B. Diaz, cap
entre les Indiens et lui, fut sur le point d’en perdre tous les avantages par une nouvelle saillie du zèle inconsidéré dont il était animé. Tous les aventuriers espagnols de ce siècle se regardaient comme destinés par Dieu même à étendre la foi chrétienne; et moins ils étaient capables de s'acquitter d'un tel emploi par leur ignorance et le déréglement de leurs mœurs, plus ils avaient d’ardeur à remplir leur prétendue mission. La profonde vénération des Tlascalans pour les Espagnols ayant encouragé Cortès à expliquer à quelques-uns des principaux d’entre eux la doctrine chrétienne, il leur proposa avec instance d'abandonner leurs superstitions et d’embrasser la religion de leurs nouveaux amis, Les Indiens, d'après une idée généralement établie chez les nations barbares, convinrent de la vérité et de l'excellence de la doctrine qu’il leur enseignait; mais ils soutinrent que les Teutès de Tlascala étaient des divinités non moins dignes de leurs hommages que le Dieu de Cortès; et que comme celui-ci avait droit aux adorations des Espagnols, les Tlascalans étaient obligés de conserver le culte des dieux qu'avaient honorés leurs ancêtres. Cortès insista avec un ton d'autorité, mêlant les menaces aux argumens. Les Tlascalans, fatigués et mécontens, le conjurèrent de ne plus parler sur ce sujet. Cortès, surpris et indigné de leur obstination, se prépara à exécuter par la force ce qu'il ne pouvait obtenir par la persuasion. Il allait détruire leurs autels et renverser leurs idoles avec la même violence qu'à Zempoalla, si le père Barthélemy d'Olmedo, aumônier de l'armée, n'avait arrèté l'impétuosité de son zèle. Ce religieux lui représenta limprudence d'une telle démarche dans une grande ville, remplie d’un peuple également superstitieux et guerrier, avec lequel les Espagnols venaient de s’allier. Il déclara que ce qui s'était fait à Zempoalla lui avait toujours paru injuste ; que la religion ne devait pas être prèchée le fer à la main, niles infidèles
| convertis par violence; qu'il fallait employer
d’autres armes pour cette conquête, l'instruction qui éclaire les esprits et les bons exemples qui
| captivent les cœurs; que ce n'était que par ces
moyens qu’on pouvait engager les hommes à
renoncer à leurs erreursetà embrasser la vérité,
1 B. Diaz, cap. Lxx11, p. 54, Cap. LXXXIU, P. 61.
Parmi les scènes d'horreur que présente l’histoire de ce siècle, et dans lesquelles on voit le fanatisme absurde secondant si souvent l'oppression et la cruauté, des sentimens si humains font éprouver un plaisir aussi doux qu'inattendu. Au seizième siècle, dans un temps où les droits dela conscienceétaient si mal connus dans le monde chrétien, où le nom de tolérance était même ignoré, on est étonné de trouver un moine espagnol au nombre des défenseurs de la liberté religieuse et des premiers improbateurs de la persécution. Les remontrances de cet ecclésiastique, aussi vertueux que sage, firent impression sur l'esprit de Cortès. Il laissa les Tlascalans continuer l'exercice libre de leur religion, en exigeant seulement qu'ils renonçassent à sacrifier des victimes humaines.
Dès que les troupes furent en état de reprendre le service, Cortès se détermina à marcher à Mexico, malgré les représentations les plus pressantes des Tlascalans, qui l’assuraient que sa perte était inévitable , s’il se mettait au pouvoir d’un prince aussi cruel que Montézuma et aussi infidèle à ses paroles. Comme il était accompagné de six mille Tlascalans, il se trouvait à la tête d'une espèce d'armée régulière. IL s'avança d'abord vers Cholula. Montézuma avait à la fin consenti à admettre les Espagnols en sa présence , et avait fait dire à Cortès qu'il serait reçu avec amitié par les Cholulans. Cholula était une ville considérable qui, quoique distante de cinq lieues seulement de Tlascala, avait été la capitale d’un état indépendant , et n'était soumise à l'empire du Mexique que depuis peu de temps. Elle était regardée par tous les habitans de ce qu'on appelle aujourd’hui la Nouvelle-Espagne, comme une ville sainte, sanctuaire et résidence chérie de leurs dieux. On y venait en pélerinage de toutes les provinces, et on immolait plus de victimes humaines dans son temple que dans celui de Mexico !. On peut croire que Montézuma avait invité les Espagnols à s'y rendre , soit dans l'espérance superstitieuse que ses dieux ne souffriraient pas que leurs demeures sacrées fussent profanées, sans faire éclater leur colère sur ces impies qui venaient les braver jusque dans leur sanctuaire le plus respecté; soit
Torquemada, Monar. ind., 1,281, 282, Il, 291.
Gomara, Chron., cap. zxr. Herrera, Decad. 11, lib. vu, cap. 14.
dans la persuasion qu’il pourrait lui-même réussir plus facilement à les exterminer, en les attaquant sous les yeux et sous la protection immé:diate de ses divinités,
Cortès, avant de se mettre en marche, avait été averti par les Tlascalans de se défier des Cholulans. Lui-même , quoique reçu dans Is ville avec beaucoup de témoignages de respect et de cordialité, avait observé diverses circonstances qui excitaient ses soupçons. Les Tlascalans étaient campés à quelque distance de la ville, parce que les Cholulans avaient refusé d'admettre dans leurs murs leurs anciens enne. mis. Deux Tlascalans trouvèrent le moyen d'y entrer déguisés, et instruisirent Cortès qu'ils avaient remarqué qu'on faisait sortir toutes les nuits beaucoup de femmes et d’enfans des principaux citoyens, et qu'on avait sacrifié six enfans dans le principal temple, pratique ordinaire à ces peuples lorsqu'ils se préparaient à quelque expédition militaire. En même temps l'interprète Marina apprit d'une femme indienne de distinction dont elle avait gagné la confiance, qu’on concertait la perte des Espagnols : qu'un corps de troupes mexicaines était caché à peu de distance de la ville; qu'on barricadait les rues; qu’on creusait des fossés et des trous létrement recouverts pour y faire tomber les chevaux ; qu'on faisait au haut des temples des amas de pierres et de traits, que l'heure fatale aux Espagnols s'approchait, et que leur destruction était inévitable. Cortès, alarmé par le concours de ces témoignages, fit arrêter secrètement trois des principaux prêtres et tira d'eux une confession qui confirma les informations qu'il avait reçues. Il n’y avait pas un moment à perdre, Il résolut de prévenir ses ennemis et d'exercer une vengeance si terrible qu'elle effrayat à ja: mais Montézuma et ses sujets. Pour exécuter son projet, il assembla les Espagnols et les Zempoallans dans une cour ou place, vers le milieu de la ville où ses quartiers étaient établis, Les Tlascalans eurent ordre de s'avancer. Il envoya chercher sous divers prétextes les magistrats et plusieurs äes principaux citoyens. À un signal donné, les troupes se mirent en mouvement et tombèrent sur la multitude qui, demeurée sans chefs et surprise d’une attaque si imprévue, laissa tomber les armes de ses mains et resta sans défense et sans mouvement, Tandis que les
Espa les à remp temp ques:
et da deux tabit que} veng étran mass:
d'un gistre qu'ils comn l'offer citoye l'ordr Espaf ces ét r'és qi tès, | tans ( rendi
naien comm manit diens qu'ils zuma fois c provi rance haï de ilser dont même de se naien prise
1 Co IE, lib.
t'lui-même réusner, en les atta- Jrotection immé:-
nn marche, avait de se défier des ue reçu dans le nages de respec diverses circonsons. Les Tlascae distance de la s avaient refusé rs anciens enne:
nt le moyen d'y nt Cortès qu'ils sortir toutes les l’enfans des prinsacrifié six enratique ordinaire raicnt à quelque 1e temps l’interime indienne de né la confiance, Espagnols ; qu'un tait caché à peu n barricadait les et des trous léfaire tomber les . des temples des ue l'heure fatale que leur destrucarmé par le conrêter secrètement t tira d'eux une formations qu'il noment à perdre, mis et d'exercer le effrayät à jaour exécuter son nols et les Zeme, vers le milieu ient établis. Les ancer. Il envoya les magistrats et ens. À un signal n mouvement et |, demeurée sans ue si imprévue, mains et resta t. Tandis que les
Espagnols les pressaient de front, les Tlascalans les attaquaient par derrière, Les rues furent remplies de sang et de morts; on mit le feu aux temples où s'étaient retirés les prêtres et quelques-uns des chefs qui périrent sous les ruines et dans les flammes, Cette scène de carnage dura
deux jours, pendant lesquels les malheureux | ‘ abitans de Cholula souffrirent tous les maux | que purent inventer la rage des Espagnols et la !
vengeance implacable des Indiens, alliés de ces étrangers. A la fin le carnage cessa, après le massacre de six mille Cholulans sans la perte d'un seul Espagnol. Cortès alors relächa les magistrats , leur reprochant amérement la trahison qu'ils avaient préparée, et leur déclarant que, comme sa justice était satisfaite, il pardonnait l'offense, à condition qu'ils rappelleraient les
citoyens qui s'étaient enfuis, et rétabliraient |
l'ordre dans la ville. Tel était l’ascendant des Espagnols sur les Indiens et la persuasion que ces étrangers étaient plus puissans et plus éclairés qu'eux que, pour obéir aux ordres de Cortès, la ville se remplit en peu de jours d'habitans (108)qui , parmi les ruines de leurs temples, rendirent les services les plus vils à ces mêmes hommes dont les mains étaient encore teintes du sang de leurs frères et de leurs concitoyens !,
De Cholula, Cortés s’avança directement vers Mexico qui n’en est éloignée que de vingt lieues. Partout où les Espagnols passaient , ils étaient reçus comme des libérateurs puissans qui venaïent soulager les peuples de l'oppression, et comme des êtres d'une nature au-dessus de l’humanité. Les caciques mêmes et les chefs des Indiens firent connaître à Cortès tous les sujets qu'ils avaient de détester la tyrannie de Montézuma. Lorsque Cortès s’aperçut pour la première fois qu'il y avait du mécontentement dans les provinces éloignées ; il conçut quelque espérance; mais lorsqu'il vit que le souverain était haï de ses sujets jusque dans le cœur de ses états, il se regarda comme sûr de renverser un empire dont la constitution, attaquée dans ses principes mêmes , était d'ailleurs affaiblie par la division de ses forces. Tandis que ces réflexions soutenaient le courage du général dans une entreprise si hasardeuse, les soldats n'avaient besoin
‘Cortès, Relac, Ramus., 111, 231. B. Diaz, cap.
LXXXUL, Gomara, Chron., cap. rx1v. Herrera, Decad, I, lib. var, cap. 1, ur. S
pour être animés , que des objets qui frappaient leurs sens. A mesure qu'ils descendaient des montagnes de Chalco, la vaste plaine de Mexico se découvrait par degrés à leurs yeux. A l'aspect de cette campagne, une des plus belles du monde, des champs cultivés et fertiles qui s'étendaient à perte de vue, d’un lac qui ressemblait à une mer par son étendue, et qui était environné de grandes villes, enfin en voyant la capitale s'élever sur une île au milieu de ce lac, ornée de temples et de tours, ce spectacle frappa tellement leur imagination que quelques-uns crurent voir les descriptions de romans réalisées ; ces palais, ces tours dorées leur parurent autant d'enchantemens. D'autres, croyant rêver, prenaient pour les fantômes d’un songe ce qui s'offrait à leurs yeux (109 ). A mesure qu'ils avançaient, leurs doutes se dissipaient ; mais leur étonnement ne faisait que croître. Ils furent alors persuadés que le pays était encore plus riche qu'ils ne l'avaient imaginé , et se flattèrent qu'à la fin ils allaient recueillir le fruit de leurs travaux.
Nul ennemi jusque-là ne s'était opposé à leur marche, quoique plusicurs circonstances leur fissent soupçonner qu'on avait dessein de les surprendre. Des messagers arrivaient successivement de la part de Montézuma, leur permettant un jour d'avancer, et le jour suivant les pressant de se retirer, selon que ses espérances ou ses craintes prévalaient alternativement. Son trouble était si grand qu'on ne peut l'expliquer qu'en le regardant comme l'effet de là superstition qui lui faisait craindre l4s Espagnols comme des êtres d’une nature supérieure à celle de l'homme. Enfin Cortès était presque aux portes de la capitale avant que le monarque eût décidé s'il recevrait ces étrangers en amis ou en enne-
, mis. Mais comme on n'éprouvait de la part des
Mexicains aucun acte d’hostilité, Cortès, sans s'embarrasser des incertitudes de Montézuma et sans paraltre soupçonner ses intentions, continua sa route le long de la chaussée qui conduit
. à Mexico au travers du lac, marchant avec la
plus grande circonspection et faisant observer la plus exacte discipline dans son armée.
Lorsqu'il fut près de la ville, environ un millier d’Indiens qui lui paraissaient d’un rang distingué, parés de plumes, et vêtus de très beiles étoffes de coton vinrent à sa rencontre
et défilèrent devant lui en le saluant avec le plus grand respect, à la manière de leur pays. Ils
annonçaient la venue de Montézuma lui-même, |
et bientôt après ses coureurs parurent. Ils étaient au nombre de deux cents, habillés uniformément, marchant deux à deux en un profond silence, nus-pieds et les yeux fixés en terre. Ceux-ci furent suivis d'unetroupe plusdistinguée et plus richement vêtue, au milieu de laquelle était Montézuma dans une espèce de fauteuil ou delitière resplendissante d'or et ornée de plumes de diverses couleurs. Quatre de ses principaux favoris le portaient sur leurs épaules tandis que d’autres soutenaient sur sa tète un pavillon d’un travail curieux. Devant lui marchaient trois officiers, tenant à la main des baguettes d'or qu'ils élevaient de temps en temps, et à ce signal les
Indiens baissaient la tête et cachaient leur visage,
comme indignes de regarder un si grand mo-
narque. Lorsqu'il fut près des Espagnols, Cortès | descendit de cheval, et s'avança vers lui avec |
empressement et d’un air respectueux. En même
temps Montézuma descendit de salitière, et |
s'appuyant sur les bras de deux de ses parens, s'approcha lui-même d'un pas lent et majestueux, tandis que ses gens étendaient devant lui des étoffes de coton, afin que ses pieds ne touchassent pas la terre. Cortès l’aborda avec une profonde révérence à la manière européenne. Le monarque lui rendit son salut à la mode de son pays, en touchant la terre avec sa main et la baisant ensuite. Cette cérémonie, qui était au Mexique l'expression ordinaire du respect des inférieurs envers leurs supérieurs, parut aux Mexicains une condescendance si étonnante de la part d’un monarque orgueilleux qui daignait à peine croire que ses sujets fussent de la même espèce que lui, qu'ils crurent fermement que ces étrangers, devant qui leur souverain s’humiliait ainsi, étaient des êtres d’une nature supérieure.
Les Espagnols, marchant au milieu de la foule |
du peuple, furent flattés de s'entendre appeler Teutès, c'est-à-dire divinités. Il ne se passa rien de bien remarquable dans cette première entrevue. Montézuma conduisit Cortès et ses soldats dans les quartiers qui leur avaient été vréparés, et prit congé d'eux avec une poutesse
heureux jusqu’à ce que je revienne vous voir {.» Le palais donné aux Espagnols pour leur loge-
ment était un édifice bâti par le père de Monté-
zuma, |l était environné d'une muraille de pierre, avec des tours de distance en distance qui servaient en même temps de défense et d'ornement; les appartemens et les cours étaient assez grandes pour loger les Espagnols et les Indiens leurs alliés. Le premier soin de Cortès fut de pourvoir à sa sûreté dans ce nouveau poste, en plaçant son artillerie en face des différentes avenues, en ordonnant qu'une grande division de ses troupes serait toujours sous les armes, en plaçant des sentinelles, en un mot en faisant observer une discipline aussi exacte et aussi vigilante que si l'on eût été à la vue d’une armée ennemie.
Le soir, Montézuma retourna visiter ses hôtes avec la même pompe qu’à la première entrevue, et porta non-seulement au général, mais aux soldats, des présens dont la magnificence attestait la libéralité du souverain et l'opulence de son royaume. Il eut avec Cortès un long entretien, dans lequel celui-ci apprit l'opinion que le monarque s'était faite des Espagnols L'empereur lui dit que, selon une tradition ancienne parmi les Mexicains , leurs ancêtres étaient venus originairement d'un pays éloigné et avaient conquis l'empire du Mexique; qu'après y avoir formé un établissement, le grand capitaine qui avait amené cette colonie était retourné dans son pays, en promettant que dans un temps à venir ses descendans reviendraient les visiter, reprendre les rênes du gouvernement et réformer leur constitution et leurs lois; que par tout ce qu'il avait appris et vu des Espagnols, il était convaincu qu'ils étaient les descendans de ces premiers conquérans, dont la venue leur étaitannoncée par leurs traditions et leurs prophéties: que dans cette persuasion il les avait reçus non comme des étrangers, mais comme des parens formés du même sang, et qu’il les priait de se regarder comme maîtres de ses états; que ses sujets et lui-même seraient toujours prêts à
| exécuter leurs volontés et même à prévenir leurs
digne d’une cour européenne. « Vous êtes main- |
tenant, leur dit-il, parmi vos frères et chez vous; reposez-vous de vos fatigues et soyez
désirs. Cortès repliqua avec le ton du plus grand respect pour la dignité et le pouvoir de son souverain le roi d'Espagne : il parla des vues qu’a-
1 Cortès, Relac Ramus., Ill, 232, 235, B. Diaz,
©. LXXXHI-LXXX VII, Gomara, CrOn., Cap. LXIV, LXV. Decad, 1, lib. var, Cap. ur, 1V, V
nord au st poin!
ville des « quell l'aut couv cons quat Non:
appa disti en c dans peur hutt.
cées
nne vous voir !,»
; pour leur logee père de Monténuraille de pierre, distance qui serise et d'ornement; ient assez grandes les Indiens leurs ès fut de pourvoir ste, en plaçant son ‘s avenues , en Oron de ses troupes s, en plaçant des sant observer une si vigilante que si \ée ennemie. urna visiter ses ’à la première ennent au général, dont la magnifidu souverain et Il eut avec Cortès uel celui-ci apprit tait faite des Es- Le, selon une tradiins , leurs ancêtres d'un pays éloigné Mexique; qu'après nt, le grand capionie était retourné que dans un temps draient les visiter, ernement et réforlois; que par tout Espagnols, il était descendans de ces venue leur était anleurs prophéties:
les avait reçus non comme des parens il les priait de se ses états; que ses toujours prêts à ne à prévenir leurs ton du plus grand ouvoir de son souarla des vues qu’a- 232, 285, B. Diaz,
ON., Cap. LXIV, LXV.
avec l'idée que Montézuma avait des Espagnols. Le lendemain au matin, Cortès et ses principaux officiers furent admis à une audience publique de l'empereur, Les trois jours suivans furent employés à parcourir la ville, que les Espagnols ne purent voir sans admiration, et qu'ils trouvèrent supérieure à tout ce qu'ils avaient vu en Amérique, tant par le nombre de ses habitans que par la beauté de ses édifices, et par des particularités qui la rendaient absolument différente de toutes les villes d'Europe.
Mexico , appelé anciennement par les Indiens Tenuchtitlan , est situé dans une grande plaine
la zone torride. Toutes les eaux qui descendent î des hauteurs se rassemblent dans différens lacs communiquant les uns aux autres. Le plus grand a environ neuf milles de circuit; l’eau d'un de ces lacs est douce, celle des autres est saumätre. C'était sur les bords d'un de ceux-ci et sur quel-
Mexique. On arrivait à la ville par des chaussées
largeur. Comme les eaux des lacs inondaient la plaine dans la saison des pluies, ces chaussées s'étendaient très loin. Celle de Tacuba , à l'ouest, était d'un mille et demi; celle de Tepeace, au nord-ouest, de trois milles; celle de Cuoyacan, au sud , de six milles. Du côté de l'est il n'y avait point de chaussée, et on ne pouvait arriver à la ville qu'en canot !, A chaque chaussée il y avait des ouvertures de distance en distance , par les-. quelles les eaux communiquaient d'un côté à l'autre, et sur ces ouvertures des madriers recouverts de terre et qui servaient de ponts. La
quable que les avenues en étaient singulières. Non-seulement lestemples, mais aussi les maisons
distinction, pouvaient être appelés magnifiques, en comparaison des édifices qu'on avait trouvés dans le reste de l'Amérique. Les habitations du peuple étaient malpropres, ressemblant aux
1Torsihio, Ms.
huttes des autres Indiens ; mais elles étaient pla- |
: | cées avec régularité sur les bords des canaux | Ram. ibid., 304, E. Herrera, Decad. Il, lib. vu,
| Cap, XIV, etc,
de pierre et de terre d'environ trente pieds de |
environnée de montagnes, assez hautes pour | que son climat soit doux et sain, quoique sous |
construction de la ville n’était pas moins remar- |
appartenant au monarque et aux personnes de |
vait eues ce prince en l'envoyant, s'efforçant autant qu'il le pouvait de concilier son discours
! qui passaient dans la ville, en certains quartiers, ou le long des rues qui la partageaient, On y trouvait de grandes places, parmi lesquelles on dit que celle du grand marché pouvait contenir quarante où cinquante mille personnes. Ceux des Espagnols qui ont mis le plus de modération
dans leurs calculs comptaient à Mexico au moine
soixante mille habitans; l'industrie humaine privée du fer et du secours de tout animal domestique n'a jamais élevé un plus grand monument t,
La nouveauté de ces objets pouvait amuser et
étonner les Espagnols, mais ils n’en éprouvaient pas moins une grande inquiétude sur le danger de leur situation. Un concours de circonstances inattendues et favorables leur avait permis de pénétrer jusqu'au centre d'un grand empire, et ils s'étaient établis dans la capitale sans aucune Opposition ouverte de la part du monarque, Les Tlascalans les avaient constamment détournés d'entrer dans une ville telle que Mexico, dont la situation singulière les livrerait à la merci de Montézuma en qui ils ne pouvaient avoir aucune
| Confiance, et d'où il leur serait impossible d’éques Îles voisines qu'était bâtie la capitale du |
chapper. Ils avaient averti Cortès que si l’em-, pereur s'était déterminé à les recevoir dans sa capitale , c'était par le conseil des prêtres qui lui avaient indiqué, au nom de leurs dicux, ce moyen de détruire en un coup et sans risque tous les Espagnols?, Le général voyait alors clairement que les craintes de ses alliés n'étaient pas sans fondement ; qu’en rompant les ponts placés de distance en distance sur les chaussées , ou en détrüisant des parties entières des chaussées mêmes, sa retraite deviendrait impraticable, et qu'il demeurerait enfermé au milieu d'une ville ennemie, environné d’une multitude qui pouvait l'accabler sans qu'il pôût recevoir aucun secours de ses alliés. A la vérité, Montézuma l'avait reçu avec de grandes marques de respect ; mais pouvaient-elles être regardées comme sincères ? Quand elles l’auraient été, qui pouvait leur répondre qu’elles se soutiendraient ? Leur salut dépendait de la volonté d'un prince sur l’atta-
, chement duquel ils n'avaient aucune raison de
compter, et dont un ordre donné par caprice,
Cortès, Relac. Ram., Ill, 239. D. Relac, dellu gran. città de Mexico, da un gentilhuomo del Cortese.
# B. Diaz, Cap. LXXXV, LXXXVI.
HISTOIRE D'A MÉRIQUE.
où un seul mot échappé dans; la colère. pouvait | pour.se tirer de l'embarras où l'avait jeté une
décider irrévocablement leur, perte !.
Ces réflexions qui se présentaient, au: dernier | des soldats n'échappaient, pas au général. Avant | de partir. de Gholula, il avait appris des Espagnols de Villa-Rica ? que Qualpopoua, un des |
généraux mexicains, commandant sur la fron-
tière, avait assemblé une armée dans le dessein | d'attaquer quelques-unes. des provinces que les |
Espagnols avaient engagées à secouer le joug, et qu'Escalante avait marché au secours de ses alliés avec-une partie de sa garnison; que dans vo combat, où les Espagnols étaient demeurés victorieux, Escalante ayait été blessé à mort ,et qu'il y ayait eu sept Espagnols tués et un autre enveloppé par les ennemis et pris vivant; que la tête du malheureux prisonnier arait.été portée en triomphe dans différentes villes, pour faire voir aux Indiens que leurs ennemis n'étaient pas immortels, et envoyée ensuite à
Mexico 3. Cortès, quoique :alarmé de cet avis |
qui lui faisait connaître les intentions de Montézuma, avait continué,sa, marche ; mais il.ne fat pas plus tôt dans Mexico qu'il s'aperçut, de la
* faute où l'avaient jeté un excès de confiance | I l'exe : de la visite que Gortès faisait tousles jours à
dans la valeur et la discipline de ses troupes,
ct le défaut de guide dans un pays inconnu, où | il ne pouvait communiquer ‘es idées que d'une | manière très imparfaite, ILreconnut qu'il s'était | engagé dans une situation où il était aussi dau- | gereux pour lui, de rester, qu'il lui était difficile |
d'en sortir, Teuter une retraite, c'était s'esposer à tout perdre. Le succès de son entreprise dépendait de l'opinion que les peuples ae la Nouvelle-Espagne s'étaient formée de la force invincible des Espagnols. Au premier signe de crainte que ceux-ci laisserajent apercevoir, Montézuma, qui n'était retenu lui-même que par la crainte, armerait contre eux {out son empire. Çortès était en mème temps persuadé qu'il n'y avait qu'une suite non interrompue de victoires, .et des succès complets et extraordinaires qui pussent le faire avouer de son souverain et couvrir les fautes et l'irrégnlarité de sa conduite. Toutes ces considérations lui firent sentir la nécessité de garder le poste qu'il avait pris, et il vit que,
*B. Diaz, cap xciv.
