Dumont, Corps
qui pouvait reprendre son union ainsi que sa vigueur, et qui avait les raisons les plus fortes de compter sur des secours efficaces de la part du roi de France. Mais le landgrave ne formait pas des plans si hardis et si hasardeux; saisi de la mème consternation qui s'était emparée de tous les confédérés,son unique but était d'obtenir des wnditions favorables de l'empereur, qu'il regardait comme un conquérant à la volonté duquel ka nécessité le forçait de se soumettre. Maurice encourageait ces dispositions timides et paciques, en exaltant d'un côté la puissance de l'empereur, en vantant de l’autre son crédit sur «et allié victorieux, et en faisant valoir les conditions avantageuses qu’il ne pouvait manquer d'obtenir en faveur d'un ami et d’un beau-pèr dont le salut lui était cher. En certains momens, le landgrave montrait une si grande confiance dans les promesses de Maurice , qu'il paraissait impatient de conclure un traité définitif; mais brsqu'il considérait l'ambition effrénée de l’empereur, qui n’était retenu ni par les scrupules de la bienséance, ni par les droits de la justice, a lorsqu'il se rappelait la manière cruelle et tyannique dont ce prince avait traité l'électeur de re, ces idées faisaient une impression si vive wr lui, qu’il rompait brusquement les négocians qu’il avait commencées, et paraissait croire quil était plus prudent de chercher sa sûreté dans ses propres forces que de se confier à la générosité de Charles. Mais cette résolution hardie, inspirée par le désespoir à un esprit impatient et irrité par les contradictions, n’était pas de longue durée. En réfléchissant plus tranquillement sur la puissance de son ennemi et sur sa propre faiblesse, il sentait renaitre ses incertiludes et ses craintes, et avec elles le dégoût de h négociation et le désir d’un accommodement. Maurice et l'électeur de Brandebourg se portérent pour médiateurs entre l'empereur et le lndgrave; mais, malgré tout le crédit dont Maurice s'était vanté, Charles exigea des conditions très rigoureuses. Le landgrave fut obligé de renoncer à la ligue de Smalkalde, de reconnaître l'autorité de l'empereur et de se soumettre aux décrets de la chambre impériale. Outre ces conditions qui avaient été imposées également à l'électeur de Saxe, le landgrave devait livrer sa personne et ses états à l'empereur, implorer son
| pardon à genoux, payer cent cinquante mille
couronnes pour dédommagement de la guerre, démolir les fortifications de toutes les villes qui étaient dans ses domaines, excepté une seule; ordonner à la garnison qu'il placerait dans celleci de prêter serment de fidélité à l’empereur, accorder un libre passage à travers ses états aux troupes impériales aussi souvent qu’il en serait requis, livrer à l’empereur toutes ses munitions de guerre et son artillerie; mettre en liberté, sans exiger de rançon, Henri de Brunswick avec les autres prisonniers qu’il avait faits pendant la guerre, enfin s'engager à ne prendre jamais les armes et à ne permettre à aucun de ses sujets de servir contre l'empereur ou ses alliés !,
Le landgrave ratifia ces articles du traité, mais avec la plus grande répugnance, parce qu’il n'y voyait aucune stipulation sur la manitre dont il devait ètre traité, et qu’il failait s'abandonner entièrement à la clémence de l'empereur, La nécessité le força à donner son consentement. Charles, qui depuis la réduction de la Saxe avait pris le ton impérieux et hautain d’un conquérant, insistait sur une soumission sans réserve et ne voulait pas permettre qu'on ajoutât aux conditions qu’il avait imposées aucune modification qui pût limiter la plénitude de son pouvoir, et le contraindre sur lamanière dont il jugerait à propos de traiter un prince qu'il regardait comme étant entièrement à sa disposition. Mais quoiqu'il n’eût pas daigné négocier avec le landgrave sur un ton d'égalité, el permettre qu'on insérât dans le traité qu'il avait dicté aucune clause qui pût être regardée comme une stipulation formelle pour la sûreté et la liberté de ce prince, cependant l'électeur de Brandebourg et Maurice obtinrent de lui ou de ses ministres, en son nom, les assurances les plus positives sur ce point ; de sorte qu'ils promirent au landgrave qu'il serait traité comme l'avait été le duc de Wittemberg, et qu'après avoir fait sa soumission à l’empereur il aurait la liberté de retourner dans ses états. Mais comme le landgrave conservait toujours sa première défiance sur les intentions de l’empereur, et refusait de s'en tenir à des déclarations verbales et équivoques sur un objet aussi important que l'était
| sa propre liberté, ils lui envoyèrent un acte si- | 1 Sleid., p. 430. Thuan, lib AV, p 116.
