‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 122 sur 155 · Churchill, IV · texte numérisé non relu

Churchill, IV

tude , s'affaiblit insensiblement. Malgré les lois nombreuses du souverain, les Indiens souffrent encore souvent de l'avidité des particuliers et des exactions des magistrats qui devraient les protéger, On leur impose des tâches excessives, on prolonge la durée de leurs travaux et ils gémissent sous l'oppression, partage ordinaire d'un peuple qui est dans la dépendance (180). Selon quelques instructions sur lesquelles je puis compter, l'oppression est plus forte au Pérou que dans aucune autre colonie; cependant elle n'est pas générale. A en croire les relations, même des auteurs les plus disposés à exagérer l'état malheureux des Indiens, ils jouissent dans plusieurs provinces de l'aisance et de l'abondance. Possesseurs de fermes considérables , maitres de troupeaux nombreux, et riches d'ailleurs de la connaissance qu'ils ont acquise des arts de l'Europe, ils peuvent non-seulement se procurer les nécessités, mais encore les superfluités de la vie 1,

Après avoir expliqué la forme du gouvernement civil dans les colonies espagnoles, et l'état des différentes classes de personnes qui y sont soumises, il est intéressant de considérer les particularités de leur constitution ecclésiastique. Malgré la vénération superstitieuse des Espagnols pour le saint-siége, la politique active et jalouse de Ferdinand l'engagea bientôt à prendre des précautions contre l'extension de l'autorité du pape en Amérique. Dans cette vue, il sollicita auprès d'Alexandre VI la concession des dimes dans tous les pays nouvellement découverts ?, et il l’obtint à condition qu'il ferait travailler à instruire les naturels dans la religion. Bientôt après, Jules I lui conféra le droit de paironage et la disposition absolue de tous les

Nouveau-Monde 5, Ces deux papes, peu instruits

haité de révoquer. Les rois d'Espagne, en conséquence de ces concessions , sont devenus réellement les chefs de l'église d'Amérique. Ils sont les maîtres de l'administration de ses revenus, et

! Gage's Survey, p.85, 90, 104, 119, etc.

? Bulla Alex. Vi, A. D, 1501. Ap. Solorz., De Jure ünud., tom, 1, p. 498.

5 Bulla Julii W, 1508, 2bid., 509.

leur nomination aux bénéfices vacans est cobfrmée sans obstacle et sur-le-champ par le pape. Ainsi , dans l'Amérique espagnole, la Couronne est le centre de toute espèce d'autorité, On n'y connaît point de débats entre la juridiction Spirituelle et la temporelle : le roi y est seul mat. tre ; tout se fait en son nom, et nulle espèce de pouvoir étranger ne s’y est introduit. Les bulles du pape ne sont admises en Amérique et n'y ont de force qu'après avoir été préalablement ex4 minées et approuvées par le conseil royal des Indes !; et si quelque bulle se glissait par sur: prise et circulait ep Amérique, les ecclésiastiques sont tenus nov-seulement d'en arrêter l'effet, mais encore d'en saisir toutes les copies et de les envoyer au Conseil royal des Indes ?. L'Espagne doit en grande partie la tranquillité qui à régué jusqu'ici dans ses possessions en Amérique à celte restriction de la juridiction des papes, dgalement singulière si l'on considère dans quel siècle et chez quelle nation elle a été imaginé, ou avec quelle attention jalouse Ferdinand @ ses successeurs se sont appliqués à la maintenir dans toute sa force et dans toute s9 étendue 3,

La hiérarchie euclésiastique est la même en Amérique qu'en Espagne. Elle est composée d'archevèques, d'évèques, de doyens et d'au tres dignitaires. Le bas clergé est divisé.en trois classes, sous la dénomination de curas , doc. trineros et misioneros. La première dessert

| les paroisses des portions du pays où les Espa- | gnols se sont établis; la seconde est chargée des

districts habités par les Indiens qui sont soumis

| au gouvernement espagnol et qui vivent sous sa

protection ; la troisième est employée à convertir

| et à instruire ces tribus sauvages qui, dédaibénéfices ecclésiastiques dans cette partie du |

gnant le joug espagnol, vivent dans des régions

| éloignées ou inaccessibles que n'ont pas encore de la valeur de ce que ce monarque demandait, | lui firent inconsidérément ces donations, que | tiques de ces différentes classes sont en si grand leurs successeurs ont souvent déplorées et sou- |

soumises les armes de l'Espagne. Les ecclésias-

nombre, et ils sont si abondamment dotés que les revenus du clergé américain sont immenses. La superstition romaine se montre dans toute sa pompe au Nouveau-Monde. Les églises et les couvens y sont magnifiquement et richement

lRecop., lib. 1, tit. 1x, 1. 2, et Autos del Consejo de las Indias, 161.

2 Zd., ibid. , tit. vu, 1. 55.

5 Zd., ibid., passim.

ornés ; gent € point q ropéen ecclésia aux pr déjà ob en rich pompe avoir re chant 4 danger.

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tique est la méme en e. Elle est composée , de doyens et d'au rgé est divisé. en trois ation de curas , doc- La première dessert du pays où les Espasonde est chargée des diens qui sont soumis Let qui vivent sous sa | employée à convertir sauvages qui, dédaivent dans des régions que n'ont pas encore pagne. Les ecclésiasasses sont en si grand ndamment dotés que icain sont immenses.

montre dans toute sa e. Les églises et les lement et richement

, €t Autos del Consejo

ornés ; et dans les grands jours de fête, l'or, l'argent et les pierreries ÿ sont prodigués à un point qui passe la vraisemblance et qu'un Européen ne saurait concevoir !, Un établissement ecclésiastique si brillant et si dispendieux nuit aux progrès des colonies, comme nous l'avons déjà observé ; mais dans des contrées abondantes en richesses, où le peuple est tellement avide de pompe et d'éclat que la religion est obligée d'y avoir recours pour s'attirer du respect, ce penchant a besoin d'être fatté, et devient moins dangereux.

L'institution prématurée des monastères dans les colonies espagnoles et le zèle inconsidéré qui les a multipliés ont entraîné les plus fàcheuses conséquences. Dans tout établissement nouveau, le premier objet est d'encourager la population et d’exciter chaque citoyen à contribuer à l'accroissement des forces de la communauté, Quand une société jeune encore et vigoureuse voit devant elle un grand espace vide à remplir, et par conséquent une subsistance facile à obtenir, l'espèce humaine se multiplie

h avec une extrème rapidité; mais les Espagnols

É étaient à peine en possession de l'Amérique, que

parer

L par la plus inconséquente politique ils se hâtè-

rent d'établir des couvens destinés à renfermer des personnes de l'un et de l’autre sexe, qui faisaient vœu de renoncer au but de la nature et de contrarier la première de ses lois. Poussés par une piété mal entendue qui attache un mérite à l'état du célibat, ou attirés par l'espoir d'une vie commode et exempte de soin, qui dans un climat brûlant paraît le souverain bonheur, les jeunes gens se jettent en foule dans ces asiles de la fainéantise et de la superstition, et sont ainsi perdus pour la société. Comme on n'admet dans les monastères que des personnes

} d'extraction espagnole, le mal est encore plus

sensible, et l'on peut regarder chaque moine ou chaque religieuse comme un membre actif reretranché de la vie civile, L'inconvénient de ces sortes de fondations, dans le cas où l'étendue du territoire exige un surcroît de forces et de bras pour la culture, est si évident , que quelques états catholiques ont expressément défendu l'émission des vœux monastiques dans leurs colonies?, Les rois d'Espagne eux-mêmes, alarmés

Poy., Ulloa, 1, 430, — ?/bid., 1, 124.

d'un penchant si contraire aux progrès et à la prospérité de leurs colonies, ont voulu quelquefois en prévenir les suites !, Mais les Espagnols d'Amérique, plus superstitieux encore que ceux d'Europe, et dirigés par des ecclésiastiques moins éclairés, ont une si haute opinion de la sainteté de l'état monastique, qu'il n'y à point de règlement qui puisse mettre des bornes à leur zèle; en un mot, grâce à l'excès de leur folle générosité, les maisons religieuses se sont multipliées à un degré uon moins surprenant que nuisible à la société (181).

Les ecclésiastiques sont si nombreux, et ont une si grande influence dans les colonies espagnoles, qu'il est important de connaître l'esprit et le caractère de cet ordre puissant, Une partie considérable du clergé séculier dans le Mexique et le Pérou est née en Espagne. Comme les personnes accoutumées, par leur éducation, à la retraite et au repos d'une vie appliquée, sont moins capables de toute entreprise pénible et moins disposés à se hasarder dans une nouvelle carrière qu'aucune autre classe d'hommes, les prêtres qui tour à tour vont, pour ainsi dire, en recrues, former l'église américaine, sont pour la plupart des aventuriers qui, per leur mérite ou leur rang, n'avaient aucun espoir de fortune dans leur patrie. Par conséquent, le clergé séculier du Nouveau-Monde cultive encore moins les connaissances littéraires de toute espèce que celui d'Espagne ; et quoique, par les dons considérables qui ont été faits à l'église d'Amérique, la plupart de ses membres vivent dans l'aisance et dans l'indépendance, ce qui est la condition la plus favorable à la culture des lettres, à peine cependant ce corps a-t-il produit, durant deux siècles et demi, un auteur dont les ouvrages aient apporté quelques lumières ou mérité, par quelque endroit, l'attention des nations éclairées. Mais la plus grande partie des ecclésiastiques dans les établissemens espagnols sont des réguliers. La découverte de l'Amérique ouvrit un champ nouveau au zèle pieux des ordres monastiques, et ils s'empressèrent, avec une ardeur étonnante, d'envoyer des missionnaires pour le cultiver, Ce furent des moines qui entreprirent les premiers d'instruire et de

Herrera, Decad.V, lib. 1x, cap. 1, 11. Rccop., lib 1. tit. au, 1, 2,tit. av, 1.2, Solorz. lib. ai, cap. xx.

convertir les Américains; de manière qu’aussitôt après la conquête de quelque province , et dès que le gouvernement ecclésiastique commençait à y prendre une forme, les papes permettaient aux missionnaires des quatre ordres mendians, en considération de leurs services, d'accepter la direction des paroisses en Amérique, de remplir toutes les fonctions spirituelles, de recevoir les dimes et les autres revenus du bénéfice , en les affranchissant de la juridiction de l'évêque du diocèse. En conséquence , il s’offrit à eux une nouvelle source de profits et de nouveaux objets d’ambition. Toutes les fois qu'on demande de nouveaux missionnaires , des hommes d’un esprit ardent et inquiet, impatiens du joug du cloître, ennuyés de son insipide unifornité, fatigués de la répétition importune de ses frivoles fonctions, offrent avec empressement leurs services , et courent dans le Nouveau-Monde chercher la liberté et des distinctions. Leur poursuite n’est pas sans succès. Souvent les plus grands honneurs de l'église, les plus riches emplois dans le Mexique et dans le Pérou sont le partage des réguliers; et c'est particulièrement à eux que les Américains doivent le peu de connaissances qu'ils cultivent. Ils sont presque les seuls prêtres espagnols par qui nous ayons reçu quelque notion de l’histoire civile et naturelle des différentes provinces de l'Amérique. Quelques-uns d'eux, quoique profondément imbus de la superstition, inséparable de leur état, ont publié des ouvrages qui supposent du talent. L'histoire naturelle et morale du Nouveau-Monde, par le jésuite Acosta, contient les faits les plus exacts peut-être, et les observations les plus judicieuses qu'on puisse trouver dans aucune description de ce genre , pubiiée dans le seizième siècle,

Mais ce même dégoût de la vie monastique, auque! l'Amérique doit quelques hommes éclairés par qui elle a été instruite, l'a remplie aussi d'ure foule d’autres moines d’un caractère bien différent. Des hommes inconstans , débauchés, avides , pour qui la pauvreté et la discipline d’un cloître sont insuportables, considèrent une mission en Amérique comme un moyen d'échapper à l'austérité et à l'esclavage de leur état. Ils y obtiennent bientôt quelque cure; délivrés par leur éloignement de l'inspection des supérieurs de leur ordre, exempts, par leurs priviléges , de

la juridiction de l'évèque diocésain !, à peine connaissent-ils quelque subordination. Selon le témoignage mème des plus zélés catholiques, la plupart des membres du clergé régulier, dans les établissemens espagnols, sont non-seulement destitués des vertus qui conviennent à leur profession, raais même sans égards pour la décence extérieure, et sans respect pour l'opinion publique qui nous fait au moins sauver les apparences. Sûrs de l'impunité, quelques réguliers, au mépris de leur vœu de pauvreté, s'engagent ouvertement dans le commerce, et s’y montrent si avides qu'ils deviennent les plus dangereux oppresseurs des Indiens qu’ils devaient proté. ger. D'autres, violant aussi scandaleusement leur vœu de chasteté, s’abandonnent publique-

ment et sans pudeur à la débauche la plusef. 8

frénée (182).

