‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 89 sur 132 · RS SE · texte numérisé non relu

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Le cadavre de Farnèse fut jeté dans les fossés qui environnaient la citadelle , et exposé aux insultes de la populace; tous les citoyens reprirent leurs occupations accoutumées, comme s’il n'était rien arrivé d’extraordinaire.

Dès le même jour , un corps de troupes arrivant des frontières du Milanais, où ils avaient été postés en attendant l'événement, prirent possession de la ville au nom de l’empereur, et rétablirent les habitans dans la jouissance de leurs anciens priviléges. Les impériaux voulurent aussi s'emparer de Parme par surprise ; mais cette ville fut sauvée par la vigilance et la fidélité des officiers à qui Farnèse avait confié le commandement de la garnison. Paul apprit avec la plus vive douleur la mort d’un fils qu’il idolàtrait malgré ses vices infâmes ; et la perte d'une ville aussi importante que Plaisance rendit son affiction plus amère encore. Il accusa en plein consistoire Gonzague d’avoir commis un meurtre abominable pour se frayer la voie à une usurpation injuste, et il demanda sur-le-champ à l'empereur de venger ces deux attentats en faisant punir Gonzague et en restituant Plaisance à son petit-fils Octave, qui en était l'héritier légitime. Mais Charles, plutôt que de se désister d’une acquisition si précieuse, se serait exposé lui-même à l'imputation d’être complice du crime qui la lui avait procurée, et à l’infamie de frustrer son propre gendre d’un héritage qui lui appartenait; il éluda toutes les sollicitations du pape, et se détermina à resteren possession de Plaisance et de son territoire !.

Cette résolution, l'effet d’une ambition insatiable que ne pouvait modérer aucune considération ni de bienséance ni de justice, fit passer au pape toutes les bornes de sa modération et de sa timidité ordinaires ; il était prêt à prendre les armes contre l'empereur pour se venger des meurtriers de son fils et pour recouvrer l'héritage dont on voulait dépouiller sa famille ; sentant bien cependant combien il était hors d'état d'entrer en lice avecun si puissant ennemi, il sollicita avec la plus grande vivacité le roi de France et la république de Venise de se joindre à lui pour former une ligue offensive contre Charles. Mais H°uri était alors occupé d'autres

1 Fra-Paolo, p. 257. Pallavic., p. 41, 42. Thuan., liv. av, p. 156. Mém. de Ribier, ph 59,67. NatalisComitis #istor., liv. un, p. 64.

[1548] objets. Ses anciens alliés, les Écossais, ayant été battus par les Anglais dans une des plus sanglantes batailles que se soient jamais livré deux nations rivales, il était près d'envoyer un | corpsnombreux de ses vieilles troupes en Écosse, | tant pour enrichir d'un nouveau royaume l monarchie française en mariant le dauphin, son fils, avec la jeune reine d'Écosse. Une entreprise qui réunissait des avantages si sensibles et dont le succès semblait être certain, devait l'emporter sur l'espérance éloignée du fruit qu'il aurait pu tirer d’une alliance avec un pape de quatre-vingts ans, d’une santé chancelante et qui n'avait pour objet que de satisfaire son ressentiment particulier. Au lieu de s'engager imprudemment dans cette alliance, il amusa le pape par des promesses et des protestations vagues, qui suffisaient pour le détourner de la pensée d’un accommodement avec l'empereur; mais il éludait, en même temps, un engagement assez formel pour entraîner une rupture immédiate avec l'empereur, et le jeter dans une guerre à laquelle il n’était pas préparé. Quoique les Vénitiens ne pussent pas, sans être alarmés, voir Plaisance dans les mains des impériaux, ils imitérent la conduite équivoque du roi de France, et se conformèrent en cela à l'esprit | qui dirigeait ordinairement leurs négociations !, | Quoique Paul se trouvât dépourvu de tous | les moyens de rallumer sur-le-champ les flam- : beaux de la guerre, il n’oublia point les injures | qu'il était forcé d’endurer pour le moment; le ressentiment veillait au fond de son âme, et la difficulté de le satisfaire ne fit qu’en accroître | la violence. Ce fut dans ce moment où ses senti. | mens de haine et de vengeance avaient le plus | de force, que la diète d'Augsbourg, se confor- | mant aux ordres de l'empereur , présenta une requête au pape , au nom de tout le corps germanique, pour le solliciter d’enjoindre aux prélats qui s'étaient retirés à Bologne, de retourner à Trente et d'y reprendre leurs délibé- | rations. Ce ne fut pas sans beaucoup de peine que Charles détermina les membres de la diète à se joindre à lui pour cette demande. Il avait remarqué beaucoup de diversité dans les opiaions des protestans , relativement à la soumis-

* Mém. de Ribier, t. M, p. 63, 71, 78, 85, 95. Paruta, st. di Venez., p.199, 203. Thuan., liv. av, p. 160.

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78, 85, 95. Paruta, liv. av, p. 160.

sion qu’il avait exigée pour les décrets du concile ; les uns étaient absolument intraitables sur cetarticle ; d’autres étaient disposés à reconnaitre, moyennant certaines modifications, le droit de juridiction du concile. Il employa toute son adresse pour en gagner une partie et pour divisr le reste; il menaça et intimida l'électeur palatin, prince faible, qui craignait que l'empereur ne se vengeàt des secours qu’il avait donnés aux confédérés de Smalkalde. L’espérance d'obtenir la liberté du landgrave et la confirmation solennelle de la dignité électorale levèrent tous les scrupules de Maurice, ou du moins ne lui permirent pas de s'opposer à ce qui était agréable à l’empereur. L’électeur de Brandebourg, qui, de tous les princes de son siècle, était le moins touché des motifs de religion , se laissa aisément persuader d’imiter l'exemple des premiers, en déférant à toutes les volontés de Charles. 11 restait encore à gagner les députés des villes; ils étaient plus attachés à leurs principes, et quoiqu'on eût employé tout ce qui pouvait exciter en eux l'espérance ou la crainte, ils ne voulurent jamais s'engager à reconnaitre h juridiction du concile, à moins qu'on ne prit des mesures efficaces pour assurer aux théologiens de tous les partis un libre accès à la diète avec une entière liberté de discussion, et que tous les points de controverse ne se décidassent conformément au texte de l'Écriture et aux usages de la primitive église. Lorsqu'on présenta il'empereur le mémoire qui contenait cette décaration, il eut recours à un artifice extraordinaire. Sans lire le papier, et sans prendre aucune connaissance des conditions sur lesquelles insistaient les villes impériales, il feignit de croire qu’elles avaient consenti à ce qu’il leur demandait , et fit des remercimens aux députés sur leur pleine et entière soumission aux décrets du concile. Les députés, quelque étonnés qu'ils fussent de ce qu’ils venaient d'entendre, ne cherchèrent point à désabuser l'empereur; les deux partis aimèrent mieux laisser l’affaire dans cet état d'ambiguité que d’en venir à une explication qui aurait occasioné une dispute et peutêtre une rupture !.

Charles, ayant obtenu cette soumission appa-

\Fra-Paolo, p. 259. Sleid. , pag. 419. Thuan., tom. 1, p. 165.

rente de la diète à l’autorité du concile, s’en servit comme d’un nouveau motif pour appuyer la demande du rappel du concile à Trente; mais le pape, déterminé par le désir de mortifier l'empereur, autant que par son propre éloignement pour ce qu'on lui demandait, prit sans hésiter la résolution de n’y point consentir; cependant comme il ne voulait pas qu'on pôt lui reprocher de se laisser dominer par son ressentiment, il eut l'adresse d'obtenir une opposition formelle des docteurs qui étaient à Bologne. Il renvoya, à leur considération, la demande de la diète, et ces docteurs , toujours prêts à confirmer par leur consentement tout ce qui leur était inspiré par le légat, déclarèrent que le concile ne pouvait pas, sans manquer à sa dignité, retourner à Trente, à moins que les prélats qui, en y restant , avaient montré un esprit de schisme, ne se rendissent auparavant à Bologne pour s'y réuniravec leursfrères ; ils ajoutèrent que, même après cette réunion, le concile ne pourrait pas renouveler ses délibérations avec l'espérance d'être utile à l'église, si les Allemands ne prouvaient pas que leur intention était d’obéir aux décrets futurs du concile, en se soumettant dès l'instant même à ceux qu'il avait déjà prononcés !,

Cette réponse fut communiquée à l'empereur par le pape, qui l’exhorta en même temps à déférer à des demandes qui paraissent si raisonnables; mais Charles connaissait trop bien le caractère artificieux de Paul, pour se laisser tromper par un si grossier artifice ; il savait que les prélats de Bologne n'osaient avoir d’autres avis que ceux qui leur étaient inspirés par ce pontife : il les regarda donc comme de purs instrumens dans les mains d’un autre, et ne vit dans leur réponse que l'exposé des intentions du pape, Comme il ne pouvait plus espérer de prendre assez d’ascendant sur le concile pour le faire servir à ses projets, il sentit combien il était nécessaire d'empêcher le pape de tourner contre lui l'autorité d’une assemblée si respectable. Dans cette vue, il envoya à Bologne deux jurisconsultes, qui, en présence des légats, protestèrent que la translation du concile dans cette ville s'était faite sans nécessité et sur des prétextes faux ou frivoles; que tant qu'il continuerait d'y

1 Fra-Paolo, p. 250. Pallavicini, liv. 1, p. 49.

tenir ses séances, il ne devait être regardé que comme un conventicule illégal et schismatique ; que, par conséquent, toutes ses décisions devaient être regardées comme nulles et sans validité; enfin que le pape et les ecclésiastiques corrompus qui dépendaient de lui, ayant abandonné le soin de l’église, l'empereur, qui en était le protecteur, emploierait tout le pouvoir que Dieu lui avait confié, pour la préserver des calamités dont elle était menacée. Quelques jours après, l'ambassadeur impérial , résidant à Rome , demanda une audience au pape, et en présence de tous les cardinaux ainsi que des ministres étrangers, il protesta contre les démarches des prélats de Bologne, dans les termes les moins mesurés et les moins respectueux !. Charles ne tarda pas long-temps à s'occuper des moyens de mettre en exécution ces menaces, qui alarmèrent vivement le pape et le concile de Bologne. Il instruisit la diète du peu de succès des efforts qu’il avait faits pour obtenir une réponse favorable à leur demande ; il ajouta que le pape, ayant aussi peu d'égard à leurs prières qu'aux services qu’ils avaient rendus à l’église, avait refusé de permettre au concile de se rassembler à Trente; que, quoiqu'il ne fallût pas encore renoncer à l'espérance de voir cette assemblée se tenir dars un lieu où elle pourrait jouir de la liberté de discuter et de prononcer, cependant cet événement était encore incertain et éloigné ; que dans ce même temps l’Allemagne était déchirée par les dissensions religieuses ; que la pureté de la foi alors altérée et l'esprit du peuple était troublé par une multitude d'opinions nouvelles et de controverses auparavant inconnues chez les chrétiens ; que déterminé par ce qu’il devait à l'empire comme son souverain, et à l’église comme son protecteur, il avait employé quelques théologiens, distingués par leurs talens et leurs lumières, à préparer un système de doctrine auquel les peuples seraient tenus de se conformer jusqu’à ce qu'on pût convoquer un concile tel qu'on le désirait. Ce système avait êté composé par Pflug, Helding et Agricola : les deux premiers étaient des dignitaires de l’église romaine, mais estimés par leur caractère pacifique et conciliateur ; le dernier

1 Fra-Paolo, p. 274. Pallavicini, p. 51. Sleid., p. 446. Goldast., Constit. imperial., tom. 1, p. 561.

[1548] étaitun théologien protestant qu’ona soupçonné avec quelque raison , d’avoir été engagé par des présens et des promesses à égarer son parti dans cette occasion. Les articles qui avaient été pré. sentés à la diète de Ratisbonne en 1541, dans la vue de réconcilier les partis opposés, servirent de modèle au nouveau système. Mais comme, depuis cette époque, la situation de l’empereur était fort changée, et qu'il ne se trouvait plus dans la nécessité de traiter les protestans avec les mêmes ménagemens, il ne leur faisait plus des concessions aussi étendues et aussi importantes que celles qu’il leur avait offertes auparavant. Le nouveau traité contenait un système complet de théologie, conforme presque dans tous les points à la doctrine de l’église romaine, mais exprimé, pour la plus grande partie, en un style plus doux, en phrases tirées de l’Écriture , ou en termes d’une ambiguïté concertée, On y confirmait tous les dogmes particuliers aux papistes, et l'on y enjoignait l'observation de tous les rites que les protestans condamnaient comme des inventions humaines introduites dans le culte de Dieu. Il y avait deux points seulement sur lesquels on se relâchait de la rigueur des principes et l’on admettait quelque adoucissement dans la pratique. Il était permis à ceux des ecclésiastiques qui s'étaient mariés et quine voudraient pas se séparer de leurs femmes, d'exercer toutes les fonctions de leur ministère sacré; et les provinces qui avaient été accoutumées à recevoir le pain et le vin dans le sacrement de l’eucharistie pouvaient conserver le pri: vilége de communier ainsi sous les deux cspèces; mais on déclarait que ces articles étaient des concessions faites uniquement pour un temps, afin d’avoir la paix, et par égard pour la faiblesse et les préjugés des peuples {.

Ce système de doctrine fut connu dans la suite

sous le nom d'éinterim, parce qu'il contenait |

des règlemens provisoires qui ne devaient avoir de force que jusqu’à ce qu’un libre concile général pôt avoir lieu. L'empereur le présenta à la diète; il annonça en même temps, avec pompe, l'intention sincère où il était de rétablir l’ordre et la tranquillité dans l'église, et dit qu'il espérait que l'acceptation de ces règlemens par la

1 Fra-Paolo , p. 270. Pallavicini, liv. 1, p. 6. Sleid, pag. 473, 475. Struv., Corp., 1554. Goldast., Constit. imper., tom. :, p. 518.

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\Sleid., page 63.

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liv. sr, p. 6. Sleid, Goldast., Conslit.

diète contribuerait beaucoup à obtenir un but ji désirable. Lorsqu'il eut achevé la lecture de son discours, l'archevêque de Mayence, président du collége électoral. se leva brusquement, et, après avoir remercié l'empereur des efforts pieux et constans qu’il faisait pour rendre la paix à l'église, il déclara au nom de la diète qu'elle approuvait le nouveau système de doctrine, et qu’elle était résolue de s’y conformer en tout point. Toute l'assemblée fut étonnée d'une déclaration si peu conforme aux règles et aux usages, ainsi que de l'audace avec laquelle l'électeur prétendait exposer les sentimens de la diète sur un point qui jusque-là n’avait pas même été mis en délibération et en débat ; mais aucun des membres n’eut le courage de contredire ce que l'électeur avait avancé : quelques-uns furent retenus par la crainte, d’autres se turent par complaisance. L'empereur reçut la déclaration de l’archevèque comme une ratification entire et légale de l'énterim, et se prépara à a maintenir l'exécution comme d'un décret de l'empire !.

Pendant la tenue de cette diète, la femme et

à ksenfans du landgrave, vivement secondés par

Maurice de Saxe, tâchèrent d’intéresser les mem-

| tres de l'assemblée en faveur de ce prince mal-

leureux qui languissait toujours dans la captivit. Mais Charles, craignant de se voir dans la nécessité de rejeter une demande qui lui viendrait d’un corps si respectable, chercha à prévenir ces représentations; pour cet effet, il mit sus les yeux de la diète un détail de ce qui s’était passé avec le landgrave , ainsi que des motifs qui l’avaient d'abord engagé à s'assurer de la personne de ce prince, et qui ne lui permettaient pas , disait-il, de lui rendre la liberté. Iln'était pas aisé, sans doute , de trouver de bonnes raisons pour justifier une action si injusts et si révoltante ; mais il savait bien qu'il suffirait d’alléguer les prétextes les plus frivoles devant une assemblée qui voulait être trompée, etquine craignait rien tant que d’avoir l'air d’envisager ses démarches sous leur vrai point de vue, L’explication qu'il donna de sa conduite fut donc admise comme très satisfaisante; et après quelques faibles instances pour l’engager à éten-

\Sleid., page 460. Fra-Paolo , page 373. Pallavicini, page 63.

dre sa clémence sur le landgrave, il ne fut plus question de ce prince infortuné t.

Cependant Charles voulut affaiblir l’impression défavorable que cette inflexible rigueur pourrait laisser dans les esprits; et pour prouver que sa reconnaissance était aussi solide et aussi invariable que son ressentiment , il donna à Maurice l'investiture de la dignité électorale. Cette cérémonie se fit avec toutes les cérémonies légales et avec une pompe extraordinaire, dans une cour ouverte, si voisine de l'appartement où était enfermé l'électeur détrôné, qu'il pouvait la voir de ses fenêtres. Mais cette insulte n’altéra point sa tranquillité ordinaire ; il fixa ses regards sur ce spectacle, et vit un rival heureux recevoir les marques de dignité dontilavait été dépouillé, sans laisser échapper un sentiment qui démentit la grandeur d'âme qu'il avait conservée au milieu de tous ses désastres !,

Immédiatement après la dissolution de la diète, l'empereur fit publier l'irterim en allemand et en latin. Cet écrit eut le sort ordinaire de tous les plans de conciliation quand ils sont proposés à des hommes échauffés par la dispute. Les deux partis s’élevèrent contre ce système avec une égale violence : les protestans le condamnèrent comme contenant les erreurs les plus grossières du papisme, déguisées avec si peu d'art qu’elles ne pouvaient échapper qu'aux hommes les plus ignorans, ou qu’à ceux qui voudraient être trompés. Les papistes le rejetèrent comme un ouvrage dans lequel la doctrine de l'église était ou svandaleusement abandonnée , ou bassement dissimulée, ou énoncée en termes concertés pour égarer les esprits faibles, plutôt que pour éclairer les ignorans ou pour convertir les ennemis de la vérité. Tandis que d'un côté les docteurs luthériens déclamaient avec emportement contre ce système, le général des dominicains, d’un autre côté, l’attaquait avec non moins de véhémence; mais lorsque le contenu de l'énterim fut connu à Rome, l’indignation des courtisans ainsi que des ecclésiastiques éclata avec emportement : ils se récrièrent contre l'audace impie de l’empereur, qui usurpait les fonctions du sacerdoce en prétendant , avec le

" Sleid., p. 447.

1 Thuan., Aist., lib. v, p. 166. Struv., Corp. 1054. Investitura Mauricii à Mammerano Lucemburgo descripta, ap. Scardium , tom. 1, p. 508.

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seul concours des laïques, définir des articles de foi et régler des formes de culte ; ils comparèrent cet acte téméraire à l'attentat d'Ozias qui d’une main profane avait touché l’arche du Sei- &ueur, ou aux entreprises hardies de ces empereurs qui avaient rendu leur mémoire exécrable en prétendant réformer à leur gré l’église chrétienne. Ils affectèrent même de trouver de la ressemblance entre la conduite de Charles et celle de Henri VIII, et parurent craindre que l'empereur ne suivit l'exemple de ce monarque, en usurpant le titre ainsi que la juridiction qui appartenait au chef de l’église. Tous soutinrent donc unanimement que les fondemens de l’autorité ecclésiastique étant ébranlés, et l'édifice entier étant près d’être renversé par un nouvel ennemi, il fallait recourir à quelque moyen puissant de défense et faire, dès les commencemens, la plus vigoureuse résistance, avant que les progrès de l'attaque fussent assez avancés pour rendre tous leurs efforts inutiles.

Le pape , dont le jugement était éclairé par une plus longue expérience et par une observation plus générale des affaires humaines, vit cet objet avec plus de sagacité , et trouva un motif de tranquillité dans la circonstance même qui consterpait ses courtisans et ses conseillers. Il fut étonné qu'un prince aussi habile que l'empereur se laissät aveugler par une seule victoire, au point d'iraaginer qu'il pourrait donner la loi aux hommes et leur faire recevoir ses décisions même dans les matières sur lesquelles ils souffrent le plus impatiemment la domination. Il conçut qu’en se joignant à l’un des partis divisés en Allemagne, il avait été aisé à Charles d'opprimer l’autre, et que l'ivresse du succès lui avait sans doute inspiré la vaine pensée qu'il était en état de les subjuguer tous les deux; il prédit qu'un système que tous les partis attaquaient et qu'aucun ne défendait ne pouvait pas être de longue durée, et que, par conséquent , il n’aurait pas besoin d’interposer ses propres forces pour en accélérer la chute ; il vit enfin que l’édifice s'écroulerait de lui-même pour être à jamais oublié, dès que la main puissante qui l'avait éicvé cesserait de le soutenir.

L'empereur, amoureux de son plan, voulut

* Sleid., p. 468. Fra-Paolo, p. 271, 277. Pallavicini, liv. u, p. 61.