388 HISTOIRE DE CHARLES-QUINT. (1547 11547] gné de leur main, par lequel ils s'engageaient | lesquels était Henri de Brunswick, qui se trou. 1 jié, cette
de la manière la plus solennelle, au cas qu'on lui | vait en ce moment, par un étrange et soudain l'électeur fit quelque vivlence lors de son entrevue avec | changement de fortune, spectateur de l'humi. À pereur ne l'empereur, de se mettre sur-le-champ tous | liation d'un prince dont il était quelques jours A réta le La deux entre les mains de ses propres fils our être | auparavant le prisonnier. Le landgrave fut in. AN :t Mauric traités par eux de la même manière qu'il le serait | troduit dans la salle avec beaucoup d'appareil: au châtea par l'empereur !. il s’avança vers le trône et se mit à genoux. Son Ce pri Cette promesse, jointe à l'obligation indis- ! chancelier, qui marchait derrière lui, lut alors, igards du pensable d'exécuter ce qui était contenu dans les | par ordre de son maitre, un papier dans lequel À andis qu articles qu’il avait déjà acceptés, l'emporta enfin | ce prince confessait humblement le crime dont duc prit sur ses craintes et ses scrupules. Il se rendit au | il avait été coupable, et pour l'expiation duquel communic camp impérial , à Halle en Saxe, où une circons- | il reconnaissait avoir mérité la plus sévère puni- portaient tance inattendue vint réveiller ses soupçons et | tion; il se remettait lui et ses états à l'entière LE dans ce li redoubler ses terreurs. Comme il était près ! disposition de l'empereur ; il implorait avec sou. ment de : d'entrer dans la chambre d'audience, où il devait | mission sa grâce, ne l'espérant que de la clé. A avaient faire sa soumission publique à l’empereur, on | mence de l'empereur; et il finissait par une pro- sincérité lui présenta une copie des articles qu'il avait ap- | messe de se comporter à l'avenir comme un sujet pereur , le prouvés, pour les ratifier de nouveau. En les | dont les principes de fidélité et d'obéissance D indignatic lisant, il s'aperçut que les ministres impériaux y | prendraient une nouvelle force dans les senti. trompés, avaient ajouté deux nouvelles clauses : l'une por- | mens de reconnaissance qu'il conservait au fond avait rend tait que s’il s'élevait quelque dispute sur le sens | de son cœur. Tandis que le chancelier faisait la probre et des premiers articles , l'empereur aurait le droit | lecture de cette humiliante déclaration , les yeux œours au de les interpréter de la manière qu'il jugerait la ! de tous les spectateurs étaient fixés sur l'infor- jour se d plus raisonnable ; par l'autre clause le landgrave : tuné landgrave ; en voyant un prince si fier et si œuverts , était tenu de se soumettre aveuglément aux dé- | puissant abaissé à demander grâce dans l'atti. où sa con! cisions du concile de Trente. Cet indigne arti- | tude d’un suppliant, il était difficile de n'ètre duc d’AlD fice, qui avait pour but d'extorquer par surprise pas touché de commisération , et de ne pas faire iexécute au landgrave un consentement à des conditions | de tristes réflexions sur l'instabilité et le vide unçait : qu'il était bien éloigné d'accepter en les lui pré- | des grandeurs humaines. L'empereur vit tout ce qui s'était sentant dans un moment où son esprit était ab- : spectacle avec une contenance fière et sans té. du piége sorbé et troublé par la cérémonie humiliante | moigner la moindre sensibilité ; il garda un pro- partir lor. qu'il allait subir, excita dans l'âme de ce prince | fond silence et fit seulement signe à un de ses nement | la plus vive indignation; et il la laissa éclater | secrétaires de lire sa réponse : elle portait en ais aprè avec toutes les expressions de fureur que lui | substance que quoiqu'il pôt avec justice infliger éclater sa suggéra la violence de son caractère. L’électeur | au landgrave la peine rigoureuse qu'il avait mé- violentes de Brandebourg et Maurice obtinrent avec peine | ritée, cependant cédant à un sentiment de gé- D on tel ex des ministres de l'empereur, que le premier | nérosité, vaincu par les sollicitations de plu- plaignit , article serait supprimé comme injuste, et que le | sieurs princes en faveur du coupable, et touché contre le second serait expliqué de manière que le land- | de ses aveux et de son repentir, il ne le traite- JE gnes d'u grave pourrait y adhérer sans renoncer ouver- | rait pas selon la rigueur de la justice, et ne l'as- blämant tement à la religion protestante. sujettirait à aucune peine qui ne fût pas spé- À taient fiés Après avoir levé cet obstacle, le landgrave fut | cifiée dans les articles du traité. A l'instant où le D tantôt les impatient d'achever une cérémonie qui, toute | secrétaire acheva sa lecture, Charles se leva LB secours à mortifiante qu’elle lui paraissait, était nécessaire | brusquement et s’éloigna du malheureux sup- il finit p pour obtenir son pardon. L'empereur était assis | pliant sans lui donner le moindre signe de pitié avaient sur un trône magnifique, revêtu de toutes les | ou de réconciliation. I le laissa même à genoux de les re marques de sa dignité, et environné d’un cor- | sans daigner le faire relever. Le landgrave ayant rice, ap tége nombreux de princes de l'empire, parmi | quitté de lui-même cette posture humiliante, JE transpor | s'avança vers l'empereur pour lui baiser la main, nière la fl * Dumont, Corp. diplom , tom. AV, p. 2, p. 336. , se flattant que son crime étant pleinement es- la pureté
ick , qui se trourange et soudain tateur de l'humi.