On a proposé divers moyens de révrimer des excès si manifestes et si scandaleux. Plusieurs personnes également distinguées par leur piété et par leurs lumières ont soutenu que, conformément aux canons de l'église, les réguliers devaient vivre renfermés dans l’enceintede

leurs cloitres et qu'on ne devait pas souffrir ps :

long-temps qu'ils empiétassent sur les fonctions du clergé séculier. Quelques magistrats, animé de l'amour du bien public et convaincus del nécessité de dépouiller les réguliers d’un pri: lége , accordé d'abord dans de bonnes intentions, mais dont le temps et l'expérience ont fait reconnaître les pernicieux effets, ont ouvertement appuyé les tentatives du clergé séculier pour le recouvrement et le maintien de ses droits. Le prince d'Esquilache, vice-roi du Pérou sous Philippe HE, prit des mesures si efficaces et si décisives pour contenir les réguliers dans leur sphère, qu'ils en furent généralement consternés (183). Ils eurent recours à leurs artifices ordinaires. Ils atarmèrent la superstition enreprisentant les projets du vice-roi comme des innovations funestes à la religion. Ils employèrent toutcs les ressources de l'intrigue pour se conc lier les personnes puissantes et en crédit; ct ils furent secondés de toute l'influence des jésuites, qui partageaient en Amérique tous les priiléges accordés aux ordres mendians. Ils firent

une profonde impression sur un prince dévot tt h

‘ Avendano, Thes. ind., ll, 253.

sur un léré. L menta discipl une ho Espagi mença étant s seul re quel il dénom tion d' est dit actuels aux b soumi:

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sur un ministère faible. L'ancien usage fut to- Jéré. Les abus qu'il entrainait allèrent en augmentant , et la corruption de ces moines sans discipline et sans frein devint un scandale et une honte pour la religion. Enfin le respect des Espagnols pour les ordres monastiques commençant à diminuer et le pouvoir des jésuites étant sur son déclin, Ferdinand VI trouva le seul remède efficace : il rendit un édit par lequel il est défendu aux réguliers , sous quelque dénomination que ce soit, de prendre la direction d'une paroisse et le soin des âmes, et où il est dit qu’à l'avenir, à mesure que les possesseurs actuels disparaîtront, on ne pourra présenter aux bénéfices vacans que des prêtres séculiers soumis à la juridiction de leur diocésain 1. Si ce règlement est exécuté avec autant de fermeté qu'il a été sagement conçu, il se fera une réforme importante dans l'état ecclésiastique de l'Amérique espagnole, et le clergé séculier deviendra par degrés un corps respectable. Il paraît que, même à présent, la conduite de la plupart des ecclésiastiques est décente et exemplaire ; autrement ils ne seraient pas en si haute estime, et n'auraient pas un ascemdant si prodigieux sur l'esprit de leurs concitoyens dans tous les établissemens espagnols.

Quel que soit cependant le mérite du clergé espagnol en Amérique, ses succès dans la conversion des Indiens à la vraie religion sont beaucoup au-dessous de ce qu’on attendait et de l'ardeur de son zèle et de l'empire qu'il avait acquis sur ces peuples. On peut en donner différentes raisons. Les premiers missionnaires, brûlant de faire des prosélytes, admirent dans l'église chrétienne les peuples d'Amérique avant

de les avoir instruits de la doctriue de la reli- |

gion, avant qu'eux-mêmes eussent acquis assez de connaisances dans la langue du pays pour être en état de leur expliquer les mystères de la foi ou les préceptes de la morale, Appuyés sur de subtiles distinctions de ‘la théorie scolastique, ils adoptèrent cette étrange pratique, aussi contraire à l'es; it d’une religion qui veut être comprise qu'oppusée aux règles de la raison. À peine une horde, intimidée par la puissance des Espagnols et entraînée par l'exemple de ses chefs, par sa légèreté naturelle ou par

4 Real Cedula, manuscrit entre les mains de l’auteur,

son ignorance, témoignait un désir passager d'embrasser la religion des vainqueurs, qu’elle était à l'instant baptisée. Tandis que durait cette fureur des conversions, on vit un seul prêtre baptiser jusqu’à cinq mille Mexicains en un jour, et ne s'arrêter qu'épuisé de fatigue et manquant de force pour continuer 1. Dans le cours de quelques années après la réduction du Mexique, le baptême fut administré à plus de quatre millions d’âmes ?, Des prosélytes admis aussi inconsidérément, et qui n'étaient ni instruits de la nature des dogmes auxquels ils étaient censés se soumettre, ni convaincus de l’absurdité de ceux. auxquels on les faisait renoncer, conservaient tout leur attachement à leurs anciennes superstitions, ou en faisaient un mélange absurde avec le peu qu'ils savaient de la nouvelle religion. Ils ont transmis ces opinions bizarres à leur postérité, qui en est tellement imbue que toute l'industrie des prêtres espagnols n’a pas été capable jusqu’à présent de les déraciner. Les Indiens du Mexique et du Pérou se rappellent et honorent encore les institutions religieuses de leurs ancêtres, et toutes les fois qu’ils peuvent se soustraire à la surveillance des Espagnols, ils s’assemblent pour pratiquer quelques cérémonies de leur ancien culte 3.

Ce n’est cependant pas encore là l'obstacle le plus insurmontable aux progrès du christianisme chez les Indiens; leur intelligence est si bornée, ils portent leurs réflexions et leurs observations si peu au-delà des objets qui frappent leurs sens qu'ils sont à peine capables d'idées abstraites , et qu’ils n’ont point d’expressions pour les rendre. La doctrine sublime ei purement spirituelle du christianisme doit être incompréhensible pour des esprits si peu exercés. Les cérémonies nombreuses et brillantes du culte romain leur plaisent et les intéressent comme spectacle; mais si on leur explique les articles de foi relatifs à ce culte extérieur, ils écoutent avec patience et ils conçoivent si peu ce qu'ils entendent, qu’on ne peut pas donner le nom de croyance à leur soumission. Leur indifférence va plus loin encore que leur incapa-

1Torribio, manuscril. Torquemada, Monar. ind., lib. xvI, cap. vi.

2 Torribio, ibid, Torquemada, lib, xvi, cap. vin. 5 Ulloa, For.,1, 341. Torque:aada, lib, xv, cap. xx: lib, Xv1, cap. xx VIH, Gage, p. 171

cité. N'ayant d'attention que celle du moment, et de désir que pour l'objet présent , les Indiens réfléchissent si rarement au passé et se soucient si peu de l'avenir, qu'ils ne sont pas plus touchés des promesses de la religion qu'effrayés dé ses menaces; enfin il est presqué impossiblé d'inspirer à des hommes, dont la prévoyance s'étend rarement au-delà du lendemain , quelque crainte sur an monde futur. Également étormés et de la faiblesse de leur intelligence et de leur insensibilité, quelques-uns des premiers missionnaites déclarérent qué c'était une race d'hommes trop stupide pour comprendre les premiers principes de la religion. Un concile tenu à Lima déclara qu’à raison de cette incapacité ils devaient être exclus du sacrement de l'éucharistie !. Quoique Paul 1IF, par sa fameuse bulle donnée en 1537, les ait déclarés créatures raisonnables, ayant droit à tous les priviléges du christianisme ©, néanmoins, après deux siècles, durant lesquels ils ont été membres de l'église, ils ont fait si peu de progrès qu'à peine en trouve-t-on quelques-uns qui aient une portion d'intelligence suffisante pour être regardés comme dignes de participer à l’eucharistie 5. D'après cette idée dé leur incapacité et de leur ignorance en matière de religion, lorsque le ztie de Philippe I lui fit établir l’inquisition en Amérique en 1570, les Indiens furent déclarés exempis de la juridiction de ce sévère tribunal f, et ils sont demeurés soumis à l'inspection de leurs évâques diocésains. Leur foi, nème après la plus parfaite instruction, est toujours faible ec chancelante. Enfin, quoique quelques-uns d'eux apprennent les langues savantes et parcourent la carrière des études académiques avec quelque succès, on compte si peu sur eux qu'aucun Indien n’est ordonné pour la prêtriseÿ, ni reçu dans aucun ordre religieux (184).

On peut, d'après ce court examen, se former

une idée de l’état intérieur des colonies espa- , de s’enrichir fut presque le seul qui se présenta : aux aventuriers qui venaient de les conquérir.

gnoles. Il est temps de faire connaître les différentes productions dont elles alimentent et enrichissent la métropole, et le plan du commerce qui s'y fait, tant activement que passi-

? Torquemada, lib, xvr, cap. xx.

+ Jd., ibid., cap. xxv. Garcia, Origen, 311.

5 Ulloa, Por. 1, 343.

# Recop., lib. vi, tit. 1, 1. 25.

# Torquemada, lib, XVI, cap. XHn,

vement. Si les domaines de l'Espagne dans le Nouveau-Monde eussent eu une étendue pro:

portionnée à celle de ses états en Europe, les progrès dé sés colonies auraient été suivis des fièmes avantages que ceux des autres nations,

Mais en même temps qu'une cupidité inconsi. À

dérée lui a fait envahir en moins d'un siècle une contrée plus vaste que l'Europe entière, elle s’est trouvée dans l'impossibilité &e peupler ces immeénsés régions d'an nombre d’habitans suffisant pour les cultiver : de là il est arrivé que les travaux des colons ont pris une fausse direction et ont été conduits sur de mauvais plans. Ils n'ont point formé des établissemens serrés et unis, où l'industrie circonscrité dans de justes limites soit dirigée dans ses vues et dans ses opérations avec modération ét ave constance, et sache employer ses moyens de la manière la plus convenablé et la plus avantageuse. Les Espagnols au contraire, séduits par la perspective immense qui s'offrait à leursregards, divisérent leurs possessions d'Amérique en vastes gouvernemens, Comme ils étaient trop peu nombreux pour parvenir à cultiver ré gulièrement de grandes provinces qu’ils oveipaient sans les peupler, ils s'attachérent 1 l'espoir d’un gain prompt et exorbitant, et négli. gèrent d’entrér dans les petits sentiers de l'in. dustrie , qui conduisent les nations à la richesse et à la puissance plus sûrement, mais plus lente: ment.

De toutes les voies d'acquérir des richesses, l'expluitaiion des mines est la plus séduisante pour des hommes peu accoutumés aux travaux

| assidus et réguliers qu’exigent la culture del

terre et les opérations du commerce, où trop entreprenans et trop avides pour attendre pæ

| tiemment les retours lents et périodiques que

donnent ces deux genres d'entreprises. Dès que les différentes provinces de l'Amérique furent soumises à la domination d'Espagne, ce moyen

Ils négligèrent absolument toutes les provinces du continent où ils n'étaient pas déterminés à s'établir , par l'espoir de trouver des mines d'or où d'argent; ils abandonnèrent celles où leur espoir à cet égard fut trompé. L'importance des

: Îles, qui étaient le premier fruit de leur décou- : verte, diminua tellement dans leur esprit quand

les mi plante la Mer se jeté l'énor vait, 1 de fou la sup vérantc sablé € Pen récher l'espér Potosi 15451, gné u après, Nouvel que la succes:

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nt toutes les provinces aient pas déterminés à trouver des mines d'or nuèrent celles où leur ompé. L'importance des ier fruit de leur décout dans leur esprit quand

es mines y furent épüisées, que la plupart des planteurs les abandonnèrent et les laissérent à la merci de propriétaires plus industrieux. Tous se jetérent dans le Mexiqué et dans le Pérou, où l'énorme quantité d'or et d’argènt qui s’y trouvait, malgré l'ignorance des Indiens dans l'art de fouiller les mines, devait les récompenser de là supériorité de leur iñtelligénce et dé la persévérance de leurs efforts par utie soutée inépuisablé de richesses.

Pendant plusieurs atinées, l’ardeur de leurs recherches fut plutôt animée et soutenue par l'espérance que par les succès; enfin là mire du Potosi au Pérou fut découvérté par hasard, en 15451, par un Indien qui suivait dans la montagné un lama égaré de son troupeatt. Bientôt après, on ouvrit là miné dé Sacotécas dans la Nouvelle-Espagne, qui était ufi peu moins riché que la précédénte. Depuis ce temps on a fait successivement d’autres découvertes dans les deux colonies, et les mines d'argent sont en si grand nombre aujourd’hui que leur exploitation, ainsi que celle de quelques minés d’or peu con: sidérables dans lés provinces de Terre-Ferme et dans le nouvéäa royaume de Grenade, est devenue la principale occupation des Espagnols et à été réduite en un système également compliqué et intéressant, Mais là description de la nature des différens métaux , la manière de les tirer des entrailles de la terre, l’esplication des procédés particuliers au moyen desquels ces métaux sont séparés des substances dont ils sont mélangés, soit par l’action du feu, soit par la puissanice-attractive du méreure, tous ces objets sont plutôt du ressort dû naturaliste où du chimiste que de celui de l'historien.

Les montagnes à Nouveau-Monde ont versé leurs trésors avec une profusioh qui à étonné le genre humain, accoutumé jusque-là à ne puiser

| les métaux précieux que dans les sources peu

M) nombreuses et peu abondantes des minés de

D l’ancien hémisphère. Suivant des calculs qui pa-

2 g°at apportée annuellement dans les ports d'Es- | | pagne est d'environ quatte-vingt-dix millions de

raissent très modérés, là quantité d’or et d'ar-

livrés tournois, à comptet depuis l'année 1499 que l'Amérique fut découverte, jusqu’à présent ; ce qui fait en deux cent quatreé-vingt-trois ans en-

! Fermandès, art, à, lib. xt, Cap. x.

viron vingt-cinq milliards quatre cent soixantedix millions. Quelque immense que soit cette somme, les écrivains espagnols prétendent qu’elle doit être beaucoup plus forte en considération des richesses qui ont été extraites des mines sans payer de tribut au foi. Selon ce calcult, l'Espagne à tiré du Nouveau - Monde au moins cinquante. cinq milliards (185).

Les mines qui ont donné cette étonnante quantité de richesses ne sont pas exploitées aux dépéns dé la couronne et de la nation.

