VIII
Cap. xv. Decad. 1,
de trouver un chef pour une entreprise de cette !
importance; et le caractère du gouverneur , à qui il appartenait de nommer ce chef, rendait
encore le choix beaucoup plus difficile. Quoique |
Velasquez eût une ambition excessive, et qu'il ne fût pas destitué de talens pour gouverner, il n'avait ni le courage, ni la vigueur, ni l’activité
d'esprit nécessaires pour exécuter lui-même l’ex- |
pédition qu'il préparait. Arrèté par cet obstacle, il forma le projet chimérique non-seulement de faire cette grande conquête, pour ainsi dire, par un député, mais de se conserver la gloire d'un exploit qu'un autre aurait achevé par ses ordres. C'était se proposer deux objets impossibles à concilier. Il voulait un commandant d’un courage
bienquesans cesqualitésiln’y avait point desuccès à espérer ; et en même temps, par la jalousie naturelle aux petits esprits, ille voulait assez docile et assezcomplaisant pour demeurer soumis à toutes ses volontés. Mais quand il vint à chercher parmi ses officiers quelétait celui à quion pouvait confier le commandement, un homme qui réunit ces qualités, ilreconnut bientôt qu'il étaitimpossible de les trouver ensemble dans un même caractère, Tous ceux qui se distinguaient par le courage et les talens avaient trop de hauteur pour consentir à n'être entre ses. mains que des instrumens passifs ; et ceux qui paraissaient plus doux et plus dociles manquaient des autres qualités nécessaires pour conduire une si grande entreprise. Ces considérations augmentaient ses inquiétudes et ses craintes. Il délibérait encore et n’osait fixer son choix, lorsque Amador de Lares, trésorier du roi à Cuba, et André Duero, son secrétaire, les deux personnes en qui il avait le plus de confiance, furent encouragés par son irrésolution même à lui proposer un sujet auquel on n'avait pas encore pensé ; ils appuyèrent leur recommandation avec tant d'adresse et de suite, que malheureusement pour Velasquez et fort heureusement pour leur patrie il parvinrent à le déterminer !.
L'homme qu'ils lui proposèrent était Fernand Cortès. IL était né .en 1485, à Médelin, petite ville de l’Estramadure, d’une famille noble, mais peu riche. Il avait été destiné d'abord à l'étude des lois, carrière qu’on croyait propre à
UB. Diaz, cap. x1x. Gomera, Chron., cap. vu. Herrera, Decau. Il, lib. ui, Cap. n.
Te conduire à la fortune, et il fut envoyé à Salamanque où il prit quelque teinture de savoir. Mais il se dégoûta bientôt de la vie académique, qui ne convenait pas à son génie ardent et inquiet, et se retira à Médelin, où il s'adonna tout entier à la chasse et aux exercices militaires. Il se montra si impétueux, si dissipé, si emporté, que pour satisfaire l'inclination qui le portait au métier de la guerre, son père consentit à l'envoyer hors de sa patrie, en qualité de volontaire dans quelqu'une des armées espagnoles. Cette nation avait alors deux théâtres sur lesquels les jeunes gens qui cherchaient à se distinguer pouvaient déployer leur valeur : l’un était l'Italie, où
. commandait Gonsalve de Cordoue, l'autre était intrépide et d'un grand talent, parce qu’il savait
le Nouveau-Monde. Cortès choisit le premier, mais une maladie l'empêcha de s'embarquer avec un corps de troupes qu'on envoyait à Naples. Ce contre-temps lui fit tourner ses vues du côté de l'Amérique, où il était d’ailleurs attiré par l’espérance d’être protégé par Ovando, gouverneur d'Hispaniola et son parent (98). A son arrivée à Saint-Domingue, en 1504, il fut accueilli comme
‘il s’y était attendu, et le gouverneur l’employa
dans plusieurs places honorables et lucratives ; mais c'était peu pour son ambition. En 1511 , il sollicita la permission d'accompagner Diego Velasquez dans son expédition de Cuba. fl s’y dis-
| tingua tellement que, malgré quelques disputes
violentes avec Velasquez, occasionées par des causes trop peu importantes pour que nous en occupions nos lecteurs, ilobtint enfin ses bonnes grâces et une ample concession de terres et d’Indiens, sorte de récompense qu'on accordait alors ordinairement aux aventuriers du Nouveau- Monde t.