it quelques jours andgrave fut in.
coup d'appareil:
it à genoux. Son re lui, lut alors, ipier dans lequel nt le crime dont ‘expiation duquel plus sévère puni- 8 états à l'entière nplorait avec sou-
ant que de la clé. }
sait par une proir comme un Sujet ‘ et d'obéissance e dans les sentionservait au fond ancelier faisait la laration , les yeux fixés sur l'inforprince si fier et si grâce dans l'attidifficile de n'être et de ne pas faire tabilité et le vide pereur vit tout ce > fière et sans té- ; il garda un prosigne à un de ses :elle portait en rec justice infliger ise qu’il avait mésentiment de gécitations de pluupable, et touché r,il ne le traitejustice, et ne l'asi ne fût pas spés, A l'instant où le | Charles se leva malheureux supre signe de pitié
même à genoux landgrave ayant ture humiliante, lui baiser la main, t pleinement c:-
pié, cette liberté pouvait lui ètre permise; mais l'électeur de Brandebourg craignant que l’empereur ne fût offensé d’une telle familiarité , ar-
D réta le landgrave et l'engagea à passer avec lui
et Maurice dans l'appartement du duc d’Albe, au château.
Ce prince fut recu avec la politesse et les
igards dus à son rang; mais après le souper, |
tandis qu'il était engagé à une partie de jeu; le duc prit à part l'électeur et Maurice, et leur communiqua les ordres de l’empereur, lesquels portaient que le landgrave resterait prisonnier dans ce lieu même, sous la garde d’un détachement de soldats espagnols. Comme ces princes n'avaient eu jusqu'alors aucune défiance sur la sincérité et la droiture des intentions de l’empereur , leur surprise fut extrème ainsi que leur indignation, en voyant combien ils avaient été trompés, et par quelle infâme trahison on les avait rendus eux-mêmes les instrumens de l'opprobre et de la perte de leur ami. Îls eurent recœurs aux plaintes, aux raisons, aux prières, jour se dérober à la honte dont ils allaient être œuverts, et pour tirer le landgrave de l’abime où sa confiance en eux l'avait précipité; mais le duc d’Albe resta inflexible et allégua la nécessité txécuter les ordres de l'empereur. La nuit s’axnçait : le landgrave, qui ne savait rien de ce qui s'était passé, et qui n'avait aucun soupçon du piége où il était enveloppé, se préparait à partir lorsqu'on lui signifia l'ordre fatal. L’étonnement lui Ôôta d'abord l'usage de la parole; mais après quelques momens de silence , il laissa éclater sa fureur avec les expressions les plus violentes que pôt lui suggérer son horreur pour un tel excès d'injustice et de fourberie. Il se plignit , il pria , il s’indigna, tantôt déclamant contre les artifices de l’empereur comme indignes d’un prince puissant et généreux; tantôt blämant la crédulité avec laquelle ses amis s’étaient fiés aux promesses insidieuses de Charles; tantôt les accusant de lâcheté et de prêter leur secours à l'exécution d’une si honteuse perfidie; il finit par leur rappeler les engagemens qu'ils avaient pris avec ses enfans, et les somma de les remplir à l'instant. L’électeur et Maurice, après avoir laissé calmer les premiers transports de sa colère, protestèrent de la manière la plus solennelle de leur innocence et de la pureté de leurs intentions dans toute cette
affaire , et encouragèrent le landgrave à espérer
que dès qu’ils auraient vu l'empereur ils obtien-
draient satisfaction d’une injustice qui intéres-
sait autant leur honneur que sa liberté, En même
temps, pour tâcher d'adoucir sa fureur et son
impatience, Maurice resta avec lu’ “ndant la
nuit dans l'appartement où il était ce. srmét,
Le lendemain au matin, l'électeur et Maurice s’adressèrent conjointement à l’empereur, et lui représentérent l’infamie dont ils allaient être couverts dans toute l'Allemagne si le landgrave était retenu prisonnier ; ils ajoutérent qu'ils ne lui auraient jamais conseillé une entrevue , et qu'il n'y aurait point consenti lui-même. s'ils avaient pu soupçonner que la perte de sa liberté serait le fruit de sa soumission; qu'ils s'étaient obligés à lui procurer son élargissement, puisqu'ils en avaient donné leur parole et qu'ils avaient engagé leurs propres personnes pour servir de garant de la sienne. Charles écouta leurs représentations avec le plus grand sangfroid. Il sentait qu'il n'avait plus besoin de leurs services, et ils virent avec douleur que ce prince avait oublié leur ancien attachement, et qu'il avait peu d'égard à leur intercession. Il leur dit qu'il ne connaissait point les engagemens particuliers qu'ils avaient pris avec le landgrave ; que ce n'était pas là ce qui devait régler sa conduite; qu'il savait ce qu’il avait promis lui-même, et que ce n'était pas l'entière liberté du landgrave, mais qu’il ne resterait pas prisonnier pour sa vie 2. Après avoir prononcé cette décision d’un ton ferme et absolu, il termina la conférence ; l'électeur et Maurice, ne voyant plus alors d’espérance de fléchir l'empereur qui paraissait avoir pris son parti avec réflexion et être très déterminé à le soutenir, furent obligés d'annoncer au malheureux prisonnier le peu de succès de leurs efforts en sa faveur. Cette nouvelle excita en lui
t Sleidan, p.433. Thuan., lib. 1v, p. 147. Struv., Corp. hist. germ., tom. ll, p. 1052.