Pour encourager les recherches particulières, toute personne qui découvre une veine nouvelle en a la propriété. Sur la démande au gouverneur de la province, on mesure une certaine étendue de terre et on lui donne un certain nombré d’Indiens , sous la condition d'ouvrir la mine dans un temps déterminé, et de | Payer au roi sur le produit le tribut ordinaire. | Attirés par la facilité avec laquelle on obtient ces | sortes de concessions, et encoutagés par quel-

ques exemples frappans de succès en ce genre, non-seulément l'homme confiant et hardi , mais les plus timides ét les plus défians même se livrent à ces Spéculations avec une ardeur incroyable. L'esprit continuellement nourri d'es-

| pérance, attendant à chaque instant que la

fortune ouvre ses sources secrètes et les prodigue à leurs vœux, ils trouvent toute autre occupation insipide êt sans intérêt. Semblable à la fureur du jeu, cette recherche a, pour ainsi dire, un charme enivrant qui maîtrise l'esprit au point de changer absolument le câractère ; par elle, la prudence timide devient entreprenante et l’ava-

| rice devient prodigue. Cet attrait, si puissant

naturellement, est encore fortifié par les artifices d’une certaine espèce d'hommes connus au Pérou sous le nom de chercheurs. Ce sont communément des gens ruinés qui , se prévalant de quelques connaissances en minéralogie soutenues par des manières insinuantes et par cette confiance particulière aux hommes à projets, s'adressent aux personnes opulentes et crédules, décrivent avec quelque vraisemblance et d'une manière plausible les signes auxquels ils ont reconnu la veine riche et nouvelle, produisent même, si on l'exige, une échantillon du métal

qu'elle doit rendre; ils affirment avec une assu-

lUstaritz, Teor, y pract. de commercia, cap. mi. Herrera, Decad. VI, lib. x1, cap. xv.

rance imposante que le succès est certain et que d'éteindre, et par son approbation il augmente la dépense n'est qu'une bagatelle : rarement ils | cette crédulité inconsidérée qui a si malheureumanquent de persuader. On forme une société; : sement égaré l’activité et l’industrie du Mexique

chaaue intéressé fournit une petite somme; la | et du Pérou. C'est à cette faute qu’on peut attri- ?

mine est ouverte ; le chercheur est seul chargé | buer le peu de progrès que ces deux colonies ont de la direction de toutes les opérations; on ren- | fait pendant deux siècles et demi, soit dans les contre des difficultés imprévues; on demande | manufactures utiles, soit dans ces branches de de nouvelles sommes d'argent; cependant au culture qui procurent aux colonies des autres milieu d’une foule d'inconvéniens et de délais | nations les marchandises qu’elles consomment, successifs, l'espérance se soutient et l'ardeur de | On y méprise tous les dons de la nature en l'attente s'éteint difficilement. On a observé, en | comparaison des métaux précieux, au point effet, qu'un homme une fois engagé dans cette | que l'idiome de la langue en Amérique porte carrière séduisante ne revient presque jamais l'empreinte de cette opinion extravagante, et sur ses pas; ses idées s'altèrent, un autre esprit | que les Espagnols qui y sont établis donnent le le possède, ses yeux sont continuellement obsé- | 10m de riche à une province, non pour la fer: dés par les fantômes d’une richesse imaginaire, | tilité de son sol, l'abondance de ses grains ouh il ne s'occupe , ne parle et ne rêve d'autre chose!. bonté de ses pâturages, mais pour l'abondance Tel est l'esprit qui doit animer toute société | des minéraux que renferment ses montagnes. dont on dirige l’activité particulièrement vers C'est pour les aller chercher qu'ils abandonnent les travaux et l'exploitation des mines d'or et d’ar- | les plaines délicieuses du Mexique et du Pérou, et gent. Cet esprit est le plus opposé de tous aux qu'ils se conifinent dans desrégions arides etmalprogrès de l’agriculture et du commerce, qui saines où ils ont bâti quelques-unes des vilies les constituent la vraie richesse d’une nation. Si le | plus considérables du Nouveau-Monde, Comme système de l'administration dans les colonies | les entreprises et l'activité des Espagnols se sont espagnoles eût été fondé sur les principes d'une originairement tournées de ce côté, il est si dif sage politique, la législation aurait employé ficile aujourd'hui de les ramener vers un autre tout son pouvoir à réprimer le goût des colons but , que quoique, par différentes causes , le. pour cette branche dangereuse d'industrie , néfice de l'exploitation des mines soit considé. avec autant d’ardeur qu'elle en a mis à l’encou- | rablement diminué, le prestige dure encore; et rager. «Les projets relatifs aux mines, dit un la plupart de ceux qui prennent part au commerce «bon juge de la conduite politique des nations , | de la Nouvelle-Espagne et du Pérou sont tou- «au lieu de rendre le capital qu'on y emploie et | jours engagés dans quelque entreprise de cette «l'intérêt ordinaire de l'argent, absorbent com- | espèce (186). «munément l'un et l'autre. Ce sont par consé- | Cependant, quoique les mines soient le prin- «quent de tous les projets ceux auxquels un cipal objet de l'attention des Espagnols, et que «prudent législateur , qui désire l'augmentation les métaux qu'ils en tirent forment l'article le «de la richesse nationale, doit le moins accorder | plus important de leur commerce, les contrées «d'encouragement extraordinaire ; il ne doit pas | fertiles qu'ils possèdent leur fournissent d’autres «non plus engager à y employer une plus grande | marchandises assez rares et assez précieuses pour « portion de capital que celle qu'on y aurait vo- | fixer les regards. La cochenille est une produc- <ontairement destinée; telle est en effet l'extra- | tion presque particulière à la Nouvelle-Espagnt. «vagante confiance de l’homme dans sa bonne | La vente en est toujours certrine et donne ur «fortune, que partout où il apercevra la moin- : profit suffisant pour dédommager amplement «dre probabilité de succès, il ne sera que trop | du soin et des peines qu'exigent la récolte et li

«porté de lui-même à y employer son capital | préparation des insectes dont cette drogue pré p

«avec un excès de confiance2. » Cependant, dans | cieuse est composée. On ne trouve qu'au Pérou les colonies espagnoles, le gouvernement tra- le quinquina , ce remède le plus salutaire peutvailie à nourrir cet esprit qu'il devrait s’efforcer … être et le plus efficace que la Providence ait fait iUlloa, Entreten., p. 223. connaître à l'homme par pitié pour ses infr- 2 D, Sinith's Zaquiry, etc., 1, 165. mités ; c'est une branche de commerce impor

tanti digo celui etii la vé

gnok ot la Euro que « ce Cuba veaurîle, d Espa, rente prod sent précé.

que « Cecoi est pl qued Les a lièren le No la vra semer que | liers mesur à l’ay vaste sous u mense quarar depuis heure milieu débarr vre la nombr plusier preme si gran des ca rait l’e par de par de:

rique, * Ovie

pprobation il augmente rée qui a si malheureu- : l'industrie du Mexique e faute qu’on peut attriue ces deux colonies ont s et demi, soit dans les it dans ces branches de aux colonies des autres es qu’elles consomment, s dons de la nature en ux précieux, au point ue en Amérique porte pinion extravagante, et sont établis donnent le vince, non pour la ferdance de ses grains ou là , mais pour l'abondance ferment ses montagnes, cher qu’ils abandonnent 1 Mexique et du Pérou, et desrégions arides et malelques-unes des villes les Nouveau-Monde, Comme té des Espagnols se sont s de ce côté, il est si dif s ramener vers Un autre différentes causes , lei:

des mines soit considéprestige dure encore; et ennent part au commerce e et du Pérou sont touelque entreprise de cette

les mines soient le prinn des Espagnols, et que rent forment l'article le commerce, les contrées leur fournissent d'autres s et assez précieuses pour chenille est une produtre à la Nouvelle-Espagne.

rs certrine.et donne ul lédommager amplement qu’exigent la récolte et l

s dont cette drogue pré

)n ne trouve qu'au Pérou de le plus salutaire peut que la Providence ait fait par pitié pour ses infrhe de commerce impor

À vre la face de la terre. Ils ne sont guère moins | nombreux dans la Nouvelle-Espagne et dans

Æ par des nuées de gallinasos ou vautours d’Amé-

tante et lucrative pour cette province(187).L'in- | digo de Guatimala est d’une qualité supérieure à | celui de toutes les autres contrées de l'Amérique, | et ii s’yen cultive beaucoup. Le cacao n'est pas à la vérité un fruit particulier aux colonies espagnoles ; mais il y est d'une qualité si supérieure st la consommation de chocolat qui se fait en Europeaussi bien qu’en Amérique est si grande, que cette marchandise est devenue un des objets ce commerce les plus importans. Le tabac de Cuba l'emporte en qualité sur tous ceux du Nouveau-Monde. Le sucre qu’on fabrique dans cette Île, dans celle d'Hispaniola et dans la Nouvelle- Espagne, et quelques autres drogues de diftérente espèce, peuvent être mis au rang des productions naturelles d'Amérique qui enrichissent le commerce de l'Espagne. Aux articles précédens on peut en ajouter un autre de quelque conséquence, c’est l'exportation des cuirs. Ce commerce, aussi bien quela plupart des autres, est plutôt le fruit de l’étonnante fertilité du pays que de la sagesse et de l'industrie des Espagnols. Les animaux domestiques de l'Europe, particulërement les bêtes à cornes, ont multiplié dans le Nouveau-Monde avec une rapidité qui passe la vraisemblance, Peu de temps après l'établissement, les troupeaux étaient déjà si nombreux que les propriétaires les comptaient par milliers . Comme on leur donnait peu de soins, à mesure qu’ils augmentèrent on les laissa courir | à l'aventure, et bientôt s'étendant dans une | vaste contrée couverte de riches pâturages , sous un climat doux, leur nombre devint immense. Îls habitent, par troupeaux de trente ou quarante mille, les vastes plaines qui s'étendent depuis Buenos-Ayres jusqu'aux Andes; et le malheureux voyageur à qui il arrive de tomber au milieu d'eux esi souvent plusieurs jours à se débarrasser de cette foule innombrable qui cou-

plusieurs autres provinces. On ne les tue proprement que pour leur peau, et le carnage en est si grand dans certaines saisons, que la puanteur des cadavres abandonnés sur la place infecterait l'air, s'ils n'étaient subitement dévorés par de grandes troupes de chiens sauvages et

rique, les plus voraces de tous les oiseaux. La | *Oviedo, ap. Ramus., 11à, 101. Mactinst, 1, 466, 511. | n.

quantité des cuirs exportés en Europe est prodigieuse et forme une branche de commerce très lucrative t,

Presque tous ces articles peuvent être considérés comme des productions particulières à l'Amérique, et différant, si l'on excepte les cuirs, des productions de la métropole,

Lorsque l'importation de ces divers objets commença à s'étendre et à prendre de l'activité , l'industrie et les manufactures d'Espagne étaient à un point de prospérité qui lui permettait de se procurer, par ses propres ressources , les marchandises du Nouveau-Monde , de répondre à toutes ses demandes et de suppléer à tous ses besoins. Sous les règnes de Ferdinand et d'Isabelle, et sous celui de Charles V, l'Espagne était une des plus industrieuses contrées. de l'Europe. Ses manufactures de laine , de fil et de soie étaient assez étendues pour fournir nonseulement à sa propre consommation, mais encore à des exportations avantageuses. L'Amérique lui offrant un marché nouveau, inconnu jusqu'alors, et dont elle: avait l'accès exclusif, elle eut recours à ses propres magasins et y trouva abondamment les marchandises nécessaires (188). Ce nouvel emploi dut naturellement accroître et encourager l'industrie, Ainsi alimentées et fortifiées, les manufactures, la population et la richesse auraient dû augmenter en Espagne dans la même proportion que dans ses colonies. A cette époque, l'état de la marine

, espagnole n’était pas moins florissant que celui

de ses manufactures. .Au commencement du seizième siècle, elle avait, dit-on, plus de mille vaisseaux marchands ?, nombre probablement bien supérieur à celui des vaisseaux de toute autre nation d'Europe. Au moyen du secours que se prêtaient mutuellement le commerce étranger et l'industrie intérieure, les progrès de l'un et de l’autre auraient pu être rapides et étendus, et l'Espagne aurait pu tirer de ses acquisitions dans le Nouveau-Monde, le même degré d'opulence et de force que les autres puissances ont acquis par leurs colonies.

Mais différentes causes s’y sont opposées. Il

| en est des nations comme des individus : lors-

* Acosta, lib. nr, cap. xxx. Ovalle, Aist. of Chili, Church., Collect., 11, 47; ibid., V, p. 680, 692 Lettres édif., XII, 255. Feuille 1, 249.

3 Cainpomanès, 11, 140. à

TON que {eurs richesses augmentent lentement et par deg:és, elles nourrissent et entretiennent cette activité qui est si avantageuse au commerce et qui donne à ses opérations la sagesse et la vigueur; lorsqu’au contraire elles isondent l'état

subitement et comme par torrens, elles renver- |

cent les projets d'une sage industrie et entrainent avec elle l'extravagance et la témérité dans les entreprises ec dans les affaires. L'augmentation de puissance et de richesses que la possession de l'Amérique apporta à l'Espagne fut immense et soudaine , et produisit des effets nuisibles , dont les symptômes se firent bientôt apercevoir dans les opérations politiques de cette monarchie. ILest vrai que d'abord, et pendant un

espace de temps considérable, le Nouveau-Monde | ne fournit pas avec trop d’abondance ni de con-

tinuité ses richesses à la métropole ; et le génie de Charles V conduisit les affaires avec tant de prudence, que les effets de cette influence furent à peine sentis. Mais lorsque Philippe I,

avec des talens bien inférieurs à ceux de son |

père, monta sur le trône , et que les remises des colonies formèrent une branche de revenu réglée et très considérable, cette révolution subite dans l'état du royaume eut une influence funeste et sensible ‘sur le monarque et sur le peuple. Philippe, doué de cet esprit d'application continuelle, qui caractérise souvent l'ambition des hommes médiocres, conçut une si haute opinion de ses ressources qu’il ne crut aucune entreprise au-dessus de ses forces. Renfermé en lui-même dans la solitude de l'Escurial , il se complut à troubler toutes les nations voisines. Il fit ouvertement la guerre à la Hollande et à l'Angleterre; il encouragea et protégea une faction rebelle en France ; il conquit le Portugal ; il entretint des armées et des garnisons en ltalie, en Afrique et dans les deux Indes. Par cette multitude d’opérations vastes et compliquées, suivies avec autant d’ardeur que d’opiniâtreté pendant le cours d'un long règne, l'Espagne se trouva épuisée et d'hommes et d'argent. Sous l'administration faible de son successeur, Philippe DE, ka vigueur de la nation continua à dégénérer; enfin elle tomba dans le dernier degré d’abaissement par la dévotion imprudente du monarque , qui chassa près d'un million de ses sujets les plus industrieux, précisément dans un temps où l'état épuisé avait besoin des efforts extraordinaires

d'une sage politique pour augmenter sa population et ranimer ses forces. Dès le dix-septième siècle, le nombre des hommes était si sensible. ment diminué en Espagne, que dans l'impuissance de recruter ses armées, elle fut obligée de restreindre ses opérations. Ses manufactures les plus florissantes étaient déjà déchues. Ses flottes, qui avaient été la terreur de toute l'Eu: rope, étaient détruites. Son commerce étranger était anéanti ; celui mème qui se faisait entre les différentes parties de ses domaines était inter rompu, et les vaisseaux qui hasardaient de le continuer étaient pris ou détruits par ces mêmes ennemis qu'elle méprisait autrefois. L'agriculture même, ce premier objet d'industrie dam tout état heureux, était négligée, et l'une de: plus fertiles contrées de l'Europe fournissait à peine à la consommation de ses habitans.