Quoique Cortès n’eût pas jusque-là commandé
| en chef, les qualités qu’il avait montrées en dif-
férentes occasions difficiles donnaient les plus grandes espérances et tournaient vers lui tous les yeux de ses compatriotes comme sur un homme capable des plus grandes choses. L’ardeur de la jeunesse, en trouvant des objets et des occupations propres à l'exercer, s'était calmée par degrés et s'était changée en une activité infatigable. L’impétuosité de son caractère, contenue par la discipline et adoucie par le commerce de ses égaux, n'était plus que la mâle
1Gomara, Chron , Cap. 1, 1, HI.
franchise d’un soldat. Ces qualités étaient accompagnées d'une prudence calme dans ses plans, d'une vigueur soutenue dans l'exécution, et,ce qui est le caractère des génies supérieurs, de l'art de gagner la confiance et de gouverner l'esprit des hommes. Il joignait enfin à tout cela les dons de la nature qui frappent le vulgaire et attirent le respect, une figure agréable, une adresse extraordinaire dans les exercices militaires et une constitution robuste, capable de soutenir les plus grandes fatigues.
Aussitôt que les deux confidens de Velasquez lui eurent proposé Cortès, le gouverneur crut avoir trouvé ce qu'il cherchait en vain depuis si long-temps, un hoime doué du talent de commander, et qui ne fût pas pour lui un objet de jalousie. IL imaginait que le rang et la fortune de Cortès ne lui permettaient pas d'aspirer à l'indépendance. Il avait lieu de croire que la facilité avec laquelle il avait lui-mème oublié ses anciens différens avec Cortès, et les grâces récentes qu'il venait de lui accorder, lui avaient gagné sa bienveillance; il se flattait enfin qu'une nouvelle marque de confiance aussi honorable, et à laquelle Cortès ne pouvait guère s'attendre, achèverait de le lui attacher pour toujours.
Cortès reçut sa commission avec les plus vives expressions de respect ét de reconnaissance pour le gouverneur. Il arbora sur-lechamp son drapeau à la porte de sa maison, se montra dans un appareil militaire et prit toutes les marques de sa nouvelle dignité. Il employa sur-le-champ toute son activité et tout son crédit à déterminer plusieurs de ses amis à le suivre et à presser les préparatifs de son voyage. Tous ses fonds et tout l'argent qu'il put recueillir, enhypothéquant sesterres et ses Indiens, furent employés à acheter des munitions de guerre et des provisions, ou à fournir aux besoins de ceux de ses officiers qui ne pouvaient pas s’équiperd'unemanière convenable à leur rang(99).
Tout innocente et mème louable que fût cette |
conduite, les concurrens auxquels il avait été préféré parvinrent à y donner une tournure dé-
favorable. llslereprésentèrentcomme travaillant |
sans beaucoup de déguisement à se donner un empire absolu sur les troupes en cherchant à s'assurer leur respect et leur dévouement par l'ostentation d’une libéralité intéressée. Îls rappelèrent à Velasquez ses anciens démêlès avec
l'homme à qui il venait imprudeument de montrer une si grande confiance, et lui prédirent que Cortès se servirait de son nouveau pouvoir, bien plutôt pour venger les injures anciennes qu’il avait essuyées, que pour reconnaître le bienfait qu'il venait de recevoir. Ces insinuations firent des impressions si profondes sur l'esprit soupçonneux du gouverneur, que Cortès reconnut bientôt dans sa conduite les marques de la défiance et du refroidissement. et d’après les conseils de ses amis Lares et Duero il hâta son départ avant que les dispositions du gouverneur achevassent de se confirmer et d'éclater avec violence. Connaissant tout le danger d'un retardement, il pressa ses préparatifs avec tant de promptitude qu’il mit à la voile de San-lago de Cuba le 18 novembre.
