‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 112 sur 155 · IT · texte numérisé non relu

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se souvenant toujours qu'il avait été trompé, ne cherchait que les occasions de se venger. L'avidité et l'ambition lies avait portés tous deux à suspendre leur haine réciproque, et même à agir de concert pour obtenir les richesses et la puissance , mais ils n'eurent pas plus tôt atteint le but de leurs désirs, que les mêmes passions qui avaient formé cette union passagère les divisèrent de nouveau. Chacun d'eux avait auprès de lui un certain nombre de subalternes intéressés à les flatter, qui, avec l’art et la méchanceté particulière à cette espèce d'hommes, aigrissaient leurs soupçons mutuelset grossissaient à leurs yeux les torts les plus légers. Mais, malgré toutes ces causes d’inimitié, ils connaissaient si bien l’un et l’autre leurs talens respectifs qu'ils craignaient également les conséquences d’une rupture ouverte. L'arrivée de Pizarre à Cuzco, et l'adresse, mêlée de fermeté, qu'il montra dans ses plaintes contre Almagro et ses partisans détourntrent alors l'orage. Il se fit une nouvelle réconciliation dont la condition principale fut qu’Almagro tenterait la conquête du Chili et que, s’il n’y trouvait pas un établissement digne de lui, Pizarre, pour l'indemniser, lui céderait une partie du Pérou. Cette nouvelle convention fut confirmée avec les mêmes solennités religieuses que la première et observi: avec aussi peu de fidélité !,

Dès que cette affaire importante fut terminée, Pizarre revint dans les provinces voisines de la mer , et comme il jouissait alors d’une tranquillité qui n’était troublée par aucun ennemi, ni espagnol ni indien, il s’occupa, avec l’ardeur et la constance qui distinguent son caractère, à établir un gouvernement régulier dans les vastes pays soumis à son autorité. Quoique son éducation le rendit incapable de toute recherche sur les principes de la police intérieure, et que le genre de vie qu’il avait mené jusque-là parût peu compatible avec l’ordre que demande l’administration , sa sagacité naturelle suppléa aux lumières et à l'expérience. Il partagea le pays en différens districts, et il établit des magistrats dans chacun. Il fit des règlemens sur l'administration de la justice, la perception des impôts, le travail des mines et le traitemeut des Indiens

1 Zarate, lib. ur, cap. x. Vega, part. 11, lib. 11, cap. xx.

Benzoni, lib, 1, Cap. vi, Herrera, Decad. V, lib. vn, ap. VIL

Ses lois furent simples et n'avaient pour objet que la prospérité publique.

Mais, quoiqu'il proportionnât son plan à l'état de faiblesse où était sa colonie naissante, son esprit étendu se portait vers l'avenir. [l se considérait lui-même comme le fondateur d'un grand empire, et délibéra long-temps avec beaucoup de sollicitude sur le lieu où il placerait le siége du gouvernement. Cuzco, la résidence des Incas, était située dans un coin de l'empire à plus de quatre cents milles de la mer, et plus éloignée encore de Quito , province dont l'importance lui paraissait extrème. Le Pérou n'avait aucun autre établissement qui méritât le nom de ville et qui pôt déterminer les Espagnols à y fixer leur séjour. Mais en parcourant le pays, Pizarre avait été frappé de la beauté et de la fertilité de la vallée de Rimac, une des plus étendues et des mieux cultivées du Pérou. Ce fut sur les bords d'une petite rivière, du même nom que la vallée qu’elle arrose et qu’elle enrichit, à six milles de Callao, le havre le plus commode de l'océan Pacifique, qu’il établit le chef-lieu de son gouvernement. Il lui donna le nom de ville des Trois- Rois, soit parce qu’il en posa la première pierre au temps où l’église célèbre la fête des Trois-Rois, soit, comme il est plus vraisemblable , en l'honneur de Jeanne et de Charles, souverains de Castille. Ce nom se conserve encore en Espagne dans tous les actes publics ; mais la ville est plus connue par les étrangers sous celui de Zima, mot corrompu de l’ancien nom de la vallée où elle est située. Par les soins de Pizarre, les batimens s'élevérent avec tant de promptitude

.qu'on vit bientôt une ville; un palais magnifique pour le gouverneur, et des maisons solidement construites pour ses principaux officiers annoncèrent dès lors sa future grandeur !,

En conséquence de sa convention avec Pizarre, Almagro se mit en marche pour le Chili. Comme il possédait au plus haut degré les qualités qui attirent surtout l'admiration du soldat, une libéralité sans bornes et un courage intrépide, cinq cent soixante-dix hommes se rangèrent sous ses drapeaux. C'était le plus grand corps d'Européens qui eût été assemblé jusqu'alors au Pérou. L’'impatience de terminer promptement

1 Herrera, Decad. V, lib. vi, cap. xt; Nb. vi, c. x Calancho, Chronica, lib. 1, cap. xxxvir. Barneuvo, Lima

| funda, 1, 294.

son =xpédition ou l'habitude de supporter tous les travaux et de braver tous les dangers , habitude commune à tous les Espagnols qui avaient servi quelque temps en Amérique , détermina Almagro à traverser les montagnes au lieu de s'avancer par le pays plat le long de la côte. Le chemin était en effet plus court, mais presque impraticable. Dans cette route ses troupes souffrirent tou” ;. maux que la nature humaine peut éprouver dela fatigue, de la faim et des rigueurs du climat de ces régions élevées de la zone tor- ‘ride, où le froïd est presque aussi rude quecelui qu'on trouve sous le cercle polaire. Îl en périt un grand nombre, et ceux qui résistèrent et parvinrent jusqu'aux plaines fertiles du Chili y trouvèrent de nouveaux obstacles à surmonter. Le eurent affaire à des hommes très différens es Péruviens, intrépides, endurcis aux travaux et assez semblables aux nations guerrières du nord de l'Amérique par leur constitution phy-

ique et par leur courage Quoique étonnés à la

remière apparition des Espagnols, et plus encore à la vue de leur cavalerie et des effets de leurs armes à feu, les naturels revinrent bientôt de leur surprise, non-seulement jusqu'à se défendre avec courage, mais même jusqu'à assaillir leur nouveaux ennemis avec plus de résolution et de vigueur que n’en avait montré jusque-là aucune nation américaine. Les Espagnols continuérent cependant à pénétrer dans le pays et y recueillirent de l'or en abondance, mais ils ne pensèrent plus à y former un établissement.

Malgré toute la valeur et l'habileté de leur chef, |

le succès de leur expédition était encore extrè-

mement douteux lorsqu'ils furent rappelés au !

Pérou par une révolution inattendue, dont je vais développer les causes !.

Les colonies espagnoles de l'Amérique avaient envoyé un si grand nombre d’'aventuriers au Pérou, et tous y portaient des espérances si outrées d’une fortune immense et rapide qu’il n'était pas possible de proposer à aucun d’eux de s'enrichir par les travaux de l'industrie. ls eussent vu dans une pareille proposition nonseulement le renversement de toutes leur espérances, mais une véritable insulte. I fallait

1Zarate, lib. x, cap. r. Gomara, Aist., cap. 131.Vega,

part. u, lib. u, cap. xx. Ovallé, His. de Chile, lib.xv, |

cap. xv, etc. Herrera, Decad. V, lib. vIr, Cap. 1x ; lib. x, eap. 1, etc.

cependant trouver quelque occupation à des hommes qu’on ne pouvait pas sans danger laisser dans l'inaction. Pizarre encouragea quelques. uns des officiers les plus distingués qui lui étaient arrivés nouvellement à tenter des expéditions dans quelques provinces de l'empire que les Espagnols n’avaient pas encore visitées, Il se forma diverses troupes assez considérables, qui, vers le temps du départ d'Almagro pour le Chili, se mirent en marche pour pénétrer dans différentes provinces éloignées de l'intérieur du pays. L'Inca Manco-Capac , observant l'imprudence des Espagnols qui dispersaient ainsi leurs troupes et le petit nombre de ceux qui étaient demeurés à Cuzco sous les ordres de Jean et Gonzalès Pizarre, crut être arrivé au moment heureux d'assurer ses droits à l'empire, de venger son pays et d’exterminer ses oppresseurs. Quoique surveillé de très près par les Espagaols, qui lui laissaient habiter le palais de ses ancêtres à Cuzco, il trouva moyen de communiquer son projet aux gens qui devaient l'exécuter. Les moindres désirs des souverains sont des ordres chez un peuple aocoutumé à les respecter comme des divinités. Les Espagnols, loin de se disposer à abandonner volontaire.

ment lePérou, comme ils l'avaient fait croire aux habitans, y abordaient en beaucoup plus grand nombre. Les Péruviens ne pouvant plus espérer de se voir délivrés de leurs tyrans que par un effort vigoureux de toute la nation , les préparatifs pour l'exécution de cette entreprise furent faits avec le silence et le secret dont les | Américains sont peut-être seuls capables.

L'Inca avait déjà fait quelques tentatives iu- | fructueuses pour s'échapper des mains des Espagnols, lorsque Ferdinand Pizarre, étant venu à Cuzco, lui acorda la permission d'assister à une grande fête qui devait se célébrer à quelques lieues de la capitale. Sous le prétexte de cette solennité les hommes les plus considérables de l'empire s'étaient rassemblés, Dès que l'Inca les eut joints l'étendard de la guerre fut déployé, et en peu de temps tous les guerriers de la nation furent en armes, depuis les confins de la province de Quito jusqu'aux frontières du Chili. Beaucoup d'Espagnols qui vivaient tranquilles dans les possessions qu'ils avaient obtenues furent massacrés. Différens détachemens, mnar- , chant sans précaution dans une contrée qui

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C'e effort breuse penda Les P degré cains; leurs trèren sance:

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vivaient tranquilles s avaient obtenues détachemens, inarns une contrée qui

paraissait «entièrement soumise aujoug, furent extemninés. Une ‘armée de deux cent mille hommes, si mous en croyons les histeriens Espagnols ,attaqua Cuzeo. Les trais frères se défendirent avec cent soixante-dix Espagnels seulement. Un autre corps nombreux d'Indiens investit Lima et intercepta toute communication entre ‘cette ville «et Guzco. Des troupes nombrenses de Péruviens répandusdans tout le pays empêchaient mème toute relatien-entre les deux villes, de sorte que 1:s Espagnols dans l'une et dans l'autre ignoraient également le sort de leurs compatriotes , et supposant les événemens lesiplus funestes , se:croyaient les seuls échappés à la destruction deleur mation au Pérou.

C'est contre Guaco:que se fit le plus grand effort des Indiens. L/inca, à laitête d’une nombreuse armée, en forma le siége, qui fut suivi pendant neuf-mois avec la plus grande ardeur. Les Péruviens n'y déployérent pas au mème degré le courage (féroce ‘des iguerriers mexicains; mais ils ‘conduisirent ‘quelques-unes de leurs opérations avec plus de sagacité et montrèrent plus ‘d'aptitude àacquérir les connaissances de l’art militaire. Ils avaient observé la discipline espagnole, et ils s'efforoèrent de l'imiter. Ils tournèrent les armeseuropéennes contre leurs ennemis. Hs :armérent un corps nombreux de leurs plus braves guerriers avec les épées, les piques et les boucliers qu’ils avaient pris-aux Espagnols tués dans .les différentes parties du pays. Ils avaient remarqué que les Espagnols combe‘taient serrés et tiraient de là leur -plus grande force dans l'action; ils s’exercèrent à combattre de la même manière. Quelques-uns osèrent manier les mousquets ei acquirent assez d'adresse pour s’en servir. Les plus hardis,

parmi lesquels était Manco-Capac lui-même, montaient les chevaux qu'ils avaient pris et s'avançaient hardiment, la lauce en arrêt, pour charger les cavaliers espagnols. C'était cependant bien plus. par leurnombre que par ces imitations imparfaites et cet usage maladroit des arts et des armes des Européens que les Péruviens fatiguaient les Espagnols (136). Mancn-Capac se remit en possession d’une moitié de sa capitale malgré la valeur avec laquelle les Pi- UVega, part.nr, lib. 11, cap. xxvni, Zarate, lib. ani, c. nr.