A mesure que la population et les manufac.

tures de l'état déclinaient , les demandes de ses colonies augmentaient. Les Espagnols, enivris comme leurs souverains des richesses dont ik étaient comblés tous les ans, abandonnèrent la voies d'industrie auxquelles ils étaient accoutumés, et coururent avec empressement dans ces régions d'où découlait tant d'opulence. Ce fit une nouvelle plaie pour l'état que cette furem d'émigration, et la force des colonies n’augments que de l'épuisement de la métropole. Tous ces émigrans, ainsi que les premiers aventurier qui s'étaient établis en Amérique, demeuraient dans la dépendance absolue de l'Espagne pour presque toutes les consommations de première nécessité. Entraînés par des objets plus attrayans et plus lucratifs, ou contenus par les lois prohibitives du gouvernement, ils ne pouvaient appli quer leur activité à l'établissement de manufattures nécessaires à leur subsistance, Ils recevaient de l'Europe, comme je l'ai observé ailleurs , leurs habillemens, leurs vivres, tout ee qui concour enfin à l'aisance ou au luxe de la vie, et même leurs instrumens de labourage. L'Espagne, épui sée de sujets et de beaucoup de bras industrieux. ne pouvait fournir à des demandes toujours re: naissantes et toujours plus considérables. Elle eut recours à ses voisins. Les manufactures dés Pays-Bas, de l'Angleterre et de l'Italie, que st besoins firent naître ou ranimèrent, lui fournirent abondamment tout ce qu’elle demanda.

En vain la loi fondamentale qui excluait tout

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commerce étranger avec l'Amérique s’opposait à cette innovation; la nécessité, plus puissante que les lois, suspendait leur effet et forçait les Espagnols eux-mêmes à les éluder. L'Anglais, le Français et le Hollandais, se reposant sur l’honneur et la fidélité des marchands espagnols qui prêtaient leurs noms pour couvrir la contravention, envoyaient les objets de leurs manufactures dont ils recevaieni le prix ou en espèces ou en marchandises précieuses du Nouveau-Monde. Ni

la crainte du danger, ni l'attrait du gain ne

purent engager aucun commissionnaire espagnol à trahir ou tromper la personne qui se confiait en lui, et cette probité qui distingue et honore la nation contribua à la ruiner. En peu

de temps il n'y eut pas une vingtième partie |

äes marchandises exportées en Amérique qui vinssent du sol ou des fabriques de l'Espagne ?.

gers, quoique introduit sous le nom de marchandises d’Espagne. Depuis cette époque, on peut dire que l'Espagne ne posseda plus les trésors du Nouveau-Monde, Les métaux précieux n’arrivèrent en Europe que pour payer la valeur des marchandises achetées des étrangers. Cette richesse qui, par une circulation intérieure, aurait arrosé toutes les veines d'industrie, et porté la vie et l’activité dans toutes les branches des manufactures, traversait pour ainsi dire l'Espagne avec tant de rapidité qu’elle ne lui laissait aucun avantage. D'un autre côté les fabricans des nations rivales, encouragés par le prompt débit de leurs marchandises, augmentérent en adresse et en industrie, et fournirent à si bas prix que les manufactures d'Espagne, moins bonnes et plus chères, furent encore moins en état de soutenir cette concurrence. Ce commerce destructif opéra plus promptement et plus complétement encore la ruine de la nation que les projets d’une ambition insensée, formés par ses monarques. L'Espagne vit avec tant de douleur et d’étonnement ses trésors d'Amérique s’évanouir presque au moment de leur arrivée, que Philippe HT, incapable de suppléer au défaut de circulation, rendit un édit par lequel ii s’effonça d'élever la monnaie de cuivre à une valeur courante presque égale à celle de l'argent 3 ; ainsi le ! Zavala, Representacion, p. 226.

? Campomaenès, Il, 138, 8 Ustaritz, cap, cv

maître des mines du Pérou et du Mexique était réduit à un misérable expédient, qui a été quelquefois la ressource des plus pauvres états.

Les possessions de l'Espagne en Amérique ne sont donc point devenues pour elle, comme celles des autres nations, une source de population et de richesses. Dans les contrées de l'Europe où l'esprit d'industrie subsiste dans toute sa vigueur, toute personne établie dans des colonies semblables pour leur situation à celles de l'Espagne est supposée occuper dans la métropole trois ou quatre concitoyens pour ses besoins !; mais quand la métropole n’est pas er état de fournir aux demandes de ses colons.

chaque émigrant peut être considéré comme un citoyen perdu pour la communauté et gagné pour la nation étrangère qui supplée à ses be-

| Soins.

Tout le reste appartenait à des marchands étran- |

Tel a été l'état intérieur de l'Espagne depuis la fin du seizième siècle; telle a été son impuissance de fournir aux besoins croissans de ses colonies. Les funestes effets de cette disproportion entre les demandes des uns et les facultés de l’autre, se sont encore augmentés par la manière dont l'Espagne s’est efforcée de régler le commerce entre la métropole et les colonies. Du dessein qu’elle a conçu de faire de son commerce avec l'Amérique un monopole, ei d’y interdire à ses sujets toute communication avec l'étranger, sont nés tous ses règlemens jaloux et tous ses systèmes de commerce. Ils sont assez singuliers par leur nature et par leurs conséquences pour mériter une explication particulière. Afin d’assurer le monopole auquel elle tendait , l'Espagne wa pas accordé le commeree avec ses colonies à une compagnie exclusive, selon le plan adopté par des nations plus commerçantes, dans un temps où la politique du commerce commençait à être plus connue et aurait dû être mieux entendue, Ce plan a été celui de la Hollande pour son commerce avec les deux Indes, L’Angleterre, la France et le Danemark l'ont imitée pour le commerce des Indes orientales, et les deux premières puissances ont aussi circonscrit de la même manière quelques branches de leur commerce avec le Nouveau-Monde. L'homme ne pouvait peut-être imaginer un moyen plus efficace de nuire aux progrès de l'industrie et de la

| population d’une colonie nouvelle. Les intérêts

1 Child On trade and colonies

de la colonie et ceux de la compagnie exclusive sont nécessairement et diamétralement oppesés dans tous les points; or, comme dans ce conflit inégal la dernière a tout l'avantage et qu'elle peut prescrire à son gré les conditions du commerce, la première est non-seulement forcte d'acheter à haut prix et de vendre à bon marché, elle à encore la mortification de voir l'excédant qui lui reste de ses fonds rebuté par ceux mêmes en faveur de qui seuls il lui est permis d'en disposer !,

ILest probable que les hautes idées que l'Espagne avait conçues de bonne heure des richesses du Nouveau-Monde, l'empêchèrent de tomber dans cette erreur politique. L'or et l'argent étaient des marchandises trop précieuses pour qu'on en remit le monopole en des mains particulières, La couronne voulut se conserver la direction d'un commerce si attrayant, et pour se l'assurer elle ordonna que tout bâtiment chargé pour l'Amérique serait soumis à l'inspection des officiers de la casa de contratacion où

chambre de commerce à Séville, avant d'obtenir !

la permission de faire le voyage, et qu'à leur retour, avant de décharger, il serait fait par les mêmes officiers un rapport des marchandises qui formeraient la cargaison. En conséquence de ce règlement , le port de Séville fut l'unique ceñtre de toutes les relations de l'Espagne avec le Nouveau-Monde, et ce commerce prit insensiblement une forme qu'il a À peu près constamment suivie depuis le milieu du seizième siècle presque jusqu'à nos jours, Pour assurer davantage les chargemens précieux envoyés en Amérique, ainsi que pour prévenir plus facilement la fraude, le commerce de l'Espagne avec ses colonies se fait par des flottes qui ne font voile qu'avec de bonnes escortes. On équipe tous les ans ces flottes, qui consistent en deux escadres , l'une distinguée par le nom de galions, l'autre par celui de flotte. Elles partaient autrefois de Séville; mais depuis 1720 elles font voile de Cadix, dont le port a été trouvé plus commode.

Les galions destinés à fournir Terre-Ferme et les royaumes du Pérou et du Chili, de presque tous les articles de luxe ou de nécessité qu'un peuple opulent peut désirer, touchent d'abord à Carthagène et ensuite à Porto-Bello. Le premier port est le rendez-vous des négocians

1 Smith's Znquiry, 11, 171.

de Sainte - Marthe , de Carracas, du nouveau royaume de Grenade et de plusieurs autres provinces. Le second eat le grand marché du riche commerce du Pérou et du Chili, Dans la saison où l'on attend les galions, on transporte par mer à Panama le produit de toutes les mines de ces deux royaumes et les autres marchandises de quelque importance, d'où elles sont portées à travers l'isthme jusqu'à Porto-Bello, en partie à dos de mulet, en partie sur la rivière de Chagre, Dès qu'on a quelque nouvelle de l'apparition de la flotte d'Europe, ce méchant petit village où la réunion pernicieuse d'une excessive chaleur avec une humidité continuelle et les exhalaisons putrides qui s'élèvent de son s01 marécageux rendent le climat le plus malsain peut-être de tous les climats du monde; ce village, dis-je, est tout à coup rempli d'un peuple immense, Ses rues, habitées un instant auparavant par quelques nègres ou mulâtres et par une mistra-

| ble garnison qu'on change tous les trois mois,

sont occupées alors par une foule de riches ntgocians venus des provinces adjacentes. Le mar: ché est ouvert : il se fait un échahyre des trésors

| de l'Amérique avec les manufactures de l'Eu-

rope, et pendant le terme prescrit de quarante jours, le plus riche trafic de l'univers commence et finit, avec cette simplicité, cette confiance entière éntre les contractans, qui sont la suite ordinaire d'un grand commerce (189). La flotte dirige sa course à Vera-Cruz. Les trésors et les marchandises de la Nouvelle-Espagne et des provinces qui en dépendent y sont transportées de Los-Angelès , où elles étaient entreposées en attendant son arrivée; le commerce se fait à Vera-Cruz de la même manière que celui de Porto-Bello, et ne lui est inférieur qu’en valeur et en importance. Les deux flottes, après avoir complété leurs chargemens en Amérique, se donnent rendez-vous à la Havanne, d'où elles reviennent de compagnie en Europe.

Le commerce de l'Espagne avec ses colonies, ainsi gêné et restreint, dut nécessairement être conduit par le même esprit ei sur les mêmes principes que celui d'une compagnie exclusive. Borné à un seul port, il était à la portée de peu de personnes , et insensiblement il se trouva presque tout entier partagé entre un petit nombre de maisons opulentes, d'abord à Séville, el aujourd'hui à Cadix. Celles-ci, par des combi-

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spagne avec ses colonies, , dut nécessairement être esprit et sur les mêmes une compagnie exclusive.

il était à la portée de peu ensiblement il se trouva rtagé entre un petit nomtes, d'abord à Séville, el Celles-ci, par des combi-

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uaisons faciles à faire, peuvent empêcher la concurrence, Capable seule de maintenir le prix naturel des marchandises ; et en agissant de concert, comme leur intérêt mutuel les y porte, elles peuvent à leur gré en hausser ou en baisser la valeur, En conséquence, le prix des marchandises d'Europe en Amérique est toujours haut et souvent exorbitant, Un, deux et même trois cents pour cent sont des bénéfices communs dans le commerce de l'Espagne avec ses colonies!, Par une suite du même esprit de monopole, il arrive souvent que les marchands du second ordre, dont les magasins ne sont pas assortis de toutes les marchandises propres au commerce de l'Amérique, peuvent acheter des marchands opulens celles qui leur manquent, à un prix au-dessous de celui qu'elles ont dans les colonies. Enfin , armés de cette vigilanee jalouse que les compagnies exclusives emploient contre les spéculations des commerçans libres, ces monopoleurs trop puissans s'efforcent de renverser les projets de quiconque voudrait courir la même carrière et entrer en concurrence avec eux 2, Cette limitation du commerce de l'Amérique à un seul port ne l'affecte pas dans l’intérieur seulement ; elle resserre encore ses opérations au dehors, Un monopoleur {agne plus et hasarde moins sans contredit dans un trafic limité qui lui offre des profits exorbitans, que dans un commerce étendu qui ne lui rend qu'un bénéfice modéré. Il est souvent de son intérêt de circonscrire la sphère de son activité au lieu de l'agrandir , et il peut tourner toute son attention à donner des bornes aux opérations de l'industrie commerçante, au lieu de la seconder et d'en exciter la vigueur, Il paraît que c'est par quelques maximes semblables que la politique d'Espagne a réglé son commerce-avec l'Amérique. Au lieu d'envoyer dans les colonies les marchandises d'Europe en suffisante quantité pour en rendre le prix et les profits modérés, les négocians de Séville et de Cadix les y répandent avec retenue, de sorte que l'avide concurrence des acheteurs , forcés de se pourvoir dans un marché mal fourni, met leurs commissionnaires en état de faire sur leurs cargaisons des profits exorbitans. Au milieu du dernier siècle, lorsque le commerce exclusif de

| | "Ulloa, Retab , part. u, p. 191. | * Smith’s Znquiry, 11, 171, ;

Séville en Amérique était à son plus haut degré de prospérité, les deux escadres unies des (ça lions et de la flotte ne portaient pas plus de 27,500 tonneaux !, Une pareille charge devait ttre bien loin de pouvoir suppléer aux demandes de ces vastes et nombreuses colonies qui en attendaient toutes les commodités et la plupart des nécessités de la vie, Bientôt l'Espagne sentit combien elle était déchue de sa prospérité précédente ; et des ciloyens respectables et vertueux employérent toute leur sagacité à imaginer des moyens de ranimer l'industrie et le commerce chancelans de leur patrie, On peut juger à quel point le mal était dangereux et désespéré par la violence des remèdes qui furent proposés, Les uns, confondant la violation des règlemens avec les crimes d'état, prétendaient que pour arréter les suites du commerce illicite, on devait punir de mort et de la confiscation de tous ses biens quiconque en serait convaincu?, D'autres, ne distinguant point les fautes civiles des actes d'impiété, soutinrent que le commerce de contrebande devait être mis au rang des crimes réser. vés à la connaissance de l'inquisition ; que les coupables devaient être jugés et punis selon la forme secrète et sommaire dont ce terrible tribunal exerce sa juridiction, D'autres enfin propostrent de donner le commerce de l'Amérique à une compagnie exclusive, faute d'avoir observé les dangereux effets du monopole de ces Compagnies dans tous les pays où elles étaient établies, et sous le prétexte que pour son propre intérêt elle mettrait toute la vigilance possible à garantir le commerce d'Espagne contre les usurpations des interlopes 4,

Outre ces projets extravagans, on imagina quelques plans mieux digérés et plus avantageux, quoique d'abord il fussent sans effet : mais sous les monarques faibles par qui firit le règne dela maison d’Auiriche en Espagne, on ne vit dans toutes les parties du gouvernement qu'incapacité et indécision. Au lieu de prendre pour modèle l'administration active de Charles V, ils affectèrent d'imiter la politique lente

Campomanès, Educ. popul., À, 435; M, 110.