#Cortès, Relac. Ramus, H1,,235, C.
5 B. Diaz, cap. xexui, xcxiv, Herrera, Decad II, ib.,Vi., Cap. 1.
démarche hardie , il fallait.en risquer une autre plus hardie encore. Le danger était grand, mais les ressourees de son. esprit étaient plus grandes encore. Après avoir pesé la matière avec ‘une profonde.attention, il.s'arrèta à une idée aussi étrange qu'audacieuse. 1l imagina d'aller saisir Montézuma dans son palais et de le conduire prisonnier au quartier des Espagnols. Il espérait qu’en se rendant. maître de la persone de
: l'empereur, le respeet .superstitieux des Mexi-
cains pour leur morarque et leur soumission aveugle à toutes ses valontés mettraient bientôt entre ses mains tout le pouvoir du gouvernement , ou qu'au moins, ayant en sa puissance tn otage si sacré, lui et les siens seraient à couvert
| de toute violence.
IL propesa sur-le-champ son projet à ses offi-
ciers.Les plus timides furent épouvantés et firent des objectians. Les plus éclairés et les plus har-
dis, persuadés que c'était le seul moyen qui pût les tirer du danger qui les menaçait , l’appreuvèrent hautement et entrainèrent leurs compagnons, de manière qu’on convimt d'en tenter sur-le-champ l'exécution. A l'heure ordinaire
Moutézuma , il se rendit au palais, accompagné d’Alvarado, Sandoval, Lugo, Velasquez de. Léon et Davila, cinq de ses principaux officiers, et de plusieurs soldats de confiance. Trente hommes choisis le suivaient sans ordre, séparés et paraissant guidés par la seule curiosité. De petites troupes furent postées de distance en distance dans toutes les rues qui conduisaient du quirtier des Espagnols à la cour, et le reste des Espagnols avec les Tlascalans étaient sous les armes, prèts à sortir au premier signal. Cortès et sa suite furent admis sans difficulté en pré
sence du monarque, et les Mexicains seretirèrent par respect commeils avaient coutumede le faire
Le général s'adressa alors au monarque d'un ton tout-à-fait différent de celui qu'il avait em
ployé dans les conférences précédentes. fl lui reprocha amèrement d'être l’auteur de l'attentat commis par un de ses officiers contre les Espagnols, et lui demanda une réparation publique pour la mort de quelques-uns de ses compa
guons, ainsi que pour l'insulte faite au grand prince dont ils étaient les serviteurs. Monté- &uma, confondu de cette accusation inattendue
11519) l'avait jeté une quer une autre ait grand, mais nt plus grandes atière, avec une | une idée aussi na d'aller saisir de le conduire ignols. Il espéla personne de tieux des Mexileur soumission ttraient bientôt ir du gouvernesa puissance in raient à couvert
ojet à ses offiuvantés et firent etles plus bar- | moyen qui pût açait, l’appreuat leurs compaint d'en tenter heure ordinaire tous les jours à is, accompagné lasquez de. Léon ux officiers, et 2e. Trente homrdre, séparés et uriosité. De pedistance en disconduisaient du , et le reste des étaient sous les r signal. Cortès ifficulté en pré.
ains seretirèrent tumede le faire monarque d'un i qu'il avait em cédentes. fl lui eur de l'attentat contre les Esparation publique de ses compa faite au grand viteurs. Monté-
tion inattendue
et changeant de couleur, soit qu'il fût coupable, soit qu'il ressentit vivement l'indignité avec laquelle on le traitait, protesta de,san innocence avec une grande vivacité, et, pour en fournir
une preuve, ordonna sur-le-champ qu'onallât |
saisir Qualpopoca et ses complices et qu'on les conduisit à Mexico. Cortès répliqua qu'une assurance aussi respectable que celle que lui donnait l'empereur le persuadait entièrement , mais qu'il fallait quelque chose de plus pour rassurer ses Compagnons qui persisteraient à regarder Montézuma comme leur ennemi, s'il ne leurdonnait une preuve de sa confianceet de son attachement en quittant son.palaiset en venant faire sa
résidence au milieu des Espagnols, oùilserait |
servi avec tous les égards dus. à un si grand monarque, À cette étrange proposition, Montézuma
demeura muet et presquesans mouvement. Enfin, |
ranimé par L'indignation, il répondit avec hauteur : que les personnes de sonrang n'étaient pas accoutumées à se rendre elles-mêmes prisonnières, et que, quand même il aurait la faiblesse d'y consentir, ses sujets ne souffriraient pas qu'on fit un pareil affront à leur souverain. Cortès, voulant éviter les moyens de violence , s’efforça tour à tour de l’adoucir et de L'intimider. La dispute devint vive; il y avait plus de trois heures qu'elle durait , lorsque Velasquez.de Léon, jeune homme brave et impétueux, s'écria : «Pourquoi perdre le temps en vaines paroles ? Qu'il se laisse conduire ou je lui pereele cœur. » La voix menaçante dont l'Espagnol prononça ces mots el le geste terrible dont il. les accompagua frappèrent Montézuma de terreur. I voyait
bien que les Espagno:s s'étaient trop avancés |
pour reculer. Le danger qui le menaçait était
grand; la nécessité de prendre un parti était | prince captif. Qualpopoca, son fils, et cinq des
pressante; il sentit la force de ces circonstances
lonté des Espagnols.
Ses officiers furent appelés. H leur communiqua sa résolution. Malgré l'étonnement et la douleur dont ils étaient pénétrés, aueun d'eux n’osa faire une question à l’empereur, Hs le conduisirent en silence et baignés de larmes au quartier des Espagnols. À peine sut-on dans la ville que les étrangers emmenaient l'empereur, que le peuple, s'abandonnant à tous les transports de la douleur et de la rage, menaça d’exterminer sur-le-champ les Espagnols pour les
punir de leur audace impie. Maislorsqu'ils virent
“Montézuma paraître.avec l'air de la gaité sur le
visage, et leur faire signe de la main en leur déclarant que c'était de son, propre choix qu'il allait résider pour quelque 1empsau milieu.de ses amis, le tumulte s'apaisa; la multitude, aecontumée à respecter les moindres signes de la volonté de :s0n souverain, se dispersa tranquillement t, :
Ce fut ainsi qu'un monarque puissant se vit, au milieu de sa capitale, en plein jour, saisi par une poignée d'étrangers , et emmené prisonnier sans résistance et sans:combat. L'histoire ue-présente rien qu'on puisse comparer à cet iévénement , soit pour la témérité de l'entreprise, soit pour le succès de l'exécution; et si toutes les circonstances de.ce fait.extraordinaire n'étaient pas constatées par les témoignages les plus authentiques, elles paraîtraient si extravagantes et si incroyables qu'on n'y trouverait pas même le
degré de vraisemblance nécessaire pour les ad-
mettre dans:un roman.
Montézuma fut reçu dans le quartier des Espagnols avec toutes les marques de respect qu'avait promises Cortès. Ses domestiques vinrent l'y servir à la manière accoutumée, Ses principaux officiers eurent un libre accès auprès de sa personne , et il exerça toutes les fonctions du gouvernement comme sil eût été en parfaite liberté. Les Espagnols le gardaient cependant avec loute la vigilance que méritait un prisonnier de cette importance (110) , en s’efforçant d’ailleurs d’adoucir l'amertume de sa situation par toutes les marques extérieures de respect et d’attachement ; mais l'heure de l’humiliation et de la douleur n'est jamais bien loin d’un
| principaux officiers qui servaient sous lui, fuet, s'abandonnant à sa destinée, il eéda à la vo-
rent ameués dans la capitale, en conséquence des ordres donnés par l'empereur. Montézuma les livra À Cortès, afin qu'il pût constater leur crime et en prononcer la punition. Ils furent jugés par un conseil de guerre espagnol, et, quoi: qu'ils n’eussent fait que remplir le devoir de fidèles sujets et de braves gens en obéissant aux ordres de leur légitime souverain et en combattant les ennemis de leur patrie, ils furent con-
UR. Diaz, cap. xcv, Gomara, Chron., cap. vxxxin. Cortès, Relac Ramus, ll, 285, 236. Herrera, Decad Il, lib. vii!, cap, 11, 1,
damnés à être brûlés vifs. L'exécution de pareifs actes de cruauté est rarement suspendue. Les malheureuses victimes furent envoyées sur-lechamp au supplice. On forma leur bûcher de toutes les armes amassées Gans les arsenaux du roi pour la défense publique. Un peuple innombrable vit, avec un muet étonnement, la double insulte faite à la majesté de son empire : un de ses généraux livré aux flammes par une autorité étrangère pour avoir rempli son devoir envers son souverain, et le même feu consumer à ses yeux les armes assemblées par la prévoyance de ses ancêtres pour la défense publique.
Mais une insulte plus cruelle encore était réservée au malheureux Montézuma. Convaincu que Qualpopoca n’eût jamais osé attaquer Escalante s’il n'en eût eu l’ordre de son maitre, Cortès ne fut pas satisfait de la vengeance qu'il venait de tirer de celui qui avait été l'instrument du crime, et n’en voulut pas laisser le premier auteur impuni. Un moment avant d'envoyer Qualpopoca au supplice , il entra dans l'appartement de Montézuma , suivi de quelques officiers et d’un soldat qui portait des fers, et s’approchant du monarque avec un air sévère, il lui dit que les criminels, qui allaient subir leur sup-
sans doute avec les qualités qui distinguent Cortès dans d’autres parties de sa conduite, Exercer un droit qui ne peut appartenir à un étranger, lequel ne se donnait lui-même que comme l'envoyé d'un souverain étranger ; infliger une peine capitale et un supplice cruel à des hommes dont la conduite méritait son estime, est une atrocité sans exemple ; mettre aux fers le monarque d’un grand royaume, et, après lui avoir fait essuyer un traitement si ignominieux, lui rendre la liberté, c'est faire du pouvoir l'abus le plus étrange.
On n’explique cette conduite qu’en disant que Cortès, enivré de ses succès et présumant tout de l’ascendant qu'il avait pris sur les Mexicains, ne trouvait rien de trop hardi à entreprendre, ni de trop dangereux à exécuter, Mais à voir la chose d’un certain côté, ses procédés, quoique contraires à la justice et à l'humanité, peuvent avuir été dictés par la même politique artificieuse que le général semble avoir constamment suivie. Aux yeux des Mexicains, les Espagnols avaient
| paru des êtres au-dessus de l’homme. Il était de
plice, l'avaient accusé d’être le premier auteur |
de leur attentat, qu’il était nécessaire qu'il expiât sa faute, et, sans attendre de réplique, il ordonna au soldat de mettre l'empereur aux fers. L'ordre fut exécuté sur-le-champ. Le monarque, nourri dans l'idée que sa personne était inviolable et sacrée , et considérant cette profanation comme un avant-coureur de sa mort prochaine, exhala sa douleur en plaintes et en gémissemens.
Ses courtisans , muets d'horreur, tombèrent à ses |
pieds, les baignèrent de larmes, et soutenant ses fers, s'efforçaient avec une tendresse respectueuse d’en rendre le poids plus léger. Leur douleur et leur désespoir ne se calmèrent que lors-
que Cortès, revenu de l'exécution de Qualpopoca : | parence de la tranquillité et de la satisfaction.
avec une contenance satisfaite, ordonna qu'on
Ôtât les fers à Montézuma. Ce prince, qui d’a- |
bord avait montré une faiblesse indigne d’un
homme, se livra sur-le-champ à une joie indé- |
cente, et passa, sans intervalle, de l'excès du désespoir aux transports de la reconnaissance et de la tendresse envers ses libérateurs.
Ces faits, tels qu’ils sont racontés par les his- Loriens espagnols eux-mêmes, s'accordent peu
la plus grande importance pour Cortès de nourrir cette erreur et de maintenir le respect qui en était la suite. Cortès voulait persuader aux Indiens que le meurtre d'un Espagnol était le plus grand des crimes, et rien ne lui paraissait plus propre à établir cette opinion que de condamner à une mort cruelle les premiers Mexicains qui avaient osé le commettre , et d'obliger leur souverain lui-même à se soumettre à une punition honteuse pour expier la part qu'il avait eue au crime de ses sujets (111).
La rigueur avec laquelle Cortès traita les malheureux Mexicains qui avaient osé porter leurs mains sur les Espagnols, paraît avoir produit l'effet qu’en attendait Cortès. Montézuma demeura abattu et soumis. Durant six mois que Cortès passa à Mexico, le monarque continua de rester dans le quartier des Espagnols, avec l'ap-
comme si ce séjour eût été de son choix. Ses mi-! nistres et ses domestiques le servaient à leur} manière accoutümée. Il prenait connaissance de toutes les affaires. Tous les ordres se donnaient en son nom. L'aspect du gouvernement paraissait le même, ct, comme tontes les formes anciennes subsistaient, la nation, qui ne s’aperce-
vait d'aucun changement, continuait à obéir an :
distinguent Corconduite, Exertenir à un étranême que comme er ; infliger une el à des hommes estime, est une
aux fers le mot, après lui avoir gnominieux, lui pouvoir l'abus le
qu’en disant que présumant tout ir les Mexicains, à entreprendre, r. Mais à voir la océdés, quoique manité, peuvent tique artificieuse tamment suivie.
spagnols avaient mme. Îl était de Cortès de noure respect qui en ersuader aux Inznol était le plus i paraissait plus e de condamner s Mexicains qui bliger leur sou- > à une punition d'il avait eue au
s traita les malosé porter leurs It avoir produit Montézuma deit six mois que que continua de gnols, avec l’ap-
la satisfaction.
a choix. Ses miervaient à leur) connaissance de es se donnaient nement parais-
les formes anqui ne s’aperce-
iuait à obéir au :
monarque avec la même soumission et le même respect. Les Espagnols avaient inspiré à Montézuma et à ses sujets tant de crainte ou de respect, qu'il ne se fit pas une seule tentative pour délivrer le souverain de sa prison. Cortés même, se confiant sur l’ascendant qu'il avait pris, permettait à Montézuma non-seulement d'aller aux temples, mais même de chasser au-delà des lacs, accompagné d’une garde d’un petit nombre d'Espagnols qui suffisaient pour en imposer à la multitude et s'assurer du roi prisonnier t,
Ainsi Cortès s'étant rendu maître de la personne de Montézuma, son heureuse témérité valut tout d'un coup aux Espagnols une autorité plus étendue dans l'empire du Mexique qu'il ne leur eût été possible de l’acquérir avec beaucoup detemps à force ouverte; et ils exercèrent, sous le nom de l’empereur, un pouvoir bien plus absolu que celui dont ils auraient pu faire usage en leur propre nom. Les moyens employés par les nations civilisées, pour soumettre celles qui le sont moins, ont été à peu près les mêmes dans tous les temps. Le système de cacher une usurpation en empruntant le nom des souverains naturels d'un pays, d'employer les magistrats et les formes établies pour introduire une domination nouvelle, artifices que nous sommes disposés à regarder comme des inventions subtiles de la politique moderne; ce système, dis-je, est bien plus ancien qu’on ne pense, et a été mis en usage avec succès dans l'occident, long-temps avant qu'il ait été pratiqué en orient.
Cortès mit à profit tous les avantages que lui donnait le pouvoir qu’il avait obtenu par les moyens qu'on vient d'exposer. Il choisit quelques Espagnols propres à cette commission ; et les chargea de visiter différentes parties de l'empire , accompagnés de Mexicains qu'avait nommés l'empereur, pour leur servir en même temps de guides et de défenseurs. Ils parcoururent un grand nombre de provinces, en exa- | minèrent le sol et les productions, observèrent avec plus de soin les districts qui pouvaient fournir de l'or et de l'argent, reconnurent différens endroits propres à recevoir des colonies de leur nation, et s’efforcèrent de préparer les esprits au joug de l'Espagne; tandis que Cortès, au nom et par l'autorité de Montézuma, Ôtait les
!Cortès, Relac., pag. 236. B. Diaz, cap. xovur, XOVIII, XCIX,
emplois aux principaux officiers de l'empire dont les talens ou l'esprit d'indépendance lui faisaient craindre quelque résistance à ses volontés, et mettait à leur place des hommes plus ineptes ou ;'us disposés à la soumission.
Une autre précaution lui était encore nécessaire pour son entière sûreté. 11 fallait qu'il fût maitre des lacs pour assurer sa retraite, dans le cas où les Mexicains, soit par impatience du joug, soit simplement par légèreté, prendraient les armes contre lui, et rompraient les ponts ou les chaussées. Son adresse ou la facilité de Montézuma le mirent en état d'exécuter ce dessein. En entretenant souvent son prisonnier de Ja marine européenne et de l’art merveilleux de la havigation, il excita sa curiosité et lui fit désirer de voir ces palais MOuvans, qui, sans le secours des rames, marchent et se dirigent sur les eaux. Pour cet effet, Cortès lui persuada d'envoyer chercher une partie des agrès de sa flotte déposés à la Vera-Cruz, et de faire Couper et préparer des bois. Les charpentiers espagnols eurent bientôt construit deux brigantins, qui furent pour Montézuma un frivole amusement, et pour Cortès une ressource assurée s’il était obligé de se retirer.
Euhardi par tant de preuves de la soumission servile du monarque à toutes ses volontés , Cortès osa le mettre à une épreuve encore plus forte. Il pressa Montézuma de se reconnaître vassal du roi de Castille, tenant sa couronne de lui, et de lui payer un tribut annuel. Montézuma se soumit encore à ce sacrifice, le plus humiliant qu'on pôt exiger d’un souverain absolu. Les grands de l'empire furent appelés. Montézuma, dans une harangue, leur rappela les traditions et les prophéties qui annonçaient depuis long-temps l'arrivée d'un peuple de la même race qu'eux, et qui devait prendre possession du pouvoir suprèême; il leur déclara qu'il croyait que les Espagnols étaient ce peuple ; qu'il reconnaissait les droits de leur souverain sur l'empire du Mexique , et qu'il voulait mettre sa couronne à ses pieds et être désormais son tributaire, En prononçant son discours, le malheureux prince laissa voir combien il était douloureusement affecté du sacrifice qu'on ie forçait à faire, Les soupirs et les larmes lui coupèrent souvent la parole. Malgré l'abattement de son esprit et de son courage, il conservait encore assez du sen-
timent de sa dignité pour éprouver les angoisses qui déchirent le cœur d’un souverain forcé de
se dépouiller du pouvoir suprême, Aux premiers |
inots qui firent connaître sa résolution, l'assemblée fut frappée d’un muet étonnement, et bientôt après il s'éleva un murmure confus qui exprimait à la fois la douleur et l’indignation. Les Mexicains parurent vouloir se porter à quelque mouvement de violence. Cortès le prévint à propos, en déclarant. que les intentions de son
maître n'étaient point de priver Montézuma de | sa couronne, ni d'apporter aucune innovation | dans la constitution et les lois de l'empire, Cette |
assurance, soutenue de la.crainte qu'inspiraient les Espagnols et de l'exemple de soumission que
donnait l'empereur lui-même, arracha à l'assem- !
blée un consentement forcé (112). Cet acte de foi et hommage envers la couronne d'Éspagne fut accompagné de loutes les solennités qu'il plut aux Espagnols de prescrire !.
Montézuma , sur la demande de Cortès, y joignit un présent magnifique pour son nouveau suzerain, et ses sujets, à son exemple, fournirent aussi très libéralement à une contribution. Les Espagnols rassemblèrent tout ce que leur avait donné volontairement Montézuma et tout ce'qu'ils avaient extorqué des Mexicains sous divers prétextes, On fondit l'or et l'argent, et ces métaux, sans parler des bijoux et ornemens de diverses espèces qu'on conserva comme ils étaient, pour la beauté du travail, s’élovèrent ensemble à six cent mille pesos 2. Les soldats attendaient avec impatience qu’on.en fit le partage. Cortès voulut les satisfaire. On mit à part un cinquième comme le droit du roi d'Espagne; un autre cinquième fut réservé à Cortès comme commandant en chef. On reprit encore sur la masse les sommes avancées par Velasquez, Cor: tès et quelques autres officiers, pour les frais de l'armement. Le reste fut partagé entre les troupes, y compris la garnison de la Vera-Cruz, officiers et soldats, en proportion de leur rang. Après tant de déductions, la part de chaque soldat ne passa pas cent pesos. Cette somme était si fort au-dessous de leurs espérances.que quelques soldats la refusèrent avec dédain ; d’autres
!Cortès, Relac., p. 238. B. Diuz, câp. cr. Gomara, Chron., cap. xom Herréra, Decéd. 1], lib. x, Capi LV.
? Environ 2,500,000 liv., le pesos valant à ‘peu: près 4 liv. et quelques sous de notre monnaie.
murmurèrent si hautement qu'il fallut pour les apaiser que Cortès joignit l'adresse à des libéralités considérables. Ces plaintes n'étaient. pas tout-à-fait sans fondement : la couronne n'ayant | point contribué aux frais de l'armement, les | soldats voyaient avec peine qu'on lui ahandonnait une partie si considérable des trésors qu'ils avaient achetés par leurs travaux et leur sang, La part du général, eu égard aux idées qu'on se faisait de la richesse dans le sixième siècle, était une somme énorme. Quelques-uns des: favoris de Cortès s'étaient secrètement approprié différens bijoux d’or qui ne payèrent pas le quint du roi. et ne furent point mis dans la masse commune. Il faut croire pourtant que les objets qui avaient été détournés n'étaient pas d'une grande valeur; car dans ces circonstances l'intérêt de Cortès était que la portion du roi fût très cun-
pond point aux idées qu'on se fait communément des richesses du Mexique, d’après les descriptions que les historiens nous font de son ancienne splendeur et d’après les produits actuels de ses mines. Mais il faut considérer que, parmi les anciens Mexicains, l'or et l'argent n'étaient pas la mesure de la valeur des autres marchandises, et que cette circonstance n’influant: pas sur leur prix, ils n'étaient recherchés que comme ornemens ou bijoux, Ils étaient consacrés aux dieux dans les temples ou employés comme des marques de distinction par les princes et les personnes du plus haut raug, La perte que souffraient l'or et l'argent par l’user, étant pet considérable, la demande n’en était pas assez grande pour exciter l'industrie des Mexicains à en augmenter la quantité par le travail des mines dont leur ;pays abonde, et cet art. leur était entièrement inconnu. Tout ce qu'ils possédaient d'or'était ramassé dans le lit des rivières, ou natif et recueilli dans l’état où la mine le donne !. Le plus grand effort de leur industrie dans la recherche de ce métal était de laver les terres détachées des montagnes par les torrens , pour en séparer les grains d’or; ei même celte opération si simple était exécutée très maladroi tement, selon le rapport des Espagnols envoyés par Gortès pour examiner l'état des provinces
1 Cortès, Relac., p. 236. F. B. Diaz, cap. eu, eu | Gomera, Chron., cap. xc.
sidérable, La somme amassée. par les Espagnols ne ré- |
LLC A Te
(1520) | fallut pour les esse à des libées n'étaient, pas uronne n'ayant ’armement, les on lui abandones trésors qu'ils x et: leur sang, x idées qu’on se ème siècle, était uns des favoris approprié diffépas le quint du . la masse comie les objets qui as d’une grande ces l'intérêt de oi fût très cun-
spagnols ne réfait communéd’après les desus font de son produits actuels érer que, parmi irgent n'étaient autres marchan- > n'influant: pas chés que comme L consacrés aux syés comme des princes et les La perte que l'user, étant peu 1 était pas assez des Mexicains à r le travail des et cet art leur ce qu'ils possélit des rivières, où la mine le e leur industrie tait de laver des par les torrens.
