VIL
! différens genres ; et c'était par ce travail que les trône, C'est dans ce dernier état que la cour du !
terres de la couronne étaient cultivées, les ouvrages publics exécutés et lesdifférentes maisons de l’empereur construites et entretenues (147) 1.
Les progrès des Mexicains dans la civilisation se montrent non-seulement dans tous les points essentiels à toute société bien ordonnée, mais encore dans divers objets de police intérieure, qu’on peut regarder comme d'une moindre importance. L'établissement de courriers publics, postés de distance en distance pour faire passer les nouvelles d’une partie de l'empire à l’autre, était une invention ingénieuse de police que ne connaissait à cette époque aucun état del'Europe. La situation de la capitale sur un lac, avec des digues et des chaussées fort longues, qui servaient d’avenues à ses différens quartiers, avait demandé une adresse et un travail qu’on ne pouvait trouver que chezun peuple civilisé. On peut faire la même réflexion sur la structure des aque-
des chaussées (148). Un certain nombre d’hommes , employés régulièrement à nettoyer les rues, à les éclairer par des feux allumés en dif-
nuit 2, montrent encore un degré d'attention sur
| la tranquillité publique que les nations polies
n'ont acquis que fort tard.
Mais la marque la moins équivoque des progrès des Mexicains est le degré auquel ils avaient porté les arts. Cortès et les premiers historiens espagnols en parlent avec étonnement et prétendent que les artistes les plus célèbres de l'Europe n'auraient pu surpasser les Mexicains pour la délicatesse et la propreté du travail. Ils représentaient, dit-on, les hommes, les animaux et d’autres objets par le moyen de plumes diversement colnrées et nuancées , de sorte qu'on voyait dans leurs tableaux tous les effets de la lumière et de l'ombre et la nature imitée avec autant d’agrément que de vérité. On dit aussi que leurs ouvrages d'or et d'argent n'étaient pas moins curieux. Il faut cependant remarquer qu’en cherchant à se former des idées de l’état des arts chez une nation grossière, on est fort sujet
! Herrera, Decad. I, lib. vn, cap. xx; Decad. W, lib. 1v, Cap. XVI, xvir.
2 Herrera, Decad. M, lib. va, cap. 1v. Torribio, manuscril. :
à se tromper. Nous voyons les ouvrages des arts, | chez un peuple qui est à peu près à notre niveau, avec un œil critique et quelquefois jaloux, au lieu que ceux d'une nation nouvelle et grossière nous étonnent quand nous comparons la furce des obstacles qu’elles ont eus à surmonter avec la faiblesse de leurs moyens; et dans la chaleur de notre admiration, nous sommes disposés à nous les représenter comme plus parfaits qu'ils ne le sont réellement. C'est à cette illusion qu'il faut attribuer l'exagération de quelques écrivains espagnols, dans les descriptions qu'ils donnent des arts des Mexicains , sans avoir d’ailleurs le projet de nous tromper.
Ce n'est pas aussi par ces descriptions que nous les devons juger, mais par l'examen des ouvrages mexicains qui se sont conservés jusqu’à nos jours. Comme le vaisseau dans lequel Cortès envoya à Charles V les plus curieuses productions de leurs arts rassemblées dans le premier pillage de l'empire par les Espagnols, fut pris par un corsaire français! , les monumens de leur industrie sont moins nombreux que ceux des Péruviens. J'ignore s’il subsiste en Espagne quelques-unes de leurs peintures en plumes; mais on voit dans le cabinet du roi d'Espagne , nouvellement ouvert au public, plusieurs de leurs bijoux en or et en argent, ainsi que leurs divers ustensiles, et j'ai appris par des personnes sur le goût et le jugement desquelles je puis compter, que ces ouvrages vantés de leur industrie ne sont que des représentations informes d'objets communs et des figures grossières d'hommes et d'animaux sans vérité et sans grâce (149); ce qui est confirmé encore par l'inspection des gravures en bois ou en taille douce de leurs peintures publiées par différens auteurs. On n’y voit que des représentations grossières et maladroites d'hommes, le quadrupèdes ou d'oiseaux, ainsi que de la nature inanimée. Le style égyptien le plus sec, tout raide et tout grossier qu’il est, a encore plus d'élégance. Les essais informes d’un enfant qui entreprend de dessiner quelque objet, ne sont pas plus imparfaits.
