‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 117 sur 155 · partie a été trouvée dans les gracas ou éléva · texte numérisé non relu

partie a été trouvée dans les gracas ou éléva

tions de terre dont ils couvraient les corps des |

morts. Ce sont des miroirs de diverse grandeur, faits d'une pierre dure et rendue brillante par

un très beau poli; des vases de terre de diffé- | rentes formes, des haches et d’autres armes, | des outils servant à leurs travaux, quelques-uns | de silex, d'autres de cuivre durci par un pro- |

cédé inconnu, de manière à pouvoir suppléer au fer dans plusieurs circonstances, Si l'usage de ces outils eût été général chez les Péruviens, leurs progrès dans les artsles auraient rapprochés beaucoup des nations les plus éclairées ; mais il

paraît ou que le métal était rare, ou que l'opé- | ration par laquelle on le durcissait était difficile | et longue; car ces outils étaient en très petit | nombre, et si petits qu'ils ne pouvaient servir | . séparé et distingué des autres citoyens ?,

que pour les ouvrages les plus légers. Cepen-

dant on peut dire que c'est à cette découverte | que les Péruviens ont dà leur supérioritésur les :

autres peuples de l'Amérique en différens arts ?. On peut appliquer aux ouvrages des arts trouvés au Perou la même observation que nous avons faite sur ceux des Mexicains. Les pièces qu'on voit-en dépôt dans le cabinet du roi à Madrid sont plus admirées à raison de l'adresse qu'il a fallu pour les exécuter avec des outils imparfaits que pour leur élégance et leur délicatésse réelle; et les arts des Péruviens , quoique plus avancés que chez les autres Américains , étaient encore dans l'enfance.

Acos!a, lib. av, cap, xev. Vega, p. 1, lib. vint, C. XXV Ulloa, Entreten., pag. 258.

SUlloa, Foyage, |, 881, etc. Idem, Entreten., pag. 369, etc.

Les faits que nous venons de rassembler paraissent indiquer de grands progrès chez cette nation. Il y en a cependant d’autres qui font penser que la civilisation y était encore à ses premiers pas. Dans tous les domaines des Incas,

Partout ailleurs le peuple vivait épars dans des habitations détachées , ou tout au plus rassemblé dans de petits villages !. Or, à moins que les hommes ne se réunissent en nombre et ne se

tinuelle, ilsnesentent jamais bien le besoin qu'ils ont les uns des autres; ils ne prennent jamais parfaitement l'esprit et les mœurs de la vie s0ciale, Dans un pays immense, où il n’y avait qu’une seule ville, les progrès de la civilisation et des arts ont dû être si lents et arrêtés par tant d'obstacles qu'il faut plutôt s'étonner que les Péruviens les aient portés si loin.

En conséquence de cet état d'union imparfaite, la séparation des professions au Pérou n'était pas, à beaucoup près, aussi complète que chez les Mexicains, Plus l’association des honmes entre eux est faible, plus leur$ mœurs sont simples et leurs besoins en petit nombre. L'industrie qui pourvoit aux usages communs de là vie n’est pas alors assez délicate ni assez difficile à acquérir pour qu'il soit nécessaire de s’y former par une éducation suivie. Chaque Péruvien exerçait indistinctement toutes les professions. Il n’y avait que les artistes occupés aux ouvrages les plus recherchés qui formassent un ordre

Le défaut de villes dans le Pérou entrainait un autre effet à sa suite. Il y avait peu de conmerce entre les parties de ce grand empire. La grande activité du commerce est de la même époque que la formation des villes, Aussitôt que les membres d'une société se rassemblent en grand nombre en un même lieu, les opérations de la communauté prennent plus de vigueur. Les citoyens des villes commencent à dépendre, pour leur subsistance, du travail des cultivateurs. Ceux-ci reçoivent des villes quelque équivalent de leurs denrées. Le commerce entre eux s'établit, et les productions des arts s’échangent régulièrement pour celles de l’agriculture. Les

1 Zarate, lib. 1, @ 1x. Herrera, Decad.V, lib. vi, €. 1v.

* Acosta, lib. vr, cap. xv. Vega, lib. v, cap. 1x. Herrera, Decad, V, lib. 1v, cap av.

ville et t hom comi de | étaie toute

berté leur t des [ mées aucur circo!

gnols sant

molle ceur.

tion } de le pas, Quoi pas € si pet et de serve

quelc Ve 2x.

rera,

ns de rassembler pads progrès chez cette d'autres qui font pentait encore à ses predomaines des Incas, : qui méritât ce nom, vivait épars dans des | tout au plus rassem- 1, Or, à moins que les t en nombre et ne se tion fréquente et conais bien le besoin qu'ils ls ne prennent jamais es mœurs de la vie s0mense, Où il n’y avait pgrès de la civilisation si lents et arrêtés par t plutôt s'étonner que rtés si loin.