2 Selor différens historiens de beaucoup de réputation, l'empereur stipula, dans son traité avec le landgrave, qu'il ne le détiendrait en aucune prison. Mais en transcrivant l’acte, qui fut écrit en langue allemande, les ministres impériaux substituèrent le mot ewiger à celui de einiger ; ainsi au lieu d’une promesse que le landgrave ne serait detenu en aucune prison, il se trouva dans le traité, qu’il ne serait pas détenu en une prison perpétuelle. Mais des auteurs très versés dans l’histoire et très bons critiques ont révoqué en doute la vérilé de
de nouveaux transports de rage plus violens encore que les premiers ; de sorte que, pour l’empêcher de se porter à quelque excès de désespoir, les deux princes promirent de ne point quitter l'empereur jusqu'à ce que leurs importunités pressantes et multipliées lui eussent arraché son consentement pour mettrele landgrave en liberté, Ils renouvelèrent en conséquence peu de jours après leurs sollicitations ; mais ils trouvèrent Charles encore plus fier et plus inflexible; on les avertit même que s'ils insistaient davanlage sur un sujet si désagréable , et dont il ne voulait plus entendre parler, il donnerait sur-lechamp des ordres pour faire transporter le prisonnier en Espagne. Ils craignirent donc de nuire au landgrave par un zèle excessif où mal placé, et non-seulement ils se désistèrent de leur demande, ils prirent encore le parti de quitter la cour ; et comme ils ne voulurent pas s’exposer au premiers mouvemens de la fureur qu'épronverait le landgrave en apprenant la cause de leur départ, ils l'en informèrent par une lettre dans laquelle ils l'exhortaient à exécuter tout ce qu'il avait promis à l'empereur, comme le moyen le plus sûr d'obtenir promptement la liberté.
Quelque violent que fût le désespoir du landgrave en se voyant ainsi abandonné par ces deux princes , l'impatience qu'il avait de recouvrer sa liberté le détermina à suivre leurs avis. Il paya la somme à laquelle il avait été taxé, donna ses ordres pour faire raser ses fortifications, et renonca à toutes les alliances qui pouvaient donner de l'ombrage. Cette prompte déférence aux volontés du vainqueur ne produisit aucun effet. Il continua d’être gardé avec la même vigilance et la même sévérité; on le conduisait, ainsi que le malheureux électeur de Saxe, partout où allait l'empereur ; de sorte que
cette anecdote populaire. Le silence de Sleidan sur ‘ce fait, qui d’ailleurs n’a point été cité dans les différens mémoires publiés par cet historien sur l’emprisonnement du landgrave, donne beaucoup de poids à cette opinion. Cependant comme plusieurs ouvrages qui contiennent les instructions nécessaires pour discuter ce fait avec exactitude, sont écrits en langue allemande que je n'entends pas, je ne suis pas en état de discuter ce point de controverse avec la même exactitude que j'ai mise à éclaircir d’autres objets contestés dont il a été question dans le cours de cette histoire, Foy. Struv., Corp. hist germ., tom. Il, 1052, et Mosheim., ist. eccles., vol. I.
[1547] leur opprobre et son triomphe se renouvelaient tous les jours. La grandeur d'âme et la fermeté avec laquelle l'électeur supportait ces outrages réitérés n'étaient pas moins remarquables que la fureur et l'impatience du landgrave ; son carac. tère impétueux et bouillant avait peine à se con. tenir; lorsqu'il se rappelait les honteux artifices par lesquels on l'avait entraîné dans l'état où il se trouvait, et l'injustice avec laquelle on le re. tenait dans les fers, son indignation s'allumait et le précipitait souvent dans les excès de rage les plus extravagans.