Mais quoique les peintures des Mexicains , | considérées comme ouvages de l’art, fussent très | imparfaites, si nous les considérons comme le :
dépôt de l’histoire de leur pays, comme des monumens de leurs lois et des principales révolutions de leur état, elles deviennent des monumens aussi curieux qu'intéressans, La plus noble et la plus utile invention dont puisse se glorifier l'esprit humain est sans doute l’art de l'écriture, qui a contribué plus que tout autre au perfectionnement de l'espèce, mais ses premiers essais ont été très grossiers et ses progrès très lents. Quand le guerrier avide de renommée a désiré de transmettre la mémoire de ses exploits aux générations à venir ; quand la reconnaissance d’une nation pour son souverain l’a portée à faire passer à la postérité le souvenir des bienfaits qu’elle en avait reçus, le premier moyen qui semble s'être présenté a été de dessiner le mieux qu’on a pu des figures représentant l’action dont on voulait conserver la mémoire. On a trouvé chez les nations sauvages de l'Amérique des ouvrages de cette espèce d'art, appelé avec beaucoup de justesse écritureentableaux\. Un chef revenant de son expédition, dépouillait un arbre de son écorce et gravait sur le tronc, avec une sorte de peinture rouge, quelques figures grossières représentant la route qu'il avait tenue, le nombre de ses troupes et de celles de l'ennemi, les chevelures qu’it avait rapportées, les prisonniers qu’il avait faits; il confiait sa renommée à ces monumens grossiers et se flattait de l'espérance qu'ils serviraient à lui obtenir les éloges des guerriers de sa nation dans les temps à venir?.
Les peintures des Mexicains , comparées à ces essais informes des nations sauvages de l’Amérique, peuvent être regardées comme des ouvrages où se montre une sorte de composition et de dessin. A la vérité les deux méthodes se ressemblent en ce qu’elles consistent toutes deux à représenter les événemens par la peinture des objets; mais les Mexicains pouvaient tracer une suite plus longue de faits dans l'ordre des temps par la disposition de leurs figures; présenter, par exemple, les événemens d’un règne depuis l’avénement du roi à sa couronne jusqu'à sa mort; les progrès de l'éducation d'un enfant depuis sa naissance jusqu'à
1 Divine Legat. of Moses ; I, 73.
3 Sir W. Johnes. Phil. transact., vol. LXHI, p. 143.
|: Mém. de La Hontan., 1,191. Lafitau, Mœurs des Sau-
# Cortès, Relac, Ramus, III, 294, F.
| vages, 11, 43.
l'âge :
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pays, comme des principales révoviennent des moéressans. La plus on dont puisse se aus doute l’art de lus que tout autre ce,. mais ses pressiers et ses prorrier avide de retre la mémoire de à venir ; quand la Jour son souverain Jostérité le souveait reçus, le pree présenté a été de des figures repréulait conserver la les nations sauvases de cette espèce de justesse écri- *evenant de son exle son écorce et grasorte de peinture sières représentant embre de ses troules chevelures qu’il rs qu'ilavait faits; monumens grosrance qu'ils servides guerriers de nir?, Is , comparées à ces auvages de l’Amées comme des oute de composition deux méthodes se consistent toutes mens par la peinlexicains pouvaient de faits dans l'ortion de leurs figule, les événemens nt du roi à sa courogrès de l’éducanaissance jusqu'à
., Vol. LXIT, p. 143.