11548] maintenir la résolution qu’il avait prise de le { iques lut

faire rigoureusement exécuter; mais quoique jusqu'alot l'électeur palatin, l'électeur de Brandebourg et de dévot Maurice , toujours entraînés par les mèmes con. enuyeus sidérations, parusssent disposés à obéir aveu- cnsolatic glément à tout ce qu’il ordonnerait, ii ne trour compagn pas partout la même soumission. Jean, marquis M ustance de Brandebourg-Anspach, qui s'était engagé D vit épui

avec le plus grand zèle dans la guerre contre les confédérés de Smalkalde, refusa cependant de renoncer à des principes qu'il regardait comme & sacrés, et rappelant à l’empereur les promesses réitérées qu'il avait faites à ses alliés protestans, de leur accorder le libre exercice de leur reli. gion, il prétendit en conséquence être dispensé de recevoir l'énterim. Quelques autres princes M hasardèrent aussi de montrer les mêmes scrupules et de demander la même indulgence, Mais en cette occasion, comme dans toutes celles qui demandaient du courage, la fermeté de l'élec- à teur de Saxe se montra d’une manière distinfuée, et mérita les plus grands éloges. Charles, qui connaissait combien l'exemple de ce prince aurait d'influence sur tout le parti protestant, n'épargna rien pour l’engager à approuver ln. terim; il cherchait tour à tour à le séduire par l'espérance et à l’intimider par la crainte, tantôt en lui promettant de le mettre en liberté, tantot en le menaçant de le traiter avec plus de sévé. rité ; mais l'électeur fut toujours inflexible. Après avoir déclaré sa ferme croyance dans la doctrine de la réformation : « Je n'irai pas, dit-il, dans ma vieillesse, abandonner des principes pour lesquels j'ai combattu de si bonne heure; et dans la vue de me procurer ma liberté pendant le peu d'années que je puis espérer de vivre, je ne trahirai pas une bonne cause, pour laquelle j'ai tant souffert et je veux bien encore souffrir: j'aime mieux jouir, dans cette solitude, de l'es time des hommes vertueux et de l'approbation de ma propre conscience, que de rentrer dais le monde, chargé du crime d’apostasie, qui em. poisonnerait et flétrirait le reste de mes jours, » Par cette noble résolution, l'électeur présent: à ses compatriotes un modèle de conduite bien différent de celui auquel l'empereur s'était attendu. Indigné de la résistance de son prison: nier, Charles le traita avec plus de rigueur, le fit resserrer plus étroitement, diminua le non | bre de ses domestiques , et renvoya les ecclésias-

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{ iiques luthériens que ce prince infortuné avait eus jusqu'alors près de lui ; on lui Ôta même les livres de dévotion qui, pendant une si longue et si ennuyeuse captivité, avaient fait sa plus grande consolation !. Le landgrave de Hesse, son comwmpagnon d’infortune, ne montra pas la mème œustance. La durée de son emprisonnement avait épuisé sa patience et son courage; déterminé à acheter sa liberté à quelque prix que ce füt, il écrivit à l'empereur et lui offrit non-seulement d'approuver l'énferim, mais encore de æsoumettre en tout et sans réserve à ses vobntés. Mais Charles savait que, quelle que fût

D a conduite du landgrave, ni son exemple ni son autorité ne pourraient obliger ses enfans et ses sujets à recevoir l’ënterim, et loin d'accepter «offres, il le tint renfermé aussi rigoureusement qu'auparavant. Ainsi le landgrave subit l'humiliation cruelle de voir sa conduite mise en opposition avec celle de l'électeur, sans tirer le moindre avantage de la démarche avilissante ar laquelle il s'était justement attiré le mépris public 1.

Ce fut surtout de la part des villes impériales que Charles rencontra la plus violente oppositon à l’énferim. Ces petites républiques, dont k citoyens étaient accoutumés à la liberté et à lindépendance, avaient embrassé avec un empressement remarquable la doctrine de la réforaation dès qu'elle s'était répandue dans le public; car l’esprit d'innovation est particulièrement propre au génie des gouvernemens libres. C'était dans ces villes que les prècheurs protestans avaient fait le plus grand nombre de prosélytes, et les théologiens les plus distingués du parti s’y étaient établis en qualité de psteurs. Ayant ainsi la direction de toutes les écoles d'instruction, ils avaient formé des disciples aussi versés dans les principes de leur croyance que zélés à la défendre. Ces disciples ne devaient pas être seulement guidés par l'exemple ou subjugués par l'autorité; comme ils avaient appris à examiner et à discuter les matières de controverse , ils croyaient avoir le droit et être en état de juger par eux-mêmes. Dès que le contenu de l'érterim fut rendu public, ils se réunirent et refusèrent unanimement

1 Sleid., p. 462.

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de l’admettre. Strasbourg , Constance, Brenne, Magdebourg et plusieurs autres villes moins considérables présentèrent à l'empereur des remontrances, dans lesquelles, après avoir exposé la manière irrégulière et illégale dont l'interim avait passé à la diète, elles le suppliaient de ne pas contraindre leur conscience à recevoir une forme de doctrine et de culte qui leur paraissait opposée aux préceptes positifs de la loi divine. Mais Charles, qui avait fait recevoir son nouveau plan à tant de princes de l'empire, ne fut pas fort touché des représentations de ces villes ; elles auraient pu être très redoutables si elles n'avaient formé qu’une seule masse ; mais étant fort éloignées l’une de l’autre, elles pouvaient être accablées séparément et sans peine, avant qu’il leur fût possible de se réunir.

Pour remplir cet objet, l’empereur sentit combien il lui était nécessaire d'employer des mesures vigoureuses et de les faire exécuter avec assez de rapidité pour ne pas laisser le temps de concerter un plan commun d'opposition. Ayant pris cette maxime pour règle de sa conduite, sa première opération fut dirigée sur la ville d’Augsbourg; quoique la présence des troupes impériales dût en imposer aux habitans, Charles savait qu’ils étaient aussi opposés à l’ênterim qu'aucun autre peuple de l'empire. Il comm'uda à un corps de ses troupes de s'emparer des portes, il posta le reste dans les différens quartiers de la ville, et ayant rassemblé tous les bourgeois, il publia, de sa pleine et entière autorité, un décret par lequel il abolissait leur forme actuelle de gouvernement , dissolvait toutes leurs corporations et leurs confréries , et nommait un petit nombre de personnes à qui il confiait, pour l’avenir, le soin de l'administration ; chacun de ces nouveaux administrateurs fit serment en même temps de se conformer à l’ér{erim. Un acte d'autorité si arbitraire et si inouï, qui privait le corps des habitans de toute participation au gouvernement de leur communauté, et les subordonnait à des hommes qui n'avaient d'autre mérite qu'une lâche et servile soumission aux volontés de l’empereur, ne manqua pas de révolter tous les esprits; mais comme on ne pouvait opposer la force à la force, on fut obligé d'obéir et de se soumettre en silence !, Charles-

1 Sleid , p. 459.

Quint, après avoir laissé une garnison dans Augsbourg, marcha à Ulm; il en changea le gouvernement avec la même violence, fit prendre et emprisonner ceux des pasteurs qui refusaient de souscrire à l'interim, et à son départ, les emmena avec lui chargés de chaînes!. Cette sévérité fit non-seulement recevoir l'énferim dans deux des villes les plus puissantes, ce fut aussi pour les autres un présage de ce qui les menaçait si elles persistaient dans leur désobéissance. L'effet de l'exemple fut aussi prompt et aussi efficace qu'il pouvait le désirer, et plusieurs villes, pour se soustraire à la vengeance de ce prince redoutable, se prêtèrent à tout ce qu’il exigea. Cependant cette obéissance, arrachée par la rigueur de l'autorité, ne produisit aucun changement dans les opinions des Allemands ; ils ne firent que se conformer à la lettre de la loi, autant qu’ils le crurent nécessaire pour se mettre à l'abri de la punition. Les prédicateurs protestans, en exposant les cérémonies dont l'observation était prescrite par l’ënferim, en expliquaieni en même temps la tendance et les effets, de manière à confirmer plutôt qu’à dissiper les scrupules de leurs auditeurs. Il s'était déjà formé une génération d'hommes depuis l’établissement de la religion réformée, et ces hommes, accoutumés à cette nouvelle forme de culte! voyaient avec horreur et avec mépris les pompeuses solennités du culte de l’église romaine; en plusieurs endroits, les ecclésiastiques

catholiques qui retournèrent prendre possession:

de leurs églises eurent beaucoup de peine à se garantir des insultes de la populace et à exercer sans trouble les fonctions de leur ministère. Ainsi, malgré la soumission apparente de tant de villes, les habitans, nés avec l'esprit et l'amour de la liberté, ne se plièrent qu'avec la plus grande répugnance au joug qu'on leur imposait; les dogmes et les rites nouveaux qu'ils étaient forcés de recevoir révoltaient également leurs opinions et leurs passions. Ils étaient forcés de dissimuler le ressentiment et l’indignation dont ils étaient pleins ; mais cette contrainte devait avoir un terme, après lequel leurs sentimens, pour avoir été retenus, n’en éclateraient qu'avec plus de violence?.

2 Mém. de Ribier,tom 1, p. 491. Sleid., p. 491.

[1548] Cependant Charles, satisfait d'avoir fait ainsi fléchir sous son autorité le caractère peu trai. table des Allemands, partit pour les Pays-Bas, bien déterminé à faire recevoir , par force, l'in. terim aux villes qui résistaient encore. Il em. mena avec lui ses deux prisonniers, l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, soit qu'i n'osât les laisser en Allemagne, soit qu'i

voulût donner aux Flamands, ses compatriotes,

une preuve éclatante du succès de ses armes et de la grandeur de son pouvoir. Avant que Charles fût arrivé à Bruxelles, il apprit que les légats du pape, à Bologne, avaient dissous le concile par une prorogation indéfinie, et que les prélats qui s'étaient assemblés dans cette ville étaient retournés chacun dans sa patrie. La né. cessité avait forcé le pape à cette extrémité: après la séparation de ceux qui avaient voté contre la translation du concile à Bologne , et le dé. part de plusieurs autres qui s'étaient lassés de rester dans un lieu où il ne kur était pas permis de procéder aux affaires qui étaient l'objet même du concile, ceux qui restèrent étaient en si petit nombre, et pour la plupart si peu importans, qu'on ne pouvait plus décemment donner à cette assemblée le titre pompeux de concile général. Paul n'eut d'autre parti à prendre que de dissoudre une assemblé qui était devenue un objet de mépris et qui offrait à toute la chrétienté la preuve la plus sensible de l'impuissance du siége de Rome. Mais tout inévitable qu'était cette mesure, elle était susceptible d’interprétations peu favorables; elle semblait supprimer le remède au moment où ceux pour qui il était destiné s'étaient laissé persuader d’en reconnaître la vertu et d’en éprouver les effets. Charles ne manqua pas de présenter sous ce point de vue la conduite du pape :en comparant adroitement les efforts qu’il avait faits lui-même pour exterminer l’hérésie, avec l'indifférence scandaleuse de Paul sur un objet si essentiel , il tâcha de rendre le pontife odieux à tous les zélés catholiques. En même tempsil ordonna aux prélats de sa faction de rester à Trente, afin que le concile parût toujours avoir une existence et pût être prêt à reprendre, lors qu’il en serait temps , ses délibérations pour le bien de l’église 1.

Pallavicini, p. 11, 72.

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Charles aimait à passer d'une partie de ses états dans un autre; mais ce goût particulier n'était pas le seul motif de son voyage en Flandre; il voulait y recevoir son fils unique qui était alors dans la vingt-unième année de son âge et qu’il y avait appelé non-seulement pour le faire reconnaître par les états des Pays- Bas comme son héritier présomptif, mais encore pour faciliter l'exécution d’un grand projet dont on développera bientôt l’objet et l'issue.

Philippe ayant laissé le gouvernement d’Espagne entre les mains de Maximilien, fils ainé de Ferdinand , à qui l'empereur avait fait épouser l princesse Marie sa fille, s'embarqua pour l'Italie, suivi d’un nombreux cortége de noblesse espagnole t. L’escadre qui lui servait d’escorte était commandée par André Doria, qui, malgré son âge avancé, sollicita l'honneur d'exercer pour le fils les mêmes fonctions qu'il avait souvent exercées pour le père. Philippe débarqua heureusement à Gênes ; de là il alla à Milan; et passant ensuite par l'Allemagne, il arriva à la cour impériale à Bruxelles. Les états de Brabant e ensuite ceux des autres provinces, suivant leur rang, reconnurent son droit de succession dans les formes ordinaires, et il fit de son côté le ærment accoutumé de maintenir leurs priviléges dans toute leur intégrité 2. Philippe fut reçu avec une pompe extraordinaire dans toutes les villes des Pays-Bas où il passa ; rien de ce qui pouvait exprimer le respect du peuple pour sa personne , ou contribuer à son amusement , ne fut négligé ; des fêtes, des tournois, des spectacles publics de toute espèce furent exécutés avec cette magnificence extrême que les nations commerçantes aiment à déployer dans toutes les oc-

Charles s’occupait , avec une constance infatigable, à vaincre l’obstination des protestans ; mais les effets de sa fermeté dans l'exécution de ce projet étaient contre-balancés par ceux de l'animosité du pape qui devenait de jour en

? Ochoa, Carolea, p. 362.

* Haræus, 4nnal. brab., p. 652.

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casions où elles s'écartent de leurs maximes ordinaires d'économie. Mais au milieu des jeux et des fêtes, Philippe laissa voir, d'une manière remarquable , la sévérité naturelle de son caractère ; quoique dans la première jeunesse, il n'avait rien d'agréable; et l'intérêt qu'il avait de plaire à un peuple dont il venait briguer les suffrages ne put lui inspirer des manières affables et polies ; il conserva en toute occasion un maintien grave et réservé; et la partialité ouverte qu'il témoignait en faveur des Espagnols qui l'accompagnaient, jointe à la préférence marquée qu'il donnait aux usages de leur pays, révolta les Flamands et fut la source de cette antipathie qui, dans la suite, occasiona dans cette partie de ses états une révolution si funeste à la monarchie espagnole !.

Charles fut retenu long-temps dans les Pays- Bas par une violente attaque de goutte; les accès de cette maladie étaient devenus si fréquens et sidouloureux, qu'ils avaient sensiblement affaibli la vigueur de son tempérament. Il ne se relâcha cependant pas dans ses efforts pour l'exécution de l'interim. Les habitans de Strasbourg , après une longue résistance, sentirent la nécessité d'obéir; ceux de Constance , qui avaient pris les armes pour se défendre, furent contraints par la force non-seulement d'accepter l'énferim , mais encore de renoncer à leurs priviléges comme citoyens de ville libre , de faire hommage à Ferdinand en qualité d’archiduc d’Autriche, et de recevoir comme vassaux de ce prince un gouverneur et une garnison autrichienne ?. Magdebourg, Brème, Hambourg et Lubeck, furent les seules villes impériales considérables qui ne se soumirent pas à la volonté de Charles.

jour plus violente. D'un côté la ferme résolution que l’empereur semblait avoir prise de ne point rendre Plaisance, de l’autre ses entreprises réitérées sur la juridiction ecclésiastique,

* Mém. de Ribier, tom. M, p. 29. Lévesque, Mém. du card. de Granvelle, tom. 1, p. 21.

si

soit par les règlemens que contenait l'énterim,

soit par le projet de rassembler un concile à

Trente, excitaient au plus haut degré l'indigna-

tion de Paul, qui, par une faiblesse commune

aux vieillards, devenait plus attaché à sa fa-

mille et plus jaloux de son autorité, à mesure

qu'il avançait en âge. Animé par ces sentimens

divers , il fit de nouveaux efforts pour engager

le roi de France dans une ligue contre l'empe-

reur {, Mais Heuri, malgré la haine dont il avait

hérité pour Charles , et la crainte que lui inspi-

rait l'accroissement continuel de sa puissance ,

ne parut pas plus disposé qu'auparavant à entamer sur-le-champ une guerre ; le pape fut donc obligé de restreindre ses vues, et n'étant pas en état de se venger des usurpations passées de l’empereur, il s’occupa du moins à en prévenir de nouvelles. Pour cet effet, il prit le parti de révoquer la cession qu'il avait faite de Parme et de Plaisance, et, après avoir déclaré qu'il les réunissait au saint siége, il dédommagea Octave par un nouvel établissement dans l'état ecclésiastique. Il espérait , par ce moyen, d'obtenir deux points très importans : le premier était la sûreté de Parme; il croyait que l’empereur pouvait bien, sans scrupule , s'emparer d’une ville appartenant à la maison de Farnèse, mais qu'il n'oserait pas envahir le patrimoine de l'église ; il voyait en second lieu quelque probabilité de recouvrer Plaisance , parce que il pourrait avec décence rendre ses sollicitations à ce sujet plus pressantes, et qu'elles auraient infailliblement plus de poids lorsqu'il plaiderait la cause de l’église, et non celle de sa famille. Tandis que Paul s'applaudissait de cette idée comme d’un chefd'œuvre de politique , Octave , jeune homme plein d’ambition et d’audace, ne pouvant sans impatience se voir dépouiller de la moitié de ses domaines par la rapacité de son beau-père, et priver de l’autre moitié par les artifices de son grand-père, prit des mesures pour prévenir l'exécution d'un plan si contraire à ses intérêts. Il partit secrètement de Rome , et tenta de s'emparer, par surprise, de Parme; mais cette entreprise ayant échoué par la fidélité du gouverneur à qui le pape avait confié la défense de la place, Octave fit des ouvertures à l'empereur, et lui proposa de renoncer à toute liaison avec le pape,

1 Mém. de Ribier, tom. 1, p. 230.

et de n'attendre plus que de lui son avancement et sa fortune. Paul, qui joignait à un caractère naturellement chagrin toute la morosité de la vieillesse, ne put apprendre sans être trans. porté de colère la défection inattendue de son petit-fils, et sa liaison avec un prince qu'il dé. testait. Il n’y a point de sévérité à laquelle ce pontife irrité ne parût prêt à se porter contre Octave, qu'il traitait d'apostat dénaturé. Hen. reusement pour Octave la mort prévint la vengeance de Paul, et termina sa carrière dans la seizième année de son pontificat et la quatrevingt-deuxième de son âge !.

Comme on s'attendait depuis long-temps à cette mort, il y eut un concours extraordinaire de cardinaux à Rome; les différens compétiteurs ayant eu le temps de former leurs brigues et de concerter leurs mesures, leur ambition et leurs intrigues prolongèrent de beaucoup la durée du conclave. La faction impériale et celle de France s’efforçaient à l’envi de faire tomber le choix sur une de leurs créatures , et paraissaient avoir tour à tour l'avantage. Mais comme Paul,

1 Parmi les exemples mullipliés de la crédulité des historiens, en attribuant à des causes extraordinaires la mort des personnages illustres, on peut citer celui-ci: presque tous les historiens du seizième siècle assurent que la mort de Paul 111 fut l’effet de l'impression violente que fit sur son âme la conduite de son petit-fils ; qu'ayant appris, tandis qu’il prenait l'air dans un de ses jardins, près de Rome, la nouvelle de l'entreprise d’Octave sur Parme et de ses négociations avec l’empereur, il s’évanouit, resta pendant quelques heures sans connaissance, fut saisi ensuite d’une grosse fièvre et mourut au bout de trois jours. Tel est le récit qu’on trouve de sa mort dans l’histoire de M. de Thou (lib. vi, p. 211), dans Adrian ({stor. di suoi tempi, lib. va, p. 480), et dans Fra-Paolo ({stor. del concil. Trid., p. 280). Le cardinal Pallavicini lui-même, qui a dû être mieux instruit qu’un autre écrivain de ce qui se p"ssait à la cour de Rome, et qi en parle plus exactement lorsqu'il n’est pas égaré par les préjugés ou par l'esprit de système , s'accorde avec ces historiens dans les principales circonstances de leur récit. (V. Pallav., liv. n1, p 74.) Paruta, qui a écrit son Histoire par ordre du sénat de Venise, raconte de la même manière la mort de Paul. ( Paruta, Zstor. Ven. , vol. IV, p.211.) Mais il n'y avait pas de raison de recourir à une cause extraordinaire pour expliquer la mort d'un vieillard de quatre-vingt-deux ans. Il nous est resté une relation authentique de cet événement, dans laquelle on ne trouve aucune de ces circonstances merveilleuses dont les historiens sont si amoureux. Le cardinal de Ferrare, qui était chargé des affaires de France à la cour de Rome, et M. d'Urfé, qui y résidait aussi en qualité ambassa deur de Henri, écrivirent à ce monarque des détails de l'affaire de Parme et de la mort du pape. N parait par

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ui a écrit son Histoire onte de la même mafstor. Ven. , vol. IV, raison de recourir à pliquer la mort d'un . I nous est resté une ent, dans laquelle on ces merveilleuses dont * cardinal de Ferrare, ice à la cour de Rome, en qualité ambassa narque des détails de u pape. Î1 parait par

dans un long pontificat , avait créé un grand nombre de cardinaux, distingués pour la plupart par leurs grands talens et entièrement dévoués à sa famille, le cardinal Farnèse se trouva à la tète d’un parti puissant et uni, dont l'adresse et la fermeté parvinrent à élever au trône pontifical le cardinal del Monte, que Paul avait employé comme son principal légat au concile e Trente, et à qui il avait confié ses plus secrètes intentions. Il prit le nom de Jules III; et pour témoigner sa reconnaissance envers son bienfaiteur, le premier acte de son administration fut de mettre Octave Farnèse en possession de Parme. Lorsqu'on lui parla du tort qu’il faisait au saint siége en aliénant un territoire si important , il répondit vivement qu'il aimerait mieux être un pape pauvre avec la réputation d'un gentilhomme, qu’un pape riche avec la honte d'avoir oublié les bienfaits qu'il avait reçus et les promesses qu'il avait faites !. Mais l'honneur que lui fit ce trait de candeur et de générosité fut bientôt effacé par une action d'une indécence révoltante. Suivant un usage

leur récit que la tentative d'Octave pour surprendre Parme se fit le 20 octobre ; que le lendemain au soir, tandis qu’il se promenait dans les jardins de Monte-Cavallo, le pape reçut la nouvelle de ce qui s'était passé ; qu'il fut transporté de la plus violente colère, et poussa des cris qui furent entendus dans plusieurs appartemens de son palais ; que le 22 il se trouva cependant assez bien pour donner audience au cardinal de Ferrare et pour expédier différentes affaires; qu'Octave écrivit au pape et non au cardinal Farnèse, son frère, une lettre par laquelle il lui déclarait la résolution où il était de se jeter dansles bras de l’empereur ; que le pape reçut cette lettre le22, sans donner aucune marque d'émotion, et qu'il y fit réponse; que le 24 d’octob:e, jour duquel est datée la lettre du cardinal de Ferrare, le pape était dans son état ordinaire. ( Mém. de Ribier, tom. 1, p. 247.) Par une lettre de M. d'Urfé , du 5 novembre, il paraît que le pape était en si bonne santé, que le 3 de ce même mois il avait célébré avec toutes les cérémonies accoutumées l'anniversaire de son couronnement. (Zbid., p. 251.) Par une autre lettre du même ambassadeur, nous apprenons que le 6 de novembre le pape fut attaqué d’une espèce de catarrhe qui lui tomba sur les poumons, avec des symptômes si dangereux qu’on désespéra aussitôt de sa vie, (Zbid., p. 252.) Par une troisième lettre du même, on apprend que le pape mourut le 10 novembre. Dans aucune de ses lettres on n’impute sa mort à aucune cause extraordinaire. {1 paraît qu’il s’était écoulé plus de vingt jours entre la tentative d'Octave sur Parme et la mort de son grand-père, et que la maladie dont ce pape mourut était l'effet naturel de la vieillesse, et non la suite d'un violent accès de colère, ! Mém. de Ribier.

