‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 123 sur 155 · AVERTISSEMENT DE M. ROBERTSON FILS · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE M. ROBERTSON FILS

Le plan originaire de mon père, feu le docteur Robertson, pour son Histoire de l'Amérique, ne comprenait pas seulement l'histoire de la découverte de ce pays, et de toutes les conquêtes et établissemens des Espagnols; il embrassait encore celle des établissemens anglais et portugais dans le Nouveau-Monde, ainsi que ceux des autres nations de l'Europe dans les iles des Indes occidentales. Son intention était d'abord de ne publier aucune partie de l'ouvrage avant qu'il ne fût entièrement achevé. Dans la Préface de son Histoire

de l'Amérique, il a donné les raisons qui l'avaient

déterminé à se départir de cette résolution, et à publier les deux volumes in-4° qui contiennent l'Histoire de la découverte de l'Amérique, et celle du progrès’ des armes et des colonies espagnoles dans le Nouveau-Monde. Il y dit, en même temps, qu'il est déjà assez avancé dans son travail sur les colonies anglaises, et annonce son intention de revenir sur cette partie de son ouvrage aussitôt que la fermentation qui agitait alors ces coloaies serait apaisée, et qu'un gouvernement régulier y serait établi. Divers obstacles l'ont empéché d'exécuter ce projet.

Durant le cours d’une longue maladie, dont il prévit de bonne heure !e terme fatal, le docteur Robertson avait, à diverses fois, bri'é une grande partie de ses papiers. Mais après sa mort, j'ai trouvé cette partie de l'Histoire de l'Amérique anglaise, écrite plusieurs années auparavant, et que

je présente aujourd'hui au public; elle est entière- | ment écrite de sa main, comme l'étaient tous ses |

ouvrages, et aussi correctement qu'aucun de ses manuscrits que j'aie jamais vu. Il a cru sans doute qu’elle méritait d'être conservée, puisqu'elle a échappé aux flammes auxquelles il a livré tant d'autres papiers. Je l'ai lue avec la plus grande attention; mais, avant de prendre le parti de la publier, j'ai mis le manuscrit dans les mains de quelques amis de mon père, qu’il avait accoutumé de consulter, pensant que ce serait en moi présomption et témérité de m'en rapporter à moi seul, Il a été communiqué aussi à quelques autres personnes, au jugement et au goût desquelles j'ai la plus grande confiance, et toutes m'ont encouragé à le donner au public, comme un fragment cu- ‘ieux etintéressant en lui-même, qui n'était au-dessous d'aucun des ouvrages de mon père.

Lorsque j'ai pris ce parti, une considération puissante a contribué à me déterminer. Comme je ne me croyais pas en droit de détruire des papiers que mon père avait crus dignes d’être conservés, et que j'ignorais en quelles mains ils pouvaient tomber un jour, j'ai pensé que, tôt ou tard, ils seraient rendus publics par quelque éditeur pour qui la réputation de l’auteur serait moins sacrée que celle d’un père ne l’est pour moi, et qui pourrait se permettre des altérations et des additions, et donner le tout au public comme authentique. Je donne ici l'ouvrage de mon père tel qu’il est sorti de ses mains, sans aucune altération, addition ou correction.

Wizuiam Rosertson.

A Édimbourg, Queen-street, avril 1796. .

Les domaines de la Grande - Bretagne, en Amérique, égalent presque en étendue ceux de À couronne d’Espagne. Ses acquisitions ont été a récompense méritée du courage et des talens avec lesquels les Anglais sont entrés dans la carrière des découvertes et l'ont suivie avec ardeur et nersévérance. Îls ont été la seconde nation de l'Europe qui se soit hasardée à visiter le Nouveau-Monde. Le compte rendu par Christophe ‘Colomb de ces pays inconnus, et le succès de

l'entreprise, remplirent toute l'Europe d'é-

tonnement et d'admiration; mais ils roduisi-: rent en Angleterre un effet de plus, un désir ardent de partager la gloire de l'Espagne, ainsi que les avantages que promettait à i'activité nas tionale le nouveau champ qui s'ouvrait. En négociant avec Barthélemy Colomb, le gouvernement anglais s'était déjà porté vers des projets de découvertes. Henri VII, qui avait écouté les propositions de cet étranger plus favorablement qu'on n’eût peut-être pu s’y attendre de la part d’un prince précautionné et défiant, éloi-

gné par habitude aussi bien que par caractère de tout projet nouveau et hasardeux, se laissa plus aisément aller à approuver un voyage du xenre de celui de Christophe Colomb, entrepris par ses propres sujets après le retour heureux de ce navigateur.