Velasquez l'accompagna au rivage et prit congé de lui avec l'apparence de la confiance et de l'amitié, quoiqu'il eût chargé quelques - uns des officiers d'avoir toujours l'œil ouvert sur la conduite de leur commandant !.
Cortés alia descendre à la Trinité, petit établissement sur la même côte que San-lago.
Là il fut joint par plusieurs aventuriers et reçut un renfort de munitions de guerre et de bouche, dont il était assez mal pourvu. À peine avait-il quitté San-lago que la jalousie qui s'était emparée de l'âme de Velasquez s’accrut au point de ne pouvoir plus se contenir. L’armement n'étant plus sous ses yeux et à ses ordres, il sentait que son pouvoir avait cessé, et que celui de Cortès devenait plus absolu. Son imagination grossissait toutes les circonstances qui avaient auparavant excité ses soupçons. Les rivaux de Cortès ramenaient avec adresse Velasquez sur toutes les réflexions qui pouvaient augmenter ses craintes ; ils appelèrent même la superstition à leur secours ; et avec autant d’adresse que de méchanceté, ils surent faire servir | les prédictions d’un astrologue à porter ses alarmes au plus haut degré. Le concours de tant de moyens produisit l'effet qu'on en attendait. Velasquez se repentit amèrement de la confiance imprudente qu’il avait mise en un homme dont la fidélité lui paraissait si suspecte, | et dépècha en hâte des instructions à Verdugo. | principal magistrat à la Trinité, avec des ordres
i ‘Gomara, Chron., cap. vis. B. Diaz, cap. xx.
pour en avait dé de ses ti qu’en @ la mena Trinité exéculés De la pour lev provisio de distir s'engagi nemens fallait du Velasqu sur un h verteme tervalle tenter el mandem duite dé puérile o permis à mieux S il envoy:
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\ Trinité, petit e que San-lago.
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Diaz, cap. Xx.
pour enlever à Cortès sa commission : mais celui-ci avait déjà si bien gagné l'estime et la confiance de ses troupes et se trouva si assuré de leur zèle, qu’en employant tantôt la séduction et tantôt la menace, il obtint la permission de quitter la Trinité sans que les ordres de Velasquez fussent exécutés.
De la Trinité, Cortès fit voile vers la Havane,
pour lever encore des soldats et achever d'ap- |
provisionner sa flotte. Là plusieurs Espagnols de distinction se déterminèrent à le suivre et s'engagèrent à fournir le reste des approvisionnemens qui lui manquaient. Mais comme il leur fallait du temps pour remplir leurs engagemens, Velasquez, convaincu qu'ilnedevait plus compter sur un homme à qui il avait fait connaître si ouvertement sa défiance , voulut profiter de l’intervalle que lui donnait ce retardement pour tenter encore de dépouiller Cortès de son commandement. Il se plaignit hautement de la conduite de Verdugo, l’accusant d’une faiblesse puérile ou d’une trahison manifeste pour avoir permis à Cortès de sortir de la Trinité. Pour mieux s'assurer de l'exécution de son dessein, il envoya un homme de confiance à la Havane, chargé de remettre à Pedro Barba, son lieutenant dans cette colonie , l’ordre positif d’arrêter sur-le-champ Cortès, de l'envoyer prisonnier à San -lago sous une bonne escorte et de suspendre le départ de la flotte jusqu’à ce qu'il eût reçu des ordres ultérieurs. JL écrivit en mème temps aux principaux officiers pour
leur commander d'assister Barba dans l'exécution | des ordres qu'il luienvoyait. Mais avant l’arrivée |
de son messager, un moine de Saint-François avait fait passer la nouvelle de ce qui se tramait à Barthélemy d'Olmedo, religieux de son ordre, aumOnier de la flotte de Cortès.
