CAP. XI
tributions assez commodes. Cependant si des édifices pareils eussent existé dans les villes du Mexique , on en trouverait encore quelques restes. Par la manière dont Cortès conduisit le siége de Mexico, nous pouvons croire que tous les monumens un peu considérables de la capitale ont été détruits. Mais comme il ne s’est écoulé que deux siècles et demi depuis la conquête de la Nouvelle-Espagne, il paraît impossible qu’en un espace de temps si court ces édifices vantés aient disparu sans laissser après eux aucun vestige et que dans aucune des autres villes, surtout parmi celles qui n'ont pas été emportées de vive force, il n'y ait aucune ruine qui atteste leur ancienne magnificence.
Dans les plus petits villages des Indiens il y a des bâtimens d'une plus grande étendue et d'une plus grande élévation que les maisons des particuliers. Ceux où se tient le conseil de la nation, où elle s'assemble dans les fêtes publiques, sont magnifiques comparés aux autres. La distinction des rangs et l'inégalité des propriétés étant établie parmi les Mexicains, le nombre des grands édifices devait y être aussi plus considérable que dans les autres nations de l'Amérique : il ne parait pourtant pas qu'il y en ait eu aucun qui meritât par sa magnificence ou sa s0lidité les pompeuses épithètes que les auteurs espagnc!s leur donnent en les décrivant. Il est probable que quoique plus ornés et construits sur une plus grande échelle, ils étaient bâtis des mêmes matériaux légers et peu durables qu’on employait pour les maisons communes (153), puisqu’en moins de deux cent cinquante années le temps en a emporté jusqu'aux moindres ves-
tiges (154).
Tous ces faits rassemblés prouvent évidemment que la civilisation du Mexique était beaucoup plus avancée que parmi les nations sauvages que nous avons fait connaître; mais il n’en est
pas moins manifeste qu’en beaucoup de choses
les historiens espagnols ont exagéré les progrès des Mexicains. Il n’y a point de source plus commune et plus féconde d’erreur , en décrivant les mœurs et les arts des nations sauvages ou à demi civilisées, que d'y appliquer les noms et les expressions dont on se sert pour désigner les institutions et les arts des peuples polis. Lorsqu'on a eu donné le nom de roi ou d’empereur au chef d'une petite peuplade, le lieu de sa rési-
dence a dà s'appeler palais et son petit cortége a dû prendre le nom de cour. De pareilles dénominations ont donné aux choses une importance qu'elles n'avaient pas; l'illusion se répand et chaque partie du récit étant embellie de fausses couleurs, l'imagination est tellement égarée par la ressemblance des noms qu'il lui devient dif-ficile de distinguer des objets qui n’ont aucune ressemblance entre eux. Lorque les Espagnols abordèrent pour la première fois au Mexique, ils furent si frappés de l'apparence de police et de quelques ouvrages des arts, fort supérieurs à ceux des nations grossières qu'ils avaient jusque-là visitées en Amérique, qu'ils s'imaginèrent avoir enfin découvert dans le Nouveau-Monde un peuple civilisé. Dans leurs descriptions, ils paraissent ne perdre jamais de vue cette comparaison entre les habitans du Mexique et leurs sauvages voisins, En observant avec admiration la supériorité des Mexicains marquée en plusieurs choses, ils eraploient à décrire leur police imparfaite et leurs arts grossiers des termes qui ne sont applicables qu'à des nations infiniment plus avancées dans la civilisation et dans les arts. Ces deux circonstances concourent à diminuer beaucoup la confiance qu'on doit aux descriptions de l’état du Mexique que nous ont laissées les premiers historiens espagnols. En comparant cette nation à d'autres petits peuples sauvages , ils ont laissé leurs idées s'élever beaucoup audessus du vrai, et les termes qu’ils ont employés dans leurs descriptions ont encore contribué à augmenter l'exagération. Les écrivains postérieurs ont adopté le style des premiers et l'ont chargé encore davantage. Solis, en traçant le caractère de Montézuma et en décrivant la splendeur de sa cour , les lois et la police de son empire, emploie les mèmes expressions dont on se servirait pour faire connaître le souverain et :s institutions de la nation la plus civilisée de l’Europe.
Mais quoiqu'il faille reconnaitre que la chaleur de l'imagination espagnole a ajouté quelques embellissemens à ces descriptions, on n'est pas en droit pour cela de prononcer avec le ton décisif qu’emploient plusieurs auteurs, que tout ce qu on a écrit de l'étendue, de la police et des lois du Mexique, n’est qu'un amas de fictions d'hommes qui ont voulu tromper ou qui avaient un grand penchant à croire au merveilleux. Il y a peu de
faits historiques qu'on puisse établir sur des témoignages plus incontestables que les faits principaux de l'histoire du Mexique. Ce sont des témoins oculaires qui rapportent ce qu'ils ont vu, des hommes qui ont vécu parmi les Mexivains avant et après la conquête qui décrivent des institutions et des mœurs qui leur étaient familières, des personnes de professions différentes, militaires, prêtres, jurisconsultes, à qui les objets doivent s'être présentés sous des aspects différens; et tous concourent à rendre le même témoignage. Si Cortès s'était hasardé. à tromper son souverain en lui faisant un tableau de mœurs imaginaires , il n’eût pas manqué d’ennemis et de rivaux empressés à découvrir sa tromperie et à en tirer parti pour lui nuire, Mais , comme le remarque avec raison un auteur qui a éclairei par sa sagacité et embelli par son éloquence l'histoire de l'Amérique! , cette supposition est aussi invraisemblable que le projet eût été audacieux. Parmi les destructeurs de ce grand empire il n’y en avait pas un seu assez éclairé pour imaginer un système de police aussi bien combiné et aussi bien d'accord dans toutes ses parties que celui qu’ils attribuent aux Mexicains. D'où auraient-ils emprunté l'idée de plusieurs institutions ignorées à cette époque de toutes les autres nations connues? Au commencement du seizième siècle , il n'y avait en Europe aucun établissement semblable à celui qu'on avait formé au Mexique pour porter au souverain des nouvelles de toutes les parties de son empire. La même observation peut s’appliquer à ce qu’on nous dit de la forme de la ville de Mexico , de sa police et de ses différentes lois pour l'administration de la justice. Tout homme accoutumé à observer les progrès des nations remarquera souvent dansles premiers pas qu’elles font , les germes de ces idées , d’où résultent des établissemens qui font la gloire et l'ornement des sociétés arrivées au plus haut degré de civilisation, Même dans l’état de civilisation imparfaite où se trouvait l'empire du Mexique, la sagacité ingénieuse de quelque observateur, excitée ou aidée par des circonstances que nous ne connaissons pas , a pu y introduire des insti- \utions dignes des sociétés les plus policées. Mais il était presque impossible que les conquérans