Les habitans des différentes villes où Charles exposait ainsi en spectacle ces illustres prison. niers ressentaient vivement l'insulte que cette
cruauté gratuite faisait au corps germanique, et
murmuraient hautement de voir traiter avec tant d'indécence deux des plus grands princes de l'empire. Mais ils eurent bientôt d'autres sujets de plainte pour des objets qui les intéressaient encore de plus près. L'empereur, ajoutant l'oppression à l’outrage, s’arrogea tous les droits d'un conquérant, et les exerça avec la dernière rigueur, Il ordonna à ses troupes de saisir l'artillerie et les munitions de guerre qui appartenaient aux membres de la ligue de Smalkalde.
Ayant ainsi rassemblé plus de cinq cents pièces de canon, ce qui formait un objet considérable pour ce temps-là, il en envoya une partie dans | les Pays-Bas, ur:? partie en Italie, et une autre partie en Espagne, afin de répandre partout ka | renommée de ses succès, et pour faire servir ces | trophées de monumens et de preuves qui attestaient son triomphe sur une nation regardée jusqu'alors comme invincible. Il leva ensuite, de sa seule autorité, des sommes considérables qu'il imposa également sur ceux qui l'avaient | servi avec fidélité dans la guerre, et sur ceux qui avaient pris les armes contre lui; sur les premiers, comme leur contingent pour les frais d'une guerre qui ayant été entreprise, selon lu, pour l'avantage commun de tous les membres de l'empire, devait être soutenue aux frais communs de tous; et sur les derniers, comme une espèce d'amende pour expier leur rébellion. Ces exactions produisirent plus d’un million six cent | mille couronnes, somme prodigieuse dans le | seizième siècle. La consternation qu’avaient ré- | pandue parmi les Allemands les rapides succès | de Charles, et la terreur que leur inspiraient ses
troupes tous obéi en même arbitraire peuple ja depuis pl impériale doutable.
quelque s bientôt u et renfert mème écl.
Tandis mands ce traitait se de rigueu tés et des états où :
La prérog couronne nand fut confirmé | les céréme pour la si nement à llcomme utorité s q'il ne mépris dé renverser demens , mais les E se laisser ges dont même tel brassé la Hus et J semences du siècle berté de 4 le maintid timens à plus de ec Bohémie lement il rain cont avaient e l'électeur une assoc cienne co
se renouvelaient me et la fermeté tait ces outrages iarquables que la rrave ; SON Carac.
it peine à se con.
honteux artifices dans l’état où il aquelle on le renation s'allumait les excès de rage
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illustres prison.
insulte que cette s germanique, et rtraiter avec tant ands princes de
t d’autres sujets les intéressaient r, ajoutant l'opa tous les droits avec la dernière es de saisir l'ar.
erre qui apparteue de Smalkalde, cinq cents pièces bjet considérable a une partie dans ilie, et une autre pandre partout la ur faire servir ces Jreuves qui attesnation regardée [l leva ensuite, de nes considérables eux qui l'avaient 'rre, et sur ceux ntre lui; sur les ent pour les frais reprise, selon lui, ous les membres ue aux frais comiers, comme une eur rébellion. Ces in million six cent digieuse dans le on qu’avaient rées rapides succès ur inspiraient ses
troupes victorieuses, étaient si générales, que tous obéirent sans résistance à ses ordres; mais en même temps ces actes nouveaux de pouvoir arbitraire ne pouvaient manquer d'alarmer un peuple jaloux de ses priviléges, et accoutumé, depuis plusieurs siècles, à considérer l'autorité impériale comme une autorité limitée et peu redoutable, Le mécontentement et le ressentiment , quelque soin qu'on prit de les cacher, devinrent bientôt universels, et ces passions, contraintes et renfermées pour le moment, devaient par-là mème éclater bientôt avec plus de violence.