Cortès, averti du danger, eut le temps de prendre ses précautions. La première fut d'éloigner de la Havane, sous quelque prétexte, Diégo de Ordaz, officier d'un mérite distingué, mais que son attachement pour Velasquez devait lui rendre suspect. Il lui donna le commandement
avaient tous la plus grande impatience de commencer l'exécution d'une entreprise dans laquelle ils hasardaient toute leur fortune , ils
| furent étonnés et indignés de cette basse jalou- | sie à luquelle le gouverneur voulait sacrifier
non-seulement l'honneur de leur général , mais toutes les espérances de gloire et de richesses qu'eux-mêmes avaient conçues, Ils suppliérent tout d’une voix Cortès de ne point abandonner la place à laquelle il avait tant de droits, et de ne pas les priver d'un chef qu'ils avaient suivi avec une confiance si bien méritée, Enfin ils lui offrirent de verser tout leur sang pour le défendre contre Velasquez. Cortès céda aisément à des instances qui n'avaient pour objet que de le déterminer à faire ce qu'il désirait luimême avec ardeur. Il jura de ne jamais abandonner des soldats qui lui avaient donné des preuves si éclatantes de leur attachement , et leur promit de les conduire incessamment à celte riche contrée qui était depuis si long-temps. l'objet de leurs pensées et de leurs désirs,
Tous les préparatifs étaient faits pour son départ ; mais quoique les Espagnols de Cuba eussent rassemblé toutes leurs ressources pour cette expédition; quoique chaque établissement y eût fourni des hommes et des provisiuns ; quoique le gouverneur eût dépensé des sommes considérables, et que chaque aventurier eût employé tous ses fonds et tout son crédit , on ne peut s'empêcher d'être étonné de la faiblesse de l’armement,bien peu proportionné en effet à un aussi grand objet que l'était la conquête d’un vaste empire. La flotte consistait en onze vaisseaux, dont le plus grand , honoré du titre d'amiral, n'était que de cent tonneaux; trois, de soixante-dix ou
! quatre-vingts tonneaux , et sept petites barques | Sans ponts. Elle portait six cent dix-sept hom-
mes, dont cinq cents huit soldats et cent neuf
| matelots et ouvriers, Lessoldatsétaient partagés
en onze compagnies, selon le nombre des vais. : seaux , Chacune commandée par un capitaine qui
| avait en même temps le commandement du vais | seau et celui des troupes quand elles seraient à
d’un vaisseau destiné à aller prendre quelques | vivres dans un petit havre par-delà le cap Antoine, et sut ainsi l’éloigner sans paraître soupgonner sa fidélité. Après son départ, Cortès ne tacha plus à ses troupes les desseins de Velasquez. Comme les officiers ainsi que les soldats
terre (100). Comme l'usage des armes à feu parmi les nations de l'Europe était encore récent , et qu'on n’en donnait dans les armées qu’à un petit nombre de bataillons d’infantetie bien discipir née , il n’y avait dans la troupe de Cortès que treize soldats armés de mousquets , trente:
deux d'arquebuses , et le reste d'épées et de piques ; au lieu des armes défensives ordinaires , qui eussent été embarrassantes dans un pays chaud , les Espagnols avaient des cottes d’armes de coton piqué, qu'on avait reconnues être suffisantes pour garantir des flèches des Américains. Ils n'avaient que seize chevaux, dix petites pièces de campagne et quatre fauconneaux!.
C'est avec ces faibles moyens que Cortès mit à la voile pour aller faire la guerre à un monarque dont les domaines étaient plus étendus que tous ceux de la couronne d'Espagne. Comme l'enthousiasme religieux se trouvait mêlé avec l'esprit de découverte et de conquête, et par une combinaison plus étrange, avec l'avidité même, dans toutes les entreprises des Espa gnols, leurs étendards portaient une grande croix avec cette épigraphe : Suivons la croix, car sous ce signe nous vaincrons. Les compagnons de Cortès, aussi avides de piller le riche pays qu'ils allaient chercher, que zélés pour y établir la foi chrétienne , étaient tellement animés de ces deux passions qu'ils se mirent en mer, non pas avec l'inquiétude que doit exciter naturellement une expédition si périlleuse, mais avec cette confiance qui naît de la certitude du succès et de l'assurance d’être frotégés par le ciel.
