‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 124 sur 155 · PA | À · texte numérisé non relu

PA | À

FE

LE

espagnoles, en Amérique, commençait à être

assez bien connue, pour exciter en lui le désir

de mettre le pied dans ces riches contrées; et,

pendant une grande partie de son règne , les dé-

fenses portées dans une bulle du pape ne l'au-

raient pas empêché d'empiéter sur le domaine

espagnol ; mais le règne de enri ne fut pas fa-

vorable aux entreprises de ce genre. Pendant

une suite d'années, la part active qu’il prit aux

affaires du continent, et la chaleur avec laquelle

il entra dans les querelles des deux puissans ri-

vaux, François Ke et Charles V, donnèrent trop

d’occupations à son activité et à celle de sa no-

blesse, Durant une autre période de son règne,

sa querelle avec la cour de Rome tint toute la

nation dans l'agitation et l'incertitude. Urique-

ment occupés de cet objet, ni le roi ni la noblesse n'avaient l’inclination ou le loisir de porter leur attention à de nouvelles entreprises,

et sans leur secours, la partie commerçante de la nation n'avait pas de moyens suffisans pour faire aucun effort considérable. Après l’avénement d'Édouard VI au trône, l'Angleterre, ayant secoué le joug de l’église de Rome, ne reconnut plus, il est vrai, l'autorité qui, en partageant si insolemment le monde entre deux nations favorisées, avait prétendu circonscrire l'activité de toutes les autres dans des limites très étroites; mais pendant une minorité toujours faible, contrariée par des factions, les circonstances n'étaient pas favorables à des projets dont le succès était douteux et l'utilité éloignée. La bigoterie de Marie et son mariage avec Philippe la disposaient à respecter la concession du saint siége, qui donnait à un époux qu'elle aimait un droit exclusif sur tout le Nouveau-Monde; ainsi, par le concours singulier de diverses causes, soixante-un ‘ns s'écoulérent, depuis la première découverte du nord de l'Amérique par les Anglais, pendant lesquels leurs souverains ne donnèrent aucune attention à ce grand pays destiné à être un jour annexé à leur couronne, et une des principales sources de leur richesse et de leur pouvoir.

Mais quoique le gouvernement ne favorisât pas, durant ce long temps, la navigation dirigée à de nouvelles découvertes, l’art nautique, la science du commerce et l'esprit d'entreprise, commencèrent à se répandre et à se montrer chez les Anglais. Drsant le règne de Henri VIN, |

le commerce s’ouvrit beaucoup de routes nouvelles. Des particuliers entreprenans se portèrent à des pays avec lesquels l'Angleterre n'avait eu jusque-là aucune communication.

Quelques marchands de Bristol, ayant armé deux vaisseaux pour le sud de l'Amérique, en donnèrent le commandement à Sébastien Cabot qui avait quitté le service d'Espagne. Il visita les côtes du Brésil et toucha aux îles d'Hispaniola et de Porto-Rico ; et, quoique son voyage ne paraisse pas avoir apporté de profit aux ar. mateurs, il étendit la sphère de la navigation anglaise, et ajouta au fonds des connaissances nautiques de la nation !, Quoique trompés dans leurs espérances de profit dans ce premier essai, les négocians ne se découragèrent pas; ils envoyèrent successivement plusieurs vais seaux de différent port, dans les mêmes parages , et semblent avoir établi dès lors, avec succès , un commerce interlope avec les colonies portugaises 2, mais leur activité ne se dirigea pas seulement vers les contrées de l'ouest; d'autres négocians portèrent leurs entreprises de commerce vers le Levant; et, en établissant des relations avec différentes îles de l’Archipel, ils y trouvèrent un nouveau marché pour leurs étoffes de laine, la seule industrie manufacturière que la nation. eût jusque-là commencé à exercer, et fournirent leurs compatriotes des productions variées de l'orient, auparavant inconnues d’eux ou qu'ils achetaient des Vénitiens à des prix exorbitans 3.

Mais la découverte d’un passage plus court aux Indes orientales par le nord-ouest était toujours le projet favori de la nation, qui voyait avec envie les richesses immenses apportées aux Portugais par leur commerce avec ces ré:

gions ; aussi ce plan fut-il repris deux fois sous le long règne de Henri VIII, d'abord avec de légers secours du roi, et ensuite par des marchands particuliers. Les deux voyages furent sans succès et malheureux. Dans le premier, un des vaisseaux se perdit; dans le second, la quantité de vivres avait été si mal proportionnée au nombre des hommes de l'équipage, qu’aprèe six mois seulement de navigation , plusieurs périrent de faim, et que les survivans furent

? Hackluyt, I, 498.

2 Zbid., 4,700, 5 /lid., 1, 9%,

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réduits à soutenir leur vie en se nourrissant des corps morts de leurs compagnons 1, L'activité de l'esprit de commerce ne se relàcha pas sous le règne d'Édouard VI. La grande pécherie du banc de Terre-Neuve devint alors un objet d'attention, et nous voyons par quelques règlemens de cette époque, pour l'encouragement de cette branche de navigation et de commerce , qu'elle fut dès lors cultivée avec activité et avec succès?; mais le projet d'ouvrir une communication avec la Chine et les îles à épiceries, par une autre route que celle dans laquelle il faut doubler le cap de Bonne-Espérance, continuait de séduire les Anglais plus qu'aucun autre, Cabot, dont: l'autorité était respectable en tout ce qui était relatif à une entreprise maritime, pressait vivement les Anglais de faire une nouvelle tentative, pour trouver ce passage. Comme on avait échoué trois fois en

veaux hôtes avec une hospitalité qui eût fait honneur à une nation pluscivilisée. Les Anglais apprirent là que le pays etait une province du vaste empire du grand-duc où czar de Moscovie, qui faisait sa résidence dans une ville située à duuze cents milles d'Archangel. Chancelour, avec une activité convenable à un officier em ployé dans une expédition qui avait des découvertes pour but, n'hésita pas un moment sur le parti qu’il avait à prendre, et partit pourserendre dans cette capitale si éloignée. A son arrivée à Moscou, il obtint une audience du czar , et lui présenta une lettre que le capitaine de chaque vaisseau de l'expédition avait recue d'Édouard VI, en partant, pour le sonverain des pays qu'ils Pourraient découvrir. Le trône de Russie était alors rempli par Jean Vasilowitz; ce prince, gouvernant ses sujets avec la cruauté et le caprice d’un despote , n'était pas dépourvu de vues

le cherchant par le nord-ouest, il proposa une | politiques. Il aperçut promptement les heureuses

nouvelle épreuve par le nord-est , et appuya son | opinion de conjectures et de raisons tellement plausibles qu'on conçut de grandes espérances de succès. Plusieurs nobles et personnes de rang, et quelques riches marchands s'étant associés pour cette entreprise se formèrent en compagnie sou; l'autorité d’une charte du roi, sous le titre de compagnie de marchands et aventuriers pour la découverte de pays, do- | maines, Îles et autres lieux inconnus. Cabot qui | fut fait gouverneur de cette compagnie eut

conséquences qui pouvaient résulter pour son pays d’un commerce entre ses sujets et les nations de l’ouest de l’Europe; et charmé de l'heureux événement auquel il allait devoir ce bien inattendu , il traita Chancelour avec beaucoup d'égards; et, par une lettre adressée au roi d'Angleterre, il invita les sujets de ce monarque à venir commercer dans les domaines de l’empire russe, en leur promettant faveur et protection f,

Chancelour, à son retour, trouva Marie éta-

bientôt armé deux vaisseaux et une barque, à | blie sur le trône d'Angleterre. Le succès de son

qui il donna des instructions de sa main, qui montrent en lui une grande étendue de connaissances nautiques et commerciales.

Sir Hugh Willougby, qui commandait la pelite escadre, se dirigea droit au nord, le long dela côte de Norwége, et doubla le cap Nord ; mais , dans cet océan orageux , ses vaisseaux furent séparés par une tempête violente ; le vaissau de Willougby et sa barque se réfugièrent | dans une anse de la Laponie russienne, où lui et ses compagnons périrent de froid ; Richard Chancelour, capitaine de l’autre vaisseau, fut plus heureux, ilentra dans la mer Blanche et arriva à Archangel, oùil passa l'hiver. Quoique les habitans n’eussent jamais vu de vaisseau | étranger dans leur mer, ils reçurent leurs nou-

| | ‘Hackluyt, 1, 213; 1, 129, 130. !

* Jbud., I, 131 }

voyage, la découverte d'un but nouveau pour la navigation, l'établissement d'un commerce avec un vaste empire, dont on connaissait à peine le nom dans l’ouest de l'Europe, et l'espoir d'arriver par cette route à ces régions depuis si long-temps désirées, excitèrent dans la nation une ardeur étonnante à poursuivre la route qui s'ouvrait. Marie , se laissant guider par son mari dans toute son administration, était assez disposée à diriger l'activité du commerce de ses sujets vers des pays où ils ne pouvaient exciter la julousie de l'Espagne , ni empiéter sur les possessions de Philippe dans le Nouveau-Monde; elle écrivit à Jean Vasilowitz dans les termes les plus respectueux, en lui demandant son amitié; elle confirma la charte d'Édouard VI, donna de

‘ Hackluyt, 1, 28, etc.

nouveaux pouvoirs à Chancelour et à deux agens, nommés par la compagnic, pour négocier avec le ezar, au nom de la reine elle-même, et, selon l'esprit de ce siècle, elle donna à la compagnie des marchands aventuriers le privilége exclusif du commerce de Russie, en vertu duquel nonseulement ils établirent un commerce actif et avantageux avec ce pays, mais dans l'espérance d'arriver par-là à la Chine , ils poussérent leurs découvertes vers l'est jusqu’à la côte de la Nouvelle-Zemble, le détroit deWaigatz et l'embouchure de la grande rivière Oby. Mais, dans ces mers glacées que la nature ne semble pas avoir destinées à être sillonnées par des vaisseaux, ils furent exposés à des désastres sans nombre , et virent souvent leurs espérances trompées.