; ei même celte e très maladroi:
Jagnols envoyés t des provinces
aZ, Cap. CH, CHI
où l'on pouvait espérer de trouver des mines !. Par ces différentes causes l'effet de la masse d'or existant alors: au Mexique ne devait pas être fort: grande. La quantité d'argent était encore moindre, parce qu'on trouve rarement:ce métal dans un état de pureté, et'que les Indiens n'avaient pas encore assez d'industrie pour saivre les procédés nécessaires pour l’extraire de sa mine et le purifier?. Ainsi, quoique les Espagnols eussent mis tout leur pouvoir en usage et se fussent abandonnés à toute leur avidité pour satisfaire la plus grande de leurs passions, la soif de l'or, et que Montézuma eût épuisé ses
trésors pour la rassasier, le produit de ces deux |
sources, qui formaient la plus grande partie des
métaux précieux: de l'empire, ne s'éleva pas au-
delà de ce que nous avons dit: ci-dessus (113). Mais quelque facile-que se fût montré Mon-
tézuma pour tout ce:que Cortès avait exigé de | lui, ik fut:inflexible sur ua point, En vain le gé- | - Hiéral le pressa avec tout le:zèle importun d'un
missionnaire, de renoncer à:ses:faux dieux et d'embrasser la foi chrétienne, il rejeta la proposition avec horreur, La superstition était profondément gravée dans l'esprit des Mexicains,
parce qu'elle: y était établie sur un, système |
complet et régulier; et:tandis que les. peuples grossiers des autres partiesde l’Amériqueabandonnaient aisément: un petit nombre de notions et de cérémonies religieuses, trop. peu fixes
Mexicains restaient: c’:stinément attachés à leur culte, quelque barbare qu'il fût, parce qu'il
était accompagné d’une solennité et pratiqué | avecune régularité qui le rendaient respectable |
à leurs yeux. Cortès, voyant tous ses efforts inutiles pour ébranler la fermeté de Montézuma, fut si furieux de son obstination,. que dans un transport de zèle il se mità la tête de ses soldats pour aller renverser les idoles. dans le grand
temple de Mexico. Mais les prêtres prenant les |
armes et: le peuple accourant en foule pour dé-
fendre leurs autels , le général modéra.enfin son |
ardeur et ilse détermina à renoncer à eette entreprise téméraire, après avoir Ôté seulement ane idole de sa niche et y avoir placé une image de la vierge Marie (114).
souffert l'emprisonnement de leur souverain et les exactions de ces étrangers presque sans résistance, commencèrent à méditer les moyens de chasser ou d'exterminer les Espagnols et se crurentobligés devenger leursdivinités insultées. Les prêtres et les principaux Mexieains eurent de fréquens entretiens. avec Montézuma sur cé sujet. Mais ce prince; pouvant être. lui-même victime d’une entreprise violente tentée contre les Espagnols tant qu'il serait en leur pouvoir, voulut.essayer d’abord des moyens plus doux. Il fit appeler Cortès et lui dit que les vues que les Espagnols s'étaient proposées en venant au Mexique, députés. par leur souverain, étant
| entièrement remplies, c'était la volonté des
dieux.et le désir des peuples. qu'ils quittassent sur-le-champ le pays; qu'il le priait de se préparer à partir, sans quoi il craignait tout pour eux de la part de sa nation, Cette proposition et le ton déterminé dont elle fut faite ne permirent pas à Cortès de douter qu’elle ne füt le résultat de quelque grand projet concerté entre Montézuma et ses sujets. Il comprit sur-le-champ qu'il serait plus avantageux de paraître céder au désir du monarque que de tenter mal à propos de le combattre. 11 répordit sans hésiter et sans se troubler qu’il s'était déjà occupé de son retour ; mais que , comme il avait détruit les vaisseaux dans lesquels il était arrivé, il lui fallait du temps
| pour en construire d'autres, On trouva la répour mériter le nom de religion nationale, les |
ponse raisonnable, L'empereur envoya à la Vera- Cruz des ouvriers mexicains pour couper des bois sous la direction de quelques charpentiers espagnols, et Cortès se flatta que, dans cet intervalle , il pourrait trouver des moyens de détourner le danger ou recevoir des renforts qui le mettraient en état de le braver.
Près de neuf mois s'étaient écoulés depuis que Porto-Carreroct Montejo avaient fait voile pour l'Espagne, chargés de ses dépèches et de ses présens. Il attendait tous les jours leur retour:et par eux la confirmation de son autorité des mains du roi. Sans.cela son état. demeurait. in-
| certain et précaire;.et après avoir exécuté tant
de grendes choses, sa -destinée pouvait être de se voir donner les noms de rebelle et de
traître et d'en subir le châtiment. Quelque éten-
Dès ce inoment, les Mexicains qui, avaient |
1E Jiaz, cap. cn.
* Herrera, Decac. 1j, lib av, Cap. 1v.
dus et rapides qu’eussent été ses progrès, il ne : pouvait pas espérer d'achever la conquête d'un grand. empire avec le peu de troupes qui lui
restaient, réduites un bien petit nombre par les travaux et les maladies, ni de recevoir aucun renfort des établissemens espagnols des iles, sans avoir préalablement obtenu du roi l'approbation de tout ce qu'il avait fait jusque-là. Tandis qu’il était dans cette cruelle situation, inquiet sur le passé, incertain sur l'avenir, et que ses craintes s'augmentaient encore par la
dernière déclaration de Montézuma, la nouvelle }
arriva à Mexico que quelques vaisseaux parais-
saient sur la côte, Cortès se flatta sur-le-champ |
que Porto-Carrero était de retour d'Espagne et que ses souhaits étaient enfin accomplis. Il fit part de ces heureuses nouvelles à ses compa-
gnons qui les reçurent avec transport ; mais leur | joie ne fut pas longue. Un courrier de Sandoval |
qui avait succédé à Escalante dans son commandement à la Vera-Cruz, vint instruire Cortès que l'armement avait été fait par Velasquez gouver-
neur de Cuba, etqu’au lieu de lui apporter des |
secours qu'il attendait, il était destiné contre lui-même.
Les motifs qui portaient Velasquez à ce parti violent étaient évidens. Dès l'instant du départ de Cortès, le gouverneur de Cuba avait pu soupçonner en lui le projet de secouer toute dépendance. Ses soupçons se fortifièrent lorsqu'il vit qu'on ne lui rendait aucun compte des opérations, et ils se changèrent en conviction par l’indiscrétion des officiers envoyés par Cortès à la cour d'Espagne. Porto-Carrero et Montejo, par
des motifs que les historiens contemporains |
ne nous font pas assez clairement connaître, avaient touché à l’île de Cuba contre les ordres positifs de leur général !, Velasquez apprit d’eux que Cortès et ses compagnons, après avoir renoncé formellement à toute liaison avec lui,
la Nouvelle-Espagne, et qu'ils demandaient au roi une confirmation de tout ce qu'ils avaient fait. Ils l’instruisirent aussi de la richesse du pays, des magnifiques présens que Cortès avait
par un homme qu’il avait lui-même choisi et en qui il avait placé sa confiance, la douleur d’avoir employé une partie de sa fortune à l’agrandissement d'un ennemi, et le désespoir de trouver jamais une si belle occasion d'établir sa fortune et d'étendre son autorité, tous ces motifs réunis excitaient le gouverneur à faire les plus grands efforts pour tirer une vengeance éclatante de son ennemi et pour enlever à la fois à Cortès ses conquêtes et l'autorité qu'il avait usurpée. Il ne manquait pas de raisons plausibles pour justifier cette tentative. Le compte qu'il avait fait passer en Espagne du voyage de Grijalva avait été reçu très favorablement. Sur les échantillons qu’il avait envoyés des productions et des richesses de la Nouvelle-Espagne, on avait conçu à la cour une haute idée de cette
| contrée, Velasquez avait été autorisé à en pour-
suivre la découverte et en avait été fait gouverneur, sa vie durant , avec des pouvoirs et des priviléges plus étendus que ceux qu’on avait accordés à aucun aventurier depuis Colomb t,
| Fier de ces marques d'une faveur distinguée, | et autorisé à regarder Cortès non-seulement
comme empiétant sur son gouvernement, mais comme rebelle aux ordres du roi, il se détermina à venger par la force des armes les droits et l'autorité de son souverain (115). Il pressa les préparatifs de son expédition avec toute l’ardeur qu'on pouvait attendre des passions violentes dont il était animé , et en peu de temps, il mit sur pied un armement consistant en dix-huit vaisseaux , quatre-vingts hommes de cavalerie, huit cents hommes d'infanterie, dont quatre-
| vingts mousquetaires, cent vingt arbalétriers et | douze pièces de canon. Velasquez avait déjà | éprouvé le danger de confier à un autre l'expéavaient établi une colonie indépendante dans | | cette expérience ne l'avait pas rendu plus entre- | prenant, Il donna le commandement de ce corps
reçus et des espérances que ce général avait |
encore d'étendre et d’affermir son pouvoir dans ces nouvelles contrées.
Toutes les passions qui peuvent agiter un esprit ambitieux , la honte d’avoir été si gros-
dition qu’il aurait dû conduire lui-même ; mais
formidable, qui, dans l'enfance de l’établissement des Espagnols en Amérique, méritait le nom d'armée, à Pamphilo de Narvaës, avec ordre
| de se saisir de Cortès et de ses principaux offi- | ciers, de les lui envoyer prisonniers et d'achever
sièrement trompé, l'indignation d'avoir été trahi |
°B. Diaz, cap. uv, sv. Herrera, Decad. H, bb, v, Cap. xiv. Gomara, Chr'on., cap.ix.
ensuite en son nom la découverte et la conquête du pays.
Après un voyage heureux, Narvaës débaratia
| ses troupes sans opposition près de Saint-Jean
Herrera, Decad. 11, lib. ux, cap. xt.
d'Ullo:
mines ment il tès, ma dans le trouva état d naturel bas et | rent pl agréab] présent sespéré comme de Nar:
mière o quelque car aya Vera-C:
chargé une tel courag se saisit et les e Corti
amis, el
les rem clément resses e il en ob projets toute l’é n'étaien à combe la sienn l'empor au nom mandée Il avait conder de main térèêt mi les Indi gnons c volte en envers | Narvaës de puni Mexique Montézu
ne choisi et en douleur d’aune à l’agrandésespoir de on d'établir sa ité, tous ces erneur à faire une vengeance nlever à la fois rité qu'il avait raisons plausije. Le compte du voyage de ‘ablement. Sur és des producrelle-Espagne, e idée de cette risé à en pourté fait gouverouvoirs et des qu’on avait acuis Colomb t, ur distinguée, non - seulement rnement, mais il se détermina s les droits et ). Il pressa les c toute l’ardeur sions violentes e temps, il mit nt en dix-huit s de cavalerie, , dont quatre- : arbalétriers et uez avait déjà in autre l’expéui-même ; mais ndu plus entreent de ce corps de l’établisseue, méritait le yaës, avec ordre principaux offiers et d'achever : et la conquête
rvaës débarqa de Saint-Jean
d'Ulloa. Trois soldats envoyés à la recherche des mines de ce district se joignirent lui. Non-seulement ils lui firent connaître la situation de Cortès, mais comme ils avaient fait quelques progrès dans la connaissance de la langue mexicaine, il trouva en eux des interprètes qui le mirent en état d’avoir quelque communication avec les naturels du pays. Il est vrai que, selon l’artifice bas et grossier des déserteurs, ceux-ci cherchèrent plutôt à flatter Narvaës par des espérances
agréables qu’à lui dire l’exacte vérité, Ils lui re-
présentèrent la situation de Cortès comme si désespérée et le mécontentement de ses troupes comme si général, que la présomption naturelle de Narvaës en prit une nouvelle force. Sa première opération aurait dû cependant lui inspirer quelque défiance sur les relations de ses espions ; car ayant envoyé sommer le gouverneur de la Vera-Cruz de se rendre, Guevara, ecclésiastique chargé de cette commission, s'en acquitta avec une telle insolence que Sandoval, homme de courage et très attaché à Cortès, loin d'obéir, se saisit de lui et de ceux qui l'accompagnaient, et les envoya prisonniers et enchatnés à Mexico.
Cortès les reçut non pas en ennemis, mais en
. amis, et condamnant la sévérité de Sandoval,
les remit sur-le-champ en liberté. Cet acte de clémence placé à propos et accompagné de caresses et de présens, lui gagna leur confiance, et il en obtint des instructions sur les forces et les projets de Narvaès, d'après lesquelles il conçut toute l'étendue du danger qui le menacait. Ce n'étaient plus des Indiens demi-nus qu'il avait à combattre, mais une armée qui ne le cédait à la sienne ni en courage ni en discipline , et qui l'emportait de beaucoup par le nombre, agissant au nom et par l'autorité du monarque et commandée par un officier d’une bravoure reconnue. IL avait appris que Narvaès, plus occupé de seconder le ressentiment de Velasquez que jaloux de maintenir la gloire du nom espagnol et l'intérèt même de sa patrie dans son commerce avec les Indiens, l'avait représenté lui et ses compagnons comme des proscrits, coupables de révolte envers leur propre souverain et d'injustice envers les Mexicains, en envahissant leur pays. Narvaës avait ajouté que son unique objet était de punir leurs oppresseurs et de délivrer le Mexique de leur tyrannie, Cortès vit bientot que Montézuma avait reçu toutes ces impressions
défavorables ; il sut que Narvaës avait trouvé le moyen de faire assurer l'empereur, que la conduite des Espagnols qui le retenaient prisonnier était désapprouvée du roi son maître, et qu'il était chargé de lui rendre non-seulement la liberté, mais encore son ancienne autorité et toute son indépendance. Les provinces espérant dès lors pouvoir secouer bientôt le joug de ces étrangers, commencèrent à se révolter ouvertement contre Cortès et à regarder Narvaës comme ayant et le pouvoir et la volonté de les arracher à l'oppression. Montézuma lui-même entretenait une correspondance secrète avec le nouveau commandant , et semblait avoir recours à lui et le regarder comme supérieur en pouvoir et en dignité aux Espagnols, qu'il avait jusque-là respectés comme les premiers des hommes (116).
Tels étaient l'embarras et le danger où se trouvait Cortès. Il est impossible d'imaginer une situation qui pût mettre son habilet£ et son courage à une épreuve plus critique, et dans laquelle il fût plus difficile de prendre un parti. S'il attendait à Mexico l'arrivée de Narvaës, sa perte paraissait inévitable; car tandis que les Espagnols le presseraient du dehors , les habitans , que malgré toute son autorité et tous ses soins il avait déjà beaucoup de peine à retenir dans la soumission, saisiraient avec ardeur cette occasion de se venger de tout ce qu'il leur avait fait souffrir. S'il abandonnait la capitale, en rendant la liberté au monarque captif et en allant au-devant de l'ennemi, il perdait tout à la fois le fruit de ses travaux et de ses victoires, et renonçait à des avantages qu'il ne pourrait plus recouvrer sans des efforts extraordinaires et des dangers infinis. Enfin, si au lieu de combattre, il tentait un accommodement avec Narvaës, la hauteur naturelle de cet officier, encouragée par la démarche même de Cortès, serait un obstacle insurmontable au succès de sa négociation. Après avoir pesé et comparé ces différens projets avec la plus grande attention, Cortès s'arrêta à celui dont l'exécution était le plus difficile, mais qui devait être le plus avantageux à sa patrie S'il était suivi du succès : il s’arma de la résolution et de l’intrépidité nécessaires dans les situations qui ne laissent qu’un seul objet d’espérance, et il se détermina à faire un dernier et courageux effort en risquant de combaure,
malgré tous ses désavantages , plutôt que de sacrifier ses conquêtes et les intérêts de l'Espagne dans le Mexique.
Quoique Cortès prévit bien qu'il en faudrait toujours venir à décider ses différends avec Narvaès par le sort des armes , il pensa qu'il serait
non-seulementindécent, maiscriminel d'attaquer | ses compatriotes:sans!avoir auparavant tenté la | voie des négociations, Il employa pour cela son | aumônier Olmedo, que son caractère rendait :
trés propre à cet emploi, et qui avait d’ailleurs | l'adresse et la prudence nécessaires pour bien | conduire les intrigues secrètes que Cortès avait | le projet de se: ménager parmi les troupes de | Narvaès, æt dans lesquelles il mettait sa plus | grande confiance. Narvaès rejeta avec dédain |
toutes les propositions d'accommodement que lui fit Olmedo, et ce ne fut qu'avec beaucoup
de peine qu'on l'empécha de maltraiter cet ecclésiastique et ceux qui l'accompagnaient; mais | les envoyés de Cortès trouvèrent un accès plus | favorable parmi les troupes. Ils avaient apporté | diverses lettres de leur chef et de ses oMiciers à |
leurs anciens amis et compagnons. Les lettres
étaient accompagnées de présens, comme d'an- | deaux , de chaînes d'or et d'autres bijoux pré- |
cieux , propres à donner à ces aventuriers de grandes idées dela richesse de Cortès, et à
compatriotes qui étaient engagés à son'service. Quelques-uns espérant dès lors une part dans
ces trésors, se déclarèrent pour un accommode- |
ment avec Cortès. D'autres, par amour du bien
public, voulaient qu'on prévint une guerre ci- | vile qui ne manquerait pas , quelque parti qui |
l'emportât, d’ébranler et peut-être de renverser
entièrement la puissance des Espagnols dans un | pays où elle était envore'si imparfaitement éta- | blie. Narvaës ne daïgna écouter aucan de ces | avis et déclara, par un acte public, Cortès et ses |
compagnons rebelles et ennemis de leur pays.
Îl'est probable que Cortès, connaissant l'arrogance de Narvaës, s'attendait à cette réponse.
Après avoir donné une preuve de ses disposi- |
tions pour la paix , et justifié ainsi la nécessité
où il serait de recourir à d’autres moyens, il se |
détermina à marcher contre un ennemi qu'il avait inutilement tenté de fléchir.
Ï laissa en partant cent cinquante hommes | dans {a capitale, sous le commandement dé Pe- !
drod’Alvarade, officier d'un grand courage, et pour lequet les Mexicains même avaient conçu beaucoup de respect. C'est à cette faible garmson qu’il confia la gardé d'une grande ville, de tous les trésors qu'il avait amassés, et ce qui est plusimportant encore, dû monarque prisonnier, Ilemployatouteson adresse à cacher à Montézama la véritable cause de son départ. N s'efforça de lui persuader que les étrangers nouvellement arrivés étaient ses amis, sujéts du même souverain, et qu'après une courte entrevue ils partiraient tous ensemble pour retourner dans leur patrie. Montézuma , ne pouvant pénétrer les desseins des Espagnols ni concilier ce qu'on lui disait avec les déclarations de Narvaës, craignant d'aillears de laisser voir aucune marque de soupçon ou de défiance à l'égard de Cortès, lui promit de rester tranquille au milieu des Espagnols et d’avoir pour Alvarado la même amitié qu'il avait pour Cortès lui-même. Le général paraissant se confier à cette promesse , mais comptant bien plus sur les ordres qu'il laissait à Alvarado de garder son prisonnier avec la plus grande vigilance, partit de Mexico.
Ses troupes , après leur jonction avec Sando-
‘val et la garnison de la Vera-Cruz, ne formaient
pas ensemble plus de deux cent cinquante
| hommes. Comme il mettait sa principale conleur faire envier le bonheur de ceux de leurs |
fiance dans la célérité de ses mouvemens, il m'avait pris avec lui que fort peu de bagage et d'artillerie ; mais il craignait beaucoup la cavalerie de l'ennemi, et il s'était précautionné con. tre ce désavantage avec la sagecité d'un grand homme de guerre. Il avait observé que les Indiens de la province de Chinantla se servaient de piques très longues et très fortes; il donna à ses soldats cette arme , la meilleure qu'on pôt employer contre de la cavalerie, et les accoutuma à se tenir serrés pour en faire un usage plus avantageux.
Avec son petit corps, Cortès s'avança vers Zempoalla dont Narvaës s'était emparé. Pendant sa marche il réitéra ses propositions d'accommodement ; mais Narvaës, exigeant que Cortès et ses compagnons le reconnussent sur-le-champ comme gouverneur de la Nouvelle-Espagne , en
| vertu des pouvoirs qu’il tenait de Velasquez, ct
Cortès refusant de se souinettre à toute autorite qui ne serait pas émanée immédiatement du roi d'Espagne (devenu empereur), sous la protec-
tion duc toutes ll effet ; se à cette o grands à des octas vaès par l'air de 1 éblouir !
faisaient lets, des l'armée petit non accommo dispositi fureur. Il principat petite tro Zempoall une insû et march Mais ( rience po nombre , tion. Il le Canoas e inquiétuc On était pluies, qr qu'elles o Narvaès, militaire, les y exp leur géné prisant d tirer à Ze le déterm Cortès à espérait .
observa « quoique ( aux torre loin d'êtr bonne vo que ceux au:repos, leur prof d’être att toute acti termina
n grand courage, et même avaient conçu à cette faible garmne grande ville, de massés, et ce qui est onarque prisonnier, cacher à Montézama part. N s'efforça de igers nouvellement ijéts du même sourte entrevue ils parretourner dans leur juvant pénétrer les pncilier ce qu'on lui de Narvaës, crai- Voir aucune marque à l'égard de Cortès, Île au milieu des Esarado la même amiti-même. Le général te promesse , mais ordres qu'il laissait à sonnier avec la plus e Mexico.
jonction avec Sando- -Cruz, ne formaient ux cent cinquante sa principale conses mouvemens, il rt peu de bagage et it beaucoup la cavait précautionné con sagecité d’un grand observé que les Ininantla se servaient trés fortes; il donna meilleure qu'on pût lerie, et les accour en faire un usage
jortès s'avança vers ait emparé. Pendant opositions d’accomexigeant que Cortès iussent sur-le-champ Juvelle-Espagne , en ait de Velasquez , et {tre à toute autorile immédiatement du roi ur), sous la protec-
tion duquel sa colonie naissante s'était mise, toutes les négociations ne produisirent aucun effet ; seulement la communication qui s'établit à cette occasion entre les deux armées donns:de grands avantages à Cortès, en lai fournissant des octasions de gagner quelques officiers de Nar: vaës par des présens, d'euadoucir d'autres par l'air de modération qu'il se donnait, et de es éblouir tous par les richesses dont ses soldats faisaient parade en se montrant avec des bracelets, des chaînes et d’autres bijoux d’or. Toute l'armée de Narvaès, excepté lui-même: et ‘un petit nombre de ses créatures, penchait vers’un accommodement avec leurs compatriotes. Cette disposition irrita ce caractère’violent jusqu'à la fureur. Il mit à prix la tête de Cortès et de ses principaux officiers, et ayant appris que leur petite troupe s'était avancée jusqu'àune lieue de Zempoalla, il regarda cette hardiesse comme une insulte qu'il fallait châtier sur-le-champ , et marcha pour offrir la bataille.
Mais Cortès avait trop de talens et d’expérience pour combattre un ennemi si supérieur en nombre, sans se donner l'avantage de la situa tion. Il laissa entre lui et Narvaès la rivière: de Canoas et vit de là l'approche de l'ennemi sans inquiétude, et ses vaines bravades avec mépris, On était au commencement de la saison des pluies, qui tombaient déjà avec:toute la violence qu’elles ont sous la zone torride. Les soldats de Narvaès, peu accoutumés aux travaux du: service militaire, murmunèrent si hautement decequ'on les y exposait, à leur avis sans nécessité, que leur général, cédant à leur impatience, et méprisant d’ailleurs ses ennemis, consentit à se retirer à Zempoalla. Les mêmes circonstances qui le déterminaient àcette démarche encouragèrent Cortès à tenter une entreprise par laquelle il espérait terminer la guerre d'un seul coup. H observa que ses soldats, endurcis aux fatignes, quoique exposés sans tentes et sans aucun abri aux torrens de pluie quiine:cessaient de tomber, loin d'être découragés:, conservaient toute leur bonne volonté et toute leur activité. 11 prévoyait que ceux de Narvaës se livreraient naturellement au‘repos, et que jugeant de leurs ennemis par leur propre mollesse, ils se croiraient à l'abri d’être attaqués dans un temps si peu propre à toute action. D'après ces observations, il se détermina à profiter de l'obscurité de la nuit.
lorsque la surprise et lu terreur compenseraient avartageusement pour lui l'infériorité du nombre. Ses soldats, convaineus qu'il ne leur restait de ressource que dans quelque effort extraordi-. nuire de courage, approuvérent sa résolution avectant de chalcur, que Cortès, duns un discours qu'il leur fit avant de se mettre en marche, fut plus occupé de modérer leur ardeur que de l'enflammer. M formatroispetits corps, et donna le commandement du premier à Sandoval, qui eut ka commission aussi périlleuse qu'importante de s'emparer de l'artillerie placée au devant de la principale tour du temple où Narvaës avait établi son quartier, Christoval d'Olid, qui com: mandait la seconde division, fut chargé d'attaquer la tour et de soutenir Sandoval, Cortès conduisait la troisième division qui était la moins considérable, formant un corps de réserve destiné à se porter aux endroits où l’on aurait besoin de son secours. H fallut d'abord passer la rivière:de Canvas, ce qui ne se fit pas saus difficulté. Ele était grossie par les pluies, et les soldats avaient de l’eau presque jusqu’au cou. On S'avança ensuite dans un profond silence, sans tambour et sans bruit d'aucun instrument militaire : chaque homme’était armé d’une épée, d'un poignard et d'une pique dé Chinantla. Narvaës, dont la négligence était proportionnée à sa confiance , n'avait laissé que deux sentinelles pour veiller sur les mouvemens d'un ennemi qu'il avait tant de raison de craindre. L'une fut saisie par l'avant-garde de Cortès, l’autre s'échappa et arriva à la ville assez à temps pour donner à Narvaëès tout le loisir de se préparer à recevoir l'ennemi. Mais l’'aveuglement et la présomption de ce général lui firent perdre des momens si précieux. fl taxa la sentinelle de lâcheté et traita de chimère l’avis qu'on lui donnait, n'is maginant pas que Cortès pôt l’attaquer avec des forces si inégales. Les cris des assaillans le convainquirent enfin que le danger qu'il avait mé-
| prisé‘était réel. La promptitude de l'attaque fut
telle que la: division de Sandoval, après avoir essuyé un seul coup de canon, s’empara de l’artillerie et commença à s'avancer vers la tour. Narvaës, dont la bravoure égalait la présomption, s’arme en hâte, et par ses paroles et sors exemple anime ses soldats au combat. Olid s'avance pour soutenir ses compagnons, et Cortès lui-même, gagnant les devans, conduit et presse
l'attaque avec une nouvelle vigueur. Ce petit corps, serrant ses rangs et présentant avec ses piques un front impénétrable, renverse tout devant lui. Il eut bientôt gagné les portes et il combattait pour s'en rendre maître, lorsqu'un soldat ayant mis le feu aux roseaux dont la tour était couverte, Narvaès se vit obligé d’en sortir. Au premier choc il fut blessé à l'œil d’un coup de pique, renversé par terre et mis aux fers.