1 M. l'abbé Raynal, ist. phil. et polit., 1,127.
iguorans et grossiers du Nouveau-Monde, ne se faisant aucune idée des coutumes et des lois du pays qu'ils subjuguaient, sortissent hors des limites connues dans leur siècle et dans leur pays: et si Cortès et quelques-uns de ses compagnons eussent été capables de cet effort, pourquoi leurs successeurs auraient -ils travaillé à perpétuer l'erreur? Pourquoi Corita ou Motolinea ou Acosta auraient-ils voulu amuser leur souverain et leurs compatriotes de contes entièrement fabuleux P
En un point cependant les guides que nous avons dà suivre ont représenté les Mexicains comme plus barbares peut-être qu'ils ne l’étaient réellement, Leurs dogmes religieux et les cérémonies de leur culte sont représentées comme féroces et cruelles au plus haut degré.
La religion , qui ne tient pas une grande place dans la tête d’un sauvage qui n'a pas des idées fort claires d’une puissance supérieure et dont les rites sont simples et en petit nombre , était chez les Mexicains un système régulier ; elle avait ses prètres, ses temples, ses victimes et ses fêtes. Cela même est une preuve claire que l'état des Mexicains était très différent de celui des nations sauvages de l'Amérique. Mais de l’extravagance de leurs notions religieuses, ou de l’atrocité de leurs cérémonies, on ne peut tirer aucune conséquence contre leur civilisation. Ler. nations conservent des systèmes de superstition fondés sur les absurdes notions des premiers âges de leur formation , long-temps après que leurs idées ont commencé à s'étendre et leurs mœurs à se polir. Nous pouvons cependant juger du earactère des Mexicains d’après l'esprit de leur religion. La superstition s'y montrait sous un aspect sombre et atroce, Leurs divinités y étaient environnées de la terreur et se plaisaient dans ka vengeance. Elles étaient représentées au peuple sous les formes les plus capables d’inspirer l'horreur. Les temples étaient décorés de figures de serpens , de tigres et d’autres animaux destructeurs. La crainte était le seul:sentiment qui animait leurs dévots. Les jeûnes, les mortifications, les souffrances, poussés aux exeès les plus cruels, étaient les moyens qu'ils employaient pour gpaiser la colère de leurs dieux, et ils n’approchaient jamais de leurs autels sans les teindre de leur propre sang. De toutes les offrandes les sacrifices humains étaient celles
uveau-Monde, ne se tumes et des lois du sortisseñt hors des cle et dans leur pays; de ses compagnons et effort, pourquoi Ils travaillé à perpérita ou Motolinea ou muser leur souverain ntes entièrement fa-
es guides que nous senté les Mexicains tre qu'ils ne l’étaient religieux et les céréreprésentées comme aut degré.
pas une grande place jui n’a pas des idées > supérieure et dont petit nombre , était 1e régulier ; elle avait ses victimes et ses euve claire que l'état rent de celui des nale. Mais de l'extravaieuses , ou de l’atrone peut tirer aucune ilisation. Les. nations > superstition fondés es premiers âges de après que leurs idées et leurs mœurs à se ant juger du earacl'esprit de leur relintrait sous un aspect inités y étaient ense plaisaient dans la arésentées au peuple bles d'inspirer l’horécorés de figures de es animaux destruc- 1l sentiment qui anis, les mortifications, aux exeës les plus qu'ils employaient leurs dieux, et ils eurs autels sans les g-'De toutes les ofnains étaient celles
qu'ils croyaient les plus agréables à ces dieux. Une pareille religion se joignant à l'esprit de vengeance implacable commun à tous les Américains et y ajoutant une force nouvelle, dévouait dune mort cruelle tous les prisonniers de guerre, qui étaient immolés solennellement à la divinité{155).Le cœuret la tête de la victime étaient la part consacrée aux dieux. Le guerrier qui s'était rendu maître du prisonnier emportait le corps pour s'en repaître dans un festin avec ses amis. Sous l'empire de ces idées funestes et terribles, accoutumé à verser le sang et à voir ces scènes horribles consacrées par la religion, le cœur de l'homme devait s’endurcir et se fermer à tout sentiment d'humanité, Aussi les Mexicains étaient-ils féroces et impitoyables. L'esprit de leur religion balançait si fortement l'influence de la police et des arts, que, malgré les progrès qu’ils y avaient faits, leurs mœurs au lieu de s'adoucir en étaient devenues plus féroces, L'histoire de ce peuple ne nous est pas assez connue pour que nous sachions quelle cause avait donné à leur superstition ce caractère de cruauté; mais l'influence de leur religion est évidente et avait produit chez eux des effets singuliers dans l’histoire de l'esprit humain , les mœurs du peuple du Nouveau-Monde qui avait fait le plus de progrès vers la civilisation étant plus féroces et quelques-unes de leurs coutumes plus barbares que celles des nations sauvages du reste de l'Amérique.