Cieca de Leon, cap. xxx. Gumara, Aist., cap. cxxxv. Herrera, Decad. V, lib. vus, cap. v. :

zarres ‘défendirent Quzco. Il en fut pourtant chassé-ensuite ; mais les Espagnols y perdirent Jean Pizarre, ile plus:aimé ‘des trois frères, et quelquesautres-officiers'de distinction. Excédés par:les fatigues d'un service qui-ne leur laissait aucunmoment de repos, manquant de vivres et désespérant ‘de résister ‘plus long-temps à des ennemis dont le nombre ‘augmentait tous Îles jours , les soldats de Pizarre avaient résolu d’abandonner Cuzco, dans l'espérance de rejoindre ceux deleurs compagnons qui auraient échappé aux Péruviens ou de s'ouvrir un chemin au travers des ‘ennemis, ‘et de gagner la mer, où ils trouveraient quelque moyen de quitter un'pays devenu le tombeau de led nation 1.

La nouvélle de la révolte générale des Péruviens aurait sufh pour engagèr Almagro à quitter le Chili-pour aller au secours de ses compatriotes; mais il fut porté à cette résolution par un motif moins généreux et plus intéressé. Le même messager par lequel'il apprenait la situation des affaires au Pérou lui apportait la patente royale qui le créait gouverneur du'Chiliet fixait les limites de son gouvernement. D'après cette patente Ouzco lui parut évidemment comprise dans l'étendue de son département, et il eut dès lors autant'd’ardeur pour ôter aux Pizarres la possession de cette capitale que pour empêcher les Péruviens de s'en emparer. impatient d'exécuter ce double projet'il hasarda, de retourner par'une nouvelle route au tra’ers des plaines sablonneuses de la ‘côte. Dans cette marche , il'souffrit de Ja chaleur et de la soif, * presque autant qu’il avait souffert du froidiet de’la faim, en‘traversant le sommet des Andes.

H\ arrivait à Cuzco dans un moment critique. Les Espagnols et les Péruviens en le voyant approcher ,\éprouvèrent une égale inquiétude. Ceux-là, instruits:de ses prétentions, qu'il'ne prenait pas la peine de cacher, délibéraient s'ils le traiteraient comme un libérateur ou comme un ennérni. Ceux-ci, connaissant le sujet de la querelle des déuxipartis, se flattaient qu'il y avait pour-eux plus à espérer qu’à craindre des opérations d'Almegro. Almagro luimême , mal instruit des événemens qui s'étaient passés pendant son absence et voulant connattre avec plus d’exactitude l'état des affaires

1 Herréra, Decad. V, lib viu, Cap. nv

avançait vers la capitale avec beaucoup de lenteur et de circonspection. Des négociations s'entamérent entre tous les partis. L'Inca s'y conduisit «vec beaucoup d'adresse. IL s’efforça d'abord de gagner l'amitié d'Almagro; mais après plusieurs tentatives sans succès, désespérant de former jamais une union sincère avec les Espagnols, il les surprit avec un corps nombreux et choisi. La discipline et la valeur des Espagnols triomphérent. Les Péruviens furent repoussés avec une si grande perte qu'une grande partie de leur armée se dispersa, et qu'Almagro put s'avancer librement jusqu'aux portes de Cuzco.

Les Pizarres, n'ayant plus à combattre les Péruviens, portèrent toute leur attention sur ce nouvel ennemi, et prirent des mesures pour lui fermer l'entrée de la capitale. Cependant la prudence empêcha pendant quelque temps les deux partis de tourner leurs armes l’un contre l’autre, tant qu'ils furent environnés d’ennemis communs qui se seraient réjouis de leurs pertes.

On proposa différens plans de conciliation. Cha-

cun des chefs s’efforçait de tromper l’autre ou d'attirer à soi ses soldats. Le caractère ouvert, affable et généreux d’Almagro, lui gagna plusieurs des partisans des Pizarres, révoltés des manières dures et impérieuses de ces chefs. Encouragé par cette défection, Almagro s’avança de nüit vers la ville, surprit quelques sentinelles, gagna les autres, et environnant la maison qu'habitaient les deux frères , illes força après une défénse opiniâtre de leur part de se rendre à discrétion f,

IL n’y eut que deux ou trois Espagnols tués dans ces premières hostilités de la guerre civile; mais elles furent bientôt suivies de scènes meurtrières. François Pizarre, ayant dispersé les Péruviens qui investissaient Lima et reçu d'Hispaniola et de Nicaragua des renforts considérables , envoya cinq cents hommes sous les ordres d’Alonzo d’Alvarado pour délivrer ses frères et la garnison de Guzco. Ce corps, qu'on pouvait regarder comme ur force considérable dans l'enfance de la puissance espagnole en Amérique, s'avança jusqu’à une petite distance de la capitale avant de soupçonner qu'il pôt avoir à

1 Zarate, lib, mx, cap. 1v. Vega, part nu, lib. 11, cap. x1x,

xx, Gomara, Æist., cap. cxxxiv. Herrera, Decad. VI, Mb, ut, Cap. 1, v.

combattre d'autres ennemis que les Indiens. Ce fut un grand étonnement pour eux de voir leurs compatriotes postés sur les bords de la rivière d’Abancay pour les empêcher de la passer. Almagro cependant, plus jaloux de les attirer à son parti que de les vaincre, tenta de séduire leur chef par des promesses et des présens. La fidélité d’Alvarado ne fut point ébranlée; mais il

: avait plus de vertu que de talent pour la guerre,

Almagro l’amusa par différens mouvemens, tandis qu’un gros détachement de soldats choisis, ayant passé la rivière pendant la nuit, tomba sur son camp, dispersa ses troupes avant qu'il eût eu le temps de les former et le fit lui-même prisonnier avec ses principaux officiers 1.

Par cet avantage, la querelle entre les deux rivaux aurait été décidée sans retour, si Almagro avait aussi bien connu l'art de profiter de la victoire que celui de vaincre. Rodrigue Orgognès, officier d’un grand talent , qui, ayant servi sous le connétable de Bourbon dans ses guerres en Italie, était accoutumé aux résolutions hardies et décisives, lui conseilla de faire mourir les deux Pizarres qu’il avait entre les mains, Alvarado et quelques autres qu’il ne pouvoit espérer de gagner, et de marcher surle-champ à Lima avec ses troupes victorieuses, avant que le gouverneur eût le temps de faire des préparatifs de défense. Almagro sentait tous les avantages de ce conseil , et ne manquait pas du courage nécessaire pour le suivre; mais il céda à des sentimens qui ne paraissaient guère convenir à un soldat de fortune, vieilli dans le service , et il fut arrêté par des scrupules qu’on ne devait pas attendre d’un chef de parti qui avait tiré l'épée dans une guerre civile. Son humanité l’'empêcha de répandre le sang de ses adversaires, et la crainte d’être regardé comme rebelle ne lui permit pas d'entrer à main armée dans une province que son souverain avait donnée à un autre. Il savait bien que la dispute entre lui et Pizarre ne pouvait se terminer que par les armes, et il ne prétendait pas éviter cette manière de la décider. Mais une délicatesse mal entendue dans la circonstance où il se trouvait lui faisait souhaiter que son rival fût regardé comme l’agresseur, et ce motif lui fit re-

1 Zarate, lib. ur, cap. vi. Gomara, Aist., cap. xur.

Vega, p. 1, lib. u, c. com, xxx1v. Herrera, Decad. 1V, lib, 1, Cap. 1x.

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3 Zar 26P. XI\

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ira, Aist., cap. xt.

Herrera, Decad. 1V,

prendre tranquillement le chemin de Cuzco pour |

attendre que Pizarre vint l'y attaquer 1.

Celui-ci ignorait encore tout ce qui s'était passé, le retour d’Almagro, la prise de Cuzco , la mort d'un de ses frères, la captivité des deux autres et la défaite d’Alvarado. Toutes ces nouvelles lui furent portées en même temps. Tant de malheurs à la fois abattirent pour quelques momens ce courage qui avait déjà résisté aux plus rudes coups de l’adversité , mais la nécessité de pourvoir à sa sureté aussi bien que le désir de la vengcance, l'empêchèrent de succomber. Il prit ses mesures avec la sagacité qui lui était naturelle. Comme il était maître de la côte et qu'il attendait des renforts considérables d'hommes et de provisions, il était aussi important pour lui de gagner du temps et d'éviter une action que pour Almagro de hâter ses opérations et d’en venir à une action décisive, Il eut recours aux artifices qu'il avait déjà employés avec succès, et Almagro fut assez faible pour se laisser amuser par l'espérance de terminer leurs différens à l'amiable. En variert sans cesse ses propositions, en cédant du terrain à propos, en accordant quelquefois tout et rétractant ensuite ce qu’il avait accordé, Pizarre fit trainer la négociation de manière que quoique chaque jour fût précieux à Almagro, il s’écoula plusieurs mois sans qu'on eût rien arrêté. Tandis qu'Almagro et ses officiers n'étaient occupés qu’à reconnaître et éviter les piéges que leur tendait le gouverneur de Lima, Gonzalès Pizarre et Alvarado trouvèrent le moyen de corrompre leurs gardes et non-seulement ils s’échappèrent , mais ils persuadèrent à soixante soldats d’Almagro de fuir avec eux?. La fortune ayant ainsi rendu au gouverneur un de ses frères, une perfidie de plus ne lui coûta rien pour délivrer l’autre. 11 proposa à Almagro de soumettre leur: contestations au jugement de leur souverain. Jusqu'à sa décision chacun demeurerait en possession de ce qu’il occupait actuellement. Ferdinand Pizarre serait mis en liberté et partirait sur-le-champ pour l'Espagne avec les officiers qu'Almagro voudrait envoyer luimême pour faire valoir ses droits. Le but de Pizarre dans ces propositions était manifeste. 1 Herrera, Decad. VI, lib. 11, cap. x, x1.

3 Zarate, lib. ur, cap. vus. Herrera, Decad.V], lib. n, 26. XIVe

Almagro avait été déjà souvent trompé par ses artifices, et cependant il compta sur la‘sincérité de son rival avec une crédulité aveugle, et accepta toutes ces conditions !.

