‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 106 sur 155 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

tous les autres faisaient si peu d'impression, qu’au moment même où tous regardaient comme chimérique l'espoir de découvrir à l'est le riche pays qu'avait annoncé Balboa, ils se déterminèrent à entreprendre l'exécution de son projet. Ces hommes extraordinaires étaient François Pizarre, Diego d’Almagro et Fernand de Luque. Pizarre était fils naturel d'un gentilhomme de bonne famille et d’une femme de basse naissance; et, comme il arrive ordinairement aux enfans illégitimes, son éducation avait été entièrement négligée. Son père ne le croyait pas destiné à s'élever au-dessus de la condition de sa mère , car il l'employa dans sa jeunesse à garder les cochons. Mais le jeune Pizarre, dédaignant cette vile occupation, se fit soldat , et après avoir servi quelques années en ltalie, s’embarqua pour l'Amérique où une carrière sans bornes ouverte aux talens attirait tout aventurier ambitieux qui prétendait égaler sa fortune à ses désirs. Sur ce théâtre Pizarre se distingua promptement. Né avec un caractère aussi entre-

Depuis que Nugnès de Balboa, en partant des côtes occidentales de l'Amérique, avait découvert la mer du Sud et acquis quelques notions imparfaites des riches contrées auxquelles elle pouvait conduire, tous les yeux et tous les projets des aventuriers espagnols, établis dans les colonies de Darien et de Panama , se tournaient vers ces pays inconnus. Dans un siècle où l’esprit aventurier était assez ardent pour engager un grand nombre d'hommes à hasarder toute leur fortune et à braver les plus grands dangers pour tenter une découverte simplement possible, le moindre rayon d'espérance était saisi avec ardeur, et sur des informations légères on entreprenait les plus périlleuses expéditions (125).

C'est ainsi que différens armemens furent faits pour prendre possession des pays situés à l'est de Panama. Mais ces entreprises , confiées à des chefs dont les talens étaient au-dessous des difficultés, n’eurent aucun succès !. Comme ces excursions ne s’étendaient pas au-delà des limites de la province à laquelle les Espagnols ont donné le nom de Zierra-Firme , pays cou- | prenant que son corps était robuste, il était le

vert de bois, peu peuplé et très malsain, les | premier à tous les dangers, toujours infatigable aventuriers à leur retour firent des rapports dé- | et d’une patience à toute épreuve. Quoique courageans des maux qu'ils avaient soufferts et | ignorant à ne savoir pas lire, on le remarqua du peu d'espérances qu'offraient les lieux qu'ils | bientôt comme un homme digne de commander. avaient visités. Ces récits calmèrent un peu la | Ilwéussit dans toutes les opérations dont il Fu fureur des découvertes de ce côté, et il s'établit | chargé, unissant en sa personne des qualités une opinion générale que Balboa s'était laissé | qui-se trouvent rarement ensemble , la persévéséduire par quelque Indien ignorant, qui avait | rance et l'ardeur , la hardiesse dans la combinaivoulu le tromper, ou qui avait été mal entendu. | son de ses plans et la prudence dans leur exécu- Mais ii y avait alors à Pemama trois hommes | tion. En se jetant de bonne heure dans les sur lesquels les circonstances qui décourageaient | affaires sans autres moyens que ses talens et son adresse, et ne comptant que sur lui-même pour

* Calancha, Chromica, p. 100. se tirer de l'obscurité, il acquit une si grande

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