L'empire du Pérou se vante d’une antiquité plus grande que celui du Mexique : selon les traditions recueillies par les Espagnols, il avait subsisté quatre cents ans sous douze monarques ; mais les Péruviens n'ont pu communiquer à leurs conquérans que des connaissances très impar-
tions de l'Amérique, l'art d'écrire, et manquaient du seul moyen par lequel on peut conserver avec quelque exactitude la mémoire des événemens. Chez les peuples même où l’art de l'écriture est connu, l’époque où l’histoire commence à prendre quelque authenticité est de beaucoup postérieure à cette utile invention, qui a servi long-temps aux usages ordinaires et communs
Cortès, Relat. ap. Ramus., I, 240, etc. B. Diaz,
Cap. xxx. ACOSla, lib, v, cap. xux,, etc. Herrera, De. cad Al, lib. ui, cap. xv, ete. Gomara, Chron., c. LXXX, etc.
de la vie, avant d'être employée à fixer le sou venir des faits pour le transmettre d'un sièc'e à
. l'autre, Mais la tradition seule n'a jamais trans-
mis les connaissances historiques d'une manière suivie et régulière durant un periode aussi long que la moitié de celui qu'on donne à la durée de la monarchie du Pérou,
Les quipos, ou nœuds de cordons de différentes couleurs, que des écrivains, amateurs du merveilleux , nous donnent comme des annales régulières de l'empire, ne suppléaient quetrès imparfaitement à l'écriture, Selon la description obscure qu’en fait Acosta ! , suivi à la lettre par Garcilasso de la Vega qui n’a fait que le copier, les quipos paraissent n'avoir été qu'un moyen de calculer plus vite et plus sûrement, Les eouleurs différentes exprimaient les différens objets, et chaque nœud un nombre particulier, ‘Les quipos étaient une espèce de registre où l'on tenait compte du nombre d’habitans de chaque province , et de ses différentes productions qu'on rassemblait dans des magasins pour le service de la nation ; mais comme ces nœuds, de quelque manière qu'il fussent variés et combinés , ne pouvaient porter à l’esprit aucune notion abstraite, et ne pouvaient peindre ni les opérations ni les qualités de l'esprit, ils étaient de peu d'utilité pour conserver la mémoire tant des anciens événemens que des institutions politiques. Les peintures imparfaites et les symboles grossiers des Mexicains pouvaient servir mieux à cet usage. Quand les quipos auraient été plus utiles pour conserver l’histoire et plus propres à suppléer à Pécriture, ils ont été si entièrement détruits, ainsi que tous les autres monumens de l'industrie des Péruviens, dans
. la dévastation générale causée par la conquête faites et très incertaines de leur ancienne his- | toire(156). Ils ignoraient, comme les autres na-
et par les guerres civiles qui l’ont suivie, qu’aucune lumière ne peut nous venir de ce côté-là Tout le zèle de Garcilasso de la Vega pour la gloire de la race des monarques dont il descendait, toute l’activité de ses recherches et les grandes facilités qu'il avait pour les suivre ne lui ont pas fait connaitre une seule source où n'eussent pas puisé les auteurs espagnols qui avaient écrit avant lui. Dans son Commentair : royal , il se borne à éclaircir ce qu'ils ont rapporté de l'histoire et des institutions du Pérou 2
1 Aist., lb. vi, cap. vin.
2 Lib. 3, cap. x.
et ses éclaircissemens, comme leurs récits, ne sont fondés que sur la tradition courante parmi ses compatriotes. 5
IL suit de là que les petits détails que ces écrivains nous donnent des exploits, des batailles, des conquêtes et du caractère particulier des premiers monarques péruviens ne méritent guère notre croyance. Nous ne pouvons regarder comme authentiques qu'un petit nombre de faits si étroitement liés avec le système de leur religion et de leur politique intérieure, que la mémoire n'a pu s’en perdre : à quoi il faut ajouter les coutumes et les institutions qui étaient encore établies au temps de la conquête, et que les Espagnols purent observer, C'est en examinant ces deux sortes de faits avec attention et en tâchant de les séparer de ceux qui paraissent fabuleux ou dépourvus de preuves que je me suis efforcé de me faire une idée des mœurs et du gouvernement des Péruviens.
Les peuples du Pérou, comme je l'ai déjà dit L étaient encore dans toute la grossièreté de la vie sauvage, lorsque Manco-Capac et sa femme Mama-Ocollo se montrèrent à eux pour les instruire et les civiliser. La tradition des Péruviens ne nous apprend point qui étaient ces deux personnages extraordinaires ; s'ils apportaient leur système de législation et les connaissances des arts de quelque pays plus civilisé, ou s'ils étaient natifs du Pérou; comment ils s'étaient élevés à des idées si fort au-dessus de celles de la nation à laquelle ils s'adressaient. Manco-Capac et sa femme , profitant du penchant des Péruviens à la superstition, et surtout de leur vénération pour le soleil, prétendirent qu'ils étaient les enfans de ce bel astre, et qu'ils venaient les éclairer et les instruire en son nom et par son autorité. La multitude écouta et crut. Nous avons vu plus haut le changement qui se fit dans les mœurs et dans la police des Péruviens, et que les historiens attribuent aux fondateurs de cet empire, et comment les instructions de l'Inca et de sa femme répandirent parmi eux quelque connaissance des arts et quelque goût pour les commodités de la vie, Ces bienfaits furent d’aboi à resserrés dans des limites fort étroites ; car l’autorité du premier Inca ne s'étendit point au-delà de quelques lieues autour de Cuzco
"Liv. vi, paye G60,
Mais dans la suite des temps, et peu à peu, ses successeurs soumirent tous les pays qui s'étendent à l'ouest des Andes, depuis. le Chili jusqu'à Quito, et établirent dans toutes ces provinces leur gouvernement et leur religion.