Aussitôt que Ferdinand Pizarre fut en liberté, le gouverneur n'étant plus retenu par la crainte du danger de son frère, ne dissimula plus. Le traité fut oublié ; il ne fut plus question de conciliation. Il déclara ouvertement que c'était dé: sormais les armes à la main qu'il fallait décider qui de lui ou d’Almagro demeurerait maître du Pérou. Ses préparatifs se firent avec la célérité que demandait une résolution si hardie. Il eut bientôt sept cents hommes en état de marcher à Cuzco. Il en donna le commandement à ses deux frères, en qui il pouvait se confier pour l'exécution des mesures les plus violentes; car ils étaient animés par l'ambition commune aux trois frères et par le souvenir récent de leur captivité et de leurs souffrances. Après avoir tenté sans succès de traverser les montagnes pour arriver par une route directe à Cuzco, ils marchèrent au sud le long de la côte jusqu’à Nasca, et alors tournant à gauche, ils passèrent les défilés qu'on trouve dans la branche des Andes qui s’étendait entre eux et la capitale. Almagro, au lieu de suivre le conseil de quelques-uns de ses officiers qui voulaient qu'il défendit ces passages, attendit son ennemi dans la plaine de Cuzco. Deux raisons semblaient l'avoir conduit à prendre cette résolution. Il n’avait guère que cinq cents hommes, et il craignait de s’affaiblir encore en envoyant des détachemens dans les montagnes; et comme sa cavalerie était plus nombreuse et nrieux disciplinée que celle des Pizarres, il ne pouvait tirer un grand parti de cet avantage qu’en combattant dans un pays découvert.

Les Pizarres s’ayancèrent sans rencontrer d’autres obstacles que ceux qui venaient de la nature des contrées horribles et désertes qu'il fallait traverser. Aussitôt qu'ils furent dans la plaine, les deux partis montrérent une impatience égale de terminer enfin une querelle qui durait depuis si long-temps. Compatriotes , an. ciennement amis , sujets du même souverain et marchant chacun sous l’étendard d'Espagne, ils

1 Herrera, Decad.Vi, lib. nr, cap. 1x. Zarate, lib. nr,

cap. rx, Gomara, Aist., cap. exc. Vega, part. ne, lib. 11, Cap. XXY.

dt nt

voyaient les montagnes voisines couvertes d’'Indiens assemblés pour jouir du plaisir de les voir s'égorger les uns Les autres, et prêts à attaquer ensuite le partidemeuré vainqueur. Mais tousces motifs ne pouvaient l'emporter sur la haine cruelle dont ils étaient animés. Il ne se donna de part ni d'autre aucun conseil de paix; il ne se fit pas une proposition d'accommodement. Malheu-

reusement pour Almagro, son âge avancé ne lui |

permettait plus de supporter les grands tra-

vaux, et dans ce moment critique, épuisé par |

les fatigues et privé de son activité ordinaire, il fut obligé de confier le commandement à Orgognès, qui, quoique excellent officier, n'était pas aussi aimé des soldats et n'avait pas autant d'ascendant sur leur esprit que le chef qu'ils étaient accoutumés à suivre et à respecter.

Le combat fut terrible et se soutint des deux côtés avec un courage égal. Almagro avait un plus grand nombre de vieax soldats et plus de cavalerie; mais ces avantages étaient balancés du côté de Pizarre par le nombre et par deux compagnies de mousquetaires que l'empereur avait envoyées d'Espagne sur la nouvelle de la révolte des Indiens !. L'usage des armes à feu n'était pas encore très commun en Amérique, parmi des aventuriers qui s’équipaient sans beaucoup de soin et à leurs propres frais?. Cette petite troupe armée régulièrement et bien disciplinée décida de la journée. Partout où elle se portait, un feu bien conduit et bien soutenu renvetsait tout ce qu’elle trouvait devant elle, cavalerie et infanterie. Orgognès , s’efforçant de rallier et de ranimer ses troupes, reçut une blessure dangereuse. La déroute devint générale. La cruauté des vainqueurs souilla la gloire d’une victoire si complète. La fureur qu'inspire ordinairement la guerre civile portait les uns à massacrer leurs compatriotes sans distinction et sans remords ; l'esprit d’une basse vengeance poussait les autres à égurger leurs ennemis particuliers.

Orgognès et plusieurs officiers de distinction furent tués de sang-froid. Plus de cent quarante soldats périrent sur le champ de bataille, nombre considérable dans une action entre deux petits corps, terminée en fort peu de temps.

Herrera, Decad. V1, lib. mt, cap. vitr.

8 Zarate, bib. x, Cap. vint,

Almagro, trop faible pour se tenir à cheval, voulut qu'on le portât en litière sur une hauteur d'où il pouvait voir le champ de bataille, 1 fut témoin des divers mouvemens des deux ar mées avec la plus grande agitation et la plus vive inquiétude, et vit enfin la défaite totale de

| ses troupes avec l'indignation d’un vieux capitaine long-temps accoutumé à vaincre. IL tenta:

de se dérober par la fuite, mais il fut fait prisonnier et gardé avec toute la vigilance possible !,

Les Péruviens au lieu d'exécuter la résolution qu'ils avaient prise d'attaquer les Espagnols, se retirèrent tranquillement après la bataille, et il n'y a peut-être pas dans l'histoire du Nouveau- Monde un exemple plus frappant de l'ascendant des Espagnols sur les Américains que de voir ceux-ci, témoins de la défaite et de la dispersion d'un des partis, n'avoir pas le courage d'attaquer l’autre affaibli et fatigué par sa victoire même, et n'oser tomber sur leurs oppresseurs lorsque la fortune leur offrait une occasion si favorable de les combattre avecavantage 2.

Cuzcofut pillée par les vainqueurs, qui y trouvèrent un butin considérable formé en partie des restes des trésors des Indiens et en partie des richesses amassées par leurs adversaires au Pérou et au Chili. Mais ces dépouilles et tout ce que leur chef put y ajouter se trouvèrent si fort au-dessous de ce qu'ils croyaient être dû à leurs services, que Ferdinand Pizarre ne pouvant les satisfaire eut recours au même expédient que son frère avait employé dans une occasion semblable, 11 chercha à occuper ces esprits hautains et remuans, afin d'empêcher leurs plaintes de dégénérer en mutinerie. Ïl encouragea ceux de ses officiers qu'il jugea les plus actifs à entreprendre de découvrir et de souméttre différente: provinces où les Espagnols n'avaient pas encore pénétré. Tous les chefs qui commandèrent quelqu'une de ces ‘expéditions furent suivis par beaucoup de volontaires, qui montraient une ardeur et une confiance qu'on ne trouve que dans les aventuriers de ce siècle. Plusieurs des soldats d'Almagro s’enrôlèrent aussi, et Pizarre eut la satisfaction d'être délivré des importunités de

1 Zatate, lib. ni, cap. 11, xn, Vega, part. at, lib. 1, cap. xxxvi, xxxvur. Herrera, Decad. VI, lib. m, cap. x-xu1 ; lib. 1V, CAP. 1-VI.

2 Zarate, lib. mm, cap. 1. Vega, part. 11, Cap. XXXVHI.

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cuter la résolution les Espagnols, se rès la bataille, et il toire du Nouveaupant de l’ascendant icains que de voir et de la dispersion le courage d'attaué par sa victoire leurs oppresseurs it une occasion si recavantage ?.

iqueurs, qui y trouformé en partie des ns et en partie des adversaires au Pépouilles et tout ce e trouvèrent si fort ient être dû à leurs arre ne pouvant les ème expédient que une occasion semces esprits hautains r leurs plaintes de ncouragea ceux de plus actifs à entreuméttre différentes avaient pas encore ommandèrent quelfurent suivis par montraient une arne trouve que dans lusieurs des soldats si, et Pizarre eut la es importunités de

Vega, part. 1, lib. n1, Decad. VI, lib. m,

, Part. 11, Cap. XXXVHE

(1538] ses partisans mécontens et de la crainte de ses | anciens énnemis !, |

Almagro demeura plusieurs mois étroitement | gardé et livré à toutes les inquiétudes que lui causait l'incertitude de sa situation. Son sort était fixé par les Pizarres depuis le moment où ilétait tombé entre leurs mains; mais la prudence les forçait de différer leur vengeance jusqu'à ce que les soldats qui avaient servi sous Almagro et plusieurs de leurs partisans même en qui ils ne pouvaient se confier entièrement, fussent éloignés de Guzco. Dès que cet obstacle ne subsista plus, Almagro fut accusé juridiquement pour crime de trahison , jugé avec les formalités ordinaires et condamné à la mort. Sa sentence le frappa de terreur, et quoiqu'il eût souvent bravé la mort avec la plus grande intrépidité dans les combats , il ne put sans faiblesse la voir s'approcher sous une forme ignominieuse. Il eut recours à des supplications basses et indignes de sa gloire. Il conjura les Pizarres de se souvenir de leur ancienne amitié et des services qu’il avait rendus à leur famille. Il rappela à François l'humanité dont il avait usé envers Ferdinand et Gonzalès ses prisonniers dont

il avait épargné la vie malgré les remontrances

de ses plus fidèles amis. Il le pressa enfin d'avoir

pitié de son âge et de ses infirmités, et de lui laisser les tristes restes d’une vie qui ne pouvait pas encore être bien longue, pour lui donner le temps d’expier ses péchés et de faire sa paix avec le ciel, Les supplications d’un hômme aimé de tous ceux qui avaient servi sous lui arrachérent des larmes de tous les yeux et touchèrent les cœurs les plus durs, dit un historien espagnol, mais les Pizarres demeurèrent inflexibles. Dès qu'Almagro vit que son sort était inévitable, il reprit la dignité et le courage d’un ancien soldat. 11 fut étranglé dans sa prison et ensuite publiquement décapité dans la soixantequinzième année de son âge. Il laissa un fils qu'il avait eu d’une femme indienne de Panama, alors prisonnier à Lima et qu'il nomnra néanmoins son successeur dans son gouvernement, en vertu du pouvoir qu'ilen avait de l'empereur ?.

1 Zarate, lib. in, cap. xu1. Gomara, Æist., cap. cxri. Herrera, Decad. V1, lib. 1v, Cap. vis.

2 Zarate, lib. ar, cap. xu. Gom., Aist., p. 141. Vega,

part, 14, lib. 11, cap. xxxix. Herrera, Decad. VA, äib, 1v, cap.1x; lib. v, cap. 1.

La guerre civile du Pérou suspendant toute

communication avec l'Espagne, la nouvelle de ces événemens extraordinaires n’y arriva que fort tard. Malheureusement pour le parti victorieux elle y fut apportée par quelques-uns des officiers d'Almagro qui avaient quitté ce pays à l'époque de cette dernière révolution, et qui racontérent les faits avec toutes les circonstances défavorables aux Pizarres ; leur ambition, leur mépris pour leurs engagemens les plus solennels , leur violence et leur cruauté furent peintes avec toute la malignité et l’exagération de l’esprit de parti. Ferdinand Pizarre, qui arriva bientôt après et qui se montra à la cour avec une magnificence extraordinaire, travailla à effacer ces impressions et à se justifier lui-même et ses frères en représentant Almagro comme l’agresseur, L'empereur et ses ministres, sans être en état de décider avec certitude lequel des deux partis était le plus coupable, virent clairement les suites funestes qu’on devait attendre de ces dissensions. Il était bien manifeste que tandis que des gouverneurs chargés de l'administration de deux colonies naissantes emploieraient l'un contre l'autre des forces destinées à les défendre contre l'ennemi commun, le bien public ne serait plus rien pour eux et les Indiens pourraient profiter de leur désunion pour extermi-

ner les vainqueurs et les vaincus. Mais il était plus aisé de connaître le mal que de trouver le remède. Les informations qu’on avait reçues étaient si incomplètes et si suspectes, le lieu de la scène était si éloigné, qu'il était presque impossible de prescrire à un administrateur la conduite qu'il devait suivre, et qu'avant qu’aucun plan approuvé en Espagne pôt être suivi au Pérou, l'exécution pouvait en devenir très funeste par le changement des circonstances el de la situation des partis.