3 M. de Santa-Cruz, Comcrcio suelto, p. 142.

®Moncada, Restauracion. politica de España ,

pag. 41.

# Zavala y Augnon, Representacion , etc., p. 190.

et soupçonneuse de Philippe IF, et privés de ses talens , ils délibéraient sans cesse et ne résolvaient rien. On ne remédia à aucun des maux qui faisaient languir le commerce national tant au dedans qu’au dehors. Ces maux allèrent en augmentant, et l'Espagne , avec des domaines plus vastes et plus opulens qu'aucun état européen, n'avait ni force, ni argent, ni industrie(190). Enfin une violente convulsion, en agitant la nation, réveilla son génie assoupi, et la guerre civile allumée par les deux partis qui se disputaient la couronne lui rendit jusqu'à un certain point son ancienne vigueur. Tandis qu'il se formait des hommes capables de sentimens plus généreux que ceux qui avaient dirigé les conseils de la monarchie pendant le cours d'un siècle , l'Espagne tira d’une source inattendue les moyens de faire valoir leurs talens. Les différentes puissances qui favorisaient les prétentions des maisons d'Autriche et de Bourbon au trône d'Espagne envoyèrent à leur secours des Jottes et des armées considérables. La France , l'Angleterre et la Hollande firent passer des sommes immenses en Espagne. Elles furent répandues dans les provinces qui étaient devenues le théâtre de la guerre , ainsi une partie des trésors de l'Amérique , dont ces puissances avaient épuisé leurs pays, retourna à Sa source.

L'un de plus habiles écrivains de l'Espagne date de cette époque la renaissance de la monarchie, et quelque humiliante que puisse être cette vérité , il reconnait que c’est à ses ennemis que sa

patrie doit l'acquisition d’un fonds d'espèces en |

circulation, proportionné à peu près aux besvins publics !.

Aussitôt que les Bourbons furent en possession paisible du trône, ils remarqutrent cette révolution dans l'esprit des peuples et dans l’état de la nation, et ils en profitèrent; en effet, quoique cette maison n'ait pas donné à l’Espagne des monarques remarquables par la supériorité de leur génie, ils ont tous été bienfaisans , attentifs au bonheur de leurs sujets, et occupés de l’augmenter. En conséquence, le premier objet de Philippe V fut de supprimer une innovation qui s'était glissée dans l'état pendant la guerre, et qui bouleversait tout le système du commerce espagnol avec l'Amérique.

L'Angleterre et la Hollande, par la supériorité

# Campomanès, |, 420.

de leur marine, avaient acquis assez d'empire sur la mer pour couper toute communication entre l'Espagne et ses colonies. Afin de leur fournir les commodités de la vie sans lesquelles elles ne pouvaient exister, et en échange desquelles elles devaient faire part de leurs tré. sors, l'Espagne fut obligée de se départir de la rigueur ordinaire de ses maximes au point d'ouvrir le commerce du Pérou aux Français, ses alliés. Les marchands de Saint - Malo, à qui Louis XIV accorda le privilége de ce commerce lucratif, l’entreprirent avec vigueur, ets'y con. duisirent par des principes bien différens de ceux des Espagnols, Ils fournirent le Pérou des marchandises d'Europe à un prix plus modéré et en

plus grande quantité; tous ces objets d'imporu- à

tion arrivaient dans toutes les provinces de l'Amérique espagnole avec une abondance jusqu'alors inconnue. Pour peu que cette commu

| nication eût duré encore, c'en était fait des ex-

portations de l'Esragne, et les colonies cessaient

| de dépendre de leur métropole. On se häta de

défendre de la manière la plus forte et la plus

| positive l'admission des vaisseaux étrangers | dansles ports du Chilit, et l'on employa une

cadre espagnole à chasser des mers du sudees intrus dont le secours n'était plus nécessaire. Cependant l'Espagne, à la fin de la guerre

| terminée par le traité d’Utrecht, avait été en

vain délivrée d'un des obstacles qui gênaient son commerce; elle en éprouvait encore un autre qui ne lui paraissait guère moins dangereus.

Philippe V, pour engager la reine Anne à conclure une paix également désirée par ia France et par l'Espagne, actorda à la Grande-Bretagne non-seulement l'asiento, ou le droit de porter des nègres aux colonies espagnoles, droit dont la France avait précédemment joui; il Lui don encore le privilége plus extraordinaire d'ervoyer tous les ans à la foire de Porto-Bello un vaisseau de cinq cents tonneaux chargé de marchandises d'Europe. En conséquence, des commissionnaires anglais s'établirent à Carthagène, à Panama, à la Vera-Cruz, à Buenos-Ayres, et dans d’autres établissemens espagnols. Le voile dont l'Espagne avait couvert jusque-là l'état el les affaires de ses colonies fut levé. Les agens d'une nation rivale , admis dans les principales

! VoyagedeFrezier, 256, B. Ulloa, Retabl. I, 104, elc Alcedo y Herrera, 4viso, etc., 236.

it acquis assez d'empire r toute communication colonies. Afin de leur de la vie sans lesquelles er, et en échange desaire part de leurs tré.

gée de se départir de la maximes au point d'ouérou aux Français, ses de Saint - Malo, à qui rivilége de ce commerce avec vigueur, et s’y conpes bien différens deceu rent le Pérou des marà prix plus modéré et en ous ces objets d'importaoutes les provinces de ivec une abondance jusr peu que cette Commu 'e, c'en était fait des ex- , et les colonies cessaient étropole. On se hâta de » la plus forte et la plis es vaisseaux étrangers , et l'on employa unes ser des mers du sud ces l'était plus nécessaire.

, à la fin de la guerre d'Utrecht, avait été en bstacles qui gênaient son rouvait encore un autre zuère moins dangereux.

rer la reine Anne à connt désirée par ia France da à la Grande-Bretagne Lo, ou le droit de porter espagnoles, droit dont mment joui; il Lai douna us extraordinaire d'enfoire de Porto-Bello un onneaux chargé de mar- 1 conséquence, des cométablirent à Carthagènt, ruz, à Buenos-Ayres, €l nens espagnols. Le voile uvert jusque-là l'état el nies fut levé. Les agens Imis dans les principales

,B. Ulloa, Retabl. Il, 104, ec 1c., 236.

RARE om mr

villes de commerce, ne manquèrent pas de moyens de s’instruire de la position intérieure de ses provinces, d'observer leurs besoins constans on accidentels , et de connaître quelle était l'espèce de marchandises dont l'importation serait la plus avantageuse. Bientôt, sur ces informations authentiques et promptes, les négoeians de la Jamaïque et des autres colonies anglaises en liaisons de commerce avec le continent espagnol, furent en état d’assortir et de proportionner exactement leurs cargaisons aux besoins du marché; de manière que le commerce de contrebande devint plus facile et plus étendu qu'il ne l'avait jamais été. Ce n'était cependant pas encore là la conséquence de l'asiento la plus fatale au commerce de l'Espagne. Les agens de la compagnie anglaise de la mer du Sud, à l'abri de l'importation quelle était autorisée à faire par le vaisseau qu'elle envoyait tous les ans à Porto-Bello, répandaient leurs marchandises dans le continent espagnol, sans limites et sans obstacles. Au lieu d'un vaisseau de cinq cents toneaux, tel qu'il était stipulé par le traité, ils en employaient un de plus de neuf cents, et celuici était accompagné de deux ou trois bâtimens plus petits, qui, amarrés dans quelque crique voisine, fournissaient clandestinement de nouvelles marchandises pour remplacer celles qui étaient vendues. Les inspecteurs de la foire et les officiers de la douane, gagnés par des présens considérables, facilitaient la fraude (191). Ainsi, d’un côté les opérations de la compagnie, de l’autre l'activité des interlopes particuliers, faisaient passer presque tout le commerce de l'Amérique espagnole dans des mains étrangères. Le commerce immense des galions, dont l'Espagne était si fière, et qu’enviaient les autres uations, s'anéantit, et la flotte elle-même, réduite de quinze mille à deux mille tonneaux !, ne servait presque plus qu'à apporter en Europe les revenus du roi formés du quint des mines. L'Espagne frappée de ces usurpations, et vivement touchée de leurs pernicieux effets, ne pouvait manquer de faire quelques efforts pour les réprimer. Son premier expédient fut de porter sous le nom de garde-côtes des vaisseaux armés sur les côtes des provinces les plus fréquemment visitées par les interlopes. Comme ‘intérêt particulier et le devoir contribuaient à

* Alcedo y Herrera, p. 359, Campomanès, 1, 436.

: rendre les officiers de ces vaisseaux actifs et vi-

gilans, les progrès du commerce de contrebande diminuërent ; cependant il était impossible d'établir un nombre de croisières suffisant pour garder une étendue de côte si considérable et si accessible du côté de la mer. La perte d’une communication qui s'était établie avec tant de facilité que les négocians anglais s'étaient pour ainsi dire accoutumés à la regarder comme une branche de commerce avouée et légitime, excita des réclamations et des plaintes, qui, justifiées ensuite, et devenues en quelque sorte intéressantes par des actes de violence inexcusables de la part des garde-côtes espagnols, engagèrent l'Angleterre dans une guerre avec l'Espagne, au moyen de laquelle cette dernière puissance se débarrassa enfin de l&s », et demeura libre de régler le commerce ve ses colonies, sans être gènée par aucun engagement avec cette puissance étrangère.

Les Espagnols avaient découvert toute l'étendue de la consommation des marchandises d'Europe dans leurs colonies, par la grandeur même du commerce interlope que les Anglais y faisaient; et, persuadés dès lors qu'il leur était avantageux de proportionner leurs importations aux demandes des différentes provinces, ils con-

çurent la nécessité d’approvisionner leurs colonies d'une autre manière que celle qu'ils avaient employée jusque-là, en n’y envoyant d'Europe qu'à des époques fixes et périodiques. Nou-seule-

ment ce moyen de communication était incertain, par les délais que divers accidens apportaient quelquefois au départ des galions et de la flotte, et souvent par les obstacles qu'y oppo-

. saient les guerres allumées en Europe; mais il

n'était pas même propre à subvenir à temps aux besoins de l'Amérique. Souvent les marchandises d'Europe étaient d’une rareté excessive dans les établissemens espagnols ; le prix en de-

| venait énorme; le marchand vigilant et attentif

ne manquait pas de saisir cette occasion favorable; les interlopes y portaient d'amples car. gaisons des îles anglaises, françaises et hollandaises, et lorsque les galions arrivaient enfin, la contrebande avait tellement rempli les marchés, qu'on n'avait plus besoin des marchandises qui formaient leurs cargaisons. Pour remédier à cet inconvénient, l'Espagne rétablit les vaisseaux de registre pour une partie considérable

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du commerce de l'Amérique. Ces vaisseaux sont expédiés par des marchands de Séville ou de Cadix, dans l'intervalle des saisons fixéss pour le départ des galicos et de la flotte; il leur faut une permission du conseil des Indes qui s'achète chèrement. Ils sont destinés pour les ports où l'on prévoit que les besoins doivent être plus pressans. Par ce moyen le marché d'Amérique était si régulièrement alimenté de marchandises

* nouvelles, que l'interlope n'étant plus attiré par le mème espoir de gains excessifs, ni les colons pressés par les mêmes besoins, ils n'osaient plus courir les mêmes risques,

À mesure que l'expérience développait les avantages de cette manière de faire le commerce, le nombre des vaisseaux de registre augmentait, et enfin les galions, après avoir été employés pendant plus de deux siècles, furent définitivement supprimés en 1748. Depuis cette époque, tout le commerce du Chili et du Pérou s’est fait par des vaisseaux particuliers expédiés de temps ent emps, selon que les circonstances l’exigent, et lorsque les négocians prévoient la promptitude et la facilité du débit. Ils doublent le cap Horn , et portent directement dans les ports de la mer du Sud les productions du sol et des manufactures d'Europe, que les peuples de ces contrées étaient obligés d'aller précédemment

chercher à Porto-Beliv ou à Panama. Ces villes | privées de ce commerce, auquel elles devaient | leur existence, déchoiront insensiblement comme | on l'a déjà observé. Ge désavantage, quel qu'il |

soit, est plus que compensé par la régularité et

l'abondance avec lesquelles tout le continent de | l'Amérique méridionale est aujourd’hui pourvu |

des marchandises d'Europe. ce qui doit contri-

Juer sensiblement à la prospérité de ses colo: |

nies. Mais comme tous les vaisseaux de registre, destinés pour la mer du Sud, sont toujours obli-

gés de partir du port de Cadix et d’y revenir !, ,

cette branche du commerce de l'Amérique, même sous sa forme nouvelle et perfectionnée, demeure soumise aux entraves d’une espèce de monopole dont elle éprouve encore toutes les suites funestes que nous avons déjà décrites.

