‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 102 sur 155 · VE · texte numérisé non relu

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dans sa résolution devait naturellement conduire la négociation entre lui et l'empereur à une prompte issue, puisqu'elle ne laissait à celuici d'autre parti que de recevoir les Espagnols avec une confiance entière ou de les traiter ouvertement en ennemis. Ce dernier parti était celui auquel il y avait lieu de s'attendre de la part d'un monarque hautain et puissant. L'empire du Mexique était alors à un point de grandeur auquel n'a peut-être atteint aucune grande société policée en si peu de temps. Quoiqu'il nesubsistat quedepuis cent trenteans ,sa domination s'étendait de la mer du Nord àla mer du Sud, sur un terrioirede plus de cinq centslieues de l'est à l’ouest, et de plus de deux cents lieues du sud au nord, et comprenait des provinces qui, en fertilité, en population , en richesses , ne le cédaient à aucun des pays de la zone torride. La nation était guerrière et entreprenante, l'autorité du momarque illimitée et ses revenus considérables. Si, avec les forces qu'on pouvait réunir en un moment dans un tel empire, Montézuma fût tombé sur les Espagnols lorsqu'ils étaient encore campés sur une côte stérile et malsaine, sans aueun allié dans le pays, sans place de retraite , sans provisions , malgré tous les avantages de leur discipline et de leurs armes, ils n'auraient pu résister à un pareil choc; ou ils auraient péri dans uu combat si inégal , ou ils auraient abandonné leur entreprise.

La puissance de Montézuma le mettait en état de prendre ce parti vigoureux ,.et son caractère même semblait l'y porter, De tous les princes qui avaient tenu le sceptre du Mexique, il était le plus haut , le plus violent.et le plus éloigné de souffrir la moindre résistance à ses volontés. Ses sujets le voyaient avec crainte, et ses ennemis avec terreur. Il gouvernait les premiers avec une sévérité terrible ; mais ils avaient une si grande opinion de son habileté qu'ils étaient forcés dele respecter , et les victoires nombreuses qu'il avait rermportées sur ses ennemis avaient répandu au loin la terreur de ses armes et avaient ajouté plu-

sieursgrandes provinces à son empire. Maisquoi- ! ment de résolution, et dans un transport de

qu’il eût peut-être assezde talens pour gouverner |

le Mexique dans l'état de civilisation imparfaite où était cet empire et dans le cours ordinaire des | choses, ces talens étaient bien insuffisans pour une conjoncture si extraordinaire, et ne le metaient pas en état de se décider avec la justesse

etla promptitude nécessaires dans un moment si critique, Depuis que les Espagnols avaient paru sur la côte, il avait laissé voir tous les symptômes de l'embarras et de la crainte, Au lieu de prendre les résolutions que devaient lui inspirer le sentiment de son pouvoir et le souvenir de ses premiers exploits, il avait mis dans toutes ses délibérations une inquiétude et une indécision qui n'échappèrent pas aux derniers de ses courtisaus, La perplexité et le trouble de Montézuma aussi bien que le découragement de ses sujets n'étaient pas seulement l'effet de la présence des Espagnols et de la terreur de leurs armes ; on les attribue à des causes plus éloignées. Si l'on en croit les premiers historiens espagnols et les plus estimés, il y avait parmi les Américains une opinion presque universelle que quelque grande calamité les menaçait et leur serait apportée par une race de conquérans redoutables venant des régions de l'est pour dévaster leur contrée. On ne peut pas savoir si cette crainte était l'effet du souvenir de quelque grand bouleversement de cette partie du globe, qui aurait frappé l'esprit de ses habitans de craintes superstilieuses sur l'avenir ,ou seulement l'effet de l'étonnement que causait la première vue de cette race d'hommes nouveaux qui se montraient aux Mexicains, Quoi qu'il en soit, comme cette nation était plus superstitieuse qu’aueune autre du monde, on y fut fortement frappé de l’apparition des Espagnols. On se les représenta comme les instrumens destinés à accomplir la fatale révolution qui menaçait le Mexique. Dans de pareilles circonstances on conçoit plus facilement comment une poignée d'aventuriers put porter l'alarme au cœur du monarque d’un grand empire et de tous ses sujets “.

Cependant lorsquele messager arrivé du eamp espagnol apporta la nouvelle que Cortès, persistant dans sa première demande, refusait d'obéir à l'ordre qui lui enjoignait de quitter le pays, Montézuma malgré ses terreurs montra un mo-

colère naturel à un prince orgueilleux qui n’avait

| jamais rencontré d'obstacle à ses volontés, il

1 Cortès, Relacion seconda, ap. Ramus, ll, 234, 235. Herrera, Decad.ll, lib. ur, cap. x, lib, v, cap, x1, lib. vit, cap. vi, Gomera, Chron., cap. LxvI, xeut,

Fr à ses dieux ces insolens | mandement lui méritèrent aisément leur estime,

menaça de sacrifie étrangers. Mais ses incertitudes et ses craintes

revinrent bientôt; et au lieu de donner des ordres pour mettre ses menaces à exécution , il appela encore ses ministres pour consulter et prendre leur avis. Des hommes assemblés pour délibérer dans un moment où il faudrait agir ne prennent jamais que des mesures lentes et faibles. Le résultat du conseil ne fut point d'employer sur-lechamp des moyens efficaces de repousser l'ennemi; on se contenta d'envoyer à Cortès des ordres plus positifs de quitter le pays, accompagnés , fort imprudcmment sans doute, d’un présent assez considérable pour offrir aux Espagnols un nouveau motif de s'y établir.