L'empereur se vit donc obligé d'envoyer au Pérou un homme revêtu de pouvoirs très éten dus et presque arbitraires , qui, après avoir observé l'état des affaires par lui-même et recherché sur les lieux la conduite des différens chefs, fût autorisé à établir la forme du gouvernement qu'il jugerait la plus avantageuse à la métropole et à la colonie. Vaca de Castro fut choisi pour cet important emploi. Il était juge de l'audience royale de Valladolid, et ses talens, son intégrité, sa fermeté justifièrent le choix de son

souverain. Ses instructions, quoique très amples, ne le liaient pas dans ses opérations, Selon les circonstances, il pouvait revêtir différens caractères. S'il trouvait le gouverneur encore vivant il ne devait prendre que la qualité de juge pour conserver l'air d'agir de concert avec lui et ne pas blesser un homme qui avait si bien mérité de son pays. Mais si Pizarre était mort il était muni de provisions qu'il produirait et qui le nommaient son successeur au gouvernement.

Cette attention pour Pizirre semble pourtant avoir été l'effet de la crainte de son pouvoir plutôt qu’un témoignage d'approbation donné à sa conduite; car au même moment où la cour paraissait ainsi vouloir le ménager, son frère Ferdinand fut arrèté à Madrid et renfermé dans une prison où il demeura plus de vingt ans {,

Tandis que Vaca de Castro se disposait à partir, des événemens importans se passaient au Pérou. Le gouverneur, se regardant après la mort d’Almagro comme unique dépositaire de l'autorité, partagea les terres aux vainqueurs. S'il eût fait ce partageavecquelqueimpartialité, cette contréé était assez vaste pour lui fournir de quoi récompenser ses partisans et gagner ses ennemis; mais Pizarre se conduisit avec toute l’injustice de l'esprit de parti et non avec l'équité d’un juge qui cherche à distinguer et à récompenser le mérite. Il commença par prendre pour lui, ou pour ses frères et ses favoris, de grands districts dans les parties du pays les mieux cultivées et les mieux peuplées. Les autres n’eurent dans leurs lots que les terrains les moins bons et les plus mal situés. Les soldats d’Almagro, parmi lesquels étaient plusieurs des premiers aventuriers à la valeur et à la persévérance desquels Pizarre avait dû la plus grande partie de ses succès, furent totalement exclus de la propriété de ces terres qu’ils avaient conquises. Comme la vanité de chacun lui faisait attacher une valeur exorbitante à ses services, et exagérer ses prétentions à mesure cue les conquêtes s'étendaient, tous ceux qui furent trompés dans leurs espérances se récrièrent hautement contre l'injustice et la rapacité du gouverneur,

1Gomara, Æist., cap. cxuur. Vega, part. xt, lib. u, cav. xL. Herrera, Decad VI, lib. vus, cap. x, xt; lib. x, cap. 1.

tandis que les partisans d'Almagro murmuraient en secret et méditaient leur vengeance t, Quelque rapides qu'eussent été les progrès des Espagnols dans l'Amérique méridionale, depuis l’entrée de Pizarre au Pérou, leur passion pour les conquêtes n’était pas encore satisfaite, Les officiers que Ferdinand Pizarre avait mis à la tête de différens détachemens avaient péné-

tré dans plusieurs provinces. Ils souffrirent beau-

coup, les uns dans les régions stériles et froides des Andes, les autres dans les bois, les marais et les plaines; mais ils firent des découvertes

qui étendirent les connaissances et la domination :

des Espagnols. Pierre de Valdivia reprit le projet d’Almagro sur le Chili ; et malgré le courage des naturels du pays, il fit de si grands progrès, qu'il fonda la ville de Saint-lago, le premier établissement espagnol dans cette province ?, mais detoutes lesexpéditions faites vers cetempslà, celle de Gonzalès Pizarre est la plus mémorable. Le gouverneur ne voulant souffrir dans aucune place importante au Pérou personne que ses frères et lui, avait Ôté à Benalcasar, le même qui avait conquis Quito, le gouvernement de ce royaume pour en revêtir son frère Gonzalès. Il chargea celui-ci de tenter la découverte et la conquête des pays situés à l’est des Andes, que les fndiens disaient être abondans en cannelle et autres épices recherchées. Gonzalès, aussi courageux et aussi ambitieux que ses frères, entreprit avec zèle cette périlleuse expédition. Il partit de Quito à la tête de trois cent quarante soldats, dont près de la moitié étaient à cheval, avec quatre mille Indiens pour porter leurs provisions. Dans cette route, qu'il fallait s'ouvrir au travers des montagnes, les malheureux Indiens périrent presque tous par l'excès du froid et de la fatigue auxquels ils n'étaient pas accoutumés.

Les Espagnols, quoique plus robustes et plus capables de soutenir la différence des climats,

souffrirent infiniment , et perdirent quelques

hommes; mais lorsqu'ils furent descendus dans

le plat pays, leurs souffrances augmentèrent.

Ils essuyèrent deux mois de pluies continuelles

qui ne leur laissaient pas assez d'intervalle pour

sécher leurs habits 3. Les plaines immenses qu'ils

1 Vega, part. 11, lib. 11, cap. 11 Herrera, Decad. V1 lib. var, cap. v

2 Zarate, lib. mi, cap. xumr. Ovalle, lib. 17, cap. 1.

5 Zarate. lib. av, cap. 41.

traversa ou occu| et les m leur fou étaient | marais ( les arbr de nou toute es persévé étaient :

les faus chesse « sistèren bords d vières « constru barque grande leur pr pays. | sous le premie cours d rapidit pagnoï coup d Éloi; hommi comme domin:

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s robustes et plus rence des climats, erdirent quelques nt descendus dans es augmentèrent.

pluies continuelles z d'intervalle pour 1es immenses qu'ils

Herrera, Decad, V1

le, lib. z7, Cap. L

traversaient, entièrement dépourvues d'habitans ou occupées par les peuplades les plus barbares et les moins industrieuses du Nouveau-Monde, leur fournissaient fort peu de subsistance. Ils étaient obligés de se faire un chemin dans les marais ou de l'ouvrir dans les bois, en coupant les arbres. Des travaux si continus et le défaut de nourriture auraient épuisé la constance de toute espèce de troupes; mais le courage et la persévérance des Espagnols du seizième siècle étaient à l'épreuve de tout. Toujours séduits par les fausses relations qu'on leur faisait de la richesse des pays qu'ils allaient chercher , ils persistèrent jusqu'à ce qu'ils eussent atteint les bords du Coca ou Napo, une des grandes rivières qui se jettent dans le Maragnon. Là, ils construisirent avec beaucoup de peine une barque qu'ils comptaient devoir leur être d’une grande utilité pour leur faire passer les rivières, leur procurer des provisions et reconnaître le pays. Elle fut montée par cinquante soldats, sous le commandement de François Orellana, le premier officier de la troupe après Pizarre. Le cours du fleuve les ernporta avec une si grande rapidité, qu'ils devancèrent bientôt leurs compagnons , qui les suivaient par terre avec beaucoup de lenteur et de difficulté.

Éloigné de son commandant , Orellana, jeune homme ambitieux, commença à se regarder comme indépendant ; et transporté de la passion dominante dans ce siècle, il forma le projet de se distinguer lui-même par quelque découverte en suivant le cours du Maragnon jusqu’à l'Océan, et en reconnaissant les vastes pays que ce fleuve arrose, Ce projet était aussi hardi que perfide. Orellana fut sans doute coupable en désobéissant à son chef, et en abandonnant ses compagnons dans des déserts inconnus, où ils n’avaient d’autre espérance de succès dans leur entreprise et de salut pour eux-mêmes que celle qu'ils fondaient sur cette même barque qu'Orellana leur enlevait; mais son crime est en quelque sorte expié par la hardiesse avec laquelle il se hasarda à suivre une navigation de près.de deux mille lieues à travers des nations inconnues, dans un bâtiment fait à la hâte, de bois vert et mal construit, sans provisions, sans boussole, sans pilote. Son courage et son ardeur suppléèrent à tout ce qui lui manquait. En s’abandonnant avec audace au cours du Napo, il fut porté au sud

jusqu'à la grande rivière du Maragnon. Tournant ensuite à l’est avec le fleuve, il suivit cette direction. Il fit des descentes fréquentes sur les bords , tantôt enlevant de force quelques provisions aux nations sauvages qu'il trouvait sur sa route, et tantôt les obtenant à l'amiable des peuplades plus civilisées. Après une longue suite de dangers surmontés avec un courage étonnant et de travaux supportés avec non moins de constance, il entra dans l'Océan, où de nouveaux périls l’attendaient (137). Il les surmonta de même, et arriva enfin à l'établissement espagnol de l'île de Cubagua, d'où il fit voile pour l'Espagne. La vanité naturelle aux voyageurs qui ont vu des pays inconnus aux autres hommes et l'artifice ordinaire aux aventuriers occupés de se faire valoir, concoururent à lui faire mêler dans le récit de son voyage beaucoup de merveilleux à la vérité. Il prétendit avoir découvert des nations si riches, que les toits de leurs temples étaient couverts de plaques d’or, et donna une description détaillée d'une république de femmes guerrières qui avaient étendu leur domination sur une partie considérable des plaines immenses qu'il avait visitées. Ces contes extravagans donnèrent naissance à l'opinion qu’il y avait dans cette partie du Nouveau-Monde un pays abondant en or, connu sous le nom de E/-Dorado, et une république d’Amazones; et tel est le goût des hommes pour le merveilleux, que ce n’est qu'après beaucoup de temps et avec beaucoup de difficulté que la raison et l'observation ont détruit ces fables. Le voyage d'Orellana, dépouillé de toutes ces circonstances romanesques, mérite cependant d’être remarqué non-seulement comme une des plus belles entreprises de ce siècle si fécond en entreprises, mais comme le premier événement qui ait donné une connaissance certaine de l'existence de ces régions immenses qui s'étendent à l'est depuis les Andes jusqu'à l'Océan !.

Il n’y a point de termes qui puissent exprimer ! la consternation de Pizarrelorsquearrivéauconfluent du Napo et du Maragnon, où il avait donné ordre à Orellana de l’attendre, il n’y, | trouva pas la barque. Il ne put croire qu'un

1 Zarate, lib. 1v, cap. 1v. Gomara, Aist., Cap. LxXxvI. | Vega, part. n, lib. im, cap. 1v. Herrera, Decad.Vi, lib. 1x, cap. n-v. Rodriguès, El Maragnon ÿ Amazonas, lib. 1, Cap. nr.

homme à qui il avait confié l'exécution d'un ordre si important eût assez de bassesse et d'ingratitude pour l’abandonner dans une pareille situation. En ne le trouvant pas au lieu du rendez-vous, il attribua son absence à quelque accident. 1 s’avança jusqu'à cinquante lieues plus loin en suivant les bords du Maragnon, espérant

àchaque moment voir la barque revenir char- |

gée de provisions. Enfin il trouva dans ces déserts un officier d'Orellana qui y avait été abandonné pour avoir eu le courage de faire des remontrances à Orellana contre cette perfidie.