Leurs tentatives pour ouvrir une communication avec l'Inde ne se bornèrent pas à cette navigation. Îls envoyèrent quelques-uns de leurs facteurs avec la caravane russe qui allait en Perse par la route d’Astracan et la mer Caspienne, en les chargeant de pénétrer vers l'est aussi avant qu'ils le pourraient , et de s’efforcer non-seulement d'établir un commerce avec ces pays, mais de recueillir toutes les instructions qui pourraient apporter quelque lumière sur la possibilité de trouver un passage à la Chine par le nord-est !. Après avoir échappé aux dangers nombreux auxquels ils furent exposés en traversant tant de pays habités par des peuples féroces et sans police, quelques-uns de ces facteurs parvinrent jusqu’à Bokara, dans la province du Khorasan; et, quoique arrêtés là par la guerre civile qui désolait alors le pays, ils retournèrent en Europe avec quelque espérance d'étendre le commerce de la compagnie jusques. dans la Perse, et ayant recueilli beaucoup de connaissances de l'état de ces régions éloignées de l’est ?. Les succès de la compagnie des marchands aventuriers’ excitérent l'émulation de leurs com-

patriotes à porter leur activité À de nouvelies | entreprises. Un commerce que les Anglais n'a- :

vaient pas tenté jusque-là, s'onvrit avee la côte de Barbarie ; la connaissance qu’en acquit par ce premier essai des productions précieuses qu'on pouvait tirer del'Afrique, excita quelques:navi- .gateurs entreprenans à visiter une grande étendue de côtes de eette partie du monde; ils naviguèrent tout le long de la côte occidentale ; : Hackluyt, 1, 301. — * /bid., 340.

abordèrent à plusieurs points, situés aux deux côtés de la ligne, et, après avoir acquis beaucoup de connaissances de ces contrées, ils rapporté | rent en Angleterre de la poudre d’or, de l’ivoire, et d’autres marchandises précieuses peu connues des Anglais. Ën ce temps-là, ce commerce avec l'Afrique semble avoir été snivi avec activité, et était alors aussi innocent que lucratif; car les Anglais n'ayant pas encore besoin d'esclaves, le conduisaient sans violer les droits de l'humanité : c'est jusqu'à ce point que se portèrent leurs progrès durant un temps où leur navigation et leur commerce peuvent être regardés comme encore dans l'enfance. Tout faibles que ces progrès peuvent nous paraître à présent.

nous les suivons avec un vif intérèt, et nous jetons nos regards en arrière avec satisfaction sur les premiers essais de cette activité nationale que nous voyons se déployer aujourd'hui dans toute sa maturité et toute sa force, Jusque dans ces premiers efforts de la nation, un observa teur intelligent peut voir le présage de ses futurs progrès ; cette activité ne fut pas plus tôt mise en mouvement qu'elle prit diverses directions, et se dépioya dans chacune avec cette industrie persévérante qui est l'âme et le guide du commerce. Elle ne se laissa décourager ni par les peines et les dangers de cette navigation dans les mers du Nord, inconnues jusque-là, ni par l’insalubrité des climats de la zone torride ; et les Anglais, sous les règnes de Henri VIIE, d'Édousrd VI et de Marie, s'ouvrirent les sources les plus fécondes de leur riche commerce avec la Turquie, l'Afrique , la Russie et Terre-Neuve. A l'avénement d’Élisabeth au trône, les progrès qu'avait déjà faits l'Angleterre dans la navigation et le commerce lui en préparaient et | lui en assuraient de nouveaux. A cette époque | commence une période infiniment favorable à | l'esprit qui s'élevait dans la nation. La tranquillité intérieure maintenue presque sans interruption durant le cours d'unrègne long et prospère: la paix avec les nations étrangères pendant les vingt premières années d’Élisabeth; l'économie . soigneuse de cette princesse , à l’aide de laquelle elle épargnait à ses sujets le fardeau des taxes ruineuses pour le commerce; la popularité de son administration : toutes ces circonstances fa vorisaient l'esprit d'entreprise dans le commerce, ; etl'invitaient à se déployer dans toute sa vigueur.

La saga de bonr vironné navales

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en cete de ne p gers , de tout fait considér anglais vigateur tourna elle le pl des nouy les trois quentère protectio nouvelle commert tretint a par la re de ce pr que les A pendant prince. E chands 2 commerc parlemen par terre furent re shah une portans firent un royaume provinces grande c pour se. | mer un ( contrées.

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intérêt, et nous avec satisfaction activité nationale aujourd’hui dans orce, Jusque dans tion, un observa sage de ses futurs pas plus tôt mise verses directions, ec cette industrie le guide du comurager ni par les > navigation dans jusque-là, ni par one torride ; et les Henri VIIE, d'Erirent les sources le commerce avec e et Terre-Neuve.

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gères pendant les abeth ; l'économie | l'aide de laquelle fardeau des taxes la popularité de ; circonstances fa dans le commerce, toute sa vigueur.

La sagacité d'Élisabeth lui ayant fait apercevoir de bonne heure que la sûreté d'un royaume environné par la mer était foudée sur ses forces navales , dès le cemmencement de son règne elle

augmenta le nombre et la force des vaisseaux

de la marine royale, totalement négligée durant une minorité troublée par des factions, et pendant. un règne uniquement occupé d’extirper l'hérésie, Elle remplit ses arsenaux de munitions navales, fit construire beaucoup de vaisseaux très forts selon l'état de la marine européenne en ce temps-là, et donna à ses sujets l'exemple de ne pas dépeudre plus long-temps des £trangers , de quiles Anglais avaient jusque-là acheté tout faits tous leurs vaisseaux d'un port un peu considérable, Par ces moyens, lesconstructeurs anglais se perfectionnèrent , le nombre des navigateurs s'accrut, et l'attention nationale se tourna vers la marine comme vers l'objet pour elle le plus important. Loin d'abandonner aucun des nouveaux canaux du commerce ouverts dans les trois précédens règnes, les Anglais les fréquentérent avec la plus grande assiduité, et la protection de leur souveraine donna une énergie nouvelle à leurs. efforts. Pour leur assurer le commerce exclusif avec la Russie, Élisabeth entretint avec Jean Vasilowitz la liaison formée par la reine Marie ,.et gagna si bien la confiance de ce prince par des ambassades successives, que les Anglais jouirent de ce privilége lucratif pendant toute la durée du long règne de ce prince. Elle encouragea la compagnie des marchands aventuriers, dont le monopole pour le commerce de Russie fut confirmé par acte du parlement ?, à reprendre le projet de pénétrer par terre en Perse. Les agens de la compagnie furent reçus à la cour de Perse, et obtinrent du shah une telle protection et des priviléges si importans que, pendant une suite d'années, ils firent un commerce très avantageux. dans son royaume 5, et qu'en fréquentant les diverses provinces de Perse, ils acquirent une assez grande connaissance des. richesses de l’orient pour se fortifier dans le projet de s'ouvrir par mer un commerce plus direct:avec ces riches contrées.

Mais toutes les tentatives pour trouver le pas-

“Camden. Annales, p. 70, Wdit, de 1615, in-fol.

2 Hackluyt, 1, 369.

S Zbid., 1, 344, etc

sage par le nord-est ayant échoué, il se forma ui nouveau plan sous la protection du comte de Warwick, le chef de la famille entreprenante des Dudleys. On résolut de prendre une route toute différente , celle du nord-ouest. La eonduite de l'entreprise fut confiée à Martin Frobisher, officier expérimenté et de réputation. Dans trois voyages successifs il visita la côte inhospitalière du Labrador et celle du Groënland (auquel Élisabeth donna le nom de Meta Inco- , &nila), sans trouver rien qui pôt lui faire croire | à la possibilité du passage qu'il cherchait. Ce | mauvais succès fut très vivement ressenti par la | nation et aurait amorti l'esprit d'entreprise | parmi les Anglais s'il n'eût pris une nouvelle vi-

| Sueur à la suite de l'heureuse expédition de | François Drake, qui causa une satisfaction universelle. Ce hardi navigateur, émule de Magel-

lan, voulant obtenir la même gloire en faisant le tour du globe, entreprit ce mème voyage que toute l’Europe admirait depuis soixante ans, sans que personne se fût hasardé à suivre les traces du navigateur portugais. Drake l'osa, avec une flottille dont le plus grand navire n'était pas de plus de cent tonneaux ,.et l’exécuta aussi glorieusement pour lui que pour son pays; mais même, dans ce voyage entrepris dans d'autres vues, Drake ne négligea pas l’objet | favori de ses compatriotes, la découverte d’une nouvelle route aux Indes orientales. Avant de quitter l’océan Pacifique pour revenir par les Philippines, il rangea toute la côte de la Californie, remontant jusqu'à la latitude nord de quarante-deux degrés, dans l'espérance de découvrir par ce côté une communication. entre les deux mers qu'on avait cherchée si souvent en vain par l'autre. Ce fut la seule tentative de Drake qui n’eut point de succès. La rigueur ex-

| cessive du froid, intolérable pour des hommes

qui venaient d’éprouver les chaleurs des climats voisins des tropiques, l’arrêtèrent dans sa route vers le nord, et c’est un problème de géographie encore indécis, que de savoir s'il existe un passage de la mer Pacifique à l'océan Atlantique par ce côté 1,

Depuis cette époque, il n'y eut plus d'’entreprise maritime que les Anglais ne crussent possible à leur courage et à leur habileté. Îls s'étaient portés dès lors dans toutes les mers

? Hackluyt, Il, 440. Camd., 4nn., 301. etc.

connues par les navigateurs de ce siècle, et ils étaient devenus les rivaux de la nation la plus renommée dans l’art de la navigation, les Por- | tugais célèbres par les plus brillans succès. Mais, après avoir acquis la connaissance des différentes parties du globe, ils n'avaient pas jus- | que-là tenté de faire aucun établissement hors | de leur propre pays. Leurs commerçans n'avaient pas encore acquis parmi eux assez de richesse et d'influence politique sur leur gouvernement pour pouvoir faire mettre à exécution un plan d'établissement de colonie dans des vues de commerce. La noblesse manquait encore des idées et de l'instruction qui l’auraient disposée à protéger et seconder yne pareille entreprise. Cependant l'accroissement de la puissance de l'Espagne, et l’ascendant qu’elle avait donné à Charles V et à son fils sur les autres nations de l'Europe, tournèrent naturellement l'attention générale sur l'importance de ces établissemens dans le Nouveau-Monde, qui donnaient à une nation de tels avantages. Les relations établies entre l'Espagne et l'Angleterre durant le règne de Philippe et de Marie; l’abord de la noblesse espagnole à la cour de Londres, lorsque Philippe y venait faire quelque séjour; l'étude de la langue espagnole qui devint à la mode parmi les Anglais, et la traduction de plusieurs histoires d'Amérique de l’espagnol en anglais, répandirent par degrés en Angleterre une connaissance plus distincte des procédés de la politique de l'Espagne dans l'établissement de ses colonies, et des avantages qu'elle en retirait. Lorsque la guerre commença entre Élisabeth et Philippe, le projet de nuire à l'Espagne en l'attaquant par mer et dans ses établissemens éloignés ouvrit une carrière nouvelle au courage et à l'esprit entreprenant de la noblesse anglaise. Les hommes considérables de la nation voulurent se distinguer par des exploits maritimes. Dès lors le service de mer et les idées qui s'y liaient , telles que la découverte de pays nouveaux , l'établissement des colonies, l'extension du commerce par la découverte de nouveaux objets de consommation, devinrent des objets familiers aux personnes de rang.