Ceux-ci étaient cependant inquiets et incertains sur le parti qu'ils avaient à prendre. D'après ce qu'ils avaient déjà vu de la richesse du pays, plusieurs d’entre eux s'en formaient des idées si exagérées qu'ils étaient déterminés à braver toutes les difficultés et tous les dangers pour achever une conquête qui devait les mettre en possession de trésors inépuisables. D'autres, jugeant de la force de l'empire du Mexique par ses richesses mêmes, assurés par plusieurs observations que ce pays avait une forme régulière de gouvernement, prétendaient que c'était une folie véritable que d'attaquer un si grand état avec une poignée d'hommes manquant de provisions, affaiblis déjà par les maladies particulières au climat, qui en avaient fait périr plusieurs, et sans avoir l'appui d'aucune alliance dans le pays !. Cortès applaudissait secrètement à ceux qui tenaient pour les résolutions hardies; et il encourageait des espérances romanesques qui lui étaient communes avec eux, et qui concouraient à l'exécutian des plans qu’il avait concertés.

Depuis le moment où les soupçons de Velasquez s'étaient déclarés, et où il avait tenté de dépouiller Cortès de l'autorité qu’il lui avait confiée , celui-ci avait senti la nécessité de n’avoir plus avec le gouverneur de Cuba aucune liaison. dans la juste crainte de voir traverser

toutes ses opérations; il ne demandait même |

qu’une occasion d'en venir à une rupture ouverte. Dans cette vue il n’avait rien négligé pour s'assurer de ses soldats, Ses talens pour le com-

1B. Diaz, cap. xL.

et il ne lui fut pas plus difficile d'acquérir leur affection. Parmi des aventuriers de même rang, faisant la guerre à leurs dépens, la dignité de chef n'élevait pas un général assez au-dessus de ceux qui étaient sous ses ordres, pour ne pas établir entre eux un commerce continuel. Cortès sut profiter de cette circonstance pour s'insinuer dans leur esprit par des manières affables et par des préférences adroites, en permettant à quelques-uns de commercer pour leur compte avec les Indiens(103) ; enfin ,en enflammant les espé rances de tous, il s’attacha tellement la plus grande partie de ses soldats qu'ils oublièrent presque que l'armement avait élé fait sous l’autorité et aux dépens d’un autre que Cortès.

Pendant que le général espagnol conduisait ainsi ses projets, Teutilé arriva avec le présent de Montézuma et un nouvel ordre pour que les étrangers eussent à quitter sur-le-champ ses états. Mais lorsque le général renouvela la demande d’une audience de l’empereur, le Mexicain le quitta brusquement, et sortit de son camp avec des regards et des gestes qui exprimaient toute sa surprise et tout son ressentiment. Le lendemain au matin, il ne parut aucun des Indiens qui avaient coutume de fréquenter le camp en grand nombre, et d'y apporter des provisions qu'ils échangeaient avec les soldats. Tout commerce parut cesser, et on s'attendait à tout moment à voir commencer les hostilités. Cet événement, quoiqu'on eût dû le prévoir, causa parmi les Espagnols une consternation subite qui enhardit les partisans de Velasquez nonseulement à murmurer et à cabaler contre le général, mais à charger l'un d’entre eux de lui faire des remontrances sur l'imprudence qu’il ÿ avait à tenter la conquête d’un grand empire avec des forces si insuffisantes, et de le presser de retourner à Cuba pour y ravitailler sa flotte et y augmenter son armée. Diégo de Ordaz, un de ses principaux officiers, chargé de cette commission par les mécontens, s'en acquitta avec toute la liberté et la grossièreté d’un soldat, en Jui assurant qu'il exprimait le sentiment de toute l'armée. Cortès l’écouta sans la moindre apparence d'émotion, et comme il connaissait fort

| bien les dispositions et le caractère de ses soldats,

et qu’il prévoyait la manière dont ils recevraient une proposition qui renversait en un instant

toutes | là nour paraître se prête des ord suivant cette r frustrés menacë gnant à mentati prêt à s presser presser tout d' que leu recevoir Castilla danger.