Cortès, déterminé à visiter tous les endr'oits où Grijalva était allé , fit directement voile vers l'île de Cozumel. Là il eut le bonheur de racheter des Indiens Jérôme d’Aguilar, Espagnol qui avait été huit ans prisonnier parmi eux. Cet homme, qui avait appris parfaitement un dialecte de la langue de cette partie de l'Amérique, répandu dans une grande étendue de pays, et qui avait d’ailleurs de la prudence et de l'adresse, fut extrêmement utile à Cortès en qualité. d’interprète. De Cozumel, Cortès se rendit à Tabasco dans l'espérance d'y être aussi bien reçu que Grijalva l'avait été, et d’en retirer une aussi grande quantité d'or; mais la disposition des habitans était entièrement changée, pour des raisons qu’on ne connaît pas. Après beaucoup de tentatives pour les gagner , il fut obligé d'employer la violence. Quoique les Indiens fussent nombreux et qu'ils attaquassent avec beau-
B. Diaz cap. xx.
voup de courage, ils furent battus avec un grand carnage en différentes actions. Les pertes qu'ils firent , l'étonnement et ja terreur que leur inspirèrent les effets destructeurs des armes à feu, enfin l'aspect effrayant des chevaux dans le combat, déconcertèrent leur courage et les forcèrent à demander la paix. Ils reconnurent le roi de Castille pour leur souverain, et donnèrent à Cortès des provisions , des habits de coton, un peu d'or et vingt femmes esclaves (101).
Cortès continua sa course à l’ouest sans perdre, autant qu'il le pouvait, le rivage de vue, afin d'observer le pays; mais il ne put trouver aucune place propre au débarquement jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Saint-Jean-d'Ulloa !., Comme il entrait dans le havre, un grand canot rempli d’Indiens, parmi lesquels deux semblaient être des personnes de distinction, s’approcha de son vaisseau avec des signes de paix et d'amitié. Les Indiens vinrent à son bord sans crainte et sans défiance, et lui adresstrent, d’un air très respectueux, un discours qu’Aguilar n’entendit point. Cortès se trouva très embarrassé d'un incident dont il prévit toutes les conséquences. Il commença à craindre pour le grand objet qu'il méditait les lenteurs et l'incertitude que causerait nécessairement l'impossibilité de communiquer ses idées autrement que par le secours imparfait des signes et des gestes ; mais il ne demeura pas long-temps dans cette inquiétude. Un heureux hasard suppléa à ce que toute sa sagacité n'aurait pu faire. Une des femmes esclaves qu’il avait eues du cacique de Tabasco, se trouvant présente à l'entrevue de Cortès et de ses nouveaux hôtes, aperçut son embarras et la con. fusion d’Aguilar, -et comme elle entendait parfaitement la langue mexicaine, elle expliqua dans la langue yucata, qu’Aguilar entendait, ce que disaient les Indiens. Cette femme, connue dans la suite sous le nom de dona Marina, et qui fait une si grande figure dans l’histoire du Nouveau-Monde où les plus grands événemens sont presque toujours l'effet de très petites causes, était née dans une des provinces de l'empire du Mexique. Après avoir été faite esclave dans une guerre, et avoir éprouvé diverses aventures, elle était tombée entre les mains des peuples de Tabasco et avait vécu assez long-temps parmi
1 B. Diaz, cap. xxx1, xxx vi. Gomara, Chron., c. XVI, xx, Herrera, Decau., 1, lib. 1v, cap. X1, etc.
euxp sienn entr.
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£ap. IV.