\ L'Espagne ne s'est pas bornée à régler son commerce avec ses colonies les plus florissantes, elle a cherché aussi à ranimer celui de quelques-

, Was de ses établissemens où il était ou négligé

1 Campomanès, 1, 434, 440,

ou déchu. Parmi les nouveaux goûts et les nouveaux besoins que leur communication avec les habitans des provinces conquises en Amérique a fait naître chez les peuples de l’Europe, celui du chocolat est un des plus universellement répandus. Les Espagnols apprirent les premiers des Mexicains l’usage de ce breuvage fait avec la noix de cacao réduite en pâte, et mélangé de divers ingrédiens ; il leur parut, ainsi qu'aux autres nations de l’Europe, si agréable au goût; si nourrissant et si sain, qu’il a formé un objet de commerce très important. Le cacaotier croît sans culture dans plusieurs parties de la zone torride; mais les noix de la meilleure qualité, après celles de Guatimala dans la mer du Sud, croissent dans les riches plaines des Carracas, l’une des

provinces du royaume de Terre-Ferme. Cette .

supériorité reconnue du cacao de Carracas, et la communication de cette province avec la mer Atlantique qui en facilite le transport en Europe, y ont perfectionné et étendu la culture de ce fruit plus qu’en aucun autre endroit de l’Amérique. Mais la Hollande, par le voisinage de ses établissemens dans les petites Îles de Curaçao et de Buen-Ayre à la côte de Carracas, s'était emparée de la plus grande partie du commerce de cacao. Le trafic de cette marchandise avec la métropole était presque entièrement tombé, et telle était la négligence des Espagnols ou le vice de leur conduite dans le commerce, qu'ils étaient obligés d'acheter des étrangers à un prix exorbitant cette production de leurs propres colonies. Pour remédier à un abus honteux tout à la fois et ruineux pour ses sujets, Philippe V accorda en 1728, à un corps de marchands, le droit exclusif de faire le commerce de Carracas et de Cumana, à condition d’équiper à leurs frais un nombre suffisant de vaisseaux pour purger la côte d’interlopes. Cette société, connue également sous le nom de compagnie de Guipuscoa, de la proviuce d'Espagne où elle est établie, ou sous celui de Carracas, du district de l'Amérique qui lui était cédé par son privilége, a conduit son commerce avec tant de vigueur et de succès, que l'Espagne a recouvré une branche importante de commerce dont elle s'était laissé dépouiller, et qu'elle est aujourd’hui pourvue abondamment et à un prix modéré d’un objet considérable de consommation. Cet établissement a procuré de grands avantages à

la métre effet, « établir à accélére:

elle est s sagemer ses opér qu'elle p cas ne 6 pagnie, d'Europe ductions.

lége d'y « gistre d'u dans la N le comme chartre d concurren colonies v tout para compagni nuer l’aut établie , le tion et des ont été trè Mais coi à un systé commerce tude lui ar nouveaux rique, resp qui borne à du Nouveat registre qu compagnie racas , à dé des vues pl pagne. L’es gloire d’avc et abstraite pour l’hom:

Pyrénées. L la politique rendu sens tème de l'E:

vernement ; gnols avec bations con reurs de la ou convainc

goûts et les nouinication avec les es en Amérique a Europe, celui du sellement répanles premiers des e fait avec la noix élangé de divers qu'aux autres nau goût; si nourun objet de comaotier croit sans e la zone torride; e qualité, après du Sud, croissent rracas, l’une des rre-Ferme. Cette de Carracas, et vince avec la mer ransport en Eundu la culture de endroit de l’Amévoisinage de ses sde Curaçao et de as, s'était empalu commerce de chandise avec la ement tombé, et Espagnols ou le ommerce, qu'ils rangers à un prix leurs propres cos honteux tout à s, Philippe V ace marchands, le erce de Carracas ‘équiper à leurs sseaux pour pursociété, connue pagnie de Guiagne où elle est rracas, du disait cédé par son erce avec tant de pagne a recouvré nmerce dont elle elle est aujourà un prix modéré sommation. Cet nds avantages à

ont été très considérables (192).

Mais comme il est rare qu’une nation renonce à un système consacré par le temps, ou que le commerce quitte la route qu'une longue habitude lui a rendue familière, Phili ppe V, dans ses nouveaux èglemens sur le commerce d'Amérique, respecta l’ancienne maxime de l'Espagne, qui borne à un seul port toutes les importations du Nouveau-Monde et qui oblige les vaisseaux de registre qui viennent du Pérou et ceux de la Compagnie Ge Guipuscoa à leur retour de Carracas , à décharger à Cadix. Depuis son règne, des vues plus étendues se sont répandues en Espagne. L'esprit philosophique, que ce siècle a la gioire d’avoir vu passer des spéculations frivoles et abstraites à des recherches plus importantes pour l’homme, a porté son influence au-delà des Pyrénées. Des auteurs ingénieux, en examinant la politique ou le commerce des nations, ont rendu sensibles les erreurs et les vices du Système de l'Espagne dans ces deux parties du gouvernement; ils ont relevé les fautes des Espagnols avec force et les ont montrées aux autres nations comme des exemples effrayans des erreurs de la politique. Honteux de ces reproches Ou convaincus par les raisons, instruits même

la métropole et à la colonie de Carracas ; en effet, quoiqu'au premier aspect elle paraisse établir un monopole plus propre à retarder qu’ accélérer les efforts et les progrès de l'industrie, elle est soumise à plusieurs règlemens salutaires, sagement prévus, et propres à la contenir dans ses opérations et à prévenir les mauvais effets qu'elle pourrait avoir. Les plauteurs de Carracas ne dépendent pas entièrement de la compagnie, ni pour l'importation des Marchandises d'Europe, ni pour la vente de leurs propres productions, Les habitans des Canaries ont le privilége d'y envoyer tous les ans un vaisseau de registre d'une charge considérable ; et Vera-Cruz, dans la Nouvelle-Espagne, peut faire librement le commerce de tous les ports con.pris dans la chartre de la compagnie. En conséquence, la Concurrence y est telle, que, soit pour ce que les colonies vendent, svic pour ce qu'elles achètent, tout parait être porté à son taux naturel. La compagnie ne peut ni augmenter l’un ni diminuer l'autre à son gré; aussi, depuis qu’elle est établie, les progrès de la culture » de la population et des capitaux de la province de Carracas

par des écrivains éclairés de leur propre nation, les Espagnols paraissent enfin avoir recounu l'influence destructive de ces maximes étroites qui, enchaînant le commerce dans toutes ses opérations, ont si long-temps retardé ses progrès. C’est au monarque régnant que l'Espagne est redevable du premier règlement conforme à ces idées nouvelles.

Tant que l'Espagne demeura rigoureusement attaché: à ses anciennes maximes pour sou commerce avec l'Amérique, elle craignait si fort d'ouvrir une route à quelque commerce illicite dans ses colonies, qu'elle s’interdit à elle-même presque toute communication avec elles, excépté celle de ses flottes annuelles. Il n'y avait aucun moyen de correspondance pour les affaires publiques ou particulières entre la métropole et ses établissemens en Amérique. Faute de ce se- Cours nécessair:, les opérations de l'état, ainsi que les négociations des particuliers, étaient languissantes ou mal dirigées, et l'Espagne recevait souvent des étrangers les premières nouvelles des événemens les plus intéressans survenus dans ses propres colonies. Néanmoins, quelque sensible que fût ce défaut dans sa politique, quelque facile qu'en fût le remède, les monarques espagnols négligeaient de l'appliquer par une suite de leur soin jaloux à conserver un commerce exclusif, Enfin Charles III surmonta ces considérations qui avaient retenu ses prédécesseurs, et établit en 1764 des paquebots pour être expédiés tous les premiers jours de chaque mois de la Corogne à la Havane ou à Porto-Rico. Les lettres passent de là sur des bàtimens légers à la Vera-Cruz et à Porto-Bello, et ensuite elles circulent par la poste dans les royaumes de Terre-Ferme, de Grenade, du Pérou et de la Nouvelle-Espagne. D'autres paquebots font voile aussi régulièrement, une fois tous les deux mois, à Rio de la Plata, pour la commodité des provinces qui sont à l’est des Andes. C'est ainsi qu'on est parvenu à établir une correspondance sûre et promple à travers toutes les vastes possessions de l'Espagne, correspondance également avantageuse à l'intérêt de la politique et au commerce du royaume f,

À ce nouvel arrangement s'est joint d'abord un

nouveau moyen d'étendre le commerce, Chacun

* Ponz, Viage de Espana, V1. Prol., P. 15.

des paquebots, qui sont des bâtimens d’une l charge assez considérable, peut faire une demicargaison des marchandises du cru de l'Espagne

les plus désirées dans les ports pour lesquels il est destiné, et en retour il lui est permis d’apporter à la Corogne une égale quantité des productions de l'Amérique !, On peut regarder ces établissemens comme le premier adoucissement à ces lois rigides qui bornaient à un seul port le commerce du Nouveau-Monde, et le premier pas vers l'admission du reste du royaume à ce commerce.

I fat bientôt suivi d'un autre plus décisif. | Charles II ouvrit, en 1765, à tous ses sujets en |

Espagne le commerce des îles du Vent, Cuba,

Hispaniola, Porto-Rico, la Marguerite et la | Trinité. I} leur permit de faire voile de certains | ports pour les lieux spécifiés dans l’édit, dans |

telle saison et avec telle cargaison qu'ils jugeraient à propos, sans autre formalité qu'un simple acquit de la douane du lieu d’où ils partiraient. 11 les déchargea de cette foule de droits onéreux établis sur les marchandises exportées en Amérique, en y substituant un droit modéré

de six pour cent à la sortie d'Espagne; il leur | laissa le choix du port où ils croiraient à leur !

retour trouver la vente la plus avantageuse, pour y décharger leur cargaison en payant les droitsordinaires.Ce privilége, quirenversaenfin toutes les barrières dont la politique jalouse de l'Espagne s'était efforcée pendant deux siècles et demi d’environner son commerce avec le “ouveau-Monde, fut bientôt après étendu à la Louisiane et aux provinces de Yucatan et de Campèche 2.

La sagesse de cette innovation, qu'on peut regarder comme le plus noble effort de la législation espagnole, s’est manifestée par ses effets. Avant l'édit en faveur de la liberté du commerce, l'Espagne tirait à peine quelque bénéfice de ses colonies négligées, Hispaniola, Porto-Rico, la Marguerite et la Trinité. Son commerce avec Cuba était peu de chose, et ce-

lui de Yucatan et de Campèche était presqueen- | tièrement envahi par les interlopes. Mais dès | royaume.

que la liberté générale fut accordée, le com- |

merce de ces provinces se ranima et s’accrut

avec une rapidité dont il y a peu d'exemples | Î Ë à . métropole avec ses colonies, crut devoir ouvrir

!Append., N, à la Educ. pop. 31. # ébid., p. 37-54-91

dans l'histoire des nations. En moins de dis ans le commerce de Cuba s'est plus que triplé. Dans les établissemens même où il fallait les plus grands efforts pour réveïller Findustrie languissante, le commerce a doublé, On compte que le nombre des vaisseaux employés dans le commerce libre est déjà si considérable, que leur charge excède celle des galions et de lt flotte dans l'époque la plus heureuse de leur commerce. Les avantages de cette disposition ne sont pas concentrés entre les mains de quelques marchandsétablis dans an port privilégié : ils se répandent dans toutes les provinces du royaume, et ce nouveau débouché pour les productions encouragera inévitablement l’industrie des cultivateurs et des artisans. Le royaume ne gagne pas seulement sur ses exportations; il profite également sur ce qu’il reçoit en retour, et ilacquiert l'espoir de pourvoir bientôt par luimême aux besoins d'une vaste consommation, pour laquelle il dépendait auparavant des étrangers. La consommation du sucre est peut être aussi considérable en Espagne, eu égard au nombre de ses habitans, qu'en aucun royaume de l'Europe. Cependant, quoique maîtresse des contrées du Nouveau-Monde dont le climat et le sol conviennent le mieux à la culture de cette plante; quoique celle des cannes à sucre eût été autrefois considérable dans le royaume de Grenade, telle a été la suite funeste de ses institutions en Amérique et le poids des taxes mises en Europe sur cette denrée, que l'Espagne :

presque entièremnet perdu cette branche d'industrie qui a enrichi les autres nations. Les

: Espagnols étaient obligés d'acheter des étran-

gers cette marchandise, devenue un objet de premitre nécessité en Europe, et ils avaient le désagrément de se voir tous les ans dépocillés de sommes immenses pour ce seul article ‘.