Le gouvernement des Péruviens a cela de singulier et de frappant qu’il doit à la religion son esprit et ses lois. Les idées religieuses font très peu d'impression sur l'esprit d'un sauvage; leur influence sur ses sentimens et sur ses mœurs est à peine sensible. Parmi les Mexicains , la religivn réduite en système, tenant une grande place parmi leurs institutions publiques, concourait avec beaucoup de force à former le ca ractère national. Mais au Pérou tout le système civil était fondé sur la religion. L’Inca n’était pas seulement un législateur, mais un envoyé du ciel. Ses préceptes étaient reçus, non pas comme les ordres d'un supérieur, mais comme les oracles de la Divinité, Sa famille était sacrée, et pour la tenir séparée et sans aucun mélange impur d'un sang moins précieux, les enfans de Manco-Capac épousaient leurs propres sœurs, et aucun ne pouvait monter sur le trône sans prouver sa descendance des seuls en/ans du soleil. C'était là le titre de tous les descendans de l'Inca , et le peuple les regardait avec le respect dû à des êtres d'un ordre supérieur, On croyait qu'ils étaient sous la protection immédiate de la divinité qui leur avait donné naissance , et que toutes les volontés de l'Inca étaient celles de son père le soleil.
Deux effets résultaient de cette influence de la religion sur le gouvernement. L'autorité de l'Inca était absolue et illimitée dans toute h force de ces termes. Lorsque les décrets d'un souverain sont regardés comme des commande.
mens de la divinité, c'est non-seulement un acte de révolte, mais un acte d'impiété de s’y opposer. L'obéissance devient un devoir de religion, et comme ce serait un sacrilége de blamer l'administration d'un monarque qui est immédiatement sous la direction du ciel et une audace présomptueuse de lui donner des avis, il ne reste plus qu'à se soumettre avec un respect aveugle. Tel doit être nécessairement le principe de tout gouvernement établi sur la base d'un commerce avec le ciel, De là aussi la soumission des Péruviens envers leurs souverains : les plus puissans et les plus élevés de leurs sujets recon-
naiss rieure taient comm dispos de l'Ir coacti ficier du pe des m l'empi
” trer le
frange deven:
tous l Il fa de cet ment | Ce n" huma fautes atroce tête d que p:
vitable ne pot des n:
sévère et au ( les cri les Pé crédul telle c trême ques € raient craint regar!
l'offer varica Le cas ay rent « tourn la nat de la bonh.
princi 1 Za *Ve
s, et peu à peu, ses les pays qui s'étenpuis.le Chili jusqu'à outes ces provinces eligion.
uviens a cela de sinloit à la religion son religieuses font très t d'un sauvage; leur et sur ses mœurs est s Mexicains, la relitenant une grande ons publiques, conorce à former lé caérou tout le système ligion. L’Inca n'était ur, Mais ui Envoyé ient reçus, non pas périeur, mais comme a famille était sacrée, Sans aucun mélange écieux, les enfans de eurs propres Sœurs, ter sur le trône sans les seuls enfans du > tous les descendans regardait avec le resordre supérieur. On la protection immé- ‘ur avait donné naisontés de l'Inca étaient
de cette influence de 1ement. L'autorité de imitée dans toute là sque les décrets d'un pomme des commande:
1on-seulement un acte d'impiété de sy opnt un devoir de reliin sacrilége de blâmer arque qui est imméà du ciel et une audace nner des avis. il ne ttre avec un respect scairement le principe ibli sur la base d'un là aussi la soumission s souverains : les plus de leurs sujets recon-
naissaient en eux des êtres d’une nature supérieure; admis en sa présence, ils ne se présentaient qu'avec un fardeau sur leurs épaules, comme un emblème de leur servitude et une disposition à se soumettre à toutes les volontés de l'Inca. Il ne fallait au monarque aucune force coactive pour faire exécuter ses ordres. Tout officier qui en était chargé était l'objet du respect du peuple, et, selon un observateur judicieux des mœurs des Péruviens ! , il pouvait traverser l'empire d'une extrémité à l’autre, sans rencontrer le moindre obstacle ; car en montrant une frange du borla, ornement royal de l'Inca , il devenait le maître de la vie et de la fortune de tous les citoyens.
Il faut regarder comme une autre conséquence de cette liaison de la religion avec le gouvernement la peine de mort infligée à tous les crimes. Ce n'étaient plus des désobéissances à des lois humaines, mais des insuues à la Divinité. Les fautes les plus légères, comme les crimes les plus atroces, appelaient la même vengeance sur la tête du coupable et ne pouvaient être expiées que par son sang. La peine suivait la faute inévitablement parce qu'une offense envers le cie: ne pouvait en aucun cas être pardonnée 2. Parmi des nations déjà corrompues, des maxiues si sévères . en conduisant les hommes à la férucité et au désespoir, sont plus capables de multiplier les crimes que d'en diminuer le nombre. Mais les Péruviens avec des mœurs simples et une crédulité aveugle étaient contenus dans une telle crainte que le nombre des fautes était extrêmement petit. Leur respect pour des monarques éclairés et guidés par la divinité qu'ils adoraient les maintenait dans le devoir, et la crainte d’une peine qu'ils étaient accoutumés à regarder comme un châtiment inévitable de l'offense faite au ciel.les éloignait de toute prévarication.
Le système de superstition sur lequel les Incas avaient fondé leur autorité était très différent de celui des Mexicains. Manco-Capac avait tourné tout le culte religieux vers les objets de la nature. Le soleil, comme la première source de la lumière, de la fécondité de la terre et du bonheur de ses habitans, était le premier et le principal objet de leur hommage, La lune et les