Pizarre apprit de lui toute l'étendue du crime d'Orellana, et ses compagnons comprirent toute l'horreur de leursituation, dans ce moment où ils se virent privés de leur unique ressource. Le courage des plus hardis et des plus anciens vétérans fut abattu et tous demandèrent à retourner à l’instant même sur leurs pas. Pizarre affectant d’êvre tranquille ne combattit pas leurs désirs; mais il se trouvait alors à douze cents milles de Quito, et dans leur retour les Espagnols eurent à vaincre des difficultés plus grandes encore que celles qu'ils avaient trouvées dans leur première route, sans être soutenus par les espérances qui les animaient alors. La faim les contraignit de se nourrir de racines et de baies sauvages, de manger leurs chevaux, leurs chiens , les reptiles les plus dé-

goûtans, et enfin jusqu’au cuir de leurs selles et | de leurs ceinturons. Quatre mille Indiens et deux |

cent dix Espagnols périrent dans cette expédition malheureuse qui dura près de deux ans, etcommeOrellana en avait emmené cinquante, il u’en revint que quatre-vingts à Quito, nus comme des sauvages, et si exténués par la faim et la fatigue, qu'ils ressemblaient plus à des spectres qu'à des hommes {, Mais au lieu de jouir du repos que son état

eût demandé, Pizarre, de retour à Quito, y ap- | prit un événement fatal qui le menaçait äe mal-

heurs plus grands encore que ceux qu’il venait d’éprouver. Depuis que son frère avait partagé ses conquêtes entre ses compagnons avec la par-

tialité que nous avons fait remarquer plus haut, | les partisans d’Almagro, se considérant comme | proscrits par le parti dominant, ne conservaient |

1 Zarate, lib. 19, cap. u-v. Vega, part. 11, lib. vint, eap. ma, 1, v, xav. Herrera, Decad. VI, lib, 1n, cap. vin, vu; lib. 2x, cap. u-v. Decad. VIL, lib. u1, cap. xiv. Pizar., Varones ilustr., p. 349, etc.

plus aucune espérance d'améliorer leur sort, Un grand nombre d'entre eux s'étaient retirés à Lima, où la maison du jeune Almagro leur était toujours ouverte. La petite portion de la fortune du père ‘que le gouverneur avait laissée au fils était employée à les faire subsister, L’attachement que tous ceux qui avaient servi sous Almagro lui avaient montré s'était porté sur son fils qui venait d'atteindre l’âge de virilité et qui était doué de toutes les qualités propres à captiver l'affection des soldats. D'une figure agréable, adroit à tous les exercices du corps, hardi, d'un caractère ouvert et généreux , il semblait né pour commander; et comme son père avait reconnu en lui-même les inconvéniens du manque d'éducation, il Pavait fait instruire avec soin : les connaissances qu'il avait acquises augmentaient le respect qu’avaient pour lui des aventuriers , la plupart ignorans , sur lesquels il avait à cet égard une grande supériorité. Les partisans d’Almagro trouvèrent dans ce jeune homme un centre de réunion dont ils avaient besoin , et le regardant comme leur chef ils étaient disposés à tout entreprendre pour le servir. Mais leur affection pour Almagro n'était pas leur unique motif, Il s’y joignait le désir de sortir de la fàcheuse situation où ils étaient. Plusieurs d’entre eux manquant de tout (138), et las de traîner une vie à charge à leur chef ou à ceux de leurs compagnons qui avaient pu dérober quelques débris

de leur fortune aux confiscations et aux violences.

des Pizarres, attendaient avec impatience une occasion d'exercer leur courage et leur activité. Îls commencèrent à délibérer sur les moyens de se venger de l’auteur de leurs maux. Leurs complots ne demeurèrent pas entièrement ignorés, et le gouverneur fut averti de se tenir sur ses ! gardes contre des hommes qui paraissaient méditer quelque action désespérée et qui avaient assez de résolution pour l’exécuter. Mais soit intrépidité naturelle ou mépris pour des gens que leur pauvreté même lui paraissait mettre hors d'état de rien entreprendre de considéra ble , il négligea les avertissemens de ses amis. «Soyeztranquilles, leur disait-il, je seraien sûreté tant qu'il n'y aura personne au Pérou qui ne | sache que je puis en un moment ôter la vie à | celui qui oserait concevoir le projet d’attenter à | la mienne. » Cette sécurité donna aux partisans ‘ d’Almagro tout le temps de laisser mürir leur

projet, ( de talen rigea le attacher toute |” l'ascend Un d midi, te Herrad:

sortent pièces e pas ver.

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teurs, à à différ dinaire telle qu che du presqui nait de ses don bres. L cours : l'escali maître une g danget donna Mais c sence ( dent, aux co Au lie:

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projet, et Jean de Herrada, officier de beaucoup de talent , qui avait élevé le jeune Almagro, dirigea leurs mesures avec tout le zèle que son attachement pour Almagro lui inspirait, et avec toute l'autorité que lui donnait sur les conjurés |

l'ascendant connu qu’il avait sur son pupille.

Un dimanche, vingt-sixième jour de juin, vers |

midi, temps de repos dans tous les pays chauds, Herrada et dix-huit des plus déterminés conjurés sortent de la maison d'Almagro, armés de toutes pièces et l'épée àla main. Ils s'avancent à grands

pas vers le palais du gouverneur, en criant: Vive | le roi! meure le tyran !' Les autres conspira-

teurs, avertis par un signal, se tiennent en armes à différens postes pour les soutenir. Pizarre, ordinairement environné d’une suite nombreuse ,

tait, tandis que tous les leurs faisaient couler le sang: Alcantara tomba mort aux pieds de son frère. Sesautresamis étaient presque tous blessés mortellement. Le gouverneur, si las qu’il pouvait à peine manier son épéeet ne pouvant plus se

| défendre contre tant d'ennemis, reçut un coup

mortel dans la poitrine, tomba ct mourut sur-lechamp. Aussitôt les assassins coururent dans les rues, leurs épées sanglantes à la main et publiant la mort du tyran. Ils furent joints par environ deux cents deleurs compagnons. Après avoir conduit le jeune Almagro en pompe dans la ville, ils assemblèrent les magistrats et les principaux citoyens qu'ils forcèrent de le reconnaître comme le légitime successeur de son père dans le gou-

! vernement. Le palais de Pizarre , ainsi que les

telle que pouvait l'avoir le particulier le plus riche du siècle dans lequel il vivait, n’avait alors |

presque personne auprès de lui parce qu'il vepait de se lever de table, et que la plupart de ses domestiquess'étaient retirés dans leurs chambres. Les conjurés passèrent les deux premières cours sans obstacle. Ils étaient déjà au pied de l'escalier, lorsqu'un page donna l'alarme à son maître qui conversait avec quelques amis dans une grande salle. Le gouverneur, qu'aucun danger n’étonnait , demanda ses armes et ordonna à François de Chaves de fermer la porte. Mais cet officier ne conservant pas assez de présence d'esprit pour exécuter un ordre si prudent , courut jusque sur l'escalier et demanda

aux conjurés ce qu’ils voulaient et où ils allaient. |

Au lieu de répondre ils lui percent le cœur d’un coup de poignard et se précipitent dans la salle. Quelques-uns de ceux qui y étaient se jetèrent par les fenêtres, d’autres tentèrent de s’échapper, et un petit nombre se mettant en défense

suivirent le gouverneur dans une chambre voi- |

sine. Les conjurés, animés par la vue de l'objet de leur haine, les y poursuivirent. Pizarre , sans autres armes qu’un bouclier et son épée , défendit l'entrée, et aidé de son beau-frère Alcantara et de sa petite troupe d'amis , il soutint un combat si inégal avec une bravoure digne

de ses anciens exploits et avec la vigueur d'un

jeune homme. «Courage, compagnons, s'écriaitil, nous sommes encore assez de braves gens pour faire repentir ces traîtres de leur audace. Mais les conjurés , couverts de leur armure, se

défendaient aisément des coups qu'on leur por- !

maisons de plusieurs de ses partisans , furent pillés par les soldats qui eurent la double satisfaction de se venger de leurs ennemis et de s’enrichir des dépouilles de ceux aux mains desquels étaient tombées toutes les richesses du Pérou !.

La hardiesse et le succès de cette conspiration, aussi bien que le nom et les qualités populaires d’Almagro, attirèrent sous ses drapeaux un grand nombre de soldats. Tous ceux qui désespéraient de leur fortune sous le gouvernement de Pizarre, tous ceux qui avaïent souffert de ses violences ou de son avidité dans les dernières années de sa vie, se déclarèrent sans hésiter en faveur d'Almagro; ils étaient en grand nombre, et le jeune Almagro se trouva bientôt à la tête de huit cents des plus anciens et des plus braves soldats du Pérou. Comme sa jeunesse et son inexpérience ne lui permettaient pas de les commander en personne, il nomma Herrada général. Mais avec de si grandes forces assemblées en si peu de temps il s’en fallut bien que son autorité fût universellement re-

| connue. Pizarre avait laissé beaucoup d’amis à

qui sa mémoire était chère. L'assassinat cruel d’un homme à qui sa patrie avait de si grandes obligations remplissait d'horreur tous ceux qui conservaient quelque impartialité. La naissance honteuse d’Almagro et l’incertitude du titre sur lequel il fondait ses prétentions le faisaient regarder par d’autres comme un usurpateur. Les

1 Zarate, lib. 1v, cap. va-viu. Gomara, Aist:, c. exuiv, cxzv. Vega, part, mu, lib. 14, Cap. v, vu. Herrera, Decad. V1, lib. x, cap. 1v-vu. Pizarro, Far. illustr.,

pag. 183.

commandans de plusieurs provinces refusèrent ! qui leur parut alors le plus sûr aussi bien que le

de reconnaître son autorité jusqu’à ce qu'elle fût |

confirmée par l'empereur. Dans d'autres, comme à Cuzco, on leva l'étendard royal, et on fit des préparatifs pour venger la mort du gouverneur,

Ces causes de guerres ne seraient pas demeurées lung-temps sans activité; mais elles acquirent plus de force aussitôt que l'arrivée de Vaca de Castro fut connue. Après un long et pénible voyage, il fut jeté par le mauvais temps dans un petit havre de la province de Popayan, et s'avançant à petites journées par de très mauvais chemins , il arriva enfin à Quito. Il apprit en route la nouvelle de la mort de Pizarre et les événemens dont elle avait été suivie. Il produisit sur-le-champ ses patentes de gouverneur du Pérou, qui lui donnaient les mêmes priviléges et la même autorité dont avait joui son prédécesseur, et fut reconnu sans difficulté par Benalcasar, adelantade ou lieutenant général pour l'empereur dans le Popayan, et par Pedro de Puelles qui en l'absence de Gonzalès Pizarre, avait le commandement des troupes restées à Quito. Vaca de Castro, en prenant ainsi possession du gouvernement, montra qu’il possédait les talens. nécessaires dans une conjoncture si délicate. Par son crédit et son adresse, il eut bientôt assemblé un corps de troupes suffisant, non-seulement pour être lui-même à couvert de toute insulte, mais pour être en état de faire respecter son autorité. Il dépècha des personnes de confiance dans les divers établissemens du Pérou pour y faire notifier légalement son arrivée et sa commission, et faire connaître à ses compatriotes les volontés de l'empereur relativement au gouvernement du pays. Il envoya des émissaires qui encourageaient les officiers espagnols mécontens de la conduite d’Almagro à monter leur fidélité pour leur souverain-en soutenant l'homme à qui ce prince avait confié son autorité, Ces mesures produisirent beaucoup d'effet. Encouragés par l'approche du nouveau gouverneur , ou préparés par ses insinuations, les sujets fidèles se maintinrent dans

leurs principes, et les avouèrent hautement. Les |

plus timides laissèrent entrevoir leur manière de penser. Ceux qui étaient encore chancelans et neutres, pressés par la nécessité de prendre un parti, commencèrent à pencher vers celui

plus juste !,

Almagro s'aperçut qu'il baissait tous les jours dans l'opinion de ses partisans, et pour arrêter les progrès de cette défection avant l’arrivée de Vaca de Castro, il s'avança vers Cuzco à la tête de ses troupes. Le corps le plus considérable de ses ennemis y était assemblé sous les ordres de Pedro Alvarès Holguin. Pendant sa marche, Herrada, qui avait jusque-là guidé sa jeunesse, mourut, et depuis cette époque ses mesures furent toutes violentes, concertées sans prudence et maladroitement exécutées. Holguin, avec des forces fort inférieures, descendait vers la côte au même temps où Almagro s’avançait vers Cuzco. Par un stratagème très simple, il trompa un ennemi sans expérience, évita le combat et exécuta une jonction avec Al2rado, officier de distinction qui avait été le premier à se déclarer contre Almagro comme contre un usurpateur.