t état d'union imparofessions au Pérou n'és, aussi complète que l'association des honplus leur$ mœurs sont n petit nombre. L'inusages communs de la élicate ni assez difficile t nécessaire de s’y foruivie. Chaque Péruvien toutes les professions, 8 OCCUPÉS aux Ouvrages formassent un ordre utres citoyens 2.

ns le Pérou entrainait Il y avait peu de comle ce grand empire. La nerce est de la même rdes villes, Aussitôt que été se rassemblent en me lieu, les opérations nent plus de vigueur, mmencent à dépendre, du travail des cultivades villes quelque équi- Le commerce entre eux ns des arts s'échangent s de l’agriculture. Les ra, Decad.V, lib. vi, €. IV.

Vega, lib. v, cap. 1x. Her- Av.

villes du Mexique avaient des marchés réglés,

hommes y étaient en même temps les objets du commerce ; mais au Pérou, la division singulière de la propriété et la manière dont les terres étaient possédées étaient un obstacle à presque toute espèce de commerce, et privaient la société de cette communication active entre tous ses membres !, qui est en même temps le lien de leur union et l'aiguillon qui les presse dans leur marche vers la civilisation.

Les Péruviens manquaient absolument du courage guerrier, défaut aussi remarquable en eux qu’il leur fut funeste 2. La plus grande partie des nations grossières de l'Amérique résistè-

rent aux Espagnols avec un courage féroce et

indomptable , quoique avec peu de conduite et de succès. Les Mexicains défendirent leur liberté avec beaucoup de persévérance, et ne furent soumis qu'avec beaucoup de peine. Les Péruviens, subjugués tout d'un coup et presque sans résistance, perdirent par leur timidité les vccasions les plus favorables de recouvrer leur {-

berté et d’exterminer leurs oppresseurs. Quoique .

leur tradition nous présente tousles Incas comme des princes guerriers, toujours à la tête d'armées conquérantes et victorieuses, on ne trouve aucune trace de cet esprit militaire dans aucune circonstance postérieure à l'invasion des Espagnols. Peut-être leurs institutions, en adoucissant leurs mœurs, leur donnaient -elles cette mollesse indigne de l’homme; peut-être la douceur de leur climat énervait-elle leur constitution physique. Peut-être aussi quelque principe de leur gouvernement, que nous ne connaissons pas, était-il la cause de cette faiblesse politique. Quoi qu’il en soit, le fait est certain, et il n'y a pas dans l’histoire un seul exemple d’un peuple si peu avancé en ce genre, si destitué de tout art et de tout courage militaire. Leur postérité conserve le même caractère. Les Indiens du Pérou sont le peuple de l'Amérique le plus asservi et le plus familiarisé avec le joug. Énervés par une vie sans activité, ils paraissent incapables de toute action vigoureuse.

A ces vices de leur état politique se joignent quelques faits détachés, conservés par les histo-

Vega, lib. vr, cap. vur.

* Xerès, p. 190. Sancho, ap. Ramus., Il, 372, Herrera, Decad. V, lib. 1, cap. nr.

| riens espagnols, qui montrent eneore des traces et tous les objets des désirs et des besoins des

frappantes de barbarie dans les mœurs. Les Péruviens avaient Ja même coutume que nous avons vue parmi les nations sauvages de l'Amérique. À la mort de l’Inca et d'autres grands personnages, on égorgeait un grand nombre de leurs domestiques sur leur tombeau et on les enterrait autour de leur guaca, afin que le prince ou le grand pussent paraître dans l'autre monde avec la même dignité et y être servis avec le même respect. À la mort d'Huana-Capac, le plas puissant de leurs monarques, plus de mille victimes furent immolées sur sa tombe 1: En un autre point, les Péruviens paraissent avoir été plus grossiers que les nations les plus sauvages ; quoiqu'ils connussent l'usage du feu et qu'ils s'en servissent à préparer le maïs et d'autres végétaux pour leur nourriture, ils mangeaient la viande et le poisson entièrement crus, et étonnèrent les Espagnols par cette pratique si contraire aux idées de tous les peuples civilisés 2, Quoique le Mexique et le Pérou soient parmi les possessions de l'Espagne au Nouveau-Monde celles qui, à raison de leur état ancien et présent, ont attiré davantage l'attention de l'Europe, elle y possède d’autres domaines importans soit par leur étendue, soit par leur produit. L'Espagne devint maitresse de la plupart de ces établissemens pendant la premiére moitié du seizième siècle, et dut ses conquêtes à des aventuriers particuliers qui armaient soit à Saint-Domingue, soit dans la vieille Espagne. Si nous voulions suivre chacun de ces chefs dans ses expéditions, nous retrouverions le même courage. la même ardeur, la même persévérance, la même avidité, la même constance à supporter toutes les fatigues et à vaincre tous les obstacles, qui distinguèrent les Espagnols dans leurs grandes conquêtes en Amérique. Mais au lieu d'entrer dans un détail qui ne présenterait presque qu'une répétition des faits que nous