Des cris de victoire se firent entendre aussitôt. Ceux qui avaient accompagné Narvaès dans sa sortie soutenaient le combat faiblement ou commençaient à se rendre. La terreur et la confusion gagnérent ceux qui se défendaient encore dans deux petites tours du temple. L'obscurifé était si grande qu'ils ne pouvaient distinguer les amis des ennemis. Leur propre artillerie était tournée contre eux. De quelque côté qu'ils jetassent les yeux, les insectes lumineux qui abondent dans les climats chauds et humides, et qui brillaient dans la nuit, paraissaient à leur imagination effrayée comme autant d'ennemis qui s’avançaient avec les mèches de leurs arquebuses allumées. Après une courte résistance les soldats forcèrent leurs chefs à capituler, et avant le jour tous avaient mis bas les armes et s'étaient soumis à leur vainqueur.
Une victoire si complète était d'autant plus heureuse qu'elle n'avait presque point coûté de sang. Cortès n'avait eu que deux hommes tués, et du côté de Narvaës on n'avait perdu que deux officiers et quinze soldats. Le vainqueur traita les vaincus en amis et en compatriotes; il leur donna le choix ou d’être renvoyés directement à Cuba ou d'entrer à son service pour partager
sa fortune aux mêmes conditions que ses anciens | soldats. Cette dernière offre, secondée de quel- : ques présens et de beaucoup de promesses, | flatta tellement les espérances romanesques qui | avaient déterminé ces aventuriers à s'engager | au service, qu’elle fut acceptée par tous les sol- | dats de Narvaës, à l'exception d’un petit nombre | de ses plus zélés partisans, et que tous, à l’envi | les uns des autres, firent des protestations d'un !
attachement inviolable à un général qui venait de donner des preuves si éclatantes de son talent
pour commander. C'est ainsi que, par une suite | de circonstances aussi extraordinaires qu'heu- | reuses, Cortès échappa à sa perte, qui paraissait :
inévitable, et se vit, au moment où il pouvait s'y attendre le moins, à la tête de mille Espagnols prêts à le suivre partout où il voudrait les conduire, En considérant la facilité avec laquelle il obtint cette grande victoire, ainsi que la promptitude et l'unanimité avec lesquelles les soldats de Narvaës se rangèrent sous les étendards de son rival, on ne peut guère s’empécher d'attribuer ces événements aux intrigues de Cor. tès autant qu’à ses armes, et à la trahison des compagnons de Narvaës autant qu’à la valeur de son ennemi {.
On reconnait également le bonheur et l'habileté de Cortès dans les événemens qui suivirent, Si, depuis son départ de Mexico, il n'eût pas mis dans ses marches et dans ses opérations toute la célérité que nous venons de décrire, sa victoire, quelque décisive qu'elle fût, n'eût pas sauvé les Espagnols qu'il avait laissés dans la capitale. Peu de jours aprèsla défaite de Narvaës, il reçut avis que les Mexicains avaient pris les armes et détruit les deux brigantins qu'il avait fait construire pour s'assurer des lacs; qu'ils avaient attaqué les Espagnols dans leurs quartiers ; qu'après en avoir tué plusieurs et blessé un plus grand nombre, ils avaient réduit leurs magasins en cendres et poussé leur attaque avec une telle furie que, quoique Alvarado et les siens se défendissent avec le plus grand courage, ils étaient à la veille de périr par la famine ou d'étre accablés sous la multitude de leurs ennemis. Les motifs qui avaient excité cette révolte la rendaient encore plus alarmante. Au départ de Cortès pour Zempoalla , les Mexicains s'étaient flattés que l'occasion si long-temps attendue de rendre à leur monarque sa liberté, et de délivrer leur pays de la tyrannie des étrangers était enfin arrivée, et que, tandis que les forces deleurs oppresseurs étaient ainsi divisées et leurs armes tournées contre eux-mêmes, il serait facile de détruire l’un et l’autre parti. Dans cette vue, les Indiens tenaient des conseils et formaient des plans. Les Espagnols restés à Mexico, connaissant leur propre faiblesse , étaient remplis de soupçons et de craintes. Alvarado , quoïque bon officier, n'avait ni la capacité ni la dignité qui avaient donné à Cortès un si grand ascendant sur l’es-
‘Cortès, Relac., pag. 242. B. Diaz, cap. ex, cxxv.
Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. xvr, etc. Gomaras Chron., cap. xevur, etc.
(1520) prit des de se fo sa faibl d'autre ployer projets ( tendit 1 et, tand plus dis pour da s'empare saient , € dont les leurs die seul cou, craignail aucune d nombre , qui avaic mens voi cruauté :
Mexicain mais dan tuelleme gerquin entre les s’exposail qui leur grande t« Espagnol cevait la
Le da pour ne partit su ses force avait inis A Tlascal diens ch Mexicain:
tait aux I capitale.
lesquelles ÿcune pers le recevoi avait reçu aucune p "s'opposit qui régna le peuple les Espag
pment où il pouvait tète de mille Espaut où il voudrait les facilité avec laquelle toire, ainsi que la avec lesquelles les èrent sous les étenut guère s'empêcher ux intrigues de Cor.
et à la trahison des ant qu’à la valeur de
le bonheur et l'habiemens qui suivirent.
Mexico, il n’eût pas dans ses opérations enons de décrire, sa u'elle fût, n'eût pas ivait laissés dans la a défaite de Narvaës, ains avaient pris les rigantins qu'il avait rer des lacs; qu'ils ls dans leurs quarplusieurs et blessé avaient réduit leurs sé leur attaque avec Alvarado et les siens grand courage, ils ar la famine ou d'éle de leurs ennemis.
ité cette révolte la iante. Au départ de Mexicains s'étaient temps attendue de liberté, et de délie des étrangers était que les forces de leurs visées et leurs armes il serait facile de déins cette vue, les Informaient des plans.
co, connaissant leur emplis de soupçons uoïque bon officier, dignité qui avaient ascendant sur l’es-
. Diaz, cap. «x, cxxv.
p. xvi, etc, GOinaras
prit des Mexicains , et qui les avaient empêchés de se former une idée juste de leur force et de sa faiblesse, Ce commandant ne connaissait d'autre moyen que la rigueur, Au lieu d'employer quelque adresse pour déconcerter les projets ou adoucir l'esprit des Mexicains, il attendit l'occasion d'une de leurs fêtes solennelles, et, tandis que , selon l'usage, les citoyens les plus distingués de l'empire étaient assemblés pour danser dans la cour du grand temple, il s'empara de toutes les avenues qui y conduisaient , et, tenté par la richesse des ornemens dont les Mexicains étaient parés en l'honneur de leurs dieux , et par la facilité de se défaire d'un seul coup des auteurs de la conspiration qu'il craignait, il les avait attaqués et désarmés sans aucune défiance , et en avait massacré un grand nombre , de sorte qu'il ne s'était sauvé que ceux qui avaient pu s'échapper par les toits des bâtimens voisins du temple. Tant de perfidie et de cruauté avait allumé l’indignation et la rage des Mexicains , non -seulement dans la capitale, mais dans tout l'empire. Tous s’excitaient mutuellement à la vengeance, et, bravant le danger qui menaçait leur souverain tant qu’il serait entre les mains des Espagnols et celui auquel ils s’exposaient eux-mêmes en attaquant un ennemi qui leur inspirait depuis si long-temps une si grande terreur, ils avaient commencé contre les Espagnols l'attaque vigoureuse dont Coriès recevait la nouvelle,
Le danger parut assez pressant au général pour ne permettre ni délibération ni délai. Il partit sur-le-champ de Zempoalla avec toutes ses forces et avec la même promptitude qu’il avait mise à s'y rendre pour attaquer Narvaès. À Tlascala, il fut joint par deux mille soldats indiens choisis. En entrant sur le territoire des Mexicains, il reconnut que la haine qu'on por-
tait aux Espagnols n’était pas bornée à la seule capitale. Les principaux habitans des villes par
lesquelles il passait les avaient abandonnées; aujune personne de marque ne se présentait pour je recevoir avec les témoignages de respect qu'il avait reçus jusqu'alors. Ses troupes ne trouvaient aucune provision préparée, et quoique rien ne “S'opposàt à sa marche , la solitude et le silence qui régnaient partout, et l'horreur avec laquelle le peuple paraissait éviter tout commerce avec les Espagnols , étaient bien propres à l'alarmer.
Mais les Mexicains, malgré la haine dont ils étaient animés , étaient si ignorans dans l'art de la guerre, qu'ils ne savaient prendre aucune mesure efficace pour leur propre sûreté ou contre leurs ennemis. L'expérience même ne les avait pas éclairés sur la grandeur de la faute qu'ils avaient faite en admettant les Espagnols dans leur capitale ; et au lieu de rompre les chaussées et les ponts pour enfermer Alvarado et arrêter Cortès lui-même dans sa marche, ils le laissèrent rentrer dausla ville sansaucunobstacleet prendre paisiblement possession de son ancien poste.
Les transports de joie avec lesquels Alvarado et ses soldats reçurent leurs compatriotes ne peuvent s'exprimer. Les premiers se voyaient délivrés d'un danger pressant ; ceux-ci venaient d'obtenir une victoire signalée. Ce succès enfla tellement le cœur des uns et des autres, que’ Cortès même, s’en laissant éblouir, oublia en cette occasion et la prudence et l'attention qui lui étaient ordinaires. Non-seulement il népligea de rendre visite à Montézuma , mais il ajouta à cette insulte les expressions du plus grand mépris pour ce malheureux prince et pour toute sa nation. Les forces dont il avait le commandement lui paraissaient invincibles. Il se crut en état de prendre un ton plus haut et de quitter le masque de modération sous lequel il avait jusqu'alors caché ses desseins. Quelques Mexicains , qui avaient appris,un peu d'espagnol, entendirent le langage insultant de Cortès et excitèrent l'indignation de leurs compatriotes en le leur rapportant. Ils furent alors convaincus que les intentions du général étaient aussi sanguinaires que celles d’Alvarado , et que son projet , en venant dans leur pays, n'avait pas été, comme il l'avait toujours dit , de faire une alliance avec leur souverain, mais de conquérir le Mexique. Dans cette idée, ils reprirent les armes avec plus de fureur que jamais, et attaquant un corps considérable d'Espagnols dans sa marche vers la grande place du marché , ils le forcèrent à se retirer avec quelque perte. Enhardis par ce succès et persuadés dès lors que leurs oppresseurs n'étaient pas invincibles, ils allèrent le jour suivant avec loute la pompe guerrière attaquer les Espagnols dans leur quartier. Leur multitude et leur courage étaient bien capables d’insptrer de l’effroi. Quoique l'artillerie pointée contre l'avenue des rues qu'ils remplissaient en emportàt
un grand nombre à chaque déchange, et que pour des hommes nus chaque coup porté par les Espagnols fût mortel, l'impétuosité de l'attaque ne se ralentissait point, De nouveaux assaillans se précipitaient pour occuper la place des morts, et périssant à leur tour, ils étaient remplacés par d'autres aussi intrépides et aussi avides de vengeance, Cortès, malgré tous ses efforts, et toute son habileté, malgré la valeur et la disaipline de ses troupes, eut beaucoup de peine à empêcher l'ennemi de forcer ses quartiers.
Ce général vit avec surprise ce peuple qui paraissait accoutumé au joug, et qui l'avait supporté si long-temps sans résistance, devenu féroce et implacable envers ses vainqueurs, Les
soldats de Narvaës, qui s'étaient imaginés top lé- | gèrement qu'ils suivaient Cortès au partage des |
dépouilles d'un empire déjà conquis , furent fort étonnés de se voir engagés dans une guerre dangereuse avee un ennemi dont la vigueur n'était pas encore affaiblie , et sereprochèrent hautement leur créduleconfiance dansles promesses
trompeuses de leur nouveau chef !. Mais lasur- |
prise.et les plaintesétaient désormais inutiles. Al fallait uneffort extraordinaire et prompt pour les tirer de cette périlleusesituation.Dèsque les Mexicains , selon leur coutume , eurent cessé les hostilités, aux approches de la nuit, Cortès se prépara à une sortie qui pût ou forcer l'ennemi d'abandonner son entreprisg ou l'obliger d'en venir à quelque accommodement.
Il se plaça lui-même à la tête des troupes qui
devaient faire la sortie. Il mit en œuvre toutes |
les ressources de l’art de la guerre alors connues
en Europe et toutes celles que pouvait lui four- |
nir l'expérience qu'il avait de la manière de combattre des Indiens; mais il trouva les Mexicains préparés et en état de lui opposer toutes leurs forces. Des troupes fraiches arrivaient continuellement aux Mexicains de toutes les provinces, et leur courage se soutenait. Conduits par leurs nobles et enflammés par les exhortations de leurs prêtres , ils combattaient pour la défense deleurs temples et de leurs familles, sous les
yeux de leurs divinités, de leurs femmes et de |
leurs enfans. Malgré leur nombre et le mépris de la mort que l'enthousiasme leur inspirait , partout où les Espagnols pouvaient.les joindre,
VB. Diaz, cap. cxxvi,
ils ne vésistaieut pas à la supériorité de la discipline et des armes européennes; mais dans les rues étroites. et dans les. endroits où Les ponts de communication étaient rompus, les Espagnols se trouvaient exposés à des grêles de flèches et de pierres lancées du haut des maisons, Le combat avait duré une journée entière; un nombre prodigieux de Mexicains avaient ét tués. el une partie de la ville brûlée , lorsque les Espagnols, las de meurtres et pressés sans relà. che par”de nouveaux assaillans qui remplagçaient les premiers, furent enfin.obligés de se retirer avec la douleur de n'avoir rien fait d'assez dé. cisif pour compeuser le désavantage peu ordipaire d'avoir qu douze soldats tués et soixante blessés, Une autre sartie avic de plus grandes forces ne fut pas plus heureuse, et dans cette dernière le général lui-même fut blessé à la main.
Cortès aperçut alors, mais trop tard, l'erreur où l'avait jeté son mépris pour les Mexicains ; il fut convaincu qu'il ne pouvait ni maintenir le poste qu'il avait pris au milieu d'une ville ennemie ni se retirer sans courir le plus grand danger. 11 lui restait une ressource ; Montézuma pouvait calmer les Mexicains par «a médiation ou par son autorité, Le lendemain au matin, lorsque l'assaut recommenca , ce malheureux prinee, à la merci des Espagnols et réduit à la tristenécessité d'être l'instrument des honte et de l'esclavage de sa nation (117), parut sur la muraille vêtu de,ses habits royaux et avec toute la pompe qu’il avait coutume d'étaler dans les occasions solennelles, À la vue de leur sou verain, qu'ils honoraient et respectaient pres que comme une divinité, les Mexicains laissèrent
: tomber-les armes de leurs mains et gardèrent
un profond silence, tous en inclinant leur tête el plusieurs en se prosternant, Montézuma leur adressa un discours où il s’efforçait de calmer leur fureur et de les engager à cesser les hos tilités. À peine eut-il fini qu'un murmure de mécontentement se fit entendre et fut suivi de reproches et de menaces. Bientôt leur fureur s'accrut au point de leur faire oublier le respect qu'ils avaient montré d'abord pour leur empereur. Les flèches et les pierres recommencérent à voler en si grand nombre et avec tant de vio lence, qu'avant que les soldats espagnols.
chargés de couvrir Montézuma de leurs boucliers.
eussent monarq à la ter voyant que, pa ordinair passèret Le remc tout ép commet ciel allai rent Mo s'empres mais ce d'humili hauteur donné « survivre une vie | seulemen trument leurs ma de la haï rage, il ( blessures cune nou rejetant :
Espagnol La mo toute es] Mexicains traite, et nouveau dans de n sion d’une mandait le unetroupi Espagnol à leurstrai que prix qj d’Escobar, soldats che Escobar , « d'hommes sous les ye repoussé. ( armée dép:
attacher à l'empéchai an plus for
apériorité de la dispécnnes ; mais dans endroits où les ponts rompus , les Espaà des grêles de flèu haut des maisons, journée entière ; un exicains avaient ét:
: brûlée , lorsque les et pressés sans relàins qui remplaçaient obligés de se retirer rien fait d'assez dé.
avantage peu ordiats tués et soixante v.@ de plus grandes euse, et dans cette ême fut blessé à la
ais trop tard, l’eripris pour les Mexi- .ne pouvait ni mainris au milieu d'une " sans courir le plus une ressource ; Mon- 5 Mexicains par s rité, Le lendemain 'ecommenca , ce maldes Espagnols et rére l'instrument des a nation (117), parut 1abils royaux et avec outume d'étaler dans A la vue de leur sou t respectaient pres ; Mexicains laissèrent
mains et gardèrent n inclinant leur tête int. Montézuma leur s'effovçait de calmer er à cesser les hos qu'un murmure de ndre et fut suivi de
Bientôt leur fureur re oublier le respect wd pour leur emperes recommencérent et avec tant de vio
soldats espagnols .
ma de leurs boucliers.
11520] LIVRE y. 625
eussent le temps de les élever, le malheureux | sence de leur général, les Espagnols retourné monarque fut blessé de deux flèches et atteint | rent à la charge avec unertelle vigueur qu’ils à la tempe d'une pierre qui le renversa. En le parvinrent par degrés jusqu'au haut de la tour voyant tomber, les Mexicains furent si effrayés | €t repoussèrent les Mexicains jusque sur :Ja que, par un de ces changemens soudains, assez | plate-forme qui en couronnait.le fatte, Là cornordinaires dans les mouvemens populaires, ils iença un terrible Carnage, Deux jeunes Mexipassèrent subitement d'une extrémité à l'autre. | cains, reconnaissant Cortès qui animait ses sol- Le remords succéda à l'insulte: ils s'enfuirent, |! dats de sa voix et de son exemple, résolurent tout épouvantés du crime qu'ils venaient de | de sacrifier leur vie pour faire périr l’auteur des commettre et persuadés que la vengeance dun calamités de leur pairie, Ils s'approchérent de ciel allait tomber sur eux. Les Espagnols porté- !: lui dans une Posture suppliante, comme s'ils rent Montézuma à son appartement, et Cortès avaient voulu mettre,bas les armes, et le saisiss'empressa d'aller le consoler dans son infortune; | sant au corps, ils le tirérent vers les créneaux par mais ce prince, voyant alors dans quel abime | lesquels ils se précipitèrent , espérant l'entraid'humiliation il était tombé, et reprenant la | ner aveceux. Mais la force et l'agilité de Covtès hauteur d'âme qui paraissait l'avoir aban- | le délivrèrent de leurs mains , etces braves Mexi. . donné depuis si long-temps, dédaigna de | cains périrent dans cette tentative Généreuse et survivre à ce dernier affront et de prolonger ! inutile pour lesalut de leur pays. Dèsqueles Espaune vie honteuse depuis qu'il était devenu non- gnols furent maîtres de la tour, ils y mirent le feu seulement le prisonnier des Espagnols et l'ins- et continuèrent les préparatifs pour leur retraite. trument de la servitude de son peuple entre | Elle devenait d'autant plus nécessaire que les leurs mains, mais encore l'objet du mépris et | Mexicains, étonnés de ce dernier effort de valeur de la haine de ses propres sujets. Transporté de | des Espagnols, commençaient à changer de rage, il déchira l'appareil qu'on avait mis À ses | plan, et au lieu de continuer leurs attaques, blessures, et refusa si obstinément de prendre au- | barricadaient les rues et rompaient les chauscune nourriture qu'il termina bientôt ses jours, | sées pour Couper la communication avec le
conrejetant avec dédain toutes les sollicitations des | tinent et affamer un ennemi qu'ils ne pouvaient Espagnols pour embrasserla religion chrétienne. | forcer. Les Espagnols eurent d'abord à délibérer
La mort de Montézuma fit perdre à Cortès | s'ils se mettraient en marche en plein jour, afin toute espérance d'accommodement avec les ! de pouvoir reconnaître tous les dangers , régler Mexicains. Il ne vit plus de salut que dans lare- | leurs mouvemens et opposer une résistance traite, et il commença à s’y disposer; mais un | mieux concertée aux attaques de l'ennemi, ou nouveau mouvement des Mexicains l'engagea | s'ils tenteraient de s'échapper pendant la nuit. dans de nouveaux combats, Ils prirent posses: | On préféra le dernier parti, tant par l'espérance sion d'une haute tour du grand temple qui com- | que la superstition ordinaire des Mexicains les mandait le quartier des Espagnolset y placèrent empêcherait d'agir pendant la nuit, que par un unetroupe de leurs principaux guerriers. Aucun | effet de la confiance des troupes dans les pré- Espagnol ne pouvait se montrer sans être exposé : dictions d'un soldat qui, ayant pris un grand à leurstraits. Il était nécessaire de déloger, à quel- | crédit sur ses COMpagnons par quelques connaisque prix quece fût, les Indiens de ce poste, etJean | sances superficielles et par son savoir en astrod'Escobar, avec un nombreux détachement de logie, leur promettait un succès assuré s'ils soldats choisis, fut chargé de cette attaque; mais | choisissaient ce Lemps pour leur retraite. On se Escobar , quoique brave lui-même et à Ja tête
Il F. fn . . ze + | mit donc en marche vers minuit en trois divi
d'hommes accoutumés à vaincre et combattant | Sious, Sandoval commandait l'avant-garde , AI-
sous les yeux de leurs compatriotes, fut trois fois | varado et Velasquez de Léon l'arrière-garde et repoussé. Cortès, qui vit bien que lesalut de son | Cortès le centre, où étaient placés les prisonarmée dépendait du succès de cet assaut, Se fit | niers, parmi lesquels étaient un fils et deux attacher au bras son bouclier que sa blessure | filles de Montézuma et quelques Mexicains de l'empêchait de tenir de la main, et se jeta | distinction. On y avait placé aussi l'artillerie et le au plus fort de la mêlée, Encouragés par la pré- | bagage, et on avait un pont volant de bois pour
traverser les parties de chaussées rompues. On suivit dans un profond silence la chaussée qui conduisait à Tacuba, parce qu’il y avait par-là moins de distance de la ville au continent , et qu'étant plus éloignée de la route de Tlascala et de la mer, les Mexicains l'avaient moins endommagée que les autres. Les Espagnols la suivirent sans être inquiétés jusqu'au premier endroit où elle était rompue, se flattant que l'ennemi ne s'était pas aperçu de leur retraite. Mais les Mexicains ,sans se montrer , avaient non-seulement suivi tous les mouvemens des
Espagnols, mais préparé une attaque terrible. ! | tout ce qui était échappé se trouva réuni à Ta-
Tandis que ceux-ci s’occupaient à établir leur pont ct à faire passer leurs chevaux et leur ar-
tillerie, ils furent tout à coup alarmés par le | | diminuées de plus de moitié, découragées , le
son d’un grand nombre d’instrumens guerriers et par les cris d’une multitude d’ennemis. Le lac fut couvert de canots. Les flèches et les pierres pleuvaient de tous les côtés. Les Mexicains se précipitaient sur eux avec furie dans l'espérance de se venger enfin de tout ce qu'ils avaient souffert. Le pont de bois s’enfonça tellement par le poids de l'artillerie, qu'il fut impossible de le dégager. Troublés par cet accident , les Espagnols s’avancèrent avec précipitation vers la seconde brèche faite à la chaussée; mais quoiqu'ils se défendissent avec leur courage ordinaire, resserrés sur une chaussée étroite, leur discipline et leur adrèsse leur étaient d’un faible secours, tandis que s'obscurité de la nuit leur faisait perdre en grande partie l'avantage que leur donnait la supériorité de leurs armes.
Tous les habitans de Mexico s'étaient mis à la poursuite de leurs oppresseurs, et avec une telle ardeur que ceux qui ne pouvaient s'approcher poussaient leurs compatriotes sur l'ennemi avec une violence terrible. De nouveaux soldats succédaient sans cesse à ceux qui tombaient. Les Espagnols, las du carnage et ne pouvant plus soutenir l'effort du torrent qui fondait sur eux, commencèrent à céder. En un moment le désordre fut général, cavaliers et gens de pied, officiers et soldats, amis et ennemis se trouvèrent mêlés ensemble et tous combattant; ceux qui périssaient pouvaient à peine distinguer par quelles mains ils Ctaient frappés.
Cortès, avec environ cent hommes de son infanterie et quelques cavaliers, vint à bout de frauchir les deux dernières brèches faites à fa
chaussée , à l'aide des corps morts qui les comblaient , et mit enfin le pied sur la terre ferme. Il rangea ses soldats en bataille à mesure qu'ils
! arrivaient, et retourna avec ceux qui étaient encore en état de combattre pour favoriser la
retraite de ceux qui étaient restés en arrière, et les encouragea par sa présence et son exemple, Il reçut ainsi une partie des siens qui s'étaient fait jour au travers de l'ennemi. Le reste avait été accab'£ par le nombre ou noyé dans le lac, Il entendit les cris lamentables de ceux qui, pris vivans, étaient amenés en triomphe pour être sacrifiés au dieu des Mexicains. Avant le jour,
cuba; mais lorsque l'aube vint montrer au yeux de Cortès les tristes débris de ses troupes,
plus grand nombre de ce qui restait,couvert de blessures , la pensée de ce qu’ils avaient souf. fert et le souvenir des braves amis et dés fidèles compagnons qu'il venait de perdre dans cette nuit de douleurs! pénétrèrent son âme de si vives douleurs , qu’en faisant ses dispositions et en donnant quelques ordres nécessaires, les larmes tombaient de ses yeux. Ses soldats virent avec une grande satisfaction que les occupations qu'exigeaient les devoirs de sa place ne fermaient point son âme aux sentimens de l’humanité.