1 Zarate, lib. :, cap. xt.
* Vega, lib. 11, cap. vu
étoiles, secondant le soleil dans ses bienfaisantes opérations, obtenaient après lui les adorations des Péruviens. Partout où le penchant de l'homme à reconnaître et à adorer une puissance supérieure prend cette direction et se porte à admirer et à contempler l'ordre et la bienfaisance qui existent réellement dans la nature, l'esprit de superstition est doux ; lorsqu'au contraire des êtres imaginaires, ouvrages de l'imagination et de la crainte des hommes, sont supposés conduire l'univers et deviennent les objets du culte religieux, la superstition prend des formes plus bizarres et plus atroces. La première de ces religions était celle des Péruviens, la dernière celle des Mexicains. Les Péruviens, il est vrai, ne s'étaient pas élevés jusqu'à des idées justes de la Divinité; on ne trouve même dans leur langue aucun terme, aucun nom donné au pouvoir inconnu et suprême qu'ils adoraient, qui puisse faire conjecturer qu'ils le regardassent comme créateur et gouverneur de l'univers !. Mais les cérémonies d'un culte adressé à cet astre brillant qui, par son énergie universelle et vivifiante , est le plus bel emblème de la bienfaisance divine, étaient douces et humaines. Ils offraient au soleil une partie des substances que sa chaleur fait produire à la terre. Ils lui sacrifiaient en témoignage de leur reconnaissance quelques-uns des animaux dont ils se nourrissaieni, et dont l’existence et la multiplication étaient dues à son influence, Ils lui présentaient des ouvrages choisis et précieux de l'industrie de leurs mains guidées par sa lumière. Jamais les Incas ne teignirent ses autels de sang humain, jamais ils n'imaginèrent que le soleil leur père pôt se plaire à recevoir de si barbaressacrifices (157). Ainsi les Péruviens, éloignés de ce culte sanglant qui éteint la sensibilité et qui étouffe les mouvemens de la compassion à la vue des souffrances de l'homme, devaient à l'esprit même de leur superstition un caractère national plus doux que celui des autres peuples de l'Amérique.
Cette influence de la religion s'étendait jus-
| qu’à leurs institutions civiles et en écartait tout
ce qui était contraire à la douceur des mœurs et du caractère. Le pouvoir des Incas, quoique le
| plus absolu des despotismes, était mitigé par
* Acosta, lib, v, cap. 11 Fe
son alliance avec la religion. L'esprit de ses sujets n'était pas humilié et avili par l'idée d'une soumission forcée à la volonté d'un être semblable à eux. L'obéissance qu'ils rendaient à un souverain revêtu d'une autorité divine était volontaire et ne les dégradait point. Lesouverain, convaincu que la soumission respectueuse de ses sujets était l'effet de leur croyance à son origine céleste, avait continuellement sous les yeux des motifs qui le portaient à imiter l'être bienfaisant dont il était le représentant. Aussi trouve-t-on à peine dans l'histoire du Pérou quelques révoltes contre le prince régnant, et aucun de ses douze monarques ne fut un tyran.
Dans les guerres même où furent engagés les Incas, ils se conduisirent avec un esprit très différent de celui des autres nations d’Amérique. Ils ne combattaient pas comme les sauvages pour détruire et pour exterminer,ou comme les Mexicains pour rassasier de sang leurs barbares divinités. Ils faisaient la guerre pour civiliser les vaincus et pour répandre les connaissances et.les arts. Les prisonniers n'étaient point exposés aux insultes et aux tourmens qu'ils étaient destinés à subir dans toutes les autresiparties du Nouveau-Monde. Les Incas prenaient sous leur protection les peuples qu'ils avaient soumis et
les faisaient participer à tous les avantages dont .
jouissaient leurs anciens sujets. Gette pratique, si opposée à la férocité américaine et si digne de l'humanité des nations les plus polies, doit ètre attribuée, comme d’autres circonstances que nous avons observées dans les mœurs des Péruviens , au génie de leur religion. Les Incas, considérant comme impie l'hommage rendu à tout autre objet qu'aux puissances célestes qu'ils adoraient, s'efforçaient de faire des prosélytes. Les idoles despeuples conquisétaient portées en triomphe au grand temple de Guzco ! et y étaient placées comme des trophées qui montaient la puissance supérieure de la divinité protectrice de l'empire. Le peuple était traité avec douceur et instruit dans la religion de ses nouveaux maîtres ?, afin que le conquérant eût la gloire d'avoiraugmenté le nombre des adorateurs du soleil.
La manière dont les terres étaient possédées
1 Hérréra, Décad. V, \ib. 1v, Cp. 1v. Vepa, lib v,
cap. xil.
* Herrera, Decad. V, lib. 1v, cap. van.
au Pérou par les citoyens n’était pas moins sin gulière que leur religion et contribuait également à adoucir le caractère de ce peuple. Toutes les terres étaient divisées en trois portions, L'une était consacrée au soleil , et tout ce qu'elle produisait était employé à la construction des temples et aux dépenses du culte religieux.
L'autre appartenait à l'inca et fournissait à la dépense publique et à tous les frais du gouvernement. La troisième «et la plus considérable était employée à la subsistance du peuple à qui elle était partagée. Personne cependant n'avait un droit de propriété exclusive sur la portion qui lui était attribuée. H la possédait seulement pour une année. À l'expiration de ce terme on faisait une nouvelle division selon le rang, le nombre et les besoins de sa famille. Toutes ces terres étaient cultivées (par un travail commun de tous les membres de la communauté. Le peuple averti par un officier préposé à cette administration:se rendait dans les champs et remplissait la tâche imposée. Des chants et des instrumens de musique les animaient au travail {. Cette distribution du territoire, aussi bien que la manière de le cultiver, gravait dans l'esprit de chaque citoyen l'idée d’un intérêt national et de la nécessité d’un secours mutuel entre eux. Chaque individu sentait l'utilité qui résultait pour lui de sa liaison avec ses concitoyens et le besoin qu'il avait de leur secours. Un état ainsi constitué pouvait être considéré comme une grande famille dans laquelle l'union des membres était si entière et l'échange mutuel des secours si marqué qu'il en naissait le plus grand attachement, et que l'homme était lié à l’homme plus étroitement que dans aucune autre société établie en Amérique. De là des mœurs douces et des vertus sociales inconnues dans l'état sauvage et presqueentièrement ignorées des Mexicains.