Mais, en même temps que tes Anglais formaient ce hardi dessein , ils n'avaient pas à cette époque assez d'habileté dans l'art de la navigation pour l'exécuter avec succès. Égarée par l'ambition inconsidérée de ses monarques, la nation avait long-temps perdu les efforts de son génic et de son activité à tenter la conquête de la France. Lorsque cette urdeur mal conduite commença à s'amortir , les fatales querelles des maisons d'Yorck et de Lancastre tournèrent les armes d'une moitié de la nation contre l’autre, et épuisèrent les forces de toutes deux. Dans le cours de deux siècles entiers, tandis que l'industrie et le commerce faisaient des progrès dans le sud et le nord de l'Europe, les Anglais continuèrent de méconnaître les avantages de leur situation, tellement qu'à peine tournaient-ils quelques-unes de leurs pensées vers les objets et les moyens auxquels ils doivent aujourd'hui leur richesse et leur pouvoir. Les vaisseaux italiens, espagnols et portugais, ainsi que ceux des villes anséatiques, visitaient les ports des

parties de l’Europe les plus éloignées, lorsque

les Anglais ne faisaient que se traîner sur leurs propres côtes dans de petites barques, pour porter les productions d'un comté à un autre comté. Leur commerce était absolument passif; ils recevaient du dehors tousles objets de leurs besoins que leur pays ne leur fournissait pas; et les produits étrangers du sol et de l’industrie, soit de luxe, soit de nécessité, leur étaient apportés par des vaisseaux étrangers. Le pavillon de Saint - George flottait rarement au-delà des mers étroites qui environnent notre Île. Avant le commencement du quinzième siècle, rarement voyait-on un Vaisseau anglais dans les ports d'Espagne ou de Portugal; et ce n'est que vers la moitié du siècle suivant que nos navigateurs se hasardèrent dans la Méditerranée.

Dans cette enfance de la navigation anglaise, Henri ne pouvait pas confier à ses propres sujets la conduite d’un armement destiné à des pays inconnus. H en donna ke commandement à dean Cabot , aventurier vénitien établi à Bristol,

et lui fit délivrer une commission l’autorisant, lui et ses trois fils, à naviguer sous le pavillon d'Angleterre vers l'est , le nord où l'ouest, pour découvrir des contrées non occupées par aucune puissance chrétienne, en prendre possession en son nom et y établir un commerce exclusif avec les habitans, sous la condition de payer à la couronne un cinquième des profits nets de chaque voyage. Cette commission ést datée du 5 mars 1495, moins de deux ans après le retour de Christophe Colomb en Europe! ; mais Cabot, c'est le nem qu'il pnit eu Angleterre et sous lequel il est le plus connu, ne partit qu'environ deux ans après. H s'embarqua à Bristol avec son second fils Sébastien , à bord d'un vaisseau fourni par le roi, et accompagné de quatre petits bâtimens armés par les négocians de cette ville.

Comme, dans ce siècle, les plus habiles navigateurs formés à l'école de Colomb où encouragés par son exemple se laissaient guider par les idées de leur maître et de leur modéle dont ils admiraient les connaissances supérieures et l'expérience, Cabot avait adopté le système de ce grand homme sur la possibilité de trouver un passage nouveau et plus count aux Andes orientales, en naviguant par l'ouest. Une autre opinion de Colomb sur les îles qu'il venait de découvrir, était universeflement reçue; on les croyait voisines du grand continent de l'Inde et faisant partie des vastes contrées comprises sous ce nom générique. D'après cette idée, Cabot crut qu'en se dirigeant au nord - ouest, il arriverait à l'Inde par un chemin plus court que celui qu'avait pris Christophe Colomb, et il espéra aborder ainsi à la côte du Cathayoude la Chine dont la fertilitéiet l'opulence avaient été vantées par le voyageur Marco Polo. Après avoir navigué quelques semaines droit à l’ouest et sans s’écarter presque du parallèle du port d'où il était parti, il découvrit une grande fle qu'il appela Prima-Vista, et ses matelots Vew-Foundland, terre nouvelle, et quelques jours après une petite île à laquelle il donna le nom de Saint-Jean. H descendit dans l'une et dans l'autre, fit quelques observations sur leur sol et leurs productions et en emmena trois habitans. En continuant sa course vers l'ouest , il rencontra bientôt le continent du nord de l'Amérique, et il en