Le concours de ces diverses circonstances conduisit bientôt les Anglais à former des plans d'établissemens dans les parties de l'Amérique qu'ils n'avaient fait jusque-là que visiter. Les

auteurs et les protecteurs de ces projets étaient pour la plupart des personnes considérables par leur naissance, leur rang et leur crédit. On

| doit distinguer parmi eux sir Humphry Gilbert,

de Compton en Devonshire, comme le chef de la première colonie anglaise portée en Amérique. Il avait fait la guerre avec distinction en France et en Irlande; et, ayant tourné son application vers les opérations maritimes, il publia un discours où il établissait comme vraisemblable l'existence d'un passage aux Indes par le nord-ouest, et qui montre, dans l’auteur, de l'instruction et de l'esprit mélés à l'enthow siasme, à la crédulité et aux espérances flatteuses qui poussent les hommes aux entreprises hasardeuses et nouvelles !. Avec ces talens, il fut regardé comme l'homme le plus propre à former le nouvel établissement, et il obtint aisément de la reine Élisabeth des lettres-patentes qui le revêtissaient de tous les pouvoirs nécessaires pour le succès de l'entreprise.

Comme la charte donnée à Gilbert est la première charte d’une colonie émanée de la couronne d'Angleterre, tous les articles en méritent une attention particulière, en ce qu'elle fait connaître l'esprit du temps et la manière dont on y voyait de tels établissemens. Élisabeth autorise sir Gilbert à découvrir et à mettre en sa possession toutes les terres situées dans des pays éloignés et barbares non encore occupés par aucun prince ou nation chrétienne. Elle l'investit, lui, ses héritiers et ayans-cause, de la propriété du sol de ces pays lorsqu'il en aura pris possession. Elle permet à tous ceux de ses sujets qui voudront accompagner Gilbert dans ce voyage d’aller s'établir dans la colonie qu'il va fonder. Elle l’autorise, lui, ses héritiers et fondés de pouvoir, à disposer de toutes les terres et portions de terre qu'il croira convenable d'accorder à ceux qui le suivront , en les donnant en fief simple selon la loi d'Angleterre. Elle déclare que toutes les terres du nouvel établissement seront tenues de la couronne d’Angleterre à foi et hommage , et à la condition de lui payer le cinquième de tout l'or et l'argent des mines qu'on y découvrira. Elle accorde à Gilbert et ses héritiers la juridiction , et tous les autres droits régaliens, tant maritimes qu'autres, dans l'étendue des terres et des mers ad

1 Hackluyt, 11, 11.

jacentes ; des futur.

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s du nouvel étacouronne d’An- \ la condition de L l'or et l'argent . Elle accorde à tion , et tous les aritimes qu'’auet des mers ad

jacentes ; et comme le salut et l'intérêt communs | lui permettait pas de s'établir; le naufrage de

des futurs colons leur rendent un bon gouvernement nécessaire, elle donne à Gilbert le droit de juger, de punir, de pardonner, d'adminis-

trer et gouverner, tant au civil qu’au criminel , .

en affaires maritimes et autres, toutes les personnes qui de là en avant iront s'établir dans les susdits pays, selon les lois et ordonnances qui seront projetées et établies par lui pour un bon gouvernement. Elle accorde à tous les colons en Angleterre même, tous les droits, priviléges et franchises des naturels anglais, nonobstant toute loi, coutume ou usage contraires. Enfin, elle fait défense à toute personne de former, durant l'espace de six ans, aucun établissement à la distance de moins de deux cents lieues de tout endroit que sir Gilbert ou ses associés auront occupé !.

Muni de ces pouvoirs extraordinaires, et qui ne paraissaient pas tels alors, d'après les idées d'autorité et de prérogative royale établies en Angleterre au seizième siècle, bien contraires aux notions plus modernes que nous avons des droits et de la liberté d'hommes qui se réunissent volontairement pour former une colonie, Gilbert commença à rassembler ses associés et à préparer son embarcation. L'idée qu'on avait de son caractère et le zèle actif de son beaufrère Walter Ralegh, qui, dès sa première jeunesse, avait déjà montré et les talens et le courage qui attirent la confiance et l'admiration, procurèrent bientôt un nombre suffisant de compagnons de son entreprise; mais le succès ne répondit pas aux espérances flatteuses qu’en avaient conçues ses compatriotes , ni à la dépense qu'il avait faite en préparatifs. Deux expéditions conduites par lui-même en personne eurent une issue malheureuse, Il périt dans la dernière, sans avoir effectué son établissement sur le continent, et sans avoir rien fait de plus remarquable que la vaine cérémonie de prendre possession del’ile de Terre-Neuve au nom de son souverain. La dissension parmi ses officiers, la licence et l'insubordination de quelques hommes de sa troupe, le peu de connaissance qu’il avait des pays qu'il se proposait d'occuper, le malheur qu'il eut d'aborder le continent dans une partie située trop avant dans ie nord, où la

côte difficile et ? “gereuse du cap Breton ne |

UHackluyt, I, 135.

son plus grand vaisseau, et par-dessus tout, la petite quantité de provisions que les fonds d’u1 simple particulier lui avaient permis de rassembler pour l'établissement d’une colonie, furent les vraies causés du mauvais succès de son entreprise, dont on ne peut se prendre ni au défaut de talens, ni au défaut de courage du chef 1.

Mais l'issue malheureuse d'une entreprise dans laquelle Gilbert avait consumé toute sa fortune ne découragea pas Ralegh. Il adopta toutes les idées de son beau-frère; et, ayant recours à la reine dans les bonnes grâces de laquelle il était alors fort avant, il en obtint une patente qui lui donnait une juridiction et des prérogatives aussi amples que celles qui avaient été accordées à Gilbert. Ralegh, non moins ardent à exécuter qu’à entreprendre, expédia sur-le-champ deux petits navires, sous le commandement de deux officiers dignes de sa confiance, Amadas et Barlow, chargés de visiter la contrée où il se proposait de s'établir et d'acquérir quelque connaissance préalable des côtes, du sol, des productions du pays. Pour éviter le malheur que Gilbert avait eu de se porter trop au nord, ils prirent leur route par les Canaries et les Îles occidentales, et abordérent au continent du nord de l'Amérique par le golfe de la Floride ; malheureusement leurs recherches principales furent faites dans cette partie, aujourd’hui connue sous le nom de Caroline du nord, la province de l'Amérique la plus destituée de ports et de havres commodes. Ils touchèrent d’abord à une île qu'ils appelèrent Fokokon, probablement Ocakoke, située à l'entrée du détroit de Pamplicæ, et ensuite à Roanoke, près de l'entrée du détroit d’Albemarle, Dans l’une et laure de ces îles, ils eurent quelques entrevues avec les naturels, qu'ils trouvèrent être un peuple sauvage avec tous les caractères qui accompagnent le défaut de civilisation, la bravoure, l'horreur pour le

| travail, l'hospitalité, un extrême penchant à

l'étonnement et à l'admiration et le désir d'échanger leurs productions grossières contre les marchandises d'Europe, et particulièrement

| contre du fer et les autres métaux utiles dont

ils sont privés. Après avoir passé quelques se- 1 Hackluyt, 111, 143, etc. Zbid., 11, 243.

maines avec ces. insulaires, et visité quelques parties du continent voisin, Amadas et Barlow retournèrent en Angleterre, emmenant avec eux deux de ces sauvages, et firent des descriptions si séduisantes de la beauté du pays qu'ils veuaient de découvrir, de la fertilité du sol et de la douceur du climat, qu'Élisabeth, flattée. de l'idée d'occuper un. territoire si supérieur aux stériles régions du nord, les seules qu'eussent encore visitées. ses sujets, donna à. ce nouveau pays le nom de Jirginie, comme pour rappeler à la postérité que cette heureuse découverte avait été faite sous le règne et les auspices d'une reine qui avait gardé sa virginité t,

Le rapport des deux capitaines encouragea Ralegh à hâter ses préparatifs pour prendre possession d'une propriété si agréable. Il équipa une escadre de sept petits navires, sous le commandement de Richard Greenville, homme de naissance et d’une bravoure distinguée, dans un temps où la bravoure était commune ;. mais l’esprit de piraterie avec lequel les Anglais faisaient la guerre à l'Espagne vint se mêler au projet

plus directe et plus courte au continent du nord de l'Amérique, Greenville se dirigea vers les îles. 11 perdit là beaucoup de temps à croiser et à faire quelques prises, de sorte qu'il n’arriva à la côte qu'il cherchait qu'à la fin de juin. Il toucha d'abord aux îles où Amadas et Barlow étaient descendus, et fit quelques.excursions en

différentes parties du continent, aux environs |

des détroits de Pamplicæ et d’Albemarle; mais comme malheureusement il n'ävança pas assez dans le nord pour découvrir la belle: baie de

Chesapeak, il établit sa colonie sur l'ile de Roa |

noke, et la laissa dans cette position: incommode , dans un lieu presque inhabité, et sans un port où l’on pût être en sûreté 2.

La colonie consistait en cent quatre-vingts personnes, sous les ordres du capitaine Lane, assisté de quelques hommes recommandables, dont le plus distingué était Hariot, bon mathématicien. Leur principale occupation, durant neuf mois de séjour, fut de connaître le pays, et leurs recherches furent suivies avec un grand courage, et poussées plus loin qu'on ne pouvait

lHackluyt, 1IL, 246.