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avait été dait sin delare gloire e les ordi suivre a mer un faisaien désirs ; honteus un rival ment m dans le courage Corti point de des sen dont, à combiet d'être & qu'il n° ment q désir g cela sa qu'il cr le désse pour pé qu'on l’ vues ét

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spagnol conduisait riva avec le présent ordre pour que les * sur-le-champ ses al renouvela la depereur , le Mexicain tit de son camp avec li exprimaient toute sentiment. Le lenit aucun des Indiens quenter le camp en orter des provisions soldats. Tout comittendait à tout mohostilités. Cet évé- | le prévoir, causa onsternation subite de Velasquez nonà cabaler contre le n d’entre eux de lui l'imprudence qu’il y d'un grand empire tes, et de le presser y ravitailler sa flotte Diégo de Ordaz, un hargé de cette com- , s'en acquitta avec reté d’un soldat, en le sentiment de toute is la moindre appae il connaissait fort actère de ses soldats, e dont ils recevraient rsait en un instant

toutes les belles espérances qu’ils avaient jusquelà nourries, il porta la dissimulation jusqu'à paraitre abandonner ses propres mesures pour se prêter aux représentations d'Ordaz, et il donna des ordres pour que l’armée se tint prête le jour suivant à se rembarquer pour Cuba. Dès que cette résolution fut connue, les aventuriers, frustrés de leurs espérances, se plaignirent et menacèrent. Les émissaires de Cortès, se joignant à eux, enflammérent leur dépit. La fermentation devint générale. Tout le camp était prèt à se mutiner; tous demandaient avec em-

pressement à voir le général, Cortès ne se fit pas |

presser long-temps. A sa vue ils exprimèrent tout d’une voix l’étonnement et l'indignation que leur causaient les ordres qu'ils venaient de recevoir. Il était honteux, disaient ils, pour des Castillans, de s’effrayer au premier aspect du danger , et infâme de fuir avant que l'ennemi se fût même montré. Quant à eux ils étaient déter-

* minés à ne pas abandonner une entreprise qui

avait été heureuse jusqu'à ce moment, et qui tendait si manifestement à répandre la connaissance de la religion et à procurèr à leur patrie tant de gloire et d'avantages. Heureux de marcher sous les ordres de Cortès, ils étaient disposés à le suivre au travers de tous les dangers, pour former un établissement et recueillir les trésors qui faisaient depuis si long-temps l’objet de leurs désirs ; mais s’il voulait retourner à Cuba et céder honteusement toute sa gloire et ses espérances à un rival envieux, ils se choisiraient dans le moment même un autre général qui les guiderait dans le chemin de la gloire qu'il n'avait pas le courage de suivre.

Cortès, enchanté de leur ardeur, ne s'offensa point de la hardiesse avec laquelle ils énonçaient des sentimens que lui-même avait inspirés, et dont, à la chaleur de leurs expressions, il voyait combien ils étaient pénétrés. Il affecta cependant d'être surpris de ce qu’il entendait. Il déclara qu'il n'avait donné l’ordre pour le rembarquement que d'après la persuasion que c'était là le désir général des troupes ; qu'il avait sacrifié en cela sa propre opinion, pardéférence pour gelle qu'il croyait être la leur ; qu’il avait toujours eu le dessein de former un établissement sur la côte pour pénétrer ensuite dans l’intérieur du pays ; qu’on l'avait trompé en lui persuadant que leurs vues étaient différentes des siennes; qu’il les

voyait avec une grande satisfaction pleins de ce courage qui devait animer tout véritable Espagnol ; que cette certitude allait lui faire reprendre son premier plan avec une ardeur nouvelle, et qu’il était très assuré de les conduire par le chemin de la victoire à la fortune que leur valeur méritait. A cette déclaration de Cortès on répondit par des applaudissemens et des cris de joie. La résolution parut unanime et prise.d'un

: Consentement universel; car ceux qui la condam-

‘naient secrètement furent obligés de se réunir

au plus grand nombre dans les acclamations, tant pour cacher leur opposition au général que pour ne pas s’attirer de la part de leurs compagaons le reproche de lâcheté 1,

Sans laisser à ses gens le temps de se refroidir ou de réfléchir sur le parti qu’on venait de prendre, Cortès s’occupa sur-le-champ de l'exécution. Pour commencer :’établissement d'une colonie, il assembla les principaux de son armée, et, d’aprèS leur suffrage, il forma un conseil et nomma des magistrats qu'il revêtit de la plus grande autorité. Commeles hommes transportent naturellement les institutions de leurs gouvernemens dans les nouveaux établissemens qu'ils forment, la colonie fut établie sur le modèle de l'administration espagnole. Les magistrats furent distingués par les mêmes noms et les mêmes marques de dignité et eurent les mêmes emplois. On ne choisit pour remplir les places que ceux des compagnons de Cortès qui lui étaient entièrement dévoués, et les actes de leur élection et de leur nomination furent dressés au nom du roi, sans y faire mention de celui de Velasquez. Les deux mobiles des Espagnols, dans toutes leurs entreprises au Nouveau-Monde, l’avidité et l'enthousiasme religieux, semblent avoir suggéré à Cort: le nom qu’il donna à son établissement. Il l'appela la riche ville de la vraie croix : Vülla-Rica de la Vera-Cruz.