Vaca de Castro les rejoignit bientôt avec les troupes qu'il avait amenées de Quito, et faisant placer l'étendard royal devant sà ténte, il déclara qu’il voulait remplir en personne la fonction de général de toutes les troupes. Quoique attaché par la profession qu'il avait exercée jusqu'alors à une vie pacifique et sédentaire, il montra tout de suite l’activité et le coup d'œil

décisif d’un officier accoutumé à commander. Se !

voyant maître de forces bien supérieures à celles de son ennemi, il voulut terminer promptement la guerre par une bataille. Les partisans d'Almagro n’espérant aucun pardon du crime qu'ils avaient commis en massacrant le gouverneur, ne cherchaient pas eux-mêmes à éviter ce genre de décision. Les deux partis se rencontrèrent à Chupas, lieu distant d'environ deux cents milles de Cuzco, et combattirent avec toute la violence des guerres civiles et toute la fureur des haines particulières, animés encore par le désir de la vengeance et les derniers efforts du désespoir. La victoire, après avoir demeuré longtemps incertaine, se déclara à la fin pour Vaca de Castro. La supériorité du nombre, l'intrépidité du général et les talens militaires de François de Carvajal, officier formé sous le grand

1 Benzo, lib. at, Cap. 1x. Zarate, lib. 1v, Cap. XI.

| Gomara, cap. cxEvi, cxzvir. Herrera, Decad. VI, lib x,

Cap. 1, 11, 1, VIX, Etc.

milits Son f ses p mort Pérot taille officit avec.

l'espr Pérou Per saient des lo la tra du Nc systèr tes et fruit « elles é Après vrir l

(1541] sûr aussi bien que le

aissait tous Îles jours ans, et pour arrêter on avant l’arrivée de vers Cuzco à la tête plus considérable de lé sous les ordres de endant sa marche, à guidé.sa jeunesse, époque ses mesures oncertées sans pruexécutées. Holguin, ures, descendait vers Almagro s'avançait gème très simple, il expérience, évita le ction avec Aivsrado, avait été le premier à o comme contre un

gnit bientôt avec les ; de Quito, et faisant van sà ténte, il déen personne la foncles troupes. Quoique

qu'il avait exercée que et sédentaire, il ivité et le coup d'œil imé à commander, $e n supérieures à celles terminer prompteataille. Les partisans un pardon du crime nassacrant le gouverux-mêmes à éviter ce ux partis se renconstant d'environ deux mbattirent avec toute iles et toute la fureur animés encore par le es derniers efforts du s avoir demeuré longira à la fin pour Vaca du nombre , l'intrépi- 1s militaires de Franformé sous le grand

Zarate, lib. 1v, cap. XI.

rrera, Decad. VI, lib x,

capitaine dans les guerres d'Italie, et qui jeta | princes dont l'un était l'homme le plus intridans cette journée les fondemens de sa répu- | gant et l’autre le plus ambitieux de son siècle tation au Pérou, triomphérent de la bravoure | avait été si fort occupée de projets et de guerdes partisans d'Almagro et de celle de leur chef, | res avec presque toutes les nations de l'Europe qui se conduisit avec un courage digne d’une | qu’elle n'avait pas eu le temps de porter son dr meilleure cause et d’une autre destinée. Le car- tention sur des objets éloignés et moins intéresnage fut grand , eu égard au nombre des com- | sans. Le soin de poursuivre les découvertes et de battans. Plusieurs des vaincus, et particulière- | tenter des conquêtes était abandonné à de simment ceux qui aaient trempé dans l'assassinat | ples particuliers ; ces hommes, animés par l’ade Pizarre, se jetèrent au milieu des ennemis | mour de la nouveauté, par la passion pour les pour éviter une mort honteuse, De quatorze | Voyages, par l'avarice, par l'ambition, par l'escents hommes qui formaient le nombre des com- : poir de mériter le ciel, se jetérent fi tant battans des deux armées, il en demeura cinq | d'ardeur dans cette nouvelle carrière qu’en <ents sur le champ de bataille, et le nombre des | moins d’un siècle les contrées hou ue blessés fut encore plus considérable f, | possède aujourd'hui l'Espagne dans le Hp Les talens que Vaca de Castro avait déployés | Monde furent soumises à son empire. Le goudans le conseil et sur le champ de batailleavaient : vernement n'ayant presque point pres aux étonné les aventuriers du Pérou ; mais sa con- … frais des expéditions ne pouvait pas s'attendre à duite après la victoire ajouta encore à leur sur- en retirer de grands avantages. La souveraineté prise. Dispensateur sévère de la justice par ca- des pays conquis et le quint de l'or et de l’arractère, il était d’ailleurs persuadé qu'il fallait gent des mines furent réservés à la couronne: les des exemples d'une rigueur extraordinaire pour conquérans s'emparaient de tout le reste comme arrèter l'esprit de licence répandu parmi des leur appartenant de droit. Ils regardaient le pilmilitaires si éloignés du centre de autorité. : lage comme une indemnité des dépenses dis Son premier soin fut de faire faire le procès à avaient faites pour s’équiper, et les De ses prisonniers. Quarante furent condamnés à qu'ils partageaient suivant de certaines règles mort comme rebelles, et les autres bannis du comme des établissemens permanens dus à Le Pérou. Leur chef, qui s'était sauvé de la ba- valeur. Dans cette première distribution des taille, ayant été trahi par quelques-uns de ses | possessions l'étendue de chacune était mal conofficiers, fut publiquement décapité à Cuzco, et | nue; il était impossible à l'administration de avec lui furent éteints et le nom d’Almagro et s’apercevoir de tous les inconvéniens qui po s Une de parti qui avait jusque-là désolé le | vaient résulter d’une semblable cpération L fe . Ë | fut forcé de fermer les yeux sur beaucoup d'in- | endant que ces scènes violentes se pas- justices. Les peuples vaincus furent pillés avec saient, l'empereur et ses ministres préparaient : une rapacité destructive et leur pays distribué à des lois à l'aide desquelles ils espéraient ramener : leurs nouveaux maîtres en portions exorbitanla tranquillité dans les établissemens espagnols tes, excédant de beaucoup toutes les récompendu Nouveau-Monde et y introduire un meilleur | ses auxquelles pouvaient prétendre les pénis système de police intérieure. Les conquêtes vas- | rans. Ces hommes ignorans et grossiers js tes et rapides des Espagnols n'avaient pas été le | d'état de former aucun plan général de police fruit des efforts réguliers et suivis de la nation; | intérieure, uniquement occupés de leur intérêt un 1 ouvrage d'aventuriers particuliers, | et incapables de sacrifier an profit actuel à l'esk Pos armemens faits pour décou- | pérarce d’un avantage éloigné pour eux-mêmes rir l'Amérique, la cour d'Espagne, sous les rè- | ou pour le public, n'avaient d'autre objet que gnes agités de Ferdinand et de Charles V, deux | de s'enrichir promptement sans HT 4 des conséquences funestes que pouvaient avoir les moyens qu’ils employaient. Mais lorsque la cour d'Espagne eut enfin reconnu l'importance

1 Zarate; lib. iv, cap. xit-xix. Gomara, cap. cxx

ë ; . CXLVIN, Vega, part. n, lib. nr, cap. x1-xvinr. Fit Decad VIE, lib. 1, cap. 1, 11, ant; lib. nr, Cap. I, 11.

* Zarate, lib. 1v, cap. xx. Gomara, cap. cc. H de ses possessi i i

, lib , XXI. . cc. Her possessions en Amérique, el

Dead VHS th, don er rera, que, elle sentit Ja IT.

nécessité de les administrer sur un plan entière-

ment nouveau et de substituer les fnstitutions d'un gouvernement régulier aux maximes et aux usages établis par des aventuriers qui ne savaient que vaincre.

Un mal surtout demandait le plus prompt remède, Les conquérans du Mexique et du Pérou avaient suivi le fatal exemple que leur avaient donné leurs compatriotes dans les Îles; ils s'étaient livrés à la recherche de l'or et de l'argent des mines avec la même imprudence et la mème ardeur : la même conduite avait eu les mêmes suites. Les naturels, employés à ce travail par des maîtres qui leur imposaient des tâches bien au-dessus de leurs forces, périssaient avec tant de rapidité que l'Espagne devait craindre de ne régner bientôt que sur un vaste désert , au lieu de posséder un pays peuplé et susceptible d'amélioration.

L'empereur et ses ministres étaient persuadés de ces tristes vérités et s'étaient occupés de prévenir la destruction des Indiens qui allait leur faire perdre tous les avantages qu’ils attendaient de leurs nouvelles possessions. Cette crainte avait fait porter de temps en temps les différentes lois dont j'ai fait mention , et par lesquelles on voulait assurer à ce peuple un traitement plus humain et plus équitable. Mais la distance où était l'Amérique du centre du gouvernement, la faiblesse de l'autorité dans les nouvelles colonies, l'avarice et l'audace des soldats qui ne connaissaient aucun frein, avaient empêché jusque -là les meilleures lois d’avoir aucun effet sensible. Le mal croissait ; les affaires de l'Europe laissaient en ce moment à l’empereur quelque loisir pour tourner son attention sur l’Amérique; non content de délibérer sur cette importante matière avec ses ministres et les membres de son conseil, il eonsulta diverses personnes qui avaient résidé long-temps dans le Nouveau - Monde, pour s’aider du résultat de leur expérience et de leurs réflexions. Heureusement pour les Américaine, Barthélemy de Las Casas se trouvait à Madrid chargé des affaires d'une maison de son ordre; l'empereur le fit appeler t. Quoique depuis le mauvais succès de ses efforts pour le soulagement des Indiens il se fût tenu renfermé dans le eloître et ne se fût occupé que des devoirs de la vie monastique ,

1 Remesal, Hisi. d: “iape, p. 146.

son zèle pour ces malheureux, les premiers objets de sa compassion, loin de s'être amorti, n'avait fait que s'accroltre par la connaissance plus suivie qu’il avait acquise de leurs calamités. Ïl saisit vivement cette occasion de rappeler ses anciennes maximes sur le traitement des Indiens, avec l'éloquence vive et naturelle d'un homme dont l'âme était profondément affectée par les scènes qui avaient frappé tant de fois ses veux. Il fit un tableau pathétique de la destraction de l'espèce humaine dans le Nouveau- Monde, en homme convaineu de la vérité de tout ce qu'il avançait; il peignit des plus vives couleurs les nations indiennes emportées presque entières en moins de cinquante ans dans les Îles, et cette dévastation s'étendant sur le continent avee la même rapidité, il attribua ces calamités aux exactions, à la cruauté de ses compatriotes et à l'esclavage des Américains. M soutint que leur liberté seule pouvait arrêter la dépopulation, Il ne se contenta pas des discours qu'il prononça sur ce sujet et de la force de l'éloquence qu'il y déployait, il composa à cette occasion son traité célèbre de la destruction de l'Amérique !, dans lequel il rapporte avec les circonstances les plus horribles, et vraisemblablement avec quelque exagération, la dévastation de tous les pays conquis par les Espagnols. L'empereur fut profondément affecté du récit de tant de barbaries; mais ses vues s’étendaient au-delà de celles de Las-Casas. Il conçut que pour donner à ses possessions du Nouveau- Monde toute la valeur dont elles étaient susceptibles, il ne suffisait pas de délivrer les Indiens de l'oppression sous laquelle ils gémissaient , mais qu’il fallait surtout y borner le pouvoir et les usurpations de ses propres sujets. Les conquérans de l'Amérique qui avaient rendu de si grands services à leur pays, étaient, pour la plupart, de basse naissance et d’un ordre de citoyens qui ne paraissaient mériter aucune distinction aux yeux du monarque. Les richesses prodigieuses que quelques - un: d'eux avaient rapportées dans leur patrie e: la jalousie dans un siècle moins accuutuiné que le nôtre à voir des hommes d'une condition inférieure s'élever au-dessus de leur état et le disputer en faste à l’ancienne noblesse. Les possessions que

| 1 Remesal, pag. 192, 199.

instrui trances

les premiers oble s'être amorti, " la connaissance le leurs calamités, n de rappeler ses aitement des Inet naturelle d'un ndément affectée pé tant de fois ses tique de la desdans le Nouveauu de la vérité de ignit des plus viiennes emportées inquante ans dans s'étendant sur le ité, il attribua ces la cruauté de ses des Américains. 1 pouvait arrêter la ta pas des discours de la force de l'éil composa à cette e la destruction de rapporte avec les les, et vraisemblaration, la dévastapar les Espagnols.