*Hackluyt, I, 251.

l'attendre d'une colonie si faible et si désavanlageusement placée. Mais le désir impatient que nourrissent des aventuriers sans fortune de s'enrichir en neu de temps, qui avait donné déjà une fausse direction à:la politique de l'Espagne dans ses établissemens , égarait aussi les Auglais qui, pour la plupart, ne voyaient comme dignes de leur attention et de leurs re cherches que les. mines d'or et d'argent. Hs les cherchaient partout où ils abordaient, La colo: nie de: Ralegh s'occupa de cette chimère aver une infatigable activité. Les sauvages. reconnu rent bientôt. l'objet principal de l'ardeur de leurs nouveaux. hôtes, et les amusèrent artif. cieusement de tant de contes sur les perles qu'on pouvait pêcher dans leurs. mers et les métaux précieux qu’on trouverait dans leurs mines, que Lane et ses compagnons perdirent tout leur temps et Loute leur activité dans la poursuite de

| ces richesses chimériques, au lieu de cultiver le

sol pour en tirer des productions nécessaires à leur subsistance. Lorsqu'ils eurent reconnu la

| ruse des Indiens, ils en furent si irrités, que des du nouvel établissement; et, conduit par ce | motif, ainsi que faute de connaître une route |

plaintes et des reproches ils en vinrent à des hostilités ouvertes. Dès lors les provisions qu'ils étaient accoutumés à recevoir des sauvages leur manquèrent , et ils n'avaient pris aucune pré- Caution. Ralegh, engagé dans une entreprise trop coûteuse pour sa modique fortune , ne put pas leur envoyer le supplément de provisions qu'il leur avait promis. pour l'entrée du printemps. Réduits à la plus grande détresse et près de périr de faim, ils étaient sur le point

| dese disperser dans le pays, pour aller chacun

chercher à vivre comme il pourrait , lorsque sir François Drake parut avec sa flotte, revenant d'une expédition heureuse contre les Espagnols.

| Au moment de délivrer à Lane et à ses compa-

gnons les, secours qui leur étaient nécessaires pour subsister, une tempête brisa un petit vaisseau qu'il avait chargé de ces provisions ; et comme il était dans l'impuissance de leur en fournir d’autres , et que les malheureux étaient excédés par la fatigue et la faim , à leur sollicitation il les reçut et les ramena en Angleterre!. C'est sous ces malheureux auspices que commencèrent les établissemens anglais dans le Nouveau-Monde. Cette dernière tentative, après avoir donné les plus flatteuses espérances, ne 1 Hackluyt, 111, 255. Camd., Ann., 387

produisit « connaître | truit et bo sol, le: olin habitans: a des éloges premiers v Nouveau-\ fondation « suite digne etses assoc Indiens, p bac, pour nés, attrib ginaires, e dieux, dor l'offrande | Divinité #.

patrie y'a velle. Is € manière: d jeunes gen sement; l’i l'opinion d salutaires « tôt l'usage Portugais parties de tabac s’éte et, SOUS 1 agréable a ple du cap singulier « le besoin bientôt po plante qui est non-s bonde pot qu'on voit devenir pr en nous Or nécessaires mer fut | connue en comédies d mencemen bitude des mode,

1 Hariot, pars r.

aible et si désavandésir impatient que S sans fortune de 8, qui avait donné a politique de l'Es.

18, égarait aussi les part, ne voyaient ation et de leurs re et d'argent. Ils les ordaient, La colo:

cette chimère avec | Sauvages. reconnu pal de l'ardeur de s amusèrent artifsur les perles qu’on mers et les métaux ns leurs mines, que erdirent tout: leur ans la poursuite de à lieu de cultiver le tions nécessaires à eurent reconnu la si irrités, que des s en vinrent à des es provisions qu'ils r des sauvages leur L pris aucune préins une entreprise ue fortune , ne put ient de provisions "l'entrée du priurande détresse et aient sur le point pour aller chacun urrait , lorsque sir a flotte, revenant itre les Espagnols.

1e et à ses compataient nécessaires risa un petit vaises provisions; et sance de leur en ialheureux étaient faim , à leur sollina en Angleterre!

uspices que com-

anglais dans le e tentative, après 2s espérances, ne L., 387

produisit d'autre effet utile que de faire mieux connaître le pays; elle mit Hariot, homme instruit et bon observateur , en état de décrire le sol, le climat, les productions, les. mœurs des habitans avec un degré d'exactitude qui mérite des éloges, surtout. lorsqu'on lui compare les premiers voyageurs qui nous ont débité sur le: Nouveau-Monde tant de contes merveilleux. La fondation de cette colonie avortée a eu une autre suite digne d’être recueillie par l’histoire, Lane etses associés; dans leur commerce suivi avec les Indiens, prirent goût à l'usage de fumer du tabac, pour lequel ces, insulaires étaient passion-

nés, attribuant à.cette plante mille vertus ima- .

ginaires, et la regardant comme un présent des dieux , donné à l’homme pour consolation et l'effrande la plus agréable qu'on pt faire à la Divinité !. Les Anglais retournant dans leur patrie y avaient apporté cette production nouvelle. ls enseigntrent à leurs compatriotes la manière d'en user, que: Ralegh et quelques jeunes gens à la mode adoptèrent avec empressement; limitation, l'amour de la nouveauté et l'opinion de quelques médecins sur les qualités salutaires de cette plante, en répandirent bientôt l'usage en Angleterre. Les Espagnols et les Portugais l'avaient déjà introduit en d'autres parties de l'Europe. L’habitude de prendre du tabac s’étendit insensiblement du nord au sud; et, sous une forme ou sous l’autre, elle fut agréable aux habitans de tous les climats, Exemple du caprice de l'espèce humaine non moins singulier qu'inexplicable, lorsqu'on considère le besoin tyrannique que l'habitude établit bientôt pour une sensation produite par une plante qui n’a aucune utilité bien connue, et qui est non-seulement désagréable mais nauséabonde pour celui qui commence à en user, et qu'on voit ce besoin, pour ainsi dire acquis,

devenir presqueaussi universel que ceux qui sont | : ses forces pour s'opposer à la flotte à laquelle

en nous originairement donnés par la nature et nécessaires à notre conservation. L'usage de fumer fut la première manière d’user du tabac connue en Angleterre, et nous voyons dans des comédies de la fin du seizième siècle et du commencement du dix-septième, que c'était une habitude des gens du bel air et des hommes à la mode,

1 Hariot, ap. Hackluyt, I, 271, De Bry, America, pars 1. =

Peu de jours après le départ de Drake, une petite barque expédiée par Ralegh avec un secours. pour la colonie, débarqua au lieu où les Anglais avaient fait leur établissement ; mais n’y trouvant plus personne, elle retourna en Angieterre. La barque était à peine repartie, que sir Richard Greenville parut avec trois vaisseaux. Après avoir cherché inutilement la colonie qu’il avait établie, et ne pouvant en savoir aucune nouvelle, il laissa dans l'île quinze hommes de sa troupe pour en conserver la possession, Cette poignée d'hommes fut bientôt assaillie et détruite par les sauvages !.

Quoique tous les effonts de Ralegh pour établir une colonie en Virginieeussent échoué par une suite de désastres et de contre-temps, ses espérances se soutenaient encore et ses ressources n'étaient pas épuisées, Dès le commencement de l’année suivante, il équipa trois vaisseaux, sous le commandement du capitaine Jean White, qui portèrent au continent de l'Amérique une colonie plus nombreuse que celle qui était partie sous les ordres de Lane. A leur arrivée en Virginie , les nouveaux colons , après avoir observé que le pays était couvert de bois qui leur paraissaient un désert occupé seulement par quelques hordes de sauvages dispersées çà et là, reconnurent qu'ils ne pouvaient s’y établir, destitués qu'ils étaient de beaucoup.de moyens de subsister dans une semblable situation. Ils requirent d’une commune voix leur commandant de retourner en Angleterre, pour solliciter des se cours nécessaires à l'existence de la colonie, et qu'il pourrait obtenir mieux que personne. Mais White revenant dans son pays natal y trouva les circonstances infiniment contraires au succès de la demande qu’il venait faire. La nation était dans une alarme universelle des préparatifs formidables faits par Philippe Il, pour une invasion en Angleterre. Elle rassemblait toutes

Philippe avait eu l’arrogance de donner le nom de flotte invincible. Ralegh, Greenville, et tous les protecteurs du nouvel établissement en Amérique , étaient appelés à concourir à la défense de leur pays dans les opérations qui allaient signaler une époque également intéressante et glorieuse pour l'Angleterre. En un danger si imminent, et lorsqu'ils avaient à combattre pour !Hackluyt, 11, 266, 283.

l'honneur de leur souverain et l'indépendance de leur pays, il était impossible de s'occuper d'objets éloignés et moins importans. La malheureuse colonie de Rcanoke périt victime de la faim ou de la férocité des sauvages dont elle était environnée.

Durant le reste du règne d'Élisabeth , le projet d'établir une colonie en Virginie ne fut pas repris. Ralegh, avec un caractère entreprenant et des talens extraordinaires, avait l'esprit et les défauts d’un homme à projets. Séduit par une idée nouvelle, et donnant toujours la préférence à la plus brillante et à la plus difficile à mettre à exécution, il était disposé à s'engager en des entreprises si vastes et si diverses qu’il se trouvait ensuite hors d'état de les suivre toutes. Il était en ce temps même occupé de peupler et de cultiver en Irlande une grande étendue de terres dont la reine lui avait fait la concession. Îl'entrait pour beaucoup dans le projet de faire un puissant armement contre l'Espagne , pour établir don Antonio sur le trône de Portugal. Il avait dès lors formé son plan favori et tout-à-fait chimérique de pénétrer dans la Guyane; où il imaginait dans ses rêves flatteurs qu'il trouverait des richesses inépuisables et les mines du monde les plus riches. Parmi cette multitude de projets séduisans, et auxquels leur nouveauté même donnait à ses yeux plus de prix, il se refroidit naturellement sur ses anciens plans qui ne lui avaient jusque-là apporté aucun profit. Il abandonna la Virginie, et céda ses droits sur cette contrée où il n’avait jamais mis le pied, ainsi que tous les priviléges que lui donnait sa charte, à Thomas Smith et à une compagnie de marchands de Londres. Cette compagnie , contente d'un petit commerce qu’elle faisait sur de petits bâtimens , ne fit aucune démarche pour prendre possession du pays qu’on lui cédait. Ainsi , après une période de cent six ans depuis la découverte du continent nord de l'Amérique par Cabot, et après vingt ans depuis l'envoi de la première colonie par Ralegh, il n’y avait pas encore un seul Anglais établi dans cette partie du Nouveau-Monde, à la mort de la reine Élisabeth en 1603.

