Le vice-roi, unié de ses propres ais et conduit à une
être gardé jusqu'à pagne.
lie , les juges, s'em- 1e, donnèrent une l'exécution des lois Jyérent un message ficencier sestroupes quinze ou vingt pernt, d'autant, ajouaccordé tout ce que irer. Ces magistrats r qu'un homme qui mbition que Pizarre, eille demande. Îs ne . de décence sur leur ndant leur président, entretenait vraisemdance secrète avec jet, que depuis il exément à lui. L'empriurpation de l'autorité usion générale et l'al'événemens si singuraient une vaste Carà portée de s'emparer ne manquait pas de l'objet que la fortune a conseil et son guide, ce but comme le seul re. Au lieu de la quanant pour le roi dans ls du Pérou, Pizarre e de gouverneur et de uit le conseil ou l'aunner une commission quêteétait un ordre de e trouvait, à la tête de portes de Lima, où il qui pussent s'opposer jour ne pas se dessaisir auver les apparences; Carvajal, impatient et s opérations , entre de
(1546] nuit dans la ville, saisit plusieurs officiers de distinction ennemis de Pizarre «et les fait pendre sans forme de procès. Le lendemain , l'audience expédia, au nom de l'empereur, une commission qui nommait Pizarre gouverneur du Pérou , avec une autorité absolue tant civile que militaire, et le même jour, le nouveau gouvernear fit son entrée en pompe dans la ville et prit possession de sa nouvelle dignité 1.
Mais au milieu du trouble et des désordres qu’entraînait la dissolution du gouvernement, les esprits ayant secoué le joug des lois et de l'autorité et s'abandonnant sans frein à tous leurs caprices, on vit les événemens les plus extraordinaires et les moins attendus se succéder avec rapidité. A peine Pizarre commençait-il à exercer Pautorité dont il s'était fait revêtir, qu'il vit s'élever contre lui un ennemi formidable. Le viceroi avait été envoyé par le conseil à bord d'an vaisseau, sous la garde de Jean Alvarès, lui-même, membre du conseil, pour être conduit en Espa-
gne. Dès que le vaisseau fut hors du port, AI- |
varès, soit remords, soit crainte, se jeta aux pieds de son prisonnier, lui déclara que de ce moment il était libre, et que lui-même et tous ceux qui étaient dans le vaisseau étaient prêts à lui obéir comme au représentant légitime de leur souverain. Nugnès de Vela leur ordonna de le mener à Tumbès. En débarquant, iléleva l’étendard royal et reprit ses fonctions de vice-roi. Plusieurs personnes de distinction , que l'esprit de sédition qui régnait à Cuzco et à Lima n'avait pas encore gagnées, annoncèrent tout de suite la ferme résolution de le soutenir 2. La violence
prenant , poussé à bout par l'oppression «et les cruautés du lieutenant de Pizarre, dans la province de Los-Charcas, trama une conspiration contre lui , de fit périr et se déclara pourle viceroi 1.”
Pizarre, quoique alarmé des mouvemens qui s'élevaient aux deuxextrémitésde l'empire, ne se déconcerta point. Il se disposa à soutenir l’auto-
! rité dont il s'était emparé avec le courage et la
capacité d'un homme accoutumé à commander, et marcha directement contre le vice-roi, le plus redoutable de ses ennemis et plus voisin. Comme ilétait maître du trésor public du Pérou, et que le plus grand nombre des Espagnols attachés au service militaire étaient depuis long-temps dévoués à sa famille, ses troupes étaient si nombreuses que le vice-roi , incapable de lui résister, se retira sur Quito. Pizarre le suivit, et dans cette longue marche, au travers de pays montagneux et déserts, les deux armées eurent à souffrir des fatigues qu’aucunes troupes européennes n'auraient pu soutenir (140). À peine le vice-roi avait-il atteint Quito, que l'avant-garde de Pi-
zarre parut après lui conduite par Carvajal, qui,
quoique âgé ae près de quatre-vingts ans, montrait toute l’activité et toute la vigueur d’un soldat. Nugnès de Vela abandonna une ville hors d'état de défense et marcha vers le Popayan avec une célérité qui donnait à sa retraite l’air d’une fuite. Pizarre continua quelque temps de le pour. suivre; mais, désespérant de l’atteindre, il revint à Quito d'où il envoya Carvajal contre Centeno, qui avait assemblé de grandes forces dans les
| provinces méridionales de l'empire, tandis que
du gouvernement de Pizarre , qui veiïllait sur les
démarches de chaque particulier avec la défiance naturelle à un usurpateur, et qui punissait avec rigueur la moindre apparence de mécontentement, augmenta bientôt le nombre des partisans de Nugnès, près duquel plusieurs des colons les plus distingués se virent forcés de chercher un asile. Tandis que les forces du vice-roi grossissaient ainsi à Tumbès, jusqu’à former un corps qu'on pouvait regarder comme une armée en Amérique, Diego Centeno, officier actif et entre-
? Zarate, lib, v, cap. van-x. Vega, part, 1, lib. av, Cap. x, x1x. Gomara, cap. cuix- cuxu. Fernandès, Lib. 1,c.xvau, xxv. Herrera, Decad. VII, lib. va, c. x-xx.
* Zarate, lib. v, cap. x. Gomara, cap, czxv. Fernandès, lib, 1, cap. xxu. Herrera, Decad, VII, lib, var c. xv.
lui-mème demeura à Quito pour faire tête au vice-roi 2, Nugnès, par son activité et avec le secours de
| Benaïcasar, eut bientôt assemblé quatre cents ! hommes dans le Popayan. Il conservait au mi-
lieu de ses désastres la mème élévation d'esprit et le même sentiment de sa dignité. Il rejeta avec dédain l'avis de quelques-uns de ses partisans qui le pressaient de faire à Pizarre des ou-