La première assemblée du nouveau conseil fut remarquable par un acte très important. Dès qu’elle fut formée, Cortès fit demander la permission de s'y présenter, et s’approchant avec une contenance respectueuse, propre à relever la dignité du tribunal et à donner un exemple de soumission à son autorité, il commença un long discours, dans lequel il employa beaucoup d'art

1B. Diaz, cap. xx, xu1, xuu. Herrera, Decad. 1l , Hib, v, cap. vi, va.

et dit les choses les plus flatteuses aux magis: trats qui entraient dans leurs nouvelles font: tions. Il fit d'abord observer qu'étant revêtus de l'autorité suprême sur la colonie, il les considérait comme exerçant toute celle du souverain et comme représentant sa personne; qu'il se croirait désormais obligé de leur communiquer tout ce qu'il regarderait comme intéressant le bien public, avec la mème fidélité et le même zèle que s’il s'adressait à son maître mème ; que la sûreté d'une colonie qui s’établissait dans un grand empire, dont le monarque montrait déjà des dispositions ennemies, dépendait des armes et par conséquent de la subordination et de la bonne discipline parmiles troupes; qu'il avait tenu d’abord son droit au commandement du gouverneur de Cuba, mais que comme Velasquez avait depuis long-temps révoqué sa: commission, on pouvait contester la légitimité de son pouvoir, et qu'il eraignait lui-même d'exercer une autorité qui ne serait fondée que sur un titre vicieux où du moins équivoque; que la colonie ne pouvait confier’sa défense à des troupes autorisées à mettre en questivn le pouvoir du

général dans un moment critique où l’obéissance:

implicite à ses ordres: était absoluient néces= saire; que toutes ces considérations le détérmit naient à se démettre entre leursi mains de touté l'autorité qu'il pouvait avoit, afin qu'ayant le droit de la conférer tout entière à celui qu'ils choisiraient, ils donnassent à l’armée, au nom du roi, un général qui püt désormais la com mander; que quant àlui, son dévouement à sa patrie était tel qu’il se réduirait, s’il était nécessaire, à n'être qu'un simple officier; qu'il servirait avec le même zèle en cette qualité qu'en! celle de général, et prouverait à ses compagnons de guerre que, quoique actoutumé à comman-

der, il savait aussi obéir: Son discours fini, il dé- |

posa sur la table du conseil la eonmission de Velasquez, et aprés avoit” baïsé’ son bâton de commandement , le remit entre les mains du’ préident et se retirä!

La délibérationne füt pas longue. Cortès avait concerté toutes ses mesures avee ses partisans

les plus fidéles, et préparé avec beaucoup'd’a-

dresse les autres membres du conseil à prendre la résolution qu'il désirait. On accepta sa démis-

preuve incontestable de son talent pour le commandement , ils le nommérent, d'une voix unauime , premier magistrat de la colonie et général de l’armée, en ordonnant que sa commission lui serait expédiée au nom du roi, avec {es pouvoirs les plus étendus, et qu’il les exercerait jusqu'à ce que les volontés du roi fussent connues. Afin que ces dispositions ne pussent pas être regardées comme une intriguëé dù conseil, où coinmuniqua aux troupes la résolution qu'on venait de prendre. Les soldats ratifièrent le choix du général avec de grands applaudissemens. On proclama le nom de Cortès, et tous lui jurèrent de verser leur sang pour la défensé de son autorité.

Cortès, ayant heureusement accompli ses desseins et secoué la dépendance mortifianté dans laquelle'il semblait être à l'égard du gouverneur de Cuba, accepta, avec beaucoup dé marques de respect pour le conseil et de reconnaissance pour l’armée, la commission qu'on lui donnait, et se trouva revêtu de l'autorité suprême tant au civil qu'au militaire sur la colonie. 1 prit avec sa nouvelle autorité un air de dignité plus imposant, et commença à exercer les pouvoirs presque illimités qu’il venait de recevoir. Î'ne s'était regardé jusqu’à ce moment que comme le député d’un simple sujet du roi d'Espagne; il commença à agir comme le représentant de son souverain. Les partisans de Velasquez, prévoyant toutes les suites de ce changement, ne purent demeurer plus long-temps spectateurs oisifs de tout ce qui se passait. Ils'se récrièrent ouvertement contre le procédé du conseil, qu'ils regardaient comme illégal, et contre la conduité de l'armée, qu'ils traitaient de désobéissance. Cortès, sentant la nécessité dé prévenir de bonne heure, par un acte de vigueur, les effets de ces discours séditieux , fit arrêter Ordaz, Escudero et Velasquez de Léon, chefs de cette faction, et les envoya sur la flotte les fers aux pieds. Leurs partisans effrayés et confondus restèrent tranquilles, et Cortès, qui avait plus d'envie de rappeler à lui que de punir ces officiers dont il connaissait le mérite, sollicita leur amitié avec tant d’assiduitéet d'adresse qu'il s’opéra entre euxune sincère réconciliation; tellement que, dans les occasions les plus délicates, ni leur liaison avec

sion, et comme la prospérité continue qui avait | le gouverneur de Cuba, ni le souvenir du traitejusque-là couronné son expédition était une | ment qu'ils avaient essuyé, ne purent les déta-