ément affecté du ais ses vues s'étenas-Casas. Il conçut ssions du Nouveauelles étaient suscepdélivrer les Indiens le ils gémissaient, orner le pouvoir et ‘es sujets. Les conavaient rendu de si taient, pour la plud'un ordre de cimériter aucune disrque. Les richesses uns d'eux avaient »xc aient la jalousie in que le nôtre à ondition inférieure at et le disputer en Les possessions que

les chefs de ces aventuriers s'étaient appropriées étaient d'une étendue immense (139) et si le pays pouvait jamais recevoir des améliorations proportionnées à la fertilité du sol, les propriétaires ne pouvaient manquer de devenir trop riches et trop puissans pour de simples sujets. Il paraissait à Chanes également nécessaire de corriger l’un de ces abus et de prévenir l'autre, et les règlemens qu'on devait faire pour cela devaient être soutenus par une forme d'administration plus vigoureuse que celle qui jusqu'alors avait eu lieu en Amérique.

C'est dans ces vues qu'on forma un corps de lois contenant plusieurs dispositions salutaires sur la constitution et les pouvoirs du conseil souverain des iudes, sur l'étendue de la juridiction et l'autorité des audiences royales, sur l'administraiion de la justice et sur toutes les parties du gouvernement ecclésiastique et civil. Ces lois furent généralement approuvées ; mais on y joignit des règlemens qui excitèrent une

alarme universelle et causèrent les plus violentes !

agitations, tels que les suivans :

étant excessifs , les audiences royales furent autorisées à les réduire à une étendue modérée. À

la mort de chaque aventurier ou planteur, les | terres et les Indiens: qui lui auraient été accor- ! dés ne passeraient plus à sa veuve ou: à ses en- | fans , maisretourneraient à la couronne, Les In- |

diens seraient désormais exemptés de service personnel et ne seraient obligés ni de porter les bagages des voyageurs, ni de travailler aux mines, ni de plouger pour la pêche des perles. Le tribut dû par eux à leurs seigneurs serait fixé, ! et.ils devaient être payés pour tous les ouvrages | qu'ils feraient volontairement. Toute personne | qui aurait été ou était actuellement dans quelque | emploi public, tout ecclésiastique, tous:les ho- Pitaux et monastères seraient privés des terres et des Indiens dont ils étaient en. possession, et | les terres étaient réunies à la couronne. Enfin | tout habitant du Pérou impliqué au criminel dans la querelle de Pisarre et d'Almagro, serait dépouillé aussi de ses terres et de ses Indiens | qu'on confisquerait aw profit du roi, Tous les ministres espagnols, jusqu'alors | chargés des affaires de l'Amérique et les mieux instruits de l'état du pays, firent des remontrances contre ces règlemens funestes,. selon

eux, aux colonies naissantes. Ils représentérent que le nombre des Espagnols qui avaient jusqu’à cette époque passé dans le Nouveau - Monde était si petit, qu'on ne pouvait rien espérer de leurs efforts pour l'amélioration des vastes régions sur lesquelles ils étaient dispersés, sans le secours des Indiens ; que le succès de toute espèce de plan de ce genre dépendait nécessairement du service des naturels, et que l'indolence de ces peuples et leur aversion pour le travail ne pouvaient être surmontées par l'appât du gain et des récompenses; qu'à l'instant où les maltres n'auraient plus le droit d'imposer une tâche et d'exiger qu'elle fût faite, tout travail cesserait , et que toutes les sources de richesses qui avaient commencé à couler d'Amérique en Espagne se fermeraient pour jamais. Mais Charles, attaché dans tous les temps à ses opi-

nions et frappé fortement alors des désordres

qui régnaient en Amérique , voulut risquer l'ap-

plication d'un remède même dangereux, et per-

Sista dans la résolution de publier ses nouvelles

. lois. Pour en presser l'exécution avec plus de Les repartimientos ou concessions de terres |

vigueur, il destina François Fello de Sandoval à passer au Mexique en qualité de visiteur, où il serait chargé de se concerter avec le vice-roi Antoine de Mendoza. Blasco Nugnès Vela fut nommé gouverneur du Pérou avec letitre de vice-roi; et pour fortifier son administration, on: établit une audience royale à Lima où quatre jurisconsultes devaient exercer les fonctions de premiers juges f,

Le surintendant et le vice-roi partirent en même temps, mais les lois qu'ils devaient faire exécuter en Amérique y étaient connues avant leur arrivée. L'entrée de Sandoval à Mexico fut regardée comme le prélude d’une ruine générale. La liberté entière rendue aux Indiens intéressait tous les Espagnols établis en Amérique, et il n’y en avait aucun qui, sous quelque prétexte, ne pôt être compris dans les nouveaux règlemens et en souffrir, Mais la colonie de la Nouvelle-Espagne s'était, depuis si long-temps, accoutumée à respecter les lois et l'autorité sous l'administration prudente et ferme de Mendoea, que quelque aversion qu'on y eût pour les lois nouvelles et quelques mauvais effets qu'on en craignit, il ne se fit aucune tentative pour en

l'Zaräte), lib: 1tv, cap: xxiv. Gomara, cap: ccr. Vega, part. 11, lib. m1, cap. xx.

empècher la publication, ni aucun acte de vio- | souffrances. Dès que les règlemens nouveaux

Jence contraire à la soumission due au souverain. Les magistrats et les principaux habitans se contentèrent d'exposer au vice-roi et au surin-

tendant dans de respectuerises remon{rances les |

conséquences funestes des nouveaux règlemens. Heureusement pour eux, une longue résidence en Amérique avait donné à Mendoza une profonde connaissance de l'état du pays, de ses intérêts et de ses ressources ; et Sandoval , quoique nouvellement appelé à l'administration, montra une modération rare parmi ceux qui se trouvent pour la première fois revêtus du pouvoir. Ils s'engagèrent lun et l’autre à suspendre l’exécu-

tion des dispositions qui blessaient le plus les |

Mexicains, et non-seulement ils consentirent à ce que les habitans de la Nouvelle-Espagne envoyassent une députation à ce sujet, mais ils appuyérent eux-mêmes le vœu de la colonie.

Charles, ébranlé par l'opinion de ces hommes que leurs talens et leur intégrité rendaient si capables de juger avec discernement des objets qui étaient sous leurs yeux, se relâcha assez de la rigueur de ses lois pour rendre à la colonie sa première tranquillité 1.

Au Pérou, les affaires prirent une tournure plus fâcheuse et l'orage ne fut pas si promptement dissipé. Les conquérans de ce royaume, nés dans les dernières classes des citoyens, plus éloignés de la métropole et enivrés par les immenses richesses qu'ils avaient acquises en si peu de temps, s'abandonnaient à une plus grande licence. Au milieu du renversement général de l'ordre et des lois, occasioné par deux guerres

civiles, chaque particulier était devenu son mai- |

tre et son propre juge, et n'était plus guidé que par son intérêt et ses passions. L'esprit d’insubordination alla jusqu’à la révolte. Des hommes

gâtés par une si longue anarchie ne pouvaient | voir sans répugnance et sans crainte l'introduc- | tion d'un gouvernement régulier, le pouvoir d'un |

vice-roi et l'autorité d'une cour de judicature.

Mais ils éprouvaient encore une plus grande in- | digaation à la seule idée de se soumettre à des |

lois qui les dépouillaient en un moment du fruit

de tant d'années de travaux, de services et de |

1 Fernandès, Æist., lib. x, cap. 1, 1v, v. Vega, part. 15, lib. mr, cap. xx, xx. Herrera, Decad. VI, lib. v, cap. vu, lib. VIA; Cap. XIV, XV. Torquemada, Mond. ind., Kb v,cap. XI,

| furent connus dans les divers établissemens , les | habitans s’assemblèrent , les femmes en larmes Let les hommes se récriant contre l'injustice et l'ingratitude d’un souverain qui les privait de | Jeurs biens sans les avoir entendus. Est-ce là, | disaient-ils, la récompense due*à des citoyens

qui, sans le secours de l'état, à leurs propres

frais et par leur valeur, ont soumis àla cou- | ronne de Castille des territoires si riches et si | étendus? Est-ce là le prix de tant de maux que | nous avons soufferts, de tant de dangers que | nous avons courus pour servir la patrie? Quel | est parmi nous celui qui ait assez bien mérité de son pays ou dont la conduite ait été assez irréprochable pour qu'on ne puisse pas le condam- | ner en vertu de quelqu'une des clauses de ces | nouvelles lois, conçues en termes si vagues et si | généraux ? Ne paraissent-elles pas rédigées pour | servir d'autant de piéges auxquels il est im- | possible d'échapper ? Tous les Espagnols de | quelque considération au Pérou ont eu part à | l'autorité, et tous sans exception orit été forcés | d'entrer dans les querelles des différens chefs | des partis. Faut-il dépouiller les premiers parce qu'ils ont rempli un devoir, et punir les autres de s'être trouvés dans des circonstances qu'ils n'ont pu éviter ? Les conquérans d'un grand empire, au lieu des récompenses et des distinctions qu'ils avaient si bien méritées, seraient donc privés de la consolation de pourvoir à la subsistance de leurs femmes et de leurs enfans, et forcés de les laisser dans 1a dépendance des secours qu'ils pourraient arracher à une cour ingratet. Nous ne sommes plus en état, continuaient-ils, d'aller découvrir de nouvelles régions pour y former des établissemens plus s0- | lides ; notre santé affaiblie par l'age et nos corps couverts de blessures, ne sont plus propres à une vie si fatigante et si active; mais il nous reste encore assez de force pour défendre la jus- | tice de nos droits et pour ne pas nous laisser dépouiller honteusement ?.

De pareils discours proférés avec toute la | véhémence de la passion et appuyés de l'approbation de tous ceux qui les entendaient, enflam-

| «Herrera, Decad. VAL lib. vit, Cap. XIV, XV.

