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sûreté personnelle, où comme la sauve-garde | tous les âges était fixé avec autant de sagacité
des propriétés particulières, sont contraires à l'esprit et aux principes de la jurisprudence civile qui régna en Europe pendant plusieurs siècles, et ils ont été empruntés des règles et de la pratique des tribunaux ecclésiastiques. Ce fut en observant la sagesse et l'équité des jugemens rendus par ces tribunaux, que les peuples commencèrent à sentir la nécessité d'abandonner les juridictions militaires des barons ou de travailler à les réformer (24).
Une autre cause concourut avec celle que j'ai déjà exposée, pour donner aux hommes des idées plus justes et plus étendues sur la nature du gouvernement et sur l'administration de la justice : je veux parler de l'étude et de la connaissance du droit romain. Parmi toutes les calamités qui suivirent les inondations et les ravages des Barbares, une des plus déplorables fut le renversement du système de la jurisprudence romaine , le plus sublime monument de la sagesse de ce grand peuple, formé pour subjuguer et pour gouverner le monde. Les lois et les règlemens d'un état civil étaient absolument opposésaux mœurs et aux idées des guerriers Farouches du nord. Ces règlemens étaient fondés sur des objets absolument étrangers à un peuple grossier , et appropriés à un état de société qu'il ne pouvait pas connaitre, Aussi, partout où les Barbares s’'établirent, la jurisprudence romaine tomba bientôt dans l'oubli, et resta pendant plusieurs siècles ensevelie sous le poids de ces institutions bizarres que les peuples d'Europe ont honorées du nom de lois. Vers le milieu du douzième siècle, on découvrit par hasard enltalie un exemplaire de Pandectes de Justinien. L'état politique de la société avait déjà fait alors de grands progrès, et l'expérience de plusieurs siècles avait étendu et rectifié les idées des hommes sur cet objet ; ils furent frappés d'admiration en examinant ce système de jurisprudence que leurs ancètres n'auraient pu comprendre.
Quoiqu'ils ne fussent pas encore assez instruits pour emprunter des anciens le goût de la vraie philosophie et des sciences spéculatives , et quoiqu'ils ne fussent pas en état de sentir les beautés et l'élégance de leurs compositions littéraires, ils étaient cependant assez éclairés pour juger du mérite d'un système de lois, où tout ce qui intéresse essentiellement le genre humain dans
que de justice et de précision. Les hommes de lettres se livrérent avec ardeur à l'étude de cette nouvelle science ; et peu d'années après la découverte des Pandectes on nomma , dans la plu part des états de l'Europe, des nrofesseurs de droit civil, chargés d'en donner des lecons publiques.
L'étude et limitation d'un modèle si parfait ne pouvaient manquer de produire les plus heureux effets. Les hommes n'avaient besoin que de connaître les lois constantes et générales pour en sentir toute l'utilité ; ils s'empressèrent de fixer les principes et les formes sur lesquels les tribunaux devaient régler leurs procédures et leurs jugemens. Cette entreprise, si importante pour le bien de la société, fut poussée avec tant de zèle et d’ardeur, qu'avant la fin du douzième siècle , la loi féodale fut réduite en un système régulier; le code du droit canon fut étendu et disposé dans une forme méthodique , et les coutumes vagues et incertaines des différentes provinces ou des royaumes divers furent recueillies etarrangées avec un ordre et une exactitude qu'on ne devait qu’à la connaissance de la jurisprudence romaine. Dans quelques pays d'Europe, on adopta le droit romain pour servir de supplément aux lois municipales ; et tous les cas sur lesquels celles-ci n'avaient pas prononcés étaient jugés suivant les principes du premier. Chez d’autres peuples, les maximes aussi bien que les formes de la jurisprudence romaine se mêlèrent et se confondirent avec les lois du pays, et contribuèrent aussi, quoique d’une manière moins sensible, à y perfectionner la législation (25).