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taccompli'ses des- * mortifiante dans td du gouverneur coup dé marques de reconnaissance qu'on lui donnait, rité suprême tant la colonie. 1 prit ir de dignité plus ercer les pouvoirs dé recevoir. I ne nent que comme le 1 roi d'Espagne; il ‘présentant de son lasquez, prévoyant xement, ne purent ectateurs oisifs de récrièrent ouvertenseil, qu'ils regartre la conduité de obéissance. Cortès, ir de bonne heure, fets de ces discours Escudero et Velaste faction, et les s aux pieds. Leurs dus restèrent tranlus d'envie de rapfficiers dont il conur amitié avec tant opéra entré euxune nent que, dans les ni leur liaison avec souvenir du traitee purent les déta-

cher de ses intérêts1. Dans cette occasion , ainsi que dans d’autres également critiques pour sa fortune et sa renommée, Cortès dut en grande partie ses succès à l'or du Mexique, qu’il distribuait avec profusion à ses amis et à ses ennemis ?,

Cortès, ayant fortifié ainsi l'attachement de son armée pour lui, pensa qu'il pouvait quitter désormais son camp et s'avancer dans le pays. Il fut encouragé dans ce projet par un événement aussi heureux en lui-même que par la circonstance dans laquelle il arrivait. Quelques Indiens s’approchèrent de son camp et furent secrètement admis en sa présence. Ils étaient envoyés avec des propositions d'alliance et 4’amitié par le cacique de Zempoalla, ville considérable et peu éloignée. Par leurs réponses à un grand nombre de questions qu'il leur fit, selon son üsage ordinaire dans ses entrevues avec les Indiéns, il apprit que leur maître, quoique sujet de l'empire du Mexique, souffrait impatiemment le joug, et craignait et haïssait si fortement Montézuma que rién ne pouvait lui être plus agréable que l'espérance de se délivrer de l'oppression sous laquelle il gémissait. Cet avis fit lüire à l'esprit de Cortès un rayon de lumiére et d'espérance. Il vit que le grand empire qu'il se proposait d'attaquer était désuni, et que le souverain n’y était pas aimé. Il conjectura que les causes du mécontentement ne pouvaient pas être bornées à une seule province, et qu’il se trouverait, en d’autres parties de l'empire, dés mécontens , las de la soumission ou désirant un changement, et prêts à suivre les drapeaux du premier libérafeur qui se montrerait. Plein dé ces idées, et commençant dés lors à se tracer un plan que lé temps et une connaissance plus exacte dé l'état du pays devaient le mettre bientôt en état de suivre et d'exécuter, il reçut très bien les Zempoäallans et leur promit d'aller incessimment visiter leur cacique3.

Pour remplir s4 promesse, il n'était prs nécessaire qu'il s'écartat de la route qu'il s'était déjà proposé de suivre en s’avançant dans le pays Quelques officiers employés à visiter la côte ayant reconnu un village nommé Quiabis-

1 B. Diaz, cap. xut, xx, Gomara, Chron., cap. xxx, xxx. Herrera, Decad. I, lib. v, cap. vu, 3B. Diaz, cap. xuiv.

5 B. Diaz, cap. xu. Gomara, Chron., cap xxvin

lan, à environ quarante milles au nord, qui, à raison de la fertilité du sol environnant et de la bonté de son havre, semblait être un poste plus commode que celui que les Espagnols avaient jusqu'alors occupé, Cortès était déterminé à y transporter son camp. Zempoalla se trouvait sur son chemin. Le cacique le reçut aussi bien que Cortès pouvait l’espérer. Il lui fit des présens et des caresses qui montraient un extrème désir de gagner sa bienveillance, le traita comme un libérateur, et lui montra un respect porté presque jusqu’à l'adoration. Cortès apprit de lui plusieurs particularités du caractère de Montézuma et les causes de la haine de ses sujets pour lui, Montézuma , lui disait en pleurant le cacique, était un tyran hautain, cruel et soupçonneux, qui traitait ses sujets avec une arrogance extrême, ruinait les provinces par des exactions, enlevait les enfans aux pères et aux mères, les garçons pour les immoler à ses dieux, les filles pour en faire ses concubines ou celles de ses favoris. Cortès, dans sa réponse au cacique , lui insinua adroitement qu’un des principaux objets des Espagnols, en visitant des pays si éloignés de leur patrie, était de redresser les torts et de délivrer les hommes de l'oppression , et, lui ayant fait espéver ses secours quand il en serait temps, il continua sa marche vers Quiabislan.

Le lieu que ses officiers lui avaient indiqué lui parut si favorablement situé et si bien choisi, qu'il y traça sur-le-champ le plan d’une ville. Les maisons ne devaient être que des hutes, mais enceintes de remparts assez forts pour résister à l'attaque d'une armée d’Indiens. Comme ces fortifications étaient nécessaires, tant à l’établissement et à la conservation de la colonie qu’à l'exécution du dessein que le général et les soldats avaient de s’avancer dans le pays, soit pour se ménager un lieu de retraite, soit pour conserver leur communication avec la mer, toute l'armée, officierset soldats, mirent la main à l'œuvre; Cortès lui-même leur donnait l'exemple de l'activité et de la constance dans le travail. Les Indiens de Zempoalla et de Quiabislan les aidèrent ; et ce petit poste, par lequel commencèrent des établissemens nombreux et puissans, , fut bientôt en état de défense !.