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à l'ouest sans perle rivage de vue, il ne put trouver rquement jusqu'à n-d'Ulloa {. Comme rand canot rempli ux semblaient être s'approcha de son aix et d'amitié. Les ans crainte et sans l’un air très respecr n'entendit point.
rassé d’un incident aséquences. Il comgrand objet qu'il ertitude que causeibilité de commuque par le secours stes ; mais il ne deette inquiétude. Un que toute sa sagaes femmes esclaves e Tabasco, se troude Cortès et de ses embarras et la con elle entendait parine, elle expliqua zuilar entendait, ce te femme, connue dona Marina, et qui s l'histoire du Nou- 1ds événemens sont très petites causes, nces de l'empire du te esclave dans une liverses aventures, ains des peuples de long-temps parmi nara, Chron., c.XVIN, , Cap. XI, elc.
eux pour apprendre leur langue sans oublier la sienne. Quoique cette manière de converser par l'entremise de deux interprètes fut très fatigante et très ennuyeuse , Cortès fut ravi d'avoir découvert ce moyen de communiquer avec les habitans d'un pays où il voulait pénétrer, et, dans les transports de sa joie, il regarda cet événement comme une marque éclatante des secours de la Providence en sa faveur !.
Il apprit alors que les deux personnes qu'il avait reçues à son bord étaient députéesde Pilpatoë et de Teutilé, l'un gouverneur de la province à laquelle il abordait et qui était soumise äun grand monarque appelé Montézuma, l'autre commandant de ses troupes; ces députés étaient envoyés pour s'informer des intentions de Cortès en visitant leur côte et pour lui offrir
les secours dont il pouvait avoir besoin pour ;
continuer sa route. L'air de ces Indiens et les intentions exprimées dans leur message frappèrent Cortès. Il les assura, dans les termes les plus respectueux, qu'il abordait chez eux avec des sentimens d'amitié, qu’il venait faire des propositions d’une grande importance au bien du prince et de son royaume, et qu'il les exposerait en personne au gouverneur et au général. Le lendemain au matin. sans attendre de réponse, il débarqua ses troupes, ses chevaux et son artillerie. et ayant choisi un terrain convenable, il commença à y élever des baraques et à en faire un camp fortifié. Les Indiens au lieu de s'opposer à l'entrée de ces hôtes qui devaient ttre un jour les destructeurs de leur pays, les aidèrent dans toutes les opérations de leur débarquement avec un empressement dont ils eu rent depuis bien des raisons de se repentir.
Le jour suivant, Pilpatoë et Teutilé vinrent au Camp avec une nombreuse suite, et Cortès, les regardant comme les ministres d’un grand roi, les reçut avec beaucoup plus d'égards que les Espagnols n’avaient coutume d'en marquer aux petits caciques avec lesquels ils traitaient. Il leur apprit qu'il venait en qualité d’ambassadeur de don Charles d'Autriche, roi de Castille, et le plus puissant monarque de l’est, et qu'il
était chargé de propositions d'une telle impor- !