Cette fatale retraite coûta la vie à plusieurs officiers dedistinction(118) etentreautres à Velasquez de Léon, qui, ayant abandonné le parti de son parent, le gouverneur de Cuba, pour suivre la fortune de ses compagnons , était regardé comme la seconde personne de l'armée, tan pour le s”erifice qu'il avait fait que pour so mérite supérieur. Toute l'artillerie fut perdue, ainsi que les munitions et le bagage. Presque tous les chevaux et plus de deux mille Tlascalans furent tués. Les Espagnols ne sauvèrent qu'une très petite portion de leurs trésors, amassés par tant de travaux, Ces richesses même, le but presu:: unique de leur expédition, avaient été la principale cause de leur malheur ; car plu sieurs soldats s'étaient tellement chargés d'or, qu'il leur avait été impossible de combattre, ct que, retardés dans leur fuite, ils avaient péri victimes d'une avidité aussi inconsidérée que
1 Noche-triste est le nom qu'on donneencore à celte uuit dans la Nouvelle-Espagne.
les arr élevé, ple, il seulen provis moins quer p aucun officiel prendi l’ouest sent es quatre qu'il le mité n duit à d'être tantôt peuplé presqu alarme harceia traits e attaque garde :
naient invinci taient qu'euss qu'ils ressoui sauvag vert. L.
forces, plus gr milieu tenus e chef, Sa
Cort
ÆChron.,
2 Villa
morts qui les com- À sur la terre ferme, aille à mesure qu'ils ec ceux qui étaient e pour favoriser la restés en arrière, et nce et son exemple, es siens qui s'étaient 1emi. Le reste avait ju noyé dans le lac, les de ceux qui, pris triomphe pour être ins. Avant le jour, trouva réuni à Ta- > vint montrer aux ébris de ses troupes, tié, découragées , le ai restait,couvert de qu'ils avaient souf.
es amis et dés fidèles e perdre dans cette rent son âme de si nt ses dispositions ct res nécessaires, les reux. Ses soldats viaction que les occuevoirs de sa place ne x sentimens de l’hu-
ta la vie à plusieurs etentreautres à Ve- 1bandonné le parti de le Cuba, pour suivre nons, était regardi ne de l'armée, tani t fait que pour son rtillerie fut perdue, le bagage. Presque jeux mille Tlascalans ne sauvèrent qu'une trésors, amassés par esses même, le but dédition, avaient été r malheur ; car plu ement chargés d'or, le de combattre, et ite, ils avaient péri si inconsidérée que
on donne encore à celté
honteuse. Parmi ces désastres, ce fut pour les Espagnols une consolation qu'Agüilar et Marina, qui leur étaient si nécessaires commeinterprètes, eussent échappé à tant de dangers 1.
Le premier soin de Cortès fut de chercher un asile pour ses troupes excédées de fatigues, car il ne pouvait plus tenir où il était ; les Mexicains le pressaient de tous les côtés et les habitans de la province de Tacuba commençaient à prendre les armes. Il dirigea sa marche vers un terrain élevé, et y ayant aperçu heureusement un temple, il s’en mit en possession. Il y trouva nonseulement l’abri qu'il cherchait, mais quelques provisions de bouche qui ne lui étaient pas moins nécessaires ; l'ennemi continua de l’attaquer pendant toute la journée, mais il ne reçut aucun échec. Cependant il consultait avec ses officiers sur le choix de la route qu'il devait prendre. Les Espagnols se trouvaient alors à l'ouest du lac. Tlascala, le seul endroit oùils pussent espérer d’être bien reçus, était à soixante quatre milles à l'est de Mexico ?, de sorte qu'il leur fallait tourner tout autour de l’extrémité nord du lac pour joindre la route qui conduit à cette ville, Un soldat tlascalan entreprit d’être leur guide, et les conduisit par un pays tantôt marécageux , tantôt montagneux, mal peuplé et mal cultivé. Ils marchèrent six jours presque sans s'arrêter et dans de continuelles alarmes. Des corps nombreux de Mexicains les harcelaient sans cesse, tantôt de loin avec leurs traits et quelquefois se formant en corps et les attaquant de front, en flanc et à leur arrièregarde avec une grande audace, parce qu'ils venaient de voir que ces étrangers n'étaient pas invincibles. Tant de fatigues et de dangers n’étaient pas mème les plus grands des maux qu'eussent à souffrir les Espagnols. Le pays qu’ils traversaient ne leur fournissait aucune ressource; ils étaient réduits à vivre de baies sauvages, de racines et de tiges du maïs encore vert. La faim abattait leur âme et diminuait leurs forces, tandis que leur situation demandait les plus grands efforts de courage et d'activité, Au milieu de toutes leurs détresses, ils étaient soutenus et animés par l’inaltérable fermeté de leur chef, Sa présence d’esprit ne l'abandonna jamais;
‘ Cortès, Relac., pag. 248. B. Diaz, cap. cxvunr. Gomara, Chron., cap. ax. Herrera, Decad. Il, lib. x CAP. 11, XI 2 Villa Segnor, Teatro americuno, lib. nt, Cap. ui:
[LR
il prévoyait tout avec une étonnante sagacité, et sa vigilance faisait face à tout; il était le premier à s'exposer au danger et supportait les fatiguc avec sérénité; les difficultés semblaient dévelo» per en lui de nouveaux talens, et ses soldats qui, sans lui, eussent désespéré de eur salut. continuaient de le suivre avec une confiance qui ne faisait qu'augmenter.
Le sixième jour de leur marche, ils arrivèrent à Otumba , non loin de la route qui conduit de Mexico à Tlascala, Dés la pointe du jour ils se mirent en marche, les ennemis inquiétant toujours leur arrière-garde. Parmi les insultes donc ceux-ci accompagnaient leurs hostilités, Marina remarqua qu’ils répétaient souvent : {lez , bri gands , allez au lieu où vous trouverez bientôt la punition due à vos crimes. Les Espagnols ne comprirent le sens de cette menace qu’en arrivant sur une hauteur qui était sur le chemin. De là ils découvrirent une vaste plaine couverte d’une armée immense qui s’étendait autant que la vue pouvait porter. Les Mexicains, pendant qu'un corps de leurs troupes fatiguait les Espagnols dans leur retraite, avaient asser blé leurs principales forces de l’autre côté au lac, e., suivant directement la route de Mexico à Tlascala, s'étaient postés dans la plaine d'Otumba , par où Cortès devait nécessairement passer. À la vue de cette multitude effrayante d’ennemis, que l’élévation du terrain leur per. mettait de découvrir tout entière , les Espagnols furent saisis d'étonnement, et mème les plus courageux commencèrent à perdre tout espoir Mais Cortès, sans donner à leurs craintes le temps de se fortifier par la réflexion, après les avoir avertis en peu de mots qu'ils étaient dans la nécessité de vaincre ou de périr, ies mena à la charge. Les Mexicains les attendirent avec une fermeté extraordinaire. Telle était cependant la supériorité de la discipline et des armes des Espagnols que l'impulsion de leur petite troupe renversait tout devant elle, et que, partout où elle se portait, elle perçait et dissipait les plus nombreux bataillons. Mais, tandis que les uns se dispersaient , d’autres leur succédaient sans relâche, et les Espagnols, quoique victorieux dans chacun de ces petits combats, étaient près de succomber sous la fatigue que leur causaient tant d'efforts répétés, sans prévoir la fin de leurs travaux et sans espérer de rem. i0
porter une victoire générale. Dans cet instant critique, Cortès vit s’avancer le grand étendard de l'empire qu'on portait devant le général mexicain, et seisouvenant heureusement d’avoir entendu dire.que la-destinée ‘des batailles chez
cette nation dépendait de celle de cetétendard, | 1 | deiprendre du repos et de trouver du secours
il assemble un petit nombre de ses plus:braves officiers dont les chevaux étaient encore.capables de service; il se met à:leur tête et renverse avec impétuosité tout ce qu'il rencontre devant lui. Une treupe.choisie de nobles qui gardaient l'étendard fit quelque résistance, mais elle fut bientôt ompue. Cortès , d'un coup:de lance, blessa te ‘général mexicain :et lerenversa par terre; un Espagnol , desdendant de cheval, l'acheva et sesaisit.de l'étendard impérial. Dès:que de général fut tué et que l'étendard, vers:lequel ‘tous les yeuxétaient dirigés, cessade paraître,
une terreur panique frappartous les Mexicains , |
‘et comme si leilien qui ‘les: tenait réunis eût été rompu, :toutes les enseignes’ s’abattirent, :chaque soldat jeta ses armes æt:tous s'enfuirent ‘aveciprécipitation vers Îles montagnes. Les Espagnols, itrop fatigués pour être en état de les poursuivre:bien loin,retournèrent pour recueillir les dépouilles sur:le champ de bataille. L'armée étant formée des principaux guerriers de
la nation, qui s'étaient parés de leurs plus ri- !
ches ornemensicomme s'ils allaient:à une victoire
assurée, le:butin fut assez considérable pour dé- |
‘dommager en partie Gortès et ses gens de la perte qu'ils avaient faite dans leur retraite de Mexico. Le lendemain, à leur grande satisfaction, ils entrèrent sur le territoire des Tlasea : lans :
Mais au milieu de la joie qu’ils ressentaient d'être sortis d’un pays où ils se voyaient envi-
ronnés d’ennemis, ils n'étaient pas sans inquié- |
tude sur la manière dont ils allaient être reçus de leurs anciens alliés, chez lesquels ils retouraient dans un état bien différent de celui où ils étaient en les quittant peu de temps auparavant.
Heureusement pour eux , la haine des Tlascalans :
pour le nom mexicain était si invétérée, le désir de venger la mort de leurs compatriotes était si ardent, et l'ascendant que Cortès avait acquis sur les chefs de la république, si absolu, que,
! Cortès, Relac., pag. 219. B. Diaz, Cap. cxxvut Uo-
mara, Chron., cap. cx. Herrera, Decau. 1, lib x, |
ea Xi, x,
(1520) Join d'avoir la pensée de prendre avantage de la
| malheureuke situation.où ils voyaient les Espa- - gnols, ils les reçurent avec une tendresse et une : cordialité qui dissipèrent promptement toutes | les craintes.
Les Espagnols avaient le plus pressant besoin
| non+seulement pour la guérison de leurs bles- | sures trop long-temps négligées, mais encore | pour recouvrer leuvs:forces épuisées par tant de | fatigues et de:souffrances. Cortés apprit alors | que ses troupes n'étaient pas les seules qui | eussent éprouvé le ressentiment des Mexicains, Un détachement considérable, allant de Zem- ! poalla à la capitale, savait été détruit par les | peuples de Tepeaca. Un parti moins nombreux, qui retournait de Tlascala à la Vera-Cruz avec la portion de batin tombée en partage à la garnison; avait.été surpris-et massacré dans les mon- :tagnes. Dans un moment où les Espagnolsétaient déjà réduits à un si petit nombre, ces pertes | étaient vivement:senties. Cortès en était surtout affecté, parce qu'elles réndaient plus difficile | l'exécution des plans qu'il méditait. Les ennemis | qu'il savait dans :son\armée , et même plusieurs | des Espagnols qui lui étaient encore ;attachés, | regardaient les désastres qu'il venait d’essuyer comme devant arrêter absolument les progrès | deses armes, etne croyaient :pas qu'il Jui restât d'autre parti à prendre que de quitter inces- | samment un pays dont ilavait entrepris la con- : quête avec des forces insuffisantes; mais aussi | persévérant à exécuter qu’ardent à entrepren- | dre , il demeurait fermement attaché à son pre- | mier et grand projet de soumettre l'empire du | Mexique à la couronne de Castille. Quélque rude et inattendu que fût l'échec qu'il venait de recevoir, il-n'y voyait pas un motif suffisant pour | abandonner les:conquêtes qu'il avait-déjà faites | et pour renoncer à reprendre ses opérations avec | des espérances d'un plus heureux succès, La co- | lonie de la Vera-Cruz n'avait pasiété entamée, . nimême attaquée. Les peuples de Zempoalla et | des districts voisins n'avaient laissé apercevoir ‘aucune disposition à :8e détacher de lui. Les : Tlascalans lui demeuraient fidèles. 11 pouvait espérer de puissans secours de ce peuple, ennemi implacable des Mexicains, et dont l'esprit guerrier pouvait être mis aisément en activité, Il avait | encure sous ses ordres un corps d'Ecpagnols
aussi ouver s'était jes av.
expéri pays, ment ( nemer Plei Tlasca si libér bientô qu'il d Vera-( pièces confian Narvaë engage joindre la pou Enfin, iputilen s’il ne , de pré bois po qui pus morcea aurait b Mais, tions po ver dev ne s'atte méconte armée, | étaient } suivi cet l’espérar penser à de la me tès que plus tôt d'eux qu qu'ils av heur d'é saient à fois. Dès tès, ils »
secrètem
1 Cortès,
(1520) dre avantage de la voyaient les Espane tendresse et une omptement toutes
lus pressant besoin trouver du secours ison de leurs blesigées, mais encore puisées par tant de Cortès apprit alors pas les seules qui nent des Mexicains, le, allant de Zemété détruit par les i moins nombreux, a Vera-Cruz avec la partage à la garnisaëré dans:les monès Espagnolsétaient nombre, ces: pertes rtès en était surtout laient plus difficile ditait. Les ennemis et mème plusieurs nt encore :attachés, 'il venait d’essuyer lument les progrès nt pas qu'il Jui resue:de quitter incesait entrepris la confisantes; mais aussi rdent à entreprent'attaché à son preamettre l'empire du stille. Quélque rude qu'il venait de remotif suffisant pour il avait déjà faites : ses opérations avec ireux succès, La coit pasiété entamée, les de Zempoalla et nt laissé apercevoir tacher de lui. Les idèles. Il pouvait es- > ce peuple, ennemi dont l'esprit guerit en activité, Il avait corps d'Ecpagnols
aussi nombreux que celui avec lequel il s'était ouvert un chemin jusqu'a centre de l'empire.et s'était rendu maître de la ç& ‘ale; enfin, avec les avantages que lui donnait une plus grande expérience et une plus par{iite connaissance du pays, il ne désespérait pas de recouvrer promptement {out ce qu'il venait d” r erdre par des événemens malheureux.
Plein de ces idées, il montra aux chefs des Tlascalans tant d'égards, et répandit entre eux si libéralement le riche butin d'Otumnba, qu'il fut bientôt sûr d'obtenir de la république tout ce qu'il demanderait, IL tira de ses magasins de la Vera-Cruz quelques munitions et deux ou trois pièces de campagne. Il dépêcha un officier de confiance, avec quatre vaisseaux de la flotte de Narvaès, à Hispaniola et à Ja Jamaïque, pour engager de nouveaux aventuriers à venir le joindre et pour y acheter des chevaux, de l poudre et d'autres munitions de guerre.
Enfin, comme il était convaincu qu'il tenterait inutilement de soumettre et de garder Mexico s’il ne se rendait maître du lac, il.donna ordre de préparer dans les montagnes de Tlascala des bois pour ia construction de douze brigantins qui pussent être portés sur les bords du lac var morceaux, assemblés et mis à l’eau lorsqu'il en aurait besoin t,
Mais, tandis qu’il prenait de si sages précauliors pour l'exécution de ses projets, il vit s'éle. ver devant lui uo obstacle formidable auquel il ne s'attendait pas. L'esprit de mutinerie et de mécontentement éclata de toutes parts dans son armée. Plusieurs des Compagnons de Narvaës étaient planteurs plutôt.que soldats, et n'avaient suivi cet officier à la Nouvelle-Espagne que dans l'espérance d’y former des établissemens et sans penser à s’exposer aux fatigues et aux dangers de la mer, Comme ils ne s'étaient attachés à Cortès que dans les mêmes vues, ils n’eurent pas plus tôt essayé l'espèce de service qu'on exigeait d'eux qu'ils se repentirent amèrement du parti qu'ils avaient pris. Ceux qui avaient eu le bonheur d'échapper aux dangers passés frémissaient à la pensée de s’y exposer une seconde fois. Dès qu'ils connurent les intentions de Cortès, ils “1mmencèrent à murmurer et à cabaler secrètement, et, devenant de moment en mo-
?Cortès, Relac , pag. 253, E.Gomara, Chron,, p.117.
ment plus audacieux, ils firent des représentetions sur l’imprudence qu'il y aurait à attaquer un empire puissant avec les faibles moyens qui lui restaient, et demandérent hautement de retourner sur-le-champ à Cuba. Cortès, quelque talent qu'il eût pour conduire les hommes, employa inutilement les raisons , les prières et les présens pour les persuader ou les adoucir, Ses anciens soldats, animés de l'esprit de leurs chef, secondèrent en vain ses efforts avec la plus grande chaleur, Les craintes étaient trop violentes et trop profondément enracinées, et tout ce qu'on put obtenir des mutins fut de différer leur départ de quelque temps, en leur promet tant de les renvoyer dès que les circonstances le permettraient.
Pour ne pas laisser le mécontentement fermenter et se nourrir dans l'oisiveté” il se détermina à mettre sestroupes en mouvement. Il leur proposa de punir sur les peuples de Tepeaca l'audace qu'ils avaient eue d'attaquer et de détruire un détachement espagnol, ainsi qu'on l’a dit plus haut; et comme ce détachement était composé en grande partie des soldats de Narvaës, leurs compagnons se déterminèrent plus volontiers à cette expédition pour les venger, fl se mit à leur tête, accompagné d’un, corps nombreux de Tlascalans, et en quelques semaines , après différens combats et un grand carnage des Tepeacans, il les réduisit entièrement. Il'employa de même plusieurs mois, pendant lesquels il attendait des îles un secours d'hommes et de
- munitions, à avancer les préparatifs de la cons-
truction de ses brigantins et à faire différentes incursions dans les provinces environnantes, tou jours avecun succès égal.Par ces moyens, ses gens se familiarisèrent de nouveau avec la victoire et reprirent le sentiment de leur ancienne supériorité, Les Mexicains s’affaiblirent. Les Tlascalans acquirent l'habitude d'agir de concert avec les Espagnols, et les chefs de Ja république, charmés de voir leur pays s'enrichir des dépouilles des provinces voisines, et étonnés des preuves journalières qu’ils acquéraient de la force invincible de leurs allié, se prêtèrent à tout ce que Cortès demandait d'eux.
Toutes ces précautions, les plus sages que la situation de Cortès lui permit de prendre, ne lui auraient pas suffi sans un renfort de troupes espagnoles. IL sentait si bien la nécessité absolue
de ce secours, que c'était là le principal objet de toutes ses pensées et de tous ses désirs, et cependant ses espérances sur le retour de l'officier
qu'il avait envoyé dans les Îles pour y faire une
recrue étaient encore incertaines et éloignées ;
mais une suite d’événemens heureux et impré-
vus fit pour lui ce que toute sa sagacité et tous ses talens n'auraient pu faire. Le gouverneur de Cuba, qui avait regardé le succès de l'expédition de Narvaès comme infaillible, ayant envoyé après lui deux petits vaisseaux avec de nouvelles instructions, un renfort d'hommes et des munitions de guerre, l'officier à qui Cortès avait confié le commandement de la côte eut l'adresse de les attirer dans le havre de la Vera-Cruz, se sai-
sit des vaisseaux , et persuada aisément aux sol- |
dats de suivre les drapeaux d’un chef pius ha-
bile que celui auquel on les envoyait !. Peu de | temps après, trois vaisseaux plus forts entrérent |
séparément dans le mème havre. Ils. faisaient partie d’une escadre armée par François de Garay, gouverneur de la Jamaïque, qui, possédé de la fureur des découvertes et des conquêtes, comme tous les Espagnols alors établis en Amé-
rique, avait cherché long-temps à pénétrer dans |
quelque partie de la Nouvelle-Espagne, et à partager avec Cortès la gloire et les avantages que pouvait attendre celui qui soumettrait cet empire à la couronne de Castille. Ces aventuriers avaient fait imprudemment leur descente dans une province où le pays était pauvre et le peuple féroce et guerrier, et, après une longue et cruelle suite de malheurs, la famine les avait forcés à se hasarder d'entrer à la Vera-Cruz et à se mettre àla merci de leurs compatriotes. Leur fidélité ne tint pas contre les espérances flatteuses et les grandes promesses qui avaient séduit d’autres aventuriers avant eux, et, comme si l'esprit de révolte fût alors contagieux dans la Nouvelle- Espagne , ils quittèrent aussi le service du chef qui les avait engagés et se donnèrent à Cortès ?, L'Amérique même ne fut pas la seule partie du monde qui lui fournit ces secours inattendus. Un vaisseau, frété par quelques négocians, toucha à la Nouvelle-Espagne. Il était chargé de munitions de guerre qu’ils envoyaient vendre, dans l'espérance de faire de grands profits dans un pays dont la richesse commençait à être
4 B. Diaz, cap. cxxxI.
SCortès, Helac:, pag. 253, F. B. Diaz, cap. CXXXHL.
HISTOIRE DAMERIQUE.
connue en Europe. Cortès acheta avec beaucoup d'empressement une cargaison qui était pour lui sans prix, et l'équipage , suivant l'exemple des autres, alla le joindre à Tlascala {,
Par tous ces événemens l’armée de Cortès se trouva augmentée de cent quatre-vingts hommes et de vingt chevaux, forces trop peu considérables pour mériter qu'on en fit mention dans | l'histoire d'aucune autre partie du globe ; mais ” dans celle de l'Amérique, où l’on voit constam-
ment de grandes révolutions opérées par des
causes qui semblent n'avoir aucune proportion ! avec les effets qu'elies produisent, ces petites ‘ circonstances prennent de l'importance parce : qu’elles décident de la destinée des royaumes. I] | est surtout à remarquer que les deux hommes | qui ont le plus contribué au succès de Cortès, en lui fournissant si à propos ces secours , étaient,
ses forces à le perdre , et l’autre un rival envieux qui cherchait à le supplanter. L'histoire de Cor tès ne présente aucun exemple plus frappant du bonheur singulier qui accompagna toutes ses entreprises.
Le premier avantage que tira Cortès de ces | renforts fut de pouvoir renvoyer ceux des sol- | dats de Narvaès qui demeuraient contre leur gré à son service. Après leur départ , il se trouva | encore à la tête de cinq cent cinquante hommes d'infanterie, dont quatre-vingts étaient armés
| cavaliers. Il avait avec cela neuf pièces de canon | de campagne ?. A la tête de cette pelite armée | et de dix mille Tlascalans et autres Indiens, il | commença sa marche vers Mexico le 28 décembre, six mois après la fatale retraite à laquelle les Mexicains l'avaient forcé ?.
L'ennemi se préparait de son côté à le recevoir. Après la mort de Montézuma, les principaux Mexicains à qui appartenait le droit d’élire un empereur avaient élevé au trône son frère, Quetlavaca. Sa haine connue et invétérée pour les Espagnols eût été un titre suffisant auprès | d'eux, quand mème il et été moins digne de leur choix par son courage et ses grandes qualités. Il eùt immédiatement après son élection une occasion de montrer ses talens en dirigeant
1B. Diaz, cap. cxxxvI.
* Cortès, Relac., pag. 255, E.
5 Jbid., p. 256, À. B. Diaz, Cap. CXXXVII-
l'un son ennemi déclaré qui travaillait de toutes
de mousquets ou d'arquebuses et de quarante
en per les Esf leur re prit d Mexico mis à 1 lui don mens € qui se | repous:
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nouvell cains rempli les Indi des épé dans le lerie. Il vinces :
seurs ; € résistan les taxe sées !.
Mais d’enleve tiraient gager cé avec des Indiens, mettre ( imprude Ces rais:
présenté besoin « impressi des Tlas Mais fense av cain, il :
maladie velle-Esf connue € eussent | une des monde ai cains éle:
gendre d ! Cortès, 2B, Dia Cap. XIV, x
eta avec beaucoup
n qui était pour lui
vant l'exemple des
ala !.
irmée de Cortès se tre-vingts hommes rop peu considéra- | fit mention dans tie du globe ; mais l'on voit constams opérées par des aucune proportion uisent, ces petites l'importance parce ée des royaumes. I] e les deux hommes | succès de Cortès, ces secours , étaient,
travaillait de toutes
tre un rival envieux , L'histoire de Cor.
le plus frappant du mpagna toutes ses
tira Cortès de ces voyer ceux des soltient contre leur gré lépart , il se trouva t cinquante hommes ingts étaient armés
ses et de quarante
euf pièces de canon e cette petite armée et autres Indiens, il Mexico le 28 décemretraite à laquelle les
> son côté à le recentézuma, les princienait le droit d'élire au trône son frère, ue et invétérée pour itre suffisant auprès été moins digne de et ses grandes quat après son élection s talens en dirigeant
P. CXXXVHI.
en personne les vives attaques qui avaient forcé les Espagnols à abandonner la capitale, Dès que leur retraite lui donna le temps de respirer, il
prit des mesures pour prévenir leur retour à Mexico avec autant de prudence qu'il en avait
mis à les en chasser. La proximité de Tlascala lui donnait la facilité d’être instruit des mouvemens et des intentions de Cortès. Il vit l'orage qui se formait et se prépara de bonne heure à le
repousser. Il répara les parties de la ville que |
les Espagnols avaient détruites, et y ajouta de nouvelles fortifications , telles que l’art des Mexicains était capable de les élever. Après avoir rempli ses magasins des armes en usage parmi les Indiens, il fit faire de longues piques, armées des épées et des poignards pris sur les Espagnols, dans le dessein de les employer contre la cavalerie. IL exhorta les peuples de toutes les provinces à prendre les armes contre leurs oppresseurs ; et pour les encourager à une vigoureuse résistance il leur promit l'exemption de toutes les taxes que ses prédécesseurs avaient imposées !.