1B. Diaz, cap. xLv, XLvI, xLviu Gomara, Chron, cap, XXXII , XXXHII, XXXVIL Cap. VIE, IX.

Herrera, Decad, 1, lib, v,

Pendant que ces travaux essentiels s'exécutaient, Cortès avait des entrevues avec les caciques de Zempoalla et de Quiabislan, et , profitant de leur étonnement et de leur admiration à la vue des objets nouveaux qu'on présentait à leurs yeux, il leur inspira par degrés une si haute opinion des Espagnols, il leur persuada si bien que leurs hôtes étaient des êtres d’un ordre supérieur à qui rien ne: pouvait résister, que, comptant sur la protection de ces étrangers, ils osèrent braver le pouvoir de l'empereur au nom duquel ils étaient accoutumés à trembler.

Quelques-uns des officiers de Montézuma se présentèrent pour lever le tribut ordinaire, et pour demander un certain nombre de victimes humaines pour l’expiation de la faute que ces deux nations venaient de commettre en entretenant quelque commerce avec des étrangers à qui l'empereur avait ordonné de sortir de ses domaines. Au lieu d'obéir à ses ordres, les Zempoallans se saisirent des envoyés du monarque, les maltraitèrent, et, comme leur superstition n'était pas moins atroce que celle des Mexicains, ils se disposaient à les sacrifier à leurs dieux. Cortès les en empêcha, en leur montrant la plus grande horreur pour cette abominable pratique. Les deux caciques s'étant jetés dans une rébellion ouverte, et ne voyant pour eux aucun salut s'ils ne s'attachaient inviolablement aux Espagnols, conclurent bientôt une alliance avec eux, en se reconnaissant vassaux du roi d'Espagne. Leur exemple fut suivi par les Totonaques, nation courageuse qui habitait les montagnes voisines ; et tous , s'étant soumis volontairement à la couronne de Castille, offrirent d'accompagner Cortès avec toutes leurs forces à Mexico !.

Il y avait à cette époque trois mois que Cortès était dans la Nouvelle -Espagne, et, quoique tout ce temps n’eût pas été marqué par des entreprises militaires, chaque moment avait été consacré à des opérations qui, moins brillantes peut-être, étaient d'une plus grande importance. Par son adresse à s'attacher son ärmée et à conduire ses négociations avec les Indiens , il jetait les fondemens de ses succès futurs. Mais quelque bien concerté que fût son plan, il ne pouvait se dissimuler que son droit au commandement

étent émané d’une autorité qu'on pouvait contester, la sienne était elle-même chancelante et précaire. Velasquez ne pouvait marquer de se plaindre au roi des insultes qu’il avait reçues de Cortès, et pouvait présenter la conduite d’un officier subalterne qui s'était joué de ses ordres, de manière à lui attirer une prompte destitution et une punition sévère. Avant de se mettre en marche, le général crut devoir prévenir ce coup. Dans cette vue, il persuada aux magistrats de la colonie d'adresser au roi une lettre contenant un long détail de leurs services ; une description pompeuse du pays qu'ils avaient découvert, de ses richesses, de sa population, de sa civilisation et de ses arts; un tableau des progrès qu’ils y avaient déjà faits en soumettant plusieurs provinces à la couronne de Castille, et des moyens qu'ils se proposaient d'employer pour en achever la conquête; enfin un long exposé des motifs qui les avaient déterminés à renoncer à toute liaison avec Velasquez pour établir une colonie dépendant immédiatement du roi lui-même, et d'en confier à Cortès le gouvernement, tant civil que militaire : ils finissaient par supplier humblement le roi de ratifier par son autorité tout ce qu'ils avaient fait. Cortès écrivit dans les mêmes vues; et, comme il savait fort bien que la cour d'Espagne, accoutumée à voir exagérer les richesses des pays nouveaux par ceux qui les découvraient, n’accorderait que peu de croyanre à la description merveilleuse qu’on lui faisait de la Nouvelle-Espagne, si l'on n’y joignait des échantillons des riches productions qu’elle fournissait, il pressa ses soldats d'abandonner ce qu'ils pouvaient réclamer pour :eur part des trésors qu'on avait jusque-là rassemblés, afin qu'on pût les envoyer en entier au roi. Tel était l’ascendant de Cortès sur son armée, et telles étaient les espérances romanesques que les Espagnols se formaient de la richesse des pays qu'ils allaient conquérir, qu’une troupe d’aventuriers indigens et avides fut capable de ce généreux effort, et fit à son souverain le plus riche présent que le Nouveau-Monde ait fait à l'Espagne (104). Porto- Carrero et Montejo, principaux magistrats de la colonie, furent nommés pour aller porter le présent , avec défense expresse de toucher à Cuba | dans leur route vers l'Europe !.

1D, Diaz, cap. xzvi. Gomara, Chron., p. 35, 36, :

Herrera, Decad. 1, lib. v, cap. 1X, X, XK,

| ip. Diaz, cap. mv. Gomara, Cap. XL.