tance, qu'il ne pouvait les communiquer qu’à
B. Diaz, cap. xxxvir, xxxvIN, xxxix. Gomara, | Chron., cap xxv, xzvi. Herrera, Decad, IL, lib, v, &ap. IV.
. bois épais voisins du camp, fit un grand dégât
YA Montézuma lui-même , et il leur demanda de le conduire devant lui sans perdre de temps. Les officiers mexicains ne purent cacher la peine que leur faisait une demande qu’ils prévoyaient devoir être fort mal reçug de leur souverain, dont l'esprit était déjà rempli d'inquiétudes et de craintes, depuis les premières nouvelles qu'il avait apprises de l'apparition des Espagnols sur les côtes de son empire. Mais avant d'entreprendre de dissuader Cortès de son projet, ils s’efforcèrent de gagner sa bienveillance, en le pressant d'accepter des présens qu'ils voulaient mettre à ses pieds en qualité d'humbles esclaves de Montézuma. On les lui offrit avec beaucoup d'appareil. Ils consistaient en étoffes de coton fort belles, en plumes de différentes couleurs et en ornemens d'or et d'argent d’une valeur considérable et d'un travail curieux. La vue de ces présens produisit un effet bien différent de celui que se proposaient les Mexicains. Loin de satisfaire l’avidité des Espagnols, elle l'accrut, et leur inspira une si vive impatience de devenir mattres d’un pays qui produisait ces richesses, que Cortès, se donnant à peine le temps d'écouter les raisons par lesquelles Pilpatoë et Teutilé cherchaient à le détourner d'aller à la capitale, et prenant un ton fier et décidé, leur répéta qu’il voulait avoir une audience du roi lui-même. Pendant cette entrevue, quelques peintres à la suite des chefs des Mexicains avaient été occupés à dessiner, sur des étoffes de coton blanches, les vaisseaux, les chevaux , l'artillerie , les soldats espagnols et tout ce qu'ils trouvaient de plus singulier. Cortès, qui s’en aperçut et qui apprit que ces dessins devaient être envoyés à Montézuma, voulut donner à ce prince une idée plus vraie et plus imposante des objets étonnans qui se présentaient pour la première fois à la vue des Indiens , et qu'aucun mot de leur langue ne pouvait rendre. Pour cet effet, il résolut de les rendre témoins d’un spectacle qui pôt leur mieux faire connaître la bravoure de ses soldats et la force irrésistible de leurs armes. Il fit son-
| ner l'alarme par les trompettes. En un instant
les troupes se mirent en bataille, l'infanterie exécuta plusieurs mouvemens dans lesquels elle
| fit usage de ses différentes armes , et la cavalerie
fit différentes évolutions pour montrer sa force et son agilité. L’artillerie enfin, dirigée sur les
dans les arbres, Les Mexicains virent d'abord les exercices militaires avec le silence et l'étonnemeut qui sont naturels lorsque l'esprit est frappé d'objets nouveaux qui paraissent redoutables ; mais au bruit du canon, plusieurs s'enfuirent, d'autres tombèrent de frayeur , et tous furent si épouvantés en voyant des hommes dont le pouvoir leur parut ressembler à celui des dieux, que Cortès eut.beaucoup de peine à les ramener et à les rassurer. Leurs peintres employèrent tout leur art à représenter ces nouveaux objets , et leur imagination à inventer des figures et des caractères qui pussent rendre les choses extraordinaires dont ils venaient d’être les témoins.
On dépécha sur-le-champ des courriers à Montézuma , chargés de lui remettre ces tableaux , et de lui faire le récit de ce qui s'était passé depuis l'arrivée des Espagnols. Cortès envoyait en mème temps au monarque quelques curiosités d'Europe de peu de valeur, mais:qu'il crut pouvoir lui être agréables jpar leur nouveauté. Les rois du Mexique, pour être instruits promptement de tout ce quise passait dans les parties les plus éloignées de leur vasteempire ; avaient établi uneexcellente institution, que l’Europe même ne connaissait pas encore. Ils avaient en différens endroits, sur les principales routes , des courriers qui, formés par l'éducation à une grande agilité, et se relevant les uns les autres à de médiocres distances portaient les avis avec une célérité étonnante. Quoique la capitale où le monarque faisait sa résidence fût distante de éent quatre-vingts milles de Saint-Jean-d'Ulloa , les présens de Cortès furent portés à l'empereur et sa réponse rapportée en peu de jours. Les mèmes officiers qui avaient jusque-là traité avec les Espagnols furent chargés de la réponse du monarque ; mais comme ils savaient combien les projets et les désirs du général étaient opposés aux résolutions que venait de prendre Montézuma , ils ne crurent pas devoir les notifier à Cortès, sans avoir auparavant fait de nouveaux efforts pour l'adoucir. Afin de renouer la négociation , ils offrirent doncles présens qu'envoyait Montézuma , et qui étaient portés par cent Indiens. La magnificence de ces dons répondait à ja grandeur du monarque et dépassait de beaucoup toutes les idées que les Espagnols s'étaient