| avons déjà rapportés, je me contenterai de jeter

un coup d'œil sur les autres provinces espagnoles de l'Amérique dont je n'ai pas encore parlé, et de donner à mes lecteurs quelque idée de leur grandeur, de leur fertilité et de leur opulence, Je commence par les contrées voisines des

1 Acosta, lib. v, cap. vu.

* Xerès, p. 190. Sancho, ap. Ramus., Ill, p. 372. Ç.

| Herrera, Decad. V, fib. r, cap. nr.

deux grandes monarchies dont je viens de faire l'histoire, et je décrirai ensuite les autres possessions espagnoles en Amérique. La juridiction du vice-roi de la Nouvelle-Espagne s'étend sur diverses autres provinces qui n'étaient pas soumises à l'empire du Mexique. Celles de Cinaloa et de Sonora , qui s'étendent le long de la côte orientale de la mer Vermeille ou du golfe de Californie, aussi bien que les immenses contrées de la Nouvelle-Navarre et du Nouveau-Mexique, à l'ouest et au nord, ne reconnaissaient point l'autorité de Montézuma ni celle de ses prédécesseurs. Ces régions, aussi vastes que le Mexique lui-même, sont plus ou moins soumises au joug espagnol. Elles occupent une des plus agréables parties de la zone tempérée. Leur sol est en général très fertile, et les productions du genre animal et végétal y sont excellentes. Elles ont

une communication avec la mer Pacifique ct |

avec le golfe du Mexique, et sont arrosées par des rivières qui les enrichissent, et qui pourraient devenir d'un grand secours pour le commerce. Le nombre des Espagnols établis dans ces beaux pays est, à la vérité, extrèmement petit. Ils l'ont soumis et ne l'ont jamais occupé ;

mais si la population s'augmentait dans leurs |

anciens établissemens de l'Amérique , elle pour-

rait se répandre sur ces grandes régions dont ils n'ont pas pu encore prendre véritablement possession.

Une circonstance peut contribuer à amener | ce changement. On y a découvert des mines |

très riches tant d'or que d'argent. Si on les ouvre et qu'on les exploite avec quelque succès la population s'y portera. Pour fournir aux besoins de cette multitude la culture s’accroitra, des artisans s’y établiront , l'industrie et la richesse commenceront à sy montrer. Il ÿ a plusieurs exemples de ces changemens en différentes

parties de l'Amérique depuis qu'elles sont tom- |

bées sous la domination des Espagnols. Des villages peuplés et de grandes villes se sont tout à coup élevés dans des lieux sauvages et inhabités. Le travail des mines n'est pas à beaucoup près l'objet le plus digne de fixer l'attention d’une société naissante; mais ce peut être un moyen d'y animer une activité utile et d'y augmenter la population. On a vu un exemple récent et sirgulier en ce genre, qui est encore peu connu en Europe et qui pouvant avoir des

suites importantes mérite notre attention. Les Espagnols établis dans les provinces de Cinaloa et de Sonora avaient été long-temps inquiétés par les incursions de quelques tribus sauvages d'Indiens qui les avoisinent. En 1765 les incursions devinrent si fréquentes et si meurtrières, que les habitans au désespoir s'adressèrent au marquis de Sainte-Croix, vice-roi du Mexique, pour obtenir de lui un corps de troupes qui pôt les mettre en état de repousser dans leurs montagnes ces terribles ennemis; mais le fisc était si épuisé par les grandes sommes qu'on en avait tirées pour soutenir la dernière guerre contre la Grande-Bretagne, qu'il ne fut pa possible au vice-roi d'en tirer aucun secours Ce qu'il ne pouvait par sa place, il l'exécuta | par le crédit que lui donnaient ses vertus, Il engagea des négocians à avancer environ deux