Mais, quoique les institutions des Incas fussent dirigées à fortifier les liens d'une affection mutuelle entre léurs sujets, il régnait cependant au Pérou une grande inégalité dans les conditions. La distinction des rangsy était complétementétablie. Un grandnomibre de citoyens, sous la dénomination de yanaconas, était tenu dans l’état de servitude. Leurs habillemons et
‘ Herrera, Decad.V, lib. 1v, cap. 1. Vega, lib. v, C.v.
icurs m celle des libres. ( étaient € les trava les hom office et venaient orejone taient à corps de en paix tion éta naissanc dessus dessus d Cette ses mem était fav Espagno tion où ne furen Pérou lo avec un !
faible qu yremardq fait beau et dans | servent ç L'agri dans l’ét:
au Péror que dans Espagnol vaient si espèce , € on ne les tuations quérans des parti mise en ( les besoñr sont la :
n'étaient duit des que là pé t‘rmbos
: Herrer "serrer
tait pas moins sin contribuait égalee ce peuple. Toutes en trois portions, 1, et tout ce qu'elle a construction des lu culte religieux.
et fournissait à la es frais du gouver- | plus considérable ace du peuple à qui > cependant n'avait isive sur la portion sossédait seulement on de ce terme on n selon le rang, le famille. Toutes ces un travail commun a communauté. Le préposé à cette adles champs et rems chants et des insmaient au travail !.
ire, aussi bien que ravait dans l'esprit a intérêt national et s mutuel entre eux.
utilité’ qui résultait es concitoyens et le cours. Un état ainsi sidéré comme une : l'union des memnge mutuel des seissait le plus grand e était lié à l’homme ucune autre société les mœurs douces et les dans l'état sauignorées des Mexi-
tions des Incas fusiens d'une affection , il régnait cepen- inégalité dans les srangsy était comnonibre de citoyens, 1aconas, était tenu eurs habillemons et
ip. 11. Vega, lib. v, c.v.
ieurs maisons étaient d’une forme différente de celle des habillemens et des maisons des hommes libres. Comme les {amemes du Mexique, ils étaient employés à porter des fardeaux et à tous les travaux pénibles !, Au-dessus d'eux étaient les hommes libres qui n'étaient revêtus d'aucun office et d'aucune dignité héréditaire. Ensuite venaient ceux que les Espagnols ont appelés oréjones , à raison des ornemens qu'ils portaient à leurs oreilles. Ceux-là formaient le corps des nobles et 'exerçaient tous les offices, en paix comme en guerre 2. A Ja tête de la nation étaient les enfans du soleil, qui, par leur naissance et leurs priviléges, étaient autant audessus des orejones qué ceux-ci étaient audessus des autres citoyens.
Cette forme de société, ‘tatit par l'union de ses membres que par la distinction des rangs, était favorables aux progrès des arts. Mais les Espagnols connaissant déjà le degré de perféction où différens arts avaient été au Mexique, ne furent pas si frappés de’ce qu'ils virent aù Pérou lorsqu'ilsen firent la déconvérte; et c’est avec un sentiment d'admiration beaucoup plus faible qu'ils décrivent les objets d'industrie qu'ils y remarquèrent. Cependantles Péruviénsavaient fait beaucoup plus de progrès que les Mexicains et dans les arts révéssaites ‘ét das ceux qui né servent qu'à l'agrément de la vie.
L'agriculture, cet art de première nécessité dans l'état social, était beaucoup plus étendu au Pérou et y était exercé avec plus d'habileté que dans aucune autre partie de l'Amérique. Les Espagnols en s'avançant dans le pays y trouvaient si abondamment des provisions de toute espèce, que dans le récit de leurs expéditions on ne les voit jamais ‘exposés à ces cruélles situations où la famine réduisit souvent les conquérans du Mexique. Ce n'était pas la volonté des particuliers qui réglait là quantité de terré mise en culture, mais l'autorité publique selon les besoins de la communauté. Les calamités qui sont la suite ofdinaire des mauvaises récoltes x'étaient pas fort sensibles, parce que le produit des terres consacrées au soleil, aussi bien que la portion des Intas, étant déposé dans les | {rmbos où magasins publiés, on y trouvait tou- |
* Herrera, Decad, V, lib, m, Cap. 1v; lib. &, €, van. ‘a’errera, Decad, Y, lib, IV, Cap. 1.
! jours des ressources pour les temps de disette !. Parune prévoyance si sage l'étendue de la culturé étant proportionnée aux besoins de l'état, l'industrie et l'esprit d'invention des Péruviens ne se dévloyaient avec quelque activité que pour remédier à certains inconvéniens particuliers à leur climat et à leur sol. Toutes les grandes rivières qui coulent des Andes dirigent leurs cours vers l’est jusqu'à la mer Atlantique. Le Pérou n’est arrosé que par des eaux qui coulent des montagnes en torrens. Les parties basses sont presque toutes sablonneuses et stériles, et la pluie ne les hümecte jamais. L'industrie des Péruviens avait imaginé différens moyens pour rendre ces (terres fertiles. Ils avaient fait avec beaucoup d'adresse et de patience des canaux artificiels qui distribuaïent à leuts terres d’une manière régulière les eaux de ces torrens 2. Ils amélioraient leur sol$ en y répandant la fiente des oiseaux de mer dont toutes les îles r'épandues le longe leurs côtes sont couvertes (158). Dans lé tableau ‘d'une nation entièrement civilisée, cés pritiques ättireraient à peine notre attention; mais dans l’histoire du Nouveau- Monde, où noïs ne trouvons que des hommes
dépourvus de prévoyance, elles sont dignes
d'être remarquées comme des preuvès frappantes d'art et d'industrie. L'usage de la charrue était à la vérité inconnu aux Péruviens ; ils travaillient la terre avec une espèce de bêche faite de bois dur 4. Ce travail n'était pas regardé comme assez humiliant pour être abandonné aux femmes seules. Les hommes le partageaient avec elles, et même les enfans du soleil donnaient l'exemple en cultivant de leurs mains un champ situé près du Cuzco, et ils honoraïent cette fonction en l'appelant Zeur
triomphe sur la terre 5,
La supériorité de l'industrie des Péruviens sur Celle des autres nations se montre encore dans la construction de leurs maisons et de leurs édifices publics, Dans les vastes plaines qui s’étendent le long de l'océan Pacifique, où le climat est doux et le ciel toujours serein, leurs
| maisons ne pouvaient être que d’une bâtisse
! Zaratè, lib: 1, cap. xiV. Vega, lib. 1, cap. vm.