Ces divers perfectionnemens dans le système de jurisprudence et dans l'administration de la justice occasionèrent dans les mœurs des chanxemens d'une grande importance et dont les effets s'étendirent fort loin. Il en résulta une distinction marquée dans les professions. Les hommes furent obligés de cultiver des talens divers et de s'exercer à des occupations différentes, afin de se mettre en état de remplir les différens emplois qu'exigeaient les besoins multipliés de la société !. Chez les peuples non civilisés , il n'y a qu'une profession honorable : c'est celle des
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armes. Toute l'activité de l'esprit humain se borne à acquérir la force et l'adresse qu'exigent les exercices militaires, Les occupations en temps de paix sont simples et en petit nombre; et l'on n'a pas besoin, pour se mettre en état de les remplir, de suivre un plan d'éducation ou d'éude : tel fut l'état de l'Europe pendant plusieurs siècles, Tout gentilhomme naissait soldat et méprisait toute autre occupation ; il n'apprenait d'autre science que celle de la guerre; ses exercices et ses amusemens étaient des faits de prouesse militaire, Le caractère mème de juge, qui appartenait aux nobles seuls, ne demandait pas des connaissances plus étendues que celles que des soldats sans éducation pouvaient acquérir, Tout ce qu'un baron regardait comme nécessaire pour rendre la justice se réduisait à recueillir quelques coutumes de tradition que le temps avait confirmées et rendues respectables, à fixer, avec les formalités requises, les préparatifs d'un combat, à en observer l'issue, et à prouoncer si tout s'était passé conformément aux lois des armes.
Mais lorsqu'on eut fixé les formes des procédures légales, lorsqu'on eut rédigé par écrit et recueilli en un corps les règles qui devaient guider les ju,emens, la jurisprudence devint alors une science qu'on ne put acquérir que par un cours régulier d'études, et par une longue expérience de la pratique des différens tribunaux. Les nobles , qui ne respiraient que la guerre et savaient à peine écrire, n'avaient ni le loisir ni le désir d'entreprendre un travail si pénible et en même temps si étranger aux seules occupations qu'ils regardaient comme intéressantes ou comme convenables à leur rang. [ls abandonnèrent par degrés les places qu'ils avaient dans les cours de justice, où leur ignorance les exposait au mépris. Ils se lassèrent d'entendre des discussions d'affaires, qui devenaient trop compliquées pour qu'ils pussent en embrasser tous les détails. {l fallut donc s’en rapporter à des personnes exercées par des études préliminaires et par la connaissance des lois, non-seulement pour la décision judiciaire des points qui formaient le sujet de la contestation, mais encore pour la conduite des opérations et des procédures qu'exigeait l'instruction du procès Une classe d'hommes à qui tous les citoyens étaient obligés d'avoir sans cesse recours jour avoir
leur avis sur les objets les plus intéressans, et dont les opinions décidaient de la fortune , de l'honneur et de la vie, ne pouvait manquer d’acquérir bientôt de la considération et de l'influence dans la société. Is obtinrent les honneurs qui avaient été regardés jusque-là comme les récompenses propres des talens et des services militaires, On leur confia des emplois distingués par la dignité et la puissance qui y étaient attachées, IT s'éleva ainsi parmi les laïques une nouvelle profession honorable, autre que celle des armes, Les fonctions de la vie civile méritrent l'attention du public, et l'on cultiva les talens nécessaires pour les bien remplir. Une nouvelle route s'ouvrit à l'émulation des citoyens, et les conduisit à la richesse et aux honneurs. Les arts et les vertus de la paix furent mis à leur place, et reçurent les récompenses qui leur étoient dues (26).
Tandis que ces changemens, si importans pour l'état de la société et pour l'administration de la justice, s'établissaient par degrés en Europe, la noblesse commençait à prendre des idées plus grandes et des sentimens plus généreux ; ce fut un effet de l'esprit de la chevalerie, qu'on ne regarde ordinairement que comme une institution bizarre, née du caprice, et comme une source d'extravagances, mais qui était le produit naturel des circonstances où se trouvait la société, et qui contribua puissamment à polir les mœurs des nations de l'Europe. Le gouvernement féodal était un état perpétuel de guerre, de rapine et d'anarchie, dans lequel les hommes faibles et désarmés étaient sans cesse exposés aux insultes de l'insolence et de la force. Le mème esprit guerrier qui avait engagé tant de gentilshommes à prendre les armes pour la défense des pèlerins opprimés dans la Palestine, en excita d'autres à se déclarer les protecteurs et les vengeurs de l'innocence opprimée en Europe ; ce fut le seul objet digne d'exercer le courage et l’activité de ces nobles aventuriers, lorsque l'entière réduction de la Terre-Sainte, sous la domination des infidèles , eut mis fin aux expéditions des cro'sades. Réprimer l'insolence des oppresseurs puissans, secourir les malheureux , délivrer les captifs, protéger ou venger
les femmes, les orphelins, les ecclésiastiques, et
tous ceux qui ne pouvaient pas prendre les àrmes pour se défendre eux-mêmes, enfin re-
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