fitau, Mœurs des Sau-
l'âge viril; les différentes récompenses et les marques de distinction accordées à un guerrier à mesure qu'il s'était signalé par de nouveaux exploits. On a conservé quelques-unes de ces écritures en tableaux qui sont regardées avec raison comme les monumens les plus curieux des arts du Nouveau-Monde. Les plus remarquables de ces planches sont celles qu'a publiées Purchas, au nombre de soixante-six. Elles sont partagées en trois suites. La première contient l'histoire de l'empire du Mexique sous dix de ses monarques. La seconde est le rôle des impositions , représentant ce que chaque ville conquise paie au trésor royal. La troisième est un code de leurs institutions civiles , politiques et militaires. L'archevèque de Tolède qui siége aujourd'hui a publié d’autres peintures mexicaines en trente-deux planches. On trouve jointè à chacun de ces tableaux une explication complète de ce qui y est représenté, donnée aux Espagnols par des Indiens qui connaissaient très bien leurs arts. Toutes sont faites d'après le même principe : elles représentent des choses et non des mots; elles offrent des images aux yeux et non des idées à l'esprit. Elles peuvent donc être considérées comme les premiers et les plus grossiers essais de l'art d'écrire. On a dû sentir bientôt l’imperfection de cette méthode de conserver la mémoire des faits. Ce devait être une opération bien longue et bien fastidieuse que celle de peindre ainsi chaque événement; et comme les affaires se compliquent et que les événemens se multiplient dans toutes les sociétés, les annales devaient former en peu de temps un volume énorme. D'ailleurs on ne peut peindre que les objets qui tombent sous le sens. Nos conceptions n’ont aucune forme sensible, et puisque l’écriture en tableau ne pouvait les peindre, elle ne pouvait être qu'un art très imparfait. La nécessité de le perfectionner a dû aiguiser l'invention, et l'esprit humain , dans le Nouveau-Monde, tenant la même route qu’il a suivie dans l’Ancien, l’art a dù faire successive-
. ment les mêmes pas, c'est-à-dire aller de la - peinture de l’objet à l'hiéroglyphe, au symbole
allégorique, ensuite à des caractères arbitraires, pour arriver avec le temps à un alphabet capable d'exprimer toutes les combinaisons de sons employés dans le discours. On voit dans les peintures des Mexicains qu'ils procédèrent ainsi.
En observant avec attention les planches dont
| j'ai parlé, on y remarque quelques figures qui
approchent de l’hiéroglyphe , et dans lesquelles une partie principale de l'objet ou quelque circonstance importante du sujet est employée pour représenter le tout. Dans les annales des lois de Purchas, les villes conquises sont constamment réprésentées par la figure grossière d'une maison; mais pour distinguer les villes particulières dont les souverains du Mexique s'étaient emparés, on trouve employés des emblèmes particuliers , quelquefois des objets naturels , d'autres fois des figures arbitraires. Dans le rôle des impôts publié par l’archevèque de Tolède, on ne voit point la maison, symbole ordinaire d'une ville, mais seulement un emblème qui la représente. Ailleurs on a été plus loin et l’on s'est approché davantage de l'hiéroglyphe plus figuré et plus arbitraire. Pour désigner un monarque qui a étendu son domaine par la force des armes, on a figuré le monarque et les villes qu'il a conquises avec un bouclier couvert de flèches placé entre luiet les villes. On ne trouve cependant dans leurs peintures qu'un seul exemple de tentative pour exprimer des idées d'objets qui n'ont aucune forme sensible ; c’est dans leur manière de désigner les nombres. Ils avaient inventé pour cela des caractères ou signes de pure convention dont ils se servaient pour compter les années du règne de leurs rois et le montant des sommes payées au trésor royal. La figure du cercle représente l'unité. Elle se répète pour exprimer les petits nombres, des marques particulières expriment les nombres plus grands, et il y en a pour désigner tous les nombres cardinaux depuis vingt jusqu'à huit mille. La courte durée de l'empire des Mexicains ne leur a pas permis d'avancer plus loin dans cette route qui conduit les hommes de la peinture si laborieuse et si compliquée des objets réels à la simplicité et à la facilité de l'écriture alphabétique. Quoiqu'on découvre dans l'emploi de ces moyens quelques idées qui pouvaient les conduire à notre écriture, on ne peut cependant y voir rien de plus qu'une écriture en tableaux, plus parfaite que celle des sauvages de l'Amérique, en raison même de leur supériorité sur ces petites peuplades, mais qui est encore assez défectueuse pour n’appartenir qu’au premier période du progrès que doit avoir
fait une nation pour être mise au rang des peu- | civiles on trouve des traces de cette barbarie que
ples civilisés (150).