ancien et reçu, chaque pape, à son élection, a le droit d'accorder à qui il lui plaît le chapeau de cardinal qu'il laisse vacant en recevant la tiare. Au grand étonnement du sacré collége, Jules conféra cette marque éclatante de distinction , avec des revenus ecclésiastiques très considérables et le droit de porter son nom et ses armes, à un jeune homme âgé de seize ans, nommé Innocent, né de parens obscurs, et à qui on avait donné le nom de Singe, parce qu’il avait été chargé du soin d’un animal de cette espèce dans la famille du cardinal dey Monte. Une semblable prostitution de la première dignité de l’église aurait paru choquante dans ces temps même d’ignorance et de ténèbres où la crédule superstition du peuple enhardissait les ecclésiastiques à braver ouvertement toutes les lois de la bienséance. Mais dans un siècle éclairé, où les progrès de la raison et de la philosophie faisaient mieux connaître les droits de la décence et de l'honnêteté, où l’aveugle vénération qu’on avait portée si longtemps au caractère pontifical s’affaiblissait partout, et où la moitié de la chrétienté était en rébellion ouverte contre le siége de Rome, cette action du nouveau pape ne pouvait manquer d’être regardée avec horreur. Rome fut inondée sur-le-champ de lihelles et de pasquinades qui imputaient à la passion la plus honteuse la prédilection extravagante de Jules pour un objet qui en était si indigne. Les protestans se récrièrent contre l’absurdité de supposer que l’esprit infaillible de la vérité divine pût habiter dans un cœur si impur, et ils demandèrent avec plus d'éclat et plus d'apparence de justice que jamais la prompte et entière réformation d’une église dont le chef déshonorait lenom chrétien !. Toute la conduite du pape fut d'accord avec ce premier trait de son caractère : dès qu’il se vit élevé au faîte de la grandeur ecclésiastique , il s'empressa de se dédommager, en satisfaisant tous ses goûts, de la dissimulation ou des privations auxquelles il s'était condamné par prudence, tant qu'il avait été dans un état subordonné. Il montra tant d’éloignement pour toutes les affaires sérieuses, qu’il ne pouvait prendre sur lui d’y donner la moindre attention, excepté dans les cas d'extrême nécessité : livré à la dissi-

1 Sleid., p. 492. Fra-Paolo, p. 281. Pallavic., lib. n, p. 76. Thuan., lib. vi, p. 215.

pation et aux amusemens de toute espèce, il aima mieux imiter l'élégance voluptueuse de Léon X que la vertu sévère d’Adrien; et cette sévérité eût été nécessaire pour lutter avec une secte qui devait une grande partie de son crédit et de sa force aux mœurs rigides et austères de ceux qui la professaient !.

Quelque disposé que fût le pape à remplir ses engagemens avec la famille des Farnèse, il se mit peu en peine de tenir le serment que chaque cardinal avait fait en entrant au conclave, et par lequel celui sur qui le choix tomberait s'était engagé à convoquer sur-le-champ le concile et à Jui faire reprendre ses délibérations. Jules svait par expérience combien il était difficile de retenir un corps d'hommes, ainsi composé, dans les bornes étroites que l'église romaine avait intérêt de prescrire; il savait avec quelle facilité le zèle des uns, la témérité des autres, et les suggestions des princes dont ils dépendaient pour la plupart, pouvaient porter une assemblée populaire, sans police et sans chef, à des recherches et à des décisions dangereuses. Il chercha donc à éluder l'obligation de son serment, et fit une réponse équivoque aux premières propositions que l’empereur lui fit faire sur cet objet. Mais Charles, soit par son obstination naturelle à suivre les mesures qu'il avait une fois adoptées, soit par le pur orgueil d'exécuter ce qui paraissait preque impossible, persista dans la résolution de forcer les protestans à rentrer dans le sein de l'église. Comme il s'était persuadé que les décisions authentiques du concile pourraient être efficacement employées à combattre leurs préjugés , il sollicita avec la plus grande ardeur une nouvelle bulle de convocation, et le pape ne put décemment se refuser à ses instances. Jules, voyant qu’il ne pouvait pas se dispenser de convoquer un concile, chercha du moins à se faire un mérite de cette démarche, qui était l'objet d'un vœu si général. Une congrégation de cardinaux, à laquelle il renvoya l'examen des mesures qu'il ÿ avait à prendre pour rendre la paix à l'église, recommanda, sui-

vant ses intentions, une prompte convocation du concile, comme l’expédient le plus propre à remplir cet objet; considérant d'ailleurs que c'était en Allemagne que les nouvelles hérésies

: Fra-Paolo, p. 281.

[1550] excitaient le plus de troubles et faisaient les plus grands progrès, la congrégation propos de choisir la ville de Trente pour y assembler le concile, afin qu'étant plus à portée d'y observer le mal, on pôt y appliquer le remède avec plus de prudence et de succès. Le pape approun hautement cet avis qu'il avait dicté lui-même, et envoya des nonces à la cour impériale et à celle de France pour y déclarer ses intentions !,

Cependant l’empereur avait convoqué une nouvelle diète à Augsbourg, dans la vue de donner plus d'activité à l'exécution de l’énterim , et de faire signer à cette assemblée un acte plus authentique pour reconnaitre la juridiction du concile avec une promesse positive de se conformer à ses décrets. Il y parut en personne, accompagné de son fils, le prince d’Espagne. Peu d'électeurs s'y rendirent ; mais tous y envoyèrent des députés. Malgré le ton despotique avec lequel Charles, depuis deux ans, avait donné la loi dans l'empire , il savait que l'esprit d’indépendance n'était pas éteint parmi les Allemands , et il eut soin d'en imposer à la diète par l'appareil d'un corps considérable de troupes espagnoles dont il se fit escorter. Le premier point qu’on soumit à la considération de la diète, fut la nécessité de tenir un concile. Tous les catholiques romains convinrent sans difficulté que cette assemblée devait être rétablie à Trente, et promirent de se soumettre aveuglément à ses décrets. Les protestans intimidés et désunis auraient suivi cet exemple , et la résolution de la diète aurait été unanime, si Maurice de Saxe n'avait pas commencé à montrer de nouvelles intentions et à prendre un rôle très différent de celui qu’il avait joué jusqu'alors.

C'était par une dissimulation artificieuse de ses propres sentimens , par le zèle apparent qu'il avait montré à soutenir les projets ambitieux de Charles, et par son assiduité à lui faire sa cour, que Maurice était parvenu à la dignité électorale. et qu’en réunissant à ses domaines ceux de la branche ainée de la maison de Saxe, il était devenu le plus puissant prince de l’Allemagne. Mais cette longue et étroite union avec l'empereur lui avait fourni souvent l'occasion de remarquer tout ce que les projets de ce monarque pouvaient avoir de dangereux dans leur but. Il sentit qu'il

? Fra- Paolo, p. 281. Pallav., lib. n, p. 77.

concour destinai grès rap périale, que que aussi ab en Espaf se (roux ttre jalo léges, et la condi à celle maître.

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aines ceux de la e Saxe , il était del'Allemagne. Mais avec l'empereur lui de remarquer tout arque pouvaient but. Il sentit qu'il

concourait lui-même à forger les fers qu'on destinait à son pays; et en considérant les progrès rapides et formidables de la puissance impériale, il vit clairement qu'il ne restait plus que quelques pas à faire pour rendre Charles aussi absolu dans l'empire qu'il l'était devenu en Espagne. Plus le rang auquel il était parvenu s trouvait élevé, plus il devait naturellement être jaloux de conserver ses droits et ses priviléges, et plus il devait craindre de descendre de la condition d’un prince presque indépendant à celle d'un vassal soumis à la volonté d’un maître. Il voyait en même temps que Charles, au lieu d'accorder la liberté de conscience, qu'il avait promise pour engager plusieurs princes protestans à se joindre à lui contre les confédérés de Smalkalde, paraissait vouloir exiger qu’on se conformât exactement aux dogmes et aux rites de l'église romaine. Malgré tous les sacrifices qu'il avait faits, soit par des motits d'intérêt, soit par un excès de confiance dans l’empereur, Maurice était sincèrement attaché à la doctrine lihérienne , et il ne put passe résoudre à rester paisible spectateur de la destruction d’un système qu'il croyait fondé sur la vérité.

Cette résolution, que lui inspirait l'amour de h liberté ou le zèle dela religion, était bien fortifiée par des considérations politiques et par son intérêt personnel. Dans la situation brillante où se trouvait alors ce prince, une nouvelle perspective de grandeur s’offrit à son imagination. Son rang et sa puissance le mettaient en état d'être le chef des protestans dans l'empire. Son prédécesseur, l'électeur détrôné, avec moins de talens que lui et des états moins étendus, avait eu la plus grande influence sur toutes les démarches de son parti; et Maurice était assez éclairé pour voir tout l'avantage de cette prééminence et assez ambitieux pour désirer de l’obtenir; mais dans les circonstances où il se trouvait, l difficulté de l’entreprise était égale à l’importance de l’objet. D'un côté, la liaison qu'il avait formée avec l'empereur était si étroite qu'il ne pouvait prendre aucun parti qui tendit à la

Lrompre, sans alarmer la jalousie de ce prince

redoutable, et sans attirer sur lui tout le poids de cette mème puissance qui venait d’écraser la ligue la plus considérable qui se fût jamais forméc en Allemagne. D'un autre côté, les calamités où il venait de précipiter les protestans étaient

si récentes et si terribles qu'il paraissait presque impossible de regagner leur confiance et de rétablir parmi eux l'union et la vigueur, après avoir été le principal instrument de leur division et de leur ruine, Il fallait toute l'audace de Maurice pour n'être pas découragé par ces considérations; mais la grandeur et les périls de l'entreprise étaient des appâts de plus pour l'y engager. I prit, sans balancer, une résolution si hardie que tout homme d’un génie inférieur n’en aurait pas même conçu l’idée, ou aurait frémi des dangers qui devaient en accompagner l'exécution.

Les passions de Maurice concouraient avec ses intérêts à le confirmer dans son dessein; le ressentiment d’une injure dont il était encore profondément blessé ajoutait une nouvelle force aux motifs que lui suggérait une saine politique pour s'opposer à l'empereur. Maurice avait, par son crédit, déterminé le landgrave de Hesse à remettre sa personne entre les mains de Charles, et il avait obtenu en même temps des ministres impériaux la promesse que le landgrave ne serait pas retenu prisonnier. Cette promesse avait été violée, comme on l’a vu , de la manière la plus outrageante, et l'infortuné landgrave se plaignait aussi amèrement de son gendre que de Charles mème. Les princes de Hesse pressaient vivement Maurice de remplir les engagemens qu'il avait pris avec leur père, lequel n'avait perdu sa liberté que par une suite de sa confiance en lui. Toute l'Allemagne, d’un autre côté, l'accusait d’avoir trahi un ami qu'il devait protéger, et de l'avoir livré à un ennemi implacable. Excité par ces sollicitations, par ces reproches, par le sentiment de ce qu’il devait à son beaupère, Maurice avait employé non-seulement les prières , mais encore les remontrances pour obtenir la liberté du landgrave , et tous ses efforts avaient été inutiles. La honte d’avoir été trompé, et de se voir dédaigné par un prince qu’il avait servi avec tant de zèle et de succès, avait fait une impression profonde sur l'âme de l'électeur, qui, dès lors , attendait avec impatience l’occasion de se venger.

Maurice ne pouvait mettre trop d'adresse et de précaution dans les démarches qui tendaient à ce but; il avait, d’un côté, à craindre de donner des alarmes prématurées à l'empereur ; d’un autre côté , il était obligé de faire quelque ac-

406 HISTOIRE DE CHARLES-QUINT. Tu ELU

tion d'éclat pour regagner la confiance du parti établir l'énterêm dans la Saxe, sans y exciter au. nait Mau protestant. Il employa tout ce qu'il avait de f- : cune des secousses violentes que cette nouveauts se vit ob nesse et de dissimulation pour concilierces deux : avait occasionées en d'autres provinces; mais mure intérèts, Comme il savait que Charles était in- | quoique les Saxons se fussent soumis, les luth. diète de flexible sur la soumission qu'il exigeait à l'énte- | riens les plus zélés se récrièrent contre Mélanch. smbassac rim, Maurice n'hésita pas un seul moment à | ton et ses associés , et les regardèrent comme hors onall établir dans ses états cette forme de doctrine et | de faux frères qui étaient où assez corrompy, ditions & de culte ; mais comme il sentait en même temps | pour renoncer entiérement à la vérité, ou assez MR c2(rOver combien cette nouveauté était odieuse à ses su- | artificieux pour la trahir par de subtiles distine. MR mient 80 jets, au lieu de les forcer à la recevoir par la | tions, ou assez lâches pour la sacrifier, par une première violence de l'autorité, ainsi qu'on l'avait fait en | complaisance criminelle, à un prince capable ? que le d’autres parties de l'Allemagne, il tâchadetrans- | lui-même d'immoler à son intérêt politique ce MN ! concile former leur obéissance en un acte volontaire de | qu'il y avait de plus sacré. Maurice, qui sentait ane; 3° q leur part. Pour cet effet, il avait assemblé à | combien sa conduite passée donnait de probabi. MR de présid Leipsick le clergé de ses états, et lui avait remis | lité à ces accusations , et quicraignait de perdre AR mettre at une copie de l'interim avec les raisons qui prou- | sans retour la confiance des protestans , publi Mis évèqu vaient la nécessité de s'y conformer. Il avait sé- | une déclaration pleine de protestations de zèle ARR pussent € duit les uns par des promesses; il en avait im- | et d’attachement pour la religion réformée, et iberté. C posé à d'autres par des menaces, et tous avaient | dans laquelle il promettait de la défendre contre mateurs 1 été effrayés de la rigueur avec laquelle on exi- | toutes les erreurs et toutes les usurpations de 14 M nème où geait dans les provinces voisines la soumission | cour de Rome !, dent, et à cette nouvelle loi. Mélanchton, qui, par ses Après avoir réussi à calmer les craintes et la lion la pl vertus et ses lumières, méritait d’avoir le pre- | jalousie des protestans, il sentit la nécessité A prtie , mier rang parmi les théologiens protestans, se | d'effacer les impressions que cette déclaration AR Mgdebo trouvait alors privé des conseils mâles et vigou- | avait pu faire sur l'empereur. Pour cet effet, BR muvelle reux de Luther, qui élevaient ordinairement son | non-seulement il lui renouvela les assurance, DR l'eut en courage et le soutenaient au milieu des dangers | d'un attachement inviolable à l'alliance qui BR ‘8er cett et des tempêtes qui menacaient l'église; la timi- | les unissait ; mais comme la ville de Magde. AV de vue si | dité naturelle de son caractère , son amour pour | bourg persistait encore à rejeter l'énferim, ensé , la paix et son excessive complaisance pour les | Maurice entreprit de la forcer à l'obéissance, et RE titre eux personnes de haut rang, lui arrachèrent des | fit sur-le-champ lever des troupes qu’il destinai contempo concessions qu'on ne peut pas justifier. Entraînée | cette expédition. Ce parti extraordinaire décon- BK nitre sur par ses raisons et son autorité, et séduite par | certa toutes les espérances que la dernière décla- RE #Tvir pot les artifices de Maurice, l'assemblée déclara que, | ration de Maurice avait fait concevoir aux pro. BR une déclan dans les articles purement indifférens, on de- | testans, et ils furent plus embarrassés que jamais MAR de faire ; vait obéir aux ordres d’un supérieur légitime. | à démèler quelles pouvaient être ses véritable JE inposérer En partant de ce principe, aussi incontestable | intentions. La défiance et les soupcens que « M de suivre dans la théorie qu'il est dangereux dans la prati- | conduite passée leur avait inspirés se réveil: BR Pour l'éta que . surtout en matière de religion , l'assemblée | lèrent avee plus de force, et les théologiens de mit ensuite au nombre des choses indifférentes | Magdebowrg inondèrent toute l'Allemagne d'é plusieurs maximes que Luther avait attaquées | crits dans lesquels ils le représentèrent comme comme des erreurs grossières et pernicieuses de | le plus redoutable ennemi de la religion protes la doctrine romaine, ainsi que la plupart des cé- | tante, et comme un traître qui ne prenait une rémonies qui distinguaient le culte romain de | apparence de zèle pour ses intérêts qu'afin d'exi celui des réformés ; en conséquence, le clergé | cuter plus sûrement le projet qu'il avait formé exhorta le peuple à se soumettre sur ces diffé- ! de la détruire. malgré € rens points aux injonctions de l'empereur !. Cette accusation, appuyée sur des faits récens lintimide Cette conduite adroite de Maurice réussit à : et publics et sur la conduite équivoque que te Sr cait mêm ville et à

1 Sleid., p. 481, 435. Jo. Laur. Mosheim, /nstilut, hist. cccles., liv. iv. 1 Sleid., p. 485.

Sans y exciter auue cette nouveauté 8 provinces; mais soumis , les luthé.

ot contre Mélanch.

gardèrent comme U a88€Z COrrOMpus la vérité, ou assez de subtiles distineà sacrifier, par une un prince capable ntérêt politique ce laurice, qui sentait lonnait de probabicraignait de perdre protestans , publia rotestations de zèle ligion réformée, et » la défendre contre es usurpations de la

er les craintes et la sentit la nécessité le cette déclaration ur. Pour cet effet, vela les assurances le à l'alliance qu la ville de Magderejeter l'énterim, er à l’obéissance, et pupes qu'il destinai traordinaire déconue la dernière déclconcevoir aux probarrassés que jamais ètre ses véritables es soupeens que

inspirés se réveil t les théologiens de ute l'Allemagne d'é présentèrent comm de la religion protes qui ne prenait une térêts qu’afin d'exé et qu'il avait formé

e sur des faits récens e équivoque que te-

sait Maurice, fut si généralement adoptée qu'il «vit obligé de prendre pour se justifier une résolution vigoureuse, Lorsqu'on proposa à la diète de rassembler le concile à Trente, ses ambassadeurs protestèrent que leur maître ne reonnaltrait l'autorité de ce concile qu'aux conditions suivantes : 1° que tous les points de wntroverse qui avaient déià été décidés seaient soumis à un nouvel examen, et que la première décision serait regardée comme nulle ; » que les théologiens protestans auraient dans ke concile pleine liberté de parler et voix décive; 3° que le pape renoncerait à la prétention de présider au concile, s'engagerait à se soumettre aux décrets de l'assemblée, et relèverait les évèques du serment d'obéissance , afin qu’ils pussent exposer leurs sentimens avec plus de liberté. Ces demandes hardies, que les réformateurs n'auraient pas osé faire dans le temps mème où le zèle de leur parti était le plus ardent, et où leurs affaires étaient dans la situaion la plus favorable , contre-balancèrent, en prtie , l'effet des préparatifs de Maurice contre Magdebourg , et jetèrent les protestans dans une wuvelle incertitude sur le but de sa conduite. leut en mème temps l'adresse de faire enviager cette démarche à l'empereur sous un point de vue si favorable, que celui-ci n'en parut point fensé, et que l'union intime qui subsistait entre eux n’en fut point troublée. Les historiens contemporains ne nous ont laissé aucune lumière sur les prétextes dont Maurice put se srvir pour donner une apparence innocente à une déclaration aussi hardie que celle qu'il venait defaire; mais il est certain que ses raisons en imposérent à Charles ; carce monarqme continua de suivre avec la même ardewr som plan , tant pour l'établissement de l'üméeniw que pour la convocation du concile, ét de montrer la mème confiance en Maurice pour ce qui regardait l’exé- «tion de ces deux points.

Comme la résolution du pape sur le concile n'était pas encore connue à Augsbourg, le principal objet de la diète fut de maintenir l’observation de l'énterim. Le sénat de Magdebourg, malgré tous les efforts qu'on avait faits pour l'intimider ou pour le séduire, non-seulement Soblinait à rejeter l'énterim, mais il commentait mème à augmenter les fortifications de la \ille et à lever des troupes pour la défendre.