| vertures d’accommodement , et déclara que l'é-
1 Zarate, lib. v, cap. xvur. Gomara, cap. czxix. Her rera, Decad. VI, lib. 1x, Cap. XxXvuI.
4 Zarate, Kb. v, cap. xv, xvi1, xx1v. Gomara, C. CEXVIL Vega, part.n, lib.rv, cap. xxv-xx vi. Fernandès, lib, &, cap. xxxiv, x. Herrera, Decad.Vil, lib. var, Cap. EVE, XX -XLVIL
pée seule pouvait décider une querelle avec des rebelles. Dans cette résolution, il se mit en marche pour Quito. Pizarre , se confiant à la supériorité du nombre et encore plus à la discipline et à la valeur de ses troupes, s’avança à Sa rencontre. Le combat fut sanglant, les deux partis se disputant la possession d’un grand empire, et la destinée des chefs ainsi que la fortune des soldats dépendant de cette journée. Mais les vétérans de Pizarre, combattant plus réguiièrement et avec plus d'ordre, ébranlèrent leurs ennemis. Le vice-roi déploya à la fois les talens d'un capitaine et le courage d'un soldat, et tint long-temps la victoire en suspens. Enfin il tomba percé de coups, et la déroute de ses troupes devint générale. On les poursuivit vivement. La tête de Nugnès fut coupée et placée au lieu des exécutions à Quito. Pizarre entra dans cette ville en triomphe. Les troupes assemblées par Centeno furent bientôt dispersées par Carvajal, et leur chef fut obligé de s'enfuir aux montagnes où il demeura plusieurs mois caché dans une Caverne. Des frontières du Popayan à celles du Chili tout se soumit à Pizarre. Sa flotte, sous le commandement de Pedro de Hinojosa, le rendit maitre absolu de la mer du Sud et de Panama. Il mit garnison à Nombre-de-Dios, sur la côte opposée de l'isthme par où se faisait la communication ordinaire de l'Espagne avec le Pérou f. Après une victoire si décisive, Pizarre et ses troupes passèrent quelque temps à Quito, et, dans les premiers transports de leur joie, ils se livrèrent à tous les excès qu’on pouvait attendre d’une troupe d’aventuriers enivrés d'une prospérité si étonnante. Mais au milieu de cette dissipation, le chef et ses amis étaient obligés de tourner quelquefois leurs réflexions sur des objets sérieux, et de délibérer avec inquiétude sur le parti qu'ils avaient à prendre. Carvajal, aussi hardi et aussi décidé au conseil que sur le champ de bataille, disait depuis long-temps à Pizarre que, dans la carrière où il était entré, il ne devait pas penser à modérer sa COUFSE, qu'il fallait prétendre à tout ou n'entreprendre rien : c'était la maxime qu'il avait sans cesse recommandée à Pizarre depuis le moment où celui - ci avait pris 1 Zarate, lib., Cap. XXXI, XXXII. Gomara, Cap. CLXX. Vega, part. 11, lib. 1v, Cap. XXXIII, XXXIV. Fernandès, lib. 1, cap. ui - uv. Herrera, Decad. VA, lib. x;
cap. XI -XIX, XXII; Decad. Vi, lib. 1, Cap. 1- 111. Beuzo, lib. 114, Cap. X13
la qualité de gouverneur du Pérou. Après la victoire remportée à Quito, il fit de nouvelles instances, et fut encore plus pressant et plus décidé. « Vous avez usurpé l'autorité suprème (écrit-il à Pizarre à cette occasion), au mépris de la commission donnée à un autre par l'empereur; vous avez marché en armes contre les drapeaux de votre souverain; vous avez attaqué son représentant ; vous l'avez défait en bataille rangée et vous lui avez fait couper la tête : ne croyez pas que jamais un monarque pardonne de pareilles insultes, ni qu'aucune réconciliation entre vous et lui puisse jamais être sincère. Ne laissez plus dépendre votre destinée de la faveur incertaine d'un roi. Emparez-vous de la souveraineté d’un pays sur lequel votre famille a des droits à titre de découverte et de conquête. Vous pouvez vous attacher tous les Espagnols du Pérou, qu'il vous est facile de ménager par des roncessions de terres et d'Indiens, par l'institution d’un ordre de noblesse, et par la création de quelques titres d'honneur semblables à ceux qu'on recherche en Europe avec tant d'empressement.
En établissant des ordres de chevalerie avec des priviléges et des distinctions comme en Espagne, vous donnerez à ceux qui vous serviront une récompense conforme aux idées des militaires. Ne vous contentez pas de gagner ainsi vos compatriotes, tâchez de vous concilier les Indiens en épousant la Coya ou fille du soleil, qui a les droits les plus prochains à la couronne des Incas; vous engagerez les anciens habitans du Pérou, par le respect qu'ils conservent pour le sang de leurs monarques, à s'unir avec les Es pagnols qui y sont établis pour soutenir votre autorité. Appuyé des uns et des autres, Vous pourrez défier le pouvoir de l'Espagne et repousser aisément le peu de forces qu’elle peut envoyer dans un pays si éloigné d'elle. » Le jurisconsulte Cepeda, en qui Pizarre avait alors beaucoup de confiance, seconda fortement les exhortations de Carvajal, et employa toute sn érudition à prouver à Pizarre que tous les fon-
| dateurs des grandes monarchies avaient été élevés à ce rang, non par l'ancienneté de leur famille, ou par la validité de leurs titres, mais par leur valeur et leur mérite personnel !.
1 Vega, part. 11, lib. IV, Cap. XL. Fernandès, lib, 1, cap. xxxiv ; lib. I, Cap. XI, xux. Herrera, De- | cad. VAL lib. 11, Cap.
u Pérou. Après la il fit de nouvelles js pressant et plus l'autorité suprème sion ), au mépris de tre par l'empereur; contre les drapeaux vez attaqué son ret en bataille rangée r la tête : ne croyez xe pardonne de paréconciliation entre e sincère. Ne laissez se de la faveur incerus de la souveraineté amille a des droits à conquête. Vous pou- Espagnols du Pérou, ager par des roncespar l'institution d'un création de quelques les à ceux qu'on reant d'empressement.
le chevalerie avec des ions comme en Esux qui vous serviront aux idées des milipas de gagner ainsi de vous concilier les ya ou fille du soleil, ochains à la couronne z les anciens habitans qu'ils conservent pour 8, à s'unir avec les Es is pour soutenir votre s et des autres, Vous jr de l'Espagne et rede forces qu’elle peut loigné d'elle. » Le jurisui Pizarre avait alors seconda fortement les , et employa toute son zarre que tous les fonarchies avaient été élel'ancienneté de leur fa- Le leurs titres, mais par » personnel !.
cap. XL. Fernandès, lib. 1, au, xx. Herrera, De-
Pizarre les évouta attentivement l’un et l'autre, et ne put cacher la satisfaction avec laquelle il voyait l'objet qu'on offrait à son ambition. Mais, heureusement pour le repos du genre humain, peu d'hommes sont doués de cette force d'esprit et de cette étendue de talent nécessaires pour former et exécuter les grands desseins qui ne peuvent être poursuivis sans le renversement de l'ordre établi dans les sociétés et la violation des maximes qu'on y regarde comme sacrées. La médiocrité des talens de Pizarre resserra son ambition dans des limites plus étroites. Au lieu d’aspirer à l'indépendance, il se borna à obtenir de la cour d'Espagne d'’êtré confirmé dans l’autorité dont il jouissait. Pour cette négociation, il envoya en Europe un officier de distinction chergé de présenter sa conduite et l'état du pays sous un point de vue capable de déterminer l'empereur et ses ministres à lui laisser la place qu'il occupait.