Mais le principal objet de son attention fut d'enlever aux Espagnols les avantages qu'ils retiraient de l'amitié des Tlascalans. Il tâcha d’engager ces républicains à renoncer à toute liaison avec des hommes ennemis déclarés des dieux des : Indiens, et qui ne mauqueraient pas de les soumettre eux-mêmes an joug qu'on les aidait si imprudemment à imposer au reste de la nation. Ces raisons étaient si frappantes et elles furent présentées avec tant de force, que Cortès eut besoin de toute son adresse pour effacer les impressions qu’elles avaient faites sur les chefs des Tlascalans 2,
Mais tandis que Quetlavaca préparait sa défense avec une prévoyance rare dans un Américain, il fut emporté par la petite vérole. Cette maladie qui venait de se montrer dans la Nouvelle-Espagne avec toute sa malignité, était inconnue en Amérique avant que les Européens 4 eussent pénétré, et doit être regardée comme une des plus grandes calamités que l’ancien monde ait répandues sur le nouveau. Les Mexi- Cains élevèrent au trône Guatimosin , neveu et gendre de Montézuma, jeune homme d’une si
Cortès, Relac, pag. 253, E; 254, À. B. Diaz, Cap. CxL.
* B. Diaz, cap. exxix. Herrera, Decad. U, lib. X, CAD. XIV, UX.
grande réputation pour les talens et la valeur, ; qu’il fut choisi tout d’une voix dans la circons- | tance critique où l'empire se trouvait 1.
Cortès, à son entrée sur les terres de l'ennemi, trouva partout des dispositions faites pour arrê: ter ses progrès. Mais ses troupes surmontèrent facilement ces obstacles et s’emparèrent de Tezeuco , la seconde ville de l'empire, située sur | les bords du lac à environ vingt milles de | Mexico 2, C'est là qu'il établit son principal quar.
tier, tant parce qu’il était le lieu le plus propre à mettre à l'eau ses brigantins que pour faire de là ses approches vers la Capitale avec plus de facilité. Persuadé qu'il importait à sa sûreté de disposer du cacique ou chef qui commandait dans la ville, il mit à sa place un Indien plus qualifié, qu’un parti de nobles lui désignait comme ayant plus de droits à cette place. Attachés par ce nouveau bienfait , le cacique et ses partisans servirent les Espagnols avec une inviolable fidélité 3,
La construction des brigantins, exécutée en grande partie par des soldats et des Indiens ignorans que Cortès était obligé d'employer à aider trois ou quatre charpentiers qui s'étaient heureusement trouvés dans son armée, ne se faisait qu'avec beaucoup de lenteur. Il ne recevait point le renfort qu'il attendait d'Hispaniola. Toutes ces circonstances l’'empêchaient de porter ses armes vers la capitale aussi promptement qu’il aurait voulu. Attaquer sans de nouvelles forces une ville si peuplée, si bien préparée à se défendre et si avantageusement située , C'eût été exposer ses {roupes à une destruction inévitable, Trois mois s'écoulèrent avant que les matériaux de ses brigantins fussent prêts et qu'il eût aucune nouvelle des effets de sa négociation à Hispaniola ; cependant il ne résta pas dans l’inaction; il attaqua successivement différentes villes situées sur le lac et les soumit ou les détruisit , quoique les Mexicains eussent employé toutes leurs forces pour les défendre. 11 n’en usa pas de même avec quelques autres villes ; il employa des moyens plus doux. Quoiqu'il ne pôt traiter avec les habitans que par l'intervention des in-
!B. Diaz, cap. cxxx.
* Villa Segnor, Teatro americano, |, 156.
5 Cortès, Relac., pag. 256, etc. B. Diaz, cap. cxxxvn, Gomara, Chron., cap. cxxr. Herrera, Decad. ll, cap. ?.
terprètes, il n'avait pas laissé d'acquérir, par cette manière de communiquer avec eux, tout imparfaite et pénible qu'elle était , une grande connaissance de l'état du pays et des dispositions des peuples , en sorte qu’il conduisit ses négociations et ses intrigues avec une dextérité merveilleuse et un succès étonnant. Plusieurs de ces villes voisines de Mexico avaient été autrefois les capitales de petits états indépendans. Quelques-unes n'étant. soumises que depuis peu de temps à l'empire, conservaient encore le souvenir de leur ancienne liberté et portaient avec impatience le joug de leurs nouveaux maîtres. Les marques de leur mécontentement n'échappèrént pas à Cortès qui fit cette découverte pour gaguer leur confiance et leur amitié. En leur promettant de les délivrer de la domination des Mexicains et de les traiter avec plus de douceur s'ils voulaient se réunir aux Espagnols contre leurs oppresseurs, ilengagea les peuples de plusieurs districts non-seulement à reconnaître le roi de Castille comme leur souverain, mais à fournir à son camp des provisions en abondance et à fortifier son armée de troupes auxi-
liaires. À peine Guatimosin se fut-il açrçu de
cette défection parmi ses sujets, qu’il mit tous ses soins à la prévenir; mais malgré tous ses efforts l'esprit de révolte fit des progrès. Les Espagnols acquirent de nouveaux alliés et le monarque indien vit avec douleur Cortès , armant contre l'empire les mêmes mains qui auraient dû le défendre, s'avancer contre Mexico à la tète d’un corps nombreux de ses propres sujets !.
Cortès préparait ainsi la destruction de l’empire du Mexique en resserrant par degrés les limites de sa puissance ; l'exécution de ses grands desseins ne paraissait, plus ni incertaine ni éloignée;, lorsqu'il faillit àlesvoir renversés par une conspiration aussi dangereuse qu'inattendue.
Les. soldats de Narvaës n'avaient jamais été fort unis. avec les premiers soldats de: Cortès, et il s'en fallait bien qu'ils secondassent avec le même
zèle, que ceux-ci les projets du général. Hs se:
laissaient facilement abattre dans: toutes: les'oc:
casions où il fallait quelque effort extraordinaire | de patience et de courage. Les plus anciens com- |
1 Cortès, Relac., p. 266, 260: B: Diaz, cap. cxxxvn, exc, Gomara, Chron., cxxtr, exxitt. Herrera, Dec. M}, lib, 1, Cap. 1, 1,
pagnons de Cortès, ceux mème qui lui étaient restés fidèles quand:tous les autres l'avaient abandonné, #effrayaienit, à la vue des dangers auxquels il fallait s’exposer pour réduire une ville aussi avantageusement située que l'était Mexico, et défendue par une armée nombreuse, La crainte les conduisait à discuter avec une présomption et une liberté peu convenables à de simples soldats les plans de leur général et la difficulté du succès. De là ils passèrent à la censure et aux déclamations, et enfin:ils se déterminérent à pourvoir à leur sûreté,que Cortès leur paraissait négliget entièrement. Antonio Villefagna , simple soldat, mais audacieux, intrigant: et fortement attaché à Velasquez, nourrissait avec adresse ce mécontentement. La maison qu'il habitait devint le rendez-vous des séditieux. Îls ne trouvèrent d'autre moyen d'arrêter Gortès dans: sa carrière que de l'assassiner, lui et ceux desofficiers les plas considérables qui lui étaient attachés, et de donnet le commandement à un autre officier, lequel, abandonnant des projets qui leur paraissaient extravagans , prendrait de meilleures mesures pour le salut commu Le désespoir les encourageait au crime. Au moment fixé pour l'exécution de ce complot, les officiers qui devaient périr, ceux qui leur devaient suc céder, tout était désigné. Les conspirateurs avaient signé un acte d'association et s'étaient liés entre eux par les sermens les plus sotennels. Mais le soir du jour qui précédait celui de l'exécution, un des anciens compagnons de Cortès qui s'était laissé séduire par les conjurés, touché de repentir à la vue du!danger dont était: me: nacé un homme qu’il était depuis long- temps accoutumé à respecter , ou frappé d'horreur à la pensée de sa prapre:trahison!, se remit en secrèt auprès du général'et lui découvrit tout le come plet. Cortès, quoique vivement alarmé , ne laissa pas de déméèler: sur-le-champ ce qu’il avait à faire dans une situation: si critique. Il se rend sur-le-champ à la maison de Villefagrta, accompagné de quelques-uns de: ses'officiers en qui il avait le: plus: de confiance. L'étonnement et la | confusion du’ coupable: à cette’visite: inattendue furent bientôt suivisdel'avet du complot. Tandis que .les-officiers de Cortès se saisissuient de ce | traître, le général arracha deson sein:un papier
contenant l'acte d'association signé par lescos- . pirateurs, Impatient de connaître toute l'étendue
du da pour voir si mais i vait y trop 1 suivre de 50!
fut co vant :
Cortès ayant justice satisfa compl que V rêlé, :
ment plices, malgr avoué, les co de leu décou vanta{ qui ét:
leurs que s conspi cèrent en re ser vic Cor réfléct illes 1 plus e nerie, le mo; donna étaien condu les es comps valier.
fut « jours soldat rage.
1 Co Decad
me qui lui étaient s autres l'avaient vue des dangers pour réduire une située que l'était armée nombreuse, discuter avec une peu convenables à Jeur général et la passèrent à la cen- ‘enfin: ils: se détersûreté,que Cortès èrement. Antonio isaudacieux, intrielasquez, nourristement, La maison vous desséditieux, en d'arrêter Cortès ssiner, lui et ceux bles qui lui étaient mmandement à un onnant des projets pans , prendrait de salut. comniuus Le crimé. Au moment mplot, les: officiers leur devaient suc:
Les conspirateurs ciation et s'étaient les plus sotennels.
édait celui de l'exépagnons de Cortès esconjurés, touché ger dont était: me:
depuis long- temps
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se rernlit en secrèt uvrit tout le:cont:
italarmé , nie laissa ip ce qu'il avait'à ritique. I se: rend Villefagna, accomsofficiers en qui il L’étonnement et la e visite: inattendue du complot, Tandis g'saisissuient de cé ‘son sein:un papier signé par lescotisître toute l'étendue
du danger qu’il avait couru, il se retira chez lui pour le lire et y trouva des noms qu'il n'y put voir sans être pénétré de surprise et de douleur ; mais il sentit que dans cette circonstance il pouvait y avoir du danger à faire des recherches trop rigoureuses, et prit le parti de ne poursuivre que le seul Villefagna. Comme la preuve de son crime n'était pas équivoque, son procès fut court : il fut condamné et pendu le jour sui-
vant à la porte de la maison où il était logé.
Cortès assembla ensuite ses troupes, et leur ayant exposé d'abord l’atrocité du crime et la justice de la punition, il ajouta, avec un air de satisfaction, que les détails de cet abominable complot lui étaient entièrement inconnus, parce que Villefagna, au moment où il s'était vu arrêté, avait déchiré un papier qui vraisemblablement contenait son plan et les noms de ses complices, qu'il en avait avalé les morceaux, et que malgré la rigueur des tourmens il n'avait rien avoué, Cette artificieuse déclaration tranquillisa les complices que tourmentaient la conscience de leur crime et plus encore la crainte de le voir découvert. Cortès retira de cet événement l’avantage de connaître ceux de ses compatriotes qui étaient ses ennemis, et de pouvoir observer leurs démarches avec plus d'attention; tandis que sa modération leur laissait croire que la conspiration ne lui était pas connue, ils s’effor-
en redoublant de zèle et d'activité pour son service f,
Cortès ne laissa pas à ses troupes le temps de réfléchir beaucoup sur ce qui venait d'arriver ; il les mit sur-le-champ en action pour empêcher plus efficacement le retour de l'esprit de mutinerie, Une circonstance heureuse lui en offrit le moyen sans qu’il eût paru le chercher. On lui donna avis que les matériaux de ses brigantins étaient enfin prèts, et qu'on r’attendait pour les
conduire à Tezeuco qu'un corps d'Espagnols qui
les escortàt. Le commandement de cette troupe, composée de deux cents fantassins et quinze çavaliers, ayant avec eux deux pièces de canon, fut confié à Sandoval, qui acquérait tous les jours de plus eu plus l'estime et la confiance des soldats par sa vigilance, son activité et son courage. L'expédition était aussi difficile qu'impor-
tante. Il fallait conduire les pièces de bois, les planches, les mâts, les cordages, les voiles, les fers et tout ce qui était nécessaire à la construction de treize brigantins, par une route de soixante milles à travers un pays de muntagnes, et avec l’aide des Indiens qui n'avaient aucun animal domestique et ne connaissaient l'usage
| d'aucune de ces machines qui facilitent les grands
travaux. Les Tlascalans fournirent huit mille lamènes , classe d'hommes destinés parmi eux aux travaux domestiques , et qui devaient être accompagnés el protégés par quinze mille guerriers de la même nation. Sandoval régla l'ordre de leur marche avec beaucoup d'intelligence.
Les tamènes furent placés au centre, ayant un
. Corps de Tlascalans à leur tête, un second à leur
arrière-garde et des partis considérables sur les flancs. A chacun de ces corps il joignit un cer-
. tain nombre d'Espagnols, non-seulement pour
les aider à repousser l'ennemi, mais pour les ac-
. Coutumer à l'ordre et à l’obéissance. Ce corps,
si nombreux et si embarrassé dans sa marche, n'avançait qu'avec beaucoup de lenteur, mais en très bon ordre. Dans les endroits resserrés par les bois ou les montagnes, la ligne s'étendait audelà de six milles. Des partis de Mexicains paraissaient souvent sur les hauteurs voisines, mais -
| ne voyant aucune espérance de succès contre un
: ennemi sans cesse sur ses gardes et préparé à les cèrent de détourner d'eux tous les. soupçons
recevoir, ils n’osèrent tenter aucune attaque, et Sandoval eut la gloire de conduire sans aucun
| échec à Tezeuco un convoi d’où dépendait dé-
sormais le sort de toutes les opérations des Espagnols !.
Cet heureux succès fut suivi d'un événement non moins important pour Cortès. Quatre vais-
| Seaux arrivèrent d'Hispaniola à.la Vera-Cruz
avec deux cents soldats, quatre-vingts chevaux, deux pièces de canon de siége et une grande quantité d'armes et de munitions 2. Cortès, encouragé par la réussite de tous ses projets, et voulant ou affaiblirses ennemis, ou se fortifier luimême, impatient d'ailleurs de commencer le
| siége de Mexico, hâta la construction de ses
1 Cortès, Relac, p. 283, B Diaz, cap. 146. Herrore,.
Decad. M, lib. », cap: a.
brigantins et le moment de les lancer à l’eau,
Pour faciliter cette dernière opération, il avait
employé pendant deux mois un grand nombre ! Cortès, Relac , p. 260, C, E.B Diaz, cap. cxK.
%Cortès Relac, 259 FE; 262, D. Gomara, CAron. Cap. CXXIX.
d'Indiens à creuser le Ii: d'un petit ruisseau qui coule de Tezeuco'dans le lac, et à en former un canal de près de deux milles delong (119), L'ouvräge était enfin terminé, malgré tous les ef-
forts des Mexicains pour interrompre les travail- | | tans, qui s'étaient réfugiés dans la capitale où . Guatimosin avait rassemblé les principales forces
leurs où pour brûler les brigantins !.
Le 28 avril toutes les troupes espagnoles et tous les Indiens auxiliaires furent rangés sur les bords du canal et les brigantins lancés à l’eau, ce qui se dt avec la plus grande pompe militaire,
consacrée et rendue plus solennelle par la célé- |
bration des mystères les plus respectés de la religion romaine, A mesure qu'ils entraient dans le canal, le P. Olmedo les bénissait et les nommait, Les spectateurs, pénétrés d'admiration et animés par l'espérance, les suivaient des yeux jusqu'à leur entrée dans le lac. Dès que les brigantins déployèrent leurs voiles et prirent le vent, un cri général de joie s'éleva dans les airs; - ils admiraient tous le génie hardi et entreprenant qui, par des moyens si extraordinaires, avait su se créer une flotte, sans le secours de laquelle les
Espagnols ne pouvaient espérer de se rendre |
maîtres de Mexico 2,
Cortès se détermina à former le siége par trois différens côtés , à l'est du lac vis-à-vis de Tezeuco, à l'ouest vis-à-vis de Tacuba, et au sud vis-à-vis de Cuyocan. Ces villes, situées sur les principales chaussées qui conduisent à la capitale, avaient été placées ainsi pour la garde des chaussées. Sandoval commandait la première attaque, Pedro de Alvarado la seconde, et Christoval de Olid la troisième, chacun d'eux avec un nombre égal d'Espagnols et un corps nombreux d'Indiens auxiliaires. Les Espagnols, depuis l'arrivée du renfort d'Hispaniola, étaient au nombre &e huit cent dix-huit fantassins, dont cent dix-huit étaient armés de mousquets ou arquebuses, et quatrevingt-six étaient à cheval. Leur artillerie consistait en trois canons de siége et quinze pièces de campagne 3. Cortès se réserva à lui-même la conduite des brigantins, comme l'opération la plus importante et la plus dangereuse. Chaque brigantin était armé d'un petit canon et monté par vingt<inq Espagnols,
Alvarado et Olid, en s'ayänçant aux postes
i B. Diaz, cap. exc.
2 Cortès, Relac., p. 266. C. Rerrera, Decad. ll, tib. 1, cap. v. Gomara, Chron., cap. cxxix.
5 Cortès, Relac., p. 266, C.
qui leur avaient été assignés, rompirent les aqueducs qui portaient les eaux à Mexico, prélude des calamités que les habitans auraient à souffrir !, Is trouvèrent les villes dont ils devaient prendre possession abandonnées par leurs habi-
de son empire, le seul endroit en effet ou il püt espérer avec quelque vraisemblance de résister à l'ennemi qui le menaçait.
Le premier effort des Mexicains fut dirigé contre les brigantins, dont ils prévoyaient et re-
: doutaient avec raison les terribles effets. Quelque : peine que se fût donnée Cortès et quelque talent
qu'il eût montré à les faire construire, ces bâti-
: mens étaient fort petits, grossièrement faits, et
montés presque uniquement de soldats qui n’en: tendaient pas l'art de les conduire. Mais tout imparfaits qu'ils étaient, on conçoit qu'ils devaient être encore des objets d'admiration et de terreur pour un peuple qui n'avait que des canots et ne connaissait d'autre navigation que celle de ses lacs. La nécessité força cependant Guatimosin à tenter de les attaquer. Il espéra de
: suppléer par le nombre de ses canots à ce qui | leur manquait en force : il en assembla une si . grande multitude qu'ils couvraient la surface du : lac. Is s'avancèrent hardiment contre les brigan-
tins, qui, retenus par un calme plat, ne pouvaient venir à leurrencontre. Mais lorsque les Mexicains se trouvèrent près des bâtimens espagnols, un petit vent s'éleva. En un moment les voiles furent déployées et les brigantins, se portant au milieu de leurs faibles ennemis avec une impétuosité à laquelle ceux-ci ne pouvaient résister, renversèrent un grand nombre de canots et dissipèrent tout le reste. La perte des Mexicains fut considérable; ils crurent que les progrès des Européens dans les connaissances et les arts leur donnaient à la mer une supériorité sur les Indiens plus grande encore que celle qu’ils avaient montrée jusqu'alors sur terre ?,
Dès ce moment Cortès demeura maitre du Jac et non-seulement les brigantins conservérent la
, communication entre les différens postes occupés
par les Espagnols, quoique très éloignés les uns
1 Cortès, Reiac.,p. 267. B. Diaz, cap. cc. Herrera, Decad. M, lib. r, cap. xu.
% Cortès, Relac., p. 267, cap.cz. Gomara , Chron. , | cap. exur. Herrera, Decad. 11, lib. 1, cap. xvu.
des auti chaussé et à en d'en ap sure qu trois di cmploy de seco commati des tro d'une n tique d dans sa mal ent qui ne Chaque les bar tranché lui-mên s'efforc ville di avantag rendre lorsque vaux de retiraie fatigue manièr( pendan truit de ils avai vait cel de Cort tenter « dans ul une si { deceq avec le situatic gnols, puissat chaque d'Indie à des ; litaire impru server comme
‘Cor
rompirent les à Mexico, prétans auraient à dont ils devaient par leurs habi- 8 la capitale où rincipales forces n effet ou il pût nee de résister à
ains fut dirigé évoyaient et res effets. Quelque t quelque talent truire, ces bâtirement faits, et soldats qui n’en.
uire. Mais tout nçoit qu'ils dedmiration et de vait que des canavigation que Fforça cependant uer, Il espéra de canots à ce qui assembla une si nt la surface du ontre les briganat, ne pouvaient que les Mexicains sespagnols, un les voiles furent ortant au milieu ie impétuosilé à ésister, renverts et dissipèrent icains fut consiogrès des Euroet les arts leur rité sur les In:
Ile qu’ils avaient
ra maître du Jac conservérent la IS postes occupés éloignés les uns
cap. cc. Herrera,
Gomara , Caron. , 1, Cap. XVIL
des autres, mals ils furent occupés à défendre les ! chaussées que les Indiens auraient voulu rompre, ! et à en éloigner les canots lorsqu'ils tentaient d'en approcher pour inquiéter les troupes à mesure qu'elles s'avançaient vers la ville. On fit trois divisions des brigantins, et « iacune fut employée à une des trois attaques, avec ordre de seconder les opérations de l'officier qui la commandait. Les attaques furent alors poussées des trois côtés avec une égale vigueur, mais d'une manière si différente de celle qui se pratique dans les siéges ordinaires, que Cortès, dans sa relation, paraît craindre qu'elle ne soit mal entendue ou désapprouvée par les personnes qui ne connaissent pas la situation de Mexico !, Chaque jour au matin ses troupes attaquaient les barricades sur les chaussées, passaient les | tranchées croisées par les Mexicains, ou le canal lui-même lorsque les ponts étaient rompus. On s'efforçait ainsi de pénétrer jusqu’au cœur de la ville dans l'espérance de remporter quelque avantage décisif qui pôût forcer l'ennemi à se rendre et terminer la guerre en un coup; mais lorsque la valeur des Mexicains rendait les travaux de la journée sans effet, les Espagnols se retiraient dans leurs premiers quartiers. Ainsi la fatigue et le danger se renouvelaient en quelque manière chaque jour, les Mexicains réparant pendant la nuit ce que les Espagnols avaient détruit dans le jour, et reprenant les postes dont ils avaient été chassés ; mais la nécessité prescrivait cette marche ennuyeuse et lente. Les troupes de Cortès étaient en si petit nombre qu'il n'osait tenter de s'établir avec cette poignée d'hommes dans une ville où il pouvait être environné par une si grande multitude d’ennemis. Le souvenir de ce que lui avait déjà coûté l'excès de confiance avec lequel il s'était mis dans cette dangereuse situation , était présent à son esprit. Les Espagnuls, épuisés par la fatigue, étaient dans l'impuissance de conserver les postes qu’ils gagnaient chaque jour, et quoique leur camp fût rempli d'Indiens auxiliaires, ils n’osaient confier ce soin à des gens si peu accoutumés à la discipline militaire, et sur la vigilance desquels il eût été imprudent de compter. Cortès voulait aussi conserver la ville autant qu'il lui serait possible, comme la capitale des grands pays qu’il allait
\ Cortès, Relac., pag. 270, F
conquérir et un monument durable de sa gloire. Toutes ces considérations l'engagèrent à suivre opiniâtrément pendant un mois entier le système de siége qu'il avait adopté, Les Mexicains montrérent à se défendre presque autant de valeur que les Espagnols à les attaquer. Par terre et par eau, la nuit et le jour, un combat furieux succédait à un autre. Beaucoup d'Espagnols furent tués, un plus grand nombre blessés, et tous près de succomber sous les travaux d'un service qui ne leur laissait aucun repos, et qui devint encore plus difficile à l'arrivée de la saison des pluies qui commençaient à tomber avec leur violence ordinaire f,
Cortés étonné et déconcerté de la longueur ct des difficultés du siége, se détermina à faire un grand effort pour se rendre maître de la ville avant d'abandonner le plan qu'il avait suivi jusque-là et d'embrasser un nouveau système d’attaque. Il envoya ordre à Alvarado et à Sandoval de s'avancer avec leurs divisions pour un assaut général et se mit à la tête du corps posté sur la chaussée de Cuyocan. Animés par sa présence et par l'espoir de quelque événement décisif, les Espagnols attaqutrent avec une impétuosité à laquelle rien ne résista ; ils renversèrent toutes les barricades les unes après les autres, franchirent les fossés et les canaux et arrivèrent à la ville, ‘où ils gagnèrent du terrain par degrés malgré tous les efforts des Mexicains. Cortès, au milieu de la satisfaction que lui donnait la rapidité de ses progrès, n'avait pas oublié de prendre des précautions pour la sûreté de sa retraite au cas qu’il y fût forcé, et avait chargé Julien de Alderete, officier estimé qui lui était venu avec le renfort d'Hispaniola, de combler les canaux et de défendre les passages aux endroits rompusde la chaussée à mesure que les corps s'avanceraient. Cet officier jugea cet emploi trop indigne delui, et tandis que ses compagnons étaient au plus fort du combat et dans le chemin de la victoire, il abandonna le soin important dont il était chargé et vint se mêler parmi les combattans. Les Mexicains, qui faisaient insensiblement des progrès dans l'art de la guerre, ayant observé cette négligence , en instruisirent Guatimosin.