Charles requit la diète de l'aider à réprimer cette audacieuse rébellion contre un décret de l'Empire. Si les membres de la diète avaient eu la liberté de suivre les mouvemens de leur inclination particulière , ils auraient sans hésiter rejeté cette demande, Tous ceux des Allemands qui favorisaient plus ou moins les nouvelles opinions, et plusieurs autres qui ne pouvaient s'empêcher d’être jaloux de l'accroissement du pouvoir de l'empereur, regardaient la résistance des citoyens de Magdebourg comme un effort généreux en faveur de la liberté de leur patrie; ceux mème qui n'avaient pas eu assez de courage pour montrer la même vigueur admiraient l'audace de l’entreprise et en désiraient le succès; mais la présence des troupes espagnoles et la crainte d'offenser l'empereur en imposèrent tellement à tous ceux qui assistaient à la diète, que , sans oser mettre au jour leurs opinions, ils ratifièrent par leurs suffrages tout ce qu'il plut à l'empereur de prescrire. Les décrets rigoureux que Charles avait rendus, de sa propre autorité, contre les habitans de Magdebourg, furent confirmés; on arrêta de lever des troupes pour faire en règle le siége de la place , et l'on nomma des commissaires pour fixer le contingent d'hommes et d'argent qui serait fourni par chaque état. La diète demanda en même temps que Maurice fût chargé du commandement de cette armée ; Charles y donna son consentement avec beaucoup de satisfaction, et en louant hautement la sagesse d'un tel choix !. Comme Maurice se conduisait dans toutes ses démarches avec un secret impénétrable, il y a lieu de croire qu'il n'avait pris ouvertement aucune mesure pour obtenir la distinction qu'on venait de lui déférer. Le choix de ses compatriotes fut donc ou le pur effet du hasard, ou le fruit de l’opinion générale qu'on avait de ses grands talens. Les conséquences qui résultèrent de cette nomination ne pouvaient ni être prévues par la diète, ni inspirer de la crainte à l'empereur. Maurice accepta, sans hésiter, l'honnemr qu'on lui faisait, et il vit d’un coup d'œil tous les avantages qu'il pourrait en retirer.

Dans ces entrefaites, Jules, en préparant sa bulle pour la convocation du concile, n’oubliait aucune des minutieuses formalités que la ronr

1 Sleid,, p. 303, 512.

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de Rome sait employer avec tant d'adresse pour retarder les opérations qui ne sont pas conformes à ses vues. Enfin cette bulle fut publiée et le concile invité de s’assembler à Trente le 1% mai de l’année suivante, Comme le pape savait qu’une partie des Allemands rejetait ou contestait l'autorité et la juridiction que le saint siége prétend avoir sur les conciles généraux, il eut soin d'établir en termes très énergiques, dans le préambule de l'acte, le droit qu'il avait nonseulement de convoquer cette assemblée et d'y présider, mais encore d'en diriger les opérations , et jamais il ne voulut consentir à changer ni même à adoucir ses expressions, malgré les sollicitations réitérées de l’empereur , qui prévoyait combien on en serait blessé et comment on les interpréterait. Cet article de la bulle fut en effet relevé avec beaucoup d’amertume par plusieurs membres de la diète; mais malgré le mécontentement et les soupçons que cet objet fit naître, l'empereur s'était rendu tellement maître des délibérations de la diète, qu’il fit faire un recez par lequel l’autorité du concile fut reconnue et déclarée le seul remède propre à guérir les maux qui affligeaient l'église ; tous les princes et états de l'empire, tant ceux qui avaient fait quelques innovations dans la religion que ceux qui restaient fidèles au système de leurs ancètres, furent requis d'envoyer leurs représentans au concile ; l'empereur promit d'accorder un sauf-conduit à ceux qui le demanderaient, et de leur assurer la liberté de parler et de discuter leurs avis dans cette assemblée; il s'engagea à fixer sa résidence dans quelque ville de l'empire voisine de Treute, afin d’être à portée de protéger , par sa présence, les membres du concile, et de veiller à ce que les délibérations fussent toujours dirigées conformément à l’Écriture et à la doctrine des pères , et pussent avoir le succès qu'on en attendait. Dans ce recez, l'observation de l’interim était plus rigoureusement ordonnée que jamais, et l'empereur menaçait tous ceux qui avaient jusque-là refusé ou négligé de s’y soumettre, de faire tomber sur eux les plus terribles effets de son ressentiment s'ils persistaient dans leur désobéissance !.

Pendant la tenue de cette diète, on fit une nouvelle tentative pour procurer la liberté au

" Sleid,, pag. 512. Thuan., lib. vi, pag. 233. Goldast., Constit. imper., vol. Il, p. 340.

[1550] landgrave. Le temps, loin de calmer l'esprit de ce prince sur sa situation, n'avait fait qu'aug. menter son impatience,

Maurice et l'électeur de Brandebourg ne lais. saient échapper aucune occasion de solliciter l'empereur en sa faveur; mais le landgrave, voyant que leurs instances ne produisaient au.

cun effet, donna ordre à ses fils de sommer ce !

deux princes , avec toutes les formalités légales, de remplir l'engagement qu'ils avaient pris,

par une acte authentique, de se remettre entre leurs mains pour être traités avec la même ri.

gueur dont l’empereur userait avec le landgrave. Cette sommation leur fournit un nouveau prétexte pour renouveler leurs instances auprès de l'empereur, et une nouvelle raison pour y insister plus fortement. Charles avait pris la ferme résolution de ne point se prêter à leurs demandes; cependant, comme il désirait vive.

ment de se débarrasser de leurs importunités,

il tâcha d'engager le landgrave à se désister de la promesse que lui avaient faite les deux électeurs Mais ce prince ayant refusé de renoncer à une garantie qu'il regardait comme essentielle à sa sûreté, l'empereur coupa le nœud qu’il ne pouvait pas délier ; et par un'acte public, il annula celui que Maurice et l’électenr de Brandebourg avaient signé, et les dispensa de tous les engagemens qu'ils avaient pris avec le landgrave. Un pouvoir aussi pernicieux à la société que celui d'abroger à son gré les lois les plus sacrées de l'honneur et les obligations les plus positives de

la foi publique, n'avait encore été réclamé et À

exercé que par les pontifes de Rome, lesquels, en vertu de leur prétention à l'infaillibilité, s’arrogeaient le privilége de dispenser de toute espèce de devoirs et de préceptes. Toute l’Allemagne ne'put voir sans le plus grand étonnement que Charles s’attribuât la même prérogative. On regarda l'état d’asservissement auquel l'empire allait être réduit comme plus rigoureux etiplus intolérable que celui des nations les plus esclaves, si l'empereur, par un décret arbitraire, pouvait dissoudre ces contrats solennels sur lesquels est fondée la confiance mutuelle qui entretient l'union sociale parmi les hommes.

Le landgrave, ayant perdu à la fin toute es pérance de recouvrer la liberté par le consentement de l'empereur ,tâcha de se la procurer par son adresse; mais le plan qu'il avait formé pour

tromper mort tot voulu fa transféré renfermé La mé intéressai qui excil parmi les doué de t voir et à en état, c des succë: ment eniv de la mod vité de s0 chimériqu sur les co long-temf avantages les regard dérables d posé rien :

magne lu despotiqu brillant sa âme ambit gnée de d vait qu'êt comme les arriver à son imagi l'entrepris méprisait.

comme inf déjà inqui famille les faire, en t pire d’Alle états d'Ital temps ro sante , san en qui il a venir d'Es sence de 4 mettre s0 11 devait tacles, et

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ebourg ne laism de solliciter le landgrave, roduisaient aude sommer ce 1 malités légales, s avaient pris, remettre entre vec la mème ritavec le landrnit un nouveau instances auprès > raisON pour y es avait pris la se prêter à leurs il désirait vives importunités, se désister de la s deux électeurs.

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à la fin toute espar le consentese la procurer par avait formé pour

tromper ses gardes fut découvert; on mit à mort tous ceux qui furent convaincus d’avoir voulu favoriser son évasion , et il fut lui-même transféré dans la citadelle de Malines, où il fut renfermé plus étroitement qu'auparavant !.

La même diète fut occupée d’une affaire qui intéressait encore de plus près l’empereur, et qui excita également une alarme universelle parmi les princes de l'empire. Charles, quoique doué de talens qui le rendaient propre à concevoir et à exécuter de grands projets , n'était pas en état, comme on l’a déjà observé, de soutenir des succès extraordinaires ; il s’en laissait tellement enivrer qu’il passait alors toutes les bornes de la modération , et qu’il tournait toute l’activité de son esprit vers des objets vastes, mais chimériques. Tel avait été l’effet de sa victoire sur les confédérés de Smalkalde; il ne put pas long-temps se contenter des grands et solides avantages qu'il recueillit de cet événement ; et les regardant comme des fruits trop peu considérables d'un si grand succès, il ne s'était proposé rien moins que d'établir dans toute l’Allemagne luniformité de religion et de rendre despotique l'autorité impériale. Ce projet était brillant sans doute , et bien propre à séduire une âme ambitieuse ; mais l'exécution était accompagnée de dangers frappars, et le succès ne pouvait qu'être incertain et précaire; cependant , comme les démarches qu'il avait déjà faites pour arriver à ce but avaient toutes été heureuses, son imagination, échauffée par la grandeur de l'entreprise, n'y voyait plus de difficultés, ou les méprisait. Ce n'était pas assez que de regarder comme infaillible le succès de son plan, il était déjà inquiet des moyens de perpétuer dans sa famille les acquisitions importantes qu’il allait faire, en transmettant à la fois à son fils l’empire d'Allemagne , les royaumes d'Espagne et ses états d'Italie et des Pays-Bas. Après avoir longtemps roulé dans son esprit cette idée séduisante , sans la communiquer même aux ministres en qui il avait le plus de confiance, il avait fait venir d'Espagne Philippe, espérant que la présence de son fils lui faciliterait les moyens de mettre son projet en exécution.

Il devait cependant rencontrer de grands obstacles, et tels qu'ils eussent pu arrêter une am-

Sleid., p. 540. Thuan., lib. vi, 234, 235.

bition moins accoutumée que la sienne à vaincre les difficultés. Il avait eu l’imprudence . en 1530, de travailler lui-même à procurer à son frère Ferdinand la dignité de roi des Romains; il n’y avait pas d'apparence que ce prince, qui était encore dans la vigueur de l’âge et qui avait un fils adolescent, renoncerait , en faveur d’un neveu, à l'espérance d'occuper un jour le trône impérial ; événement que les infirmités toujours croissantes de Charles pouvaient rendre très prochain. L'empereur ne craignit cependant pas d'en faire la proposition; Ferdinand, malgré son profond respect pour son frère et sa soumission à ses volontés dans toute autre circonstance, l'ayant rejetée d’un ton très absolu, Charles ne se laissa point décourager par ce refus. Il le fit solliciter par sa sœur Marie , reine de Hongrie, à qui Ferdinand devait les couronnes de Hougrie et de Bohème, et qui, par ses grands talens, joints à un caractère insinuant et aimable, avait pris le plus grand ascendant sur ses deux frères. Elle adopta avec chaleur un projet qui tendait si visiblement à agrandir la maison d'Autriche; et se flattant que la possession actuelle d’un nouvel établissement pourrait engager Ferdinand à se désister de la succession au trône impérial, elle lui assura que, pour le dédommager du sacrifice qu’on lui demandait, l'empereur était prêt à lui accorder des états considérables, et en particulier ceux du duc de Wittemberg, qui pouvaient être confisqués sur différens prétextes. Mais Ferdinand était trop ambitieux pour se laisser séduire par l'adresse et les prières de Marie, jusqu’à approuver un plan qui, du premier rang entre les monarques de l'Europe, l'aurait abaissé à celui d’un prince subordonné et dépendant. Il était d’ailleurs trop attaché à ses enfans pour les frustrer, par une imprudente concession, des espérances brillantes que leur naissance et leur éducation leur faisaient concevoir.

Malgré la fermeté inébranlable que montra Ferdinand, l'empereur ne put se résoudre à abandonner son projet ; il espérait qu'on pourrait réussir par un autre moyen, et qu’il ne serait pas impossible d'engager les électeurs à révoquer le premier choix qu'ils avaient fait de Ferdinand, ou du moins à élire Philippe Il roi des Romains, et à le désigner pour succéder immédiatement à son oncle. Ce fut dans cette

vue qu'il se fit accompagner par Philippe à la diète : il voulait donner aux Allemands une otcasion de connaître le prince en faveur duquel

il se proposait de solliciter leurs suffrages, et |

il employa toutes les ressources d'adresse et d’insinuation dont il était capable pour gagner les électeurs et pour les préparer à recevoir favorablement la proposition qu'il avait à leur faire. Mais lorsqu'il prit enfin le parti de leur en faire louverture, ils prévirent tous en frémissant les troubles qui en seraient la suite. Depuis long-temps ils avaient reconnu l'inconvénient de placer à la tête de l'empire un prince si puissant et possesseur de si grands états; ils prévoyaient qu'en répétant la faute qu'ils avaient faite, et en conservant la couronne impériale comme une dignité héréditaire dans la même famille, ils donneraient au fils les moyens de continuer le système d'oppression que le père avait commenté, et de détruire ce qui restait encore de sain dans l'antique et respectable édifice de la constitution germanique.

Le caractère du prince en faveur de qui l’on faisait cette proposition extraordinaire la rendait encore moins agréable aux Allemands. Philippe, quoique dévoré d'un désir insatiable de puissance , était dépourvu de tout ce qui peut se concilier la bienveillance des hommes. Hautain et sévère, au lieu de se faire de nouveaux amis, il éloignait de lui les partisans les plus anciens et les pius dévoués de la maison d'Autriche ; il dédaignait de se donner la peine d'apprendre la langue d’un peuple sur lequel il aspirait de régner, et pendant tout le temps qu'il résida en Allemagne , il n'eut pas même la complaisance de se plier aux mœurs et aux usages du pays. Il souffrait que les électeurs et les princes les plus considérables restassent devant lui la tête découverte, affectant toujours une contenance fière et réservée que les plus grands empereurs, et Charles lui-même dans sa puissance et dans sa gloire, n'avaient jamais osé prendre !.

Ferdinand, au contraire, avait cherché, depuis qu'il était en Allemagne, à se rendre agréable au peuple, en se conformant à ses mœurs, sans effort et sans affectation ; Maximimilien , son fils, qui était né en Allemagne, était

1 Frediman Andreæ Zulich Disserlatio politico-historica de nævis politicis Caroïi F. Lips. 1706, t. AV, p. 21.

doué des qualités les plus aimables qui le rendaient l’idole de ses compatriotes, et leur faisaient regarder son élection à l'empire comme l'événement le plus désirable pour eux. L’estime et l'affection des Allemands pour ce prince for. tifiaient la résolution que leur suggérait la saine politique et les déterminèrent à préférer les vertus populaires de Ferdinand et de son fils à la farouche austérité de Philippe, que l'intérét ne pouvait adoucir, et que l'ambition même n'avait pu lui faire dissimuler. Tous les électeurs, tant ecclésiastiques que séculiers, montrèrent une opposition si forte et si unanime au projet de l’empereur, que ce prince, malgré la répugnance qu'il avait à se désister de ce qu'il avait une fois entrepris, fut obligé de regarder son plan comme impraticable. L'obstination @éplacée qu’il avait mise à en poursuivre l'exécution non-seulement réveilla la jalousie des Allemands sur ses vues ambitieuses, mais ouvrit encore une source de rivalité et de discorde dans sa propre famille; Ferdinand, son frère, fut obligé, pour le soin de sa propre défense, de chercher à se concilier les électeurs, particulièrement Maurice de Saxe, et de former avec eux des liaisons capables d'ôter à Charles toute espérance de reprendre un jour son projet avec plus de succès. L'empereur, en mème temps, renvoya Philippe en Espagne pour l'en rappeler lorsqu'un nouveau plan d'ambition rendrait sa présence nécessaire !.

Charles se voyant déchu des espérances qu'il avait formées pour l'agrandissement de sa famille, et qui avaient si long-temps occupé son esprit, crut qu'il était temps de tourner toute son attention à l'exécution d’un autre projet qui l'intéressait aussi beaucoup; c'était d'établir l'uniformité de religion dans l'empire, en forcant les différents partis d'acquiescer aux décisions du concile de Trente. Mais ses domaines étaient si etendus, et cette circonstance l'engageait dans des liaisons si multipliées, 6: donnait lieu à tant d'événemens divers, qu’il ne lui était guère possible d'appliquer toute sa force à un seul objet. La machine qu'il avait à conduire était si vaste et si compliquée, qu'un embarras ou une irrégularité imprévue dans quelque roue

1 Sleid., p. 505. Thuan., p. 180, 238. Mém. de Ribier,

tom. 11, pag. 219, 281, 314. Adriani, Zstor., lib. vin, p. 607, 520.

subord général import en éffe nouvea!

la relig:

mens d son élé Octave Parme, généros qu'il n° élé tou tions en récent. | sance , € sur Part pire. Go été l’un Pierre-L sentant rait jam:

devait le ses long, lempere Parme p par ses lui-mè celte pre gère a commen d'autres projet.

Octav la néces augmen levant d pays. M:

lui perm dieux, i plora la d'attend pendant le pape ; d'offensd tenir Oc saint sié tièreme quite d’ froidemd

bles qui le renes, et leur fail'empire comme ur eux. L’estime ar ce prince for- 1ggérait la saine | à préférer les Let de son fils à pe, que l'intérêt ambition mème . Tous les élecséculiers, monet si unanime au rince, malgré la ‘sister de ce qu'il ligé de regarder L'obstination déursuivre l'exécujalousie des Alises, mais ouvrit de discorde dans |, son frère, fut opre défense, de teurs, particulièe former avec eux harles toute esr son projet avec en même temps, pour l'en rappeler ition rendrait sa

s espérances qu'il ssement de sa faemps OCCUpÉ son de tourner toute n autre projet qui L c'était d'établir l'empire, en forquiescer aux détiais ses domaines constance l'engaipliées, ri uonnait s, qu’il ne lui était pute sa force à un avait à conduire , qu'un embarras dans quelque roue

D38. Mém. de Ribier, ani, Zstor., lib. vu,

subordonnée dérangerait souvent le mouvement général, et déconcerterait les résultats les plus importans auxquels il s'était attendu. Il survint en effet des circonstances qui firent naître de nouveaux obstacles à l'exécution de son plan sur la religion. Jules IT, dans les premiers épanchemens de sa joie et de sa reconnaissance, lors de son élévation au trône pontifical, avait confirmé Octave Farnèse dans la possession du duché de Parme, mais il ne tarda pas à se repentir de sa générosité et à en apercevoir des conséquences qu'il n'avait pas prévues , et dont il n’avait pas été touché lorsque le sentiment de ses obligations envers la famille de Farnèse était encore récent. L'empereur avait toujours conservé Plaisance, et n'avait pas renoncé à ses prétentions sur Parme qu’il regardait comme un fief de l'empire. Gonzague, gouverneur de Milan, qui avait été l’un des principaux auteurs du meurtre de Pierre-Louis Farnèse , dernier duc de Plaisance, sentant bien qu’un tel outrage ne se pardonnerait jamais, avait juré la ruine d’une maison qui devait le détester; il employa tout le crédit que ses longs services lui donnaient sur l'esprit de lempereur, à lui persuader de s'emparer de Parme par ia force des armes. Charles, entraîné par ses sel! ‘irns et par le désir qu'il avait lui-mème : & ©: 5: Parme au Milanais, goûta cette propüsiton; et Gonzague , que la plus légère apparence d'approbation enceurageait, commença à rassembler des troupes et à faire d'autres préparatifs pour l'exécution de son projet.

Octave, averti du danger qui le menaçait, vit la nécessité de veiller à sa propre sûreté, en augmentant la garnison de sa capitale, et en levant des soldats pour défendre le reste du pays. Mais comme la modicité de ses revenus ne lui permettait pas de faire des efforts si dispendieux, il exposa sa situation au pape, et implora la protection et l'assistance qu’il avait droit d'attendre en qualité de vassal de l’église. Cependant le ministre impérial avait déjà prévenu le pape ; et en lui exagérant sans cesse le danger d'offenser l’empereur, et l'imprudence de soutenir Octave dans une usurpation si nuisible au saint siége, il était venu à bout de détacher entiérement Jules de la famille des Farnèse. La requête d'Octave fut en conséquence reçue très froidement , et ce prince ayant perdu l'espérance

d'obtenir aucun secours du pape, fut obligé de chercher ailleurs la protection dont il avait besoin. Henri IL était le seul prince qui fût assez puissant pour la lui donner, et il se trouvait heureusement dans des circonstances qui lui permettaient de goûter une pareille proposition. Il venait de terminer, de la manière qu'il le désirait, les affaires qu’il négociait depuis quelque temps avec les deux royaumes de la Grande- Bretagne, affaires qui avaient jusqu'alors détourné son attention de celles du continent; il devait ce succès en partie à la vigueur de ses armes, en partie à son adresse à tirer avantage des factions politiques qui déchiraient les deux royaumes, et qui mettaient autant de visience et de précipitation dans les démarches des Écossais que de faiblesse et d'incertitude dans celles des Anglais. Il avait chtenu des Anglais des conditions de naix favorables aux Écossais ses alliés: i! avait déterminé les nobles d'Écosse nonseulement à fiancer leur jeune reine au dauphin, mais encore à la faire passer en France pour y être élevée sous ses yeux ; il avait enfin recouvré Bexiogne et son territoire, qui avaient été conquis par Henri VIII.