cent mille pesos pour fournir aux frais de l'ex- | pédition. On la confia à un bon officier : on em- | ploya trois années à poursuivre les sauvages | dans des montagnes et des défilés presque im- | praticables ; enfin elle se termina en 1771 par | l'entière soumission des Indiens qui cessèrent d'être la terreur des deux provinces qu'ils dévastaient. Dans le cours de cette entreprise les Espagnols traversèrent des contrées où il ne paraît pas qu'ils eussent pénétré auparavant, et découvrirent des mines dont la richesse les étonna, quoiqu'ils en connussent déjà de fort riches. À Cineguilla, dans la province de Sonora, ils entrèrent dans une plaine de quatorze | lieues d'étendue où ils trouvèrent l'or en grains | à la profondeur seulement de seize pouces et en | morceaux si considérables que quelques-uns | pesaient jusqu’à neuf marcs, et en si grande

quantité qu'en peu de temps un petit nombre de travailleurs en recueillit mille marcs sans | prendre la peine de laver les terres qui les contenaient et qui paraissaient si riches que des | personnes intelligentes estimaient qu'il y avait | pour un million de pezos de métal fin. Avant

la fin de l’année 1771, il s'établit à Cineguilla, | sous l'autorité de quelques magistrats et la con-

duite de quelques ecclésiastiques, environ deux

mille personnes; et comme on a découvert plu-

sieurs autres mines aussirichesque celles de Cine-

guilla, tant dans Sonora que dans Cinaloa (161),

il est probable que ces provinces jusqu'à pré-

sent négligées et inhabitées pourront égaler

bien poss Mon Le de I conn dont Cort Pen qu'o plus com:

île ( devo situs forn nier pein avai rité les ] intr( Indi la c de l dec lon stér dier

otre attention. Les rovinces de Cinaloa ng-temps inquiétés ues tribus sauvages

, En 1765 les incurs et si meurtrières, oir s'adressèrent au ice-roi du Mexique, s dé troupes qui püt sser dans leurs monis; mais le fisc était sommes qu'on en * Ja dernière guerre ne, qu'il ne fut pas tirer aucun secours a place, il l'exécuta nnaient ses vertus, Il vancer environ deux nir aux frais de l'ex- | bon officier : on emsuivre les sauvages s défilés presque imtermina en 1771 par Indiens qui cessèrent provinces qu'ils déle cette entreprise les des contrées où il ne | pénétré auparavant, es dont la richesse les nnussent déjà de fort ns la province de Soine plaine de quatorze ouvèrent l'or en grains it de seize pouces et en les que quelques-uns arcs, et en si grandè emps un petit nombre jllit mille marcs sans r les terres qui les conjent si riches que des estimaient qu'il y avait s de métal fin. Avant 1 s'établit à Cineguilla, es magistrats et la coniastiques , environ deux me on a découvert pluriches que celles de Cintque dans Cinaloa (161); provinces jusqu'à prébitées pourront égaler

bientôt en richesses et en population les autres possessions des Espagnols dans le Nouveau- Monde,

La Californie, péninsule située de l’autre côté de la mer Vermeille, semble avoir été moins connue des anciens Mexicains que les provinces dont je viens de parler. Elle fut découverte par Cortès dans l'année 1536 ( livre v, p. 463 ). Pendant long-temps, elle fut si peu fréquentée qu'on ignorait jusqu'à sa forme et que dans plusieurs cartes elle était représentée non pas comme une presqu'ile, mais bien comme une île (162 ). Quoique le climat de ce pays semble devoir être excellent, si l'on en juge par sa situation, les Espagnols n'ont pas réussi à y former des établissemens. Vers la fin du dernier siècle, les jésuites qui s'étaient donné la

peine de l'étudier et d'en civiliser les habitans, | avaient acquis insensiblement sur eux une auto- | rité aussi absolue que celle qu'ils avaient sur |

les peuples du Paraguay, et travaillaient à y introduire la même police et à y gouverner les Indiens par les mêmes maximes. Pour empècher

la cour d'Espagne de concevoir quelque jalousie |

de leurs opérations, ils avaient eu grand soin |

de donner une très mauvaise idée du pays. Selon eux, le climat en était si malsain et le sol si stérile que le seul zèle de la conversion des Indiens avait pu déterminer les missionnaires à s'y établir !. Plusieurs bons citoyens s'étaient efforcés de détromper leur souverain en montrant la Californie sous un point de vue très différent et ils n'y avaient pas réussi. Enfin lorsque la société fut chassée de tous les domaines d'Espagne, la cour de Madrid, se défiant autant

alors parmi les possessions inutiles et désertes des Espagnols en Amérique.

A l'est de Mexico, le Yucatan et le pays des Honduras sont compris dans le gouvernement de la Nouvelle-Espagne , quoique anciennement il ne paraisse pas qu'ils aient fait partie de l’empire du Mexique. Ces grandes provinces s'étendent depuis la baie de Campèche jusque pardelà le cap Gracias à Dios. Elles ne tirent pas leur valeur, comme les autres provinces espagnoles du Nouveau-Monde, ni de la fertilité de leur sol ni de la richesse de leurs mines; mais elles donnent en plus grande abondance qu'au-

-cune autre partie de l'Amérique, le bois de tein-

ture qui est si supérieur à toutes les autres matières employées dans les procédés de cet art, et dont la consommation est immense en Europe et forme l'objet d’un très grand commerce. Pendant un long période aucune nation européenne n’a mis le pied dans ces provinces et n'a tenté de partager ce commerce avec les Espagnols.