Leur manière de mesurer le temps est une preuve moins équivoque de leur industrie. Ils divisaient l’année en dix-huit mois, chacun de vingt jours, qui tous ensemble faisaient trois cent soixante jours. Mais comme ils avaient observé que le soleil ne faisait pas sa révolution
tout entière dans cette période, ils avaient | | nemis des Mexicains, étaient aussi sans cesse en
ajouté cinq jours à l'année. Ces cinq jours intercalaires étaient appelés d'un nom synonyme de surnuméraire où perdu, et comme ils n’appartenaient à aucun mois, pendant toute leur durée il ne se faisait aucune cérémonie religieuse !. Une différence si peu considérable entre l'année des Mexicains et l'année vraie prouve que ces peuples avaient porté quelque attention à des recherches et des spéculations sur lesquelles les hommes ne tournent jamais leurs pensées tant qu’ils sont dans l’état de barbarie.
Tels sont, dans les mœurs et le gouvernement des Mexicains , les traits les plus frappans qui peuvent les faire regarder comme un peuple
très civilisé, tandis que d’autres circonstances | peuvent faire croire que par leur caractère et |
plusieurs de leurs institutions ils ne différaient pas beaucoup des autres Américains.
Les Mexicains, comme les tribus sauvages qui les environnaient, étaient sans cesse.en guerre, et les motifs qui les y poussaient semblent avoir été les mêmes ; ils combattaient pour satisfaire leur vengeance en versant le sang de leurs ennemis. Dans les combats ils cherchaient principalement à faire des prisonniers, et la victoire était d'autant plus éclatante qu'ils en faisaient davantage. On ne rendait jamais de prisonniers; tous étaient égorgés sans miséricorde, et les vainqueurs les mangeaient avec la férocité d'un peuple entièrement sauvage. En quelques occasions, la barbatie était portée à des excès encore plus monstrueux. Leurs principaux guerriers se couvraient quelquefois de la peau sanglante des malheureuses victimes qui avaient. succombé sous leurs coups et allaient dansant dans les rues, célébrant leur propre valeur'et insultant à leurs ennemis?. Jusque dans leurs institutions
1 Acosta, lib. vi, cap. 11.
2 Herréra, Decad. 1, lib. 11, cap. xv. Gomara, Chron., cap. coxvu.
leur système de guerre leur inspirait. Leë quatre principaux conseillers de l'empire étaient distingués par des titres atroces qui n'avaient pu être imaginés que chez une nation qui se plait dans le carnage et dans le sang (151). Cette férocité de caractère se trouve dans toutes les nations de la Nouvelle-Espagne, Les Tlascalans, les peuples du Mechoacan et d’autres états en-
gucrre et traitaient leurs ennemis avec la mème cruauté. À mesure que les hommes s'unissent en société et vivent sous l'empire des lois et d’une police régulière , leurs mœurs s’adoucissent, les sentimens d’humanité naissent en eux. Les druits et les devoirs sont mieux connus. La férocitédes guerres s’affaiblit, et même au milieu des combats les hommes se souviennent de ce qu'ils se doivent les uns aux autres. Le sauvage combat pour détruire, le citoyen pour conquérir, Le nremier est inaccessible à toute pitié et n’épargne personne ; le dernier a acquis une sensibilité qui adoucit ses fureurs. Cette sensibilité paraît avoirété entièrement étrangère aux Mexicains. La barbarie avec laquelle ils faisaient la guerre était telle qu'on ne peut laisser d'en conclure qu'ils étaient bien imparfaitement civilisés.