Après avoir fait ces arrangemens si avantageux à sa couronne, et s'être délivré avec honneur du fardeau de la guerre qu'il faisait à l'Angleterre, et des secours qu'il fournissait aux Écossais, Henri se trouvait en pleine liberté de poursuivre les mesures que lui suggérait naturellement sa jalousie héréditaire contre la puissance de l’empereur. Il reçut donc avec plaisir les premières ouvertures que lui fit Octave Farnèse, et saisissant avec avidité l'occasion qu'on lui présentait de rentrer en Italie, il conclut surle-champ un traité dans lequel il promit de soutenir la cause d'Octave et de lui fournir tous les secours dont il aurait besoin. Cette négociation ne put pas être long-temps ignorée du pape, qui, prévoyant les calamités que produirait lu guerre si elle se rallumait si près de l’état ecclésiastique, expédia aussitôt des lettres monitoriales par lesquelles il requérait Octave de renoncer à sa nouvelle alliance. Octave ayant refusé de se conformer à cette réquisition, Jules prononça, peu de temps après, qu’il avait perdu tout droit à son fief, et il lui déclara la guerre comme à un vassal désobéissant et rebelle. Mais comme il ne pouvait pas espérer de triompher

avec ses forces seules, d’un prince soutenu per un allié aussi puissant que le roi de France, il eut recours à l’empereur, qui, de son côté, redoutant l'établissement desFrançais dans Parme, donna ordre à Gonzague de faire marcher toutes ses troupes pour seconder le pape. Ainsi les Français prirent les armes comme alliés d'Octave, et les impériaux comme protecteurs du saint siége, et tandis que les hostilités commençaient entre eux, Ch-"}es et Henri affectaient de publier qu'ils rester: : it inviolablement attachés à la paix de Crépy. La guerre de Parme ne fut distinguée par aucun événement mémorable. Il se donna plusieurs petits combats avec des succès divers : les Français ravagèrent une partie du territoire ecclésiastique ; les impériaux dévastèrent le Parmesan; et après avoir commencé de faire en règle le siége de Parme, ils furent obligés d'abandonner honteusement cette ent: :prise {,

Les mouvemens et les alarmes, que les préparatifs et les opérations de cette guerre occasionaient en Îtalie, empêchèrent la plupart des prélats italiens de se rendre à Trente au premier de mai, jour fixé pour l'assemblée du concile ; quoique le légat et les nonces du pape y fussent arrivés, ils furent obligés de s'ajourner au premier de septembre, dans l'espérance qu'il s’y trouverait alors un nombre suffisant de prélats et de docteurs pour commencer avec décence les délibérations. Il s’y rendit à cette époque environ soixante prélats, pour la plupart de l’état ecclésiastique ou d'Espagne, et un petit nombre d'Allemands ?. La session s’ouvrit avec les formalités accvutumées, et les pères du concile étaient près d'entamer les affaires, lorsque l'abbé de Bellosane parut, et, présentant des lettres de créance en qualité d’'ambassadeur de Henri, demanda audience. L’ayant obtenue, il protesta , au nom du roi son maître, contre une assemblée convoquée dans des circonstances si

eu convenables, et lorsqu'une guerre allumée J 1

sans motifs, par le pape, mettait les députés de l'église gallicane dans l'impossibilité de se rendre à Trente en sûreté, ou d'y délibérer avec la tranquillité nécessaire sur les articles de foi et

UAdriani, Zstor., lib. vi, p. 505, 514, 524. Sleidan, p. 613. Paruta, p. 220. Letlere del Caro, scritte al nome del Card. Farnese, tom. ll, p, 11, ete.

2 Fra-Paolo, p 268.

1551] de discipline ; il déclara que son maître ne regarderait pas cette assemblée comme un concile général et écuménique, mais seulement comme un conventicule particulier et partial !. Le légat affecta de mépriser cette protestation, et les prélats procédèrent, malgré cet incident, à l’examen et à la décision des grands points qui étaient en controverse sur l’eucharistie, la pénitence et l’extrême-onction. Cependant la démarche du roi de France devait ébranler nécessairement l'autorité du concile; les Allemands ne pouvaient avoir beaucoup d'égards pour une assemblée dont la légitimité était attaquée, à l'ouverture même de ses séances, par le second monarque de la chrétienté; et ils n'#’ aient pas disposés à respecter les décision; d'un petit nombre d'hommes qui s'arrogeaien: , sans y être autorisés, tous les droits appartencnt aux représentans de l’église universelle.

L'empereur, cependant, s'occupa à mettre en œuvre toutes les ressources de son autorité, pour établir la réputation et la juridiction du concile. Il avait eu assez de crédit sur les trois électeurs ecclésiastiques, qui étaient, après le pape, les princes de l'église les plus éminens en puissance et en dignité, pour les déterminer à assister en personne au concile; et il avait obligé plusieurs évèques allemands, d'un rang inférieur , à se rendre eux-mèmes à Trente, ou à y envoyer leurs représentans. Il accorda un saufconduit impérial aux ambassadeurs nommés par l'électeur de Brandebourg , le duc de Wittem berg et d’autres princes protestans pour assister au concile; ct il exhorta ces princes à y envoyer aussi leurs théologiens pour proposer, expliquer et défendre leur doctrine. Son zèle, en mème temps, anticipa les décrets du concile; et comme si les opinions des protestans avaient déjà été condamnées, il prit ouvertement des mesures pour achever de les anéantir. Dans cette vue il fit assembler les ministres d’Augsbourg, et après les avoir interrogés sur diffé. rens points de controverse, il leur enjoignit de ne rien enseigner sur ces articles de contraire aux dogmes de l'église romaine. Ces ministres ayant refusé de se conf rmer à une réquisition si contraire aux imouvemens de leur conscience, Charles leur ordonna de sortir de la ville en

! Sleid., p. 518. Thuan., p. 262. Fra-Paolo, p. 301.

Hô

trois.

leur E l'aver impér scrup:

les set tant, Souab plusie:

distinf opinio forme.

rement tiques presque de cett F des vil d'assist.

dait ave soumett détestai L'emf festé d’u encore f; constitu!

gion pro Tirol ; il par sa s sur les d commodé fois les o guerre d pouvait s Cepen nuait ave les avait les avait ployé en les exho prendre ] qu'il trai de l'emp promesse cadet du rassemble de fortun Brunswic quoiqu'il ! Sleid., p ? Sleid., «

maître ne re- \1me un concile lement comme tial !. Le légat station, et les cident, à l’exads points qui ristie, la péniendant la déébranler néces-

les Allemands gards pour une ait attaquée , à , par le second ils n'aient pas ion; d'un petit ien: , sans y être rtensnt aux re-

ccupa à mettre de son autorité, a juridiction du rédit sur les trois étaient, après le plus éminens en les déterminer à et il avait obligé d'un rang inféà Trente, ou à ÿ accorda un saufeurs nommés par duc de Wittem tans pour assister inces à y envoyer proposer, explie. Son zèle, en ets du concile; et rotestans avaient ouvertement des s anéantir. Dans ministres d’Augsrrogés sur diffé:

leur enjoignit de icles de contraire ine. Ces ministres à une réquisition le leur conscience, tir de la ville en

Fra-Paolo, p. 301.

trois jours, sans révéler à personne la cause de | vahit les territoires de Magydebourg, espérant

leur bannissement ; il leur défendit de prècher à l'avenir dans aucun pays soumis à la juridiction impériale , et leur fit prêter serment d'obéir scrupuleusement à ces ordres. Ils ne furent pas les seules victimes de son zèle; le clergé protestant, dans la plupart des villes du cercle de la Souabe, fut traité avec la même violence; en plusieurs endroits, les magistrats qui s'étaient distingués par leur attachement aux nouvelles opinions, furent destitués brusquement et sans forme judiciaire, et l'empereur disposa arbitrairement de leurs places en faveur des plus fanatiques de leurs adversaires. Le culte réformé fut presque entièrement aboli dans toute l'étendue de cette vaste province. Les priviléges anciens

h des villes libres furent violés. Le peuple fut forcé

d'assister au ministère de prêtres qu'il regardait avec horreur comme des idolâtres, et à se soumettre à la juridiction de magistrats qu’il détestait comme des usurpateurs !.

L'empereur, ayant, par ces violences, manifesté d’une manière plus claire qu’il ne l'avait encore fait l'intention où il était de renverser la œnstitution germanique et d’extirper la religion protestante, partit pour Inspruck, dans le Tirol ; il fixa sa résidence dans cette ville, qui, par sa situation dans le voisinage de Trente et sur les confins de l'Italie, paraissait une place commode , d'où il serait à portée d'observer à la fois les opérations du concile et les progrès de la guerre de Parme, sans perdre de vue ce qui pouvait se passer en Allemagne 2.

Cependant le siége de Magdebourg se continuait avec des succès alternatifs. Lorsque Charles avait proscrit les bourgeois de cette ville et les avait mis au ban de l'empire, il avait employé en même temps auprès des états voisins les exhortations et l'autorité pour leur faire prendre les armes contre ces mêmes bourgeois, qu'il traitait de rebelles et d'ennemis communs de l'empire, Séduit par ses exhortations et ses promesses, George de Mecklenbourg, frère cadet du ducrégnant, prince actif et ambitieux, rassembla un nombre considérable des soldats de fortune qui avaient accompagné Henri de Brunswick dans ses bizarres expéditions; et quoiqu'il fût lui-même un zélé luthérien, il en-

1 Sleid., p. 516, 528. Thuan., p. 276.

2 Sleid., 329.

mériter par ses services que l'empereur lui accordât la propriété d’une partie de ces domaines, Les bourgeois, qui n’étaient pas encore accoutumés à supporter patiemment les calamités de la guerre, firent une sortie pour sauver leurs terres du pillage; ils attaquèrent le duc de Mecklenbourg avec plus de valeur que de prudence, et furent repoussés après avoir perdu beaucoup de monde. Mais comme ils étaient animés de cet esprit indomptable que donne le zèle de la religion joint à l'amour de la liberté, loin de se laisser décourager par ce premier revers, ils se préparèrent à la plus vigoureuse défense. Un grand nombre de soldats vétérans, qui avaient servi dans les longues guerres de l’empereur et du roi de France, ayant offert leurs services aux assiégés, sous la conduite d'officiers braves et expérimentés, les habitans acquirent par degrés les connaissances militaires, et joignirent les avantages de la discipline à l'activité du courage. Le duc de Mecklenbourg , malgré le premier succès qu'il avait eu sur les habitans, n'osa pas investir une ville très bien fortifiée et défendue par une si bonne garnison ; il continua de ravager le plat pays. Comme l'espérance du butin attirait au camp des assiégeans un grand nombre d'aventuriers, Maurice de Saxe devint jaloux du crédit que pouvait acquérir un prince qui avait à ses ordres un corps de troupes si nombreux; il marcha aussitôt vers Magdebourg avec ses propres troupes, et prit le commandement en chef de toute l’armée: c'était un honneur auquel son rang et ses lalens, ainsi que la nomination de la diète, lui donnaient un droit incontestable. Avec ces deux corps réunis , il investit la ville et commença le siége en règle. Tandis qu'il se faisait auprès de Charles un mérite de cette expédition et de son zèle à exécuter le décret impérial, il s'exposa encore une fois aux censures et aux malédictions du parti dont il partageait les sentimens sur la religion. Cependant les approches de la place se faisaient lentement ; la garnison troublait les assiégeans par de fréquentes sorties, dans l’une desquelles le duc de Mecklenbourg fut fait prisonnier; elle détruisait à mesure leurs ouvrages et enlevait des soldats dans les postes avancés. Les bourgeois de Magdebourg, animés par les discours de leurs pas-

dat. SE

LT Sante amine

teurs , et les soldats de la garnison , encouragés par l'exemple de leurs officiers, supportaient sans murmurer toutes les fatigues du siége et se défendaient toujours avec le même zèle qu'ils avaient montré d’abord: d'un autre côté les soldats des assiégeans se relàchaient au contraire de leur ardeur, et murmuraient de tout ce qu'ils étaient obligés de souffrir dans un service qui leur déplaisait ; ilsse soulevèrent mème plusieurs fois en demandant ce qui leur était dû de leur solde, qu’on n'avait pu leur payer depuis quelque temps, parce que !+s Allemands ne contribuaicnt qu'avec rép \nce aux dépenses de cette terre !, Mauric . ait d’ailleurs des motifs particuliers et qu'il n'osait pas encore avouer, pour ne pas pousser le siége avec vigueur ; il aimait encore mieux rester à la tête d’une armée, exposé à toutes les imputations auxquelles la lenteur de ses opérations donnait lieu, que de précipiter une conquête, qui , en ajoutant quelque chose à sa gloire, l'aurait mis dans la nécessité de licencier ses troupes.

Cependant les habitans . mmençaient à souffrir les horreurs de la disette; Maurice se voyant dans l'impossibilité de prolonger davantage le siége, sans donner à l’empereur des soupçons qui auraient déconcerté toutes ses mesures, il conclut à la fin un traité de capitulation avec la ville, aux conditions suivantes : que les habitans imploreraient avec soumission la clémence de l'empereur ; qu'à l’avenir ils ne prendraient point les armes, et n'entreraient dans aucune alliance contre la maison d'Autriche ; qu'ils reconnaîtraient l'autorité de la chambre impériale ; qu'ils se conformeraient aux décrets de la diète d’Augsbourg sur la religion; que les nouvelles fortifications qui avaient été ajoutées à la place seraient démolies; qu'ils paieraient une amende de cinquante mille couronnes; qu'ils livreraient à l'empereur douze pièces d'artillerie, enfin qu'ils donneraient la liberté sans rançon au duc de Mecklenbourg et à tous les autres prisonniers. Le lendemain la garnison sortit de la ville; et Maurice en prit possession avec toute la pompe militaire.

Avant que les articles de la capitulation fussent entièrement convenus, Maurice avait eu plusieurs conférences avec Albert, comte de

1 Thuan,, p. 277. Sleid., p. 514.

551] Mansfeldt, qui avait le principal commandement à Magdebourg , et avec le comte Heideck, officier qui avait servi avec beaucpup de distinction dans les troupes de la ligue de Smalkalde, que l'empereur avait proscrit à cause de son zèle pour la cause protestante, et que Maurice avait secrète. ment engagé à son service et admis dans sa confiance la plus intime. Il leur communiqua un plan qui depuis long-temps occupait son esprit, et dont le but était de procurer la liberté au landgrave, son beau-père, de rétablir les priviléges du corps germanique, et de mettre des bornes aux dangereuses “:surpations de la puissance impériale, Après les avoir consultés sur les mesures qu’il serait nécessaire de prendre pour assurer le succès d’une entreprise si périlleuse, il donna à Mansfeldt des assurances secrètes que les fortifications de Magdebourg ne seraient point détruites, et que les habitans ne seraient ni troublés dans l'exercice de leur religion ni privés d'aucune de leurs anciennes immunités, Afin d'engager plus sûrement Maurice, par son propre intérêt, à remplir ces promesses, le sénat deMagdebourg l'élut pour son burgrave, dignité qui avait anciennement appartenu à la maison électorale de Saxe, et qui lui donnait une juridiction très étendue, tant dans la ville que dans le territoire !.

Ainsi les bourgeois de Magdebourg, après avoir soutent un siége d’une année entière, après avoir combattu pour leur liberté et civile et religieuse, avec une intrépidité digne de ls cause qu'ils défendaient , furent enfin assez heureux pour conclure un traité qui les laissa dans un meilleur état que ceux de leurs compatriotes qui, par timidité et par défaut d'esprit patriotique, s'étaient soumis si bassement à l'empereur. Mais tandis qu’une grande partie de l'Allemagne applaudissait au courage des Magdebourgeois, et se réjouissait de les voir échappés à la destruction dont ils avaient été ménacés, tout le monde admira l'habileté de Maurice dans la conduite de sa négociation avec eux , et l'adresse avec laquelle il avait su tourner chaque événement à son avantage. On voyait avec étonnement qu'après avoir fait éprouver aux habitans de Magdebourg , pendant plusieurs mois, toutes les

1 Sleid., p. 528. Thuan., p. 276. Obsiditionis Magde- | burg.descript. per Sebast. Besselmioriüm ap. Scard,

i dib. n, p. 518.

horreut électior dans cé qu'apré déclam:

atete mêmes fiance s veillanc.

du trail conform accordé:

rice sut :

une pla niâtreté fraude n le ratifia geois de cée cont La se rasser M vieilles elles qu la place.

d'une ad percur n osât les f àles me ne lui pe campag prématu un Corp des opé printem ses port tourner était biel et de les paya en dà aux t étendard servi da de leur au mom duc de | liberté, son ser\ paieme

" Arno

commandement Heideck, officier distinction dans kalde, que l’emson zèle pour la ice avait secrèteadmis dans sa communiqua un upait son esprit, rer la liberté au établir les priviet de mettre des tions de la puisconsultés sur les de prendre pour ise si périlleuse, ances secrètes que purg ne seraient bitans ne seraient e leur religion ni ennes immunités, Maurice, par son promesses, le sénat burgrave, dignité tenu à la maison donnait une juri- 1s la ville que dans

agdebourg, après nnée entière, après rté et civile et relidigne de ls cause nfin assez heureux les laissa dans un leurs compatriotes at d'esprit patriotiment à l'empereur.

rtie de l'Allemagne s Magdebourgeois, échappés à la desé ménacés, tout le e Maurice dans la vec eux , et l'adresse rner chaque événeait avec étonnement r aux habitans de eurs mois, toutes les

Obsiditionis Magdeselmiorim ap. Scard,

horreurs de la guerre , il était à la fin, par une élection volontaire , revêtu de l'autorité suprème dans cette mème ville qu'il venait d’assiéger, et qu'après avoir été si long-temps l'objet de leurs déclamations et de leurs satires, comme apostat et ennemi de la religion qu’il professait, ces mêmes habitans paraissaient mettre une confance sans bornes dans son zèle et dans sa bienveillance !, En même temps les articles publics du traité de capitulation étaient st exactement conformes à ceux que l’empereur lui-même avait accordés aux autres villes protestantes, et Maurice sut si bien faire valoir le mérite d'avoir réduit une place qui s'était défendue avec tant d’opiniâtreté, que Charles, loin de soupçonner ni fraude ni collusion dans les conditions du traité, leratifia sans hésiter, et releva les Magdebourgeois de la sentence de ban qui avait été prononcée contre eux.

La seule difficulté qui pouvait encore embarasser Maurice, c'était de tenir rassemblées les vieilles troupes qui avaient servi sous lui, et “elles qui avaient été employées à la défense de la place. Il imagina, pour y réussir, un expédient d'une adresse singulière. Ses projets contre l’empercur n'étaient pas encore assez mûrs pour qu'il osàt les faire connaître et travailler ouv:rtement àles mettre en exécution. L'hiver qui apprr « ne lui permettait pas d'entrer sur-le-champ en campagne. Il craignait de donner une alarme prématurée à l’empereur en retenant à sa solde un corps si considérable, jusqu’à ce que le temps des opérations militaires fût revenu avec le printemps. Dès que Magdebourg lui eut ouvert ses portes, il permit à ses soldats saxons de retourner chez eux; comme c’étaient ses sujets, il était bien sûr de leur faire reprendre les armes et de les rassembler quand il en aurait besoin ; il paya en même temps une partie de ce qui était dû aux troupes mercenaires qui avaient suivi ses étendards, aussi bien qu'aux soldats qui avaient servi dans la garnison ; et après les avoir relevés de leur serment de fidélité, il les licencia. Mais au moment où il leur donna leur congé, George, duc de Mecklenbourg , qui venait d’être mis en liberté, offrit de reprendre ces mêmes troupes à son service, et de se rendre caution pour le paiement de ce qui leur était encore dû. Ces

* Arnold. Vita Mauril.ap. Menken., \ib, u, p.1227.

aventuriers , accoutumés à changer souvent de maîtres , acceptèrent sans peine la proposition ; ainsi les mêmes troupes restèrent unies et prêtes à marcher partout où Maurice les appellerait, tandis que l'empereur, trompé par cet artifice, et imaginant que le duc de Mecklenbourg ne les avait engagées que pour soutenir, par la force des armes, ses prétentions sur une partie des états de son frère, vit tout cet arrangement d’un œil très indifférent !. Après avoir hasardé des démarches si essentielles pour l'exécution de ses projets, Maurice qui voulait empècher l'empereur d'en démèler l'objet, et prévenir les soupçons qu’elles pouvaient lui inspirer, sentit la nécessité d'employer quelque nouvel artifice pour fixer ailleurs l'attention de ce prince et pour le confirmer dans sa sécurité. Il savait que le principal objet qui occupait l'empereur, c'était d'engager les états protestans d'Allemagne à reconnaitre l'autorité du concile de Trente, et à y envoyer des ambassadeurs en leur propre nom, ainsi que des députés de leurs églises respectives. Maurice sut mettre à profit ces dispositions de Charles pour l'amuser et le tromper. Il affecta le plus grand zèle pour satisfaire les désirs de l'empereur à cet égard; il nomma des ambassadeurs qu’il autorisa à se rendre au concile; il chargea Mélanchton et quelques-uns des théolologiens les plus distingués de sa communion, de préparer une confession de foi et de la proposer à cette assemblée. A son exemple et probablement en conséquence de ses sollicitations, le duc de Wittemberg , la ville de Strasbourg et d’autres états protestans nommèrent des ambassadeurs et des théologiens pour assister au concile. Ils s’adressèrent tous à l'empereur pour avoir son sauf-conduit qu’ils obtinrent dans la forme la plus authentique : c'en était assez pour la sûreté des ambassadeurs, qui se mirent eu route sur-le-champ ; mais les théologiens protestans demandèrent pour eux un sauf-conduit particulier du coucile même. Le destin de Jean Hus et Jérôme de Prague, que le concile de Constance, dans le siècle précédent avait condamnés aux flammes, sans égards pour le sauf-conduit impérial dont ils étaient munis, rendait cette précaution prudente et même nécessaire. Mais comme le pape était aussi occupé à empêcher

1 Thuan., p. 278. Struv., Corp. hist. germ. Arnold. Vita Maurit. ap. Menken , lib. u, p. 1227.

que les théologiens protestans eussent la liberté de parler dans le concile, que Charles avait été ardent à leur faire solliciter cette même liberté , le légat vint à bout, par des promesses et par des menaces, d'engager les pères du concile à refuser d'expédier un sauf-conduit dans la même forme que celui qui avait été accordé par le coucile de Bâle aux partisans de Jean Hus. Les protestans, de leur côté, insistaient pour qu'on copiat exactement les termes de cet acte ; et les ministres impériaux interposèrent leur médiation pour qu'on les satisfit à cet égard. On proposa des changemens dans la forme; on suggéra des expédiens; on fit des protestations et des contre-protestations ; le légat et ses associés tâchaient d'arriver à leur but par l'artifice et la chicane; les protestans soutenaient leur avis avec fermeté et obstination. L'empereur recevait à Inspruck le détail de tout ce qui se passait à Trente : ce prince, entrainé par un excès de zèle ou de confiance dans son habileté, tenta de concilier les partis opposés; mais il se trouva engagé dans un labyrinthe de négociations interminables. Toutes ces intrigues favorisaient cependant les vues de Maurice; tandis qu'elles absorbaient tous les mouvemens de l’empereur et qu'elles détournaient son attention de tout autre objet, l'électeur eut tout le loisir de laisser môrir son plan, de former ses brigues et d'achever ses préparatifs avant de lever le masque et de frapper le grand coup qu'il méditait depuis si long-temps!.