faites jusqu'alors des richesses du Mexique, Un |
(1519) les plaça sur des nattes étendues à terre dans un ordre qui les faisait paraitre avec plus d'avantage. Cortès et ses gens virent avec admiration les différentes productions de l'industrie du pays ; des étoffes de coton si belles et d’un tissu si fin qu’elles égalaient les soieries ; des tableaux représentant des animaux , des arbres et d'autres objets, qui n'étaient formés que de plumes de différentes couleurs employées avec assez d'adresse et d'élégance pour le disputer aux ouvrages du pinceau pour la vérité et la beauté de limitation, Mais ce qui attira surtout leurs regards ce furent deux grands plats de forme circulaire, l'un d'or massif, représentant le soleil; l'autre d'argent, emblème de la lune (402), Il y avait en outre des bracelets, des colliers , des anneauxet d'autresbijoux d'or, et afin que les Espagnols pussent prendre une idée complète de toutesiles richesses que fournissait le pays , des boîtesremplies de perles,de pierres précieuses, de grains d'or non travaillés et tels qu'on les trouvait dans les mines et les rivières. Cortès reçut ces présens avec les démonstrations d’un respect profond pour le prince qui les lui envoyait. Mais quand les Mexicains, croyant désormais leur négociation plus facile, lui firent savoir que quoique l'empereur lui eût envoyé ces présens comme une marque des égards qu'il avait pour le prince que Cortès représentait , il ne consentait point à ce que des troupes étrangères approchassent davantage de sa capitale, où même demeurassent plus long-temps dans ses domaines, le général espagnol déclara plus positivement encore qu'auparavant qu'il ne se relàcherait point de sa première demande, et qu'il ne pourrait sans honte retourner auprès de son souverain, s'il n'avait été admis en la présence du prince qu'il était venu visiter de sa part. Les Mexicains, étonnés de voir un homme qui osait s'opposer à une volonté qu’ils étaient accoutumés à regarder comme irrésistible, effrayés en même temps du danger de précipiter leur pays dans une guerre ouverte avec de si terribles ennemis, demandèrent et obtinrent de Cortès la promesse qu’il resterait dans son camp jusqu'au retour d'un messager qu'ils envoyaient à Montézuma pour recevoir de nouveaux ordres f.
La fermeté avec laquelle Cortès persistait
18. Diaz, cap. xxxIx. Gomara, Chron., Cap. XxvII. Herrera, Decad. 1, lib. v, cap. v, va
dans 8 duire | une pro ci d’aut avec ur vertem auquel monar Mexiqu quel n'« policée quedep dait del ritoired et de pl et comp populati des pay guerrièr marque avec les ment da sur les E pés sur | allié dar provisio:
disciplin sister à un comb leur entr La pu de prenc même 56 qui avais le plush:
souffrir | sujets le avec terr sévérité | opinion « respecter remporté loin la te:
sieursgre qu'ileût le Mexiq où était c choses, c une Conjc laient pa
8 À terre dans un avec plus d'avant avec admiration le l'industrie du elles et d’un tissu ries ; des tableaux arbres et d'autres que de plumes de s avec assez d'adisputer aux outé et la beauté de surtout leurs relats.de forme cirésentant le soleil ; la lune (402), 11 y es colliers , des antafin que les Espaidée complète de issait le pays , des rres précieuses, de els qu'on les troutres. Cortès reçut ations d’un respect lui envoyait. Mais nt désormais leur firent savoir que nvoyé ces présens ds qu'il avait pour tait, il ne consenes étrangères apcapitale , ou même nps dans ses dodéclara plus positit qu'il ne se relàemande, et qu'il ne er auprès de son mis en la présence ter de sa part. Les n homme qui osait étaient accoutumés , effrayés en même ter leur pays dans | terribles ennemis, Cortès la promesse pp jusqu’au retour aient à Montézuma rdres {, > Cortès persistait
Chron., cap. xxvi.