J'ai déjà expliqué les causes de ce fait pour la période antérieure à l'avénement d'Élisabeth ; mais sous son règne même, il y en eut d’autres qui durent produire le même effet. Quoique,

: pendant une moitié de ce règne, l'Angleterre n'ait pas eu de guerre avec les étrangers, et que le commerce ait joui dans tout ce temps de cette parfaite sécurité qui est si favorable à ses progrès, et quoique la gloire de ses dernières années eût donné à l'esprit national beaucoup d'élévation et de vigueur, la parcimonie extrême de la reine et sa répugnance à demander à ses sujets aucun impôt extraordinaire la disposaient plutôt à retenir qu'à seconder l'ardeur de sa nation dans des entreprises du genre de celles dont il s’agit. Les plus brillantes, sous son règne, furent tentées et exécutées par des particuliers. Tous les projets d'établissement de colonies furent conduits à l'aide de fonds fournis par des individus et sans les secours publics. La félicité même de son peuple sous son gouvernement le détournait d'aller s'établir dans des contrées éloignées. Le sol natal a pour l'homme de si puissans attraits, et son attachement aux lois, aux mœurs, aux usages de son pays, est si profond , que rarement il se résout à s’en éloigner, à moins qu’il n’en soit chassé par l'oppression , ou fortement attiré ailleurs par l'espoir d'une grande et soudaine fortune ; mais les parties de l'Amérique où les Anglais avaient tenté jusque-là de s'établir ne les invitaient pas, comme celles qu'avait découvertes l'Espagne, par des apparences de mines d'or et d'argent. Le profit qu'ils pouvaient espérer était éloigné, et ne pouvait être obtenu que par les efforts

| persévérans du travail et de l’industrie. Les maximes du gouvernement d'Élisabeth étaient si populaires, qu’elle ne donnait à aucun de ses sujets des motifs d'émigrer pour échapper aux vexations du pouvoir. Il paraît même que c'est avec quelque difficulté qu'on était venu à bout | de rassembler-ces poignées de planteurs , aux- | quelles les écrivains du temps donnent le nom | de première et seconde colonie de Virginie,

| Mais la couronne d'Angleterre allait passer

| aux Stuarts. A peine Jacques L°' fut- il établi sur

le trône , qu’il annonça son caractère pacifique, et qu’il termina par un traité amical avec l’Espagne la longue guerre des deux nations entre | elles. Depuis cette époque, la paix ne fut plus | troublée sous son règne. Beaucoup de personnes

: de distinction et d'une ambition ardente, à qu

: la guerre avec l'Espagne avait fourni une occu-

pation constante et des espérances séduisantes,

uon-seuler acquérir , { duites à u Leur imag exercice à | de l’Améri àl'autre, ( devinrent } dans la nat Un voy:

old, dans et cncoura voile de Fa trente-deu) miers navis avaient pri:

ride , Gosn que les ven navigateur par cette rc partie du :

mière est province a chusets, et En suivant l'ouest, il tc il donna le vigne de M: sabeth. 1 :

commerça 2 gnons furer du pays qu nombre, un minés à s'y avoir réfléc miers Angle rique, ils re\ la première nold fut de quatre mois Ce voyag ressant, eu!

importantes d'un autre ( connurent q plus près di leur premie nie); la côt des climats Purchas, |

ne, l'Angleterre trangers, et que e temps de cette rable à ses proes dernières antional beaucoup cimonie extrème demander à ses paire la disponder l’ardeur de à genre de celles es, Sous s0n rèes par des partitablissement de de fonds fournis cours publics. La \S SOn gouverneablir dans des a pour l'homme attachement aux son pays, est si sout à s’en éloissé par l’oppresurs par l'espoir le; mais les paris avaient tenté invitaient pas, rtes l'Espagne, l'or et d'argent.

r était éloigné, par les efforts l'industrie. Les lisabeth étaient à aucun de ses r échapper aux même que c'est ait venu à bout lanteurs , auxonnent le nom le Virginie.

re allait passer fut-il établi sur ctère pacifique, nical avec l'Esx nations entre aix ne fut plus 1p de personnes ardente, à qui Jurni une OCCues séduisantes,

uon-seulement de gloire, mais de richesses à acquérir , se virent bientôt avec impatience réduites à une vie oisive et n'ayant plus de but, Leur imagination travailla à chercher quelque exercice à leur activité et à leurs talens. Le nord de l'Amérique ouvrait un vaste champ à l’un et à l'autre, et les projets d'y établir des colonies devinrent populaires, et généralement répandus dans la nation.

Un voyage entrepris par Barthélemy Gos:

nold, dans la dernière année de la reine, facilita et Cncouragea l'exécution de ces plans. Il fit voile de Falmouth, dans une petite barque, avec trente-deux hommes. Au lieu de suivre les premiers navigateurs dans le détour inutile qu'ils avaient pris par les îles occidentales de la Floride , Gosnold navigua droit à l'ouest, autant que les vents le lui permirent , et fut le premier navigateur anglais qui eût atteint l'Amérique par cette route plus courte et plus directe.-La partie du nouveau continent qu'il vit la première est un promontoire appartenant à la province appelée aujourd'hui baie des Massachusets, et auquel il donna le nom de cap Co. En suivant la côte, et s'avançant toujours vers l'ouest, il toucha à deux îles, à l’une desquelles il donna le nom de Martha's vine yard (la vigne de Marthe) ; et à l’autre, celui d’fe d'Étisabeth. W visita aussi le continent adjacent, et commerça avec les habitans. Lui et ses compagnons furent si enchantés de l’aspect séduisant du pays que, nonobstant la petitesse de leur

minés à s’y établir sur-le-champ; mais, après avoir réfléchi sur le malheureux sort des premiers Anglais qui les avaient devancés en Amérique, ils revinrent d’une résolution formée dans la première chaleur de leur admiration, et Gosnold fut de retour en Angleterre en moins de quatre mois après son départ 1.

Ce voyage, au premier coup d'œil , peu intéressant, eut pourtant des suites heureuses et importantes. Les Anglais commencèrent à voir d'un autre œil le continent d'Amérique; ils reconnurent qu’il était fort bon à habiter, bien plus près du nord que le lieu où ils avaient fait leur premier établissement ( la côte de la Virginie); la côte d’un vaste pays, s'étendant sous des climats doux, s'offrait à eux. La richesse

*Purchas, IV, p. 1647.

d'un sol encore vierge leur promettait une récompense certaine de leurs travaux; des sources de richesses inattendues pouvaient s'ouvrir dans l’intérieur du pays, et on pouvait y découvrir des objets de commerce encore inconnus à l'Europe. La distance de ces nouvelles contrées à l'Angleterre était réduite au tiers dans la nouvelle route ouverte par Gosnold. On commença dès lors, dans toutes les parties du royaume, à former des plans pour établir des colonies ; et avant qu'ils fussent assez mûrs pour être exécutés, des marchands de Bristol armérent un petit vaisseau, et le comte de Southampton et le lord Arundel de Wardour, un autre, avec charge aux navigateurs de reconnaitre si le compte rendu par Gosnold de ce pays était fidèle ou dicté par l'exagération d’un esprit passionné pour les découvertes. L'un et l'autre navires rapportèrent la confirmation de tout ce qu'avait annoncé Gosnold, en y ajoutant tant de détails favorables aux nouveaux pays, re-

| cueillis d'observations plus étendues, qu'ils ins-

pirérent un plus grand désir d'y former des établissemens.

Le promoteur le plus actif de ces projets,

et le plus heureux dans ses efforts, fut Richard : Hackluyt, chanoine de Westminster, à qui | l'Angleterre doit peut-être, plus qu'à aucun | homme de ce siècle, ses possessions en Améri-

que. Formé par un parent de son nom, homme

: supérieur dansla marine et le commerce, il avait

| pris le goût de ces connaissances et s'était apnombre, une partie d’entre eux étaient déter- |

pliqué de bonne heure à l'étude de la géographie

| et de la navigation. Ces sciences l'occupèrent

tout entier, et toute sa vie fut employée à les étendreet à les répandre parmi ses compatriotes. Pour les exciter à des entreprises maritimes, en flattant l’orgueil national, il publia, en 1589 , sa collection précieuse des voyages et des découvertes des Anglais. Pour mettre sous leurs yeux les instructions qu'on pouvait tirer de l'expérience des navigateurs étrangers, il traduisit en anglais quelques-unes des meilleures relations faites par les Espagnols et les Portugais de leurs voyages aux Indes orientales et occidentales. Il avait été consulté sur beaucoup de plans de découvertes, et d'établissemens de colonies, durant les dernières années du règne d'Élisabeth. Il correspondait avec les chefs des expéditions, dirigeait leurs recherches dans les

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meilleures routes, et publiait d'histoire de leurs exploits. Par le zèle et les efforts d'un ‘homme également respecté ‘des grands qui favorisaient ces entreprises, et de ceux qui les conduisaient et les exécutaient, il se forma rune association des uns et desautres , pour établir des colonies en Amérique , qui demanda au iroi Ja sanction de son autorité pour assurer l'exécution de ses plans.

Le roi Jacques se piquait ‘d'une science profonde ,:en matière de gouvernement ; il avait déjà porté sonattention sur les avantages. qu'on peut Lirer des colonies. en #’occupant d'en établir dans les provinces lesmoins civilisées deson ancien royaume !. Hin'en fut que plus empressé de tourner le génie-actif de ses nouveaux sujets à des occupations qui ne coutrariaient 1pas:ses maximes pacifiques, ét il écouta favorablement leurs pétitions, Mais comme l'étendue:et lvaleur du continent ‘de l'Amérique commencçaient à être mieux connues, la concession d'un pays si vase à une seule association , quelque r'ESpEctable qu'elle füt , lui parut un acte contraire à la saine politique , et d’une prodigalité condamnable : par ces considérations, ilft deux parts à peu près égales de cetteétendue de :côtes et de terres comprises entre le trente-quatrièmetet le quarante-cinquième degré de latitude ; l'une’appeléc da première:colonie de Virginie, ou la colonie du Sud ; l’autre, la seconde, ou colonie du Nord.