Mais avant que d'entrer dans ces détails, il est nécessaire de parler d'une révolution nouvelle qui se fit en Hongrie, et qui ne contribua pas peu aux effets extraordinaires que produisirent les opérations de Maurice. Lorsqu’en 1541, Soliman, par un stratagème plus convenable à la basse et insidieuse politique d'un petit usurpateur qu'à la magnanimité d'un puissant conquérant, priva le jeune roi de Hongrie des domaines que son père lui avait laissés, il accorda

à ce prince infortuné la Transylvanie, province qui faisait partie de son héritage paternel il lui permit de conserver le titre de roi, quoique ce ne fût plus qu'un vain nom; et il confia le gouvernement de la Transylvanie, avec le soin d'élever le jeune prince, à la reine et à Martinuzzi,

1 Sleid. , p. 526, 529. Fra-Paolo, p. 323, 338. Thuan., p. 286.

évêque de Waradin; le feu roi avait désigné ce prélat pour être tuteur de son fils et gérant de ses états, dans un temps où ces deux emplois étaient d’une bien plus grande importance, Ce partage d'autorité excita, dans une petite principauté , les mêmes dissensions qu'il aurait pu faire naître dans un grand royaume; une jeune reine ambitieuse et capable de gouverner, et un prélat fier et non moins ambitieux se disputérent à qui aurait la plus grande influence dans l'administration. Tous deux avaient leur parti dans la noblesse, et les grands talens de Martinuzzi commençaient à lui donner l'ascendant, lorsque Isabelle tourna contre lui-même les artifices dont il se servait , et sollicita la protection des Turcs,

Les pachas voisins, jaloux du pouvoir et du |

crédit de l'évèque, promirent volontiers à la reine le secours qu'elle demandait ; et ils auraient bientôt obligé Martinuzzi d'abandonner la direction des affaires, si son ambition, fertile en expédiens, ne lui avait pas suggéré un nouveau moyen qui tendait non-seulement à conserver, mais encore à étendre son autorité, Il fit un accommodement avec la reine, par la médiation de quelques nobles qui craignaient de voir leur patrie livrée aux calamités d'une guerre civile; en même temps, il dépècha secrètement un de ses confidens à Vienne , et entaina une négociation avec Ferdinand. Comme il n’était pas difficile de persuader à ce prince que le même homme dont l'inimitié et les intrigues l'avaient chassé d’une partie de ses états de Hongrie, pourrait également lui servir à recouvrer ce qu'il avait perdu, ce prince reçut avec joie les premières ouvertures d’un raccommodement. Martinuzzi lui présenta des avantages si considérables et s’engagea avec tant de confiance à faire prendre les armes, en sa faveur, aux nobles les plus puissans de la Hongrie, que Ferdinand, malgré la trève qu'il avait conclue avec Soliman, promit d'entrer à main armée dans la Transylvanie. Les troupes destinées à cette expédition étaient composées de vieux soldats allemands et espagnols ; le commandement en fut donné à Castaldo, marquis de Piadena officier formé par le fameux marquis de Pescaire , à qui il ressemblait singulièrement tant par son génie entreprenant dans les affaires, que par ses grands talens dans l'art de la guerre. Cette armée, moins redoutable par le nombre que par la discipline des soldats et l’habileté du

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général, fut puissamment secondée par Martieuzzi et par les Hongrois de son parti. Le sultan était alors à la tète de son armée sur les frontitres de la Perse; les pachas turcs n'étant pas en état de donner à la reine des secours aussi puissans et aussi efficaces que l'état de ses affires l’exigeait, elle sentit bientôt qu'elle ne pourrait pas conserver long-temps l'autorité de régente, et commença mème à désespérer de la streté de son fils.

Martinuzzi ne laissa pas échapper une occasion si favorable de parvenir à son but : lorsqu'il vit Isabelle dans cet état de découragement, il hasarda de lui faire une proposition qu'en un autre temps elle aurait rejetée avec mépris. Il lui représenta l'impossibilité où elle était de résister aux armes victorieuses de Ferdinand; il lui fit voir que, quand les Turcs la mettraient en état de s'y opposer avec succès, sa situation n'en serait pas meilleure, et qu’elle ne pourrait ps les regarder comme des libérateurs, mais comme des maîtres aux ordres desquels elle srait obligée de se soumettre ; il la conjura, par œ qu'elle devait à sa dignité, à la sûreté de son fls et au repos de la chrétienté, de céder la Transylvanie à Ferdinand, et de lui sacrifier les prétentions de son fils sur la couronne de Hongrie, plutôt que de voir l’une et l'autre la proie des ennemis invétérés de la religion chrétienne.

I promit, en même temps, au nom de Ferdiand, un dédommagement pour elle et pour son fils, propurtionné à leur rang et à la valeur dece qu’ils devaient sacrifier. Isabelle, se voyant abandonnée par quelques-uns de ses partisans, se défiant de quelques autres, privée d'amis et environnée des troupes de Castaldo et de Martinuzzi, souscrivit, quoique avec la plus grande répugnance , à des conditions si dures. En conséquence elle livra les places fortes qui étaient | encore en sa disposition ; elle remit toutes les marques de la royauté , et particulièrement une œuronne d'or, qui, selon une tradition des Hongrois, était descendue du ciel, et conférait à celui qui la portait un droit incontestable au trône. Comme elle ne put pas se résoudre à rester | au rang d’une personne privée, dans un pays où elle avait auparavant exercé la puissance souve- | raine ; elle partit sur-le-champ avec son fils pour | aller en Silésie prendre possession des princi- | patés d'Oppelen et de Ratibor; Ferdinand avait |

promis d'accorder au jeune prince l'investiture de ces deux principautés, et une de ses filles en meriage.

La résignation du jeune roi étant publiée, Martinuzzi , et, à son exemple, lereste des nobles de Transylvanie prêtèrent serment de fidélité à Ferdinand, qui, de son côté, pour reconnaître le zèle et le succès avec lequel ce prélat l'avait servi, affecta de le distinguer par tous les témoignages possibles de faveur et de confiance. Il le nomma gouverneur de Transylvanie avec une autorité presque illimitée; il ordonna à Castaldo de déférer en tout à ses avis et à ses volontés ; il ajouta de nouveaux appointemens aux revenus considérables dont il jouissait déjà; il lui donna l’archevéché de Gran, et obtint du pape qu'il serait fait cardinal. Toute cette ostentation de bienveillance n'était cependart rien moins que sincère, et ne servait qu’à cacher des sentimens entièrement opposés. Ferdinand craignait les talens de Martinuzzi et se défiait de sa fidélité ; il prévoyait que ce prélat, dont le crédit avait été assez puissant pour faire échouer toutes les tentatives qu’on avait faites jusqu'alors pour limiter et pour abolir les priviléges exorbitans de la noblesse hongroise, préférerait en toute occasion le rôle de défenseur des libertés de son pays, à celui d’un vice-roi dévoué aux volontés de son souverain.

Ferdinand chargea, en secret, Castaldo d'observer tous les mouvemens de Martinuzzi, de se défier de ses desseins , et de traverser toutes ses mesures; mais soit que le prélat ne s'aperçût point que Castaldo était l’espion de ses démarches, soit qu'il méprisât les artifices insidieux de Ferdinand, il prit la direction de la guerre contre les Turcs avec le ton d'autorité qui lui était propre, et la conduisit avec beaucoup de noblesse et non moins de succès. Il reprit quelques villes dont les infidèles s'étaient emparés, et fit échouer les entreprises qu’ils formèrent sur d’autres places; il établit l'autorité de Ferdinand non-seulement dansla Transylvanie, mais encore dans le Bannat de Temeswar et dans plusieurs des pays voisins. Dans la conduite de ces opérations il était souvent d’une opinion contraire à celle de Castaldo et de ses officiers ; il traitait les prisonniers tures avec un depré d'humanité et même de générosité que Castaldo condamnait hautement. Cette conduite fut re-

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présentée à Vienne comme un artifice de Martiauzzi pour se ménager l'amitié des infidèles, dans la vue de s'assurer leur protection pour se mettre en état dans la suite de se rendre tout-à-fait indépendant du souverain qu'il reconnaissait alors. Quoique Martinuzzi alléguât, pour justifier sa conduite, qu'il serait contraire à la bonne politique d'irriter, par des cruautés inutiles, un ennemi toujours ardent à se venger, les accusations de Castaldo n’en firent pas moins une forte impression sur l'âme de Ferdinand, déjà prévenu contre le prélat, et d'autant plus jaloux de tout ce qui pouvait ébranler son autorité en Hongrie, qu'il savait combien elle était précaire et mal assurée. Castaldo confirmait ci fortifiait ces soupçons par les avis qu'il faisait passer continuellement aux confidens du roi à Vienne ; il empoisonpait les démarches innocentes de Martinuzzi, et présentait celles qui étaient équivoques sous le côté le plus défavorable; il lui imputait des desseins qu’il n'avait jamais formés, et l’accusait de crimes dont il n'était point coupable; il parvint enfin par ces manœuvres à convaincre Ferdinand qu'il ne pourrait conserver la couronne de Hongrie qu’en se débarrassant de cet ambitieux prélat. Mais Ferdinand, convaincu qu'il serait dangereux de procéder suivant le cours ordinaire de la justice contre un sujet assez puissant pour ètre en état de défier son souverain, prit le parti d'employer la violence pour obtenir la satisfaction que la loi ne pouvait lui procurer.

Il ordonna, en conséquence , à Castaldo de le défaire de Martinuzzi, et Castaldo se chargea volontiers de cet abominable office; it communiqua son dessein à quelques officiers italiens et espagnols dignes de sa confiance, et concerta avec eux les moyens de l'exécuter : ils entrèrent un jour de grand matin dans l'appartement de Martinuzzi, sous prétexte de lui présenter quelques dépêches qu'il était important d'expédier sur-le-champ à Vienne. Tandis qu'il lisait avec attention un écrit, un des conjurés le frappa d'un coup de poignard à la gorge. Le coup n'était pas mortel; Martinuzzi, se retournant avec l'intrépidité qui lui était naturelle, se jeta sur l'assassin et le renversa à ses pieds; mais les autres conjurés se précipitant sur lui, ce vieillard seul et désarmé ne put résister long-temps à un combat si inégal , et tomba bientôt percé de cent coups de poignards. Les peuples de ia Transylvanie,

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L6ôt) contenus par la présence des troupes étrangères, n'osérent prendre les armes pour venger la mort d'un prélat qui avait été si long-temps l'objet de leur vénération et de leur amour, Ils parlèrent cependant de ce meurtre avec exécration; ils ge récrièrent hautement contre Ferdinand, qui, malgré la reconnaissance qu'il devait à des services récens et importans , et le respect que mé. ritait un caractère regardé par les chrétiens comme inviolable et sacré, n'avait pas craint de verser le sang d’un homme dont le seul erime était son attachement à sa patrie. Les nobles, détestant la jalouse et cruelle politique d'une cour qui, sur des soupçons sans preuves et sans vraisemblance , faisait égorger par des assassins un homme aussi considérable par son mérite que par son rang , se retirèrent dans leurs terres, ou s'ils restèrent dans l’armée autrichienne, ils ne servirent qu'avec répugnance et avec froideur, Les Turcs, encouragés au contraire par la mort d’un ennemi dont ils redoutaient les talens, se préparèrent à renouveler les hostilités au commencement du printemps ; ainsi, au lieu de la sûreté que Ferdinand avait espéré de se procurer par la mort de Martinuzzi, il vit ses états de Hongrie à la veille d'être attaqués avec plus de vigueur et défendus avec moins de zèle qu'auparavant !.

Cependant Maurice , ayant concerté toutes ses intrigues, et presque achevé tous ses préparatifs, était sur le point de mettre ses projets au grand jour, et de commencer les hostilités contre l’empereur. Son premier soin, après avoir pris cette résolution , fut de rejeter cette étroite et superstitieuse politique qui avait fait éviter aux confédérés de Smalkalde toute espèce de liaison avec les étrangers. Il avait vu combien cette maxime avait été funeste à leur cause ; instruit par leur faute , il eut autant d'empressement de solliciter la protection de Henri 11, que les confédérés en avaient montré à repousser l'interposition de François 1°". Heureusement pour Maurice, il trouva Henri très disposé à se prèter aux premières ouvertures qu'il lui fit, et en état de mettre en mouvement toutes les forces de la monarchie française. Henri, depuis long-temps, observait avec jalousie le progrès des armes de

1 Sleid ,p. 525, Thuan., lib. 1x, p. 309, etc. Istuanhañf, Hist. regn. Hung., lib. xva, p. 169. Mém. de Ribier, tom. 11, p. 871. Natalis comitis, Æist., lib. av, p. 84, etc

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p. 309, etc. Istuanhañf, 69. Mém. de Ribier, ist. lib. av, p. 84, etc,

l'empereur ; il brûlait d'essayer ses forces contre cet ennemi de la France, et de se signaler par une rivalité qui avait fait la gloire du règne de son père. Il avait nrofité de la première occasion qu'il avait eue de traverser les projets de Charles, en prenant le duc de Parme sous sa protection, et les hostilités étaient déjà commencées non-seulement dans le duché de Parme, mais encore dans le Piémont. Après avoir terminé la guerre avec l'Angleterre par une paix aussi avantageuse pour lui-même qu'honorable pour les Écossais ses alliés, il vit que la noblesse française était impatiente de déployer son courage inquiet et entreprenant sur un théâtre plus brillant , celui de Parme ou du Piémont.

Jean de Fienne, évêque de Bayonne, que Henri avait envoyé en Allemagne , sous prétexte d'y lever des troupes destinées à servir en talie, fut autorisé à conclure un traité en forme avec Maurice et ses associés. Comme un roi d® France n'aurait pu décemment s'engager à défendre l'église protestante, les objets de controverse, quelque part qu’ils pussent avoir au traité, ne turent mentionnés dans aucun des articles. Suivant ce traité, les intérèts de la religion étaient sbandonnés entièrement à la disposition de la divine Providence; les seuls motifs allégués pour former cetteconfédération contre Charles étaient de procurer la liberté au landgrave , et de prévenir le renversement de l'ancienne constitution etdes lois de l'empire germanique. Pour remplir ces deux objets, il fut convenu que toutes les parties contractantes déelareraient en même temps la guerre à l'empereur ; qu'on ne pourrait conclure ni paix ni trève sans le consentement commun de tous les confédérés, et sans que chacun d'eux y fût compris; qu’afin de prévenir les inconvéniens de l'anarchie et des prétentions au partage du commandement, Maurice serait déclaré chef de la confédération , avec une autorité absolue dans toutes les affaires militaires; que Maurice et ses associés mettraient en campagne sept mille hommes de cavalerie avec un nombre proportionné d'infanterie; que, pour fournir à la subsistance de cette armée, pendant les trois premiers mois de la guerre, Henri donnerait deux cent quarante mille couronnes, et ensuite soixante mille couronnes par mois, tant que l’armée serait en campagne ; que Henri attaquerait l'empereur, du côté de la Lorraine, |

avec une armée puissante ; enfin, que si l'on jugeait à propos d’élire un nouvel empereur, le choix ne pourrait tomber que sur celui qu'agréerait le roi de France !, Ce traité fut conclu le 1° octobre, quelque temps avant la prise de Magdebourg; et les négociations préliminaires furent conduites avec un si profond secret, que, de tous les princes qui y accédèrent ensuite, il n’y en eut que deux à qui Maurice en fit confidence; ce furent Jean Albert, duc régnant de Mecklenbourg , et Guillaume de Hesse, fils aîné du landgrave. La ligue elle-même resta si soigneusement et si heureusement cachée que l'ernpereur et ses ministres ne paraissent pas en avoir eu le moindre soupçon.

Maurice, dont l’activité s’exerçait à chercher de toutes parts de nouveaux secours , s'adressa à Édouard VE, roi d'Angleterre, et lui demanda un subside de quatre cent mille couronnes pour le soutien d’une confédération formée pour la défense de la religion protestante ; mais les factions qui régnaient à la cour d'Angleterre pendant la minorité de ce prince, et qui ôtaient au conseil et aux armes de la nation leur vigueur accoutumée , ne laissaient aux ministres anglais ni le temps ni le désir de s'occuper des affaires étrangères; et Maurice ne put obtenir le secours qu'il devait attendre de leur zèle pour la réformation 2.

Maurice , assuré de la protection d’un monarque aussi puissant que Henri Il, procéda avec confiance, mais avec une égale circonspection, à l'exécution de son plan. Il jugea qu'il était nécessaive de faire encore un effort pour obtenir de l'empereur la liberté du iandgrave ; et en conséquence il envoya à Inspruck une ambassade solennelle, en son nom et en celui de l'électeur de Brandebourg. Après avoir rappelé en détail tous les faits et toutes les raisons sur lesquels ils fondaient leur demande. et après avoir représenté, dans les termes les plus énergiques, les engagemens particuliers qu’ils avaient pris avec le landgrave, ils renouvelèrent, en faveur de cet infortuné prisonnier, la requête qu'ils avaient déjà si souvent présentée en vain. L’électeur palatin, le due de Wittemberg, les ducs de Mecklenbourg , le duc de Deux-Ponts, le mar-

1 Recueil des Traités, tom. N, p. 258. Thuan., lib. vi, p. 279.

? Burnet, Sist. of the reform., vol.H, 4ppend., 37

quis de Brandebourg-Bareuth et le marquis de Bade, envoyèrent aussi des ambassadeurs chargés de faire la même demande. Le roi de Danemark, le duc de Bavière et les ducs de Luncbourg, écrivirent pour le même objet. Le roi des Romains lui-même se joignit à ces princes pour appuyer leurs instances , soit qu'il fût touché de compassion sur la situation malheureuse du landgrave, soit qu'il fût dominé, peut-être, par une secrie jaiousie conire sou frére, dont il voyait avec d'autres yeux le pouvoir et les desseins, depuis la tentative qu'il avait faite pour changer l'ordre de la succession à l'empire.

Charles, inébranlable dans la résolution qu'il avait prise à l'égard du landgrave, éluda une demande qui lui était faite par de si puissans intercesseurs ; ayant déclaré qu'il communiquerait ses intentions à Maurice dès que celui-ci serait arrivé à Inspruck , où il était attendu de jour en jour, l'empereur ne daigna entrer dans aucune explication plus détaillée !. Cette démarche ne fut pas utile au landgrave ; mais Maurice sut en tirer un grand avantage. Elle servit à justifier les mesures qu'il prit ensuite, et à démontrer la nécessité d'employer la voie des armes pour arracher l'acte de justice que sa médiation et ses prières n'avaient pu obtenir; elle servit aussi à confirmer l’empereur dans sa séourité, parce que la solennité de la demande et l'intérèt que tant de princes paraissaient y prendre, durent lui faire croire que c'était de son consentement seul qu'on espérait d'obtenir l’élargissement du landgrave.

Maurice employa des artifices encore plus déliés pour cacher ses intrigues, amuser l’empereur et gagner du temps. Il affecta d'être plus occupé que jamais à chercher quelque expédient pour lever toutes les difficultés relativement au sauf-conduit que demandaient les théologiens protestans nommés pour assister au concile. Ses ambassadeurs, à Trente, avaient de fréquentes conférences sur cet objet avec les ambassadeurs impériaux , à qui ils communiquaient leurs sentimens du ton d'une confiance sans réserve. Il voulut , à la fin, faire croire que tous les différends sur cet article préliminaire lui paraissaient sur le point d'être terminés; et afin d’accréditer cette opinion, il donna ordre à

* Sleid., p. 531. Thuan., lib. vut, p. 386.

Lôb1]

Mélanchton et à ses confrères de se mettre en route pour se rendre à Trente. Il entretenait en

même temps une correspondance très suivie À

avec la cour impériale à Inspruck , et renouve. lait en toute occasion les protestations de son attachement et de sa fidélité envers l’empereur, Il parlait sans cesse de l'intention où il était d'aller lui-mème à Inspruck, il y fit même louer une maison pour lui, et donna des ordres pour la faire mettre, le plus promptement qu'il serait possible, en état de le recevoir ?.