Leurs cérémonies funèbres avaient le même
| caractère de cruauté, A la mort des grands et
surtout de l’empereur, un certain nombre de ses domestiques étaient choisis pour l'accompagner dans l’autre monde , et ces malheureuses victimes étaient égorgées sans miséricorde et ensevelies dans le. même tombeau !.
Quoique leur agriculture fût plus avancée que celle des peuplades errantes qui ne vivent presque que de leur chasse ; elle ne paraît pas leur avoir fourni autant de subsistance qu'il en faut à des hommes rassemblés pour se livrer avec quelque suite aux travaux dé. l’industrie. Les Espagnols ne remarquérent. point que les Mexicains fussent plus robustes que les autres Américains. Ils observaient que: les uns et les autres étaient faibles et peu propres à supporter la fatigue, et que la force d'un Espagnol surpas: sait celle de plusieurs Indiens. Ils imputaient cette différence au défaut de nourriture et à la mauvaise qualité des alimens, qui suffisaient
!'Herréra, Decad. 11, lib. 1, cap. xvinr. Gomara, Chron., cap. cou.
e cette barbarie que inspirait. Les quatre empire étaient dises qui n’avaient pu nation qui se plait sang (151), Cette ive dans toutes les yne, Les Tlascalans, t d’autres états enaussi sans cesse en nemis avec la mème hommes s'unissent empire des lois et s mœurs s'adoucislité naissent en eux, t mieux connus. La ,etmême au milieu souviennent de ce autres. Le sauvage yen pour conquérir, toute pitié et n'ér a acquis une senrs. Cette sensibilité trangère aux Mexielle ils faisaient la ut laisser d'en conrfaitement civilisés.
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Cap. XVIII, Gomara,
pour soutenir la vie et non pour former une constitution robuste {, Ces remarques ne se seraient pas présentées dans un pays qui eût fourni avec abondance des subsistances à ses habitans. La diff ulté que Cortès trouva à faire vivre le petit cops de troupes qu'il avait avec lui et la nécessité où les Espagnols furent. souvent de recourir aux productions spontanées de la terre semblent confirmer ce jugement et nous donnent une idée désavantageuse de l'état de la culture de l'empire du Mexique. :
Cette opinion se trouve encore confirmée par une pratique universellement établie dans toute la Nouvelle-Espagne. Les femmes mexicaines nourrissaient toutes leurs enfans de leur lait pendant plusieurs années, et pendant ce tempslà elles n’habitaient pas avec leurs maris 2, Cette précaution contre une augmentation de famille qui leur aurait été à charge, quoique nécessaire, comme je l'ai déjà observé parmi des sauvages dont la vie est si dure et la subsistance si précaire, ne se serait pas conservée chez un peuple qui eût vécu dans quelque aisance.
La vaste étendue de l'empire du Mexique, circonstance qu’on regarde avec raison comme la preuve la plus décisive d'un progrès considérable dans l’art du gouvernement, est un de ces faits de l'histoire du Nouveau-Monde qui semble avoir été admis sans assez d'examen.