Ce prince vit sur-le-champ les conséquences
1B. Diaz, cap. cut.
de la faute que commettaient les Espagnols, et
avec une grande présence d'esprit se disposa |
à en profiter. Il donna ordre aux troupes qui combattaient les Espagnols de front de céder peu à peu du terrain pour les attirer plus avant
dans la ville et envoya en mème temps un corps |
nombreux de guerriers par différentes rues , les uns par terre, les autres par eau , vers la grande brèche faite à la chaussée. À un signal qu’ donna, les prêtres du principal temple frapp:
rent le grand tambour consacré au dieu de la guerre. Aussitôt que les Mexicains entendirent ces sons lugubres et solennels, propres à leur inspirer l'enthousiasme et le mépris de la mort, ils se précipitèrent sur l'ennemi avec une
nouvelle furie,, allumée par le fanatisme et par |
l'espérance du succès. Les Espagnols ne pouvant tenir contre des hommes animés par de si puissans motifs, commencérent à se retirer d'abord lentement et en bon ordre; mais l’en-
nemi les pressant toujours et la retraite deve- |
nant de moment en moment plus nécessaire, la
terreur et la confusiôn se mirent parmi eux , de |
sorte qu’en arrivant à la grande brèche de la chaussée, Espagnols et Tlascalans, infanterie et cavalerie y tombaient pêle-mèle, et y étaient accablés par les Mexicains , qui fondaient sur eux de toutes parts et dont les petits canots s’approchaient de la chaussée plus près que les brigantins ne pouvaient le faire. Cortès s'efforça ‘inutilement d'arrêter et de rallier ses soldats; la crainte les rendait sourds à ses ordres et à
, | ses prières. Enfin ne pouvant les ramener au |
combat , il s'occupa de sauver quelques-uns de ceux qui étaient tombés dans le canal. Mais tandis qu'il était tout entier à ce soin et qu'il
négligeait sa propre sûreté, six officiers mexi- |
cains se saisirent de lui et l'emmenaient en
triomphe. Heureusement deux de ses officiers | l'arrachèrent à ce danger aux dépens de leur
vie; mais il reçut plusieurs blessures dangereuses avant de pouvoir se dégager. Les Espagnols perdirent plus de soixante des leurs , et ce qui rendit cette perte encore plus cruelle, dans ce nombre quarante tombèrent vivans entre les mains d'un ennemi qui ne faisait point de quartier à ses prisonniers !.
| Cortès, Relac., p. 273. B. Diaz, eap. cuu, Gomara, Chron., cap. cxxxvin. Herrera, Decad. Il, lib, r, Cap. xx.
Les approches de la nuit en éloignant les Mexicains amenèrent pour les Espagnols une situation presque aussi cruelle que celle dont ils sortaient. Ils entendaient les cris de triomphe et le tumulte de l’horrible fête par laquelle les Mexicains célébraient leur victoire. Toute la ville était illuminée et le grand temple était si brillant de clarté qu'on pouvait distinguer de loin les environs remplis du peuple en mouvement et 1e6 prètres empressés à faire les préparatifs pour la mort des prisonniers. Au milieu de l’obscurité de la nuit, les Espagnols s'imaginaient re-
| connaître leurs compagnons à la blancheur de
leur peau et les voir dépouillés et contraints de danser devant la statue du dieu à qui ils allaient être immolés, [ls eulendaient leurs cris et croyaient distinguer chaque victime par le son de sa voix. L'imagination augmentait l'horreur de ces tableaux; les plus insensibles fondaient en larmes et les plus courageux frémissaient à la vue de ce terrible spectacle (120).
Cortès en partageant avec ses soldats les sentimens que ce cruel événement leur inspirait avait à supporter encore les accablantes réflexions naturelles à un général après un malheur si inattendu, et ne pouvait se soulager
| comme eux en le montrant dans toute son éten-
due. Pour soutenir ou ranimer le courage et les espérances de ses compagnons, il était obligé d'affecter une tranquillité qu’il n'avait point. La conjoncture demandait en effet de sa part la plus grande fermeté. Les Mexicains, encouragés par leur succès, l'attaquèrent le lendemain matin dans ses quartiers, mais ils ne s’en tinrent pas uniquement à cette attaque. Ils envoyèrent les têtes des Espagnols qu'ils avaient immolés, aux gouverneurs des provinces voisines, en les assurant que le dieu de la guerre, apaisé par le sang de leurs ennemis, versé abondamment sur ses autels, avait fait entendre sa voix et déclaré que dans Huit jours leurs ennemis seraïent entièrement détruits, et la paix et lé bonheur rétablisdans tout l'empire.
Une prédiction énoncée avec tant de confiance et en termes si précis, fut universellement adop-
| tée par un peupie superstitieux. Le zèle des | provinces qui s’étaient déjà déclarées contre les
Espagnols en devint plus ardent, et d’autres, qui s'étaient jusqu'alors tenues dans l'inaction,
: échauffées par l’enthousiasme religieux, prirent
les ar!
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Cortès Mexic ment ( donnè dévou des T Espag quarti per p:
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ant de confiance sellemenit adopx, Le zèle des arées contre les 1, et d’autres, dans linaction, ligieux, prirent
les armes pour exécuter les décrets des dieux. Les Indiens auxiliaires qui s'étaient joints à Cortès, adorateurs des mêmes divinités que les Mexicains, et aceoutumés à croire aussi aveuglément qu'eux aux réponses de leurs prêtres, abandonnèrent les Espagnols comme des hommes | dévoués à une destruction certaine, La fidélité
des Tlascalans eux-mêmes fut ébranlée, et les: Espagnols demeurèrent presque seuls dans leurs quartiers. Cortès, ayant essayé en vain de dissi- | per par des raisonnemens les craintes supersti- | tieuses de ses alliés, se servit avantageusement
de l'imprudence que les fabricateurs de la pro-
phétie avaient eue d’en fixer l'accomplissement | à un terme si prochain. Pour donner une preuve | frappante de leur imposture, il suspendit toutes |
ses opérations militaires jusqu’à ce que le temps fixé par l’oracle füt écoulé, et en se couvrant de ses brigantins, qui écartaient l'ennemi, ses troupes passèrent tout ce temps sans être inquiétées, et le terme fatal expira sans aucun désastre pour lui !.
Ses alliés, honteux alors de leur crédulité, revinrent à leurs postes. D’autres tribus , jugeant que les dieux qui venaient de tromper ainsi les Mexicains avaient abandonné cet empire, se joignirent aux Espagnols; et telle fut la légèreté de ce peuple que fort peu de temps après une défection générale de tous ses alliés, Cortès, si nous l'en croyons lui-même , se vit à la tête de cent cinquante mille Indiens.
Quoique maître d'une armée si nombreuse il crut devoir former un nouveau système d’attaque qui serait conduit avec plus de circons-
pection. Au lieu de tenter encore de s'emparer |
brusquement de la ville par la bravoure de ses troupes, il prit le parti de s’en approcher par degrés et avec toutes les précautions possibles pour ne pas exposer ses gens aux malheurs qu'ils avaient déjà éprouvés. À mesure que les Espagnols avançaient, les Indiens leurs alliés réparaient en les suivant les chaussées; dès qu'ils se rendaient maîtres de quelques parties de la ville, ils faisaient raser les maisons. Peu à peu les Mexicains, forcés de se replier à mesure que leurs ennemis gagnaient du terrain, se trouvérent resserrés dans un plus petit espace. Güuatimosin, ne pouvant empêcher entièrement
* B, Diaz, cap. cLur, Gomara, Chron., cap cxxxvin.
les progrès de ses ennemis, continuait de se défendre avec le plus grand courage et disputait le terrain pied à pied. Cependant les Espagnols avaient non-seulement changé leur système d'attaque, mais les armes mêmes avec lesquelles ils combattaient, Cortès leur avait fait prendre les longues piques de Chinantlan, qu'il avait ermployées avec tant de succès contre Narvaès. Cette arme leur donnant la facilité de combattre serrés ils repoussaient presque sans danger des ennemis qui les attaquaient sans ordre. Il périt un nombre prodigieux de Mexicains dans ces combats chaque jour renouvelés t, La ville dé: vastée ainsi par la guerre était en même temps en proie à toutes les horreurs de la famine, Les brigantinsespagnols, maîtres du lac, empêchaient
. l'abord de toutes les provisions qui pouvaient
leur venir par eau, Le grand nombre des Indiens auxiliaires fermait toutes les avenues de la ville par terre. Les magasins formés par Guatimosin étaient épuisés par le nombre d'hommes réunis dans la capitale pour défendre leur souverain et les temples de leurs dieux. Non-seulement le peuple, mais les premiers des citoyens étaient réduits aux plus cruelles extrémités. Les maladies mortelles et contagieuses, la dernière des calamités qu'éprouvent les villes assiégées, comblaient enfin la mesure de leurs maux ?.
Le courage de Guatimosin se soutenait cependant au milieu de tant de malheurs, et son âme demeurait ferme. Il rejetait avec mépris toutes les ouvertures de paix que lui faisait faire Cortès et ne pouvait supporter l’idée de se sou-
| mettre aux oppresseurs de son pays, déterminé
à ne pas survivre à sa ruine. Les Espagnols avançaient toujours. Enfin les trois divisions à la fois pénétrérent jusqu’à la grande place qui était au milieu de la ville et s’y logèrent. Les trois quarts de la ville se trouvaient en leur puissance; le reste était si pressé que les Mexicains désespérèrent de pouvoir résister à des ennemis qui les attaqueraient désormais avec plus d'avantages encore et plus de moyens de succès. Les nobles, empressés de sauver la vie d’un monarque qu'ils respectaient , obtinrent de Guatimosin qu'il quitterait une ville qu'on ne pouvait plus défen-
1 Contés, Rélac., pag. 275, cap. cotxxvr, F.B. Diaz, ap. CLUI.
*Cortès, Relac. p.276, E; F Gomara, Chron. cap. cxzt.
Diaz, p. 155.
dre, et qu'il se retirerait dans les provinces éloignées de l'empire, où it pourrait encore exciter les peuples à la défense commune et combattre avec moins de désavantage. Pour faciliter l'exécution de ce projet, ils tâchèrent d'amuser Cortès par des propositions de paix, afin que Guatimosin pôt s'échapper pendant le cours de la négociation, Mais Cortès avait trop de discernement et de sagacité pour se laisser tromper par leurs artifices, I soupçonna leur dessein, et persuadé qu'il lui était très important d'en empêcher l'exécution , il avait confié à Sandoval, sur la vigilance duquel il pouvait le plus compter , le commandement des brigantins avec ordre de veiller sur les moindres mouvemens de l'ennemi. Sandoval, attentif à exécuter ces ordres, observant, quelques grands canots remplis d'Indiens qui traversaient le lac avec une extrême rapidité, donna le signal de la chasse; Garcia Holguin, qui commandait le brigantin le plus léger, les ayant bientôt atteints, était prêt à faire feu sur le plus avancé qui semblait porter un homme auquel le reste obéissait. A l'instant les rameurs élevèrent leurs rames et tous ceux qui étaient dans le canot, renonçant à faire aucune résistance, le conjurérent avec des pleurs et des cris d'arréter ses gens, parce que l'empereur était parmi eux. Holguin se saisit sur-le-champ de sa proie. Guatimosin ,se remettant entre ses mains, le pria avec dignité d'épargner les insultes à sa femme et à ses enfans. Le malheureux prince conduit devant Cortès ne montra ni la férocité sombre d'un barbare ni l'abattement d’un suppliant.
J'ai rempli, dit-il à l'Espagnol, le devoir d'un roi ; j'ai défendu mon peuple jusqu'à la dernière extrémité. Il ne me reste qu'à mourir.
Prends ce poignard , continua-t-il en mettant la main sur celui de Cortès, enfonce-le dans mon sein et termine une vie qui ne peut étre utile !,
Aussitôt que le sort du monarque fut connu, la résistance des Mexicains cessa, et Cortès prit possession de la partie de la capitale qui n’était pas encore détruite. Ainsi fut terminé le siége de Mexico, le plus mémorable événement de la conquête de l'Amérique. Il avait duré soixantequinze jours, dont presque aucun nes'était passé
1 Cortès, Relac., p. 279. B. Diaz, cap. czvi. Gomara. ! Chron., cap. cextni. Herrera, Decad. NW, lib. nu, : ne ‘ rassembler les conquérans eux-mêmes était si
car.
sans quelque effort extraordinaire de la part des assalllans où des assiégés pour l'attaque ou la défense d'une ville, du destin de laquelle les uns et les autres savaient que celui de l'empire entier dépendait, La défense avait été plus vigoureuse qu'en aucune autre action entre les habitans de l'ancien monde et ceux du nouveau, Le talent de Guatimosin, le nombre de ses troupes, la situation avantageuse de sa capitale avaient balancé la grande supériorité de la discipline et des armes des Espagnols, qui se seraient vus forcés d'abandonner leur entreprise s'ils n'eussent pas été secondés par des secours étrangers. Mais Mexico fut perdu par la jalousie des villes voisines qui redoutaient sa puissance et par la révolte des sujets de l'empire, las du joug qu'ils portaient, Leurs secours mirent Cortés en état d'exécuter un projet qu'il n'eût peutêtre pas osé tenter s’il eût été réduit à ses propres forces. Si le compte que nous venons de rendre de la réduction de Mexico fait disparattre le merveilleux dont les historiens espagnols ont embelli le récit de cet événement , en montrant des causes simples et naturelles où ils ne voient que faits et prouesses romanesques de leurs compatriotes, on y trouve d'un autre côté des motifs d'admirer encore plus les grands taiens de Cortès qui, avec toutes sortes de désavantages , eut l’art d'acquérir sur des nations qui n'entendaient pas sa langue, un ascendant assez puissant pour les faire servir d'instrumens à l'exécution de ses desseins (121).
La joie que ressentirent les Espagnols du succès de cette périlleuse entreprise fut d’abord excessive ; mais elle se calma bientôt lorsqu'ils se virent frustrés des espérances chimériques qui les avaient animés à braver tant de difficultés et de dangers. Au licu de ces richesses immenses et inépuisables sur lesquelles ils comptaient, en devenant maîtres des trésors de Montézuma et de l'or de tant de temples, toute leur avidité ne put rassembler du milieu des ruines et de la désolation d’une ville immense qu’un butin fort peu durable. Guatimosin prévoyant sa destinée, avait rassemblé toutes les richesses laissées par ses ancêtres et les avait fait jeter dans le lac. Les Indiens auxiliaires s'étaient emparés de la meilleure partie du reste, tandis que les Espaynols combattaient. Ce qu'en purent
peu d gnère Les p bord çonna que c tage qui le vrir | trésor Les inutil conte et la menti nit la de gr cupé qu'av le fit favor l'on s pire.
nieus de to guer:
franc blait guiss mais coup et le moi, œ re etex| de ce des à de fran
aire de la part our l'attaque ou n de laquelle les elui de l'empire vait été plus viaction entre les eux du nouveau, nombre de ses se de sa capitale riorité de la dismols, qui se seleur entreprise par des secours lu par la jalousie ent sa puissance l'empire, las du urs imirent Corqu'il n'eût peut- ‘éduit à ses pronous venons de 0 fait disparaître ns espagnols ont ot, en montrant où ils ne voient esques de leurs n autre côté des es grands talens tes de désavandes nations qui ascendant assez d'instrumens à
spagnols du sucise fut d’abord ientôt lorsqu'ils ces chimériques r tant de diffde ces richesses quelles ils comptrésors de Monples, toute leur ilieu des ruines immense qu'un sin prévoyant sa es les richesses avait fait jeter es s'étaient emeste, tandis que e qu'en purent -mêmes était si
peu de chose, que plusieurs d'entre eux dédai
gnèrent d'accepter la part qui leur en revenait. Les plaintes et les murmures s'élevèrent d'abord contre Cortès et ses favoris, qu'on soupçonnait de s'être approprié une plus grande part que celle qui devait leur échoir dans un partage équitable, et ensuite contre Guatimosin qui les ivritait par un refus obstiné de découvrir le lieu où il avait, disait-on, caché ses trésors !,
Les raisons, les prières et les promesses furent inutilement mises en usage pour calmer les mécontens, et il faut croire que cette inutilité mème et la crainte de voir le mécontentement s'augmenter , poussèrent Cortès à une action qui ternit la gloire de tout ce qu'il avait fait jusque-là de grand. Sans égard pour le rang qu'avait occupé Guatimosin, sans respect pour les vertus qu'avait déployées ce malheureux monarque, il le fit mettre à la torture, ainsi que son premier favori, pour les forcer à découvrir l'endroit où l'on supposait qu'il avait caché le trésor de l'empire. Guatimosin supporta tout ce que l'ingénieuse cruauté de ses bourreaux put imaginer de tourmens avec le courage indomptable d'un guerrier américain. Le compagnon de ses souffrances cédant à la violence de la douleur semblait demander à son maître par un regard languissant la permission de révéler ce qu'il savait ; mais le courageux monarque, jetant sur lui un coup d'œil où se peignaient à la fois l'autorité et le dédain, releva sa faiblesse en lui disant : ££ moi, suis-je sur un lit de roses P Terrassé par ce reproche, le favori persévéra dans le silence etexpira dans les tourmens. Cortès, honteux enfin de cette horrible scène, tira la victime des mains de ses bourreaux et prolongea une vie réservée
à de nouvelles.indignités et à de nouvelles souffrances ?.
Le sort de la capitale entraîna celui de tout l'empire, ainsi que les deux partis l'avaient prévu. Les provinces se soumirent les unes après les autres aux vainqueurs. De petits détachemens d'Espagnols pénétrèrent dans tout le pays
1 L'or et l'argent, selon la relation de Cortès, p. 280, À, ne montèrent qu'à 120,000 pezos, valeur bien inférieure à celle que les Espagnols avaient partagée entre | eux à Mexico,
3 B. Diaz, cap. cuvn. Gom ra, Chron., cap. cxLvi. Herrera, Decad. UN, lib. 1, cap. vui. Torquemada, HMond. ind. 1, 574.
; sans obstacle et jusqu'à la graude mer du Sud,
par laquelle ils espéraient toujours, selon les idées de Colomb, s'ouvrir aux Indes orientales un passage court et facile, et assurer à la couronne de Castille les richesses si enviées de ces belles régions !. L'esprit actif de Cortès commença dès lors à s'occuper de ce projet ?, Il ignorait que pendant le cours de ses victoires au Mexique ce même plan avait été exécuté, Cet événement étant un des plus intéressans dans l'histoire des découvertes des Espagnols, et ayant beaucoup influé sur l'état du pays que Cortés venait de soumettre, nous devons à nos lecteurs quelque détail à ce sujet.
Ferdinand Magalhaens ou Magellan, Portugais, d'une naissance honorable, ayant servi plusieurs années dans les Indes orientales avec une grande valeur sous le fameux Albuquerque, demanda les récompenses qu'il croyait lui être dues avec la hauteur naturelle à un homme de courage ; mais pour des raisons qu'on ignore, son général et son souverain rejetèrent ses demandes avec dédain, Magellan se rendant témoignage de ce qu'il avait fait et de ce qu'il méritait, ne put supporter ce refus. Dans son ressentiment il se crut dégagé du serment de fidélité qu'il avait fait à un maître ingrat et se présenta à la cour de Castille, où il espérait qu'on rendrait plus de justice à ses talens. Pour commencer à s'y faire connaitre avantageusement, il proposa un projet dont l'exécution devait blesser à l'endroit le plus sensible le monarque dont il avait à se plaindre : c'était le plan favori de Colomb, la découverte d'un passage aux Indes orientales par l'ouest, sans en:piéter sur la partie du globe attribuée aux Portugais par la ligue de démarcation qu'avait tracée Alexandre VI. Il fondait ses espérances sur les idées de ce grand navigateur , confirmées par beaucoup d'observations, fruit de sa propre expérience et de celle que ses compatriotes avaient acquise par leur commerce avec les ré-
gions orientales. L'entreprise était difficile et dispendieuse , il en convenait ; il lui fallait une escadre assez forte et pourvue "de deux années de vivres. Heureusement il eut affaire à un miuistre qui ne se laissait effrayer ni par les difficultés ni par la dépense. Le cardinal Ximenès
1 Cortès, Relac., p. 280, D., etc. B. Diaz, cap. cvs. 3 Herrera, Decad. WI, lib. 11, cap. xvu. Gomara Chron:, cap. cxuY
qui gouvernait alors l'Espagne, voyant à la fois dans le succès de cette entreprise un accroissement de richesses et de gloire po‘r son pays,
écouta favorablement les propositions de Magellan. Charles-Quint, à son arrivée dans son | uouveau royaume, adopta les mesures de Xi- |
menès avec la même chaleur et donna ses ordres
pour un armement aux dépens de la couronne, |
dont le commandement fut donné à Magellan avee les titres de chevalier de Saint-Jacques et de capitaine général.
Le dixième d'août 1519, Magellan fit voile de Séville avec cinq vaisseaux, armement considérable pour l'état de la navigation dans ce temps-là, quoique le plus grand de ses navires n'excédât pas cent vingt tonneaux. Les équipages montaient en tout à deux cent trentequatre hommes, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des meilleurs pilotes d'Espagne et plusieurs Portugais en qui Magellan avait encore une plus grande confiance. Après avoir touché aux Canaries, il prit sa route directement au sud le long de la côte de l'Amérique. H essuya des celmes si longs et employa tant de temps à reconnaître toutes les baies et tous les golfes qui lui semblaient pouvoir former une communication avec la mer qu'il coraptait découvrir au sud, qu'au douze de janvier il ne se trouva qu’à la rivière de la Plata. En voyant la large emboucnure de ce fleuve qui porte une si srande abondance d'eau à l'océan Atlantique, il se persuada qu'il pourrait trouver par là le passage qu'il cherchait, mais après l'avoir remonté
pendant quelques jours et avoir observé que le | canal se rétrécissoit et que les eaux devenaient !
douces, il reprit sa route vers le sud. ‘Le 31 de mars il toucha au port de Saint-Julien, à quarante-huit degrés au sud de l'équateur, où il se détermina à passer l'hiver. Il y perdit un de ses vaisseaux et les Espagnols y souffrirent tant de
l'excessive rigueur du climat que les équipages ! de trois des vaisseaur. leurs officiers à leur tête, | se mutinèrent ouvertement et demandérent |
qu'on abandonnät le projet d’un aventurier in-
considéré et qu'on retournût en Espagne. Ma- |
gellan réprima cette révolte dangereuse avec
autant de promptitude que d'intrépidité, en | Indien, ils touchèrent à la grande Île de Bornéo
punissant les chefs. Avec le reste de ses gens |
! Herrera, Decad, 11, lib. 1, cap xx: lib. 1 cap. 1x, Gomara, Æist., cap, xcr.
! ap. Ramus., I, 352, etc.
subjugués par sa fermeté, sans être reconciliés avec son entreprise, il continua son voyage et découvrit enfin, au cinquante-troisième degré de latitude l'entrée, d’un détroit où il se jeta, malgré les murmures et les remontrances de tout ce qui était sous ses ordres. Après avoir navigué vingt jours dans ce canal tortueux et dangereux, auquel il donna son nom et où il fut abandonné par un de ses vaisseaux, il vit enfin se découvrir à ses yeux la grande mer du Sud, et remercia le ciel en répandant des larmes de joie de l’heureux succès de son entreprise t, Mais il se trouvait à une plus grande distance qu'il ne l'imaginait du but de son voyage. Il navigua trois mois et vingt jours portant constamment au nord-ouest sans découvrir aucune terre. Dans cette route, la plus longue qui eût jamais été faite, sur un océan dont on ne connaissait point les bornes, il eut beaucoup à souffrir, Ses provisions étaient presque épuisées. L'eau douce se corrompit; ses gens furent réduits à la plus petite ration nécessaire pour ne pas mourir de faim, et le scorbut, la plus terrible des maladies auxquelles sont exposés les navigateurs, commença à sé manifester Une circonstance seule leur donna quelque consolation. Ils eurent un beau temps soutenu et des vents si favorables, que Magellan donna à cet océan le nom de Pacifique qu'il conserve encore. Enfin, lorsqu'ils étaient réduits aux dernières extrémités, ils tombèrent sur un groupe de petites îles très fertiles où ils trouvèrent des rafraichissemens en si grande abondance qu’ils recouvrèrent bientôt la santé, De ces îles auxquelles ils donnèrent le nom d'f/es des Larrons, Magellan s’'avança encore plus à l’est et découvrit celles qu'on nomme aujourd'hui Philippines. K y eut malheureusement une querelle avec les naturels du pays qui l’attaquèrent avec un corps nombreux
et des troupes bien armées, et Magellan périt ,
ainsi que plusieurs de ses principaux officiers, en combattant ces barbares avec sa valeur ordinaire,
L'expédition se continua sous d’autres commandans. Après avoir visité plusieurs des petites îles répandues dans la partie orientale de l'océan
‘ Herrera, Decad. 1, lib. av, cap. x: lib.ax, cap. x. Gomara, AÆist., cap xcir Pigafetta. F'iagg.
et ens priren fais q Espag à cet auqué dans u vèrent peuple dispos Sy cieuse recher des éc avaien avaien vaisse:
plus e fit voi de Je:
des P« et apr Lucar du gl Qu Magel sa gr dant | Jui on avoir surm versai d'aui reux espag les a nomb décot étend par l terres Le:
dant du m avant de lei SaVar ‘He Cap. 1 Ham
s être reconciliés la son voyage el -troisième degré 'oit où il se jeta, remontrances de . Après avoir na- | tortueux et dannom et où il fut eaux, il vit enfin nde mer du Sud, int des larmes de entreprise !.
s grande distance son voyage. Il naportant constamivrir aucune terre.
le qui eût jamais on ne connaissait up à souffrir, Ses isées. L'eau douce réduits à la plus 1e pas mourir de ible des maladies avigateurs, comirconstance seule o. Ïls eurent un nts si favorables, in le nom de Pa- Enfin, lorsqu'ils s extrémités, ils petites îles très rafraichissemens ecouvrèrent bien- Îles ils donnèrent lagellan s’avança vrit celles qu'on es. I y eut malec les naturels du | corps nombreux Magellan périt , cipaux officiers, ce sa valeur ordi-
1s d’autres comsieurs des petites jentale de l'océan de île de Bornéo
, Cap. x: lib:ax, Pigafetta. Fiagg.
et ensuite à Tidor, une des Moluques, où ils prirent terre au grand étonnement des Portugais qui ne pouvaient comprendre comment les Espagnols en naviguant à l'ouest étaient arrivés à cet établissement reculé de leur commerce, auquel eux-mêmes se rendaient en faisant route dans une direction opposée. Les Espagnols trouvérent dans ces Îles et dans les Îles voisines, des peuples instruits des avantages du commerce et disposés à trafiquer avec une nation inconnue. Ils y prirent une cargaison de ces épices précieuses qui sont une des productions les plus recherchées de ces climats, Avec ces trésors et des échantillons des riches marchandises qu'ils avaient trouvées dans les autres contrées qu’ils avaient visitées, La Victoire, celui des deux vaisseaux restans de toute l’escadre, qui était le plus en état de soutenir encore un long voyage, fit voile pour l’Europe sous le commandement de Jean-Sébastien del Cano. Il suivit la route” des Portugais par le cap de Bonne-Espérance, et après avoir beaucoup souffert, il arriva à Saint- Lucar i4 7 septembre 1522, ayant fait le tour du globe en trois ans et vingt-huit jours !.