Tandis que Pizarre délibérait sur le parti qu'il |
avait à prendre, les ministres espagnols étaient occupés de leur côté à rechercher les moyens de rétablir au Pérou l'autorité de l'empereur. Ils ignoraient encore les outrages qu’elle avait reçus; mais ils étaient instruits de la révolte contre le vice-roi, de son emprisonnement et de l’usur-
pation de Pizarre. Une résolution si alarmante | demandait tous les talens et toute l'autorité de |
Charles ; mais il se trouvait alors occupé tout entier en Allemagne contre la fameuse ligue de Smalkalde. Dans cette situation, une des plus critiques de son règne, il laissa à son fils Philippe et aux ministres qu'il lui avait donnés pour l'aider dans le gouvernement de l'Espagne le soin de calmer les désordres du Pérou. Au pre-
mier coup d'œil, la conduite de Pizarre et de ses |
partisans parut si contraire aux devoirs de sujets envers leur souverain, que le plus grand nombre des ministres voulait qu'on les déclarât
sur-le-champ rebelles, et qu'on s’occupât de les | punir avec la plus grande rigueur. Mais quand |
la première chaleur de leur zèle et de leur indignation fut amortie, ils trouvèrent eux-mêmes dans l'exécution des obstacles sans nombre. Les
vieilles bandes d'infanterie, la gloire et la force |
des armées espagnoles , étaient alors employées en Allemagne, L'Espagne, épuisée d'hommes et d'argent par une longue suite de guerres où l'avait jetée l'ambition inquiète de deux mo-
narques, ne pouvait faire aucun armement assez puissant pour soumettre les rebelles. Il n'était pas possible de porter à une si grande distance un assez gros corps de troupes. Tant que Pizarre demeurerait maître de la mer du Sud, la route au Pérou par Nombre-de-Dios était impraticable, et le chemin à Quito par terre au travers de la Nouvelle-Grenade et du Popayan, pays immenses, malsains, déserts, ou habités par des vations sauvages et ennemies, offrait des dangers et des difficultés insurmontables. Enfin le passage à la mer du Sud, par le détroit de Magellan, était si long, si incertain et si peu connu dans ce siècle, qu'on ne pouvait compter sur cette navigation pour porter des troupes au Pérou. Les ministres se virent donc obligés d’abandonner le système que leur zèle leur avait d'abord suggéré, et d'essayer de faire par des moyens plus doux ce qu'ils ne pouvaient exécuter par la force. Le soin que Pizarre prenait de présenter sa conduite aux yeux îe l’empereur | sous un jour favorable, prouvait qu'il conservait encore quelques sentimens de respect pour son autorité. En profitant de cette circonstance, et en lui accordant assez pour lui montrer dans le gouvernement quelque modération et quelque indulgence, on pouvait encore le rappeler à son devoir, ou bien les sentimens de fidélité naturels aux Espagnols pouvaient se réveiller parmi ses partisans et les déterminer. à abandonner un usurpateur.
Le succès de cette négociation, aussi importante que délicate, dépendait entièrement de l'habileté et de l'adresse du négociateur. Après avoir pesé attentivement le mérite de différens sujets, le choix des ministres tomba unanimement sur Pierre de La Gasca, ecclésiastique qui n'avait d'autre titre que celui de conseiller de l'inquisition. Mais, quoique sans emploi public, il avait été chargé en quelques occasions d'affaires importantes dans lesquelles il avait réussi et déployé un caractère insinuant et doux ; joint à beaucoup de fermeté, une probité au-dessus de tout soupçon, une grande circonspection dans ses plans avec beaucoup de vigueur dans leur exécution, qualités rarement unies. L'empereur, à qui Gasca n'était pas inconnu, approuva hautement ce choix, et lui en donna l'assurance dans une lettre pleine d'expressions de bienveillance et de bonté, qui font autant d'honneur au sou-
verain qui les employait qu'au sujet à qui elles |
étaient adressées. Gasca, nonobstant son âge avancé, la faiblesse de sa constitution , la crainte des fatigues dans un long voyage et du séjour d’un climat malsain, naturelle à un homme qui n'était jamais sorti de son pays {, n’hésita pas un moment à se prêter aux volontés de son souverain. !l fit voir que ce motif seul l'animait; il refusa un évèché qu'on lui offrait pour donner à son caractère plus de dignité, Le seul titre qu'il voulut accepter fut celui de président de l’audience de Lima, et il déclara qu'il ne voulait recevoir aucun salaire attaché à cet emploi. Tout ce qu’il demanda fut que sa famille fût entretenue par le roi, et comme il allait exercer en Amérique un ministère de paix et qu’il n’emportait avec lui que sa soutane et son bréviaire sans autre suite que quelques domestiques, son expédition ne pouvait être à charge aux finances du royaume ?,
Mais en montrant tant de désintéressement et de modération relativement à sa personne, les demandes qu’il forma lorsqu'il fut question de déterminer l'étendue de son autorité furent d’un ton bien différent. Comme il allait dans un pays éloigné du chef-lieu du gouvernement et où il lui serait impossible de recevoir de nou-
velles instructions dans les circonstances déli- |
cates, et que tout le succès de sa négociation dépendait de la confiance que pourraient placer dans l'étendue de ses pouvoirs les gens avec qui il aurait à traiter, il exigea qu'on le revètit d’une autorité sans bornes et que sa juridiction s'étendit à toutes les personnes et à tous les cas; il voulut être autorisé à punir, à récompenser, à pardonner selon les circonstances, à employer la force des armes pour réduire les mécontens
et les rebelles, à lever des troupes et à tirer des |
secours de tous les établissemens espagnols de l'Amérique. Des pouvoirs si illimités, quoique manifestement utiles au succès de sa mission, parurent aux ministres espagnols trop considérables pour être confiés à un simple sujet. Ils les regardaient comme des prérogatives inséparables de la royauté et refusaient de les confier à Gasca; mais les vues de l'empereur étaient plus
! Fernandès, lib. 11, cap. xvrr.
* Zarate, lib. vx, cap. vi. Gomara, cap. cLxxrv. Fernandès, lib. 11, cap. x1v, xvi: Vega, part. 11, lib. v, cap. 1. Herrera, Decad. Ill, lib. x, cap. iv, etc.