Quelque habile que fût Maurice dans tous les artifices de la dissimulation , et quelque impénétrable que lui parût le voile sous lequel il cachait ses desseins, il y avait cependant dans sa conduite plusieurs choses qui altéraient la sécurité de l'empereur, et qui le tentérent souvent de soupçonner quelque dessein extraordinaire. Mais comme ses soupçons n'étaient fondés que sur des circonstances peu importantes par ellesmêmes, ou d'une nature incertaine et équivoque, l'effet en était aisément détruit par l'adresse de Maurice ; l'empereur craignait d’ailleurs de retirer trop légèrement sa confiance d'un homme à qui il l'avait donnée tout entière, et qu'il avait comblé de faveurs. Une seule circonstance lui parut être assez importante pour mériter une explication. Les troupes que Georges de Mecklenbourg avait prises à sa solde, après la capitulation de Magdebourg , ayant fixé leur quartier dans la Turinge, vivaient à discrétion sur les terres des richesecclésiatiques de leur voisinage, Ceux qui éprouvaient ou qui redoutaient leurs exactions, se plaignirent hautement à l'empereur, et lui parlèrent de ces troupes comme d'un corps d'hommes qu'on destinait à quelque entreprise désespérée. Maurice tantôt atténuait les excès qu'on reprochait à ses troupes, tantôt représentait l'impossibilité de les licencier ou de les assujettir à une discipline régulière jusqu'à ce qu'on leur eût payé ce qui leur était dû de leur solde par l'empereur même; il sut, par-l, calmer les craintes que cet objet avait fait naître; ou peut-être Charles , n'étant pas en état de satisfaire aux demandes de ses soldats , fut obligé de garder le silence sur ce point ?.

Cependantletemps d'agir approchait. Maurice avait envoyé secrètement à Paris Albert de

1 Arnold., Vita Maurit. ap. Menken., lib. u, p. 12 2 Sleid., p. 549. Thuan., p. 339.

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pprochait. Maurice à Paris Albert de

onken., lib. 1, p. 122.

Brandebourg pour y confirmer sa confédération avec Henri , et pour hâter la marche de l'armée française. Il avait pris des mesures pour être en état de rassembler ses sujets au moment où il eu aurait besoin ; il avait pourvu à la sûreté de la Saxe, pendant qu'il s'en absenterait pour commander l'armée , et il tenait ses troupes qui «aient dans la Turinge et sur lesquelles il comptait particulièrement , toutes prêtes à marcher au premier signal. Ces opérations compliquées « firent sans être découvertes par la cour impériale ; Charles restait à Inspruck dans la plus parfaite tranquillité, uniquement occupé à contreminer les intrigues du légat à Trente, et à régler les conditions auxquelles les théologiens protestans pourraient être admis au concile; il ue se doutait guère qu'il y eût alors des objets beaucoup plus importans près d'attirerson attention.

Cette imprudente sécurité de la part d'un prince dont l'attention à observer tout ce qui se passait autour de lui le conduisit souvent à un excès de défiance, peut paraître inexplicable, et dle a été attribuée à un aveuglement extraordinaire. Mais indépendamment de l'adresse singulière avec laquelle Maurice sut déguiser ses intentions, deux circonstances concoururent à tromper l'empereur : peu de temps après son arrivée à Inspruck, la goutte le prit avec un surcroît de violence; son tempérament était affaibli par de si fréquentes attaques ; son esprit avait perdu sa vigueur naturelle, et il n’était plus en état de s’occuper des affaires avec sa vigilance et sa pénétration ordinaire ; Granvelle, évèque d'Arras, son premier ministre, quoique l'un des politiques les plus déliés de son siècle et peutêtre d'aucun siècle , fut en cette occasion la dupe de sa propre finesse. Il avait une si haute opinion de son habileté, et méprisait si fort les talens politiques des Allemands, qu'il ne fit aucune attention aux avis qu'on lui donna des intrigues secrètes et des projets dangereux de Maurice. La sombre défiance du duc d’Albe lui ayant fait concevoir quelques soupçons sur la sincérité de l'électeur, il proposa de le faire venir sur-lechamp à la cour, pour y rendre compte de sa conduite; mais Granvelle répondit avec dédain que ces soupçons étaient sans fondement, et que la tête d'un Allemand ivre était trop grossière pour former quelque projet qu'il ne lui fût aisé

de pénétrer et de Faire échouer, Ce n'était pas seulement sa confiance dans sa propre sagacité qui lui donnait un ton si décisif ; il avait corrompu deux des ministres de Maurice, qui lui envoyaient des avis fréquens et ‘détaillés de tous les mouvemens de leur maître, Mais ce moyen même, par lequel il espérait de pénétrer tous les desseins, et jusqu'aux pensées de Maurice, servit à le mieux tromper. L'électeur avait secrètement découvert la correspondance de ses deux ministres avec Granvelle; au lieu de les punir de leur trahison, il sut habilement en profiter, et tourna contre Granvelle les artifices mêmes de ce prélat. Il affecta de traiter les deux traîtres avec plus de confiance que jamais , :! les edmit à ses délibérations particulières; :na!r il avait soin de ne leur laisser apercevoir que ce qu'il était de son intérêt de faire connaître; de sorte que les a:is des deux espions ne servaient qu'à confirmer Granvelle dans la persuasion où il était de la sincérité et des bonnes intentions de Maurice !. L'empéreur lui-même était dans une si par‘aite sécu'té qu'il n° tint aucun compte d'un mémoire qui lui fut p“senté au nom des électeurs ecclésiastiques, °c par lequel on l'avertissait d'être en garde contre Maurice ; il n’y répondit qu: pr des protestations de son entière confian: e dans la fidélité et dans l'attachement de ce prince 2.

Enfin les préparatifs de Maurice se trouvèrent achevés, et il jouit du plaisir de voir que ses intrigues et ses projets étaient encore ignorés ; mais quoiqu'il fût près de commencer les hostilités, il ne voulut pas encore jeter le masque qu'ilavait gardé jusqu'alors, et, par unenouvelle ruse , ilsut encore tromper ses ennemis quelques jours de plus. Il annonça qu’il allait faire le voyage d'Inspruck dont ilavait si souvent parlé, et il prit, pur l'accompagner, un des deux ministres que t:1«".velle avait corrompus. Après avoir fait quelques postes, il feignit d’être fatigué du voyage et dépêcha à Inspruck son perfide ministre, en le chargeant de faire à l’empereur des excuses sur ce délai, et de l’assurer qu’il serait à la cour dans peu de jours. Cet espion ne fut pas plus tôt parti que Maurice monta à cheval, vola vers la Turinge, y joignit son armée com-

Melvil, Mémoires, fol. édit., p. 12.

2 Sleid., p. 535.

Je

rompu. ne ranger

posée de vingt mille hommes d'infanterie et la mit sur le champ en mouvement !.

Il publia en mème temps un manifeste contenant les raisons qu'il avait pour prendre les armes. Il allégua trois motifs : 1° de défendre la religion protestante menacée d’une destruction prochaine ; 2° de maintenir la constitution et les lois de l'empire et de préserver l'Allemagne de la domination d’un monarque absolu; 3° de délivrer le landgrave de Hesse des horreurs d'une longue et injuste captivité. Par le premier motif, Maurice soulevait en sa faveur les partisans très nombreux de la réformation , que l'enthousiasme rendait formidables, et que l'oppression excitaic à prendre un parti désespéré. Par le second motif , il s’attachait tous les amis de la liberté, tant catholiques que protestans, également intéressés à se joindre avec lui pour défendre des droits et des priviléges communs aux uns et aux autres. Enfin, outre la gloire qu'il s'acquérait par son zèle à remplir ses engagemens envers le landgrave, le troisième motif était devenu un objet d'intérêt général, non-seulement par la pitié qu’inspiraient les souffrances de ce prince infortuné, mais encore par l’indignation qu'avaient excitée la rigueur et l'injustice avec laquelle il avait été traité par l’empereur. Avec le manifeste de Maurice, ilen parut un autre au nom d'Albert, marquis de Brandebourg-Culmbach, qui s'était joint à lui avec un corps d’aventuriers qu'il avait rassemblés ; il y exposait les mêmes griefs, mais avec un excès d’amertume et de violence analogue au caractère du prince sous le nom duquel cet écrit était publié.

Le roi de France publia aussi un manifeste en son propre nom : après y avoir rappelé l'ancienne alliance qui subsistait entre les nations française et germanique, descendues l’une et l'autre des mêmes ancêtres ; et après avoir parlé des ouvertures qu’en conséquence de cette ancienne union quelques-uns des plus illustres princes d'Allemagne lui avaient faites pour lui demander sa protection. Henri déclarait qu'il allait prendre les arcs pour rétablir l'ancienne

" Melvil, Mémoires, p. 13. Les circonstances qu’on a rapportées concernant les ministres saxons gagnés et corrompus par Granvelle, ne sont pas mentionnés par les historiens allemands; mais comme le chevalier James Melvil tenait ces détails de l'électeur palatin, et qu'ils sont parfaitement conformes à toute la conduite de Maurice, on peut {es regarder comme authentiques.

[1552] constitution de l'empire, pour délivrer quelquesuns de ses princes de la servitude , et pour assurer les priviléges et l'indépendance de tous les membres du corps germanique; il prenait, dans se manifeste, le titre de protecteur des libertés del’ Allemagne et de ses princes captifs , et il avait fait graver à la tête d’un bonnet l’ancien symbole de la liberté, placé entre deux poignards, pour faire entendre sans doute aux Allemands que la liberté ne pouvait s’acquérir et se conserver que par la force des armes ?.

Maurice avait alors un rôle tout nouveau à

jouer, mais son génie flexible était fait ;:our se plier à toutes les situations : dès le moment où il prit les armes ,ilse montra aussi hardi et entreprenant à la tête de son armée qu'il avait été circonspect et rusé dans le cabinet. H s’avança par des marches rapides vers la haute Allemagne.

Toutes les villes qui se trouvèrent sur sa route lui ouvrirent leurs portes. Il rétablit dans leurs offices les magistrats que l’empereur avait destitués, et remit en possession des églises les ministres protestans qui en avaient été chassés. Il dirigea sa marche vers Augsbourg ; la garnison impériale qui y était, n'étant pas assez forte pour tenter de se défendre, se retira avec précipitation, et Maurice prit possession de cette grande ville , où il fit les mêmes changemens que dans celles où il avait déjà passé.

I n'y a point de termes pour exprimer l’étonnement et la consternation qui saisirent l’empereur lorsqu'il apprit ces événemens inattendus. IL voyait un grand nombre de princes d’Allemagne armés contre lui, et le reste prêt à les joindre ou faisant des vœux pour leur succès; il voyait un monarque puissant s'unir étroitement à eux, et seconder leurs opérations, commandant en personne une armée formidable; tandis que, par une négligence et une crédulité qui l'exposait à la fois au mépris public et au plus grand danger, il ne se trouvait en état de prendre aucune mesure efficace, ni pour réprimer ses sujets rebelles, ni pour repousser l'invasion d’un ennemi étranger. Une partie de ses troupes espagnoles avait été envoyée en Hongrie pour combattre les Turcs; le reste avait été rappelé en Italie pour la guerre qui se faisait dans le duché de Parme. Les bandes des vieilles troupes

t Sleid., p. 549. Thuan.. lib. x, p. 339. Mémoires de Ribier, tom. W, p. 371.

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p. 339. Mémoires de

allemandes avaient été licenciées , parce qu’il ne pouvait plus les payer, ou bien elles s'étaient mises à la solde de Maurice après le siége de Magdebourg. Charles restait donc à Inspruck avec un corps de troupes à peine assez fort pour garder sa personne. Son trésor était épuisé; depuis quelque temps il n'avait reçu aucune remise du Nouveau-Monde, et il avait perdu tout son crédit auprès des négocians de Gènes et de Venise, qui, malgré l'offre d’un intérêt exorbitant, refusérent de lui prêter de l'argent. Ainsi ce prince, qui était, sans contredit, le plus considérable potentat de la chrétienté et le plus capable de déployer une grande force, puisque sa puissance, quoique violemment attaquée, n’avait encore souffert aucune diminution, se trouvait cependant hors d'état de faire un effort assez prompt et assez vigoureux pour le sauver du danger imminent dont il était menacé.

Il mit toutes ses espérances dans la négociation, seule ressource de ceux qui sentent leur faiblesse; mais, craignant de compromettre sa dignité en faisant les premières avances à des sujets rebelles, il évita cet inconvénient en employant la médiation. de son frère Ferdinand. Maurice , plein de confiance dans ses talens, et ne doutant pas qu'il ne sût tirer parti de cette négociation , espéra que , par une apparence de facilité à écouter les premières ouvertures d'accommodement , il pourrait amuser l’empereur et lui faire ralentir l'activité des préparatifs qu'il commençait à faire pour se mettre en défense; il consentit sans difficulté à une entrevue avec Ferdinand dans la ville de Lentz en Autriche, où il se rendit sur-le-champ , après avoir laissé son armée continuer sa marche sous les ordres du duc de Mecklenbourg.

Le roi de France exécuta fidèlement tout ce qu'il avait promis à ses alliés; il entra de bonne heure en campagne avec une armée nombreuse et bien payée, et marchant droit en Lorraine, Toul et Verdun lui ouvrirent leurs portes sans résistance. Ses troupes se présentèrent ensuite devant Metz; le connétable de Montmorency, ayant obtenu la permission d'y passer avec un petit détachement pour sa garde, y introduisit autant de troupes qu'il en fallait pour en imposer à la garnison, et par ce frauduleux stratagème , les Français se rendirent maîtres de cette ville sans répandre de sang. Henri fit, avec

beaucoup de pompe, son entrée dans toutes ces places : il obligea les habitans de lui prèter serment d'obéissance, et réunit à sa couronne ces acquisitions importantes. Après avoir laissé une forte garnison dans Metz, il s'avanca vers l’Alsace pour tenter de nouvelles conquêtes, que les premiers succès de ses armes semblaient lui promettre !.

La conférence de Lentz ne produisit aucun accommodement. Maurice, en consentant à cette entrevue , n’avait vraisemblablement d'autre objet que de tromper l'empereur; car il fit, en faveur de ses confédérés et du roi de France leur allié, des demandes qui ne pouvaient pas être acceptées par un prince trop fier pour se soumettre ainsi sur-le-champ aux conditions que lui dictait un ennemi. Mais quoique Maurice, pendant toute la négociation, parût invariablement attaché aux intérêts de ses associés, et quoiqu'il ne perdit jamais de vue les objets qui lui avaient mis les armes à la main, il montra toujours le désir le plus vif de terminer à l'amiable avec l'empereur tous les différends. Encouragé par cette apparente disposition à la paix , Ferdinand proposa une seconde entrevue pour le 26 mai, et demanda qu'il y eût une trève qui commençait à ce même jour et durerait jusqu’au 10 de juin, afin de laisser le temps de concilier tous les points contestés.

Dans ces entrefaites, Maurice rejoignit, le 9 mai, son armée, qui s'était avancée jusqu’à Gundelfingen. Il mit ses troupes en mouvement le lendemain au matin; et comme il lui restait encore seize jours pour agir, avant le commencement de la trève, il résolut de tenter, dans cet intervalle, une entreprise dont le succès pourrait être assez décisif pour rendre inutiles les négociations de Passau et pour le mettre en état d'imposer les conditions qu'il jugerait à propos. Il prévit que l’idée d’une cessation d'armes si prochaine et l'empressement adroit qu'il avait montré pour le rétablissement de la paix ne manqueraient pas de donner à l’empereur de fausses espérances, qui, en calmant ses inquiétudes, le replongeraient en partie dans la même sécurité qui lui avait déjà été si fatale. Plein de confiance dans cette conjecture, Maurice marcha droit à Inspruck et s'avança avec le mouvement

UThuan., p. 349.

le plus rapide qu'on pût donner à un corps de troupes si considérable. Il arriva le 18 à Fiessen, poste très important à l'entrée du Tyrol, où il trouva un corps de huit cents hommes bien retranchés, que l'empereur y avait placés pour s’opposer aux progrès des confédérés. Maurice attaqua ces huit cents hommes avec tant de violence et d’impétuosité, qu’ils abandonnèrent leurs lignes avec précipitation , et que, se repliant sur un second corps posté près de Ruten, ils lui communiquèrent la terreur panique dont ils étaient saisis; de sorte que tous ensemble prirent la fuite après une faible résistance.

Maurice transporté de ce succès, qui surpassait toutes ses espérances, marcha à Ehrenberg, château situé sur un rocher très haut et escarpé qui dominait le seul passage qu'il y eût à travers les montagnes. Comme ce fort s'était déjà rendu aux protestans, au commencement de la guerre de Smalkalde , parce que la garnison était alors trop faible pour le défendre, l'empereur, qui en connaissait l'importance, avait eu soin d'y jeter un corps de troupes suffisant pour repousser les efforts de la plus grande armée. Mais un berger, poursuivant une chèvre qui s'était écartée du troupeau , découvrit un sentier inconnu par lequel on pouvait monter au sommet du rocher. Il vint en donner avis à Maurice; un petit détachement de soldats choisis, ayant à leur tête Georges de Mecklenbourg , furent à l'instant commandés pour suivre ce guide. Ils se mirent en marche le soir, et ayant grimpé par un sentier escarpé, avec autant de peine que de danger, ils atteignirent enfin le sommet sans être aperçus; Maurice ayant commencé l'assaut à l’un des côtés du château, ils parurent tout à coup de l’autre côté, au moment et au signal convenu , et se disposèrent à escalader les murs, qui étaient faibles en cet endroit, parce qu'on l'avait cru jusqu'alors inaccessible. La garnison, saisie de frayeur en se voyant attaquée par un côté où elle se croyait à l'abri de tout danger , mit bas les armes surle-champ. Ainsi Maurice, presque sans verser de sang, et, ce qui lui était plus important encore, sans perdre de temps, se trouva maitre d'une place dont la réduction aurait pu retarder long-temps, et aurait demandé les plus grands efforts de valeur et d’habileté !.

1 Arnold., Zita Haurit., p. 123.

Maurice n’était alors qu’à deux jours de mar” che d’Inspruck, et sans perdre un seul moment il y fit marcher son infanterie ; la cavalerie ne pouvant être d'aucune utilité dans ce pays montagneux, il la laissa à Fiessen pour garder l'entrée du défilé. 11 se proposait d'avancer avec assez de rapidité pour devancer les nouvelles de la perte d'Ehrenberg, et pour surprendre l'empereur avec toute sa suite, dans une ville ouverte et incapable de se défendre. Mais à peine ses troupes commençaient-elles à se mettre en mouvement , qu'un bataillon de mercenaires se mutina , déclarant qu’ils ne marcheraient qu'après avoir reçu la gratification qui leur était due, suivant l'usage de ce temps-là , pour avoir pris une place d'assaut. Ce ne fut qu'après beaucoup de peine et de dangers et aux dépens d’un temps précieux que Maurice vint à bout d'apaiser cette révolte et d'engager les soldats à le suivre vers une ville où ils trouveraient un riche butin, qui les récompenserait de tous leurs services.

L'empereur ne dut sa sûreté qu’au délai occasioné par cet accident imprévu. Îl n’apprit que

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que rien ne pouvait le sauver que la fuite la plus prompte, il quitta sur-le-champ Inspruck. Malgré l'obscurité de la nuit et la violence de la pluie qui tombait alors, et quoiqu'il fût si fort affaibli par les douleurs de la goutte, qu'il ne pouvait souffrir d'autre mouvement que celui d’une litière, il voyagea à la lumière des flambeaux, prenant sa route à travers les Alpes, par des sentiers presque impraticables. Ses courtisans et ses domestiques le suivaient avec la mème précipitation , quelques-uns sur des chevaux qu’ils avaient pu se procurer à la hâte, un grand nombre à pied, et tous dans le plus grand désordre. Ce fut dans ce misérable équipage, bien différent de la pompe dont on avait vu le conquérant de l'Allemagne constamment environné pendant les cinq années précédentes, que Charles arriva, avec sa suite découragée et abattue de fatigue, à Villach, dans la Carinthie ; et à peine se crut-il en sûreté dans ce lieu inconmn et inaccessible.

Maurice entra à Inspruck quelques heures après que l'empereur et les siens étaient sortis. Désespéré de voir échapper sa proie au moment où il était près de la saisir, il les poursuivit jusqu'à quelques milles de distance; mais, regar-

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Avant de sortir d’Inspruck , Charles mit en liberté l'électeur de Saxe, qu'il avait dépouillé de son électorat et qu'il traînait depuis cinq ans à sa suite. IL espérait peut-être embarrasser Maurice en relâchant un rival qui pourrait lui disputer son titre et ses états ; ou peut-être sentait-il l'indécence de retenir ce prince prisonnier tandis qu'il courait lui-même le risque d’être privé de sa liberté. Mais l’électeur, ne voyant d'autre noyen de s'échapper que celui que prenait l'empereur, et frémissant à la seule idée de tombr entre les mains d’un parent qu’il regardait avec raison comme l’auteur de toutes ses infortunes, prit le parti d'accompagner Charles dans aa fuite, et d'attendre la décision de son sort de la négociation qui devait s’entamer.