Tandis que Charles donnait la loi aux Allemands comme à un peuple vaincu, Ferdinand traitait ses sujets, en Bohème, avec encore plus de rigueur. Ce royaume possédait des immunités et des priviléges aussi étendus qu'aucun des états où s'était établi le gouvernement féodal. La prérogative des rois y était très limitée et la couronne même y était élective. Lorsque Ferdinand fut appelé au trône, il avait reconnu et confirmé les droits des Bohémiens , avec toutes les cérémonies fixées par leur extrème sollicitude pour la sécurité d'une constitution de gouvernement à laquelle ils étaient fortement attachés. lcommença cependant bientôt à se lasser d’une utorité si restreinte, et à dédaigner un sceptre q'il ne pouvait transmettre à ses enfans. Au mépris de tous ses engagemens, il entreprit de renverser la constitution jusque dans ses fondemens , et de rendre le royaume héréditaire; mais les Bohémiens ne parurent pas disposés à se laisser tranquillement dépouiller des priviléges dont ils avaient joui si long-temps. Dans le même temps plusieurs d'entre eux ayant embrassé la doctrine des réformateurs, dont Jean Ilus et Jérôme de Prague avaient répandu les semences dans leur pays, au commencement du siècle précédent , le désir d'acquérir la liberté de conscience se joignit à leur zèle pour le maintien de leur liberté civile; ces deux sentimens analogues , se donnant l'un à l’autre plus de chaleur et d'énergie, inspirèrent aux Bohémiens des résolutions violentes. Non-seulement ils avaient refusé de servir leur souverain contre les confédérés de Smalkalde, ils avaient encore formé une étroite alliance avec l'électeur de Saxe , et ils s'étaient engagés par une association solennelle à défendre leur ancicnne constitution, déterminés à persister dans
ce dessein jusqu'à ce qu'ils eus obenu de nouvelles concessions , qu'ils jumemient müce
saires pour rendre la forme delew ouvernemer
plus parfaite ou plus solide. Ils choïsirent por
leurgénéral Gaspard Phlug, gentilhomme distingué par son mérite et sa naissance, et ils formèrent uue armée de trente mille hommes pour appuyer leurs demandes ; mais , soit par la faiblesse de leur chef, soit par les dissensions qui s'élevèrent dans ce corps vaste et pesant, dont les parties rassemblées à la hâte n'étaient pas bien unies, soit par quelque autre cause inconnue, les opérations militaires de ces mécontens ne furent pas proportionnées au zèle et à l’ardeur qui animaient leurs premières résolutions. Ils se laissèrent amuser long-temps par des négociations et des propositions diverses ; de sorte qu'avant qu'ils pussent entrer en Saxe, la bataille de Muhlberg fut perdue, l'électeur fut privé de sa dignité et de ses états, le landgrave, enfermé sous une étroite garde , et la ligue de Smalkalde entièrement dispersée. La crainte que le pouvoir de l’empereur inspirait à toute l'Allemagne pénétra jusqu'à eux. Dès qu'ils virent approcher leur souverain avec un corps de troupes impériales, ils se dispersèrent sur-le-champ, ne pensant plus qu’à expier leur crime passé et à se ménager, par une prompte soumission, quelque espérance de pardon. Mais Ferdinand, qui entrait dans ses états plein de ce ressentiment impitoyable trop naturel aux princes dont l’autorité a été méprisée, n'était pas disposé à se laisser fléchir par le repentir tardif de ses sujets rebelles, et par ce retour involontaire à leur devoir ; il écouta sans être ému les prières accompagnées de larmes des bourgeois de Prague, qui vinrent se jeter à ses pieds et implorer sa clémence, La sentence qu’il prononca contre eux fut excessivement rigoureuse : il abolit plusieurs de leurs priviléges, en restreignit d’autres et donna une nouvelle forme à leur gouvernement: il punit de mort plusieurs de ceux qui avaient montré le plus de chaleur et d'activité à former la dernière association contre lui ; et un plus grand nombre d'autres furent condamnés à la confiscation de leurs biens, ou à un bannissement perpétuel. Il obligea tous ses sujets, de quelque condition qu'ils fussent , à livrer leurs armes pour être déposées dans des fortsoù il avait des garnisons ; et après avoir désarmé ce peuple , il le chargca
mt ir ER ES
de taxes énormes et nouvelles !, Tel fut l'effet de l'entreprise malheureuse et mal concertée des Bohémiens pour étendre leurs privilèges ; non-seulement ils agrandirent la sphère de la prérogative royale qu'ils avaient voulu circonscrire, mais encore ils anéantirent presque entièrement ces mêmes libertés qu'ils voulaient établir sur une base plus étendue et plus solide.
L'empereur ayant ainsi humilié et croyant avoir dompté l'esprit indépendant et peu traitable des Allemands, par la terreur de ses armes et par la rigueur des punitions , convoqua une diète à Augsbourg pour terminer définitivement les controverses de religion qui depuis si long-temps troublaient l'empire. I n'osa cependant pas abandonner la décision d’un objet si intéressant aux libres suffrages des Allemands, quelque disposés qu'ils dussent être alors à se soumettre aux volontés de leur souverain. Îl entra dans la ville à la tête de ses troupes espagnoles, à qui il assigna des quartiers ;
il cantonna le reste de ses soldats dans les villa- | ges voisins; de sorte que les membres de la | diète, en procédant à leurs délibérations, se |
voyaient environnés de la mème armée qui avait vaincu leurs compatriotes. Immédiatement après son entrée publique , il donna une preuve de la violence qu'il était tout prêt à exercer. Îl s'empara , à main armée, de la cathédrale et d'une des principales églises de la ville ; ses prètres les ayant purifiées avec différentes cérémonies, pour effacer les souillures prétendues qu'y avait laissées , selon eux , le ministère profane des protestans , ils y rétablirent , avec beaucoup de pompe , les rites du culte romain.