étendues que celles de ses ministres. Par la na- | ture de sa place Gasca devait être dépositaire d'un pouvoir arbitraire sur beaucoup d'objets, et tous ses efforts pouvaient devenir inutiles s'il était circonscrit sur les autres. Charles n'hésita pas à lui confier toute l'autorité qu'il demandait. Gasca content de cette preuve récente de la confiance de son maître, sans argent et sans troupes, hâta son départ pour aller apaiser une révolte capable d'effrayer tout autre que lui !, En arrivant à Nombre-de-Dios il y trouva Hernand Mexia, officier de marque, posté avec un corps considérable pour s'opposer au débarquement de toute troupe ennemie; mais Gasca se montrait si pacifique, sa suite était si peu nombreuse et son titre si modeste qu'il n'effraya personne et qu'il fut reçu avec beaucoup de respect. De Nombre-de-Dios il s'avança à Panama et fut reçu de même par Hinojosa à qui Pizarre avait confié le gouvernement de cette ville et d’une flotte mouillée dans le port. Il tint en ces deux endroits le même langage, décla- | rant qu'il était envoyé par son souverain comme un messager de paix et non comme un ministre | de vengeance, qu’il venait redresser tous leurs
pardonner les fautes passées et rétablir l’ordre et la justice au Pérou. Sa douceur, la simplicité de ses manières, la sainteté de son état et un | air de candeur aimable lui gagnérent la con- fiance. Le respect dû à une personne revêtue d'une autorité légale et agissant en vertu d’une , Commission du souverain, commença à renaître | parmi des hommes qui depuis quelque temps ne connaissaient qu’une autorité usurpée, Hino- Josa, Mexia et plusieurs autres officiers de dis- | tinction, à chacun desquels Gasca s'était adressé séparément, furent gagnés et n'attendirent | qu'un prétexte pour se déclarer hautement el | sa faveur 2, Pizarre le leur fournit bientôt par ses procé- | dés violens. Dès qu’il apprit l'arrivée de Gasca à | Panama, quoiqu'il fût en même temps informé | de la nature de sa mission et qu'il sût que le président offrait un pardon général à tous les espagnols établis au Pérou, et promettait la ré-
| ! Fernandès, lib. 11, cap. xvi-xvur.
? Fernandès, lib. 1, cap. xxi, etc. Zarate, lib. vi, Cap. vi, vu. Gomara, cap. cLxxv. Vega, part. 11, lib. v. Cap. ni.
griefs, révoquer les lois qui les avaient alarmés, |
vocatio tement la grâc pas co prit su l'entré exerce espéré vagant
instru torisai mille | qu’on que L fer où
s ministres. Par la na.
devait être dépositaire ur beaucoup d'objets, ent devenir inutiles s'il utres. Charles n'hésita ‘autorité qu’il demantie preuve récente de re, Sans argent et sans pour aller apaiser une * tout autre que lui t, e-de-Dios il y trouva de marque, posté avec ur s'opposer au débarennemie; mais Gasca » Sa suite était si peu modeste qu'il n’effraya çu avec beaucoup de ios il s’avança à Panapar Hinojosa à qui Piuvernement de cette lée dans le port. I tint 1ème langage, déclason souverain comme Don comme un ministre t redresser tous leurs
ui les avaient alarmés,
ées et rétablir l’ordre douceur, la simplicité eté de son état et un ui gagnérent la conne personne revêtue issant en vertu d’une commença à renaître lepuis quelque temps torité usurpée. Hinoatres officiers de dis- Gasca s'était adressé nés et n’attendirent clarer hautement en
ientôt par ses procét l’arrivée de Gasca à nème temps informé
et qu'il sût que le n général à tous les , €t promettait la ré-
a, etc. Zarate, lib. vi, . Vega, part. 11, lib. v.
vocation des lois qui avaient causé le mécontentement , au lieu de recevoir avec reconnaissance la grâce qu'on lui offrait, il fut outré de n'être pas conservé dans sa place de gouverneur, et il prit sur-le-champ la résolution de s'opposer à l'entrée de Gasca au Pérou et de l'empêcher d'y exercer aueune juridiction. Cette résolution désespérée fut suivie d’une autre non moins extravagante, 11 envoya en Espagne de nouveaux députés pour justifier sa conduite et demander pour lui, au nom de toutes les communautés du Pérou , le gouvernement pendant sa vie comme le seul moyen d'y rétablir et d’y conserver la tranquillité. Les députés chargés de cette étrange commission firent comnaître les intentions de Pizarre au président et lui signifièrent en son nom qu’il eût à quitter Panama et à retourner en Espagne. Ils portèrent aussi à Hinojosa des instructions secrètes par lesquelles Pizarre l'autorisait à offrir à Gasca un présent de cinquante mille pesos s’il voulait faire de bonne grâce ce qu'on demandait de lui, et le pressait , au cas que le président résistât, de s’en défaire par le fer ou par le poison !.
Diverses circonstances poussaient Pizarre à ces mesures violentes. Accoutumé à l'autorité suprême, ilne pouvait soutenir la pensée de redevenir simple particulier, Connaissant toute la grandeur de ses fautes, il soupçonnait que l'empereur voulait le tromper et ne lui pardonnerait jamais les outrages qu’il en avait reçus. Ses confidens les plus intimes, aussi coupables que lui, avaient les mêmes craintes. L'approche de Gasca qui n'avait point de troupes ne les effrayait pas. Il y avait alors plus de six mille Espagnols établis au Pérou 2. En se mettant à leur tête il se croyait assuré de s'élever jusqu’à l’indépendance si la cour d'Espagne lui refusait ce qu'il demandait; mais il s'apercevait que ceux en qui il se fiait le plus étaient déjà tentés de l'abandonner. Hinojosa, épouvanté de la pensée de s'opposer aux ordres de son souverain et incapable d’être l'instrument des crimes auxquels Pizarre l’excitait dans son instruction secrète, reconnut publiquement le président comme son supérieur. Les officiers qui servaient
sous ses ordres l’imitèrent. L'exemple fut si |
1Zarate, lib. vs, cap. var. Fernandès, lib. 11, C. xxx, xxxiv. Herrera, Decad. VI, lib. 17, Cap. 1x, x. ? Herrera, Decad. VI, lib. 1x, cap. 1.
puissant qu'il entraina même les députés envoyés du Pérou et qu'au moment où Pizarre attendait la nouvelle du départ de Gasca pour l'Espagne où de sa mort, il apprit que le président était maître de la flotte de Panama et des troupes qui y étaient postées.
Furieux à la nouvelle d’événemens si inattendus, il se prépara ouvertement à la guerre, et pour justifier cette démarvhe, fl chargea Paudience royale de Lima de faire le procès à Gasca pour les crimes dont il s'était, disait-il, rendu coupable en s'emparant de ses vaisseaux, en séduisant ses officiers et en empêchant ses députés de se rendre en Espagne. Cepeda, qui n'était lui-même juge qu’en vertu d’une commission de l'empereur, ne se fit point de scrupule de prostituer la dignité de ses fonctions. Il trouva Gasca coupable de haute trahison et le condamna à mort‘. Ces formes toutes ridicules qu’elles étaient en ume pareille circonstance, imposèrent aux aventuriers ignorans qui remplissaient le Pérou en domnant à Pizarre l'air de marcher contre un traître, condamné comme tel par un tribunal légal. 1 vit arriver sous ses drapeaux des soldats de toutes les parties de l'empire et se trouva bientôt à la tête de mille hommes formant le corps le mieux équipé qu'on eût encore vu au Pérou.