Ce ne fut pas le seul effet que produisirent les opérations de Maurice. On ne fut pas plus tôt informé à Trente qu'il avait pris les armes, qu'une consternation générale s'empara des pères du concile. Les prélats allemands retournèrent chez eux sur-le-champ, dans la vue de pourvoir à la sûreté de leur propres domaines. Les autres avaient une extrême impatience de seretirer aussi ; et le légat, qui jusqu'alors avait résisté à tous les efforts des ambassadeurs impériaux qui voulaient faire admettre au concile les théologiens protestans , saisit avec joie cette occasion de dissoudre une assemblée qui lui avait paru si difficile à gouverner. Une congrégation , qui se tint le 28 avril, rendit un décret pour proroger le concile pendant deux ans et pour le convoquer de nouveau à l'expiration de ce terme, si la paix était rétablie en Europe !. Cette prorogation s'étendit jusqu’à dix ans;

1 Fra-Paolo, p. 353.

mais les opérations du concile, lorsqu'il se rassembla en 1562, n'appartiennent pas à la période qu'embrasse cette histoire.

La convocation d’un concile avait été passion. nément désirée par tous les états de la chrétienté : on espérait de la sagesse et de la piété des prélats qui représentaient le corps entier des fidèles qu’il en résulterait des efforts charitables et efficaces pour terminer les disputes qui s'étaient malheureusement élevées dans l'église, Mais les différens papes qui avaient convoqué cette assemblée avaient d’autres objets en vue : ils mirent en œuvre tout ce qu'ils avaient de politique et d'autorité pour arriver à leur but. Les talens et l'adresse de leurs légats, l'ignorance d'un grand nombre de prélats et la basse soumission des évèques indigens d'Italie, donnèrent à ces papes une si grande influencé dans le concile, qu'ils en dictaient tous les décrets, et qu’en les rédigeant ils pensaient moins à rétablir l’unité et la concorde dans l'église qu'à affermir leur propre domination ou à consolider les principes sur lesquels ils imaginaïent que cette domination était fondée. Des dogmes, qui jusqu 4lors n’avaient été recus que sur la foi de Ja tradition, et dans l'interprétation desquels on admettait quelque latitude , furent définis avec une scrupuleuse exactitude et confirmés par la sanction de l'autorité papale, Des cérémonies qui n'avaient été observées que par déférence à des usages qu'on regardait Comme anciens furent établies par les décrets de l’église et déclarées parties essentielles de son culte, Au lieu de fermer la brèche, on lélargit, et le mal devint irréparable ; au lieu d'essayé” de concilier les partis divisés, on affecta de tirer une ligne précise qui fixait et établissait la séparation des deux partis. Ces opérations servent encore au-

| jourd’hui à les ténir divisés, et, si la Providence

divine n’y intervient, doivent rendre la séparation éternelle.

Nous devons à trois auteurs différens la connaissance que nous avons des opérations de cette assemblée. Le père Paul, de Venise, écrivit son histoire du concile de Trente tandis que la mémoire de ce qui s'y était passé était encore récente, et que plusieurs de ceux qui y avaient assisté vivaient encore. Il a développé les intrigues et les artifices qui y présidèrent, avec une

! liberté et une sévérité qui ont donné une atteinte

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profonde à l'autorité et à la réputation de ce concile, Il en a décrit les délibérations et expliqué les décrets avec tant de clarté et de profondeur , avec une érudition si variée et une raison si solide, que son livre est justement regardé comme un des meilleurs ouvrages d'histoire qui existent. Environ cinquante ans après, le jésuite Pallavicini publia son histoire du concile en opposition à celle du père Paul ; il employa toutes les ressources d'un esprit subtil et délié pour infirmer l'autorité et pour réfuter les raisonnemens de son antagoniste; il s'efforec de prouver, en justifiant adroitement les opérations du concile et en interprétant ses décrets avec subtilité, que l’impartialité en dirigea les délibérations, et que le jugement ainsi que la candeur en dicta les décisions. Vargas, jurisconsulte espagnol, qui fut nommé pour accompagner à Trente les ambassadeurs impériaux, envoyait à l'évêque d'Arras un compte exact de tout ce qui s’y passait, et lui expliquait ious les artifices que le légat employait pour faire agir à son gré le concile. On à publié une lettre dans laquelle Vargas déclame contre la cour du pape avec la sévérité naturelle à un homme qui, par sa situation, était en état de bien observer les manœuvres de cette cour, et qui était obligé d'employer tous ses soins et ses talens à les faire échoucr. Quel que soit celui de ces trois auteurs qu’on prenne pour guide dans le jugement qu'on se formera de l'esprit qui animait ce concile, on découvrira parmi quelques-uns de ceux qui le composaient tant d'ambition et d'artifice, et parmi la plupart des autres tant d’ignorance et de corruption ; on y observera une si forte teinte des passions humaines et si peu de cette simplicité de cœur, de cette pureté de mœurs ct de ect amour de la vérité qui seuls peuvent donner aux hommes le droit de décider quelle doctrine est digne de Dieu et quel culte lui est agréable, qu'il sera bien difficile de croire qu'une influence extraordinaire du Saint-Esprit ait animé cette assemblée et inspiré ses déc‘ ions.

Tandis que Maurice était occupé à négocier à Lentz avec le roi des Romains, ou à faire la guerre à l'empereur dans le Tyrol, le roi de France s'était avancé en Alsace jusqu'à Strasbourg. Il demanda au sénat la permission de traverser la ville, espérant qu'à l'aid:: du même stratagème qui lui avait réussi à Metz, il pour-

oo

[1552] rait se rendre maitre de la place et se frayer, par le Rhin, un passage dans le cœur de l'Allemagne: mais les Strasbourgeois , instruits par la crédulité et le malheur de leurs voisins, fermèérent leurs portes, et ayant rassemblé une garnison de cinq mille hommes, ils réparèrent leurs fortifications, rasèrent les maisons qui étaient dans leurs faubourgs, et parurent déterminés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. ls envoyèrent en même temps au roi une députation des bourgeois les plus respectables, pour le prier de n'exercer aucune hostilité contre eux. Les électeurs de Trèves et de Cologne, le duc de Clèves et d'autres princes du voisinage, se joignirent à eux pour conjurer Henri de ne pas oublier le titre qu'il avait pris si généreusement, et de ne pas se rendre l’oppresseur de l’Allemagne dont il s'était annoncé comme le libérateur. Les cantons suisses les secondèrent aussi avec zèle, et sollicitèrent Henri d’épargner une ville qui depuis long-temps était liée avec leur république par l'amitié et par des traités.

Quelque puissante que fût cette intercession réunie , elle n'aurait pu déterminer Henri à renoncer à une conquête si importante, S'il avait été en état de se l’assurer; mais on connaissait peu dans ce siècle le moyen de faire subsister de nombreuses armées loin des frontières de leur pays, et les revenus des princes, ainsi que leur habileté dans l'art de la guerre, étaient fort audessous des efforts vigoureux et compliqués qu'exigeait une telle entreprise. Quoique les Francais ne fussent pas encore bien éloignés de leurs frontitres, ils commencaient déjà à sentir la disette des vivres, et ils n'avaient pas des magasins suffisans pour leur fournir des provisions pendant un siége qui, nécessairement , aurait été fort long !. En mème temps la reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, avait assemblé un corps de troupes considérable, qui. sous le commandement de Martin de Rossem, ravageait la Champagne et menaçait les provinces adjacentes. Ces différentes circonstances obligèrent le roi, malgré sa répugnance, d'a bandonner l'entreprise. Mais il voulut du moins se faire, auprès de ses alliés, un mérite de cette retraite qu'il ne pouvait éviter, et il témoigna aux Suisses qu'il ne prenait cette résolution que

1 Thuan., p. 351, 362.

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Pendant que le roi de France et la grande armée des confédérés faisaient ces mouvemens, on avait confié à Albert de Brandebourg le commandement d'un corps séparé de huit mille hommes, composés principalement de mercenaires qui s'étaient rangés sous ses drapeaux, attirés par le désir du pillage plutôt que par l'espérance de recevoir une solde fixe et réglée. Ce prince, se voyant à la tête de ce corps d’aventuriers déterminés à le suivre partout, commença bientôt à dédaigner l'état de subordination dans lequel il avait été jusque-là , et à former cs projets vastes d’agrandissement qui se présentent rarement aux ssprits les plus ambitieux, ice n’est lorsque les guerres civiles et les factions les excitent à des entreprises hardies, en les flattant de l'espérance d’un succès prochain. Plein de ces grandes prétentions, Albert fit la guerre d’une manière très différente de celle des confédérés , il s’efforça de répandre au loin la terreur de ses armes par la rapidité de ses mouvemens , aussi bien que par l'étendue et la violence ae ses dévastations. Il exigea des contributions de tous les endroits où il passa, dans le dessein d’amasser assez d'argent pour être en état de payer et de conserver son armée. Il chercha à s'emparer de Nuremberg, d'Ulm ou de quelque autre ville libre de la haute Allemagne qui lui servit de capitale, où il pût fixer le siége de son gouvernement. Mais trouvant ces villes sur leurs gardes et en état de lui résister, iltourna toute sa fureur contre les ecclésiastiques papistes, dont il ravayea les terres avec une barbarie impitoyable, qui leur donna des impressions très défavorables contre l'esprit de cette religion réformée dont il prétendait être un zélé défenseur. Les évèques de Bamberg et Wurtzhourg se trouvèrent , par leur situation, plus exposés que les autres à ses violences. Il obligea le premier de lui abandonner la propriété d'environ la moitié de son vaste diocèse ; il força le second de lui payer une somme immense pour racheter son pays de la ruine et de

1 Sleidan, p. 557. Brantôme, tom. VII, p. 39

ordres de Maurice, malgré l'engagement qu'il avait contracté de lui obéir comme au général en chef de la ligue , ni aux représentations des autres confédérés, il fit voir clairement qu'il n'était occupé que de son propre intérêt, sans s'embarrasser et de la cause commune ni du motif général qui avait fait prendre les armes aux confédérés.

Cependant Maurice ayant fait revenir son armée en Bavière, etayant publié un manifeste, où il enjoignait au clergé luthérien et aux instituteurs de la jeunesse de reprendre leurs fonctions dans toutes les villes, les écoles et les universités , d’où ils avaient été chassés, il rejoignit Ferdinand à Passau, le 26 mai. Ce congrès, où l’on allait traiter des affaires de la plus grande importance pour le maintien de la paix et de l'indépendance de l'empire, attirait les regards de toute l'Allemagne. Outre Ferdinand et les ambassadeurs de l'empereur, le duc de Bavière, les évêques de Saltzbourg et d'Eichstaedt, les ministres de tous les électeurs et les députés des princes des villes libres les plus considérables s'étaient rendus à Passau, Maurice, au nom des confédérés, et le roi des Romains, comme représentant l’empereur, ouvrirent la négociation. Les princes qui étaient présens et les députés de ceux qui étaient absens agirent comme intercesseurs et médiateurs.

Maurice , dans un long discours, exposa les motifs de sa conduite, après avoir fait l'énumération de tous les actes de despotisme, contraires à la constitution de l'empire, auxquels l'empereur s'était porté dans son administration; il se borna à trois objets, déjà énoncés dans le manifeste qu’il avait publié en prenant les armes : il demanda que le landgrave de Hesse fût mis en liberté sur-le-champ, qu'on fit droit sur les griefs des confédérés relativement à l’administration civile de l'empire, et que les protestans eussent l'exercice public et tranquille de leur religion. Ferdinand et les ambassadeurs de l’empereur montrant de la répugnance à accorder toutes ces conditions, les médiateurs écrivirent en commun une lettre à l’empereur, pour le conjurer de délivrer l'Allemagne des calamités d'une guerre civile, en donnant à Maurice et à son parti toutes les satis-

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factions pui pouvait" les engager à mettre bas les armes. Ils obtinrent en mème temps de Maurice que la trève serait prolonge: pour un court intervalle, pendant lequei ils s’efforceraient d'obtenir une réponse décisive aux demandes des confédérés.

Cette requête fut présentée à l’empereur, au nom de tous les princes de l'empire tant papistes que protes'ans, et 4e ceux qui avaient secondé ses desseins ambitieux , aussi bicu que de ceux qui avaient vu avec crainte et avec jalousie l'accroissement de son pouvoir. Cette unanimité, si peu commune et si since à appuyer les demandes de Maurice et à recommander la paix, prenait sa source dans différens motifs. Ceux qui étaient le plus attachés à l'église romaine ne pouvaient se dissimuler que le parti pratestant ctait soutenu par une armée nombreuse , perdant que l'empereur commençait à peine À faire À: nremiers préparatifs pour se défendre. Hs prévoyaient ies grands efforts qu'il leur faudrait faire pou ‘1er avec un ennemi auquel on avait laissé prencire des fortes siredontables. L'expérience leur avait montré que l'empereur vecueillerait seul le fruii &: ‘eurs etforts, etque la victoire {3 plus comète ne ferait qu'appesa‘ir leurs chaines et les rendre insupportables. Ces considérations leur faisaient craindre de contribuer une seconde fois, par un zèle indiscret, à mettre l'empereur en possession d'une puissance qui deviendrait fatale à la liberté de l'Allemagne ; ainsi, malgré la violence indomptable de l'esprit superstitieux de ce siècle, ils aimèrent mieux que les protestans obtinssent la liberté de conscience qu’ils demandaient que d'aider Charles à les opprimer et de le mettre en état de bouleverser la constitution de l’empire, en donnant encore plus d'étendue à la prérogative impériale. La crainte de voir l'Allemagne en proie de nouveau à toutes les horreurs de la guerre civile ajoutait un grand poids à toutes ces considérations. Plusieurs états de l'empire avaient déjà éprouvé la fureur destructive des armes d'Albert; d’autres la craignaient, et tous désiraient un accommodement entre l'empereur et Maurice, qui les délivrerait de ce terrible fléau.

Tels étaient les motifs qui portaient tant de princes, malgré la différence de leurs intérèts politiques et de leur religion, à s'unir pour

[1562] presser l'empereur de faire avec Maurice un accommodement, qui leur paraissait non-seule.

ment salutaire, mais d’une absolue nécessité, Des raisons presque aussi nombreuses et aussi fortes portaient Charles lui-même à le désirer, Il connaissait tous les avantages que les conf. dérés avaient acquis par sa négligence, et il sentait alors l'insuffisance des ressources qu'il avait pour s’y opposer. Le: Espagnois, ses sujets, mécontens de sa longue absence, et ati. gués de ces guerres contiriuclles qui ne pur vaient être d'aucun à&vant:zs: à leur pays, 11 voulaient plus lui fourcir aucun: subs'de cons. ‘érable ni d hommes ni d'argent ; £t, queiqui: pôt se flatter de tirer d'eux de nouveaux secours par adresse ou par importunité, il voyait bien qu'il ie les obtiendrait pas assez promptement pour pouvoir en profiter daus des circon:tance quidenandaient f1 plus grande célérité. Son trésor était épuisé,ses vieilles traupes étaient dispersées ou licenciées, et il ne pouva:t ; as Compter beaucoup sur ie courage e{ la fidéiité des nouvelles levées qu'il était obligé de faire. I ne pouvait raisonnablement espérer d'user encore avec quelque succès des mêmes artifices qu'il avait employés pour affaiblir et ruiner la ligue de Smalkalde, Le but auquel il tendait était trop bien connu, et l'os n'aurait plus été la dupe des prétextes spécieux sous lesquels il avait d'abord caché ses ambitieux desseins. Tous les princes d'Allemagne étaient en défiance et sur leurs gardes: ileût tent inutilement une seconde fois de les aveugler sur leurs intérêts et de se servir tour à tour d’une partie d’entre eux pour asservir les autres. L'expérience lui avait appris d’ailleurs qu’une confédération dont Maurice était le chef serait autrement dirigée que l'avait été la ligue de Smalkalde, et qu'elle ne montrerait nila même irrésolution dans ses projets ni la même faiblesse dane ses efforts. S'il se déterminait à continuer la guerre, il devait compter que les états les plus considérables de l’Allemagne prerdraient parti contre lui. Il ne pouvait attendre du reste qu'une neutralité équivoque. Il pouvait craindre encore que, pendant que ses forces seraient occupées d'un côté, le roi de France ne saisit le moment favorable pour porter la guerre sur une autre partie avec un succès presque certain. Ce monarque avai déjà fait des conquêtes dans l'empire, et Charles

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breuses et aussi ème à le désirer, res que les conféégligence, et il à ressources qu'il spagnois, ses suabsence, et fati.

elles qui ne puu- « à leur pays,

ent ; Et, Qué nouveaux secours ité, il voyait bien ssez promptement des circonstance le célérité. Son tré- 1pes étaient disper- Duva:t 45 Compter a fidéiité des noude faire. Il ne poud'user encore avec rtifices qu'il avait ruiner la ligue de tendait était trop lus été la dupe des els il avait d'abord s. Tous les princes iance et sur leurs ent une seconde fois rêts et de se servir entre eux pour àsice lui avait appris tion dont Maurice tdirigée que l'avait qu’elle ne montre- | dans ses projets ni fforts. S'il se déter- +, il devait compter idérables de l'Allentre lui. Il ne poune neutralité équincore que, pendant upées d’un côté, le moment favorable ne autre partie avec Ce monarque avail l'empire, et Charles

in subs'de uns. À

cé

était aussi empressé de les recouvrer qu'impatient de tirer vengeance des secours qu’on avait donnés à ses sujets mécontens. Quoique Henri füt alors retiré en deçà du Rhin, il n'avait fait que changer le théâtre de la guerre, et il avait porté toutes ses forces dans les Pays-Bas. Les Turcs, excités par les sollicitations du roi de France et par leur ressentiment contre Ferdinand , qui avait violé la trève en Hongrie, préparaient une flotte puissante pour ravager les côtes de Naples et de Sicile, qu'il avait laissées presque sans défense, en tirant de ses états la plus grande partie des troupes réglées pour renforcer l’armée qu'il s'occupait alors d’assembler.

Ferdinand, qui s'était transporté lui-même à Villach, dans le dessein de mettre sous les yeux de l'empereur le résultat de la conférence de Passau , avait aussi des motifs particuliers de désirer la paix, et se trouvait excité par-là à seconder avec la plus grande chaleur les raisons que les princes assemblés au congrès avaient alléguées pour la paix. Il avait vu avec quelque satisfaction le coup fatal porté au pouvoir despotique que son frère avait usurpé dans l’empire. Il était fort occupé à empêcher que Charles ne recouvrât ce qu'il avait perdu, parce qu'il

| prévoyait que, si ce prince en venait à bout, il

reprendrait avec une nouvelle ardeur et une plus grande apparence de succès son projet favori de transmettre le pouvoir à son fils, en excluant son frère de la succession à l'empire. lLse proposait donc de concourir de tout son pouvoir à limiter l'autorité impériale, afin de s'en assurer par-là même la possession. D'ailleurs Soliman , aigri par la perte de la Eransylvanie et encore plus par les artifices frauduleux qui la lui avaient fait perdre ait mis en campagne une armée de cent nn. hommes, qui, après avoir défait un corps des troupes de We. dinand et pris plusieurs places Înportantes , menaçait aon-seulement d'achever À conquète de cette j“rovince, mais même de chasser Ferdinand de cette partie-de la Hongrie qui lui était encore soumise, Ce prince était dans l'impossibilité de résister à un si puissant ennemi : son frère ne pouvait lui être d'aucun secours tant qu'il serait engagé dans une guerre civile , et il ne devait pas & promettre de tirer des princes

d'Allemagne le contingent de troupes et d'ar-

gent qu'ils avaient coutume de fournir pour repousser les invasions des infidèles. Maurice, ayant bien remarqué l'embarras de Ferdinand sur ce dernier article, lui avait offert, si la paix était solidement rétablie, de marcher lui-même en Hongrie à son secours à la tête de ses troupes. Une proposition si avantageuse à Ferdinand, dans les circonstances où il se trouvait, fitune si grande impression sur son esprit, que, se voyant privé d’ailleurs de tout autre secours, il devint le défenseur le plus ardent de la cause des confédérés, et qu'il leur aurait accordé les demandes les plus fortes plutôt que de retarder une paix qu’il regardait comme le seul moyen de raffermir sur sa tête la couronne de Hongrie.

Tant de circonstances conspirant à déterminer un accommodement, on devait naturellement s'attendre à le voir bientôt conclu. Mais le caractère inflexible de l'empereur et la répugnance qu'il avait de renoncer tout d’un coup à un plan qu’il avait suivi avec tant de chaleur et de constance, contre-balançaient la force de ‘ous les motifs qui le portaient à la paix, et nonseulement retardaient cet événement, mais semblaient le rendre incertain. Quand les demandes de Maurice et la lettre des médiateurs de Passau lui furent présentées, il refusa nettement de faire droit sur les griefs qui y étaient énoncés, et d’accorder aucune stipulation pour la sûreté actuelle de la religion protestante. Il proposa de renvoyer la discussion de ces deux points à la diète prochaine. De son côté il demanda qu'on le dédommageât sur-le-champ de toutes les pertes qu'il avait essuyées dans cette guerre et par la licence des troupes des confédérés et par les exactions de leurs chefs.

Maurice, qui connaissait tous les artifices de l'empereur, fut persuadé que les propositions de ce prince n'avaient d'autre objet que de lui faire perdre du temps et de te tromper. Sans écouter les prières de Ferdinand, il quitte Passan brusquement, et rejoignant ses troupes qui étaient campées à Merghenteim, ville de Franconie, appañteénant aux chevaliers de l'ordre Teutonique, il se met en mouvement et recommoe tes hostilités, Comme trois mille hommes à la solde de l'empereur s'étaient jetés dans Francfort-sur-le-Mein et pouvaient de là infester la Hesse qui en était voisine, il marcha vers cette Ville et en forma le siége. La célérité de

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