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x magistrats de la

lettre contenant ; une description ent découvert, de , de sa civilisation s progrès qu'ils y int plusieurs proe, et des moyens er pour en acheexposé des motifs aoncer à toute liaiir une colonie déroi lui-même, et nement, tant civil Jar supplier humon autorité tout ce it dans les mêmes « bien que la cour r exagérer les rir ceux qui les déjeu de croyance à on lui faisait de la oignait des échans qu’elle fournisndonner ce qu'ils part des trésors és, afin qu'on pôt ] était l’ascendant Iles étaient les es- Espagnols se for- 4ys qu'ils allaient enturiers indigens énéreux effort, et he présent que le agne (104). Portox magistrats de la iller porter le pré-

le toucher à Cuba l,

Tandis qu'on armait le vaisseau qui devait les conduir , un événement inattendu causa une alarme généra!e. Quelques soldats et quelques matelots, partisans cachés de Vélasquez ou effrayés à la vue des dangers inséparables d’une expédition où il s'agissait de pénétrer avec une poignée d'homme jusques dans le cœur d’un grand empire, avaient formé le dessein de s'emparer d’un brigantin et de gagner Cuba pour donner avis au gouverneur de ce qui se passait,

et le mettre en état d’intercepter les trésors et

les dépèches que Cortès envoyait en Espagne.

La conspiration , quoique formée par de simples matelots, fut conduite avec un profond secret ; mais , au moment où tout était prêt pour l’exécution, ils furent trahis par un de leurs camarades.

Quoique Cortès pût compter peut-être sur sa bonne fortune , qui l’avait servi si à propos dans cette occasion, la découverte de ce complot remplit son esprit de vives inquiétudes, et le porta à exécuter un projet qu'il méditait depuis long-temps. Il voyait encore dans son armée quelques restes cachés d’un mécontentement qui, jusqu'alors étouffé par ses succès ou contenu par son autorité, pouvait se réveiller tont à coup. Il remarquait que plusieurs de ses soldats, las du service, désiraient revoir leurs

forces qu'apporteraient à l’armée cent hommes de plus, employés inutilement sur les vaisseaux, et à tous il représenta la nécessité de fixer leurs regards et toutes leurs espérances sur le pays quis’ouvrait devant eux, et d’éloigner toute idée d'une retraite. Ses exhortations produisirent tout l'effet qu'il en attendait : d’un consentement général, les vaisseaux furent tirés à terre etmis en pièces, après qu'on en eut ôté les voiles, les cordages, les fers et tout ce qui pouvait être de quelque utilité. C’est ainsi que, par un effort de courage, auquel l’histoire n'offre rien qu’on puisse comparer, cinq cents hommes consentirent de plein gré à s’enfermer dans un pays ennemi, peuplé de nations puissantes et inconnues , en S'tant tous les moyens d'échapper au danger par la fuite, et ne se réservant d'autre ressource que leur constance et leur valeur 1.

Rien alors ne retarda plus Cortès. L'ardeur de ses troupes et les dispositions de ses alliés étaient deux circonstances également favorables. Mais tous les avantages de cette dernitre, quoique ménagés avec beaucoup d'adresse et de scins, furent sur le point de lui échapper par une saillie de ce zèle religieux qui , en plusieurs occasions , poussa Cortès à des actions inconsidérées, bien contraires à la prudence qui distinguait son caractère. Quoique jusque-là il n’eût

établissemens de Cuba, et qu’au premier danger | eu ni le temps ni la facilité de prouver aux Inou au premier revers il serait impossible de les | diens l’absurdité de leurs superstitions, et de

retenir. Il sentait quesi ses forces, déjà trop peu considérables, diminuaient encore par la déser-

leur faire connaître les principes de la foi chrétienne, il ordonna à ses soldats de renverser les

tion d'une partie de son armée, il serait forcé | autels, de détruire les idoles du principal temple d'abandonner son entreprise. Après avoir pesé | de Zempoalla, et d'élever à la place un crucifix

souvent avec la plus grande sollicitude toutes ces circonstances, il se persuada qu’il n'y avait point de succès à espérer pour lui, s’il n'ôtait à ses soldats jusqu’à la possibilité de quitter le pays, et s’il ne les réduisait à la nécessité de prendre comme lui la résolution de vaincre ou de périr. Dans cette vue, il se détermina à détruire sa flotte ; mais, comme il n’osait exécuter une résolution aussi hardie par sa seule autorité, il travailla à convaincre ses soldats de la nécessité de cette mesure. Il fallait toute son adresse pour venir à bout d'un projet si difficile. Il persuada aux uns que les navires avaient tellement souffert par un long séjour à la mer, qu’ils

étaient absolument incapables de servir davan- !

lage; à d’autres, il fit valoir l'augmentation de

et une image de la vierge Marie. Cette violence inspira aux Indiens autant d'étonnement que d'horreur. Les prêtres leur firent prendre les armes ; mais l'autorité de Cortès était si grande et l’ascendant des Espagnols sur ces peuples déjà si puissant , que ce mouvement fut apaisé sans effusion de sang, et que la concorde fut bientôt parfaitement rétablie 2,

Cortès commença sa marche et partit de Zempoalla le 16 d’août, avec cinq cents hommes, quinze chevaux et six pièces de canon de campagne. Le reste de ses troupes, composé princi-

!Cortès , Relac, Ramus. , Il, 225. B. Diaz, cap. Lvn, Lvur, Herrera, Decad. 11, lib. v, c. xiv.