IL autorisa sir Thomas’ Gates, sir Georges Summers, Richard Hackluyt.et leurs associés, la plupart résidant à Londres, à déterminer, dans la première de ces portions , le local qu'ils voudraient choisir, et les investit de la propriété des terres le long de la côte, sur une ‘étendue de cinquante milles de chaque côté du point où ils placeraient leur première habitation, et dans l'intérieur du pays , sur cent milles de profondeur. L'autre part fut accordée, par une charte semblable, à divers chevaliers, gentilshommes et marchands de Bristol, de Plimouth et de différens comtés de l'ouest de l'Angleterre. Ni le monarque de qui émanaient ces chartes , ni ses sujets qui les recevaient , n'imaginaïent qu'ils allaient fonder de grands et riches états. L'acte que leur délivrait Jacques n’était qu'une simple charte qui les incorporait pour former une com-

* Histoire d'Écosse, 1. I.

pagnie de:commerce ayant un sceau commun, et pouvant agir comme uneorps politique; mais comme le but de deur association-était nouveau, le plan établi pour l'administration de leurs af. faires fut nouveau aussi. Au lieu du droit ac. cordé ordinairement aux corporations:de éhoisir leurs officiers, et-de faire des statuts particulier pour la conduite de leurs opérations, le gouver. nement des colonies qu'on allait établir fat attri. bué à un conseil résidant en Angletevre , dont les membres seraient nommés par le:roi , selon les Formes que sa majesté établirait par des or. donnances signées d'elle. Une juridiction:sabor. donnée fut confiée :à ‘un ‘conseil résidant en Amérique, 'pareillement nommé par le roi, et devant se conduire d'après les instructions qu'il en recevait. A cette clause importante qui véglaitla forme de leur constitution, le roi ajouta divers privilèges capables d'encourager ses suiets à aller s'établir en Amérique. Quelques-ans furent ceux-là mêmes qui avaient été accordés à Gilbert.et à Ralegh, tels que celui qui assurait aux Émigrans et à leurs descendans tous les droits des citoyens anglais, comme s'ils fassent demeurés ou fussent nés'en Angleterre, et celui de posséder les terres en Amérique par la plos libre et la moins grevée de toutes les teneurs. Jacques fit même aux nouveaux aventuriers des avantages qu'Élisabeth n'avait ‘pas donnés aux'premiers. [l permit d'exporter d'Angleterre, durant sept ans , sans payer aucun droit, tous les objets nécessaires au:soutien ou au commerce des nouvelles colonies ; ét pour encourager leur industrie, il leur accorda toute liberté de commercer avec les nations étrangères ,et consacra le droit sur les marchandises du dehors , durant vingt-un ans, à former un fonds pour le secours des colonies.

Dans cette singulière charte, dont les dispositions n’ont pas été considérées avec assez d'attention par les historiens de l'Amérique, quelques articles sont nuisibles audroit-des colons et d’autres aux'intérètsde la métropole, En pla çant le pouvoir, tant lépislatif qu'exécutif, dans un conseil nommé par le roi, «et dirigé par ses instructions 1, elle semble dépouiller tout Anglais allant ‘s'établir en Amérique des droits d'un homme libre , tandis-que la liberté illimitée

‘Stith, Zist. of Virginia, v. 35. Append. p. 1. Pur- Chas, V, 1683.

de comme tropole de pal avant:

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et dirigé par ses pouiller tout Anérique des droits ja liberté illimitée

Append. p. 1. Pur-

de commerce avec les étrangers privait la métropole de ce qu'on regardait comme le principal avantage à retirer de l'établissement des colonies, Mais, dans l'enfance de la théorie de la formation des colonies, et avant qu'on pôt être guidé par l'observation et l'expérience, les idées n'étaient pas encore assez développées eu assez bien arrangées, pour qu'on pôt en déduire les meilleurs principes de conduite dans celte sorte d'entreprises. À une époque où l'on ne pouvait prévoir l'importance et la grandeur future de ces états, qu'on appelait, pour ainsi dire alors, à l'existence, la politique du temps n'était pas en état de concerter pour eux les meilleurs plans de gouvernement. D'ailleurs.

les Anglais de ce siècle, accoutumés à respecter

arbitraires de leurs monarques, n'étaient pas encore animés de cet amour de leurs droits personnels et politiques, qui leur est devenu familier, à mesure que leur constitution s'est mûrie et perfectionnée,

Ce fut donc sans hésitation et sans répugnance, que les propriétaires iuvestis par les deux chartes se préparèrent à exécuter leurs projets respectifs, et que les premiers établissemens des Anglais en Amérique furent formés sous l'autorité d’un acte qu'aujourd'hui ils rejetteraient avec dédain comme une violation des droits sacrés et inaliénables de la liberté, Depuis cette époque, les prognès de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre forment la matitre d'une histoire suivie et régulière ; on doit les considérer comme les colonies mères, la première dans le sud, et la seconde dans le nord; car c’est à leur imitation, et pour ainsi dire sous leur abri, que les autres ont été fondées, et se sont élevées successivement.

Les premières tentatives d'établissement dans la Virginie et la Nouvelle - Angleterre furent faites par de très faibles troupes d'émigrans. Comme ces colonies se $ont établies avec les plus grands désavantages parmi des tribus de sauvages, dans des pays déserts et sans culture, et qu'elles n'ont atteint que par degrés, après de longs efforts et beaucoup de désastres, à cette force et à cette politesse intérieure qui leur donne le droit de se regarder aujourd'hui Comme des états respectables, l’histoire de leur

——— mm

accroissement mérite une attention particulière. Elle présente un spectacle non moins frappant qu'instructif, et une occasion qui s'offre rarement d'observer une société naissante aux premiers momens de son existence politique; de voir comment son esprit se forme dans ses premières années; comment ses principes se développent à mesure qu’elle avance dans la carrière, et comment elle acquiert, par la succession du temps, ces qualités caractéristi ques qui la distinguent, lorsqu'elle a atteint toute sa maturité. L'histoire de l'établissement des autres colonies fait dans des temps postérieurs, où l'importance de ces possessions était mieux connue, et où la métropole fai-

| sait en leur faveur des efforts plus grands et la prérogative et l'autorité en beaucoup d'actes |

mieux dirigés, est bien moins intéressante. Je ferai donc avec détail l'histoire des deux premières colonies : pour celles qui ont suivi : Je me contenterai d'observations générales sur le temps, les motifs et les circonstances principales de leur établissement. Je commence par l'histoire de la Virginie, la plus ancienne et la plus importante des colonies anglaises du nord de l'Amérique.

Quoique plusieurs personnes riches et de distinction fussent membres de la compagnie qui avait entrepris d'établir une colonie dans la Virginie, les fonds de l’entreprise ne paraissent pas avoir été bien considérables, et lespremiers efforts furent très faibles. Un petit vaisseau de cent tonneaux et deux barques, sous le commandement du capitaine Newport, furent expédiés, portant cent cinq hommes, destinés à rester dans le pays. Quelques-uns appartenaient à de grandes familles; et entreautres, il s’y trou vait un frère du comte de Northumberland, et plusieurs officiers ayant servi avec réputation sous le règne d'Élisabeth. Newport, on ne sait pour quelle raison, suivit l'ancienne route par les îles occidentales, et n'atteignit la côte du nord de l'Amérique qu'au bout de quatre mois de navigation; mais en y abordant, il fut plus heureux que les navigateurs qui l'avaient précédé. Car, ayant été jeté par la violence d’une tempête au nord de Roanoke, lieu de sa destination, la première terre qu'il découvrit fut le promontoire appelé par lui-même, le cap Henri, qui forme la côte sud de l'entrée de la baie de Chesapeak. Les Anglais entrèrent tout

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de suite dans ce golfe spacieux; en avançant, ils contemplèrent avec admiration et avec délices, ce vaste réservoir, où se versent les eaux de tant de grandes rivières, qui non-seulement fertilisent cette partie de l'Amérique, mais ouvrent à la navigation les parties intérieures du pays, et semblent y préparer au commerce des communications plus étendues et plus faciles qu'en aucune autre partie du globe. Newport, en suivant la côte du sud, entra dansune rivière, appelée Powhatan par les naturels, et à laquelle il donna le nom de rivière James ; après avoir visité ses bords, en la remontant jusqu'à quarante milles au-dessus de son embouchure, il demeura persuadé qu'un pays dont l'abord était si facile et riche en havres nombreux était un lieu plus propre à l'établissement d'une colonie que la côte escarpée et dangereuse de Roanoke, située au sud, où étaient débarqués les premiers aventuriers. Il se détermina donc à descendre là; et après avoir choisi un lieu qu'il crut convenable pour y fixer sa première résidence, il donna à la ville naissante le nom de James-Toiwn, qu'elle conserve encore; et quoiqu'elle ne soit devenue depuis ni bien peuplée, ni bien opulente, elle peut se vanter d'être la premiére et la plus ancienne habitation des Anglais dans le Nouveau-Monde.

Mais, quelque heureuse que fût la situation choisie , les colons étaient loin de pouvoir profiter de ses avantages. De violentes inimitiés s'étaient élevées entre les chefs durant le voyage; elles ne se calmèrent pas à leur arrivée. Le premier acte du conseil qui prit l'autorité en main, en vertu d'une commission apportée d'Angleterre sous le sceau de la compagnie, et ouverte le lendemain de leur débarquement, fut une injustice. Le capitaine Smith qui était nommé, par la commission même , membre du conseil, en fut exclu par la basse jalousie de ses collègues, et non-seulement réduit à la condition d'un homme privé, mais l'objet des soupçons et de la vigilance inquiète de ses supérieurs. Cette éclipse de son crédit, et son inaction qui en fv: la suite, furent un grand malheur pour la colo- | aie qui avait besoin dans de telles circonstances | de son génie et de son activité. En effet, à peine | les Anglais étaient-ils établis, qu'ils entrèrent ! en fuerre avec les naturels du pays; effet de |;

leur propre indiscrétion, ou de la défiance et de la férocité des sauvages, Ceux-ci , quoique épars dans les pays adjacens, divisés en peuplades indépendantes et si faibles que la plus considé. rable pouvait à peine assembler deux cents guerriers !, fatiguèrent beaucoup la colonie naissante par leurs continuelles hostilités, A cette calamité s'en ajouta une plus terrible : le fonds de provisions laissé à la colonie au départ des navires pour l'Angleterre était si peu abondant et de si mauvaise qualité, qu'elle se trouva dans une disette bien voisine de la famine. La mauvaise nourriture amena bientôt des maladies, dont la violence fut accrue par la chaleur étouf. fante du climat et par l'humidité d'un pays couvert de bois; de sorte qu'avant le commence.

ment de septembre une moitié des nouveaux colons avait péri, et la plupart des survivans étaient malades et tout-A-fait découragés. C’est dans de telles extrémités que se reconnaissent les ressources et les taiens de chacun, et qu'on y a recours. L'homme prend alors sa place et l'ascendant que lui donnent son génieet sa capacité, Tous les yeux se tournèrent sur Smith, et tous ses compagnons lui déférèrent volontairement l'autorité dont ils l'avaient dépouillé, Son caractère intrépide, fortement empreint d'une teinte de l'esprit romanesque commun parmi les militaires de ce siècle, était particu-

| lièrement assorti à la situation où il se trouvait.

