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Espagnols et leur tuërent deux chevaux, perte fort considérable parce qu’elle ne pouvait pas se réparer. Cet événement fit sentir à Cortès la nécessité de s’avancer avec précaution au
milieu d'ennemis si courageux. L'armée marcha
en bon ordre. On choisit des postes, on s'arrêta à propos, on se fortifia dans chaque camp.
Durant quatorze jours les Espagnols essuyèrent des attaques presque continuelles, renouvelées sous diverses formes el par des corps nombreux, avec une bravourc et une persévérance dont ils n'avaient point encore vu. d'exemples dans le
Nouveau - Monde. Leurs historiens décrivent: |
toutes ces actions avec pompe, en entrant dans les détailsles plus minutieux et en mêlant aux faits étonnans et réels beaucoup. de circonstances incroyables et exagérées (105). Mais toutes les ressources du langage ne peuvent rendre intéressant un combat où le danger est si inégal
l'impression qu'ils auraient pu produire en se tenant plus serrés.
Non-seulement ils ne tiraient aucun avantage de leur nombre, mais l'imperfection de leurs armes rendait encore leur valeur sans effet.
Après trois batailles et un grand nombre d'escarmouches, il n’y avait pas encore eu un Espagnol de tué : leurs flèches et leurs lances, armées de pierres pointues ou d'os de poissons, leurs piques faites d’un bois aiguisé et durci au feu , leurs épées de bois, étaient des armes redoutables pour des Indiens nus, mais ne pouvaient pénétrer ni les boucliers des Espagnols,
ni leurs corselets piqués appelés escaupiles.
des deux côtés. Lesdescriptions les plus soignées :
d’un plan de bataille ou des vicissitudes d’un combat ne peuvent exciter ni l'attention ni l’intérêt , lorsqu'elles se terminent constamment en présentant d’une part des milliers de morts, tandis que de l’autre on ne perd pasun seul homme.
On peut cependant recueillir de leurs récits quelques circonstances remarquables, en ce qu’elles font connaître en même temps le carac-
tère des habitans de la Nouvelle-Espagne et celui de leurs vainqueurs. Quoiqueles Tlascalans:
se missent en campagne avec des armées nombreuses qui semblaient devoir écraser les Espagnols, il ne purent jamais entamer le petit bataillon des Européens, Ce fait, tout singulier qu'il est, n’est pas inexplicable. Les Tlascalans, quoique continuellement en guerre , ne connaïssaient, comme toutes les nations barbares, aucun ordre, aucune discipline militdire. Ils perdaient tout l'avantage qu'ils auraient pu retirer de leur nombre et de l’impétuvsité de leur attaque, par le soin constant qu'ils avaient au milieu de l’action d'emporter les: blessés et les morts. Ce point d'honneur, fondé sur une sensibilité naturelle à l’homme et fortifié parle désir de dérober les corps dé leurs compatriotes à des ennemis quiles dévoraient, étaituniversel parmi les peuples de la Nouvelle-Espagne. Ce pieux devoir les occupant pendant la chaleur du combat !, les désunissait et diminuait la force de
1 B. Diaz, cap. zxv.
Les Tlascalans s'avançaient courageusement à la charge et combattaient souvent en corps.
Beaucoup d'Espagnols furent blessés, mais tous légèrement; ce qu'il ne faut pas attribuer au défaut de courage de leurs ennemis, mais à l'inégalité des armes dont ils se servaient.
Malgré la furie avec laquelle les Tlascalans combattaient les Espagnols, ils se conduisaient envers eux avec une sorte de générosité, Ils les avertissaient quelquefois qu'ils allaient les attaquer; et comme ils savaient que ces étrangers mauquaient de vivres,et qu'ils imaginaient peutêtre, commé les autres Américains , que ces Européens n'avaient quitté leur pays que parce qu'ils n'y trouvaient pas assez de subsistance, ils envoyaient à leur camp'de grandes quantités de volailles'et de maïs, enleur faisant dire qu'ils eussent à se bien nourrir, parce qu'ils dédaignaient d'attaquer des ennemis affaiblis par la faim;
: qu'ils croiraient manquer de respect à leurs di-
ee
vinités en leur offrant des victimes affamées, et qu'ils craignaient que les Espagnols devenus trop maigres ne fussent plus: bons à mangert.
Cependant lorsque; dans lescombats multipliés qu'ils livrèrent aux Espagnols, ils s’aperçurent qu’il n'était pas aisé d'exécuter ces menaces, et que malgré toute leur valeur, dont ils avaient une:très haute opinion , il n’y avait pas un Espagnol de tué ou de pris, ils commencèrent à croire qu'ils avaient affaire à des êtres d’une nature supérieure, contre lesquels les forces humaines ne pouvaient rien. Dans cette extrémité ils eurent recours à leurs prêtres. qu’ils pressèrent de leur expliquer des événemens si
‘ flerrera, Decad. 1, lib. vi, cap. vi. Gomara, Chron, cap. xzvis
extraordinaires et de leur enseigner quelque moyen de repousser ces terribles conquérans.
Les prêtres, après des sacrifices et des cérémonies magiques, répondirent que ces étrangers étaient enfans du soleil et produits par la vive énergie de cet astre dans les régions de l’est ; que de jour, soutenus par l'influence de ses rayons paternels , ils étaient invincibles; mais que la nuit , privés de sa chaleur vivifiante, leur force déclinait , qu'ils se flétrissaient comme les plantes dans les champs, et s’affaiblissaient jusqu'à devenir semblables aux autres hommes!.