Les historiens espagnols, pour relever les exploits de leurs compatriotes, s'accordent à représenter l'empire de Montézuma comme s'étendant sur toutes les provinces de la Nouvelle-Espagne
du nord à la mer du Sud; mais une grande partie
des pays des montagnes était possédée par les Otomies, nation féroce , qui paraît avoir été le reste des habitans originaires du pays conquis par les Mexicains. Les provinces situées au nord et à l’ouest de Mexico étaient occupées par les Chichemecas et d’autres peuplades de chasseurs. Toutes ces nations ne reconnaissaient point le
monarque du Mexique. Même dans le pays plat | et dans l’intérieur plusieurs villes et provinces : n'avaient jamais subi le joug. Tlascala, quoique |
placéeseulement à vingt-et-une lieues de la capi-
tale de l'empire, était une république indépen- | moyen général d'échange et d'évaluation. Cette
. lRelat.ap. Ramus., M1 , 306, A. Herrera, Decad. II lib. 1v. cap. xvn. Decau, HE, lib VE, Cap. XVI.
? Gomara, Chron., cap. ccvm. Herrera, Decad. 11, lib.1v, cap. xvi.
dante et ennemie, Cholula, quoique encore plus voisine , n'était soumise que depuis fort peu de temps lors de l'arrivée des Espagnols. Tepeaca, éloignée de trente lieues de Mexico, parait avoir été un état séparé , gouverné par ses propres lois 1, Mechoacan , dont la frontière n'était qu’à quarante lieues de Mexico , était un royaume puissant , célèbre par son implacable inimitié pour les Mexicains ?. Ces puissances ennemies circonscrivaient l'empire de tous les côtés. Nous devons donc rabattre beaucoup des hautes idées que nous donnent de son étendue les descriptions des historiens espagnols.
Avec £ette indépendance des divers états de la Nouvelle-Espagne, il ne pouvait y avoir que peu de communication entre ses diverses provinces. Même dans l’intérieur du pays et à peu de distance de la capitale il n'y avait pas de routes d’un district à un autre, et quand les Espagnols voulurent y pénétrer ils furent obligés de s'ouvrir des chemins au travers des bois et des marais3, Lorsque Cortès, en 1525, se hasarda à marcher de Mexico au pays des Honduras, il trouva des difficultés et essuya des fatigues aussi grandes que celles qu'il eût pu rencontrer dans les lieux les plus déserts de tout le reste de l'empire. Dans quelques endroits, il fut obligé de se frayer une route à travers des bois impénétrables ou des plaines couvertes d'eau. Dans d’autres il y avait si peu de culture que ses troupes furent souvent à la veille de périr par la faim. Ces faits bien constans s'accordent mal avec les descriptions pompeuses de la police et de l’industrie des Mexicains, et ne donnent guère de ce pays des idées différentes de celles que nous avons des parties occupées par les tribus du nord de l'Amérique, où l’on n'a trouvé aucune trace de communication établie que ce que les sauvages appelaient et ce qu’on appelle encore un sentier de commerce ou de guerre , peu de marques d’industrie et nul monument des arts 4.
Une preuve non moins frappante de ce défaut de communication et decommerce au Mexique, est le défaut de monnaie et de tout autre
! Herrera, Decad. 1, lib. x,cap. xv.xxt B. Diaz, p. 130 2 Herrera, Decad. HA, lib. 11, cap. x.
5 B. Diaz, cap. cLxvi, CLXXVI.
4 Herrera, Decad. I, Gb vi, cap. vin.
découve:te est un des pas les plus importans dans les progrès des nations. Sans ce secours tous les échanges se font si lentement , si difficilement qu'ils ne peuvent être ni nombreux ni variés. L'invention de ce moyen de commerce est d'une si haute antiquité dans notre hémisphère et remonte si fort au-delà de toutes les époques authentiques de l'histoire, qu’elle semble presque aussi ancienne que la société. Les métaux précieux paraissent avoir été employés de fort bonne heure à cet usage, parce que leur valeur est plus permanente, qu'ils sont plus facilement divisibles et qu'ils ont beaucoup d’autres qualités qui les rendent plus propres à servir de mesure commune qu'aucune autre substance que la nature ait soumise à l'empire de l'homme.