3: Gomara, cap. czu. Herrera, Decad. VI, lib. w, cap. x, x1. Vega, part. 15, lib. nr, cap. xx, xx; lib. Ve cap. 11, IV.

pou du :

non: mul, avai flatt roi € cuxdes :

assez néce:

tatio:

chose à l'ol fianc disce une £ ne p reuse quali gouv encor duret dans étaier Du n garde appoi la rig enten du pa lité à Da libert rempl de le même Indier route tion 1 d’accr la cap obéir les alt compa intolér duite,

èglemens nouveaux

rs établissemens, les

s femmes en larmes contre l'injustice et n qui les privait de entendus. Est-ce là, due*à des citoyens tat, àleurs propres nt soumis àla coutoires si riches et si e tant de maux que ant de dangers que rvir la patrie? Quel assez bien mérité de ite ait été assez irréuisse pas le condamne des clauses de ces termes si vagues et si Iles pas rédigées pour auxquels il est im- 1s les Espagnols de Pérou ont eu part à ception ont été forcés s des différens chefs ler les premiers parce r, et punir les autres »s circonstances qu'ils 1érans d’un grand emses et des distinctions ‘ritées, seraient donc e pourvoir à la subet de leurs enfans, et ia dépendance des searracher à une cour aes plus en état, con:

uvrir de nouvelles réétablissemens plus s0e par l'âge et nos corps e sont plus propres à si active; mais il nous e pour défendre la jusir ne pas nous laisser

roférés avec toute là et appuyés de l'appros entendaient, enflam- . VIT, CAP. XIV, XV.

era, Decad. VII, lib. vi, b, run, cap. XX, Xxn; lib. We

mèrent tellement les esprits que tout se disposait aux plus grandes violences. Les mécontens commencèrent à tenir conseil en différens endroits Pour concertenles moyens de s'opposer à l'entrée du vice-roi et des magistrats, et pour prévenir non-seulement l'exécution, mais même la promulgation des: nouvelles lois. Vaca de Castro avait détourné l'orage dans le moment en les flattant de l'espérance qu'aussitôt que le vice-

roi et les juges seraient arrivés, ils se prêteraient |

eux-mêmes à apporter qurique modification à des règlemens qui avaient été dressés sans faire

assez d'attention à l'état du pays. Il paraissait |

nécessaire d'avoir quelque égard aux représentations des colonies et de leur accorder quelque chose pour calmer la fermentation et les ramener à l'obéissance en leur inspirant quelque confiance en leurs supérieurs. Mais sans un profond discernement, sans des manières conciliantes et une grande souplesse de caractère, un vice-roi ne pouvait suivre un pareil plan, et malheureusement Nugnès Vela n'avait aucune des qualités qui sont nécessaires aux hommes qui gouvernent, excepté l'intégrité et le courage ; encore la première dégénérait-elle souvent en dureté et la seconde en obstination; de sorte que

dans les circonstances où il était placé elles | étaient en lui plutôt des vices que des vertus. | Du moment qu’il débarqua à Tumbès il se re- |

garda comme simple exécuteur des ordres qu'il apportait, sans se croire autorisé à en tempérer la rigueur ; et sans faireaucune attention à ce qu'il | entendait dire et à ce qu'il voyaitlui-mémedel’état | du pays, il s’attacha avec une opiniâtre inflexibi- | lité à la lettre des lois qu'il venait de promulguer.

Dans toutes les. villes où il passa, il rendit la |

liberté à tous les Indiens, priva tous ceux qui remplissaient quelque emploi de leurs terres et de leurs travailleurs; et voulant donner luimême l'exemple, il ne permit pas qu'un seul Indien fût employe à porter son bagage dans sa route vers Lima. L'étonnement et !a consternation le précédèrent, mais il craignit si peu d'accroître l’un et l’autre, qu'à son entrée dans la capitale il déclara hautement qu’il venait pour obéir aux ordres de son souverain et non pour les altérer et les affaiblir. Cette dureté fut ac- | compagnée de tout ce qui pouvait la rendre plus | intolérable, beaucoup de hauteur dans la conduite, de l'arrogance, un ton tranchant dans

toutes les discussions, et cette insolence du pouvoir si choquante pour des hommes qui n'étaient pas même accoutumés à accorder à l’autorité civile le respect qui lui est dû. Toute tentative qui avait pour objet de suspendre ou de mitiger les nouvelles lois fut regardée par le vice-roi comme suggérée par l'esprit de mécontentement et de rébellion. Il fit arrêter plusieurs personnes considérables et d’autres furent mises | à mort sans forme de procès. Vaca de Castro | lui-même, sans égard pour le rang qu'il venait | d'occuper et pour le service qu’il venait de rendre en prévenant une révolte générale dans. la colonie, fut cuargé de chaînes et jeté en prison comme un criminel {.

Mais quelque générale que ft l'indignation qu'avaient inspirée de tels procédés, il est probable que l'autorité aurait eu encore assez de force pour contenir les mécontens si ceux-ci n’eussent pas trouvé un chef capable par son crédit et son rang de réunir et de diriger leurs efforts. Depuis que les lois nouvelles avaient été connues au Pérou, tous les Espagnols avaient jeté les yeux sur Gonzalès Pizarre comme sur le seul homme capable de détourner les malheurs qui menaçaient la colonie. Il recevait de tous côtés des lettres et des députations par lesquelles on le pressait de se déclarer le protecteur des colons, qui le soutiendraient au péril de leur vie et de leur fortune. Gonzalès avec moins de talens que ses frères avait autant d'ambition et de courage. L'ingratitude de la cour envers sa famille

| était sans cesse présente à son esprit : Ferdinand | était prisonnier d'état en Europe; les enfans de | François étaient confiés à la garde du nouveau

vice-roi et retenus à bord de sa flotte. Lui-même se trouvait réduit à la condition de simple ci-

| LOyen dans un pays que les Pizarre avaient dé- | Couvert et conquis pour la monarchie. Ces pensées | le poussaient à la vengeance et l’excitaient à

défendre les droits de sa famille dont il se regardait comme le dépositaire et l'héritier, Mais comme un Espagnol se dépouille difficilement de ce respect pour son souverain qui lui est comme naturel, la seule idée de prendre les armes contre les troupes royales lui faisait horreur, Il hésita long -temps et il restait encore

!Zarate, lib, 1v, cap. xx, XXIV, XXV. Gomara,

Cap. CL, CLV. Vega, part. 11, lib.1v, Cap. IV, v. Fernandès, lib. 1, cap. VE, X.

irrésolu lorsque les violences du vice-roi, le vœu général de ses compatriotes et la certitude de se voir bientôt lui-même victime de la sévérité des lois nouvelles le déterminèrent à quitter Chuquisaca de la Plata, lieu où il faisait sa résidence, pour se rendre à Cuzco. Tous tes habitans vinrent au-devant de lui et le reçurent avec des transports de joie comme le libérateur de la colonie. Dans la premitre chaleur de leur zèle, ils le nommèrent procureur général des affaires de la nation au Pérou, pour solliciter la révocation des derniers règlemens. Hs le chargèrent de présenter leurs remontrances à l’audience royale de Lima , et sous le prétexte de quelque danger de la part des Indiens, lautorisèrent à s'y rendre en armes. En vertu de cette nomination Pizarre s’empara du trésor royal, nomma des officiers , leva des soldats, saisit une grande quantité d'artillerie que Vaca de Castro avait mise en dépôt à Guamanga et s’avança vers Lima . comme contre une ville ennemie. Les mécontens, réunis dès lors sous un chef d'un nom si distingné, attirérent bientôt à eux beaucoup de gens demarque, et une partie considérable des troupes levées par le vice-roi contre Pizarre déserta en corps et vint se réunir à l'armée de celui-ci !. Avant que Pizarre eût atteint Lima , il s’y était fait une révolution qui disposait les choses en sa faveur , de sorte que son succès paraissait assuré. Auiant la violence de l'administration du vice-roi était redoutable aux Espagnols du Pérou, autant sa hauteur insupportable était odieuse à ses associés, les juges de l'audience royale. Il y avait eu entre eux quelques symptômes de froideur pendant leur voyage d'Espagne au Pérou ?; mais aussitôt qu’ils commencërent à exercer leurs fonctions respectives, les deux partis s’aigrirent tellement par leurs fréquens débats sur les limites de leur juridiction et la contrariété de leurs opinions fut telle, que bientôt l'éloignement se changea en haine ouverte. Les juges traversaient le vice-roi dans toutes ses mesures, mettaient en liberté les prisonniers qu’il avait fait arrêter, prenaient la défense des mécontens et applaudissaient à leurs

1 Zarate, lib. v, cap. 1. Gomara, Cap. CLVI, CEVIT. Vega, part. 11, lib. 1V, Cap. 1V, XII Fernandès, lib. 1, cap. xu - xvur. Herrera, Decad.Vii, 1. vi, c. XVII, €lC.; Ab. vur, CAP. 1-V.

2 Gomara, Cap. CLAXI.

remontiances. Dans une circonstance où les deux parties de l'administration auraient dû être unies pour repousser Y'ennemi qui le menaçait, elles se disputaient l'une l'autre l'autorité. Les magistrats l'emportèrent à la fin. Le vice-roi, universellement haï, abandonné de ses propres gardes, fut saisi dans son palais et conduit à une île déserte sur la côte pour y être gardé jusqu’à ce qu’on pôt l'envoyer en Espagne.

Après cette démarche hardie , les juges , s'emparant de l'autorité suprême, donnèrent une déclaration qui suspendait l'exécution des lois dont on se plaignait, et envoyèrent un message à Pizarre, pour lerequérir de ficencier sestroupes et de se rendre à Lima avec quinze ou vingt personnes de sa suite seulement, d'autant, ajoutaient-ils, qu'ils avaient déjà accordé tout ce que les mécontens pouvaient désirer. Ces magistrats ne pouvaient guère se flatter qu'un homme qui avait autant d’audace et d’ambition que Pizarre, cédAt si facilement à une pareille demande. fs ne voulaient que jeter un voile de décence sur leur complaisance pour lui. Cependant leur président, esprit remuant et hardi, entretenait vraisemblablement une correspondance secrète avec Pizarre et nourrissait le projet, que depuis il exécuta, de se dévouer entièrement à lui. L'emprisonnement du vice-roi, lusurpation de l'autorité

| par les juges, enfin la confusion générale et l'anarchie, suites naturelles d'événemens si singuliers et si inattendus, ouvraient une vaste Carrière à Pizarre. {1 se voyait à portée de s'emparer du pouvoir suprème, et n€ manquait pas de courage pour se saisir de l'objet que la fortune lui présentait. Carvajal, son conseil et son guide,

| voyait depuis long-temps ce but comme le seul | auquel Pizarre devait tendre. Au lieu de la qua- | Jité subordonnée de lieutenant pour le roi dans | les établissemens espagnols du Pérou, Pizarre | demanda ouvertement celle de gouverneur et de capitaine général , et requit le conseil ou l'audience de Lima de lui donner une commission aveccetitre. Une pareille requête était un ordre de la part d'un homme qui se trouvait, à la tète de

douze cents hommes , aux portes de Lima, où il

n’y avait ni chef ni armée qui pussent s'opposer

à lui, Maisleconseil, soit pour ne pas s€ dessaisif

du pouvoir, soit pour sauver les apparences, | hésita ou parut hésiter. Carvajal, impatient et | impétueux dans toutes ses opérations , entre de

nstance où les deux aient dû être unies

le menaçait, elles ‘autorité. Les ma-

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