* Zarate; lib, 1, cap. av. Vega, lib. v, Cap. a et XXEV. 5 Acosta, lib. sv, cap. xxxvn. Vega, lib, v, Cap. at # Zarate, lib, 1, cap. vur.
S Vega, lib. v, cap. H1.
très légère; mais dans les parties plus élevées où tombent des pluies, où il y a de la vicissitude dans les saisons et où la rigueur du froid se fait sentir, elles étaient construites avec une plus grande solidité, Leur forme était généralement carrée. Les murailles d'environ huit pieds de haut étaient faites de briques durcies au s0leil, Elles étaient sans fenètres, la porte en était basse et étroite. Toute simple que paraît cette construction et tout grossiers qu'en étaient les matériaux, les édifices étaient si solides que plusieurs subsistent encore aujourd'hui, tandis qu'il ne reste dans toutes les autres parties de l'Amérique aucun monument qui puisse nous donner une idée de l’état civil des autres nations. C’est surtout dans les temples consacrés au soleil et dans les palais de leurs monarques que les Péruviens déployaient toute leur industrie. Les descriptiuns que nous ont laissées de | ces édifices les écrivains espagnols qui les ont | vus lorsqu'ils étaient encore presque entiers, pourraient être regardées comme fort exagérées | si leurs ruines encore subsistantes ne garantissaient la vérité de leurs relations. On trouve | dans toutes les provinces de l'empire des restes | des édifices sacrés et des palais des Incas, et leur nombre seul prouve qu'ils sont l'ouvrage | d'une nation puissante qui doit avoir subsisté | pendant un assez long période et avoir fait des progrès assez considérables dans les arts et dans | la civilisation. Ils sont de différentes grandeurs, | quelques-uns d'une étendue médiocre, plusieurs | immenses, se ressemblant par leur solidité | ainsi que par le style de leur architecture. Le | temple de Pachacamac, avec le palais de l'Inca | et une forteresse, formaient ensemble une grande | fabrique de plus d'une demi-lieue de circuit. Ces édifices sont d’un goût singulier comme tous les autres ouvrages des Péruviens. Comme , ils ignoraient l'usage de la poulie et des autres puissances mécaniques, et qu'ils ne pouvaient | élever à une grande hauteur les grosses pierres | qu'ils employaient , les murailles de cet édifice, | qui paraît être le plus grand effort de leur in- | dustrie, n’ont pas plus de douze pieds de hauteur | au-dessus du sol. Sans mortier et sans aucune | | | |
espèce dé ciment, les briques et les pierres y sont si bien unies qu’à peine peut-on distinguer les jointures (159 . Les appartemens en étaient | mal distribués et fournissaient peu de commo- .
L] dités : autant qu'on peut reconnaître dans les ruines les anciennes distributions, il n'y avait pas une seule fenêtre dans tout l'édifice, et on n'y recevait de lumière que par la porte; de sorte que les plus grandes pièces devaient être absolument obscures à moins qu’on ne les éclairât par quelque autre moyen. Mais ces imperfections, et d'autres qu’on pourrait indiquer dans les monumens de l'architecture des Péruviens, n'empêchent pas qu'on ne doive les regarder comme des efforts étonnans d'industrie chez un peuple qui ignorait l'usage du fer, et comme une preuve de la puissance de leurs anciens rois.
Ce n'étaient pourtant pas encore les ouvrages les plus beaux et les plus utiles des Incas. Les deux grandes routes de Cuzco à Quito, qui avaient plus de cinq cents lieues de long, méritent de plus grands éloges. L'une traversait les parties intérieures et montueuses du pays, l'autre
| les plaines qui s'étendent le long de la mer. Les
premiers historiens du Pérou qui virent ces mo-
| numens en parlent avec tant d'admiration et d'i-
tonnement et ont été si bien secondés par les pompeuses descriptions des écrivains plus récens qui ont été conduits par quelque système à vanter les Américains, qu'on serait tenté de comparer ces travaux des Incas aux anciens chemins militaires dont les restes attestent ericore la puissance des Romains ; mais dans un pays où il n’y avait aucun animal domestique que le lama qui n’était pas même employé comme bète de trait et qui ne pouvait porter que des fardeaux très légers , et où les chemins un peu montueur n'étaient fréquentés que par les hommes, il ne fallait pas beaucoup d'industrie pour faire des routes. Les chemins du Pérou n'avaient que quinze pieñsde largeur !, et dans beaucoup d'endroits ils étaient faits avec si peu de solidité, qu'on ne reconnaît plus ‘aujourd'hui leur direttion. Dans les parties basses on n'avait presque fait autre chose que de planter des arbres ou des bornes qui traçaient le chemin aux voyageurs. C'était une tâche plus difficile d'ouvrir des sentiers dans les montagnes. On avait aplani quelques hauteurs et comblé quelques vallons, et pour conserver la route on l'avait bordée des deux côtés d'un banc de gazon. De distance en
1 Cieca, cap. Lx.
discan pour | ses do du pa été co!