Des théories bien moins plausibles ont souvent pris du crédit chez des nations plus éclairées et ont dirigé leur conduite. En conséquence de la réponse des prêtres, les Tlascalans , pleins d'une confiance aveugle en des hommes qu'ils regardaient comme éclairés par le ciel, s’écartèrent d'une de leurs maximes les plus constantes en guerre, et se disposérent à attaquer leurs ennemis pendant la nuit, espérant de les détruire en les surprenant dans un temps où ils croyaient les trouver affaiblis. Mais Cortès avait trop de vigilance et de discernement pour être trompé par les stratagèmes grossiers d’une armée d’Indiens. Les sentinelles avancées , observant quelque mouvement extraordinaire parmi les Tlascalans, donnèrent l'alarme. En un moment les troupes furent prêtes à marcher , et sortant de leur camp, dispersèrent les Indiens avec un grand carnage, avant mème qu'ils eussent pu s” vprocher. Convaincus par cette malheureuse sérience que leurs prêtres les avaient trompés et qu'ils tenteraient inutilement de surprendre ou de vaincre leurs ennemis, les Tlascalans furent découragés et commencèrent à désirer sérieusement la paix.
Ils étaient pourtant incertains sur la manière dont ils traiteraient avec ces étrangers. Îls ne savaient quelle idée se former de leur caractère, ni s'ils devaient les regarder comme des êtres bons ou malfaisans. La conduite des Espagnols en différentes circonstances pouvait donner d'eux ces opinions opposées ; d’un côté, ils avaient presque
toujours renvoyé libres les prisonniers qu’ils |
avaient faits, avec quelque présent des bagatelles
d'Europe, et renouvelé leurs propositions de |
paix après chaque victoire. Cette douceur éton-
1 B. Diaz, cap. rxvi
nait des peuples accoutumés à la manière cruelle de faire la guerre établie parmi les Américains, qui sacrifiaient ou dévoraient sans pitié tous les prisonniers. Les Indiens pouvaient avoir pris de là une idée assez favorable de l'humanité de leurs vainqueurs. D'un autre côté, Cortès, ayant soupçonné des Tlascalans qui apportaient des provisions à son camp, d’être des espions, en avait saisi cinquante et leur avait fait couper les mains {. L'impression qu'avait faite sur les Indiens le spectacle de ces malheureux , jointe à la terreur que leur causaient les armes à feu et les chevaux , leur faisaient regarder les Espagnolscomme des êtres férocés(106) .Leur incertitude se montra dans la harangue que leurs députés firent à Cortés : «Si vous êtes, dirent-ils, «des divinités d’une nature cruelle et sauvage, «nous vous offrons cinq esclaves afin que vous «buviez leur sang et que vous mangiez leur «chair. Si vous êtes des divinités plus douces, «acceptez ces présens de parfums et de plumes. «Si vous êtes des hommes, voilà des viandes, «du pain et des fruits pour vous nourrir 2,» La paix, que les deux partis désiraient également, fut bientôt conclue. Les Tlascalans se reconnurent vassaux de la couronne de Castille et s'engagèrent à secourir Cortès dans toutes ses expéditions. Il prit la république sous sa protection et promit de défendre leurs personnes et leurs biens. Ce traité fut conclu très à propos pour les Espagnols. Les fatigues du service, pour un petit corps de troupes environné d’une multitude nombreuse d’ennemis, étaient excessives. La moitié des soldats étaient debout chaque nuit; et même ceux qui prenaient quelque repos dormaient tout armés, afin d’être prèts à courir à leur poste au premier signal. Plusieurs étaient blessés, et beaucoup d’autres, parmi lesquels on comptait Cortès lui-même, étaient attaqués de la maladie particulière au climat , qui en avait fait périr un grand nombre depuis le départ de la Vera-Cruz. Malgré les provisions qu'ils recevaient des Tlascalans, ils manquaient souvent de vivres, et se trouvaient dans un besoin si grand des choses les plus nécessaires pour un | service si dangereux, qu’ils étaient réduits à
| 1 Cortès, Relac. Ramus, Il! , 228. Gomara, Chron., , Cap. XEVIIL.
:B. Diaz, cap. Lxx, Gomara, Chron., Cap. XLVIL. Herrera, Decad 11, lin. vi, Cap. vil.
manière cruelle les Américains, ns pitié tous les nt avoir pris de l'humanité de é, Cortès, ayant ipportaient des les espions, en ait fait couper rit faite sur les ‘ureux , jointe à armes à feu et irder les Espa- 6).Leur incerti- Je que leurs déêtes, dirent-ils, lle et sauvage, s afin que vous s mangiez leur és plus douces, s et de plumes.
là des viandes, s nourrir 2.» La ient également, alans se recone de Castille et dans toutes ses e sous sa protecrs personnes et a très à propos ues du service, environné d'une s, étaient excesétaient debout renaient quelque in d’être prêts à signal. Plusieurs utres, parmi lesme, étaient attau climat, qui en re depuis le déprovisions qu'ils nanquaient sout dans un besoin essaires pour un taient réduits à
. Gomara, Chron.,
/hron., Cap. XLVIX.