‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 90 sur 132 · PRE · texte numérisé non relu

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cette entreprise et la vigueur avec laquelle Maurice fit ses approches contre la place, alarmèrent tellement l'empereur, qu'il écouta plus favorablement les raisons de Ferdinand en faveur de la paix. Malgré sa hauteur et son opiniâtreté naturelle, il sentit la nécessité de

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sacrifices de son côté, si Maurice voulait diminuer quelque cucse de ses demandes. Dès que Ferdinand s’aperçut que l’empereur commençait à céder, il ne cessa pas un moment de le presser jusqu'à ce qu'il l'eût déterminé à déclarer qu'il accorderait tout ce qu'on voudrait pour la sûreté des confédérés. Ayant gagné ce point difficile, il dépêcha un courrier à Maurice, et en lui faisant part de la dernière résolution de l'empereur, il le conjura de tie pas rendre inutiles tous les efforts qu'il avait faits pour le rétabliniement de la paix, et de ne pas frustrer, par une obstination déplacée les vasuix Qué touté l'Allemagne faisait pour cet heureux événement.

Maurice, nonobstant l'heureuse situation de ses affaires, se trouvait fortement porté à déférer à cet avis. L'empereur, quoique pris au dépourvu, avait déjà commencé à assembler des troupes; et quelque faibles que pussent être ses efforts, tant que les impressions de la première consternation dureraient, il voyait bien que Charles agirait à la fin avec une vigueur proportionnée à l'étendue dé son pouvoir et de ses états ,et conduirait en Allemagne une armée formidable par le nombre et plus encore par la terreur de son nom et la renommée de ses victoires passées. Il ne pouvait guère espérer qu'une confédération composée d'un si grand nombre d'associés continuassent long-temps d'agir avec assez d'union et de persévérance pour résister aux efforts soutenus et bien dirigés d'une armée conduite par un chef absolu, accoutumé à commander et à vaincre. Il sentait déjà, quoiqu'il n'en eût été instruit par aucun fâcheux événement, qu'il n'était après tout que le chef d'un corps, formé de membres mal unis. Il voyait, par l'exemple d'Albert de Brandebourg, que, malgré toute son adresse et tout son crédit, quelqu'un des chefs confédérés pourrait se détacher de l'association sans qu'il fût possible de le ramener à la subordination. Ces considérations lui faisaient craindre pour la cause commune; une autre non moins puissante lalarmait sur ses

1552] propres intérêts. En rendant la liberté à l’ancien électeur et en révoquant l'acte qui le privait de son rang et de ses états, l'empereur pouvait blesser Maurice par l'endroit le plus sensible. Ceprince malheureux, aimé de ses anciens sujets et respecté de tout le parti protestant , en cherchant à recouvrer les domaines dont il avait été injustement dépouillé , ue pouvait manquer d'exciter en Saxe quelques mouvemens qui mettraient Maurice en danger de perdre tout ce qu'il avait acquis au prix de tant de dissimulation et d'artifice. D'un autre côté il ne dépendait que de l'empereur de rendre inutiles toutes les sollicitations des confédérés en faveur du landgrave; il ne fallait qu'ajouter une violence de plus à l'injustice et à la cruauté avec laquelle il avait traité son prisonnier; et il avait déjà prévenu les fils de cù prince infortuné que, s'ils persistaient dans leurs entreprises, au lieu de voir leur père on liberté, ils apprendraient bientol qu'il avait recu là punition que la révolle avai méritée !.

Maurice délibéra sur tous ces points avec ses associés : quoique les conditions offertes par l'empereur fussent moins avantageuses que celles qui avaient été proposées par la confédération, il jugea qu'il était plus sage de les accepter que de s'exposer de nouveau aux événemens douteux de la guerre ?. I retourna à Passau et signa le traité, dont les principaux articles étaient : qu'avant le 12 d'août, les cui fédérés quitteraient les armes et licéncleraier leurs troupes ; qu'à cette époijue , où mêre auparavant, le landgrave serait mis en liberté vl reconduit en sûreté à son château de Rheinfels; qu'on tiendrait dans six mois une diète pour délibérer sur les meilleurs moyens de prévenir pour la suite les dispute: et les querelles de relision; qu'en attendant, ni l'empereur ri «ucun äülre prince ne feraient, sous quelque prétexte que ce fût, aucune violence à ceux qui suivaient la confession d’Augsbourg, #t qu'on leur accorderait au contraire le libre et tranquille exercice de leur religion; que les protestans, de leur côté, ne troubleraient les catholiques ni dans l'exercice de leur juridiction ecclésiastique, ni dans l'opservation de leurs cérémonies religieuses; que la chambre impériale administrerait la justice 1 Sleid., Æist., p. 571.