la né, n’est | n'aitr la rec route de toi ne peu une F dans | plades eu li les pai les Me sait qi rope € coup € mens suivie la con En condu tage é La ro nord, tent d dental la vio enren trouve Péruv ne sac consti La né géré 1 saient l'osier tenda rallèle que b dages en un couvel "Xer Vega, | oa, En
reconnaître dans les ibutions, il n’y avait tout l'édifice, et on que par la porte; de pièces devaient être ins qu'on ne les éclaiyen. Mais ces imperon pourrait indiquer rchitecture des Péruron ne doive les reétonnans d'industrie it l'usage du fer, et a puissance de leurs
15 encore les ouvrages utiles des Incas. Les Cuzco à Quito, qui lieues de long, méris. L'une traversait les ueuses du pays, l'autre le long de la mer. Les rou qui virent ces mont d’admiration et d’ébien secondés par les des écrivains plus répar quelque système qu'on serait tenté de:
Incas aux anciens cheestes attestent erfcore mais dans un pays où omestique que le lama loyé comme bète de rter que des fardeaux nins un peu montueur par les hommes, il ne lustrie pour faire des Pérou n'avaient que et dans beaucoup d’enec si peu de solidité, ujourd’hui leur direcses on n’avait presque lanter des arbres où le chemin aux voyaplus difficile d'ouvrir lagnes. On avait aplani nblé quelques vailons, e on l'avait bordée des sazon. De distance en
discance on y trouvait des {ambos ou magasins pour l’Inca et sa suite lorsqu'il voyageait dans ses domaines. Cette route faite dans des parties du pays plus hautes et moins praticables avait
été construite plus solidement ; et, quoique par |
la négligence des Espagnols sur tout ce qui n’est pas relatif à l'exploitation des mines, on n'ait rien fait pour l’entretenir, on peut encore la reconnaître partout f. Telle était la célèbre route des Incas dont la description, dépouillée de toutes les exagérations et réduite à ce qu'on ne peut révoquer en doute, nous présente encore une preuve incontestable d’un grand progrès dans les arts et dans la civilisation. Les peuplades sauvages de l'Amérique n'ont pas même eu l’idée de former des communications entre les parties éloignées des pays qu'ils habitaient ; les Mexicains l’avaient à peine entrevue, et l’on sait que dans les états les plus civilisés de l’Europe ce n’est qu'après avoir déjà acquis beaucoup d’autres connaissances que les gouvernemens se sont occupés d'une manière un peu suivie des moyens de faciliter le commerce par la construction des chemins.
En faisant des chemins, les Péruviens furent conduits à procurer à leur pays un autre avantage également inconnu au reste de l'Amérique, La route des Incas, dans son cours du sud au nord, était coupée par tous les torrens qui sortent des Andes pour se jeter dans l'océan occidental. Leur rapidité, ainsi que la fréquence et la violence des inondations qu’ils occasionent , en rendait la uavigation impossible. 1 fallait donc trouver quelque expédient pour les passer. Les Péruviens, ignorant l’art de faire des voûtes, et ne sachant pas travailler les bois, ne pouvaient construire ni ponts de pierre ni ponts de bois. La nécessité, mère de l'invention, leur avait suggéré un moyen de suppléer à ce défaut. Ils faisaient des câbles d'une grande force avec de l'osier et des lianes, dont leur pays abonde. On tendait six de ces câbles, d’un bord à l’autre, parallèles entre eux et fortement attachés par chaque bout. On les liait ensemble par d'autres cordages plus petits, assez rapprochés pour former en une seule pièce une sorte de filet qui, étant couvert de branches d'arbres et ensuite de terre,
"Xerès, p. 189, 191. Zarate, lib. 1, cap. xur, xiv.
Vega, lib. 1x, cap. xur. Bouguer, Voyage, p. 105. Ul: oa, Entrelenimientos , p. 365.
faisaient un pont qu'on puuvait passer avec assez de sécurité (160). Il y avait des personnesétablies à chaque pont pour les entretenir et aider les : passagers !. Dans les pays plats, où les rivières devenaient plus profondes et plus larges, et avaient un cours moins rapide, on les passait dans des balzas, espèce de radeaux que les Péruviens construisaient et conduisaient avec une adresse qui prouve encore leur supériorité sur les autres peuples de l'Amérique. Toute l'industrie de ceux-ci se bornait à l'usage de la rame. Les Péruviens avaient osé mâter leurs petits batimens et les conduire à la voile, de sorte que non-seulement ils savaient profiter du vent pour marcher avec plus de vitesse, mais ils pouvaient même virer de bord avec assez de célérité 2, L'industrie des Péruviens n'était pas bornée à ces objets essentiels d'utilité. Ils avaient fait quelques progrès dans des arts qu'on peut appeler de luxe. Ils avaient l'or et l'argent en plus grande abondance qu'aucune autre nation de l'Amérique. Ils recueillaient l'or, comme les Mexicains, dans le lit des rivières ou en lavant les terres qui en contenaient ; mais pour se procurer l'argent , ils avaient employé une industrie et une adresse assez remarquables. Ils ne connaissaient pas, il est vrai, l’art de creuser la terre à de grandes profondeurs pour pénétrer jusqu'aux richesses qu’elle cache dans son sein ; mais ils ouvraient des cavernes sur les bords escarpés des rivières et dans Jes flancs des montagnes, et suivaient toutes les veines du métal qui ne se perdaient pas trop avant dans la terre. En d’autres endroits où le métal était près de sa surface, ils ouvraient la mine en dessus sans creuser trop profondément, afin que les travailleurs pussent jeter le minéral sur les bords du trou ou le transmettre de main en main dans des paniers 5. Ils avaient l’art de fondre la mine et de la purifier, soit par la simple application du feu , ou, quand elle était trop réfractaire et mèlée de substances hétérogènes, en la traitant dans de petits fourneaux élevés et si artistement construits que le courant d'air faisait la fonction de soufflet, machine qui leur était en-
1 Sancno, ap. Ramus., 111, 376. Zarate, lib. v, c. x1v, Vega, lib. ur, cap. vur, vu. Herrera, Decad. V, lib. 1v, Cap. 1T, 1V.
# Ulloa, Voyage, 1, 167, etc.
5 Ramusio, III, 414, A.
tièrement inconnue, Par ce moyen si simple, la mine la plus rebelle était fondue avec tant de facilité, que l'argent était assez commun au Pé- | rou pour qu’on en fit des ustensiles et des vases ! destinés aux usages ordinaires !, On prétend | | Cuzco était la seule ville qui méritât ce nom,
que plusieurs de ces ustensiles étaient aussi précieux par le travail que par la matière; mais , comme les conquérans de l'Amérique ne, con-
naissaient bien que la valeur du métal, et ne s'occupaient guère des formes que l'art lui avait | | lient par une communication fréquente et con-
données , dans le partage du butin on ne tint compte que du poids et du degré de finesse, et presque tout fut fondu.
On a vanté aussi leur adresse dans d’autres
ouvrages plus recherchés ; dont la plus grande |