Mais dans le Nouveau-Monde, même dans les contrées où l'or et l'argent se trouvent en plus grande abondance, on ny connaissait point cet usage de ces métaux. Ils n'étaient pas encore assez nécessaires aux besoins des peuplades grossières ou des monarchies imparfaitement civilisées de l'Amérique. Tout le commerce était conduit par des échanges en nature. Ce défaut d'un moyen d'échange et d'évaluation si avantageux et qui apporte tant de commodités dans la . vie civile, doit ètre regardé comme une marque certaine de l'état encore imparfait de la police des Mexicains. Cependant on commençait à sentir dans le Nouveau-Monde l'inconvénient de manquer de l'instrument général du commerce, et l'on faisait quelques efforts pour y suppléer. Au Mexique, où le commerce était plus étendu qu'en aucune autre partie de l'Amérique, on avait commencé à employer une mesure commune de la valeur dont l'usage rendait les petits échanges plus faciles. Comme le chocolat était d'un usage commun à toutes les classes de citoyens, les noix ou amandes de cacao étaient reçues en échange des marchandises de peu de valeur. Le cacao étant ainsi considéré comme
un moyen d'échange, la valeur de ce que l'a- |
cheteur voulait acquérir et de ce que le vendeur
voulait vendre s'estimait par le nombre des noix |
de cacao qu'on pouvait obtenir en échange de la marchandise achetée ou vendue. C’est là le plus grand pas que les Américains semblent avoir fait vers la découverte de la monnaie. Si le défaut de monnaie peut être regardé comme une preuve de leur barbarie, l'expédient par
| | pl
lequel ils avaient imaginé d'y suppléer est d'un autre côté une marque décisive de leur. supériorité sur les autres nations de l'Amérique daus les connaissances et dans les arts qui accompagnent la civilisation.
Tel était l'état où les conquérans du Mexique trouvèrent plusieurs de ses provinces. Leurs villes elles-mêmes quelque grandes et peuplées qu'elles fussent, paraissent plutôt avoir été l’asile d'hommes qui ne font que sortir de la barbarie que l'habitation paisible d'un peuple policé. D'après la description qu'on nous donne de Tlascala , cette ville ressemblait beaucoup à un village indien. Ce n'était qu’un amas de huttes basses, dispersées çà et là selon le caprice de chaque propriétaire, bâties en terre et en pierre et couvertes de roseaux, qui ne recevaient de jour que par une-porte si basse qu’on ne pouvait y entrer qu’en se courbant !, Quoique la situation de Mexico sur le lac eût produit une disposition plus régulière des maisons, la structure du plus grand nombre était également grossière. Les temples même et les édifices publics ne paraissent pas avoir mérité les éloges, pompeux qu'en font les historiens espagnols. Autant qu'il est possible d'en juger par leurs descriptions obscures et peu exactes, le grand temple de Mexico, le plus célèbre de la Nouvelle-Espagne, assez élevé pour qu'on y montât par un perron de cent quatorze marches, était une masse s0lide de terre de forme carrée et revêtue en partie de pierre. Chaque côté de sa base avait quatre-vingt-dix pieds, et comme il allait en diminuant , l’édifice se terminait par le haut en un espace d'environ trente pieds carrés, où était placée une figure de la divinité et deux autels sur lesquels on sacrifiait les victimes?. Les autres temples les plus célèbres dela nouvelle Espagueres semblaient tous à celui de Mexico(152). De tels édifices ne donnent pas l’idée d’un grand progrès de l’art, puisqu'on peut difficilement concevoir plus de grossièreté dans les premiers ouvrages d'une nation qui commence à élever des monumens publics.
A en croire les historiens espagnols , le palais de l’empereur et les maisons des principaux nobles montraient plus d'art et d'industrie. On y voyait quelque élégance dansle dessin et des dis-
1 Herrera, Decad. 1, lib. vi, cap. xu.
2 Jbid., lib. VIN, Cap. XVIL.
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