Gasca de son côté voyant la nécessité d'employer la force pour exécuter sa commission, mettait tous ses soins à se former un corps de troupes en en faisant venir de Nicaragua, de Carthagène et des autres établissemens espagnols du continent. Il y réussit si bien qu'il fut bientôt en état de détacher de sa flotte une escadre montée d'un nombre considérable de soldats pour la côte du Pérou. Leur apparition porta l'alarme partout; et sans tenter aucune descente, ils rendirent un service plus grand à Gasca en mettant à terre en différens endroits
| des personnes qui répandirent des copies de | l'acte d'amnistie générale et de la révocation des derniers édits, et qui firent connaître les intentions pacifiques et le caractère doux du président. L'effet de ces instructions fut étonnant. Tous ceux qui étaient mécontens de l'administration violente de Pizarre ou qui conservaient | quelques sentimens de fidélité pour leur souve-
1 Fernandès, lib. an, cap. Lv. Vega, part. 1, lib. v, | cap. vin, Herrera, Decad. VII, lib. us, ap. vr.
rain commencèrent à méditer leur défection.
Quelques-uns abandonnèrent ouvertement une cause qu'ils trouvèrent alors injuste. Centeno laissant la caverne où il était demeuré caché, assembla environ cinquante de ses partisans et avec cette troupe faible et mal armée s’avança hardiment vers Cuzco. Une attaque de nuit où il déploya autant de valeur que de talent le rendit maitre de la capitale, quoique défendue par une garnison de cinq cents hommes dont la plupart se rangèrent sous ses drapeaux, de sorte qu'il se vit à la tête d'un corps nombreux t. Pizarre, quoique étonné à la vue de deux ennemis qui s'avançaient, l'un par mer, l’autre par terre, dans un moment où il se croyait maitre de tout le Pérou, avait trop de courage, était trop accoutumé aux vicissitudes de la fortude pour se laisser abattre. Comme l'attaque de Centeno le menaçait de plus près , il se mit en mouvement pour s'opposer à lui. Après avoir pourvu de chevaux tous ses soldats, il marcha avec une extrême rapidité. Mais chaque jour au matin, il voyait ses troupes diminuées par la désertion qui se faisait pendant la nuit, et quoique devenu soupçonneux à l'excès et punissant sans remission ceux qu’il soupçonnait, il ne put arrêter les progrès du mal, Avant qu'il fût à la vue de l'ennemi, à Huarina, près du lac Titiaca, il n'avait plus que quatre cents soldats. A la vérité, il pouvait les regarder comme des hommes d’un attachement éprouvé, et compter entièrement sur eux. C'étaient les plus audacieux et les plus déterminés de ses partisans, qui sentant comme lui-même toute la grandeur de leur crime, désespéraient d'en obtenir le pardon, et ne pouvaient échapper à la punition que par le succès de leur audace. Avec eux, il n'hésita pas à attaquer Centeno, quoique plus fort du double que lui, Les royalistes ne cherchèrent pas à éviter le combat, qui fut le plus sanglant qu'on eût rendu jusque-là au Pérou.
À la fin, la valeur intrépide de Pizarre et la supériorité des talens militaires de Carvajal l'emportèrent sur le nombre; la victoire fut complète , le butin immense (141) et le traitement des vaincus atroce. Ce succès signalé rétablit la réputation de Pizarre, qui, regardé désormais
1 Zarate, lib. vr, Cap. XIH-XvI, Gomara, cap. CLXXX, GLXXN, Fernandès, lib. IT, Cap. XXVIII, LXIV, etc.
comme invincible, vit son armée augmenter de jour en jour t,
Cependant d'autres événemens en d’autres parties du Pérou balançaient avantageusement pour Gasca la victoire éclatante de Pizarre à Huarina. Celui-ci avait à peine quitté Lima que les citoyens, las de son gouvernement tyranni. que, avaient arboré l'étendard du roi. Aldana, avec un détachement de soldats de la flotte, avait pris possession de la ville, Vers ce même temps? le président avait débarqué à Tumbès avec cinq cents hommes. Encouragés par sa présence, tous les pays voisins de la mer s'étaient déclarés pour le roi. Cuzco et les provinces adjacentes étaient au pouvoir de Pizarre, Tout le reste de l'empire, depuis Quito en allant vers le sud, reconnaissait l'autorité de Gasca, Le président, voyant son armée se renforcer rapidement, s'avança dans l’intérieur du pays. Sa conduite était toujours douce et modeste. Il témoignait en toute occasion un désir ardent de terminer la querelle sans effusion de sang. Plus occupé de ramener les rebelles que de les punir, il ne reprochait à personne ses fautes passées, et recevait ceux qui se repentaient comme un père ac. cueille des enfans qui rentrent dans leur devoir. Mais le désir sincère qu'il montrait de la paix ne l'empêchait pas de faire avec activité les préparatifs de la guerre. Il indiqua pour rendezvous général de ses troupes la fertile vallée de Xauxa, sur la route de Cuzco 3. Il s'arrêta quelques mois en cet endroit, non-seulement pour tenter de nouveau un accommodement avec Pizarre, mais pour exercer ses nouveaux soldats et les accoutumer à la discipline avant de les conduire contre un corps victorieux de vétérans. Pizarre, enivré du succès qui avait jusque-là accompagné ses armes et fier d’avoir encore près de mille soldats sous ses ordres, refusa d'entendre à aucune proposition, quoique Cepeda avec plusieurs de ses officiers et Carvajal lui-même (142) fussent d'avis d'accepter les offres du président, c'est-à-dire une amnistie générale et la révocation des lois dont on se
* Zarate, lib. var, Cap. 11, 1. Gomara, cap. ccxxxi. Vega, part. ir, lib. v, Cap. XVIr, etc. Fernandés, lib. 11, Cap. zxx1x. Herrera, Decau. VU, lib av, Cap. 1, IL
? Zarate, lib, vi, cap. xvn.
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montrait de la paix > avec activité les préndiqua pour rendez- + la fertile vallée de Cuzco 3. Il s'arrêta roit, non-seulement un accommodement ercer ses nouveaux | la discipline avant L Corps victorieux de du succès qui avait rmes et fier d’avoir ts sous ses ordres , Proposition, quois de ses officiers et ent d'avis d'accepter t-à-dire une amnis- | des lois dont on se
Gomara, cap. czxxx.
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ndès, lib. 11 €. cxxvn,
plaignait !. Gasca, ayant tout fait pour éviter de tremper ses mains dans le sang de ses concitoyens, se mit en marche pour Cuzco à la tête de seize cents hommes.