Mais après la conquête de la Jamaïque par les Anglais, les Espagnols s’aperçurent bientôt qu'ils avaient près d'eux de redoutables voisins. Un des premiers objets qui tentèrent les Anglais fut le grand profit du commerce de bois de teinture et la facilité d’en enlever quelque partie aux Espagnols. Quelques avanturiers de la Jamaïque firent une première tentative au cap

| Cotoche, situé au sud-est de celui de Yucatan,

des jésuites qu'elle avait eu jusque-là de con- |

fianceaweugle en eux, envoya don Joseph Galvès, que ses talens ont depuis élevé au ministère des Indes , pour visiter cette péninsule. Il en rendit

un compte très favorable. Il reconnut que la |

pèche des perles sur la côte pouvait être très avantageuse et y découvrit des mines d'or qui promettaient beaucoup?. La Californie étant très voisine de Cinaloa et de Sonora , il est probable que si la population de ces provinces s'augmente conformément aux conjectures que

nous venons d'exposer, elle pourra s'étendre |

| et firent un grand profit en y coupant des bois.

Lorsque les arbres les plus proches de la côte furent abattus, ils se portèrent à l'ile de TFrist dans la baie de Campèche; et enfin ils ont placé leur principal établissement dans la baie de Honduras. Les Espagnols alarmés de cette entreprise ont tâché, par la voie des remontrances ou des négociations et enfin à force ouverte, d'empècher les Anglais de mettre le pied dans cette partie du continent de l'Amérique; mais aprés avoir lutté pendant plus d’un siècle, les revers de l'Espagne dans la dernière guerre ont arraché à la cour de Madrid un consentement à ce que cts étrangers s'établissent au milieu de ses possessions !. Les Espagnols ont ressenti tant de peine à se voir forcés de faire cette humiliante concession qu'ils ont cherché et trouvé

Li £ | . “ . dans la péninsule, qui ne sera plus comptée | un moyen de la rendre inutile aux Anglais, qui

1 Venegas, Aist. de la Californie, cap. xxv1. 2 Lorenzano, 349, 350

1 Traité de Paris, art. XVIIL

ee ne een en remit PSN DS

leur a mieux réussi que la négociation et la force. |

Le bois de teinture de la côte de l'ouest du Yucatan, où le sol est plus sec, est bien supérieur à celui des terrains marécageux où les An-

glais sont établis, En encourageant la coupe | petite largeur le long de la côte, depuis le dé- | sert d’Atacamas jusqu'à l'île de Chiloë, sur plus

chez eux et en supprimant les droits que cette matière payait en Espagne !, ils ont donné une si grande activité à cette branche de leur commerce que le bois des Anglais est infiniment

tombé de prix et conséquemmient le commerce | de la baie de Honduras est déchu graduelle- |

ment (163) depuis l'époque même où il a reçu

une sanction légale par l'accord des deux cours. Ilest même probable qu'il sera bientôt abandonné et que les provinces du Yucatan et de | Honduras redeviendront bientôt des possessions

importantes pour l'Espagne.

Plus loin, à l'est du pays d'Honduras, sont situées les deux provinces de Costa - Rica et Veragua qui dépendent encore de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, mais qui ont été si nésligées par les Espagnols, et qui paraissent si pauvres qu’elles ne méritent guère notre attention.

La province la plus importante qui dépende de la vice-royauté du Pérou est le Chili. Les Incas

avaient établi leur domaine dans quelque partie | du sud de ce grand pays; mais dans tout lereste, |

le courage des naturels les avait maintenus dans l'indépendance. Les Espagnols, attirés par la renommée de son opulence, tentèrent de bonne heure d'en faire la conquête sous les ordres de Diego Almagro. Après sa mort, Pedro de Valdivia reprit ce projet. Ils trouvèrent l’un et l'autre de grands obstacles. Le premier abandonna son entreprise, comme je l'ai dit plus haut ?; le dernier, après avoir déployé tout son courage et tous ses talens militaires, périt avec un corps considérable de troupes qui était sous ses ordres. La bravoure et l’habileté de François de Villagra, son lieutenant, contint les Indiens et sauva le reste des Espagnols. Peu à peu, toute la plaine le long de la côte fut soumise. Les parties montagneuses sont encore occupées par les Puelches , les Araucos et d’autres tribus indiennes, dont le voisinage est toujours redoutable aux Espagnols qui depuis deux siècles sont

lReal Cedula. Campomanes, III, 145.