Le concours des membres de cette diète fut prodigieux; l'importance des objets sur lesquels on devait délibérer, et la crainte d’offenser l'empereur par une absence qui aurait pu être mal interprétée, avaient réuni presque tous les princes, les nobles et les représentans des villes qui avaient droit de suffrage dans cette assemblée. L'empereur ouvrit la séance par undiscours dans lequel il invita la diète à donner particulièrement son attention à l’objet qu'il allait lui présenter. Après avoir exposé les suites funestes des disputes de religion qui s'étaient élevées en Al-
1 Sleid., p. 408, 415, 434. Thuan, lib. av, p. 129, 159. Struv., Corp. hist. germ., vol. Il.
2 Sleid., p. 435, 437.
(1547) lemagne , et après avoir rappelé les efforts con. stans qu'il avait faits pour faire convoquer un concile général , seul moyen d'apporter du re. mède à tant de maux , il exhorta les membres de la diète à reconnaître l'autorité de cette # semblée, à laquelle ils en avaient d'abord appel eux-mêmes, comme au seul juge qui eût le droit de décider sur ces matières.
Mais ce concile , auquel Charles désirait qu'on renvoyât la décision de toutes les controverses, avait déjà subi un changement très considéra. ble. La crainte et la jalousie qu'avaient inspi. rés au pape les premiers succès de l'empereur contre les confédérés de Smalkalde, prenaient chaque jour de nouvelles forces. Non content de chercher à retarder le progrès des armes impériales par le rappel subit de ses troupes, Paul commençait à regarder l'empereur comme un ennemi qui lui ferait bientôt sentir le poids de sa puissance , et contre lequel il ne pouvait pas prendre trop tôt des précautions. Il prévit que l'effet immédiat de l'autorité absolue dont l'empereur jouirait en Allemagne serait de le rendre entièrement maitre de toutes les décisions du concile, s'il continuait de s’assembler à Trente. !! était dangereux de laisser à un monarque si ambitieux la disposition d’un instru. ment formidable, qu'il pourrait employer à son gré pour limiter ou renverser peut-être la puis sance des papes. Paul jugea que le seul moyen de prévenir cette révolution était de transférer l'assemblée du concile dans quelque ville plus immédiatement soumise à sa juridiction, et où l'empereur eût moins d'influence, soit par terreur de ses armes, soit par ses intrigues et son crédit. Il se présenta heureusement une circonstance qui parut rendre ce changement en quelque sorte nécessaire. Un ou deux des pères du concile et quelques-uns de leurs domestiques ayant été frappés de mort subite, sans que l'on connût la cause du mal, les médecins, trompés par les symptômes, ou séduits par les légats du pape, assurèrent que c'était l'effet d'une maladie contagieuse et pestilentielle. Plusieurs prélats, effrayés de ce danger, se retirèrent avec précipitation. D'autres se montrèrent impatiens de quitter aussi ce séjour; enfin, après une courte consultation, le concile fut transféré à Bologne, ville soumise à la domination du pape.
Tous les évêques du parti impérial s'oppost-
rent vive prise sans faux ou fri plupart de l'ordre exp bre de trer à Bologne.
danscetter les divisior Bologne di Trente, qu et réfracti ceux-ci acc par un dar dans un lie ttre d’auc la paix et
L'empe:
crédit pou mais Paul son habile à Charles cette asser mande do L'été se co objet, l'ot pur en pr larriva, que jamai et qui déte plus aucur Charles, c irrité Pier refusant l que Farnè vigilance s& venger!
dans une
que dans parce que la confian intrigues pereur, i
1 Fra-Pad
& les efforts con 'e convoquer un apporter du re.
rta les membres rité de cette as it d'abord appel e qui eût le droit
les désirait qu'on les controverses, it très considéra.
qu'avaient inspi.
ts de l'empereur Ikalde, prenaient 8. Non content de des armes impéses troupes , Paul Jereur comme tn sentir le poids de il ne pouvait pas ons. Il prévit que ibsolue dont l'em. serait de le renutes les décisions de s’assembler à laisser à un moition d’un instru it employer à son peut-être la puis que le seul moyen tait de transférer quelque ville plus juridiction, et où ience, soit par ka ar ses intrigues et eusement une cire changement en ou deux des pères leurs domestiques bite, sans que l'on médecins , trompés s par les légats du l'effet d'une maelle. Plusieurs prése retirèrent avec trèrent impatiens enfin, après une le fut transféré à bmination du pape.