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suivit la côte du cinquante-sixième degré de lattude au trente-huitième , c'est-à-dire de la côte du Labrador à celle de la Virginie, Comme son principal objet était de découvrir quelque passage à l'ouest , il ne parait pas que , dans cetie longue navigation le long des côtes, il ait pris terre en aucun endroit, et il retourna en terre sans avoir tenté ni établissement ‘ ni conquête en aucune partie du nouveau con :uc:t, Si Henri eût voulu profiter des suites de la découverte de Cabot, et prendre possession des nouvelles terres que ce navigateur avait reconnues, le sucoès de cette première entreprise pouvait répondre à toutes les espérances qu'il avait pu'en concevoir, Ses sujets étaient les premiers Européens qui eussent visité cette partie du continent de l'Amérique, (et ils avaient tous les droits de propriété qu'une première découverte est censée donner. Des puys qui s'étendaient en grande partie sous la zone tempérée offraient des établissemens avantageux sous un climat doux et sons un s0l fertile. Mais à son retouren Angleterre, Cabot y trouva l’état des affaires, ainsi que les dispositions du roi, peu favorables à l'exécution d'un plan qui demandait du loisir et de la tranquillité. Henri était engagé dans une guerre avec l'Écosse , et après une grande insurrection de :ses propres sujets dans l’ouest de l'Angleterre, ‘son royaume n'était pas ‘encure tranquille. Un ambassadeur de Ferdinand, roi d'Arragon, était alors à Londres. Henri attachait un grand prix à l'amitié dece monarque pour lequel il professait une grande admiration, peut-être à raison de la ressem-

blance du:caractèredes deux princes , et voulant | fortifier cette union par ile mariage, qui eut |

lieu dans la suite, de son fils aîné avec la prineesse Catherine, ilévitait avec soin de donner aucun sujet de plainte à un prince jaloux à l’excès detous ses droits, comme l'était Ferdinand. D'après la position géographique:des iles et. du vontinent découvert par Cabot, il était évident que ces terres se trouvaient comprises entre les limites de l'ample «concession faite par larma-

guificence d'Alexandre VI à Ferdinand et lIsa- | belle. Personne, dans.ce siècle, n'eût osé mettre | en question la validité d’un don fait par le sou- |

erain pontife, et Ferdinand n'était pas d’hu-

‘Mouson's naval tracts.Dans la Collection deChurchi, IL, 211.

meur à abandonner aucune des prétentions qu'il pouvait appuyer du plus faible titre. La soumis-

| sion de Henri à l'autorité du pape, sa déférence pour un allié à qui il voulait plaire, et sa propre situation semblent donc avoir concouru à lui faire abandonner des projets dans lesquels il s'était engagé avec quelque chaleur et quelques espérances. Il ne se fit plussous son règne aucune entreprise de ce genre , et Sébastien Cabot, ne trouvant en Angleterre aucun encouragement à son activité et à ses talens, se mit au service de l'Espagne.

On trouve cependant en Angleterre, vers le commencement du seizième siècle, des vestiges de quelques plans d'expédition pour découvrir de nouvelles contrées; mais comme nous n’en avons d’autres renseignemens que la patente accordée par le roi aux aventuriers, il est vraisemblable que ves projets avortérent. Si quelque expédition s'était faite, en conséquence de ja

‘patente royale, elle n'aurait pas échappé à Ja diligence d'un compilateur aussi soigneux et aussi intelligent que tiackluyt. Henri, dans ga patente, interdit aux aventuriers tous les Pays découverts par les sujets du roi de Portugal et de tous les autres princes alliés de l'Angleterre,

C’est là l'explication la plus vraisemblable du renoncement soudain de Henri à la poursuite d'une entreprise dont les premiers succès semblaient devoir l’encourager à da soutenir. (La nature et les avantages du commerce étaient :à cette époque si mal entendus en Angleterre que,

par un acte du parlement de l'an 1488, le prêt de l'argent à intérêt fut défendu sous des peines sévères !,:et par uneautre loi, le profit tiré du commerce en lettres de change fut condamné

| comme sentant l'usure 2, On ne peut ‘donc pas

s'étonner qu'ilne se fit aucun ‘effort pour éten- ‘dre'le commerce-chez une nation qui en avait des idées si imparfaites et si peu libérales; mais ilest plus difficile d'imaginer quels obstacles

| ‘empéchèrent:ce plan de Henri VII d'être repris

par son fils et son petit-fils , et d'expliquer comment , sous ces deux règnes , il ne s’est fait au cunetentative, soit pour reconnaître lecontinent du nord de l'Amérique , soit pour y former des établissemens. Henri VII fut souvent ennemi déclaré de l'Espagne; la valeur des acquisitions

! Troisième année de Henry VIL, cap. v * Troisième aniée de Heuri VIA, cap. +1.

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