La vigueur de sa constitution avait heureuse: ment résisté à la maladie, et son courage n'avait jamais été abattu par le danger. 11 adopta surle-champ le seul plan qui pouvait sauver la colonie d'une entière destruction. 11 commença par élever autour de James-Town une fortification bien imparfaite, mais d'une défense suffsante contre les sauvages. 11 marcha ensuite à la tête d’un petit détachement pour chercher les ennemis. Il gagna quelques-unes des tribus par des caresses et des présens, et les engagea à lui fournir des provisions, 11 attaqua les autres force ouverte; et les battant toujours, quelque supérieurs qu'ils fussent en nombre, il les fora u faire part de leurs provisions pour l'hiver.

il fut payé de ses travaux et de son courage par le rétablissement de l'abondance dans la colonie et la satisfaction de ses compagnons. et il se flatta qu'il pourrait les maintenir dans

? Purchas, vol. IV, 1692. Smith's Zraves, 23.

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Travels, 23.

cette heureuse situation jusqu'à l'arrivée des vaisseaux anglais attendus au printemps; mais, dans une de ses excursions, il fut surpris par un corps nombreux d'Indiens ; et, forcé de fuir après une vigoureuse résistance, il tomba dans un marais où, enfoncé jusqu'au cou, il fut obligé de se rendre. Quoiqu'il connût le sort affreux destiné par les sauvages à leurs prisonniers, sa présence d'esprit ne l’abandonna pas, 11 montra à ceux qui le gardaient une boussole, et les amusa de tant de contes sur les vertus merveilleuses de l'aiguille aimantée, qu'il les remplit d'un étonnement et d'une admiration qui commencèrent à opérer fortement en sa faveur, Ils le conduisirent cependant en triomphe en différentes parties du pays, et en particulier à Powhatan, le plus considérable sachim ou village de cette partie de la Virginie. Là, sa sentence de mort étant prononcée, et sa tête déjà baissée pour recevoir le coup mortel, le faible des femmes américaines pour ces brigands d'Européens, qui a sauvé la vie à plus d'un Espagnol, vint au secours du capitaine anglais. La fille bien-aimée d'un sauvage, appelée Powhatan, se jeta entre lui et ie sauvage qui allait le frapper, et par ses prières et ses larmes, elle obtint de son père qu'on lui laisserait la vie. La bienfaisance de sa libératrice, que les écrivains anglais de ce temps-là honorent du titre de princesse Pocahuntas, ne se borna pas là. Elle lui fit bientôt rendre sa liberté, et lui envoya depuis de temps en temps des provisions, le meilleur de tous les présens qu'on pût faire à lui et à sescompagnons!,

Smith, à son retour à James-Town, trouva la colonie réduite à trente-huit personnes, qui dans leur désespoir se préparaient à abandonner une contrée qui semblait repousser les Anglais de son sein. Il employa les caresses, la menace et mème la force, pour empêcher l'exécution de cette fatale résolution. I parvint avec peine à leur faire différer leur départ assez long-temps, pour que le secours attendu d’Angleterre arrivat.

L'abondance fut bientôt rétablie, une centaîne de nouveaux planteurs se joignirent aux restes des premiers, et ils eurent un fonds très ample de toutes les provisions nécessaires pour défricher et cultiver le terrain qu’on leur

\Smitb'« Travels, p. 44, etc. Purchas, IV, 1704.Stith

Pag. 45, etc, u

avait donné : mais un malheureux incident vint détourner leur attention et leurs travaux de la seule occupation qui pât améliorer leur situation, Dans un ruisseau coulant d'un banc de sable au voisinage de James-Town, ils trouvèrent un sédiment d'une substance minérale brillante qui avait quelque ressemblance avec de l'or, Dans un siècle où l'on regardait les métaux précieux comme la seule richesse parmi les pro.

ductions du Nouveau-Monde, où l'on supposoit que chaque montagne contenait un trésor, et où l'on cherchait un sable d'or dans chaque rivière, cette indication fut regardée comme une preuve certaine de la présence d'une mine d'or. Tous les bras furent occupés à fouiller, et on amassa une grande quantité de cette poudre brillante ; un prétendu artiste de la troupe, aussi ignorant que ses compagnons étaient crédules, prononça d'après quelques essais que la mine était très riche, Il n'y eut plus alors, dit Smith, dans la troupe, d'autre discours, d'autre espoir, d'autre travail, que de tirer l'or de la mine, de laver la mine d'or, de raffiner l'or !, Le vaisseau qui retournait en Angleterre fut chargé de cette richesse imaginaire , tandis que la culture de la terre et toute occupation utile furent entièrement négligées.

Les effets de cette funeste illusion se firent promptement sentir, Malgré l'activité prévoyante de Smith qui avait tiré des sauvages quelques grains, soit par force, soit par la voie de l'échange, la colonie commença à souffrir comme auparavant de la disette et fut attaquée des mêmes: maladies. Dans l'espoir de trouver quelques ressources, Smith proposa d'étendre les recherches ct les excursions au-delà des pays voisins de la rivière James, d'ouvrir un commerce avec des tribus de sauvages plus éloignées, et de reconnaître l’état de leur culture et de leur population. Il se chargea de conduire lui mème cette expédition hasardeuse dans un petit bateau découvert, avec une petite troupe et une très faible quantité de provisions. I commença par le cap Charles, et en deux différentes excursions qui l’occupérent environ quatre mois, il s'avança jusqu’à la rivière Susquehannah qui a son embouchure dans le fond de la baie, Il visita tous les pays situés sur les

rivages de l’est et de l’ouest; il entra dans les

1Smith's Travels pag 43. 49

anses les plus considérables; il remonta plu- ! limites de la colonie; il rendit les pouvoirs de la

sieurs grandes rivières jusqu’à leurs cataractes ; il commergça avec quelques tribus: et combattit avec d’autres; ilobserva la neture du sol qu'elles occupaient , leur manière de subsister , les singularités de leurs mœurs et usages, et laissa parmi toutes une’ grande admiration de la bienfaisance ou de la valeur des Anglais. Après avoir ainsi parcouru, environ trois mille milles dans un mauvais bateau très mal approprié à une si longue navigation; avoir supporté les fatigues et les dangers avec un courage et une patience qui égalent tout ce qu’on a dit des Espagnols dans leurs entreprises les plus hardies , il revint àJames-Town, apportant avec luiune description de cette grande portion du continent comprise sous les deux noms de la Virginie et du Maryland !, si exacte et si complète, qu'après les recherches d'un siècle et demi, sa carte ne diffère -guère dè celles que nous avons aujourd’hui de ces deux pays, et qu'elle a été l'original de toutes les descriptions qu'on en a faites depuis ?.

Mais quelque agréable que fût la perspective des avantages que promettait un pays formé par la nature pour être le centre d’un immense commerce, elle ne fournissait aucun secours aux

besoins présens des colons ; la colonie dépendait |

toujours pour sa subsistance des naturels du pays, et les Européens, après tous les efforts de leur. industrie, avaient à peine défriché et cultivé trente acres de terrain à, Cependant, par les soins de Smith, les magasins des Anglais étaient si régulièrement pourvus que, pendant quelque temps, ils n'éprouvèrent point de di-

qu'il fut fait, dans la constitution de la companie, un changement qui semblait promettre un accfoissement de sécurité et de bonheur. Cette direction suprême de toutes les opérations de la compagnie que le roi, par la charte, s'était réservée à lui seul, détournait les personnes de quelque rang et de quelque fortune de devenir membres d’une société si fort dépendante des volontés arbitraires du monarque. Sur l'exposé de cet inconvénient fait à Jacques, ce prince accorda aux entrepreneurs une nouvelle charte avee des privilégts plus amples; il étendit les

! Smith's Travels, pag. 65.

2 Stith , pag. 83.

$ Zu. , pag. 97

compagnie comme corporation plus. explicites et plus complets; il abelit la juridiction du conseil résidant en Virginie, ct investit du gouver-

| nement un conseil résidant à Londres , dont les | propriétaires associés nommeraient les membres

à la majorité des suffrages. IL autorisa ce conseil à établir: telles lois, ordonnances, formes de gouvernement et magistratures qui seraient jugées: par eux les meilleures pour le bien des entrepreneurs et des habitans, ainsi qu’à nommer un gouverneur chargé sur les lieux. de * administration de la colonie et de l’exécv.ion des lois !, En conséquence de ces concessions nouvelles, la compagnie ayant acquis un pouvoir plus étendu de régler et conduire ses propres affaires , le nombre des actionnaires s’accrut, et parmi eux se placèrent les noms les plus respectables de la nation.

Le premier acte du nouveau conseil fut de nommer gouverneur et capitaine général en Virginie loi Delawarre. Ce titre, tout pompeux qu'il était, ne pouvait pas toucher beaucoup un homme de son rang. 1l avait suivi les progrès de l'établissement, et il connaissait trop la disculté qu'on trouve à élever une colonie, pour attendre autre chose que beaucoup de travaux et d'inquiétudes de l'emploi délicat dont il se chargeait et dont il voulait remplir les devoirs; mais par zèle pour le succès d'une entreprise qu’il regardait comme infiniment avantageuse à son pays, il se détermina à quitter toutes les jouissances que lui donnaient dans sa

| patrie son rang et sa fortune, et à entreprendre selte considérable. C’est dans cet état des choses

un long voyage pour aller s'établir dans des cuntrées dépourvues de toutes les commodités de la vie auxquelles il était accoutumé, et où il prévoyait bien que le trouble et les dañgers l'attendaient. Mais comme il ne pouvait pas quitter sitôt l'Angleterre, le conseil fit une expédition de neuf vaisseaux , portant cinq cents planteurs, sous les vrdres de sir Thomas Gates, en qualité de lieutenant général, et le second comme ami: ral, Ils partirent munis de commissions par lesquellesils furent autorisés à suspendre la juridiction du conseil établi, à proclamer gouverneur lord Delawarre, et à prendre en main la conduite de toutes les affaires, jusqu'à son arrivée,

Un ouragan sépara du reste de la flotte le

“Stith, App., pag. 3.