2 bit, p. 963, etc., Thuan., lib. x, p. 359.

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avec impartialité aux sujets de l'empire, de l'une et de l'autre religion, et qu'on prendrait judifféremment les membres de ce tribunal dans les deux partis; que si la diète prochaine ne venait pas à bout de terminer les différends de religion, les clauses du traité actuel, favorables aux protestans, conserveraient pour toujours toute leur force; qu'aucun des confédérés ne pourrait être recherché pour ce qui était arrivé dans le cours de la guerre ;que la discussion des atteintes que Maurice prétendait avoir été portées àla constitution et à la liherté de l'empire serait renvoyée à la diète suivante; enfin qu'Albert de Brandebourg serait compris dans le traité, pourvu qu'il voulût y accéder et qu'il licenciât ses troupes avant le 12 du mois d'août !.

Tel fut le célèbre traité de Passau, qui renversa le grand édifice que Charles s'efforcait d'élever depuis tant d'années, avec toutes les ressources que lui fournissaient sa puissance et «a politique ; qui anna toûs les réglemens que ce prince avait faits relativement aux affaires de religion ; qui fit évanouir toutes les espérances qu'il avait conçues de rendre l'autorité impériale absolue et héréditaire dans sa famille, et qui établit sur une base plus ferme la religion prolestante, qui n'avait jusqu'alors subsisté en Allemagne que par tolérance et par des moyens précaires. Maurice eut toute la gloire d'avoir concerté et consommé cette révolution inattendue, C'est une circonstance singulitre que la iéformation ait dû son rétablissement et sa solilité en Alléitiäggne , à la rième main qui peu de temps auparavant l'avait portée jusque sur le penchant de sa ruine; et que l'un et l’autre événement aient été l'ouvrage des mêmes artifices et de la même dissimulation. Cependant il sembe qu'on ait fait plus d'attention au but que Maurice eut en vue, dans ces deux différentes conjonctures , qu'aux moyens qu'il employa pour yarriver. Îl fut alors aussi universellement célébré pour son zèle et son esprit patriotique, qu'on l'avait rigoureusement condamné auparavant pour son indifférence et pour sa politique intéressée, On ne doit pas non plus omettre

! Recueil des Truilés, tom. Hp. 261.

d'observer que le roi de France, monarque zélé pour la foi catholique, persécutait ses propres sujets protestans avec toute la cruauté de la superstition, tandis qu'il employait toute sa puissance à favoriser et à soutenir la réformation dans l'empire, et que ia ligue qui devait porter un coup si fatal à l’église romaine fut négociée et signée par un évêque catholique : tant sont merveilleuses les voies par lesquelles la sagesse divine dirige le caprice des passions humaines, et les fait servir à l’accomplissement de ses propres desseins.

Dans les négociations de Passau , on s'occupa fort peu des intérêts du roi de France, Maurice et les confédérés, ayant obtenu ce qu’ils demandaient, ne s'embarrassèrent guère d’un allié qu'ils regardaient peut-être comme trop payé des services qu'il leur avait rendus par les conquêtes qu'il avait faites en Lorraine. Les confédérés ne parurent reconnaître tuutes les obligations qu'ils lui avaient, qu’en insérant dans le traité une clause qui portait que ce monarque pourrait exposer ses prétentions particulières et les sujets de plainte qu’il croyait avoir pour être mis, par les confédérés, sous les yeux de l'empereur.

Henri éprouva en cette occasion le traitement auquel doit s'attendre tout prince qui prête son nom et ses secours aux auteurs d’une guerre civiie. Dès que la rage des factions commença à se calmer, et qu'on entrevit la possibilité d'un accommodement, ses services furent oubliés, et ses associés se firent auprès de leur souverain un mérite de leur ingratitude envers leur protecteur. Mais quelque indignation qu'inspirassent à Henri la perfidie de ses alliés et la précipitation avec laquelle ils faisaient, à ses dépens, leur paix avec l'empereur, il sentit qu’il était de son intérêt d'être en bonne intelligence avec le corps germanique ; et loin de se venger de quelqu'un de ceux dont il avait à se plaindre , il renvoya à Maurice et aux confédérés les otages qu'il en avait reçus, et il continua de montrer toujours les mêmes dispositions et d'affecter le même zèle pour le maintien de l’ancienne constitution et de la liberté de l'empire.

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