Mais si l'esprit national, ranimé par la liberté du commerce, persévère dans ses efforts avec la même vigueur, la culture du sucre à Cuba et à Porto-Rico peut augmenter au point d’être en peu d'années proportionnée aux besoins du

L'Espagne, instruite par l'expérience de tout ce qu’elle gagnait en se relâchant de la rigueur des anciennes lois relatives au commerce de la

1 Ustaritz, cap. xciv.

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expérience de tout ant de la rigueur u commerce de la rut devoir ouvrir

entre elles une communication libre, Par une suite des maximes jalouses de l’ancien système, toute correspondance entre les différentes provinces situées dans les mers du sud était défendue sous les peines les plus sévères. Quoique chacune d'elles eût des productions particulières dont l'échange réciproque eût ajouté à leurs jouissances mutuelles et peut-être facilité les progrès de leur industrie, le conseil des Indes désirait si fort qu’elles ne pourvussent à leurs besoins que par le moyen des flottes annuelles de l’Europe, que, pour être en sûreté sur ce point, il interdit par des lois cruelles et tyranniques aux Espagnols du Pérou, de la Nouvelle- Espagne, de Guatimala et du nouveau royaume de Grenade, une correspondance entre eux qui tendait manifestement à leur prospérité mutuelle, De toute cette foule de prohibitions imaginées en Espagne pour assurer le commerce exclusif de ses établissemens d'Amérique, il n'y en à peut-ètre aucune qui paraisse avoir été plus vivement sentie, ou qui ait produit des effets plus funestes. Cette tyrannie a cessé enfin. Gharles II a publié en 1774 un édit 1, par lequel il accorde aux quatre grandes provinces dont je viens de parler la libcrté de commercer entre elles(193).On ne peutencore apprécier par l'expérience quels seront les effets de cette communication ouverte entre des contrées destinées par leur situstion à un commerce réciproque; mais ces effets ne peuvent manquer d'être très salutaires. Les motifs de cette concession ne sont pas moins louables que le principe sur lequel elle est fondée est juste. Is font connaître les progrès qu'a faits en Espagne l'esprit public, bien supérieur aujourd’hui à ces préjugés et à ces misérables maximes sur lesquelles furent d'abord fondés son système de commerce et l'administration de ses colonies. ‘

En même temps que l'Espagne s’est appliquée à introduire dans le système de son commerce en Amérique des règlemens dirigés par des vues de politique plus grandes et plus justes, elle n’a pas négligé l'administration intérieure de ses colonies. Il n’y avait que trop d'objetsä réformer ou à perfectionner, et don Joseph Galvez, actuellement chargé en Espagne du département des affaires de l'Inde, a eu toutes les facilités ,

! Real cedula. Manuscrit entre les mains de l'auteur. :

louz, Viage de Espana, V1 Prologo, p.2.

non-seulement qonserver les vices et les abus de l'administration politique des colonies, mais encore d'en découvrir les sources. Après avoir été employéseptansdans leNouveau-Monde, chargé d'une commission extraordinaire, et avec les pouvoirs les plus étendus comme inspecteur de la Nouvelle-Espagne ; après avoir parcouru en per. sonne les provinces éloignées de Cinaloa , de Sonora et de Californie ; après y avoir fait plusieurs changemens importans dans le gouvernement et dans la finance, il commença son ministère par une réforme générale des tribunaux de justice en Amérique. Par une suite des progrès de la population et de la richesse des colonies , les cours d'audience étaient tellement surchargées d'affaires que le nombre des juges dont elles étaient originairement composées lui parut très disproportionné à l'étendue des fonctions et des devoirs de leurs charges , et leurs salaires fort inférieurs à la dignité de leur état. Pour remédier à ces deux inconvéniens , il a obtenu un édit du roi, portant établissement d'un plus grand nombre dé juges dans chaque cour d’audience, avec des pouvoirs plus amples et des appointemens plus considérables 1,

L'Espagne doit encore à cet habile ministre une nouvelle distribution des gouvernemens dans ses provinces d'Amérique. Malgré l’établissement d'une troisième vice-royauté dans le nouveau royaume de Grenade, l'étendue des domaines d'Espagne dans le Nouveau-Monde est si prodigieuse, que plusieurs des provinces sujettes à la juridiction de chacun des vice - rois, étaient à une si énorme distance de leur résidence, que ni leurs soins ni leur autorité ne pouvaient y atteindre. Quelques-unes des provinces soumises au vice-roi de la Nouvelle-Espagne sont à plus de deux mille milles de Mexico. Il y a des contrées dans le ressort du vice-roi du Pérou encore plus éloignées deLima. À peine peut-on dire que les peuples de ces districts éloignés tirent quelque avantage du gouvernement civil. Souvent Opprimés par des ministres subalternes, ils aiment mieux souffrir en silence que de s’exposer aux embarras et aux frais énormes d’un voyage à des capitales éloignées, d’où ils peuvent attendre seulement quelque justice. Peur apporter quelque remède à ce mal , on a érigé une quatrième vice-royauté à Rio de la Plata, dont la juridic- ! Gazette de Madrid, 19 mars 1776.

tion s'étend sur les provinces de Rio de la Plata, Buenos-Ayres, Paraguay, Tucuman, Potosi, Santa-Cruz de la Sierra , Charcas et sur les deux villes de Mendoza et Saint-Juan. Il résulte deux avantages de cette sage disposition. On remédie

aux maux causés par la situation éloignée de ces |

provinces, depuis long-temps sentis, depuis.

long-temps l’objet de plaintes inutiles. Les contrées les plus éloignées de Lima sont distraites de la vice-royauté du Pérou, et réunies sous un gouverneur, dont la résidence établie à Buenos- Ayres sera plus accessible. Le commerce de contrebande avec les Portugais, devenu assez considérable pour intercepter entièrement l’exportation des marchandises d'Espagne dans ses colonies méridionales, pourra être plus efficace. ment et plus facilement réprimé, lorsque le suprême magistrat, placé à portée des lieux où il se fait , en verra de ses propres yeux les progrès et les effets. Don Pedro Cevallos, qui a été élevé à cette nouvelle diguité, avec des appointemens égaux à ceux des autres vice-rois, connaît parfaitement bien l'état et les intérêts des contrées qui lui sont confiées, et où il a servi longtemps et avec distinction.

Au moyen de ce démembrement et de celui qui a eu lieu lors de l'érection de la vice-royauté du nouveau royaume de Grenade, les deux tiers à peu près du territoire, originairement soumis aux vice-rois du Pérou, sont distraits de leur juridiction.

On a aussi circonscrit , avec non moins de sagesse et de discernement , les bornes de la viceroyauté de la Nouvelle-Espagne. On a formé un gouvernement séparé de quatre de ses provinces les plus éloignées , Sonora, Cinaloa, la Californie et la Nouvelle-Navarre. Lechevalier de Croix, à qui le gouvernement en est confié, n'a ni le titre ni les appointemens de vice-roi; mais sa juridiction et son autorité sont l’une et l’autre indépendantes de la vice-royauté de la Nouvelle- Espagne. L'établissement de ce dernier gouvernement semble avoir eu pour cause, non-seule-, ment l'éloignement de ces provinces d'avec Mexico mais encore les dernières découvertes qui y ont été Faites et dont j'ai déjà parlé !, Des contrées qui renfermaient autant de richesses, et qui deviendront probablement d’une grande importance, exigeaient l'inspection immédiate d’un

! Liv. vu, p. 712

gouverneur à qui elles fussent spécialement confiées. Comme par toutes les considérations de devoir, d'intérêt et d'amour-propre, ces nouveaux gouverneurs doivent encourager tout ce quitendra à faire régner l’opulence et le bonheur dans les provinces dont ils sont chargés, les heureux effets de cette nouvelle combinaison doivent être très sensibles. Plusieurs districts de | l'Amérique , ci-devant faibles et languissans,

comme le sont ordinairement les provinces placées aux extrémités d’un empire trop vaste, reprendront de la vigueur et de l’activité dès qu’elles seront à la portée du pouvoir, et en état de se ressentir de son influence encourageante

Tels ont été les progrès des règlemens de la maison de Bourbon, depuis qu'elle est parvenue | au trône d'Espagne. C'est ainsi que ses vues se sont progressivement étendues relativement au commerce et au gouvernement des colonies amé- | ricaines. Son attention ne s’est pas bornée ox | parties les plus éloignées de son empire; elle , l’a pas négligé ce qui était encore plus impor- | tant, la réforme des erreurs et des vices de l'administration intérieure en Europe. Instruite des causes auxquelles on devait attribuer la décadence de l’ancienne prospérité de l'Espagne, elle s’est particulièrement appliquée à ranimer l'esprit d'industrie parmi ses sujets, à mettre les manufactures en état , soit par leur étendue, soit par leur perfection, de subvenir de leur

d’exclure les étrangers d’un commerce dont ils se rendaient maîtres au préjudice du royaume.

Elle s'est efforcée de parvenir à ce but par différens édits publiés depuis la paix d'Utrecht. Elle a accordé des primes pour l’encouragement de quelques branches d'industrie ; elle a diminué les droits-sur d’autres; elle a prohibé ou chargé d'impôts les articles des manufactures étrangtres qui pouvaient entrer en concurrence avec celles de ses sujets; elle a institué des sociétés pour la perfection du commerce et de l’agriculture; elle a répandu des colonies de cultivateurs sur quelques parties de l'Espagne en friche, et divisé entre eux de vastes portions de terre ; en un mot, elle a eu recours à tous les moyens que peuvent suggérer d’un côté la prudence et la sagesse , et de l’autre la jalousie, pour ranimer l'industrie dans ses états, et mettre obstacle à celle des autres nations. Il n’est pas de mon

propre fonds aux besoins de l'Amérique, afin :

ressort d plan, ni convénie législatio de la pol d'industr duire lor:

possessio concurrer grands c l'adresse l'habileté

‘que l'éta

riorité do et se rés compare!

actuelle à rois de l'Espagne pour alarr nations, a lucratif qu lever. Une à fixer l’at rope sur qu’eiles n gesse de | tional sen narque et la nation s le commer intérieure.

dans ces c vices quel gueil, ou n Mais après il leur rest.

l'industrie certaine ac vaises inst temps et | etpour ail d'administ Les règ avec ses co trop systén cution. La merce d'in par des re but ; et, daï

spécialement con.

onsidérations de

propre, ces nouicourager tout ce nce et le bonheur ont chargés, les elle combinaison sieurs districts de et languissans, les provinces plapire trop vaste, de l’activité dès ouvoir, et en état e encourageante, règlemens de la 'ellé est parvenue i que ses vues se s relativement au des colonies amét pas bornée aux son empire ; elle core plus impor-

et des vices de Europe. Instruite t attribuer la dété de l'Espagne, liquée à ranimer sujets, à mettre par leur étendue, subvenir de leur

l'Amérique, afin :

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l'encouragement je ; elle a diminué ‘ohibé ou chargé factures étranconcurrence avec itué des sociétés 8 et de l’agriculs de cultivateurs me en friche, et ons de terre ; en les moyens que

prudence et la e, pour ranimer

mettre obstacle est pas de mon

ressort d'entrer dans les détails de ce nouveau plan , ni d'en discuter les avantages et les inconvéniens. C'est l'effort le plus difficile de la législation, c'est l'entreprise la plus douteuse de la politique que de tenter de ranimer l'esprit d'industrie lorsqu'il est déchu, ou de l'introduire lorsqu'il n'existe pas. Les nations déjà en possession d'un commerce étendu entrent en concurrence avec tant d'avantage, soit par les grands capitaux de leurs négocians , soit par l'adresse de leurs manufacturiers, soit enfin par l'habileté que leur donne l'habitude des affaires,

‘que l'état qui tend à la rivalité ou à la supé-

riorité doit s'attendre à beaucoup de difficultés, et se résoudre à des progrès très lents. Si l’on compare les productions de l’industrie espagnole actuelle à celles qu'on a vues sous les derniers rois de la maison d’Aatriche, les progrès de l'Espagne paraîtront considérables, et suffiront pour alarmer la jalousie et exciter les efforts des nations, aujourd'hui en possession du commerce lucratif que les Espagnols cherchent à leur enlever, Une circonstance surtout doit contribuer à fixer l'attention des autres puissances de l'Europe sur ces opérations de l'Espagne : c’est qu'eiles ne sont pas seulement le fruit de la sagesse de la cour et de ses ministres; l'esprit national semble seconder la prévoyance du monarque et en augmenter les effets. Les idées de la nation se sont agrandies, non-seulement sur le commerce , mais encore sur l'administration intérieure. Tous les auteurs récens reconnaissent dans ces deux branches du gouvernement les vices queleurs ancètres n'ont pas avoués par orgueil, ou n'ont pas aperçus par ignorance (194). Mais après tout ce que les Espagnols ont fait : il leur reste encore beaucoup à faire. Avant que l'industrie et les manufactures recouvrent une certaine activité, il faut abolir beaucoup de mauvaises institutions , beaucoup d'abus que le temps et l'habitude ont profondément enracinés etpour ainsi dire incorporés avec le système d'administration et de finance de l'Espagne.

Les règlemens du commerce de l'Espagne avec ses colonies sont trop rigoureux encore et trop systématiques pour avoir une parfaite exécution. La législation, en chargeant le commerce d'impôts trop onéreux, ou en le gênant par des restrictions trop sévères, manque son but ; et, dans la réalité, elle ne fait que multiplier

les appâts offerts à la contravention, et donner au commerce frauduleux l'encouragement d'un gain plus considérable. Les Espagnols, soit en Europe, soit en Amérique , bornés par la jalousie à leur commerce mutuel, ou opprimés par les exactions du fouvernement, sont continuellement occupés à trouver les moyens d'éluder les édits ; la sagacité et l’activité de l'intérêt leur en inspirent sans cesse de nouveaux et d'efficaces, que la prudence du gouvernement ne peut prévoir. Cet esprit d'opposition aux lois pénètre dans toutes les branches du commerce de l'Espagne avec l'Amérique, et dans toutes les parties de l'administration. Les officiers même destinés à réprimer la contrebande sont les premiers à la favoriser; et les institutions consacrées à la dénoncer et à la punir sont les Canaux par où elle passe, On suppose que les divers artifices employés pour frauder le roi le privent de plus de la moitié du revenu qu'il devrait tirer de l'Amérique !; et tant qu'il y aura un si grand nombre de personnes intéressées à tenir ces artifices secrets, la connaissance n'en parviendra jamais jusqu'au trône. « Combien « d'ordonnances, dit Corita, combien d’instruc- «tions, combien de lettres notre souverain « n'envoie-t-il pas pour corriger les abus, et « combien on en fait peu de cas ! combien on « en tire peu de fruit ! Cette vieille maxime me « parait juste : là où il y a beaucoup de méde- « cins et de remèdes, il n'y a pas de santé; là où «il y a beaucoup de lois et de juges, il n'y a « pas de justice, Nous avons des vice-rois , des « présidens , des gouverneurs , des oydors, des

«corrégidors , des alcades et des milliers d’algua-

« sils de tous côtés, et malgré cela les abus se

« multiplient?. » Le temps à augmenté les maux

que cet écrivain déplorait déjà sous le règne de

Philippe 11. Un esprit de corruption a infecté

toutes les colonies de l'Espagne en Amérique.

Des hommes, placés à une distance considérable

du centre de l'administration, avides de ri-

chesses, et d'autant plus impatiens de les ac-

quérir qu’elles sont le moyen de les tirer promp-

tement de provinces éloignées et malsaines, où

ils se regardent comme exilés , attirés par des occasions séduisantes et irrésistibles, séduits

enfin par l'exemple de ceux qui les environnent,

1 Solorz., De Jure ind., W, lib. v.

+ Manuscrit entre les mains de l’auteur.

se relâchent insensiblement des sentimens de l'honneur et du devoir. Comme particuliers, ils se livrent à la plus grande dissolution ; comme hommes publics, ils oublient ce qu'ils doivent à leur souverain et à leur patrie.