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? Purcl pag. 102,

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vaisseau qui portait Gates et Summers et le jeta sur la côte des Bermudes, où il échoua; les autres arrivèrent heureusement à James-Town, hais sans savoir quel avait été le sort de leurs commandans. On supposa que leur commission pour l'établissement d'un nouveau gouvernement avait été perdue avec eux, ainsi que les autres papiers et instructions dorinés par le nouveau conseil de Londres. La forme du gouvernement actuel de la colonie fut cependant censée abolie en même temps qu'aucune pièce authentique ne constatait l'établissement de la nouvelle. Smith n’était pas malheureusement en état, dans celte circonstance ; de défendre se* propres droits, ni d'agir avec sa vigueur accoutumée, Il avait été tellement brûlé et mutilé par une explosion accidentelle de poudre à canon, qu'il était ‘acapable de se mouvoir et dans la nécessité de se laisser conduire par ses amis. Il fut embarqué sur un des vaisseaux qui retournaient en Angleterre, où il espérait se faire traiter mieux qu’il ne pouvait l'être en Virginie 1.

Après son départ, tout tendit rapidement à la plus horrible aaarchie. L'esprit de faction et de mécontentement s'était si bien établi parmi les premiers planteurs, qu'ils pouvaient difficilement ètre contenus. Les nouveaux venus n'étaient pas plus faciles à gouverner. Plusieurs d'entre eux étaient des enfans de famille dérangés et dont on n’avait pas cru pouvoir rien faire, que leurs parens avaient été bien aises d'envoyer chercher fortune en une terre étrangère et éloignée, Ceux d'un état inférieur étaient pour la plupart de mauvais sujets que leur patrie était heureuse de rejeter de son seïn comme une peste de la société ; de telles gens étaient peu capables de la subordination , de l’économie sévère , de l'industrie persévérant: que demandait leur situation. Les Indiens, observant leur manvaise conduite et leur négligence à pourvoir à leur sûreté et à leur subsistance pour l'avenir, nonseulement cossèrent de leur porter les provi-

sions qu'ils étaient accoutumés à leur fournir, |

mais commencèrent à les harasser d’hostilités continuelles. Les planteurs n'avaient de subsislances que celles qui avaient été apportées d’Angleterre, dans les derniers vaisseaux, et qui furent bientôt consommées; alors ils se nourri-

? Purchas, 1V, 1734, etc. Smith's Travels, p. 89.Stitb, pag. 102, etc,

rent des animaux utiles et domestiques qu'on leur avait envoyés pour faire race dans le pays, | et par cette indiscrète consommation, ils furent réduits =6n- seulement à se nourrir des racines ut des baies malsaines et désagréables au goût qu'ils pouvaient trouver, mais à manger la chair des Indiens qu'ils tuaient , et jusqu'aux corps de leurs compagnons succombant à tant de misères, En moins de six mois, de cinq cents personnes que Smith 2vait laissées en Virginie, il n'en resta que soixanté, si faibles et si cxténuées qu'elles n’eussent pas vécu dix jours, s’il leur était pas arrivé un secours d’un côté d'où on était bien éloigné d’en attendre aucun t.

Quand Gates et Summers furent jetés sur la | côte des Bermudes , il ne périt pas un seul homme de leur vaisseau échoué. Ils sauvérent même une grande quantité de provisions de bouche et d'effets; et, dans cette contrée délicieuse où la nature bienfaisante prodigue à l'homme ses dons, ces cent cinquante naufragés purent subsister dix mois entiers sur une Île inhabitée. Impatiens pourtant de sortir d'un lieu où ils étaient privés de toute communica- | tin avec le reste du genre humain, ils se mirent à construire deux barques avec les outils et les matériaux qu'ils avaient ; et, par des efforts étonnans d'adresse et de persévérance, ils en | vinrent à bout, Ils s’y embarquèrent, et se dirigèrent vers la Virginie dans l'espoir d'y trouver de douces consolations de toutes leurs peines dans les embrassemens de leurs compagnons, et au sein de l'abondance qu'ils se promettaient d’une colonie florissante.

Après une navigation plus heureuse qu'ils ne pouvaient l'espérer dans leurs mauvais bâtimens, ils débarquèrent à James-Town. Mais, au lieu de l’entrevue joyeuse qu’ils s'étaient promise, | ils ne trouvèrent qu'un spectacle qui les frappa d'horreur, les misérables restes de leurs compa- | triotes exténués par la maladie et la faim, abattus par le désespoir et ressemblant à des spectres plutôt qu'à des hommes. Gates et Summers, dans la pleine confiance qu’ils trouveraient en Virginie des provisions de bouche en abondance, n’a-

| vaient apporté avec eux que ce qu'ils en avaient

jugé nécessaire pour leur trajet; leur impuissance à secourir leurs malheureux compatriotes ajoutait à l'angoisse avec laquelle ils voyaient

? Stith, pag. 116. Purchas, IV, 1748.

cette triste scène. Il ne leur restait rien à faire que d'abandonner sur-le-champ un pays où il leur était impossible de subsister plus long-temps ; et, quoique tout ce qu'ils trouvaient dans les magasins de la colonie, joint à ce qu'ils avaient apporté des Bermudes, ne leur fournit de vivres que pour seize jours, en se réduisant à la plus faible ration, ils s'embarquèrent dans l'espérance de pouvoir atteindre Terre-Neuve, où ils pourraient recevoir des secours de leurs compatriotes, employés à la pèche sur le banc dans cette saison de l’année {.

Mais ce n'était pas la volonté du ciel que tous les efforts de la nation anglaise pour établir cette colonie, ainsi que tous les avantages qui en devaient revenir un jour, fussent perdus sans retour. Avant que Gates et les tristes compagnons de son infortune eussent atteint l’'embouchure de la rivière James, ils virent arriver à eux, dans la baie, trois vai seaux amenant lord Delaware, et portant avec eux une grande quantité de provisions de toute espèce, avec un nombre considérable de nouveaux planteurs, et toutes les choses nécessaires pour la défense de la colonie et la culture de son sol. Les exhortations et l'autorité de lord Delaware les ramenèrent à James-Town, où ils retrouvèrent leur fort, leurs magasins, leurs maisons, auxquels sir Thomas Gates, par un heureux mouvement, n'avait pas voulu qu'on miît le feu en partant. Une société si faible, si désorganisée, demandait pour se conserver et se rétablir les secours d'une main habile à la fois et délicate. Elle les trouva dans lord Delaware; il rechercha les causes des malheurs passés, et les découvrit surtout dans la violence des dissensions, et dans les haines mutuelles. Mais, au lieu d’user de son pouvoir pour punir les excès commis avant son arrivée, il employa sa prudence à apaiser leurs querelles et à les garantir de retomber dans leurs fitales erreurs. Par une infatigable assiduité, par le respect dû à son caractère aimable et bienfaisant, en mêlant à propos la sévérité et Yindulgence, en employant tour à tour l'autorité et la dignité de sa place, et la douceur naturelle de ses manières, il réconcilia insensible-

111 y a une relation détaillée et curieuse du naufrage de Smith et de Summers, et de leur séjour dans les Bermudes, écrite par Strachy qui était de l'expédition , et publiée par Purchas, 1V, 1734.

ment avec la subordination et la discipline des hommes corrompus par une longue anarchie, vint à bout d'appliquer au travail. des hommes jusque-là livrés à l’oisiveté et à la débauche, et enseigna de nouveau aux Indiens à respecter et à craindre les Anglais. Sous une semblable administration , la colonie commençait à fleurir, lorsqu'une maladie grave, causée par l'insalubrité du climat, obligea lord Delaware de quitter le pays, dont il laissa le gouvernement à M. Percy {.

Celui-ci fut bientôt déplacé par l’arrivée de sir Thomas Dale, revêtu par la compagnie d’une autorité plus absolue que celle d'aucun de ses prédécesseurs, et surtout autorisé à y mettre en vigueur la loi martiale, dont le code bien court, fondé sur la pratique des armées des Pays-Bas (l'école militaire la plus rigoureuse de l'Europe en ce temps-là), lui fut remis à son départ. Ce: moyen de gouvernement est si violent et si arbitraire, que les Espagnols eux-mêmes n'avaient pas osé le mettre en pratique dans leurs nouveaux établissemens, et que chez eux , aussitôt que la colonie était formée et que les occupa-

| tions de la paix succédaient aux opérations de la

guerre, les magistratures civiles étaient en activité. Mais cette mesure, tout inconstitutionnelle

et oppressive qu'elle puisse paraitre, fut adoptée:

pour la Virginie, d’après l’approbation de François Bacon ?, le philosophe le plus éclairé et le jurisconsulte le plus profond de son siècle. La compagnie, connaissant par sa propre expérience l’inefficacité de tous les moyens employés jusquelà pour réprimer et contenir l'esprit de désordre et de mutinerie répandu parmi les hommes qu'elle avait à gouverner, adopta avec empressement un système autorisé par un suffrage d’un si grand poids. Heureusement pour la colonie, sir Thomas Dale, qu'on revêtait d’un pouvoir sidangereux, l’exerça avec prudence et modération ; mais, par la vigueur que cette manière sommaire de juger et de punir donna à son administration , il introduisit dans la colonie une police meilleure que celle qu’elle avait eue jusque-là, en même temps qu'il en tempéra la rigueur avec tant de discrétion, qu’il ne paraît pas que les colons aient été jamais alarmés ou mécontens de cette redoutable innovation 5.

‘ Stith, pag. 217. Purchas, 1V, 1764.— 2 Bacon, Essay on Plantations, p. 3. — SStith, pag. 112.

La

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prene firma l'exen expor d'un | ridict moins nexée la cor des a Summ voyer de Ja dans d’une sterlin pagni remar toire ( par le etimn des co:

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