2 Liv. vi, p. 662.

obligés de soutenir avec ces peuples une guerre presque continuelle , interrompue seulement par quelques intervalles d'une paix mal assurée,

la partie du Chili qui peut être regardée comme province espagnole s'étend sur une assez

de neuf cents milles de long. Ce climat est le plus délicieux de l'Amérique, et peut-être en est-il peu dans le monde entier qu'on puisse lui comparer, Quoique voisin de la zone torride, on n’; éprouve jamais d'excessives chaleurs, parce que les Andes lui servent d'abri, et qu'il est constamment rafraîchi par des brises de mer, La température de l'air y est si douce et si égale que les Espagnols la préfèrent à celles des provinces du sud de l'Espagne. La fertilité du sol répond à la douceur du climat et le rend propre à recevoir et à nourrir toutes les plantes de l'Europe. Les plus précieuses, le blé, le vinet l'huile, abondent au Chili comme si elles y étaient naturelles. Tous les fruits qu'on y a por: tés de notre continent y arrivent à une parfaite maturité. Les animaux de notre hémisphère s'y multiplient et leurs races s'y perfectionnent. Les espèces des bêtes à corne y sont plus belles qu’en Espagne. Les chevaux du Chili sont plus beaux et plus vigoureux que les andalous dont ils descendent. La nature ne s'est pas bornée à y enrichir la surface de la terre, elle a caché des trésors dans ses entrailles : on a découvert en différens endroits des mines très riches d’or, d'argent , de cuivre et de plomb.

Un pays si favorisé de la nature paraîtrait devoir être un établissement préféré et l'objet particulier des soins du gouvernement espagnol; le contraire est arrivé. Une grande partie du Chili est restée déserte : il n’y a pas en tout plus de quatre-vingt mille blancs et environ trois fois autant de nègres et de métis. Le sol le plus fertile de l'Amérique demeure sans culture et ses mines les plus riches ne sont point exploitées. Quelque étrange que cette négligence puisse paraître, on peut en assigner les causes. Tout le commerce de l'Espagne avec ses colonies de la mer du Sud ne s’est fait pendant deux siècies que par Porto-Bello. Toutes les productions des colonies étaient embarquées dans les ports de Callao ou d'Arica au Pérou, et envoyées à Panama d’où elles étaient transportées

»s peuples une guerre errompue seulement une paix mal assurée, | peut être regardée » s'étend sur une assez a côte, depuis le déle de Chiloë, sur plus mg. Ce climat est le ue, et peut-être en ntier qu'on puisse lui de la zone torride, excessives chaleurs, rvent d'abri, et qu'il par des brises de mer.

st si douce et si égale rent à celles des pro- 1e. La fertilité du sol mat et le rénd propre outes les plantes de es, le blé, le vinet ili comme si elles y fruits qu'on y a porrrivent à une parfaite notre hémisphère s'y y perfectionnent. Les e y sont plus belles x du Chili sont plus ue les andalous dont ne s’est pas bornée à uterre, elle a caché illes : on a découvert nines très riches d'or, omb.

nature paraîtrait deit préféré et l'objet ivernement espagnol, 1e grande partie du il n’y a pas en tout e blancs et environ et de métis. Le sol le lemeure sans culture ne sont point exploiue cette négligence 1 assigner les causes.

pagne avec ses coloest fait pendant deux , Toutes les producembarquées dans les a au Pérou, et enétaient transportées

par terre au travers de l'isthme. Toutes les mar- | de la rivière de la Plata. La première comprend chandises qu'elles recevaient de la métropole | le Paraguay, les fameuses missions des jésuites

leur étaient portées de Panama et débarquées dans les mêmes ports du Pérou. Ainsi les importations au Chili, de même que les exportations de ce pays, passaient par les mains des commerçans du Pérou, Ceux-ci faisaient un double profit, et, dans les deux cas, les habitans du Chili étaient dans leur dépendance, sans commerce direct avec l'Espagne et à la merci d'une autre colonie pour fournir à leurs besoins aussi bien que pour vendre leurs productions. Avec de tels obstacles et privés de tout encouragement , la population et l’industrie ne pouvaient faire aucun progrès; mais aujourd'hui l'Espagne, par des raisons que j'exposerai plus bas, a adopté un nouveau système et conduit son commerce avec ses colonies de la mer du Sud par des vaisseaux qui doublant le cap Horn établissent une liaison directe entre le Chili et la métropole. L'or, l'argent et les autres productions de cette province peuvent être échangés daus ses propres ports avec les ouvrages des manufactures de l'Europe. Par-là le Chili peut s'élever rapidement à l'importance que ses avantages naturels doivent lui donner parmi les établissemens espagnols. Il peut fournir de grains le Pérou et les autres pays situés vers la mer Pacifique ; il peut leur donner du vin, des bestiaux, des chevaux, du chanvre et beaucoup d’autres objets de consommation , pour lesquels