Quoiqu'une destinée malheureuse ait privé Magellan de la satisfaction de terminer lui-mème sa grande entreprise, ses contemporains rendant justice à sa mémoire et à ses grands talens lui ont conservé non-seulement la gloire d'en avoir formé le plan, mais encore celle d’avoir surmonté presque tous les obstacles qui en traversaient l’exécution, et il est encore aujourd’aui au rang des plus habiles et des plus heureux navigateurs. La gloire des navigateurs espagnols éclipsa à cette époque celle de toutes les autres nations, et dans le cours d’un petit nombre d'années ils eurent le rare bonheur de découvrir un nouveau continent presque aussi étendu que l’ancien monde, et celle de constater par l'expérience la figure et l'étendue du globe terrestre.
Les Espagnols ne se contentaient pas cependaut de la gloire d’avoir les premiers fait le tour du monde; ils prét: : daient recueillir de grands avantages pour leur :ommerce de cet effort hardi de leur habileté dans l'art de la navigation. Les savans, parmi eux, croyaient que les îles à épi-
‘Herrera, Decad. A, lib. 1, cap. mi,ix; lib. 1v,
cap.1, Gorara, Chron., cap. xcur, etc. Pigafetta, ap. Ramusa, 11, 361, etc,
ceries et plusieurs des pays les plus riches de l'est étaient situés dans les limites de la partie du globe attribuée à la couronne de Castille par le partage d'Alexandre VI. Les négocians , sans s'embarrasser de cette discussion, se livrèrent avec empressement à ce que le commerce avec ces pays nouveaux leur offrait d'avantageux et de séduisant. Les Portugais, alarmés de la concurrence de rivaux si dangereux, s’efforcèrent de leur susciter des ennemis en Europe par les négociations, tandis qu’ils les traversaient en Asie à force ouverte. Charles, peu instruit de l'importance de cet objet ou distrait par ses autres projets et par l'étendue de ses autres opérations, ne donna pas à ses commerçans d'Asie la protestion dont ils avaient besoin. Enfin le mauvais état de ses finances, épuisées par ses guerres dans toutes les parties de l'Europe, et la crainte de s’en susciter une nouvelle avec les Portugais, le déterminèrent à céder à ceux-ci toutes ses prétentions sur les Moluques pour la somme de trois cent cinquante mille ducats. Il réserva cependant à la couronne de Castille le dvoit de rentrer dans ses droits en remboursant cette somme. Mais d’autres objets détournérent toute son attention et celle de ses successeurs , et l'Espagne perdit tout-à-fait un commerce qu’elle avait travaillé si long-temps à s'ouvrir, et dont elle espérait tirer le plus grand bénéfice !.
Quoique le commerce avec les Moluques fût abandonné, le voyage de Magellan eut d’abord des suites fort avantageuses pour l'Espagne.
Philippe I, en 1564, soumit à sa couronne les îles découvertes dans l'océan oriental , et y forma des établissemens avec lesquels la Nouvélle-Espagne établit une communication régulière dont nous parlerons dans la suite. Je reviens à présent à ce qui se passait dans la Nouvelle-Espagne.
Tandis que Cortès acquérait à sa patrie de si vastes possessions et préparait encore d'autres conquêtes, sa destinée singulière était non-seulement d'être dépouillé de toute autorité par le souverain qu’il servait avec tant de zèle et de succès, mais d'être regardé comme un sujet rebelle. Par les intrigues de Fonseca, évèque de Burgos, sa conduite lorsqu'il prit le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, fui déclarée une
1 Herrera, Decad. I, lib. vu, cap. v. Decad. IV lib, v, cap. var, elc.
vsurpationcontraire à l'autorité royale ; et Chris- : toval de Tapia fut revêtu d’une commission qui |
l'autorisait à destituer Cortès, à se saisir de sa personne, à confisquer ses biens et à rechercher tout ce qu'il avait fait jusqu'alors pour en rendre compte au conseil des Indes, dont l'évêque de Burgos était président. Quelques semaines après la réduction de Mexico, Tapia débarqua à la Vera- Cruz, y portant l'ordre du souverain de dépouiller le conquérant de toute autorité et de le traiter en criminel, Mais Fonseca avait choisi un homme péu propre à seconder son inimitié pour Cortès. Tapia n'avait ni la réputation ni les talens nécessaires pour exécuter la commission importante dont il était chargé. Cortès , en témoignant publiquement le plus grand respect pour l'autorité de l'empereur, prit secrètement des mesures pour rendre inutiles les ordres dont Tapia était chargé. Il entama avec lui une négotiation si compliquée, il multiplia tellement les conférences, il employa tour à tour et les me-
naces et les promesses et les présens d'une ma- |
nière si adroite, qu’il détermina enfin cet homme faible à abandonner un pays qu'il n'était pas digne de gouverner {,
Cependant, malgré l'adresse avec laquelle il venait de parer ce coup, Cortès était si persuadé qu’il ne tenait pas son pouvoir d'une autorité légitime et suffisante, qu'il se détermina à envoyer en Espagne des députés pôur rendre compte du succès de ses armes, pour y porter des échantillons des productions du pays et de riches présens pour l'empereur, commedes gages des grands revenus que la couronne pourrait tirer dans ia sui de ses nouvelles conquêtes, et
pour demander en récompense de tous ses ser- |
vices l'approbation de tout ce qu'il avait fait , et le gouvernement des pays que sa conduite et la
valeur de ses compagnons avaient soumis à la |
couronne de Castille. Le moment où les députés se présentèrent à la cour était favorable. Les mouvemens qui avaient troublé l'Espagne, à l'avénement de ce prince au trône, achevaient de se calmer ?, Les ministres avaient le temps de s'occuper des affaires du dehors; les récits qu'on publiait des victoires de Cortèsremplissaient ses compatriotes d'admiration ; ‘étendue et les ri-
? Herrera, Decad. I, lib. ur, cap. xvi. Decad., IV,
cap. 1 Cortés, Relac,, p. 281, E. B, Diaz, cap. czvim. * Histoire de Charles V, tom. IL.
chesses des pays conquis étaient pour eux un ob: jet d’espérances flatteuses et sans bornes. Ce qu'il pouvait y avoir d’irrégulier dans la manière dont Cortès s'était élevé au pouvoir était couvertipar l'éclat et le mérite des grandes actions qu'il n'avait faites qu’à l'aide de ce pouvoir mème. Tous les esprits se révoltaient à la pensée de punir un homme dont les services méritaient plutôt les plus grandes marques de distinction. La voix publiques’élevait hautement ensa faveur, et Charles, arrivant en Espagne dans le mème temps, adopta les sentimens de ses sujets avec l’ardeur de son âge. Malgré les réclamations de Velasquez et la résistance de l’évèque de Burgos, il nomma Cortès capitaine général et gouverneur de la Nouvelle-Espagne, jugeant que persoune n'était aussi capable de maintenir l'autorité royale ou d'établir un bon gouvernement parmi ses sujets espagnols et indiens de la Nouvelle-Espagne, que le mème commandant à qui les premiers | s'étaient volontairement soumis et que les derniers étaient accoutumés à craindre et à respecter depuis si long-temps f.
Cortés, avant d'avoir obtenu de son souverain la confirmation légale de son autorité, l’employait à assurer sa conquête et à la rendre utile à sa patrie. Il résolut d'établir le chef-lieu de son gouvernement au même endroit où était situé l’ancien, et il entreprit de relever Mexico de ses ruines. Comme il se faisait une brillante idée de la future grandeur de l'état qu'il fondait, il commença à rebâtir sa capitale sur un plan dont l'exécution en a fait peu à peu la plus belle ville . du Nouveau-Monde. Il employa en même temps dans différentes provinces des personnes instruites pour rechercher les mines, et il en ouvrit quelques-unes, les plus riches de celles que les Espagnols eussent jusque-là découvertes en Amérique. Il détacha ses principaux officiers dans les provinces éloignées et les encouragea à s'y établir, non-seulement en leur donnant de grandes concessions de terre, mais encore en leur ac cordant sur les Indiens la même autorité et les mêmes droits d’en exiger des services que les Espagnols s'étaient attribués dans les îles.
Ce ne fut pas cependant sans difficulté que l'empire du Mexique fut réduit à former une colonie espagnole. Ce peuple, poussé à bout
1 Herrera, Decad. 1, lib, 1v, cap. nr. Gomara, Chron., cp. cuxiv, cexv. B. Diaz, cap. c£xvur, cEXVIL
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par l'oppression, oublia souvent la supériorité des Espagnols et courut aux armes pour recouvrer sa liberté; mais la discipline et la valeur des Européens l'emportèrent partout. Malheureusement pour la gloire de l'Espagne, les vainqueurs souillèrent leur victoire par la manière dont ils traitèrent le peuple vaincu. Aussitôt qu’ils fusent maîtres de la capitale et de la personne de :suatimosin , ils suppostrent que le roi de Casille entrait dès ce moment en possession de bus les droits du monarque prisonnier et affec- {trent de considérer les moindres efforts des Mexicains pour assurer leur indépendance comme une rébellion de vasssux contre leur souverain ou une révolte d'esclaves contre leur maître. Sur le prétexte de ces maximes arbitraires, ils violèrent tous les droits de la guerre entre les nations. À chaque mouvement d'une province ils y réduisaient le peuple à la plus humiiante des conditions, la servitude personnelle. Les chefs, regardés comme plus criminels, étaient mis à mort par les supplices les vlus honteux et les plus cruels que pussent imagner l’insolence et la férocité du vainqueur. Les progrès des Espagnols étaient marqués par des traces de sang et par des actions d’une atrocité révoltante. Dans celle de Panuco , soixante caciques ou chefs et quatre cents nobles furent brûlés vifs à la fois, et cette exécrable barbarie ne fut pas commise dans un moment d’emportement, ni par un subalterne; elle fut l'ouvrage de Sandoval, officier dont le nom tient le premier rang après celui de Cortès dans les annales de la Nouvelle-Espagne, et elle avait été concertée avec Cortès lui-même. Pour mettre le comble à l'horreur de cette scène on assembla les parens et les enfans de ces malheureuses victimes et on les força d’en être les témoins !. Il parait impossible d'ajouter à ces excès : ils furent cependant suivis d'une atrocité qui révolta les Mexicains plus fortement encore , en leur faisant sentir tout leur avilissement et le mépris insultant de leurs vainqueurs pour l’ancienne dignité de leur empire. Sur un léger soupçon , appuyé sur des témoignages sans force, que Guatimosin avait formé le projet de secouer le joug et d’exciter ses anciens sujets à prendre les armes, Cortès, sans forme de procès, fit pendre
Cortès, Relac.,p 291, C. Gomara Chron., cap. czv !
le malheureux monarque et les caciques de Tazeuco et de Tacuba, les deux personnes les plus qualifiées de l'empire. Les Mexicains virent avec horreur et étonnement ce supplice honteux (122) infligé à des hommes qu'ils respectaient presque à légal de leurs dieux 1, L'exemple de Cortès et de ses principaux officiers encouragea les moindres Espagnols à commettre les plus grands excès. Nuno de Gusman en particulier, dans plusieurs expéditions qu’il commanda, déshonora un nom illustre par un grand nombre d'actions cruelles 2,
Une circonstance paraît avoir sauvé les Mexicains de l'entière destruction que les Espagnols avaient portée dans les îles. Les premiers conquérans du Mexique n'entreprirent pas d’y fouiller les mines. Ils n'avaient ni les fonds pour les avances des grands travaux nécessaires pour pénétrer jusqu’à ces profondeurs où la nature a caché les métaux précieux , ni les connaissances des procédés de métallurgie par lesquels on sépare le métal de sa mine. Ils se contentérent de la méthode plus simple pratiquée par les Indiens de laver les terres entrainées des montagnes par les rivières et les torrensetd’enretirer les grains d'or qu'on y trouve. Les riches mines de la Nouvelle-Espagne, qui ont depuis versé tant de richesses sur le globe, ne furent découvertes que plusieurs années après la conquête, vers l'an 1552, etc. 3, et à cette époque l'Espagne avait déjà établi au Mexique un gouvernement mieux réglé et plus humain. L'expérience, fruit des premières fautes, avait suggéré aux conquérans beaucoup de lois utiles et douces en faveur des Indiens, et quoiqu’on augmentat le nombre de ceux qui travaillaient aux mines, espèce de tra: vail le plus funeste à l'homme, ils souffrirent moins de maux et moins de dépopulation que
les îles n’en avaient souffert aux exploitations
moins étendues, mais plus mal réglées, des premiers conquérans.
La grande mortalité des Indiens fit évanouir aussi les espérances de leurs nouveaux maîtres. Les travaux des mines mal conduits rapportèrent peu de richesses aux entrepreneurs ; et comme on le remarque dans les nouveaux établissemens,
lGomara, Chron., cap. cuxx. B. Diaz, cap. cLxxvn. Herrera, Decau. 11, lib. vin, cap. 1x.
3 Herrera, Decad. 1V et V, passim.
5 Rerrera, Decad. VIIL, lib. x, cap. xxr.
les dangers et les difficultés furent pour les premiers colons, tandis que les fruits de leurstra- | vaux et de leurs succès, réservés à des temps plus tranquilles, fure.it recueillis par des successeurs qui avaient plus d'industrie avec moins | de mérite. Les premiers historiens de l'Améri- | que nous parlent sans cesse des maux qu’eurent à souffrir ses conquérans et de leur extrème ! pauvreté. Dans la Nouvelle-Espagne leur condition devint encore plus fâcheuse par des arrangemens particuliers à cette colonie.
Charles Ÿ, en nommant Cortès gouverneur, établit en même temps des commissaires indé- | pendans de lui pour y recevoir et administrer es revenus 2. Ces gens, pris dans des emplois subalternes à Madrid , se crurent appelés à un rôle de la plus grände importance ; accoutumés aux formalités minutieuses des bureaux et remplis des idées étroites qu'ils avaient prises dans la sphère où ils s'étaient exercés jusqu'alors, ils furent très étonnés de l'autorité dont Cortès y jouissait et ne conçurent pas combien la maaière de gouverner un pays nouvellement €onquis est différente de celle qu'on peut employer dans un état où un gouvernement tranquille et régulier est étabii depuis long-temps. Lis représentèrent Cortès à la cour d'Espagne comme un ambitieux et comme un tyran, qui, se donnant un pouvoir supérieur à la loi même , aspirait à l'indépendance , et qui, par ses richesses excessives et par l'influence qu’elles lui donnaient , était en état d'exécuter les projets qu'il paraissait méditer3. Cesinsinuations firent des impressions si fortes sur les ministres espagnols, presque tous formés aux affaires sous l'administration sévère et jalouse de Ferdinand, qu'ils oublièrent tous les services de Cortès et les travaux excessifs auxquels il venait de se livrer, en conduisant lui-mème une expédition dans laquelle il s'était avancé du lacde Mexico àl'extrémité occidentale du pays de Honduras (123). Ils rent bientôt passer leurs soupcons dans l'esprit de leur maitre, et déterminèrent Charles à envoyer au Mexique le licencié Paul de Léon, pourvu d'amples pouvoirs, pour rechercher la conduite de Cortès et même pour le faire arrêter et l'envoyer prisonnier en Espagne , s’ille trouvait coupable. 1 Cortès, Relat., pag. 283, F. B. Diaz, cap. cox.
3 Herrera, Decad, MA, lib. 1, Cap. 14 5/d,, ibid., Mb. v, cap. xiv.
La mort soudaine de Paul de Léon, peu de jours après son arrivée dans la Nouvelle-Espa-
| gne , empècha l'exécution de ces ordres ; mais | comme ils étaient counus, Cortès fut vivement
blessé de cette ingratitude pour des services les
plus grands qu’un roi d'Espagne eût jamais reçus
d'aucun de ses sujets.
1l travailla cependant à regagner la confiance
de son souverain et à conserver sa place; mais tous les Espagnols employés par le gouvernement dans la Nouvelle-Espagne étaient autant d'espions de sa conduite et donnaient les inter-
prétations les plus malignes et les plus défavorables à toutes ses actions. Les craintes de Charles et de ses ministres redoublèrent, On forma une nouvelle commussion revêtue de pouvoirs plus étendus et l’on prit. différentes précautions pour prévenir ou punir la résistance de Cortës s'il avait l'audace de manquer à la fidélité d’un sujet !. Cortès, en voyant se former l'orage qui le menaÇait, éprouva toutes les émotions violentes, naturelles à un homme qui à l’âme fière, et qui au lieu de la reconnaissance qu'on lui doit recoit un indigne traitement. Mais, quoique quelquesuns de ses compagnons les plus déterminés le pressassent de faire valoir la justice de sa cause contre une patrie ingrate et dessaisir d'une main hardie le pouvoir que de bas courtisans l’accusaient de convoiter ?, il demeura si bien maitre de lui-même, ou fut retenu si fortement par des sentimens de fidélité pour son souverain qu’il rejeta ces dangereux conseils, et prit le seul
sans s'écarter de son devoir. Ilrésolut de ne pas s’exposer à la honte de se voir appelé en jugement dans un pays.qui avait été le théâtre de sa gloire et de ses triomphes, et au lieu d'attendre l'arrivée des juges qu’on envoyait, il se rendit sans délai en Espagne pour y confier sa cause et sa personne à la justice et à la générosité de son souverain 5.
Cortès parut dans sa patrie avec un éclat convenable au conquérant d'un royaume, Il avait apporté avec lui une grande partie de ses ri-
chesses, beaucoup de bijoux et d'ornemens de
‘Herrera, Decad. 1, lib. vu, cap. xv, Decad. IV, Hib.n, cap. 1; lib. av, cap.ix, x. B. Diaz, cap. crxxnt, excvr, Gomara, CAron., cap. CLxn.
2B. Diaz, cap, exciv.
5 Herrera, Decad. H1, lib. av, cap. vi,
moyen qui lui restât pour conserver sa dignité,
de Léon, peu de a Nouvelle-Espaces ordres; mais rtès fut vivement ir des services les 1e eût jamais reçus
agner la confiance
ver Sa place; mais
par le gouverne-
ne étaient autant
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l'orage qui le memotions violentes, l'âme fière, et qui qu'on lui doit reçoit quoique quelquesplus déterminés le justice de sa cause lessaisir d’une main s courtisans l’accueura si bien maitre i fortement par des on souverain qu’il ils, et prit le seul
onserver sa dignité,
ILrésolut de ne pas oir.appelé en jugeit été le théâtre de es, et au lieu d'atu’on envoyait , il se le pour y confier sa stice et à la généro-
ie avec un éclat conn royaume. Il avait de partie de ses rix et d'ornemens de
1, cap. xv, Decad.IV, x. B. Diaz, cap. cexxnt, XH.
cap. VI,
grand prix, et différentes productions de Ja Nouvelle-Espagne (124). IL était accompagné par quelques Mexicains du premier rang et par les plus considérables de ses officiers. Son arrivée dissipa en un moment tous les soupçons et toutes les craintes. L'empereur ne voyant plus rien à redouter des desseins qu'on prêtait à Cortès, le reçut comme un sujet fidèle qui se présentait à son maître en se reposant sur son innocence, et à qui la grandeur de ses services donnait des droits aux plus hautes distinctions. On lui àccorda le titre de marquis del Valle de Guaxaca et la propriété d'un grand territoire dans la Nouvelle-Espagne; etcomme ses manières étaient polies, quoiqu'il eût passé sa vic au milieu d’aventuriers grossiers et sans éducation, l'empereur l’admit dans sa familiarité comme ses courtisans les plus élevés par leur naissance ou leur rang {.
Cependant , au milieu de ces marques de considération, les traces de la défiance se laissaient apercevoir encore. Quoique Cortès sollicitât vivement son rétablissement dans le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, Charles, trop sage pour confier un emploi si important à un homme qu'il avait soupçonné , refusa de lui donner de nouveau un pouvoir qu'il craignait de ne pouvoir plus borner ou réprimer. Cortès, quoique honoré de nouveaux titres, neremporta à Mexico qu'une
autorité diminuée. On lui laissa le commande- | ment des troupes avec le droit de tenter de nou- |
velles découvertes; mais toute l'administration civile fut confiée à un conseil, appelé audience de la Nouvelle-Espagne. Dans des temps postérieurs , lorsque l'accroissement de la colonie y rendit nécessaire une autorité unique et plus étendue, Antoine de Mendoza, de la première
noblesse d'Espagne, y fut envoyé en qualité de |
vice-roi et réunit dans sa personne les deux pouvoirs qu’on avait séparés du temps de Cortès. Cette séparation même devint la source de
tès et d'obstacles à tous ses projets. Comme il n'avait plus d'occasions de déployer ses taiens et d'exercer son activité, qu’en tentant de nouvelles découvertes, il forma différens plans d'en-
avait toujours cru qu’en s'avançant dans le golfe de la Floride, le long de la côte orientale de l'Amérique septentrionale, on trouverait quelque détroit conduisant à l’océan occidental , ou que dans l'isthme de Darien, mieux connu, on découvrirait quelque communication entre la mer du Nord et celle du Sud !. Mais ses espérances ayant été trompées dans l'une et l’autre tentative , il se borna aux expéditions qu’on pouvait faire des ports de la Nouvelle-Espagne sur la mer du Sud. Il y arma successivement différentes petites escadres, dont les unes périrent et les autres revinrent sans avoir fait aucune découverte importante. Las de confier à d’autres la conduite de ses opérations, il se mit lui-même à la tête d'un nouvel armement, et après avoir beaucoup souffert et essuyé des dangers de toute espèce, il découvrit la grande péninsule de la Californie et reconnut la plus grande partie du golfe qui la sépare de la Nouvelle-Espagne. La découverte d’un pays si étendu aurait fait honneur à tout autre qu’à lui, mais elle n’ajouta rien à la gloire de Cortès et ne satisfit pas les grandes espérances qu’ilavait conçues ?. Dégoûté par de mauvais succès auxquels il n’était pas accoutumé, et las de trouver toujours des oppositions à ses vues, de la part de gens avec lesquels il trouvait honteux pour lui d'être obligé de contester, il retourna une seconde fois en Espagne pour demander ce qu'il croyait lui être dû.
Il n'y reçut pas l'accueil que ses services et même la décence seule le mettaient en droit d'espérer. La gloire de ses anciens exploits était déjà en partie oubliée ou éclipsée par celle des nouvelles conquêtes, plus récentes et plus importantes faites en d’autres parties de l'Amérique. On n'’attendait plus rien d’un homme
| déjà avancé en âge, et qui commençait à être | malheureux. L'empereur le reçut poliment , mais : froidement. Les ministres le traitérent tantôt | dissensions continuelles, de chagrins pour Cor- |
treprises de ce genre, qui toutes portent le |
caractère d'un génie hardi et porté
! Herrera, Decad. HA, lib. 1v, cap. à , lib vs, Cap. av. B. Diaz, cap. cxcvr. Gomara, Chron., Cap. CLXXXIT,
au grand, NL |
avec légèreté et tantôt avec insolence. Ses plaintes ne furent pas écoutées. Il fit valoir inutile: ment ses droits. Après avoir perdu plusieurs années à solliciter inutilement les ministres et les magistrats, occupation aussi ennuyeuse que
! Cortès, Relat. Ramus , HN, 294, B.
® Herrera, Jecad, V,1. vi, c. 1x, x, Decad. VIII, lib. vr, cap. xiv. Venegas, Æist. de la Californie, 1, 125. Lorenzana, Aist,, p. 322, etc.
mortifiante pour un homme d’un caractère al- | quêtes dans le Nouveau-Monde. Envié par ses tier, qui jusque-là avait presque toujours com- contemporains et mal récompensé par le soumandé , Cortès finit ses jours le2 décembre 1547, | verain qu'il avait servi, il a été admiré et célébré dans la soixante-deuxième année de son âge. Sa | par les siècles suivans. Pour se former une idée destinée fut semblable à celle de tous ceux qui | de son caractère, il suffit de considérer avec imse sont illustrés par des découvertes ou des con- | partialité toute la suite de ses actions.