Avant de finir ce tableau du commerce de l'Espagne en Amérique, il me reste à parler d’une de ses branches qui, quoique détachée, est de quelque importance. Philippe II , dès le commencement de son règne , forma le projet d'établir une colonie dans les îles Philippines, qu'on avait négligées depuis leur découverte { ; et il y envoya un armement de la Nouvelle-Espagne ?, On choisit Manille , dans l’île de Luçon, pour la capitale de cet établissement. Il s'établit de là une correspondance de commerce assez active avec les Chinois, et ce peuple industrieux , attiré par l'espoir du gain, vint en foule peupler les Philippines sous la protection de l'Espagne. Ils apportèrent dans la colonie une sigrande quantité de toutes les espèces de productions du sol et des manufactures de l’orient, qu'elle fut en état d'ouvrir un commerce avec l'Amérique, par une navigation de côte à côte, la plus étendue qui se fasse sur le globe. Dans l'enfance de ce commerce il se faisait par Callao sur la côte du Pérou, mais l'expérience ayant fait apercevoir plusieurs inconvéniens à suivre cette route, l’entrepôt de ce commerce entre l’orient et l'occident fut transporté de Callao à Acapulco , sur la côte de la Nouvelle-Espagne.

Après avoir subi plusieurs changemens , il a reçu enfin une forme régulière. Tous les ans il part d’Acapulco un ou deux vaisseaux qui peuvent porter jusqu’à cinq cent mille pesos d’argent $, mais qui ont rarement à bord d’autres objets de quelque valeur, Ils rapportent en échange des épices , des drogues, des porcelaines de la Chine et du Japon, des toiles de coton et d’autres toiles des Indes. des mousselines , des soieries et tous les divers objets précieux que l’orient produit, et qu'il doit à l'excellence de son climat, ou à l’industrie de ses habitans, Depuis long-temps les négocians du Pérou avaient part à ce commerce, et pouvaient envoyer tous les ans un vaisseau à Acapulco, pour y attendre l’arrivée de ceux de Manille,

1Liv v.

2 Torquemada, 1, lib. v, cap. x1v.

5 Recop., lib. 1x, cap. xLv, pag. 6.

et prendre une portion des marchandises qu'ils emportaient, À la fin, les Péruviens ont été exclus par les édits les plus rigoureux, et toutes les marchandises de l’orient sont réservées pour la consommation de la Nouvelle-Espagne.

Ce privilége procure aux habitans de cett contrée des avantages inconnus aux autres colo nies espagnoles. Les manufactures de l'orient sont non-seulement mieux appropriées à un clmat chaud et plus éclatantes que celles de l’Europe, elles ont encore l'avantage d'être moins chères; en même temps les profits qu'on y fait sont assez considérables pour enrichir tous ceux qui les transportent de Manille ou qui les vendent dans la Nouvelle-Espagne. Comme l’intérèt de l'acheteur et du vendeur concourent en faveur de cette branche de commerce, il s'étend en dépit des règlemens imagigés par l’inquiète jalousie pour lui donner des bornes. Avec les marchandises dont les lois autorisent l'importation, il passe une immense quantité de celles de l'Inde dans les marchés de la Nouvelle-Espagne (195), et lorsque la flotte arrive à la Vera-Cruz, elle trouve souvent les besoins du peuple déjà satisfaits par des marchandises mieux assorties et à meilleur compte,

Dans les dispositions du commerce de l’Espagne,iln’y arien de plus inexplicable que la tolérance de ce commerce entre la Nouvelle-Espagne et les Philippines , rien qui répugne davantage à la maxime fondamentale de tenir les colunies dans une perpétuelle dépendance de la métropole, en prohibant toute espèce de moyen de commercer qui pourrait leur inspirer l’idée de suppléer à leurs besoins par une autre voie. Cette permission paraîtra encore plus extraordinaire si l'on considère que l'Espagne n’a point ellemème de commerce direct avec les Philippines, et qu'ainsi elle accorde à une de ses colonies en Amérique un privilége qu’elle refuse à ses sujets en Europe. Il est probable que les colons qui peuplèrent d’abord les Philippines , ayant été envoyés de la Nouvelle-Espagne, entreprirent ce commerce avec une contrée qu'ils regardaient ‘en quelque sorte comme leur mère-patrie, avant que la cour de Madrid en connût les conséquences, ou sût l'empêcher par des règlemens. On a fait plusieurs remontrances contre ce commerce, comme préjudiciable à l'Espagne, en ce qu'il

‘ porte dans un autre canal une grande partie

des ricl royaume colonies ger des f ble de se euterit si Mais con vigueur ( appuyée autorisée entre Ac:

aussi. act regardé « règne da Malgré malgré t revenu de lope desé

propres sommes ]

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roi , ComN Nouveau] l'argent e les indien droit de.

vassaiilé droits sur priment < depuis les en gros, j en détail.

revient au mistrateur veau-Monc mices, les à l'église e Europe ; :

de la bulle tous les de les fautes | permission aux jours d'stributio avec toute l'intérêt ; | aveugléme et métis, :

rchandises qu'ils ans ont été exclus x, et toutes les réservées pour e-Espagne.

abitans de cett aux autres colo:

tures de lorient "opriées à un cli- 1e celles de l’Euge d'être moins ofits qu'on y fait nrichir tous ceux : ou qui les ven- Comme l’intérèt ourent en faveur il s'étend en dé- * l'inquiète jalou- . Avec les marnt l'importation, e celles de l'Inde Espagne (195), Vera-Cruz , elle euple déjà satiseux assorties et à

merce de l’Espacable que la toléouvelle-Espagne ugne davantage enir les colunies nce de la métroce de moyen de inspirer l’idée de autre voie. Cette 1s extraordinaire e n’a point elle- : les Philippines, e ses colonies en "efuse à ses sujets e les colons qui ines , ayant été ne, entreprirent [u’ils regardaient ère-patrie, avant \t les conséquens rêglemens. On tre ce commerce, ne, en ce qu'il e grande partie

des richesses qui devraient circuler dans le royaume ; en ce qu'il tend à nourrir dans les colonies un esprit d'indépendance et à encourager des fraudes multipliées dont il est impossible de se garantir dans des opérations qui s'exécutert si loin de l'inspection du gouvernement. Mais comme il faut toute la sagesse et toute la vigueur de la politique pour abolir une pratique appuyée de l'intérêt du plus grand nombre, autorisée et consacrée par le temps, le commerce entre Acapulco et Manille semble être toujours aussi actif qu'il l'ait jamais été, et peut être regardé comme la principale cause du luxe qui règne dans cette partie des domaines espagnols. Malgré cette corruption générale des colonies, malgré toutes les diminutions qu'apportent au revenu des rois d'Espagne et le commerce interlope desétrangers, et les fraudes mêmesde leurs propres sujets, ils n'en tirent pas moins des sommes immenses de leurs domaines en Amérique, Elles sont le produit de différentes impositions qu'on peut diviser en trois classes principares. La première renferme ce qu’on paie au roi, comme souverain ou seigneur suzerain du Nouveau-Monde. Tels sont les droits sur l'or et l'argent extraits des mines et le tribut levé sur les indiens ; les Espagnols appellent le premier , droit de seigneurie , et le second, droit de vassalité. La seconde comprend cette foule de droits sur le commerce, qui le suivent et l'oppriment dans tous les canaux par où il passe, depuus les plus grandes entreprises du négociant en gros, jusqu’au plus peiit trafic du marchand en détail. La troisième est composée de ce qui revient au roi comme chef de l’église et admimstrateur des fonds ecclésiastiques dans le Nouveau-Monde : en conséquence, il reçoit les prémices, les annates et d'autres revenus attribués à l'église et levés par la chambre apostolique en Europe ; il jouit aussi du bénéfice de la vente de la bulle de la croisade. Cette bulle, publiée | tous les deux ans, renferme une absolution pour les fautes passées, et entre autres privilèges, la | permission de faire gras pendant le carême et : aux jours maigres. Les moines employés à la | distribution de cette bulle exaltent sa vertu | avec toute Ja ferveur de l’éloquence animée par | l'intérêt ; le peuple ignorant et crédule y croit | aveuglément , et tout habitant, espagnol, créole | et métis, s'empresse d'acheter, au prix fixé par

le gouvernement, une bulle qu'il croit essentielle à son salut (196).

Il est presque impossible.-de déterminer avec précision à quelle somme montent toutes ces différentes branches de revenu. L'étendue des domaines espagnols en Amérique , la jalousie du gouvernement qui les rend inaccessibles aux étrangers, le silence mystérieux que les Espagnols ont coutume d'observer sur tout ce qui regarde l'état intérieur de leurs colonies , tout cela concourt à jeter sur cette matière un voile qu’il n’est pas facile de lever. Mais on vient de publier un détail, qui paraît aussi exact qu'il est curieux, du revenu royal dans la Nouvelle- Espagne , d'où l'on peut se former une idée de celui des autres provinces : selon ce détail , la couronne ne tire pas plus de vingt-deux millions cinq cent mille livres tournois de toutes les branches d'imposition dans la Nouvelle-Espagne, dont il faut déduire la moitié pour les frais de l'administration de la province (197). Il est probable que le Pérou en rend autant; et en supposant que les autres provinces de l'Amérique y compris les îles, fournissent un tiers de cette valeur , nous ne nous écarterons pas trop de la vérité en concluant que le revenu de l'Espagne levé en Amérique n'excède pas trente millions sept cent mille livres tournois. Ce compte est bien éloigné des sommes immenses auxquelles on a quelquefois porté ce revenu d’après des suppositions et des conjectures (198). Il y a néanmoins en ceci une chose remarquable, c'est que l'Espagne et le Portugal sont les seules puissances en Europe qui tirent de leurs colonies un revenu direct ; de manière qu’elles supportent leur part des dépenses générales du gouverne: ment. Tout l'avantage qui revient aux autres nations de leurs possessions en Amérique, c’est de jouir exclusivement du commerce qui s'y fait ; au lieu qu’indépendamment de cela, l'Es: pagne a su faire contribuer ses colonies à l’accroissement du pouvoir de l'état et au partage proportionnel des charges de la communauté, er retour de la protection qu’elle leur accorde.

Ce que je viens de présenter comme formant le revenu de l'Espagne en Amérique, n’est que le produit des impositions , et cela est bien loin de composer tout ce qui revient au roi de ses domaines du Nouveau-Monde. Les droits onéreux établis sur les marchandises exportées

d'Espagne en Amérique (199), et ceux que paient celles qui sont reavoyées en échange en Europe; la taxe sur les nègres esclaves dont l'Afrique fournit le Nouveau-Monde, et plusieurs autres petites branches de finance, versent dans le trésor des sommes considérables , dont il n’est pas possible de déterminer la valeur. Û

Mais si le revenu que l'Espagne tire de l’Amérique est considérable, les dépenses de l’administration de ses colonies y sont proportionnées. Dans tous les départemens de police intérieure et de finance, l'Espagne a adopté un système plus compliqué, plus embarrassé de tnbunaux et d'officiers qu'aucun état de l'Europe , dont le souverain possède une puissance équivalente. Cet esprit de jalousie qu'elle porte dans l'administration de ses établissemens en Amérique, et ses efforts pour prévenir la fraude

dans les provinces si éloignées ‘le son inspec- !

tion, l'ont engagée à multiplier .es tribunaux et les agens de toute espèce avec une attention encore plus scrupuleuse. Dans un pays où les dépenses de nécessité sont considérables, les saaires de ceux qui sont employés pour le service de l'état doivent être proportionnés et charger le revenu d'un immense fardeau.

Le faste du gouvernement doit encore augmenter le poids de ces charges. Les vice-rois du Mexique et du nouveau royaume de Grenade, représentant la personne du souverain parmi des peuples amoureux de l'ostentation , traînent après eux toute la pompe des rois.

Leur cour est composée sur le modèle de celle de Madrid ; ils ont des gardes à pied et à cheval, une maison dans les formes , un nombreux domestique et toutes les marques du pouvoir , à un degré de splendeur capable de faire oublier qu'ils ne jouisseut après tout que d’une autorité précaire. La couronne fournit à toutes ces dépenses, nécessaires à l’ordre extérieur et constant du gouvernement ; les vice-rois ont d'ailleurs des appointemens particuliers proportionnés à la dignité et à l'élévation de leur place. Le salaire fixé par la loi est, à la vérité, très

médiocre ; celui du vice-roi du Pérou n’est que ‘

de trente mille ducats, et celui du vice- roi du Mexique de vingt mille !. Il a été porté en der. nier lieu jusqu'à quarante mille ducats, Mais ces salaires ne constituent qu'une pe tite partie de leur revenu, L'exercice d'une autorité absolue dans toutes les parties du gouvernement et le pouvoir de disposer de plusieurs charges lucratives, leur procurent une foule d'occasions d’accumuler des richesses. A ces émolumens, qu'on peut ‘regarder comme ap- | prouvés et légitimes, ils ajoutent souvent des sommes immenses par des exactions qu’il n'est | ni facile de découvrir ni possible de réprimer, dans des contrées si éloignées du siége du gouvernement. Un vice-roi , en se réservant exclusivement quelques branches de commerce, en s'intéressant dans d’autres, en favorisant les fraudes des marchands, peut se faire un revenu annuel dont on n’a pas d'ideéen Europe (200). J'ai appris qu'un vice-roi avait tiré soixante mille . pesos du seul article des présens ordinaires : qu'on lui fait le jour de j'anniversaire de sa | naissance, qui est toujours observé comme une grande fête. Selon une expression espagnole, les revenus légitimes d'un vice-roi sont connus ; ses profits réels dépendent des occasions et de sa conscience. En conséquence, les rois d’Espagne, comme je l'ai déjà observé, ne donnent la commission de vice-roi que pour peu d'années ; mais cela même rend souvent ces officiers plus | avides , et ils n’en travaillent qu'avec plus d'ar- | deur et d'adresse à profiter de tous les instans d’une autorité qu'ils. savent devoir bientôt finir, et quelque courte qu’en soit la durée, elle suffit ordinairement à réparer une fortune délabrée, ou à en créer une nouvelle. Mais au mi- | lieu mème d’une épreuve aussi forte pour la | fragilité humaine, on a des exemples d'une : vertu intacte. Le marquis de Croix quitta en 1772 la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, après : l'avoir exercée avec une intégrité généralement reconnue, et rapporta dans sa patrie, au lieu d'immenses richesses, l'admiration et les applaudissemens d'un peuple reconnaissant , que son gouvernement avait rendu heureux.

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