Pizarre se tenant assuré de la victoire laissa les royalistes passer sans obstacle toutes les rivières qui coulent entre Guamanga et Cuzco et s'avancer jusqu’à quatre lieues de cette capitale, se flattant que leur défaite, dans une pareille situation qui leur rendait la retraite impossible, terminerait la guerre en un coup. Il s'avança alors à la rencontre de l'ennemi; Carvajal choisit le terrain et disposa les troupes avec le discernement et les profondes connaissances militaircs qui distinguaient toutes ses opérations, Les deux armées s’avançant lentement l’une contre l’autre présentaient chacune un spectacle singulier. Dans celle de Pizarre, composée d'hommes enrichis des dépouilles du pays le plus opulent de l'Amérique, tous les officiers et jusqu'aux simples soldats étaient habillés d’étoffes de soie ou de brocart et couverts de broderie d'or et d’argent. Leurs chevaux, leurs armes , leurs drapeaux étaient ornés avec toute la magnificence militaire?.
L'armée de Gasca n'était pas si brillante, mais présentait un coup d'œil moins singulier. Lui-même , accompagné de l'archevèque de Lima, des évèques de Quito et de Cuzco et d'un grand'nombre d’ecclésiastiques, parcourait les rangs, répandant des bénédictions et encourageant ses soldats à remplir courageusement leur devoir.
L'action était près de commencer lorsqu'on vit Cepeda donner des éperons à son cheval et galoper vers le président auquel il se rendit. Garcilasso de la Vega et d’autres officiers considérables suivent son exemple. Leur défection frappe tout le reste d’étonnement. La confiance mutuelle, sans laquelle il ne peut y avoir dans
une armée ni union ni force, se perd tout à coup. La défiance et la consternation se répandent de rang en rang; quelques-uns se dérobent en silence, d’autres jettent bas les armes, le plus grand nombre passe du côté des royalistes. Pizarre, Carvajal et quelques autres chefs emploient en vain l'autorité, les menaces et les
\Zarate, lib. vin, cap. vi. Vega, part. u, lib. v, Cap. XXVIT.
3 Zarate, lib. vi, cap. 11.
prières, En moins d'une demi-heure un corps
| capable de décider du sort de l'empire du Pé-
rou est entièrement dispersé. Pizarre se voyant perdu sans ressource demande à quelques officiers qui lui demeurent attachés : « Que nous reste-t-il? — Rien, répond l’un d'eux, que de nous jeter au milieu de nos ennemis et de mourir en Romains.» Abattu par un revers si inattendu, Pizarre n'eut pas le courage de suivre ce conseil, et avec une lâcheté qui démentait son ancienne réputation , il se rendit à un des officiers de Gasca. Carvajal cherchant à s'échapper fut atteint et pris.
Gasca , heureux d’une victoire qui n'avait pas fait couler de sang, ne la souilla pas par la cruauté, Pizarre, Carvajal et un petit nombre des rebelles les plus connus pour tels et les plus distingués furent punis de mort. Pizarre eut la tête tranchée le lendemain. Il.se soumit à son sort avec une sorte de dignité, et parut expier ses crimes par son repentir. La mort de Carvajal fut conforme à sa vie, Lorsqu'on lui fit son procès , il n’entreprit point de se défendre. En entendant la sentence qui le condamnait à être pendu, il répondit avec un air d'indifférence: On ne meurt qu'une fois. Entre son jugement et son exécution, il ne montra aucun remords du passé, ni aucune inquiétude sur l'avenir. Il plaisanta ceux qui lui rendaient visite, avec la même gaîté grossière et la même vivacité qu’il avait toujours montrée. Cepeda , plus criminel que l’un et l’autre, aurait eu la même destinée; mais on lui laissa la vie pour avoir abandonné ses associés dans un moment si critique et si décisif. Il fut envoyé prisonnier en Espagne, et mourut dans sa prison 1,
Dans les détails que les historiens contemporains nous donnent des guerres civiles du Pérou pendant dix années de suite, on remarque plusieurs circonstances si frappantes, et qui indiquent des mœurs si singulières, qu’elles méritent de fixer notre attention.
Quoique les conquérans du Pérou fussent des hommes des dernières classes de la société , et
| que la plus grande partie de ceux qui se joigni-
rent dans la suite aux premiers fussent des
1Zarate, lib. vit, cap. vi, Vi, var. Gomara, c. CLxxxv, czxxx vi. Vega. part. 11, lib. v, cap. xxx, etc. Fernandès, lib. 11, Cap. zxxxvi, etc. Herrera, Decad. VII, lib, sv, cap. XIV, etc.
wenturiers sans fortune , cependant. dans tous !
‘es corps de troupes conduits par les différens hefs qui se disputaient l'autorité , il ne se trouvait pas un seul homme qui servit pour une Jaye. Tout aventurier au Pérou se regardait luinême comme conquérant , ayant droit par ses ervices à un établissement dans ce pays, conjuis par sa valeur. Dans les contestations entre es chefs, chacun se déterminait selon son propre jugement ou ses affections, regardait son général comme son compagnon de fortune, et se serait cru dégradé en recevant une solde de lui. Leurs chefs devaient la plupart leur élévation à leur valeur et à leurs talens, et non À leur naissance, et chacun de leurs compagnons de guerre espérait de s'ouvrir une route à la cichesse et au pouvoir par les mêmes moyens t. Mais ces troupes servant ainsi sans aucune paye régulière, ne se levaient qu'avec des frais immenses. Parmi des hommes accoutumés à partager les dépouilles d'un si riche pays, la soif des richesses devenait tous les jours plus ardente , à proportion même de l'espérance du succès. Tous étant entrainés par le même but et dominés par la même passion il n'y avait qu’un moyen de gagner des hommes et de se les attacher fortement. Les officiers connus par des tatens, outre la promesse de grands établissemens recevaient encore du chef auquelils se donnaient des sommes considérables. Il en coûta cinq cents mille pesos à Gonzalès Pizarre pour lever mille
hommes ?. Gasca en dépensa neuf cent mille | pour former le corps qu'il conduisait contre les
rebelles ?. Les concessions de terres et d’Indiens qu’on accordait aux vainqueurs comme une récompense après la victoire étaient encore plus exorbitantes. Cepeda, pour l'adresse et la perfidie qu'il avait montrées à persuader à la cour de l'audience royale de donner sa sanction à l’usurpation de Pizarre , obtint une concession qui lui valait cent cinquante mille pesos de revenu annuel 4. Hinojosa, qui se détacha un des premiers de Pizarre, et livra à son ennemi la flotte qui décida du destin du Pérou, obtint en terres un revenu de deux cents mille pesos ÿ,
1 Vega, part. 11, lib. 1v, cap. xxXvinr, XL.
? Fernandès , lib. 11, cap. Liv.