et quelques autres districts. Les bornes des pos-

| sessions espagnoles et portugaises n'y sont pas

les provinces de la mer du Sud dépendent au-

jourd'hui de l'Europe, Quoique ce nouveau plan ne soit suivi que depuis un petit nombre d'années, les effets en sont déjà sensibles !, Si on s'y tient avec quelque fermeté pendant un demi-siècle, on peut prédire que la popula‘ion, l'industrie et la richesse auront bientôt fait au Chili de grands progrès.

A l'est des Andes, les provinces du Tucuman et de Rio de la Plata bornent le Chili et dépendent aussi de la vice-royauté du Pérou, Ces régions immenses s'étendent du nord au sud , Sur une longueur de plus de treize cents milles et sur une largeur de plus de mille milles. Beaucoup de royaumes Europe n'ont pas tant d’étendue. On peut les diviser assez naturellement en deux parties, l’une au nord et l’autre au sud

1 Campomanes , 11, 157

encore bien déterminées et ont été l'objet de disputes qui subsistent encore entre les deux cours. Il est probable que la contestation se décidera enfin , soit à l'amiable, soit par les armes. Je traiterai. pour cette raison de la partie du nord, lorsque je ferai l’histoire de l'Amérique portugaise, Je me servirai alors de relations authentiques, tant espagnoles que portugaises, pour faire connaître à fonds les opérations et les vues des jésuites dans l'établissement de ce gouvernement singulier qui a si fort attiré l'attention de l'Europe et qu'on a si mal connu. Je bornerai mes observations actuelles aux deux gouvernemens du Tucüman et de Buénos-Ayres.

Les Espagnols entrèrent dans cette partie de l'Amérique par la rivière de la Plaia. Leurs premièrestentatives pour s’y établir furent très malheureuses; mais ils persistérent, soutenus d'abord par l'espoir de découvrir des mines dans l'intérieur du pays , et ensuite par la nécessité de l'occuper eux-mêmes pour empêcher les autres nations de s'y introduire et de pénétrer par-là dans leurs riches possesions du Pérou..1l n'y ont point fait d'autre établissement considérable que Buénos-Ayres. On n’y voit que quelques pauvres villages de deux ou trois cents habitans chacun, auxquels ils ont cherché à donner de l'importance en les appelant du nom de villes et en y érigeant des évêchés. Une circonstance qu'on n'avait pas prévue a contribué à rendre ce district intéressant malgré le défaut de population, La province de Tucuman, ainsi que le pays situé au sud de la Plata, au lieu d’être couverte de bois comme les autres parties de l'Amérique, n’est qu’une vaste plaine sans un seul arbre. Son sol est une couche profonde de terre franche et fertile couverte d'une verdure continuelle et ar rosée par un grand nombre de ruisseaux qui descendent des Andes. Dans ces riches pâturages, les chevaux et les autres bestiaux importés d'Europe se sont multipliés à un degré presque incroyable. Cet avantage a mis les habitans en état d'entretenir un commerce lucratif et avec le Pérou, qu'ils fournissent de bestiaux, de chevaux et de mules, et avec l'Europe où ils portent une prodigieuse quantité de cuirs et de

peaux, Mais la situation commode de cette colonie pour faire un commerce prohibé par la cour d'Espagne, a été la principale source de sa prospérité, Tandis que la cour de Madrid suivait ses relations avec l'Amérique d'après son ancien système, la rivière de la Plata était si écartée de la route des vaisseaux espagnols que les interlopes pouvaient presque sans risques y verser les ouvrages des fabriques d'Europe en assez grande quantité pour fournir au besoin de la colonie, pour approvisionner aussi les parties orientales du Pérou. Lorsque les Portugais du Brésil étendirent leurs établissemens jusque sur les bords de la rivière de la Plata, il s’ouvrit encore un nouveau canal, par lequel les marchandises prohibées purent s’introduire dans les colonies espagnoles avec encore plus d'abondance et de facilité, Ce commerce illégal, quoique funeste à la métropole, contribua à faire prospérer la colonie qui en retirait un avantage immédiat, et Buénos-Ayres devint par degrés une ville opulente et peuplée. Il est difficile de déterminer à présent avec quelque certitude quel sera l'effet du changement de système de la cour d'Espagne, relativement à cette colonie et à l'administration de son commerce.