impérial s'opposè-
drent vivement à cette résolution, comme étant prise sans nécessité , et fondée sur des prétextes faux ou frivoles, Tous les prélats espagnols, et la plupart des Napolitains , restèrent à Trente par l'ordre exprès de l'empereur; lesautres , au nombre de trente-quatre, accompagnèrent les légats à Bologne. Ainsi l'on vit se former un schisme danscette mêmeassemblée convoquée pour guérir les divisions de l'église chrétienne; les pères de Bologne déclamèrent contre ceux qui restèrent à Trente, qu'ils regardèrent comme désobéissans et réfractaires à l'autorité du pape; tandis que ceux-ci accusaient les autres de selaisser intimider par un danger imaginaire, au point de se retirer dans un lieu où leurs consultations ne pouvaient ttre d'aucune utilité pour le rétablissement de la paix et du bon ordre en Allemagne !, L'empereur employa en même temps tout son crédit pour faire retourner le concile à Trente; mais Paul, qui s'applaudissait hautement de sn habileté en prenant une mesure qui Ôtait à Charles les moyens de se rendre maître de œite assemblée, n'eut aucun égard à une demande dont l'intention était trop manifeste.
L'été se consuma en négociations inutiles sur cet objet, l'obstination de l’un augmentant chaque pur en proportion de l'importunité de l’autre. larriva , à la fin, un événement qui anima plus que jamais ces deux princes l’un contre l’autre, et qui détermina entièrement le pape à n'écouter plus aucune proposition qui vint de l’empereur. Charles, comme on l’a déjà dit, avait tellement irrité Pierre Louis Farnèse, fils du pape, en lui refusant l'investiture de Parme et de Plaisance, que Farnèse cherchait sans cesse, avec toute la vigilance d'un ressentiment actif, l’occasion de s& venger. Il s'était efforcé d'engager son père dans une guerre ouverte contre l’empereur , et ilavait vivement sollicité le roi de France de tenter une invasion en Italie, Sa haine et son ressentiment s’étendaient sur tous ceux que l'empereur favorisait. Il persécuta Gonzague, gouverneur de Milan , et il avait encouragé Fiesque dans sa conspiration contre André Doria , parce que Gonzague et Doria avaient l'estime et la confiance de Charles. Cette inimitié et ces intrigues secrètes n'étaient pas inconnues à l'empereur, il n’attendait que le moment de s’en
1 Fra-Paolo, p. 248, etc.
venger, et Gonzague et Doria ne désiraient rien
tant que d’être les instrumens de sa vengeance,
Les mœurs les plus licencieuses et les excès de
toute espèce, égaux à tous les crimes qu'on re-
proche aux tyrans qui ont le plus outragé la
nature humaine, avaient rendu Farnèsesi odieux,
que toute violence paraissait légitime contre lui.
On trouva bientôt parmi ses propres sujets des
hommes qui s'empressèrent et regardèrent
même comme une action méritoire de prêter
leurs mains à un assassinat. Animé de cette jalousie qui dévore ordinairement les petits souverains, Farnèse avait eu recours à toutes les ressources de cruauté et de perfidie par lesquelles on cherche à suppléer au défaut de pouvoir, pour abaisser et exterminer la noblesse soumise à sa domination. Cinq nobles du premier rang , à Plaisance, se lièrent pour venger les affronts qu'eux-mêmes personnellement et tout leur corps en général avaient essuyés de la part de ce prince. Ils formèrent leur plan, de concert avec Gonzague; mais il est encore incertain si ce fut lui qui le premier leur suggéra ce plan, ou s'ilne fit qu'approuver ce qu'ils avaient proposé, Ils concertèrent toutes leurs démarches avec tant de prévoyance, conduisirent leurs intrigues avec un si profond secret, montrèrent tant de courage dans l'exécution de leur complot, qu'on peut le regarder comme une des actions de ce genre les plus audacieuses dont il soit fait . .ontion dans l'histoire. Une troupe de conjurés surprit en plein midi les portes de la citadelle de Plaisance, où Farnèse résidait , dispersèrent ses gardes et le massacrèrent, tandis que les autres conjurés se rendirent maîtres de la ville et excitèrent leurs concitoyens à prendre les armes pour recouvrer leur liberté, La multitude se précipita vers la citadelle, d'où l’on avait tiré trois coups de canon, qui étaient le signal concerté avec Gonzague. Avant d’avoir pu connaître la cause ou les auteurs du tumulte , le peuple vit le corps sanglant du tyran suspendu par les pieds à une des croisées de la citadelle ; mais il était si généralement détesté qu'aucun de ses propres sujets ne parut ni touché d’un si grand revers de fortune, ni indigné de la manière ignominieuse dont on traitait leur souverain. Le succès de cette conspiration excita une joie universelle, et l’on applaudit à ceux qui en étaient les auteurs, comme aux libérateurs de la patrie
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