* B. Diaz, cap. xui, xur. Herrera, Decad. M, lib. v, Cap. 111, 1V

palement de ceux que l'age ou la maladie rendait moins propres à un service fatigant, fut laissé en garnison à Villa-Rica, sous :es ordres Escalante, officier de mérite et très attaché à Cortès. Le cacique de Zempoalla fournit à l'armée des provisions et deux cents Indiens appelés

tamenès, chargés de porter les fardeaux et des- |

tinés à tous les travaux serviles. Ils furent d’un grand secours aux Espagnols qui, dans un pays dépourvu d'animaux domestiques , avaient été jusqu'alors obligés de porter leur bagage et même de tirer à bras leur artillerie. Le cacique offrit aussi à Cortès un corps considérable de ses Indiens; mais le général se contenta d'en prendre quatre cents des plus distingués parmi eux, afin qu'ils pussent lui servir d'otages qui lui répondraient de la fidélité de leur maitre. Il

ne lui arriva rien de remarquable dans sa route | jusqu'à ce qu'il eut atteint les frontières du pays |

de Tlascala. Les habitans de cette province , peuples belliqueux , étaient ennemis implacables des Mexicains, et avaient été anciennement alliés des Zempoallans. Quoique moins civilisés

que les Mexicains , ils étaient bien. plus avancés

dans les arts que les autres nations grossières (de l'Amérique dont nous avons parlé jusqu'à présent. Ils avaient fait de grands progrès dans l'agriculture ; ils habitaient de grandes villes et avaient une sorte de commerce; etsi nous en croyons les relations imparfaites des premiers historiens espagnols, on découvrait dans leurs

institutions et leurs lois quelques traces d’une |

justice distributive et d’une jurisprudence criminelle. Cependant comme, avec cette civilisa-

tion incomplète, l’agriculture seule ne suffisait |

pas à leur subsistance, et qu'ils étaient obligés

d'y joindre la chasse , ils conservaient encore en | partie les mœurs et le caractère des peuples chas- |

seurs. Ils étaient féroces et passionnés pour la vengeance, courageux, altiers et indépendans , en guerre continuelle et presque sans communication avec les états voisins. Ils abhorraient

tellement la servitude que non-seulement ils | | sur le territoire des Tlascalans. Les résolutions

avaient constamment repoussé toute domination étrangère et maintenu leur liberté contre toute Ja puissance de l'empire du Mexique, mais qu'ils s'étaient encore défendus contre toute tyrannie domestique ; ne reconnaissant aucun maître, ils vivaient sous l'autorité douce et limitée d’un conseil choisi par leurs différentes tribus.

Cortès, quoique instruit du caractère guerrier de cette nation , se flatta que son intention connue de délivrer les Indiens de la tyrannie de Montézuma, la haine que les Tlascalans euxmêmes portaient aux Mexicains et l'exemple de leurs anciens alliés les Zempoallans , pourraient les engager à le bien recevoir. Pour les y dis-

| poser, quatre Zempoallans des plus distingués

de ceux qui l’accompagnaient furent envoyés aux Tlascalans pour demander, au nom de Cortès et de leur cacique, le passage sur les terres des Tlascalans. Mais au lieu de répondre favorablement à cette requête, les Tlascalans saisirent les ambassadeurs, et, sans égard pour leur caractère, se dispostrent à les sacrifier à leurs dieux. En même temps ils assemblèrent leurs troupes pour s'opposer à l'invasion de ces inconnus , s’ils tentaient de se faire un passage par force. Plusieurs motifs poussaient les habitans à cette résolution. Un peuple féroce, renfermé dans son pays et presque sans communication au dehors , est disposé à considérer tout étranger comme ennemi, et court facilement aux armes. Le projet de Cortès, de faire une visite à Montézuma , dans sa capitale, leur faisait croire, malgré toutes les protestations de l'étranger, qu'il recherchait l'amitié d'un monarque , objet de leur haine et de leur crainte. Le zèle imprudent que Cortès avait montré en profanant les temples de Zempoalla remplissait les Tlascalans d'horreur; et comme ils n'étaient pas moins superstitieux que les autres nations de la Nouvelle-Espagne , ils avaient la plus grande impatience de venger les insultes faites à leurs dieux , et de se faire auprès de leurs idoles un mérite d'immoler les hommes impies qui avaient osé profaner leurs autels, Ils méprisaient les Espagnols à raison de leur petit nombre, parce qu'ils ne s'étaient pas encore mesurés avec ces étrangers, et qu'ils n'avaient aucune idée de l'avantage que peut donner la supériorité des armes et de la discipline,

Cortès, après avoir inutilement attendu quelques jours le retour des ses envoyés, s’avança

de ce peuple guerrier s’exécutaient avec la même promptitude qu'elles se formaient. Les Espa- * gnols trouvèrent devant eux un corps de troupes destiné à les arrêter dans leur marche, Les Indiens attaquèrent avecune grande intrépidité, et dans la première action blessèrent quelques

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