5 Zarate, lib. vu, cap. x. Herrera, Decad.VHI, lib. v, Cap. vu. — { Gomara, Cap. cLxIv.
5 Vega, part. 11. lib. vr, cap. mi.
Tandis qu'on traitait les principaux officiers avec
cette magnificence, on récompensait les simples soldats en proportion
Des changemens de fortune si rapides produisaient les effets qu'on devait en attendre donnaient naissance à de nouveaux besoins et 1
de nouveaux désirs. Des vétérans accoutumés
aux plus grandes fatigues acquéraient tout à coup le goût de la profusion ét s'abandonnaient à tous les excès de la licence militaire. La plus basse crapule occupait les uns, les autres se Ji. vraient au luxe le plus dispendieux 1, Le der. nier soldat au Pérou se serait cru dégradé en marchant à pied, et malgré le prix exorbitant des chevaux en Amérique à cette époque, chacuu voulait en avoir un avant de se mettre en campagne. Mais quoique devenus alors moins capables qu'auparavant de supporter les fatigues du service, ils affrontaient le danger et la mort avec la même intrépidité, et animés par l'espé. rance de nouvelles récompenses, ils ne man quaient jamais en un jour de bataille de déployer toute leur ancienne valeur.
Avec leur courage, ils conservèrent toute leur première férocité. En aucun pays la guerre
| civile n’a été faite avec plus de fureur qu'au
Pérou. L'avarice se joignit aux passions qu
| rendent les querelles atroces entre des conci
toyens, et donnait à leur inimitié plus de violence et de durée. La mort d’un ennemi entraînant 4 confiscation de ses biens , on ne faisait point de quartier dans les combats. Après la victoire, tout homme riche était exposé aux accusations. Sur les plus légers soupçons, Pizarre condamna à mort plusieurs des plus riches habitans du Pérou. Carvajal en fit mourir un plus grand nombre, sans chercher mème de prétexte pour
| justifier sa cruauté. H périt presque autant d’hom-
mes par la main du bourreau que dans les batäilles (143), et presque tous furent condamnés sans forme de procès.
La violence avec laquelle. les partis opposés se traitaient n'était pas même accompagnée, comme il est assez ordinaire, de fidélité et d’at-
| tachement à celui auquel on s'était donné. Les
sentimens d'honneur auxquels les militaires
| tiennent le plus fortement , et la droiture qui : domine dans le caractère espagnol autant que
* Herrera, Decad. V, lib, n, cap. im. Deced, VIN,
lib. vaut, Cap. x.
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dans celui d'aucune autre nation, semblent avoir étéentièrement oubliés. On trahissait sans honte etsans remords. À peine y eut-il pendant ces discussions un seul Espagnol au Pérou qui u'abandonnât le parti qu'ilavaitembrassé d'abord et les associés avec lesquels il avait été uni, et qui ne violât tous ses engagemens. Le vice-roi Nugnès Vela fut perdu par la trahison de Cepeda et des autres juges de l'audience royale, dont ils étaient obligés par le devoir de leur place de soutenir l'autorité. Les instigateurs et les complices de la révolte de Gonzalès Pizarre furent les premiers à l’abandonner et à se soumettre à ses ennemis. Sa flotte fut livrée à Gasca par l’homme qu'il avait choisi entre tous ses officiers pour lui confier cet important commandement. Dans la journée qui décida de son sort, des vétérans, à la vue de l'ennemi, jetèrent leurs armes sans rendre de combat, et abandonnèrent un chef qui les avait si souvent conduits à la victoire. L'histoire présente rarement des exemples d'un mépris si général et si peu dissimulé des principes de la morale et des obligations qui lient l’homme à l'homme, et qui constituent l’union sociale. On ne trouve ces mœurs que dans des hommes qui habitent des pays très éloignés du centre de l’autorité , où l'on ne sent plus que faiblement la contrainte des lois et de l’ordre, où l'espoir du gain n’a point de bornes, où des richesses immenses peuvent faire oublier les crimes par lesquels on les a acquises : ce n’est que dans des circonstances semblables qu'il est possible de trouver autant d’avidité, de perfidie et de corruption qu'on en voit dans les conquérans du Pérou.
A la mort de Pizarre tous les mécontens mi-
rent bas les armes et la tranquillité parut entiè- |
rement rétablie; mais deux objets intéressans demandaient encore l'attention du président.
L'un était de trouver sur-le-champ, à cette multitude turbulente d’aventuriers audacieux qui remplissaient le pays, une occupation qui les empêchât d’exciter de nouveaux troubles, l’autre d'accorder des récompenses convenables à ceux à la valeur et à la fidélité desquels ils devait ses succès. Il remplit en grande partie le premier de ces objets, en envoyant Pedro de Valdivia au Chili pour en continuer la conquête et en
chargeant Diego Centeno de la découverte des vastes régions que traverse la rivière de la Plata.
La réputation de ces chefs et l'espérance d'améliorer leur sort dans des pays nouveaux, attira sous leurs drapeaux la soldatesque la plus indigente et la plus emportée, et bannit presque entièrement de la colonie cet esprit de mutinerie que Gasca redoutait,
La seconde opération était plus difficile et plus délicate, Les repartimientos, ou distributions deterres et d’Indiens qui réstaient à faire en conséquence de la mort ou de la fuite des rebelles ou des confiscations prononcées contre eux, passaient deux millions de pesos en revenu annuel. Gasca , devenu maître de disposer de cette immense propriété, conserva le mème désintéressement qu'il avait montré jusque: là et n’en voulut pas réserver la moindre portion pour lui-même. Mais il y avait un grand nombre de solliciteurs, et la vanité ou l'avarice de chacun, lui faisant exagérer ses services et les récompenses qu'il attendait, les prétentions de tous étaient si exorbitantes qu’il devenait impossible de Les satisfaire, Gasca écouta tout le monde avec
| la plus grande attention, et pour avoir le loisir
de peser scrupuleusement les droits de chacun il se retira avec l’archevèque de Lima et un seul secrétaire dans un village situé à douze lieues de Cuzco. Là il employa plusieurs jours à faire le partage des terres et des Indiens à tous les prétendans, selon l'importance des services que chacun avait rendus et de ceux qu’il pouvait rendre encore dans la suite. Malgré l’impartialité qui l'avait guidé, il prévoyait les cris et la rage qui ne manqueraient pas d’éclater à la publication de son décret, et pour s’y dérober il partit pour Lima, laissant l’acte de partage scellé avec ordre de ne l'ouvrir que quelques jours après son départ.
