait penser sans indignation qu'elle descendrait un jour à Giannetino comme un bien héréditaire. Ces sentimens diversagissaient si vivement sur cet homme turbulent et audacieux, qu'il prit la résolution de renverser cette domination , à laquelle son orgueil ne pouvait se soumettre.

Pour y mieux réussir, ilcrut d’abord devoir s’allier avec François I*"; il en fit même la proposition à l'ambassadeur que ce prince avait à Rome. Son dessein était, après avoir chassé Doria et la faction impériale par un si puissant appui, de mettre la république encore une fois sous la protection de la France , se flattant qu'en récompense de ce service il obtiendrait la première place dans l'administration du gouvernement ; mais ayant communiqué son projet à quelques-uns de ses confidens intimes, Verrina, le principal d’entre eux, homme qu'une fortune ruinée rendait capable de projeter et d'exécuter les actions les plus hardies, lui remontra avec chaleur la folie de s’exposer à un grand danger dont un autre recueillerait tous les fruits. 11 l’exhorta à prétendre lui-même au zouvernement de sa patrie, auquel son illustre naissance, la voix de ses concitoyens et le zèle de ses amis pouvaient aisément l’élever. Ce langage offrit au génie ardent de Fiesque une si brillante perspective que, abandonnant aussitôt son plan, il adopta celui de Verrina. Tous ceux qui étaient présens, quoique persuadés du danger de l'entreprise, n'osèrent condamner ce que leur protecteur avait si vivement approuvé. A l'instant il fut résolu , dans cette noire cabale , d’assassiner les deux Doria et les principaux de leurs partisans, de changer le système d'administration dans Gènes, et de placer Fiesque sur le trône ducal. Cependant il fallait un certain temps pour mettre ce projet à exécution , et tandis qu'on faisait tous les préparatifs nécessaires , Fiesque prenait toutes les mesures possibles pour cacher son secret et ne point donner de soupçons. Le rôle qu'il joua était en effet impénétrable. Il affecta de s’abandonner entièrement aux plaisirs et à la dissipation. La joie et les amusemens de son âge et de son rang

occupaient en apparence tout son temps et toutes ses pensées. Mais au milieu de ce tourbillon il suivait son projet avec l'attention la plus réféchie, sans y mettre ni la lenteur de la timidité, ni la précipitation de l’impatience. [1 continua sa correspondance avec l'ambassadeur de France auprès du saint siège , dans le dessein de s'assurer de la protection de son maitre, si par la suite il avait besoin de secours ; mais il eut l'adresse de lui dérober ses véritables inten. tions. Il fit une ligue secrète avec Farnèse, duc

de Parme, qui, toujours irrité contre l'empereur M

pour le refus de l'investiture de ce duché, était

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disposé à s’en venger sur la famille de Doria

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chait à diminuer l'influence en Italie. Fiesque, n'ignorant pas que dans un état maritime il fallait surtout s'assurer des forces navales , demanda quatre galères au pape qui probablement était instruit de son complot et ne le désapprouvait pas. Sous prétexte d’armer une de ces galères pour croiser contre les Turcs, il assembla un gand nombre de ses propres vassaux el même une grande quantité d’aventuriers hardis que la trève conclue entre l'empereur et Soliman avait laissés sans occupation et sans subsistance.

Tandis que Fiesque s’occupait de ces mesures importantes, il paraissait toujours n'avoir d'autre soin que celui du plaisir. Assidu à faire « cour aux deux Doria, il sut en imposer nonseulement à la candeur de l'oncle, mais encore à la finesse du neveu , que ses propres intrigues rendaient plus disposé à se défier de celles d'autrui. Tout était prêt ; il ne restait qu’à frapper le coup. Fiesque délibéra plusieurs fois avec ses confidens sur les moyens d'assurer le succis de leur complot. D'abord on proposa de mass.

crer les Doria et les principaux partisans per dant la célébration de la grand'messe à la «x thétrale ; mais comme André n’y assistait guere à cause de son âge avancé, ce projet fut abandonné. Ensuite on convint que Fiesque invite: rait chez lui l'oncle et le neveu avec tous leur amis déjà proscrits par les conjurés , et qui serait aisé de s'en défaire sans risque ni ré sistance ; mais Giannetino ayant été obligi d'aller hors de la ville le jour mème qui avaient choisi, il fallut encore changer de met res. Enfin ils résolurent de tenter à force ouvert

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