Tous les autres territoires appartenans à l'Espagne dans le Nouveau -Monde, si lon ex-

cepte les l'es, sont compris sous deux grandes | divisions. La première porte le nom de Zierra- |

Firme, et s'étend le long de l'océan Atlantique,

depuis la frontière orientale de la Nouvelle-Es- |

pagne jusqu’à l'embouchure de l'Orénoque, la

dernière s'appelle nouveau royaume de Grenade |

et occupe les parties intérieures. Je terminerai

ce livre par une description abrégée de ces deux |

pays.

A l'est de Veragua, la dernière des provinces | comprises de ce côté sous la vice-royauté du |

Mexique est l'isthme de Darien. Quoique cette partie du continent de l'Amérique ait vu les

lation n'avait fait aucun progrès dans le Darien.

Comme le pays est extrêmement montagneux, | que les pluies qui y règnent une grande partie |

de l’année le rendent très malsain et qu’il ne contient aucune mine de grand produit, il aurait été probablement abandonné sans la bonté

du havre de Porto-Bello, sur la mer Atlantique | d'un côté, et sans le havre de Panama de l’autre. :

Ces deux ports ont été appelés les clefs de la communication des deux mers, entre l'Espagne et ses plus riches colonies. Panama est devenue une ville considérable, L’insalubrité de l'air a arrêté l'accroissement de Porto-Bello. Comme le commerce de l'Espagne avec ses établissemens de la mer du Sud est maintenant conduit par un autre cañal, il est probable que Porto - Bello et Panama déclineront insensiblement.

Les provinces de Carthagène et de Sainte- Marthe sont à l'est de l'isthme de Darien, Le pays en est montagneux aussi ; mais les vallées y sont moins resserrées, bien arrosées et très fer. iles. Pedro de Heredia le soumit à l'Espagne vers 1532, Il est mal peuplé et par conséquent mal cultivé. Il produit cependant beaucoup de drogues médicinales et quelques pierres précieuses, et en particulier des émeraudes ; mais il tire surtout quelque importance du port de Carthagène, le meilleur et le mieux défendu de tous ceux que l'Espagne possède en Amérique. Ave une situation si favorable, le commerce y a pris bientôt un grand accroissement. Dès 1544 Carthagène paraît avoir été une ville considérable. Mais lorsqu'elle fut choisie pour être l’abord des galions à leur arrivée d'Europe et leur rendezvous pour se préparer à retourner ensemble en Espagne, elle devint bientôt une des plus belles, des plus peuplées et des plus riches villes de l'Amérique. Il y a cependant lieu de croire qu’elle est arrivée à son plus haut période, et que le changement de système de la cour d'Espagne, pour la conduite du commerce avec l'Amérique, en la privant de la visite des galions, la fera décheoir insensiblement. Mais les richesses qui y sont déjà rassemblées pourront trouver quelque nouvelle destination et prendre une route jusqu'à présent négligée. Son port est sûr et si bien situé pour recevoir les marchandises

| d'Europe, ses négocians ont tellement l'habitude | de les fournir à toutes les provinces adjacentes. premiers établissemens des Espagnols, la popu- |

qu’elle pourra retenir encore un grand commerce et conserver un rang distingué parmi les villes du Nouveau-Monde.

La province contiguë à Sainte-Marthe, en allant à l'est, fut visitée pour la première fois dans l’année 1499 ! par Alphonse d'Ojeda. Les Espagnols, à leur débarquement , voyant quel

1 Liv. 1, p. 479.

ippelés les clefs de la mers, entre l'Espagne . Panama est devenue J'insalubrité de l'air a Porto-Bello, Comme le avec ses établissemens tenant conduit par un ble que Porto - Bello et siblement.

thagène et de Sainteisthme de Darien. Le ussi; mais les vallées y en arrosées et très fer.

le soumit à l'Espagne aplé et par conséquent ependant beaucoup de quelques pierres prédes émeraudes ; mais il Jrtance du port de Carmieux défendu de tous de en Amérique. Avec , le commerce y a pris sement. Dès 1544 Carune ville considérable.

ie pour être l’abord des Europe et leur rendez retourner ensemble en tôt une des plus belles, s plus riches villes de endant lieu de croire plus haut période, et stème de la cour d'Esdu commerce avec l’Ale la visite des galions, ‘ment. Mais les richesses blées pourront trouver ation et prendre une gligée. Son port est sûr #evoir les marchandises ont tellement l'habitude s provinces adjacentes, ore un grand commerce stingué parmi les villes

ÿ à Sainte-Marthe, en > pour la première fois Alphonse d'Ojeda. Les quement , voyant quel:

Page 1