L’indignation fut aussi grande que l'avait prévu Gasca. La vanité, l’avarice, la jalousie, l'envie , la honte, le désespoir et toutes les passions qui agitent les hommes avec le plus de violence , lorsque leur honneur et leur intérèt sont compromis, tout concourut à en augmenter la violence. Elle éclata avec fureur. Gasca fut l'objet de la calomnie, des menaces et des malédictions. On l'accusa d’ingratitude, de partialité et d’injustice. Parmi des soldats toujours prêts à en venir aux armes, ces discours séditieux auraient été bientôt suivis de violences. Ils commençaient à chercher quelque chef mécontent qui se mit à
leur tête pour demander le redressement deleurs | un corps de troupes capable de se mesurer avec griefs. Mais quelques actes de vigueur du gou- |
vernement faits à propos arrêtèrent cet esprit
de mutinerie, et la guerre civile fut éloignée | | etl'autorité dusouverainlégitime. Mais les éloges
pour quelque temps {,
Gasca, cependant , considérant que le feu était plutôt couvert qu'éteint , travailla avec la plus grande gssiduité à adoucir les mécontens, en donnant des gratifications considérables aux uns, en promettant aux autres des repartimientos lorsqu'il y en aurait de vacans, en les caressant et les flattant tous ; mais afin d'établir la tranquillité publique sur des fondemens plus solides que les dispositions passagères qu'il leur inspirait, il travailla à fortifier l'autorité de ses successeurs dans l'emploi qu’il occupait, en rétablissant une administration régulière dans toutes les parties de l'empire. Il introduisit l'ordre et la simplicité dans la perception des revenus du roi. Il fit des règlemens sur le traitement des Indiens pour les mettre à l'abri de l'oppression et les faire instruire dans les principes de la religion, sans priver les Espagnols du bénéfice qu'on pouvait retirer de leurs travaux. Après avoir ainsi rempli sa mission, Gasca, désirant de retourner à sa vie privée, commit le gouvernement du Pérou à l'audience royale et fit voile pour l'Espagne. Comme durant l'anarchie et les troubles des quatre dernières années il n'avait été fait aucune remise au trésor du roi, il emportait avec lui treize cent mille pesos , épargnés sur les revenus publics par son économie et le bon ordre de son administration, après avoir payé toutes les dépenses de la guerre.
Il fut reçu dans sa patrie avec l'admiration universelle que méritaient ses talens et des vertus aussi pures que celles dont il venait de donner des preuves. Sans armée, sans flotte, sans argent, avec un train si modeste qu’il n’en coûta à l'état que trois mille ducats pour l'équiper 2, il était parti d'Europe pour calmer une révolte terrible. Par sa sagesse et son habileté il suppléa ‘aux moyens qui lui manquaient, et créa, pour fainsi dire, les instrumens propres à exécuter son entreprise. Il acquit une force maritime assez grande pour le rendre maître de la mer. Il leva
1 Zarate, lib. var, cap. 1x. Gomara, cap. cLxxxvir, Vega, part. 11, cap. 1, etc. Fernandès, part. ui, lib. 1, cap. 1, etc. Herrera, Decad. VIII, lib. 1v, cap. xvir, etc,
2 Fernandès, lib. a Cap. xviur.
les vétérans qui avaient conquis le Pérou, il triompha de leur chef, dont la victoire avait jus. que-là suivi les pas. IL établit le pouvoir des lois
dus à ses talens sont encore au-dessous de ceux que méritent ses vertus. Après avoir résidé dans un pays où l'appât des richesses avait jusqu'alors séduit tous ceux qui y avaient été revêtus de quelque autorité, il quitta ce poste délicat sans qu'on eût pu même soupçonner son intégrité, || avait partagé à ses compatriotes des possessions d'une étendue et d'un revenu immenses, et il demeurait dans sa première pauvreté ; en même temps qu'ilrapportait au trésor royal des sommes immenses , il fut obligé de demander à son sou verain qu'on payât quelques dettes qu'il avait contractées pendant son expédition !. Tant de mérite et de désintéressement ne furent pas méconnus de Charles. Il donna à Gasca les témoignages de l'estime la plus distinguée, Il le fit évèque de Palencia, et cet homme rare passa le reste de sa vie dans la retraite , respecté de se compatriotes, honoré par son souverain, aimé de tout le monde,
Malgré les sages règlemens de Gasca, la tran. quillité du Pérou ne fut pas de longue durée, Dans un pays où l'autorité avait été méconnue pendant un si long intervalle d’anarchie et de désordre, où il y avait tant de chefs trompé dans leur espérance et disposés à faire éclater leur mécontentement, et tant de soldats mutins prêts à les suivre, il n’était pas difficile de rallumer la sédition. Le pays fut encore troublé par plusienrs révoltes. Mais comme ces orages ne furent que passagers et élevés plutôt par l'ambition et l'inquiétude de quelques particuliers que par des motifs généraux , et pour ainsi direnationaux , les détails en seraient étrangers à l’objet de cette histoire, Ces mouvemens, comme tout ce qui est violent dans le corps naturel ou politique , ne furent pas de longue durée, et en emportant les humeurs vicieuses qui les avaient causés, ils contribuèrent à la finà fortifier la société qu'ils avaient menacé de détruire. Dans le cours de ces querelles, plusieurs des premiers conquérans du Pérou, et des aventuriers sans frein que la renommée de leurs succès avaient attirés dans le pays, périrent par les
2 Manuscrit entre les mains de l’auteur.
(1650) ble de se mesurer avec t conquis le Pérou, 1] ont la victoire avait jusablit le pouvoir des lois légitime. Mais les éloges ore au-dessous de ceux Après avoir résidé dans hesses avait jusqu'alors ayvaiént été revêtus de ta ce poste délicat sans çonner son intégrité, [| atriotes des possessions ‘evenu immenses, et il tre pauvreté ; en même trésor royaldes sommes le demander à son sou Iques dettes qu'il avait : expédition !. Tant de ment ne furent pas méana à Gasca les témoius distinguée, 11 le fit t homme rare passa le traite , respecté de se r son souverain, aimé
mens de Gasca, la tran.
pas de longue durée, ité avait été méconnue rvalle d’anarchie et de tant de chefs trompés lisposés à faire éclater tant de soldats mutins ait pas difficile de ralys fut encore troublé fais comme ces orages s et élevés plutôt par > de quelques particuénéraux , et pour ainsi s en seraient étrangers
ire. Ces mouvemens, lent dans le corps narent pas de longue du-
humeurs vicieuses qui ntribuèrent à la finà
avaient menacé de dé-
es querelles, plusieurs du Pérou, et des avennommée de leurs sucpays, périrent par les de l’auteur.
mains les uns des autres. Chaque parti triomphant alternativement mettait à mort ou bannissait ses adversaires. Il ne resta à la fin au Pérou que les hommes les moins entreprenans
et les plus disposés à se renfermer dans le cercle
d'une industrie paisible, et l'autorité royale s'y trouva par degrés aussi solidement établie que dans aucune autre colonie espagnole.